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  • Du pain, un tampon, un silence…

    Du pain, un tampon, un silence…

    Une femme attend un cachet. Une autre retire son voile, au milieu des caméras. Ailleurs, des mères comptent les jours derrière des barbelés. Dans plusieurs pays, tels que l’Afghanistan, l’Iran, la Syrie ou l’Irak, le sort des femmes se négocie désormais à hauteur de corps : corps contrôlés, corps punis, corps rançonnés. Il est primordial de se pencher sur les facteurs déclenchants : l’aide humanitaire, la loi, la guerre, la « morale ». Et pose une question simple, brutale, froide : quand l’État devient l’arbitre du quotidien, que reste-t-il d’une liberté ?

    En Afghanistan, des témoignages font état d’exploitations sexuelles en échange d’accès à l’aide alimentaire, dans un contexte de pauvreté et de restrictions imposées aux femmes. En Iran, la répression d’un régime islamique à bout de souffle — et en soins palliatifs — fait plus de 30 000 morts, 100 000 blessés et plus de 41 000 prisonniers. Une question demeure : quelle est la destinée des femmes ?

    L’effacement organisé (de la présence publique) des femmes afghanes

    Ici, le récit ne débute pas par un discours, mais par une file d’attente. Pour obtenir une carte d’aide, il faut un document, puis une validation par des « autorités » locales. Dans ce goulot, la dépendance crée une zone grise. Elle devient celle où l’on monnaye une signature, un cachet, une place sur une liste. « Avant de pouvoir accéder à l’aide, Laila (prénom d’emprunt) avait besoin de remplir un formulaire et de le faire estampiller par l’imam de sa mosquée locale ou son Wakil Guzar, un leader communautaire qui agit comme médiateur entre le gouvernement et le public », relate Rukhshana Media.

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    Rukhshana Media rapporte des allégations de femmes à qui des responsables auraient proposé des faveurs en échange d’actes sexuels. Ce qui décrit une prédation enracinée dans l’asymétrie totale entre la partie qui demande et celle qui détient l’autorité.
    Laila a perdu son mari en 2020. Veuve avec trois enfants, elle a trouvé du travail de cuisine et de ménage. Mais, tout lui est retiré quand les talibans arrivent au pouvoir. Désespérée, elle visite son Wakil Guzar pour solliciter leur aide.

    « Le jour où je suis allé le voir, il était seul. Il s’est approché de moi et a essayé de me toucher. J’étais tellement terrifié que je ne me souviens même pas comment je suis sorti de son bureau. » (Crédits : Stringer/Reuters)

    Elle s’est juré de ne plus s’approcher de cet homme, quitte à mourir de faim. « Je lui ai raconté que je venais de perdre mon mari, que mes enfants mouraient de faim, et je l’ai supplié de m’aider pour l’amour de Dieu », raconte-t-elle. « Il a dit que si je l’invitais chez moi pour la nuit, il ne m’obtiendrait pas une, mais deux cartes. » Ce qui change depuis 2021 n’est pas seulement une liste d’interdictions ; c’est une architecture. Les rapports onusiens décrivent la persistance de restrictions majeures sur l’éducation, le travail, la circulation et l’accès à l’espace public pour la gent féminine, peu importe son âge.

    Dans ce système, le risque va au-delà de la violence physique : c’est l’effacement progressif. Quand une femme ne peut ni travailler, ni étudier, ni se déplacer librement, la survie devient une négociation permanente — et cette négociation, dans une économie informelle, expose aux abus, aux violences, aux crimes.

    Depuis la prise de pouvoir des talibans en août 2021, les Afghanes sont progressivement reléguées aux sphères privées. Selon les rapports des Nations unies, elles sont désormais interdites d’enseignement secondaire et universitaire, exclues de nombreux emplois, notamment dans les ONG nationales et internationales, et soumises à des restrictions strictes de déplacement sans accompagnateur masculin. Cette exclusion ne constitue pas une mesure isolée, mais un système cohérent de gouvernance visant à limiter leur autonomie sociale, économique et politique.

    Un effacement systémique

    15 août 2021 — Le monde du silence, pour les femmes, la rupture se joue dans des gestes minuscules et irréversibles. Les talibans demandent aux femmes de rester chez elles, « provisoirement ». Le provisoire devient une condition. Des enseignantes ne retournent pas dans leurs écoles. Des employées attendent des appels qui ne viendront jamais. Le travail disparaît, simplement par absence.

    En septembre 2021, les portes des écoles se referment pour les filles. À partir de 12 ans, l’éducation cesse. La rupture est clairement définie, administrative, froide. Une génération entière bascule dans l’attente. Les cartables restent posés contre les murs, comme des objets qui ne servent plus à rien. Dès décembre, les déplacements deviennent conditionnels. Une femme ne peut plus voyager seule, sans accompagnateur. Le mouvement subroge l’autorisation. La liberté évolue en exception. (Crédits : Faruk Tokluoğlu/Pexels)

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    En mai 2022, le visage disparaît, le voile intégral s’impose dans l’espace public. Le corps féminin doit se dissoudre dans le tissu. Le décret ne parle pas d’effacement, mais il le produit. L’individu devient silhouette, la silhouette une ombre, l’ombre une poussière. En décembre de la même année, les universités ferment leurs portes aux femmes. Des milliers d’étudiantes quittent les campus. Certaines pleurent devant les grilles closes. D’autres brûlent leurs notes.

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    Au mois d’avril 2023, les organisations internationales ne sont plus un refuge. Elles ne peuvent plus travailler pour les Nations unies. Le dernier espace institutionnel s’efface. L’aide continue d’exister, mais elles ne peuvent plus y participer.
    En juillet 2023, les salons de beauté ferment, sur une simple injonction orale. Ces lieux, à la fois des zones de travail et de sociabilité, disparaissent. Plus de 12 000 femmes perdent leur revenu. L’économie informelle s’effondre comme leurs futurs.

    En 2024, leurs timbres de voix deviennent même une infraction. Il est interdit aux femmes de chanter, de parler en public. Le silence se métamorphose en une norme, mais les Afghanes expriment leur détermination en chantant. Il se semble plus rester de libertés aux femmes, et pourtant. Les talibans offrent aux femmes une invisibilité comme horizon. (Crédits : Ankiyay/Pexels)

    Les restrictions forment un système. Absente des écoles, des universités, des institutions, de nombreux lieux de travail, la seule présence d’une femme dans le paysage du « cimetière des Empires » devient une anomalie. Les Afghanes n’ont pas disparu. Elles vivent, respirent, survivent, pensent, espèrent. Mais leur existence est contenue dans des espaces invisibles.

    Des articles absurdes fleurissent. L’une des dispositions les plus frappantes est l’article 34. Il dispose qu’une femme peut être incarcérée pendant trois mois simplement pour être restée chez sa famille sans l’autorisation de son conjoint ou sans ce que l’on appelle une « raison justifiée par la charia ». L’article 32 stipule que si un mari bat son épouse avec une force disproportionnée — définie comme causant des fractures, des blessures ou des ecchymoses visibles — il peut être condamné à 15 jours d’emprisonnement, à condition que la femme puisse prouver les abus devant le tribunal.

    Peine capitale pour un apostat

    L’article 37 prévoit une peine de prison d’un an à un homme pour avoir tenu par la main, enlacer ou embrasser une femme. L’article 58 prévoit qu’une femme apostate — quelqu’un qui quitte l’islam — peut être condamnée à la réclusion à perpétuité. De plus, elle doit recevoir dix coups de fouet tous les trois jours jusqu’à ce qu’elle revienne à la foi. La punition pour les apostats n’est pas explicite, mais, selon la tradition jurisprudentielle hanafite que les talibans suivent, les hommes ont jusqu’à trois jours pour se repentir et revenir à l’islam avant de faire face à la peine capitale s’ils refusent de se rétracter.

    Ainsi, l’effacement des femmes n’est pas physique. Il est administratif, juridique, social. Il est organisé méthodiquement. Cette marginalisation a des conséquences directes sur la survie matérielle. Dans un pays où, selon les Nations Unies, 22,9 millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire, son accès devient un levier de vulnérabilité. Rukhshana Media rapporte des témoignages de femmes affirmant avoir subi des pressions. Tout comme le sort réservé à la journaliste Nazira Rashidi. Elle a été arrêtée le mardi 6 janvier à 8 h du matin dans la province nord-est de Kunduz. Puis plus de nouvelles… (Crédits : Faruk Tokluoğlu/Pexels)

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    La disparition des femmes de l’espace public ne signifie pas qu’une perte de droit, mais une transformation structurelle de leur existence. Privées d’éducation, d’emploi et de liberté de circulation, elles sont soumises à l’autorité politique et religieuse, plus simplement aux hommes, à leurs bourreaux : les talibans. Cette dernière augmente l’exposition aux abus, tout en réduisant leur capacité à les signaler ou à s’en protéger. Leur existence se mue en résistance, une question de vie… de survie.

    Depuis Mahsa Amini, le corps des femmes est une ligne de front, en Iran

    Le 16 septembre 2022, Mahsa Jina Amini, 22 ans, meurt à Téhéran après son arrestation par la police « des mœurs » pour un port du voile jugé « inapproprié ». Sa disparition déclenche une onde de choc immédiate. En quelques jours, un tsunami déferle sur plus de 160 villes, portées par un slogan qui devient un manifeste : « Femme, Vie, Liberté». Ce mouvement ne se limite pas à la contestation d’une loi vestimentaire. Il remet en cause le principe même d’un ordre politique fondé sur le contrôle des corps féminins, du corps des filles et des femmes.

    Révolte, Iran, femme

    Plusieurs chercheurs affirment que ce moment est une rupture. La question des femmes cesse d’être un enjeu social périphérique pour devenir un point de fracture central entre le peuple et le pouvoir. Selon l’anthropologue Chowra Makaremi, cette situation relève d’une incompatibilité structurelle entre une communauté en mutation et une autorité théocratique basées sur la régulation du féminin.

    Le gouvernement iranien l’use comme un marqueur politique. Le contrôle vestimentaire, les sanctions pour non-conformité, et les condamnations de femmes. Des cas documentés incluent des peines corporelles pour des infractions en relation aux normes sociales, ainsi que des exécutions dans des contextes de violence conjugale ou de mariage dit précoce.

    Malgré ces contraintes, les Iraniennes demeurent visibles et actives dans la société, ce qui les place dans une position paradoxale : présentes sous surveillance constante.

    La réponse de l’État est immédiate et brutale. La répression s’organise à plusieurs niveaux : arrestations massives, usage de la force contre les manifestants, condamnations judiciaires accélérées… (Crédits : Capture d’écran/X (anciennement Twitter)

    Puis l’estimation tombe comme un couperet, femmes et hommes confondus, filles et fils : plus de 30 000 morts et 100 000 blessés. Des milliers de personnes sont arrêtées, parmi lesquelles de nombreuses femmes, étudiantes, journalistes, avocates ou simples citoyennes. Certaines sont détenues sans procès, d’autres condamnées à de lourdes peines de prison. Des organisations de défense des droits humains documentent également le recours à des violences physiques et psychologiques, visant à dissuader toute forme de dissidence. Mais la stratégie du pouvoir ne se limite pas à la répression directe, à la persécution. Elle s’inscrit dans une tentative plus large de réaffirmation de son autorité symbolique. Des familles sont obligées de débourser des sommes astronomiques pour récupérer le corps d’un enfant, d’un mari, d’une sœur.

    Le féminin devient un espace de contrôle politique. Le voile, au-delà de sa dimension, fonctionne comme un marqueur de loyauté envers le régime. Les Iraniennes tombent le voile. Marcher dans les rues en portant un simple t-shirt constitue une forme de protestation. C’est un symbol non seulement de leur droit fondamental à la liberté d’expression, mais aussi leur combat pour la liberté vestimentaire.

    Selon les analyses publiées dans The Conversation, le pouvoir iranien perçoit cette désobéissance comme une menace existentielle. En effet, elle remet en cause le fondement idéologique de la République islamique, construite en partie sur la régulation des comportements féminins, ainsi qu’une interprétation des vers et sourates du Coran issue de son écriture au septième siècle de notre ère. (Crédits : La Presse canadienne/Darryl Dyck)

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    Face à cette contestation, le régime développe une stratégie d’effacement. Il s’agit non seulement de punir, mais aussi de faire disparaître le mouvement, au même niveau des répressions ensanglantées — comme celle de 1988 — lors des différentes oppositions au régime. Le Guide suprême, l’ayatollah Khomeini, prend, en 1980, le contrôle total de la République islamique d’Iran servi par les gardiens de la révolution islamique. Face à l’acharnement du pouvoir en place, le peuple iranien se soulève.

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    Malgré les efforts fournis, le mouvement « Femme, Vie, Liberté » n’a pas disparu. Il s’est transformé. La protestation ouverte dans les rues fait place à une résistance plus diffuse, inscrite dans les gestes quotidiens : le refus du voile, la présence dans l’espace public, la visibilité assumée.

    Selon plusieurs analyses, cette transformation marque une évolution profonde. La contestation ne repose plus uniquement sur des manifestations, mais sur une modification progressive des comportements sociaux. C’est une confrontation entre deux visions du pouvoir, entre deux temps dont l’un est révolu. D’un côté, un régime qui considère le contrôle des femmes comme de sa légitimité. De l’autre, une partie croissante du peuple iranien refuse cette assignation. Elles ne sont plus seulement des symboles dans ce conflit : elles en sont devenues les actrices principales. (Crédits : AFP)

    Depuis la mort de Mahsa Amini, la République islamique d’Iran se trouve confrontée à une contestation qui dépasse amplement la question du voile. Elle touche à la nature même du pouvoir, à la légitimité de Ali Hossaini Khamenei et ses 86 ans. Mais aussi à l’imposition de la vision du corps, de la liberté et de l’ordre social. Le mouvement « Femme, Vie, Liberté » incarne cette fracture. Et malgré la répression sanglante, il continue d’exister — non plus seulement comme un slogan, mais comme une transformation durable du rapport entre les femmes et l’autorité, le renouveau d’un peuple.

  • Cyberattaque : c’est à dire ? (1/2)

    Cyberattaque : c’est à dire ? (1/2)

    Depuis quelques années, le terme cyberattaque est devenu courant dans le langage. Les séries « Stalk », « Mr. Robot », « Person of interest » et films « WarGame », « Conversation secrète », « Ennemi d’État », « Westworld » et bien sûr « Snowden » ont démocratisé ces termes. Certaines affaires font la une des journaux lorsqu’un centre hospitalier, une entreprise ou des écoles sont l’objet d’une cyberattaque. Pour autant, savez-vous ce qu’est véritablement une attaque cybernétique ?

    Pas un seul jour sans que les titres de la presse informent de cyberattaques, principalement WEB. Quelques affaires documentées démontrent qu’elles ne sont pas l’apanage des seuls cybercriminels. Elles peuvent être aussi l’œuvre d’États. L’affaire des fuites de données de l’entreprise Adecco est d’ailleurs en procès depuis le 17 juin 2025 pour deux semaines. Mais commençons par le commencement, la définition. Une cyberattaque est une atteinte à des systèmes informatiques nommés systèmes d’information réalisée dans un but malveillant. Elle est comme l’hydre, elle a plusieurs visages.

    Du défacement au sabotage silencieux : anatomie d’une cybercriminalité polymorphe

    Le mythe du hacker solitaire, affublé d’un hoodie et d’une pizza à portée de main, appartient désormais au folklore. La cybercriminalité d’aujourd’hui est polymorphe, professionnelle et profondément ancrée dans les enjeux du monde contemporain. Elle cible aussi bien les individus que les multinationales, les hôpitaux que les États, dans une logique tantôt opportuniste, tantôt géopolitique, tantôt financière et parfois les trois ensemble.

    Trois grandes motivations dominent le paysage : atteinte à l’image, espionnage, et sabotage. À travers elles, c’est toute une cartographie des risques numériques qui se dessine, du symbole au système, de l’humiliation publique à l’effondrement fonctionnel. Le défacement est à la cybersécurité ce que le tag est à l’architecture : un geste de visibilité, parfois revendicatif, souvent symbolique. Il s’agit de modifier l’apparence d’un site web pour y afficher un message, une signature, une revendication.

    En 2023 encore, le collectif Anonymous a revendiqué des centaines d’actes de ce type, notamment contre des sites russes, en réaction à la guerre en Ukraine. Le message affiché est totalement clair : « vous n’êtes pas intouchables ».
    (Crédits : ASSY/Pixabay)

    Moins dangereux qu’un ransomware, le défacement est souvent perçu comme bénin. Mais il révèle une faille dans le système, et peut servir de précurseur à des attaques plus graves. En cybersécurité, la symbolique précède parfois l’opérationnel.

    Espionnage numérique, le vol silencieux

    Si le défacement hurle, car visible au demeurant, l’espionnage numérique murmure. Pas question d’abîmer ou de perturber, mais de voir sans être vu. Une fois infiltré dans le système, l’assaillant collecte des documents stratégiques, des courriels sensibles, des secrets industriels, sans altérer le fonctionnement visible de la cible : pas vu, pas pris.

    L’actualité brûlante au proche et Moyen-Orient ravivent des blessures jamais cicatrisées. La volonté d’empêcher l’Iran de posséder la bombe atomique ne date pas d’hier. C’est pour cela que l’un des cas les plus célèbres de cyberattaque est en forme de Matriochka. Un quatuor au service de ses concepteurs.

    Elle se compose de Stuxnet, Duqu, Flame et Gauss, connue sous le nom officieux de « Olympic Games ». Cette opération concertée aurait impliqué la NSA et les services israéliens avec l’unité 8200.

    D’abord Stuxnet en 2010 avec le sabotage des centrifugeuses de Natanz, via SCADA. En 2011, Duqu, c’est une collecte d’informations pour préparer de futures attaques. Flame en 2012, bien que lancée en 2006-2007 d’après Kaspersky Lab est de l’espionnage de masse, notamment de réseaux diplomatiques et scientifiques.
    Gauss partage certaines fonctionnalités de Flame, notamment les sous-programmes d’infection USB. C’est purement le ciblage bancaire et de la logistique financière dans les pays dits arabes. Plus précisément, des ordres d’interception des données provenant d’utilisateurs de banques israélienne, libanaise, palestinienne et syrienne.

    Enfin, l’acte chirurgical, voire l’opération au laser, s’effectue par miniFlame. Il est une backdoor ultra-ciblée utilisée comme module complémentaire à Flame, permettant un contrôle granulaire des machines infectées.

    (Crédits : Rafael Guajardo/Pexels)

    Les différentes composantes ont eu des cibles privilégiées écrit Kaspersky Lab. Flame s’intéressait en particulier à l’Égypte, l’Europe, l’Iran, Israël, le Liban, la Palestine, l’Arabie Saoudite, le Soudan, la Syrie et l’Ukraine ; Duqu visait la France, la Hongrie, l’Iran et le Soudan ; Gauss Israël, le Liban, la Palestine et la Syrie ; StuxNet l’Iran.

    Sabotage numérique, bloquer pour faire plier

    Parfois, l’objectif n’est ni l’image ni le renseignement, mais tout bonnement la paralysie. Le sabotage numérique vise à rendre un service inopérant, souvent via des attaques DDoS ou l’injection de ransomwares. Les impacts peuvent être directs : arrêt d’activité, pertes financières, mise en danger des utilisateurs. En 2021, l’hébergeur français OVH a subi l’une des attaques DDoS les plus puissantes jamais enregistrées — à l’époque —, culminant à 1 Tbit/s.

    En 2024, CloudFlare subit la plus grande attaque DDoS jamais enregistrée : « une attaque qui a atteint 5,6 térabits par seconde (Tb/s) et 666 millions de paquets par seconde à son pic. »

    L’attaque DDoS considérée comme le premier acte de cyberguerre ou warfare date de 2007, en Estonie. L’étincelle est issue de la relocalisation du « soldat de la bravoure de Tallinn », un monument de la Seconde Guerre mondiale. Le gouvernement russe était soupçonné d’en être l’instigateur. L’enquête s’est stoppée aux frontières de la Russie. Cet incident conduit à l’élaboration de lois internationales pour la cyberguerre.

    L’ampleur de l’attaque a rappelé que, dans le cyberespace, les infrastructures numériques peuvent s’effondrer aussi brutalement qu’un château de cartes, puis suit l’exfiltration de données. La fuite est invisible, mais les dégâts sont bien réels.

    Qu’est-ce qu’une attaque DDoS ?

    Rendre un dispositif indisponible pour ses utilisateurs en interrompant son fonctionnement normal. Elle est « distribuée », car elle provient de nombreuses sources. Comme une élève ou quinze professeurs lui parlent en même temps, il sature.

    Il existe l’attaque dite par débordement de tampon. C’est amener une entité à utiliser toutes les ressources disponibles de l’espace du disque dur, de la mémoire ou encore du CPU. L’attaque par inondation, est comme son nom l’indique saturer un serveur avec une quantité « huge » de paquets. Pour la réussite de cet acte malveillant, l’attaquant doit disposer d’une plus grande bande passante.

    Des attaques courantes sont : Smurf attack, Ping flood et Ping of Death. (Crédits : andreas160578/Pixabay)

    Les conséquences sont multiples : juridique, réputationnelle, financière, opérationnelle avec une désorganisation et un arrêt de production. Le Centre Hospitalier de Versailles, fin 2022, a vu ses services profondément désorganisés après une attaque mêlant exfiltration et chiffrement de fichiers. À suivre…

  • Flame, le virus fantôme

    Flame, le virus fantôme

    En mai 2012, les experts de Kaspersky, le laboratoire de cybersécurité basé à Moscou, annoncent une découverte qui fait date : un programme-espion d’une complexité inédite rôde sur les réseaux du Proche-Orient. Son nom : « Flame ». Les recherches indiquent que plus de 1 000 machines sont identifiées comme infectées. Les systèmes d’information appartiennent à des pays savamment ciblés. L’Iran, en fer de lance, mais aussi le Liban, la Syrie, le Soudan ou encore les Territoires palestiniens.

    Rapidement, la presse spécialisée évoque une campagne d’espionnage à grande échelle — un projet hautement stratégique, silencieux et méticuleusement ciblé. Il n’est pas comme Stormous qui revendique une cyberattaque contre les systèmes de l’Éducation nationale. Flame n’est pas un ransomware ni un ver destructeur. Il n’efface rien, ne bloque rien, mais il observe, collecte, intercepte. Une opération de renseignement cybernétique, probablement conçue pour durer dans le temps, à l’insu de ses victimes.

    Aux origines du cyberespionnage d’État

    Ce qui frappe immédiatement les analystes, c’est la richesse fonctionnelle du programme malveillant. Il est tout sauf un simple, déjà par son poids de 20 Mo. Il s’apparente plus à une plateforme d’espionnage modulaire. Ses opérateurs peuvent l’adapter en fonction des cibles et des besoins. « Il est beaucoup plus difficile de pénétrer un réseau, d’en apprendre plus à son sujet, d’y résider pour toujours et d’en extraire des informations sans être détecté que d’entrer et de se piquer à l’intérieur du réseau, causant des dommages », déclare en 2012 Michael V. Hayden, un ancien directeur de la NSA et directeur de la CIA ayant quitté ses fonctions trois ans plus tôt.

    Flamme, feu, chaleur

    Parmi ses fonctionnalités : l’interception des e-mails et des documents de type Word, Excel, PDF ; l’enregistrement des conversations audio, via l’activation du micro ; des captures d’écran régulières, lors de l’usage de logiciels spécifiques ; l’analyse du trafic réseau et des connexions Bluetooth ; et l’extraction furtive des données vers des serveurs distants.

    Le tout dans un code d’une taille peu ordinaire. Il représente près de 20 mégaoctets, soit dix à vingt fois plus qu’un malware classique en 2012. Cerise sur le gâteau, il est capable de se mettre à jour à distance, de s’auto-effacer, sans oublier le principal : échapper à la détection des antivirus traditionnels. Il dépeint, en 2012, le summum de l’ingénierie logicielle appliquée à l’espionnage. (Crédits : Miriam Espacio/Pexels)

    Comme Stuxnet, pas besoin de test de paternité pour émettre des soupçons précis et vraisemblables. Tout laisse à penser qu’il s’agit d’un outil conçu par un État ou un groupement interétatique. Pour étayer ces propos, les experts en rétro-ingénierie, entre autres, s’appuient sur la sophistication du code, la durée de développement supposée, la précision géopolitique du ciblage. Devant autant d’indices convergents, aucun doute. Un magistrat construit un faisceau d’indices. Ce dernier est un ensemble d’indices qui, par leur convergence, permettent de prouver un fait juridique ou un acte juridique.

    Une signature discrète mais révélatrice

    Une proximité avérée avec Stuxnet, le ver informatique qui a frappé les centrifugeuses nucléaires iraniennes en 2010. Certaines parties de code semblent partagées ou s’inspirent des mêmes bibliothèques. Un autre membre de la famille apparaît également : Duqu. Ce dernier est considéré pour avoir été créé par l’unité israélienne 8200. « L’unité 8200 est probablement la meilleure agence de renseignement technique au monde et se situe au même niveau que la NSA à tout point de vue, sauf l’échelle », explique Peter Roberts, chercheur principal au Royal United Services Institute de Grande-Bretagne.

    Bien entendu, aucune preuve formelle ne confirme ces allégations. Des enquêtes journalistiques, comme les « Pandora papers », les « Panama papers » et des rapports de cybersécurité, affirment que Flame s’inscrit dans l’identique lignée que Stuxnet, connu sous le nom d’« Olympic Games ».

    C’est un tournant, au moins pour le grand public. Il s’agit alors d’un outil digne de la guerre froide numérique. Très utile à des fins de collecte à grande échelle, sur le long terme, dans des zones de tension diplomatique.

    Le niveau est monté d’un cran. La logique n’est plus de punir ou d’extorquer, mais de savoir avant tout le monde. Pour anticiper les mouvements, cartographier les réseaux décisionnels, scientifiques ou militaires. (Crédits : Kevin Ku/Pexels)

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    Les militaires habitués aux codes de la Guerre voient une évolution drastique. Plus un bruit, pas de fumée, aucun champ de bataille visible. Flame déclare un changement de paradigme. Dans le cyberespace, la guerre n’est plus annoncée. Elle est diffuse et permanente, méthodique et chirurgicale. Les règles classiques de souveraineté et du droit international peinent à s’y appliquer. Le cyberespace devient un terrain de manœuvre parallèle, peuplé d’outils invisibles et de fronts mouvants.

    Héritage et enseignements


    Plus de dix années après sa découverte, il continue d’occuper une place particulière dans la mémoire. Il contribue à dévoiler au grand public l’existence d’une cyberactivité étatique soutenue, financée et technologiquement avancée. Il montre ou démontre que les États, eux aussi, pouvaient être acteurs — voire pionniers — d’un certain niveau de « piratage ».

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    Depuis, d’autres campagnes ont été révélées : Equation Group, Shadow Brokers, Pegasus… D’ailleurs, dans le cadre de l’enquête qui concerne les données recueillies, via Pegasus, par le consortium de journalistes, onze États sont pointés du doigt. Le Maroc, le Mexique, l’Arabie saoudite, l’Inde, l’Indonésie, les Émirats arabes unis, le Kazakhstan, l’Azerbaïdjan, le Togo et le Rwanda. En Europe, seule la Hongrie est visée par l’enquête.

    Depuis, une accélération de la militarisation du cyberespace et une prise de conscience mondiale des vulnérabilités systémiques qui nous entourent. Quoique sur la prise de conscience de vulnérabilité, il subsiste des doutes. (Crédits : Pixabay/Pexels)

    Flame n’est pas une simple concaténation de lignes de code. C’est un prélude à une ère nouvelle, une ébauche d’une société différente, où la cyberguerre n’est plus une hypothèse, mais une composante bien réelle des relations internationales. Les fuites successives et massives de data, la propagande, les communications tronquées, les diversions font partie d’un tout. Le programme malveillant Flame permet d’effectuer un retour vers le passé pour envisager un futur, qui se vit au présent.

  • L’avenir des Femmes en pointillé ?

    L’avenir des Femmes en pointillé ?

    Une proposition de loi en Irak pourrait légitimer le mariage d’enfants. Tout est lié à la jurisprudence chiite et à l’âge de la puberté. Le Code en vigueur est scindé en deux parties. Il régit les dispositions relatives au statut personnel selon la « jurisprudence chiite Jaafari » (statut personnel) et l’autre la « jurisprudence sunnite ». Tant et si bien, qu’un garçon pourrait être marié dès l’âge de 15 ans, tandis qu’une fille dès l’âge de 9 ans. Mais que penser des 35 articles de loi qui restreignent encore les Afghanes et leurs droits à l’existence, à la vie ?

    La différence de compréhension des us et coutumes est fonction du Code sur lequel se base chaque pays. En France, le Code civil est le reflet de la société française. Depuis 1804, il organise l’essentiel de la vie quotidienne (nationalité, filiation, mariage, successions, responsabilité civile…). Puisqu’il s’agit des droits des femmes dont il est question que ce soit en Afghanistan, en Irak, en Iran, au Maroc, au Koweït… qu’en est-il en France ?

    L’évolution des droits des femmes en France

    Lors d’un entretien sur le discours, pour le droit à l’IVG, prononcé par Simone Veil en novembre 1974 à l’Assemblée nationale, Claudine Monteil s’écria « Simone, nous avons gagné ! » Ce à quoi Simone de Beauvoir répondit : « Certes, Claudine, nous avons gagné, mais temporairement. Il suffira d’une crise politique, économique et religieuse, pour que les droits des femmes, nos droits, soient remis en question. » L’évolution des droits des femmes en France s’écrit en plusieurs dates. La première est Olympe de Gouges qui publie en 1791 la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne.

    S’en suivent le 29 avril 1945, avec le vote aux élections municipales ; le 27 octobre 1946, « la loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à deux des hommes. » ; Germaine Poinso-Chapuis est en novembre 1947 la première femme ministre, il faut attendre 1974 pour voir Simone Veil à la tête d’un ministère ; dès le 13 juillet 1965 « les femmes peuvent gérer leurs biens propres et exercer une activité professionnelle sans le consentement de leur mari. » Autorisées à disposer de l’argent sur leur compte bancaire, sans avoir à demander à leurs maris.

    Le 4 juin 1970 autorité parentale conjointe ; 22 décembre 1972, la loi pose le principe d’égalité de rémunération ; 6 mars 1980, Marguerite Yourcenar devient « immortelle » en entrant à l’Académie française.

    (Crédits : Christina Morillo/Pexels)

    Le 17 janvier 1975, la Loi n° 75-17 autorisant l’IVG, dite « loi Veil » est adoptée pour 5 ans. Elle est définitive par la loi du 31 décembre 1979. Le 23 décembre 1980, la Loi n° 80-1041 donne une définition précise du viol et le reconnaît comme un crime ; 17 juillet 1984, la Cour de Cassation reconnaît pour la toute première fois le viol entre époux en instance de divorce. Le viol entre époux est reconnu par un arrêt de la Cour de Cassation le 5 septembre 1990. Le 4 mars 2024, dernière évolution, l’IVG est inscrite dans la Constitution française. « Votre vie durant, vous devrez demeurer vigilante », concluait Simone de Beauvoir.

    Le Code civil, pierre angulaire de la société

    Le Code civil dit « Code Napoléon » est composé de trois livres. Le Livre I dit « des personnes », le Livre II « des biens et des différentes modifications de la propriété » et le Livre III « des différentes façons dont on acquiert la propriété ». Puisque la proposition de loi en Afghanistan sacralise l’âge minimal du mariage, qu’en est-il en France ?

    L’article 144 du Code civil dispose que « le mariage ne peut être contracté avant dix-huit ans révolus. » Cependant l’article 145 ajoute que « néanmoins, il est loisible au procureur de la République du lieu de célébration du mariage d’accorder des dispenses d’âge pour des motifs graves. »

    En 1905, la loi du 9 décembre sur la séparation des Églises et de l’État assure la liberté de conscience de culte. Chacun est donc libre de pratiquer la religion de son choix comme de ne pratiquer aucune religion.

    Concernant le mariage, jusqu’à la Révolution (1789) le droit canonique s’applique. Donc l’âge nubile et majorité matrimoniale est de 12 ans pour les filles et 14 pour les garçons. La loi du 21 septembre 1792 dispose du mariage dès 13 ans pour les filles de 15 pour les garçons. Sous couvert du consentement des parents jusqu’à l’âge de 21 ans.

    Cet âge nubile atteint 18 ans pour les garçons dès l’instauration du Code civil en 1804. Celui des filles est de 15 ans. Il faudra attendre la Loi n° 2006-399 du 4 avril 2006 pour que l’article 144 assure l’âge de 18 ans pour toutes et tous.

    Puis, le Parlement adopte le 23 avril 2013, la loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe. Elle est promulguée le 17 mai 2013. (Crédits : BnF/Gallica)

    Tout cela semble être normal au regard de la « génération Z » (ne pas confondre avec la GEN-Z) et celle en devenir, « Alpha ». Parfois les désobéissances chamboulent et permettent l’évolution des droits. Le manifeste des 343 est un parfait exemple. Piqûre de rappel aux générations Z et Alpha, le simple fait de savoir que porter un pantalon est légalement autorisé pour les femmes seulement depuis le 31 janvier 2013, change la vision du monde.

    L’impact sur la vie des femmes en Irak

    Dans de nombreux pays au Moyen-Orient comme en Afrique, il existe un code de statut personnel (SP). En 1959, l’Irak se dote du Code de Statut personnel, ce après de nombreux pays tels la Syrie (1953), la Tunisie (1956), le Maroc (1958). Le Code du Statut personnel date du 30 décembre 1959 en Irak (Loi n° 188 du 30-12-1959). Il fera l’objet de neuf amendements (1963, 1978, 1980, 1981, 1985, 1986, 1987, 1994, 1999).

    Le général Abdel Karim Kassem arrive au pouvoir (1958-1963), et la question de codifier le Statut personnel est à nouveau posée. Issu d’un processus commencé en 1947, le Code (Qânûn) du Statut personnel irakien est créé douze ans plus tard.

    La volonté de modification ne date pas d’hier. Le projet de loi fondé sur les jurisprudences de l’école Jaafari, par l’imam chiite Jaafar al-Sadiq, est adopté par le conseil des ministres le 25 février 2014. Dix ans plus tard, il est à nouveau d’actualité. La proposition de réforme est celle du député Raëd al-Maliki.

    Ce qui sacralise les tensions le mariage. Si la doctrine classique de toutes les écoles s’appuie sur le verset 3 de la quatrième sourate du Coran, la vie moderne impose quasiment partout la monogamie.

    C’est plus particulièrement l’âge minimum qui pousse les mères à manifester. Selon le Code le mariage est autorisé à partir de 18 ans. À une exception près. La loi irakienne dispose qu’une fille de 15 ans peut être mariée à condition d’obtenir l’autorisation d’un juge et de la famille (Loi de 1959, Art. 7.). Comprendre ici que la famille est le Wali, soit le père ou tuteur légal.

    La volonté de modification du statut personnel impacte la vie des femmes. « Les principales critiques du projet portaient sur la légalisation des mariages d’enfants, la privation des droits fondamentaux des femmes et la confessionnalisation des affaires personnelles », écrit1 Sardar Aziz docteur en administration publique.

    Les premières modifications du SP sont intervenues après la guerre du golf en 1991. « Cet amendement permet le mariage des mineurs, autorise les mariages contractés en dehors des tribunaux, accorde des pouvoirs aux dotations chiites et sunnites ainsi qu’à d’autres entités ! Il prive les femmes de leurs droits à l’héritage et divise encore plus l’Irak en fonction des branches religieuses, mettant fin à l’État civil. » (Crédits : capture d’écran/X/Ala Talabani)

    L’UNICEF rapporte que 28 % des filles sont mariées avant 18 ans. La Mission d’assistance des Nations Unies quant à elle relate que 22 % des mariages non enregistrés impliquent des filles de moins de 14 ans. Ce dixième amendement aurait des effets incommensurables sur les droits des femmes et des filles, alors garantis par le droit international. S’il est appliqué, il autoriserait le mariage de fillettes âgées de neuf ans, les exposant à un risque accru de violence sexuelle et physique, sans oublier les conséquences sur leur santé physique et mentale, ainsi que la privation d’éducation et d’emploi.

    Les femmes victimes d’être femmes en Afghanistan

    L’Afghanistan est depuis 2021, le théâtre inexorable de privation des droits. La presse comme les politiques sont unanimes, la répression envers la population afghane, et particulièrement les femmes suscitent l’effroi. Depuis la prise du pouvoir des talibans, les femmes perdent un peu plus leur identité, leur existence… Pourtant la photo qui suit révèle une partie de l’Afghanistan des années 60 — 70.

    Femmes, Afghanistan, liberté

    « Il y avait aussi beaucoup de femmes dans les années 1960 et 1970 — même dans les zones urbaines — dont la vie était plutôt régie par le purdah, et qui ne sortait pas pour étudier ne sortaient pas pour travailler », explique Heather Barr, en 2017. Les populations tribales étaient considérablement conservatrices dans le milieu des années 60. Elles représentent environ 90 %.

    Une loi composée de 35 articles est annoncée, puis publiée au journal officiel le 31 juillet 2024 par le ministère de la justice taliban. Elle a pour but de « promouvoir la vertu et prévenir le vice ». « Les femmes doivent couvrir leur corps entièrement en présence d’hommes n’appartenant pas à leur famille ». Auquel se rajoute de cacher tout ou partie de leur visage via un masque « par peur de la tentation ». Faut-il échanger les habits pour éviter la tentation ? Faut-il éduquer les hommes à se contenir, s’ils ont peur de céder à la tentation ?

    Elles ne doivent pas faire entendre leurs voix en public. Mais l’absurdité ne s’arrête pas là. Les conducteurs de véhicules sont aussi restreints dans leurs libertés : pas de musique, pas de drogue, de transport de femmes non voilées, de femmes en présence d’hommes de leur famille (Mahram). Elles résistent en bravant les interdits pour leurs libertés. (Crédits : Laurence Brun/Gamma-Rapho/Getty-Images)

    Mais également, l’adultère, l’homosexualité, les jeux d’argent, les combats d’animaux ou d’hommes (MMA), la création ou le visionnage d’images d’êtres vivants sur un ordinateur ou un téléphone portable, l’absence de barbe ou une barbe trop courte pour les hommes, des coupes de cheveux « contraires à la charia ». L’UNICEF martèle dans le rapport 2023. que « comparées aux filles qui ont uniquement reçu une éducation primaire, les filles qui ont suivi une éducation secondaire sont moins exposées aux risques de mariage d’enfants et de grossesse adolescente. » Quel avenir quand elles n’ont pas accès à l’école, en cette semaine de rentrée scolaire ?

    1. https://www.cfri-irak.com/article/parlement-irakien-confessionnalisation-des-affaires-personnelles-2024-08-16 ↩︎
  • La compagnie d’eau du nord du Texas victime de cyberattaque du ransomware Daixin

    La compagnie d’eau du nord du Texas victime de cyberattaque du ransomware Daixin

    Il y a tout juste une semaine, le 28 novembre 2023 le groupe de cybercriminels connus sous le nom de Daixin Team revendique la cyberattaque contre la compagnie d’eau du nord Texas (NTMWD). Depuis, les dossiers extirpés sont en ligne sur le site de fuite. Au nord-est du pays, l’état de Pennsylvanie est aussi la cible de cyberattaques de la part d’une organisation criminelle « Cyber Av3ngers ». Les infrastructures du système d’eau potable d’Aliquippa ciblés. Les opérateurs prenaient partiellement le contrôle sur la distribution.

    La compagnie North Texas Municipal Water District (NTMWD) subissait une cyberattaque fin novembre. Elle fournit deux millions de personnes en eau potable dans le nord du Texas, mais pas seulement. L’entreprise fournit également, avec plus de 850 employés, des services de gestion de l’eau, des eaux usées et des déchets solides à de nombreuses villes de l’État.

    Une enquête est en cours pour déterminer la teneur des fuites. Le réseau téléphonique est toujours en dérangement. « La plupart de notre réseau d’entreprises a été restauré. […] Nous continuons de fournir ces services comme d’habitude », a déclaré Alex Johnson, directeur des communications pour NTMWD.

    Le NTMWD a engagé des experts qui enquêtent activement sur l’ampleur d’une intrusion non autorisée. L’enquête comprend un examen de toute donnée potentiellement touchée par le district, ce qui prend du temps.

    Sur l’éventualité d’une rançon exigée par Daixin Team, l’entreprise n’a pas souhaité répondre à The Record.

    La CISA avait émis une note sur les attaques contre les sociétés de délivrance et de traitements de l’eau en octobre 2021.

    (Crédits : capture d’écran/Daixin Team)

    Déjà en 2021, des cyberattaques visant des infrastructures de traitement ou d’alimentation en eau touchaient les États-Unis. Une installation californienne d’approvisionnement en eau et de traitement des eaux usées, mais aussi dans le Maine et le Nevada. Ces incidents ont donné naissance à une alerte et un dossier de la part des services de sécurité américains (America’s cyber defense agency). The Record relate que des cybercriminels auraient entrepris d’empoissonner l’eau d’une station de traitement de la baie de San Francisco en janvier 2021. En février, une tentative de modification chimique à Oldsmar, en Floride et une autre en mai 2021 dans la commune de Belle Vernon en Pennsylvanie.

    33 844 fichiers sur le site de fuite

    Toutefois, Daixin Team avait annoncé la divulgation prochainement des informations volées, c’est désormais chose faite. Deux liens sont en ligne. Le premier est une arborescence des fichiers disponibles. L’autre propose les documents publiés. Les données sont découpées en trois fichiers TX1, TX2 et TX3.

    Des fichiers d’audit, des vidéos de lieux de construction d’infrastructure, au format PDF, XLSX… des photos de l’état des installations, des tuyaux… L’entreprise n’a pas fait plus de déclarations sur l’étendue des fuites et des circonstances de l’attaque.

    Sauf que l’incident dont elle est victime intervient un jour après qu’une attaque contre une autorité de l’eau en Pennsylvanie ait lieu. Une cyberattaque a frappé Aliquippa. La cyberattaque aurait incité les travailleurs à prendre du matériel hors ligne pour maintenir la pression de l’eau pour les usagers.

    (Crédits : capture d’écran/Daixin Team)

    L’eau d’Aliquippa attaquée par Cyber Av3ngers

    Municipal Water Authority of Aliquippa (MWAA), la compagnie des eaux de l’État de Pennsylvanie a fait l’objet d’une intrusion non autorisée le 27 novembre 2023. La revendication est effectuée par le groupe de cybercriminels pro-iranien Cyber Av3ngers. Ils auraient ciblé un équipement de confection israélienne employé par la firme, sous fond du conflit armé entre Israël et le Hamas. Celui-ci se trouve dans plusieurs entreprises aux États-Unis.

    L’objet fabriqué par la société israélienne Unitronics est utilisé dans les installations d’approvisionnement en eau et de traitement des eaux usées, le PLC.

    Matthew Mottes, le président du conseil d’administration de la municipalité de l’Autorité des eaux d’Aliquippa, a confirmé à KDKA-TV que le Cyber Av3ngers, avait pris le contrôle de l’une des stations. Une alarme s’est déclenchée dès que le piratage s’était produit. Ce qui a permis de reprendre le contrôle.

    L’agence pour la cybersécurité et la sécurité des infrastructures (CISA) n’a pas indiqué le nombre de cibles touchées. L’agence fédérale a informé les fonctionnaires du Sénat et de la Chambre des représentants que les pirates s’étaient introduits dans au moins 10 entreprises de traitement de l’eau relate CNN, selon une de leurs sources.

    (Crédits : MWAA)

    Ils seraient environ 1 800 PLC exposés dans le monde, dont quelques centaines comme celui visé par l’attaque d’Aliquippa. « Ces dispositifs compromis ont été publiquement exposés à Internet avec des mots de passe par défaut », a déclaré la CISA. En date du 1er décembre 2023, la CISA et ses partenaires publient un avis sur le groupe Cyber Av3ngers. Comme l’explique Zataz, leurs actions passaient sous les radars avant juillet 2023. Avant qu’en septembre ils revendiquent la perturbation de 150 serveurs appartenant aux chemins de fer israéliens.

  • L’Iran est-il le siège de tous les maux au Moyen-Orient ?

    L’Iran est-il le siège de tous les maux au Moyen-Orient ?

    Tous les regards sont braqués sur le conflit armé et sanglant entre Israël et le Hamas depuis samedi 7 octobre 2023. Rien ne peux justifier les crimes et violences envers les civils ni d’un côté ni de l’autre. Le conflit entre la Palestine et Israël date de 1948 au moment de la création de cet État. Souvent l’Iran est accusé de bien des maux, entre l’affaire Stuxnet pour lutter contre l’enrichissement d’uranium et le coup d’État de 1953 fomenter par les services secrets britanniques et américains.

    Il y a un peu plus d’un an, Jina Mahsa Amini, jeune femme de 22 ans mourrait pour ne pas avoir porté « correctement » le voile en Iran. Armita Garavand est le nom de la jeune fille de 16 ans qui aurait été passée à tabac par la « police des mœurs », parce qu’elle ne portait pas non. Cette dernière est dans le coma depuis le 1er octobre 2023 dans un hôpital à Téhéran, sous haute surveillance. De l’autre côté la journaliste et militante iranienne Narges Mohammadi, 51 ans a remporté le vendredi 6 octobre 2023 le prix Nobel de la paix « pour sa lutte contre l’oppression des femmes en Iran et pour son combat pour la promotion des droits humains et de la liberté pour tous ».

    L’histoire est celle du pot de terre contre le pot de fer. Le pouvoir à travers la presse officielle réfute toute violence. Dans le journal Hamshahri, en citant le directeur du métro le quotidien dément les « affirmations des médias étrangers » selon lesquelles « une altercation » entre la jeune femme et le « personnel du métro avait causé l’incident ».

    La répression des femmes est montée d’un cran avec une loi adoptée par les autorités. Les contrevenantes au port du couvre-chef pourraient être fouettées, se voir infliger une amende allant à 360 millions de rials iraniens (8061 euros), des restrictions de voyage, privation de l’accès à l’Internet et des peines de prison jusqu’à 10 ans maximum.

    La vidéo montre un groupe de jeunes femmes montant dans le premier wagon du métro, puis ressortir pour allonger celle qui est Armita Garavand. Dans les images diffusées aucune n’est issue de l’intérieur du métro, malgré que caméras de surveillance sont partout. Peu de temps après la télévision d’État diffuse une interview des parents évoquant l’évènement comme un « accident ». De son côté, l’État retransmet une vidéo de six minutes où la personne mise en lumière serait présentée comme Armita Garavand. Sauf qu’en septembre 2022, les autorités avaient déjà diffusé des images de caméras de surveillance et démenti toute implication dans le décès de Masha Amini. Des hommes et des femmes sont morts pour avoir manifesté contre l’obligation du hijab.

    Tandis qu’on voit en France des jeunes femmes et femmes se targuant de vouloir porter le hijab, il est normal de se poser des questions pour comprendre, quand d’autres risquent leurs vies pour être libres. Comme pour le port de l’abaya. Cette dernière est une longue robe, portée par quelques femmes du Moyen-Orient et des pays du Maghreb. Le 2 novembre 2022, le vice-président du Conseil français du culte musulman confirme qu’elle n’est pas une tenue religieuse, mais plutôt une forme de mode vestimentaire. Pour autant, elle semble avoir une consonance religieuse. Comme l’affaire retentissante de 1989 quand trois élèves du collège Gabriel-Havez de Creil refusaient d’enlever leurs voiles en cours.

    Une corruption enracinée

    La corruption est de longue date en Iran. Tant est si bien, qu’elle pourrait hypothétiquement se déverser, bon gré mal gré, sur les pays voisins comme l’Irak. Dès le XIXe siècle, les velléités russes et britanniques s’affrontaient pour obtenir les faveurs de la cour royale dans la période Qajar en Iran. Ensuite jusqu’à la révolution islamique de 1979 les coupables désignés sont les États-Unis et le capitalisme.

    L’ensemble du dossier a été déclassifié en 2000, sur le coup d’État contre le pouvoir en Iran en 1953 mis en place par différents servies secrets.. (Crédits : NSArchives)

    La cour royale a été décrite comme un « centre de licence et de dépravation, de corruption et de trafic d’influence » dans un rapport de la CIA datant du milieu des années 1970. Sauf qu’un article du monde diplomatique d’octobre 2000 révélait que la secrétaire d’État américaine Madeleine Albright reconnaissait l’implication des États-Unis dans le coup d’État qui renversait le Premier ministre iranien Mohammad Mossadegh, en 1953. Le rapport de la CIA divulgué en avril 2000 par le New York Times montrait le rôle des services secrets britanniques et américains dans un évènement qui renversa le rapport de forces au Moyen-Orient, l’opération Ajax.

    Malgré que l’Iran est signé et ratifié, la convention des Nations Unies contre la corruption, elle est présente dans des affaires retentissantes : le complexe sidérurgique Mobarakeh, la banque Sarmayeh, la banque Melli ou le cas de l’homme Akbar Tabari, libéré en juin 2023 des prisons iraniennes malgré une peine de 31 ans de prison. (Crédits : Transparency)

    La corruption est visée par un indice de 0 à 100. Avec un score de 25, la République islamique d’Iran se classe à la 147e place sur 180. La corruption est enracinée, mais à qui la faute. Que ce soit en Iran comme en Irak, le bakchich est monnaie courante. Pour refaire ses papiers en Irak, la moindre excuse est valable pour que les autorités vous envoient dans un autre bureau : mauvaise orthographe, une virgule manquante… De ce fait chaque intermédiaire touche une certaine somme d’argent. Mais les yeux se tournent vers l’Iran depuis plusieurs années. Accusé de corruption, le géant iranien de l’acier Mobarakeh Steel Company est dans la tourmente. Le mastodonte est accusé de corruption pour un montant faramineux de 3 milliards de dollars après la publication d’un rapport parlementaire.

    Opération du Hamas

    Le journal Javan proche des « Gardiens de la révolution » se réjouit de l’ampleur de l’offensive lancée le samedi 7 octobre 2023 rapporte Courrier international. Le Wall Street Journal n’y va pas par quatre chemins en titrant : « Iran Helped Plot Attack on Israel Over Several Weeks ». Le quotidien américain annonce que l’Iran a participé à la préparation d’un attentat contre Israël pendant plusieurs semaines. « L’Iran a joué un rôle dans cette attaque. L’Iran finance le Hamas et le Jihad islamique, fait entrer clandestinement des armes à Gaza et fournit une aide technique pour la construction de roquettes et de drones », martèle Gregg Carlstrom.

    Le journaliste indique que le saccage du Hamas « portait des marques de soutien iranien » (armes, formation, aide financière), mais « aucune preuve ferme à ce jour que l’Iran a autorisé ou directement coordonné l’attaque. » Il faut garder raison face aux conclusions hâtives, et surtout sans preuves. La communication est une arme massive qui intéresse n’importe quel camp du moment que la parole va dans le sens de leurs idées ou actions. Elle devient alors propagande. L’histoire de l’invasion de l’Irak en rapport aux armes de destructions massives est un mensonge d’État, surtout venant de la part d’un ancien président des États-Unis, Georges W. Bush.

    Cela dit, il faut comprendre que l’opération du Hamas change la réalité au Moyen-Orient. Ce qui pourrait obliger l’Iran à se découvrir. La question du nucléaire tient sa place également. « Le Hamas a-t-il utilisé l’aide iranienne ? Certainement oui. L’Iran avait-il un intérêt dans cette action ? Oui. Le Hamas a-t-il besoin de l’autorisation de l’Iran pour opérer ? Non. Y a-t-il eu une coordination précoce entre le Hamas, l’Iran et le Hezbollah ? C’est possible », relate sur X (ex-Twitter) Raz Zimmt, spécialiste de l’Iran à l’Institut pour les études sur la sécurité nationale (INSS) de l’université de Tel-Aviv.

    Le président Bush mettra en place une commission pour enquêter sur les erreurs commises concernant les armes de destruction massive. L’administration américaine finira par reconnaître l’année suivante qu’elles n’existaient pas. (Crédits : Marc Pascual/Pixabay)

    Plus de dix ans après la guerre, une enquête du New York Times révélait que des armes chimiques avaient pourtant été découvertes. Mais elles n’avaient pas été fabriquées par Saddam Hussein. « Les munitions avaient été conçues aux États-Unis, fabriquées en Europe et remplies de produits chimiques sur les lignes de productions irakiennes, par des sociétés occidentales », précise le New York Times. Le but était tout simplement économique : la quête de l’Or noir irakien. À savoir si l’Iran est l’origine des maux du Moyen-Orient, il faut des preuves pour affirmer de telles choses, les présomptions ne suffisent pas. Ce qui est sûr est que son pouvoir est grand, son influence au Moyen-Orient et sa corruption également.

  • La guerre du Kippour débutait il y a tout juste 50 ans

    La guerre du Kippour débutait il y a tout juste 50 ans

    La guerre du Kippour se déroulait du 6 au 24 octobre 1973. Les États arabes lancent contre Israël une offensive militaire. L’armée égyptienne franchit le canal de Suez durant la fête juive du Yom Kippour. Cette armée compte pas moins de 300 000 hommes. Les alliés syriens de l’Égypte lancent, au même instant 1000 chars et 100 000 hommes. L’une et l’autre prennent à revers les troupes. C’est la quatrième fois que les armées arabes et israéliennes s’affrontent depuis 1948.

    S’il est bien un conflit qui occupe sans cesse les médias, c’est celui entre Israël et la Palestine. Il existe depuis le milieu du XIXe siècle. Pour tenter de saisir les tenants et aboutissants, remontons un peu avant la fin du XIXe. le 15 février 1896, un ouvrage apparaît dans une librairie de Vienne. Intitulé L’État des Juifs, recherche d’une réponse moderne à la question juive de Theodor Herzl, journaliste hongrois. Le roman sera traduit, explique Hérodote sous le titre Tel-Aviv (lieu de renouveau) qui deviendra le premier nom de la capitale de l’État d’Israël.

    La Première Guerre mondiale éclate après l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand d’Autriche. Durant cette période, la déclaration Balfour en 1917, qui se veut, être juste une lettre pose ici les bases de l’État en devenir. La guerre est finie, la Palestine attire de nombreuses personnes. La population passe le million d’individus entre les deux guerres mondiales. La province en question est placée par la Société des Nations (SDN) sous mandat britannique. Les heurts s’enchaînent, l’animosité des extrémistes croît. Après l’épisode « Exodus 47 », le vendredi 14 mai 1948 David Ben Gourion proclame la naissance de l’État, il sera créé officiellement le lendemain.

    La réponse à la guerre des Six Jours

    Au sein de l’ONU, il était prévu de scinder l’ancienne province ottomane en deux. Mais les tensions entre chaque belligérant ne cessent de croître. Une guerre éclair de six jours, du 5 au 10 juin 1967. Le premier jour les troupes de l’État pénètrent en Égypte par le désert du Sinaï, en plein jour à 14 h. « Le commandement israélien, complètement pris au dépourvu et dont les premières réactions offensives locales sont toutes vouées à l’échec, au prix de pertes sensibles ». Plus de la moitié de la flotte égyptienne est détruite. Le 9 juin, elle envahit le plateau syrien du Golan.

    « Voulue planifiée et conduite par Sadate, la guerre du Kippour, déclenchée le 6 octobre 1973, jour du Grand Pardon des israélites et en plein Ramadan, trouve son origine dans le sentiment de revanche provoqué par l’humiliante défaite des États arabes, subie lors de la guerre des Six Jours, en 1967. » 1 (Crédits : The detroit jewish digital archives).

    Cinq mois plus tard, le 22 novembre, l’ONU par la résolution 242 enjoint le « retrait des forces armées israéliennes des territoires occupés lors du récent conflit ». Sauf que la première colonie juive, Kfar Etzion, était déjà érigée en Cisjordanie. Golda Meir dirige le gouvernement. Partisane d’une ligne dure elle refuse le retrait des territoires occupés et soutient la colonisation de la Cisjordanie. En juin 1969, elle déclare « qu’il n’y a pas de peuple palestinien » au journal anglais The Times. Le Sinaï est récupéré par Israël jusqu’aux accords de Camp David en 1978.

    Négociations de paix à Camp David

    Une rencontre se déroule à Camp David dans le Maryland aux États-Unis. Le président égyptien Anouar el Sadate rencontre le Premier ministre israélien Benahem Begin, résidence d’été du président américain Jimmy Carter.

    Les deux belligérants signent le 17 septembre 1978 un accord qui débouchera le 26 mars 1979 sur un traité de paix en bonne et due forme. La reconnaissance par l’Égypte de l’État d’Israël

    Le prix Nobel de la Paix leur sera décerné. Ce succès coûtera la vie au président égyptien Anouar el-Sadate, assassiné par un islamiste le 6 octobre 1981.

    En 1973, Alfred (Freddie) Eini était l’assistant du chef du Mossad, Zvi Zamir. C’est lui qui, dans la nuit du 4 au 5 octobre, a reçu de Londres un télégramme de l’agent égyptien Ashraf Marwan, connu sous le nom de « l’Ange », l’avertissant clairement de l’imminence d’une guerre. (Crédits : YNET/DR)

    Dernière guerre « conventionnelle »

    Lors de cette guerre, le chantage au pétrole est une première, en effet le 17 octobre 1973, onze pays arabes exportateurs d’or noir imposent un embargo sur les livraisons. Tout comme les armes utilisés, elle sera la dernière guerre dite conventionnelle. Dorénavant, elle passe par le cyberespace avant les offensives terrestres.

    C’est aussi l’avènement d’armes nouvelles, tels les missiles. Il ne faut pas oublier l’électronique et l’électromagnétique (brouillage des missiles, identifications des engins ennemis. Les drones font leur apparition dans les années 70, mais les Israéliens usaient déjà du type Teledyne Ryan-124 Firebee. Les avions de reconnaissance puis les satellites participent aux victoires. Ci-contre, Israël et la Palestine aujourd’hui. (Crédits : Le Monde de la Bible)

    En 2012, un document déclassifié démontrait l’incapacité des services secrets israéliens à anticiper l’attaque imminente. Cela avait suscité un séisme politique majeur, et notamment la démission de la Première ministre Golda Meir. Le document montre qu’un agent, Ashraf Marwan, avait prévenu le directeur du Mossad, Zvi Zamir, le 5 octobre 1973, de l’imminence « d’un avertissement au sujet de la déclaration de guerre », mais que l’information n’était pas immédiatement remontée au vice-premier ministre Yigal Allon. Le nom de code était « Chimie ». Heureusement, les Femmes israéliennes et palestiniennes œuvrent en faveur de la paix.

    1. Histoire militaire – Une surprise stratégique : la guerre du Kippour de Claude Franc dans Revue Défense Nationale 2015/10 (N° 785), pages 122 à 124 ↩︎
  • Prendre des mesures draconiennes

    Prendre des mesures draconiennes

    En ce début d’année, vous avez pris des mesures draconiennes. Cette expression française est issue d’un autre temps. Le régime islamique de la République d’Iran adopte des mesures draconiennes, provocant la mort de Masha Amini, puis celles de nombreux manifestants. Souvent lorsque la peur domine le dirigeant, il se protège en incitant la peur parmi ses administrés. La formule pourrait laisser croire que ces mesures sont faites pour instaurer un sentiment de frayeur.

    L’image qu’elle redonne en zoologie, est « qui ressemble à un dragon ». Ce mot de langage est à l’origine, d’un temps bien lointain. Remontons au… VIIe siècle avant notre ère. En ce temps, vers -621 av. J.-C., un législateur athénien voulait mettre un terme à la crise suite au coup d’État de Cylon.

    Cylon, ancien champion d’Olympie réussi grâce à des soutiens à s’emparer de l’Acropole. Assiégés et affamés, de nombreux partisans sont tués. Cylon et son frère se placent sous la protection d’Athéna, au pied de son autel. Les sources diffèrent selon Hérodote, Thucydide, Aristote, Héraclique de Pont ou encore Plutarque. Les prytanes des naucrares, qui gouvernent à Athènes « font lever ces hommes en stipulant qu’ils pourront subir toutes les peines, sauf la mort. » (La nature et la date du crime des Alcménoides/Louis Molinier)

    Dracon est un législateur athénien du moment, appartenant à la classe des Eupatrides. Le corpus de lois se distinguait par sa sévérité et sa droiture : le moindre vol était puni de mort, seuls quelques crimes n’étaient pas passibles de la peine capitale. Si bien, que l’on promet aux conjurés la vie sauve, mais ceux-ci sont mis à mort.

    Attention à ne pas confondre mesure rigoureuse, radicale, inflexible comme le fut Magaret Thatcher, surnommée la dame de fer, et être déterminée, volontaire, inébranlable, ferme. Vous avez toutes et tous des buts à atteindre, ne prenez pas des mesures draconiennes. (Crédits : Skorchanov/Pixabay)

    Dracon pour limiter les représailles et les vengeances privées fit connaître des lois réunies dans le code du même nom. Les simples voleurs comme les fauteurs de trouble se voyaient frappés de peines lourdes, le plus souvent disproportionnées à leurs actes, les autres délits étaient punis de mort ou d’exil. Pour preuve, Dracon avait fait écrire les lois dit-on, écrit « non avec de l’encre, mais avec du sang ».

    Les légendes comme ses excès firent qu’il fut bientôt chassé d’Athènes. Deux versions s’opposent. La première indique qu’il serait mort en exil, l’autre il aurait été étouffé « par des monceaux d’offrandes qu’on aurait jetées sur lui au cours d’une représentation théâtrale. » Alors, au lieu de prendre des mesures draconiennes en début d’année, qui sont inflexibles, rudes et difficiles à faire admettre pour vos vœux, prenez juste de bonnes résolutions… ou pas.

  • Mahsa Amini, 22 ans morte pour un voile

    Mahsa Amini, 22 ans morte pour un voile

    Depuis la mort le 16 septembre 2022 de Mahsa Amini dans un hôpital à Téhéran, l’Iran s’est embrasé. La jeune femme de 22 ans avait été arrêtée par la police des mœurs pour non-respect du code vestimentaire. Toutes les couches de la population sont touchées. Le pouvoir est octroyé bon gré mal gré aux hommes, qui plus est religieux. Depuis 1983, la loi n’a cessé de se durcir jusqu’au décret du 15 août 2022 exposant les femmes à des punitions encore plus sévères.

    Elle pourrait être ma sœur, votre nièce, votre fille, votre voisine, votre amie, votre copine, votre compagne, ou tout simplement l’inconnue croisée au détour d’une rue… Mahsa Amini est morte à l’âge où commence la vie, morte à 22 ans pour ne pas voir « correctement » portée un voile, un hijab selon la loi en vigueur en République islamique d’Iran décrétée par le guide suprême et le président actuel.

    La police des mœurs, qui l’a accusée d’avoir enfreint la loi obligeant les femmes à se couvrir les cheveux avec un hijab et les bras et les jambes avec des vêtements amples. Elle s’est effondrée après avoir été emmenée dans un centre de détention pour y être « éduquée ». Le voile symbole préhistorique du régime abusif des mollahs (Crédits : DR)

    Mahsa Amini, était une Iranienne d’origine kurde de 22 ans, née à Saqqaz, dans le nord-ouest de l’Iran. Selon différentes sources, elle avait récemment été acceptée à l’université d’Urmia. Ce voyage familial à Téhéran était censé être ses dernières vacances avant le début de l’année scolaire. « Mahsa voulait étudier la microbiologie pour devenir médecin », selon le site de la BBC. Un rêve selon les déclarations de la famille à la BBC, un rêve qui ne se réalisera jamais.

    L’image date d’un autre temps, en 1977 à l’université de Téhéran. « Ils ont essayé d’empêcher les femmes d’aller à l’université, mais il y a eu un tel retour de bâton qu’ils ont dû les autoriser à revenir », explique la baronne Haleh Afshar, qui a grandi en Iran dans les années 1960. (Crédits : A. Abbas/Magnum Photos)

    Elle fut arrêtée, le 13 septembre 2022 par l’unité de police en charge du code vestimentaire strict de la République islamique pour les femmes en Iran. Les patrouilles « Al-Irshad » de cette police, connues sous le nom de « Gashti Irshad », sont chargées de « veiller au respect de la morale islamique et de détenir les femmes considérées comme portant des vêtements inappropriés ».

    La photo d’un salon de coiffure en 1977 à Téhéran parait être de la science-fiction. Aujourd’hui les femmes qui sur les différents réseaux sociaux se coupent les cheveux, sortent la tête nue pour dénoncer l’étouffement progressif des femmes depuis 1979. Elles revendiquent leurs libertés de mouvement, de vivre tout simplement. (Crédits : A. Abbas/Magnum Photos)

    Le pays est dirigé par Ali Hossaini Khamenei, dit Ali Khamenei. Il est exercé la profession de religieux dans un pays gouverné par la religion. Il est le guide suprême et occupe des fonctions qui lui confèrent des pouvoirs au-dessus du président. La comparaison pourrait s’effectuer entre la Première ministre, Élisabeth Borne, et le président de la République française, Emmanuel Macron. L’une applique la volonté politique de l’autre.

    Mais qui est le guide suprême Ali Khamenei ?

    Il est né en avril 1939 à Mechhed. Sa loyauté envers le leader religieux, l’ayatollah Khomeiny, lui aurait valu six séjours dans les prisons du schah au cours desquels il aurait été victime de torture. En 1981, Ali Khamenei devient célèbre malgré lui. Il survit à un attentat à la bombe organisé par les Moujahidines du peuple. Une bombe était cachée dans un magnétoscope. Blessé, il en perd l’usage de sa main droite. Quelques mois plus tard, le 13 octobre 1981 il devient le troisième président de la nouvelle République islamique d’Iran jusqu’au 3 août 1989. Depuis le 4 juin 1989, il occupe la fonction de guide suprême. Il décide de tout, nomme, évince, dirige.

    Il y eut un avant et un après de la révolution islamique. Sous couvert de religion, les libertés se sont amoindries, pour les femmes. Les pouvoirs en place accuseront l’occident d’avoir fomenté l’opération Olympics Games pour contrer l’enrichissement d’uranium iranien. (Crédits : DR)

    La loi se durcit depuis l’arrivée au pouvoir des religieux et de la révolution islamique de 1979. En 1983, les personnes se sexe féminin sont contraintes, dès l’âge de 7 ans à porter le Hijab. Elles encouraient, quel que soit l’âge des peines pouvant aller de la prison aux coups de fouet. Depuis le 5 juillet 2022, elles doivent couvrir l’ensemble des épaules en plus des cheveux et du cou. Depuis le décret du 15 août, signé le lendemain par le président Ebrahim Raîssi, les sanctions plus sévères sont prononcées en cas de non-respect.

    Si les tensions sont visibles en Iran et ne cessent chaque jour d’augmenter et de gagner du terrain, elles sont tout aussi violentes chez le voisin irakien. Le retrait de la vie politique du leader chiite Moqtada al-Sadr ce lundi 29 août 2022 a provoqué des affrontements meurtriers à Bagdad. Les autorités dénombrent 30 morts 600 blessés. (Crédits : AFP)

    Selon l’enquête de la police, Mahsa Amini aurait souffert d’un arrêt cardiaque soudain. Au site internet IranWire, le frère de la victime à déclaré qu’il attendait sa sœur à l’extérieur du commissariat, a vu une ambulance en sortir et l’emmener à l’hôpital. Il dit avoir été informé qu’elle avait fait une attaque cardiaque et cérébrale et qu’elle était dans le coma. « Il ne s’est déroulé que deux heures entre son arrestation et son transfert à l’hôpital, a-t-il déclaré, annonçant son intention de porter plainte. Je n’ai rien à perdre. Je ne laisserai pas les choses ainsi sans protester. » La police a nié qu’elle ait été maltraitée, sa famille a déclaré qu’elle était en bonne santé. Selon l’Académie de médecine française les causes d’un arrêt cardiaque sont triples :

    • cardiaques (infarctus du myocarde)
    • broncho-pulmonaire (embolie pulmonaire, obstruction des voies aériennes par corps étranger, strangulation, œdème aigu ou noyade)
    • nerveuse (réflexe vasovagal), hypoxie exogène

    La Haute Commissaire de l’ONU aux droits humains par intérim, Nada al-Nashif, a exprimé « son inquiétude face à la réaction violente des forces de sécurité aux manifestations », et réclamé une enquête « impartiale » et « indépendante ». En marge de l’assemblée générale de l’ONU à New York, le président français Emmanuel Macron a déclaré, après un entretien avec le président iranien Ebrahim Raïssi, avoir « insisté sur le respect des droits des femmes » en Iran.

  • Cyberattaque : le torchon brûle entre l’Albanie et l’Iran

    Cyberattaque : le torchon brûle entre l’Albanie et l’Iran

    Ce vendredi 9 septembre 2022, les États-Unis ont annoncé de nouvelles sanctions envers l’Iran. Plus précisément le ministère du Renseignement et de la Sécurité. L’Albanie accuse l’Iran d’avoir fomenté la cyberattaque qui a paralysé ses services publics en juillet. Des données auraient même été dérobées, d’après l’Agence nationale de la société de l’information (AKSHI). L’agence informait le 17 juillet 2022 qu’elle avait été contrainte de fermer les systèmes gouvernementaux jusqu’à la neutralisation des attaques ennemies.

    Le gouvernement albanais avait conféré, mercredi 7 septembre 2022, 24 heures au personnel de l’ambassade pour quitter le pays. La raison évoquée une importante cyberattaque que Tirana impute à Téhéran. C’est par le biais d’une allocution télévisée que Edi Rama, Premier ministre albanais annonçait que son pays rompait ses relations diplomatiques avec l’Iran.

    L’action diligentée par le pouvoir est choix réfléchi et obligé, selon Rama. Une enquête démontrerait par des « preuves irréfutables » que, le 15 juillet 2022, Téhéran « a engagé quatre groupes pour monter une attaque contre l’Albanie » affirma-t-il.

    Le 8 septembre 2022, des membres de l’unité spéciale de la police entraient dans l’ambassade de la République islamique d’Iran, à Tirana, en Albanie. Tandis qu’au même moment l’Albanie coupait ses liens avec l’Iran et ordonnait aux diplomates de partir suite à la cyberattaque. (Crédits : Florion Goga/Reuters)

    Les ultimes personnels auraient délaissé l’ambassade ce jeudi 8 septembre. Les deux dernières voitures, contenant une dizaine de passagers, ont quitté l’enceinte jeudi aux alentours de midi. « Une enquête approfondie nous a fourni les preuves indiscutables » que l’attaque a été « orchestrée et parrainée » par Téhéran, a soutenu le chef du gouvernement albanais. De son côté, le ministère iranien des Affaires étrangères a démenti que l’Iran soit à l’origine de quelque cyberattaque que ce soit.

    L’OTAN a également exprimé son soutien total à l’Albanie et a condamné dans une déclaration « dans les termes les plus forts ces cyberactivités malveillantes conçues pour déstabiliser et porter atteinte à la sécurité d’un allié, et perturber la vie quotidienne des citoyens ». (Crédits : Florion Goga/Reuters)

    Les États-Unis ont annoncé vendredi 9 septembre 2022 des sanctions contre le ministère iranien du Renseignement et de la Sécurité et son directeur, Esmail Khatib. Ils les accusent d’avoir conduit des cyberattaques contre les États-Unis et leurs alliés. Un groupe est cité tout particulièrement. Il s’agit de « MuddyWater ». Il mènerait des cyberattaques depuis 2018, profitant de la vulnérabilité de systèmes informatiques étrangers pour accaparer des données sensibles. « La cyberattaque de l’Iran contre l’Albanie ignore les normes de comportement responsable des États en temps de paix dans le cyberespace, qui comprennent une règle selon laquelle il faut s’abstenir d’endommager les infrastructures critiques qui fournissent des services au public », a déclaré Brian E. Nelson, sous-secrétaire au Trésor chargé du terrorisme et du renseignement financier.