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  • Vers les Pinnacles et au-delà (49/55)

    Vers les Pinnacles et au-delà (49/55)

    Comme il pouvait s’y attendre, l’humidité rencontrée à minuit s’est installée un peu partout. Tant et si bien, que le constat est sans appel : tout est trempé. Pourtant, il n’a pas plu durant la nuit. Flavien tient aujourd’hui un agenda de ministre au travail. C’est à travers le Kauaeranga Kauri Trail que l’aventurier du bout du monde va dominer la péninsule de Coromandel. Le tracé de six kilomètres propose un dénivelé de 524 mètres, le tout en sens unique. Mais ce chemin possède aussi une portée historique pour le peuple Maori.

    Il est 6 h 45, les nuages restent et persistent, cachant le soleil et sa douce chaleur. « Je ne réussis pas à faire sécher ma tente », admet-il, en pensant à s’en occuper cet après-midi. Si tôt rangée, le baroudeur se met en ordre de marche. « Je ne traîne pas, la journée s’annonce un peu chargée. » Il entame son périple en se rendant au sommet des Pinnacles, à 780 mètres d’altitude.

    Seul au monde… ou presque

    Les débuts sont d’ores et déjà prometteurs. Sur le sentier, la flore est parfois très intéressante, souffle le naturaliste accroupi, au chevet de ces belles. « Je me suis arrêté sur un bord de chemin où, dans un rayon de cinq mètres j’observe : Halocarpus biformis, Agathis australis, Phyllocladus trichomanoides, Dacridium cupressinum, Schizaea fistulosa, Lateristachys lateralis, Quintana serrata, Drosera binnata et Ixerba brexioides… » La liste promet des rencontres d’une époque révolue. « Il y a de quoi se croire au jurassique avec toutes ces espèces ancestrales : c’est magnifique. »

    Avant de gravir le sommet, il songe à adoucir sa charge. « Je m’arrête à la hut, énorme et moderne, pour y déposer du matos et grimper plus léger. » Il sort de la hut, quand le ciel se tapisse de nuages. « Quelques gouttes tombent… Dommage les végétations sont sympas ici, notamment la rare espèce endémique Olearia townsonii», remarque le naturaliste en accélérant la foulée. Les derniers mètres s’effectuent avec des chaînes et des cale-pieds.

    « Là-haut je suis seul ! Le panorama n’est pas celui que j’espérais, mais ça donne une ambiance très sauvage, le coin est magnifique sur ce promontoire abrupt où il ne faut pas faire un faux pas », raconte l’aventurier dont la vue est cachée par la couverture nuageuse, une nouvelle fois. Lors de la descente, l’intensité pluvieuse croit, le privant d’une observation détaillée. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Il parvient à s’abriter pour dévorer mon pain et mon brie. Une aventurière et son enfant en bas âge juché sur son dos l’imitent. « Elle est très sympa. » Le bambin gambade tout juste, remarque Flavien. « Il est obnubilé par mon fromage, alors je lui en donne un petit bout. » Elle indique que c’est la première fois qu’il en mange. Flavien l’invite à découvrir la variété disséminée en France.

    « Je serai bien resté plus longtemps, mais la pluie a cessé, alors je poursuis mon retour. » Les bords de chemin sont constellés de Dawsonia superba. Le naturaliste distille que cette fameuse mousse est la plus grande du monde. Et que leur route s’est déjà croisée au pied du Taranaki.

    La descente perdure, mais il découvre pléthores d’espèces, dont une famille — les Loxsomaceae —, qu’il n’a pas encore vue. « Ma carte mémoire est pleine, il faut sans arrêt que je fasse de la place », se lamente Flavien. Il est 14 h, quand il retrouve le parking. « Je file jusqu’à la maison du DOC pour remplir mes bouteilles et trouver un camping pour ce soir. » La veille il fait chou blanc sur la réservation.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    « J’ai grand besoin de prendre une douche. » La dernière date de trois jours. Alors, avec cette température et l’humidité : « c’est la cata », souffle-t-il. Une fois au volant, il parcourt les quatre heures qui l’en séparent. Comme toute capitale, il existe des heures où il est nécessaire de l’éviter.

    « J’arrive vers 16 h à Auckland. Il fallait bien que je me tape des bouchons. » Cette expérience dure trois quarts d’heure…

    « Comme hier, j’ai dû prendre une portion de route payant — Toll Road — pour seulement 2,5 NZD. Ce qui est ennuyeux, c’est qu’il faut aller payer sur internet, comme pour l’autoroute entre Montluçon et Moulin. »

    L’aventurier du bout du monde touche enfin son but. « J’arrive au camping à 18 h 45. Heureusement la réception est encore ouverte. » Il se rend sur son emplacement, dans un camping littéralement vide avant de se diriger vers un food truck pour prendre un burger. « Décevant encore une fois. Déjà qu’ils mangent mal, en plus de ça, ce n’est pas bon… »

    (Crédits : Olearia townsonii – Asteraceae/Flavien Saboureau)

    Il s’attelle à ériger sa tente, afin qu’elle puisse sécher de la nuit précédente. Puis c’est le moment tant attendu de la douche. « Que dire…. elle était fameuse. En plus, un Néerlandais m’a laissé un jeton, j’ai pu y rester dix minutes au lieu de cinq. » Malgré un réveil qui s’annonce matinal demain, programmé pour sept heures, comme à son habitude, l’aventurier éteint toutes lumières aux alentours de minuit. À suivre…

  • À l’assaut du Mount Pirongia (44/55)

    À l’assaut du Mount Pirongia (44/55)

    La nuit se passe sans encombre. Le réveil prématuré laisse sur sa faim le baroudeur. Sa tocante affiche six heures quarante-cinq quand son œil zyeute les aiguilles. Il est beaucoup trop tôt pour se lever. D’autant que sa prochaine étape est la récupération de sa voiture de location, à midi. Il va jouir d’une liberté de mouvement, de temps et de recherche. Mais la relativité est propre à chacun. Mais un détail identifie Flavien comme un Français par de multiples petites habitudes alimentaires. De nombreux repas sont constitués de pain et de fromage.

    « Pour ce matin, j’avais programmé le réveil à 8 h… mais pas à 6 h 45. » Il n’est pas pressé et pour une bonne raison. Flavien récupère sa voiture de location à midi. Alors, c’est seulement aux alentours de 9 h 30 qu’il se décide à quitter l’auberge. Une légère marche pour rejoindre l’arrêt de bus. Mais la chaleur ressentie dans la chambrée l’invite à prendre une dernière douche juste avant son départ.

    La liberté de mouvement recouvrée

    Une voiture de location se mérite, a priori. Car, Flavien réalise un trajet jusqu’à l’aéroport de plus d’une heure en bus. Le premier volet durant trois quarts d’heure, puis à nouveau une demi-heure. « En plus, j’effectue le dernier kilomètre en marchant. » Arrivée, bon pied, bon œil, à l’agence « GreatCar », ils lui donnent pressément l’automobile sans beaucoup d’explication. N’ayant jamais conduit de véhicule hybride, l’aventurier les questionne. Comment se recharge-t-elle ? Ce à quoi ils répondent qu’une hybride n’a pas besoin d’être rechargée. « J’y comprends rien, qu’est-ce qu’elle a d’hybride alors ? »

    C’est une excellente question ! Alors en aparté, qu’est-ce qu’une voiture hybride ? Elle est un véhicule qui avance sur deux souffles.

    D’un côté, le moteur thermique, héritier d’un siècle d’automobile, fidèle compagnon des longues routes. Puis, de l’autre, l’électrique, discret, presque feutré, qui s’éveille dans le silence assourdissant des rues urbaines. Ensemble, ils se relayent, s’épaulent, se corrigent.

    À basse vitesse, l’électricité prend la main et efface le bruit comme la fumée se dissipe au gré du vent. Puis, au fur et à mesure que la route s’étire, le moteur thermique regagne sa place. L’énergie perdue au freinage n’est plus gaspillée : elle est récupérée, stockée, réutilisée. De la même manière que la Formule 1 depuis 2009. Donc, en roulant, au freinage et lors de la décélération, la batterie se recharge. (Crédits : Rudolf-Vati/Pixabay)

    Ainsi, l’hybride n’est pas une rupture brutale, mais une douce transition. L’automobile y apprend à consommer moins en écoutant davantage le rythme du monde qui l’entoure. Bref, voici ce qu’est une voiture hybride. Après avoir récupéré son bolide, Flavien s’écrit « le standing n’est pas le même qu’avec la précédente location, en même temps celle-ci ne me coûte de 40 NZD par jour au lieu de 60 ». Mais la comparaison ne s’arrête pas là. La caution n’est que de 500 dollars néo-zélandais contre 3000.

    En route pour de nouvelles aventures

    Peu avant midi, il se place au volant. « Me voici, en direction d’Hamilton pour faire quelques courses au New World avant de me diriger vers le Mount Pirongia. » C’est donc à 14 h 35 que Flavien opère son entrée dans cette réserve, où il fait très chaud, 28 °C, souffle-t-il. D’un pas décidé, il installe sa tente près du sommet ce soir et de redescendre demain matin.

    Toujours en retard comme le Lapin d’Alice, Flavien court devant le temps. « L’ascension de 700 m sur une distance de huit kilomètres est donnée pour quatre heures. Je table sur trois au vu de mes précédentes randonnées. » Pour emmener son téléobjectif, le naturaliste décide de ne pas ajouter à son sac de réchaud, seulement deux vestes, pas de poncho, pas de batteries… « C’est la première fois que je prends aussi peu de choses », avoue Flavien.

    Il attaque la montée dans la forêt luxuriante, tout en transpirant à grosses gouttes. « Je suis complètement paumé avec les espèces », s’étonne-t-il. Mais, il répond présent pour voir Dactylanthus taylorii, l’unique plante parasite de Nouvelle-Zélande. « Elle se fait rare. Elle est en danger d’extinction, mais je n’ai pas réussi à trouver de points exacts avant ma venue. » Selon les recherches, les autorités la protègent des prédateurs avec du grillage, ce qui devrait faciliter la tâche du naturaliste. (Crédits : Flavien Saboureau)

    C’est une Balanophoraceae, famille mythique qu’il n’a encore jamais vue. « Durant la montée j’observe trois nouvelles familles (Alseuosmiaceae, Strarsburgiaceae et Paracryphiaceae), chose très rare dans une vie de botaniste : croiser autant de nouvelles familles en une seule journée ». Mais une déconvenue attend Flavien. Arrivé sur une crête, il constate que le reste de l’ascension se fera sur celle qu’il surveille depuis le départ. « Je ne suis pas rendu. »

    Ça monte, ça descend, le tout au sein d’enchevêtrements de racines au milieu d’une trace plus qu’un sentier. « Au moins, je ne suis pas dérangé, je ne croise personne. » La météo au beau fixe, le paysage magnifique… « Ces crêtes me font penser à celles des forêts d’Araucaria en Patagonie. » Mais l’ascension paraît interminable… « C’est long…. Ce chemin ne dévoile que quinze mètres de visibilité. Je voulais de l’aventure, je suis servi », martèle le baroudeur.

    « C’est l’un des sentiers les plus sauvages que j’ai emprunté dans ce pays », reconnaît-il. Vers dix-huit heures, Flavien croise un chasseur en quête de chèvres. « Savez-vous où je peux trouver des cages pour le Dactylanthus ? »

    La réponse est laconique. « Il me réplique qu’il me montrera ça ce soir à la hut. » Il poursuit jusqu’au sommet à 959 m qu’il atteint à 19 h 15, soit 4 h 30 plus tard. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Après avoir rejoint la hut et le campement, « je trouve quelques cages avec le trésor à l’intérieur… malheureusement fané ». C’est surtout le moment de s’installer. « Je monte ma tente sur les emplacements aménagés. Étonnement, dans cet endroit très paumé, il y a une dizaine de coins. » Mais l’aventurier du bout du monde sera seul ce soir.

    Quatre randonneurs se trouvent dans la hut. L’un d’eux est Australien. Il réalise la fameuse Te Riaroa, la traversée de la Nouvelle-Zélande en quatre mois, soit 3 000 kilomètres. Flavien, quant à lui, se restaure avec, avec…. Oui ! Du fromage et du pain, mais sur la terrasse face au coucher de soleil. « Quel moment ! »

    La température se rafraîchit, si bien qu’il enfile son pull. Le naturaliste en trouve une seule, encore à peu près en fleurs. Il est satisfait de ne pas être bredouille. Le Dactylanthus taylorii, plante singulière et presque clandestine, fait exception dans le monde végétal : il est pollinisé non par les insectes ou le vent, mais par des chauves-souris, en l’occurrence la chauve-souris à queue courte de Nouvelle-Zélande. Attirées par son odeur musquée et son nectar, elles assurent ainsi la reproduction de cette espèce parasite. (Crédits : Flavien Saboureau)

    « La nuit tombée, frontale en place, je suis mon objectif. » Cerise sur le pavlova, dans l’une de ces cages, un weta semble y avoir trouvé refuge, c’est une nouvelle espèce que Flavien n’avait pas encore vue. Après une toilette de chat sous sa tente, il se projette déjà au lendemain. « J’ai rendez-vous avec les chasseurs. Ils m’indiqueront de divers lieux, qui avec un peu de chances d’autres Dactylanthus en pleine floraison. »

    Travaux et horaires ne font pas bon ménage

    En ce cinq février 2025, après de très nombreux réveils en terre néo-zélandaise, l’horloge interne est dorénavant calée. « Ce matin, j’ai programmé mon réveil pour 7 h 30. Mais, pas moyen de déroger aux habitudes, les yeux s’ouvrent un quart d’heure avant sept heures. » Malgré ces secondes manquantes escomptées, il a passé une bonne nuit. Peu avant huit heures, Flavien a rendez-vous avec les chasseurs. Dans la discussion, ils lui expliquent leurs présences ici durant dix jours chaque année. Employés du département de conservation, ils œuvrent à l’éradication des chèvres, introduites en 1770 par un certain James Cook. Elles sont devenues envahissantes et destructrices.

    Plus la descente s’amorce, plus la chaleur augmente. « Me revoilà à suer dès que je m’agrippe aux chaînes pour monter sur des escarpements. » En bas, la vision des fougères arborescentes de plus de vingt mètres de haut impressionne. « Tout autant que certains arbres, tels Dacrydium cupressinum ou Dacrycarpus dacrydioides qui montent à plus de 50 mètres », comment Flavien.

    Arrivé à la voiture à 12 h 30, le baroudeur reprend la route après avoir grignoté… le pain et le fromage qu’il lui reste. « J’ai deux heures et demie de route pour rejoindre un site géothermal fermant à 16 h 30. » Finalement, de nombreux travaux sur la route produisent un changement de programme. « Je bifurque sur visite la ville de Rotorua », se ravise-t-il. Après un arrêt tactique dans un New World, pour y trouver du Wi-Fi, l’aventurier opte pour une auberge, bien moindre que tous les campings hors de prix. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Après avoir profité d’une douche tant attendue, et une lessive à la main, le gourmand file en direction de Kuirau Park. Situées à quelques pas du centre-ville, quelques formations géothermales sont observables gratuitement. Kuirau Park est l’un de ces lieux où la terre parle à voix haute. Le sol fume, l’eau bouillonne, des mares aux teintes laiteuses ou turquoise offrent un rappel discret, mais constant, que la ville repose sur une croûte terrestre instable et vivante. « L’odeur de souffre prend au nez et sent par moment jusque dans le centre-ville », décrit-il. Sur le chemin du retour, « je m’arrête à un kebab qui sert des wraps géants, et terriblement bons. » À suivre…

  • Une journée en approche de Tongariro (40/55)

    Une journée en approche de Tongariro (40/55)

    Le premier jour d’un périple de trois dans le premier parc national néo-zélandais. Flavien s’attaque à un lieu symbolique à plus d’un titre. Situé au centre de l’île du Nord, il comprend les volcans Ruapehu, Ngauruhoe et Tongariro. Le parc comporte de nombreux sites sacrés pour les Māori : tapu. Sur une surface de près de 800 km2, le parc s’étend. Il abrite en son sein des espèces rares de faune et de flore. Un Graal pour le naturaliste, en quête de découvertes et d’émerveillement.

    Comme lors du précédent trek, Flavien ne se presse pas pour sortir du lit. Qu’il est agréable de demeurer au calme quand tout s’agite autour de soi ! « Je prends le temps de me lever », confirme-t-il en s’étirant. Les yeux se sont ouverts pour ne plus se refermer dès 7 h 45. Flavien se met à table vers 9 h. « Il me reste du yaourt, des blocs de muesli, du jus d’orange et une banane, c’est le grand luxe. » C’est de loin mon meilleur petit déjeuner du voyage, glisse l’aventurier entre deux bouchées.

    Voir Tongariro à la force du pouce

    À 10 h précises, le naturaliste règle les derniers détails avant de quitter l’auberge, en ce vendredi 31 janvier. Il laisse son petit sac, afin de voyager plus léger. « Je prends la direction de la même supérette qu’hier pour y poster les cartes écrites. » Il est temps désormais de tendre le pouce côté route pour rallier sans encombre le début de la randonnée à Whakapapa, à 15 km d’ici.

    « À peine ai-je levé le pouce qu’une camionnette me klaxonne pour que je monte. C’est un Serbe qui vit en Nouvelle-Zélande depuis de nombreuses années. Avec l’accent russophone, c’est assez folklorique d’essayer de se comprendre en anglais. »

    Il conduit n’importe comment, explique le baroudeur accroché à la poignée de la portière.

    Il dépose Flavien à un croisement. « Il me dit de prendre la canette de Sprite qui traîne dans sa portière. Ça ne m’arrange pas pour la randonnée, mais je ne refuse pas. » L’aventurier du bout du monde se place sur la perpendiculaire. « Dans la précipitation je perds une de mes deux sandales fabriquées maison, se désole-t-il. Elle a dû tomber dans le coffre de la camionnette. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Obnubilé, Flavien, chargé comme un mulet, recherche désespérément sa sandale. Puis une voiture freine à sa hauteur, lui proposant de l’emmener. « C’est une dinguerie, le stop ici… » Une Française au volant. Sur un trajet extrêmement court, la discussion prend place. « J’ai juste le temps de savoir qu’elle est en Nouvelle-Zélande pour un an. »

    Une promenade de santé

    Elle le dépose à la maison du parc national, enfin pas tout à fait. Elle s’arrête sur le parking juste en face : tawera place. Puis, juste avant de gravir les marches de la maison du parc, Flavien boit la canette offerte. Il, se met en ordre de marche pour les neuf kilomètres et deux cent soixante-quatorze mètres de dénivelé positif en direction de Mangatepopo Hut. « À côté de laquelle je pose ma tente. »

    Habitué à gravir des pentes plus ardues, l’aventurier du bout du monde trouve que « le chemin est presque pour ainsi dire plat tout du long, très peu de dénivelés ». Sur les flancs de ce plateau volcanique très actif, il traverse d’étonnantes végétations qui s’apparentent à des landes, la callune.

    Quelques nouvelles espèces s’offrent à lui, mais le paysage ne l’émerveille pas encore. Le ciel se couvre de nuages menaçants. Une chaleur orageuse colle les vêtements des marcheurs. « il fait très chaud pour cette altitude, je ne comprends pas pourquoi ça ne tourne pas à l’orage. » Depuis le début de son périple, il n’a pas vécu un orage néo-zélandais, à son grand regret. Après une pause déjeuner sur le pouce, il arrive à la Hut à 15 h 30, sans rencontrer de grandes surprises.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    De gros nuages noirs enveloppent les deux volcans qui m’entourent : le Pukeonake et le Pukekaikiore. Sans oublier les Ngauruhoe, Tongariro, ainsi que Red Crater, South Crater, Central Crater, Te Maari Craters. « La pluie ne tombe pas, tant mieux. » Flavien lambine, malgré cette paresse, il est le premier à s’installer. Suivi de près par deux Israéliens.

    Poulet et purée comme à la maison

    Les formalités effectuées, Flavien doit occuper son temps. « Mais je n’ai pas grand-chose à faire », se languit-il. La chaleur moite ne l’empêche pas de faire une sieste, dans l’antre infernal de sa tente. Il finit par déambuler les yeux fixés au sol, pour dénicher des plantes. « Après une heure de déambulation, je trouve Raoulia albo-sericea, endémique de ce plateau volcanique de quelques kilomètres de diamètre. »

    Elle pousse dans les dépôts de scories des bords de torrents, explique le naturaliste. Heureux de sa trouvaille au soleil couchant, il rentre, car son estomac crie famine. Mais avant de se sustenter, il zyeute les quelques documentations botaniques qu’il a enregistrées sur son téléphone pour identifier ses observations. « Le lyophilisé de ce soir, au poulet, en renferme un autre avec de la purée, c’est nouveau ça », s’exclame-t-il.

    En allant remplir ma gourde et faire sa vaisselle, Flavien croise une jeune femme qui le reconnaît au premier coup d’œil. « Elle me demande si je me trouvais à Angelus Hut il y a deux semaines, sur l’île du sud. » Flavien répond à la question par une question. « C’était la soirée où il est tombé des cordes ? ». La réponse affirmative laisse Flavien sans voix et sans souvenir de cette rencontre. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Leur chemin se sépare. Après un brossage de dents en règle, il saisit son reflex. « il subsiste peu de nuages pour contempler le fameux Mount Ngāuruhoe (2287 m). Ce lieu sacré, où il est interdit de grimper. » La douceur enveloppe les campeurs, pas une once de vent. « La nuit s’annonce moins corsée qu’il y a soixante-douze heures », se réjouit-il. À suivre…

  • Flavien en voyage vers Te Kūiti (39/55)

    Flavien en voyage vers Te Kūiti (39/55)

    Deux bus et trois cartes postales, Flavien traverse l’île du Nord comme on feuillette un carnet d’aventures. Parti avant l’aube, il découvre à Te Kūiti que chaque sourire invite à ralentir. Entre New World, une dame spontanée et des habitants curieux de son accent, l’attente du bus devient un moment suspendu. Plus au sud, le chemin le mène vers National Park Village, ses auberges de bord de route et ses rencontres cosmopolites. Une journée modeste, mais pleine de ces détails qui font des voyages ordinaires de grands souvenirs.

    Ce matin le réveil aura sonné pour l’aventurier. « À 6 h 10, je sors de la chambre pour finir de préparer mon sac », chuchote le globe-trotter, en marchant sur la pointe des pieds. Trente minutes se passent lorsqu’il prend le bus, juste à côté de l’auberge, en direction du nord et plus particulièrement : Te Kūiti, une petite bourgade pommée. Capitale mondiale de la tonte de mouton.

    De surprise en surprise

    Arrivé à destination, Flavien doit patienter quatre heures pour son futur voyage en direction du sud de l’Île du nord et de National Park City. En descendant, il pense s’ennuyer. Son supermarché favori, New World étant ouvert, « je fais le plein pour les trois prochains jours de randonnée, ils font des viennoiseries, du pain et des pizzas pour rien du tout ». Les six croissants s’affichent pour près de 3,30 euros. Puis, il s’installe sur une table de pique-nique au bord de Rora Street, au 71 de la rue.

    Il déguste sa pizza, puis se met à écrire quelques cartes postales. « La motivation est revenue, car j’ai appris que celles postées il y a un mois sont bien arrivées ! »

    Puis, peu à peu, les habitants intrigués s’approchent. « Ils ne sont pas habitués à voir des touristes ici. Les passants me demandent tous d’où je viens, en me souriant. Au supermarché, la caissière, qui avait l’air contente de rencontrer un étranger, m’a même donné une réduction avec sa carte… »

    Peu avant midi et demi, Flavien achète des timbres et poste quelques cartes. Le bus est arrivé à 13 h 20. Mais une dernière surprise attend Flavien.

    Avant de grimper dans le bus, une mamie, qui l’avait abordé durant le moment cartes postales, « me fait un câlin avant de monter. Je ne l’ai pas vu arriver, elle m’a surpris ». (Crédits : Flavien Saboureau)

    « C’est marrant comme anecdote. Ça ne m’est jamais encore arrivé… les gens sont incroyablement sympathiques ! » Un avant-goût d’un trajet peu commun. Depuis New Plymouth le bus pour National Park City coûte 88 NZD. Mais en choisissant la bonne ville d’arrêt, le prix descend à 30 NZD, sûrement dû à l’attrait touristique, réfléchit Flavien.

    « La pause et le changement de chauffeur à Taumarunui sont interminables et, finalement, je descendrais à National Park City sans encombre, c’est la bonne opération du jour. »

    Après avoir effectué son entrée à l’auberge — qui ressemble un peu à un routier — il prend la direction de l’unique supérette faisant office de poste pour acquérir de nouvelles cartes postales et délivrer celles qui sont désormais timbrées.

    « Il y a un barbecue à l’auberge, alors j’en profite aussi pour acheter 300 g d’agneau pour seulement 7,5 NZD ! » À l’auberge, Flavien poursuit son atelier écriture, puis il prépare son sac… et enfin, il passe en cuisine.

    (Crédits : Mknz24/Wikipedia)

    « Il y a un Allemand, mon unique collègue de chambrée, dans un dortoir de neuf, une Israélienne, et un Argentin qui fait ses études à Melbourne, on discutera un bon moment de la Patagonie argentine », comment la naturaliste. La journée riche en émotion et en temps de trajet use l’aventurier. Après sa douche, il sombre tout en douceur. « Étonnant, je ne peux pas dire que la journée a été exténuante… Le Wi-Fi ne fonctionne pas, ce qui fait les affaires de mon sommeil. » À suivre…

  • À la recherche du canard… bleu (30/55)

    À la recherche du canard… bleu (30/55)

    Après la visioconférence d’hier soir, Flavien est aspiré par son téléphone jusqu’à tard dans la nuit. Mais, ce soir, enfin cette nuit, il dort dans un lit, le premier depuis neuf jours. Sauf que lorsque vous partagez une chambre à plusieurs, il arrive parfois des surprises. Le lendemain sa finalité est de rallier le mont Arthur, et chemin faisant de tenter d’apercevoir le canard bleu, surnommé par son cri : Whio. Il est un canard inféodé dont il ne reste que 3 000 spécimens sur Terre.

    « Hier soir, je me suis couché tard », admet Flavien. L’aventurier semble avoir des valises sous les yeux ce matin. Il faut dire que la dernière fois qu’il a regardé son téléphone, il est deux heures. Comme un bonheur ne vient jamais seul, une femme d’un âge certain s’est mise à ronfler « comme pas possible », ajoute-t-il… « La nuit ne fut donc pas celle que j’espérais », soupire-t-il en poussant le réveil jusqu’à 8 h 20.

    De la frustration au plaisir, en une journée

    La voiture chargée, « je prends la direction du mont Arthur, où je compte dormir ce soir ». La durée escomptée pour arriver à destination lui laisse du temps de libre. Pourtant, l’aventurier n’est pas coutumier du fait, a-t-il une idée derrière la tête ? « Hier soir, j’ai glané des informations pour tenter de trouver le très rare Whio. » Ce canard inféodé aux torrents est en danger selon l’IUCN. Il ne reste que 3 000 individus, dont une population de quelques dizaines autour du Mont.

    Canard, UICN, Nouvelle-Zélande

    « Après avoir emprunté une route gravillonnée, tout de même plus praticable qu’il y a deux jours, j’arrive à mille mètres d’altitude. » Flavien stationne la voiture, puis descend un torrent, le Flora Stream, sur six kilomètres !

    « J’y croyais, j’ai mis toutes les chances de mon côté, mais rien. C’est frustrant de savoir qu’ils sont là, et de ne pouvoir les observer », admet-il. Une femme croisée sur le chemin lui indique les avoir vus hier un peu plus bas. Ni une ni deux : « Je marche deux kilomètres de plus, en vain. » Flavien n’affiche pas la même réussite qu’avec le Kiwi.

    Il est treize heures, quand il jette l’éponge. « Je dois grimper au sommet à 1700 m et parcourir les huit kilomètres pour revenir à la voiture. » Il y laisse son téléobjectif, pour prendre ses affaires de bivouac et repartir à la conquête du sommet. (Crédits : Karora/Wikipedia)

    « Je prends la direction du sommet à 760 m plus haut et 8,4 km plus loin. » C’est donc une pente moyenne assez élevée à laquelle se confronte l’aventurier (9 %). Dès les premiers mètres, le naturaliste n’avance déjà plus, et pour cause. « Je traverse de magnifiques forêts à Nothofagus fusca, N. cliffortioides et Dracophyllum traversii et n’arrête pas de déclencher l’appareil photo. » Cette journée à 24 kilomètres n’est pas encore finie, souffle l’aventurier.

    Une très longue journée de marche

    Flavien tombe en pâmoison devant ce Dracophyllum qui forme de véritables arbres. Tant et si bien qu’il ne tarit pas d’éloges. « Tout simplement admirable quand on connaît les autres espèces… », concède -t-il sans pour autant terminer sa phrase. Il se met à réfléchir, se remémore toutes les forêts traversées. Puis comme surgit une illumination : « C’est l’une des plus classes », conclut-il. À 1300 m, il passe devant une des fameuses « Hut » qui lui servira de refuge de secours s’il ne trouve pas chaussure à son pied ce soir. Le sommet se trouve dans les nuages, mais il se découvre en fin d’après-midi.

    Une fois au-dessus des cimes des arbres, le paysage se laisse découvrir. La particularité du coin, les karsts. « Je ne pensais pas voir ça en Nouvelle-Zélande. C’est beau, mais il n’y a pas d’eau. Je n’ai qu’un litre jusqu’à demain matin, je n’ai pas été des plus prévoyants sur ce coup-là. »

    La marche est longue, plus il grimpe, plus des espèces nouvelles se découvrent. Un couple croise sa route, lui indique qu’il y a une place pour sa tente sur la croupe sommitale. « Ça me rassure ! Jusqu’à maintenant je n’ai rien trouvé de convenable sur cette roche saillante. » Arrivé en haut, le soleil réchauffe le corps et l’esprit.

    Seul face à la nature

    Il n’y a pas de vent au sommet, l’aventurier se retrouve seul face à l’immensité. « La vue est majestueuse, je vois même Nelson (Whakatū) d’ici. Le coucher de soleil s’annonce splendide. » Mais, un petit hic contrarie son implantation. « L’installation de la tente est technique sur ce substrat 100 % minéral, les sardines ne s’enfoncent pas, alors je fais au mieux avec les cailloux qui traînent. » Il ne reste plus qu’à croiser les doigts pour que le vent ne se lève pas cette nuit. « Car, je ne peux pas être plus exposé à près de 1800 m d’altitude », tente de se rassurer Flavien.

    Par manque d’eau — juste un litre jusqu’à demain matin —, le repas est frugal et rustique. « Je grignote un bout de pain et de fromage que j’ai avec moi, agrémenté de quelques graines et fruits secs, c’est mieux que rien. » Le repas vite avalé, il photographie toutes les espèces qui ont colonisé le sommet. « Les réparations de mon matelas semblent tenir, je suis content pour mon dos, surtout sur ces cailloux… » (Crédits : Flavien Saboureau)

    arbre, forêt,

    La pénombre parvient, suite au coucher de soleil. Le vent arrive. L’aventurier bidouille une consolidation pour sa tente. « Sans pouvoir enfoncer de sardine, c’est du bricolage », constate-t-il en croisant les doigts pour que le vent se calme dans la nuit. La chaleur du soleil laisse place à la fraîcheur, au froid apporté par le vent. « Ça commence sérieusement à cailler maintenant que le soleil s’est fait la malle », tandis qu’un frisson lui parcourt le corps, amenant au même moment la chair de poule. À suivre…

  • Une rencontre hors du temps (19/55)

    Une rencontre hors du temps (19/55)

    Plusieurs jours que le kiwi se joue de Flavien. Comme un jeu de pistes, un jour il laisse des traces sur le sable. Un autre, il pousse des cris étouffés par la faune. Le surlendemain, c’est un témoignage de rencontre avec un randonneur… Aujourd’hui c’est pour l’aventurier la dernière occasion de contempler, observer cet oiseau endémique. Le kiwi austral (Apteryx australis) tient son nom du terme māori kivi-kivi. Leur vue est médiocre, compensée par un odorat développé. Leurs narines sont situées d’ailleurs à l’extrémité de leur bec. Le kiwi reste caché le jour et sort à la nuit tombée.

    Flavien ne laisse aucune chance à l’imprévu. « Je me réveille à 6 h 30 », explique-t-il. « C’est ma dernière chance de le trouver », se résigne-t-il. La tente est pliée en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. À 7 h 15, alors que tous émergent doucement, il trace la route du Rakiura Trek. « Ce qui ajoute 24 km à mes 56 km déjà parcourus… Ce n’est pas rien, mais le jeu en vaut la chandelle. » La météo est bonne, personne sur le chemin, c’est de bon augure, pense-t-il à voix haute.

    Quand le Kiwi apparaît

    « Ça bouge… » Le souffle se coupe, l’instant se fige, une goutte de sueur froide coule. « Ah mince, c’est un cerf de Virginie. Le troisième que je vois en quatre jours. » Flavien poursuit son chemin. Dans une descente interminable, un bruit déchire le silence. « Sur ma gauche ce bruit que j’ai entendu tout au long de mon trek. » Puis comme au cinéma, au détour d’une rue, la rencontre, presque le coup de foudre cinématographique. Cette fois, un kiwi aussi surpris que moi ne sait pas quoi faire et se fige. Aucun des deux ne bouge. « L’adrénaline monte d’un coup. Mon cœur bat comme rarement… »

    Flavien dégaine son appareil photo… L’objectif à plantes est fixé dessus… « Je fais avec », soupire-t-il en silence. « Pendant trente secondes, on se regarde dans le blanc des yeux. » Situé à moins de trois mètres, la rencontre est intense. « Quel animal ! Sorti de nulle part… Un vrai dinosaure. J’essaye de me rendre compte de ce moment… hors du temps. »

    Le kiwi cherche sa pitance, quelques invertébrés, et continue son chemin comme si de rien n’était. Flavien monte son téléobjectif. Au bruit produit par le kiwi, il le retrouve. « J’essaye de le suivre sans l’effrayer. » Dans ce silence assourdissant, le moindre pas crée un boucan d’enfer. « Ici une branche craque, là une fougère se frotte au pantalon. » C’est très compliqué de faire des photos dans cette végétation très dense où « je suis obligé de faire des détours pour éviter de me prendre les pieds dans des lianes ». (Crédits : Flavien Saboureau)

    Après quinze minutes d’intenses émotions, Flavien lui jette un dernier regard… Comme un déchirement… « Je dis au revoir à l’unique kiwi que j’aurai vu de ma vie. » Emporté par l’émotion, « je ne sais plus où je suis à force de tourner, virer… » Bien entendu, « je n’ai ni mon sac ni ma boussole. » Il suit le sens de la pente pour recouvrer le sentier. « Je suis tellement heureux que je me congratule en serrant les poings à maintes reprises. »

    Une récompense bien méritée

    À cause de la très faible lumière, à cette heure dans ces forêts denses, les clichés ont un fort bruit. Compte tenu des nuits courtes à cette latitude, Stewart Island est l’unique lieu où l’on peut espérer faire une photo de jour du kiwi. « Quelle chance j’ai eue ! » Revenons les pieds sur terre. Il lui reste seulement 21 km avant de revenir au village. Flavien a la tête dans les nuages, car « je ne ressens plus le poids de mon sac » vissé sur ses épaules. Chemin faisant, le chemin est véritablement boueux. « Il est difficile de se frayer un passage sans y laisser la chaussure », constate Flavien.

    Les efforts donnent soif. Plusieurs arrêts nécessaires pour remplir sa précieuse gourde filtrante. « Ici, l’eau est maronnasse. Cela est dû à la forte concentration en tanin ; ça me rappelle l’île de Navarino où l’eau avait cette couleur à cause des nombreuses tourbières. »

    Aux alentours de 11 h 45, le naturaliste s’accorde une pause. « Je m’arrête sous un abri pour manger, et m’octroyer une sieste d’une petite demi-heure. » Une heure s’écoule quand il se met en chemin pour les 11 derniers kilomètres. La vue sur certaines plages vierges est magnifique, mais les 56 km des jours passés pèsent. « J’ai hâte d’arriver et de me poser… s’il reste une place. »

    Arrivé à 16 h 30, aucun lit n’est libre, mais une place subsiste pour sa tente. Installé, il s’empresse de me rendre à la supérette pour s’offrir, telle une récompense, une glace et des Oreo… De retour au camping, le summum du luxe : une douche. « C’est toujours aussi agréable de se sentir propre. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    « À un fast-food, je commande un burger pour changer de la paella (lyophilisée) de ce midi. » Cette journée est placée sous l’ordinaire qui se transforme en luxe. À l’auberge, l’aventurier du bout du monde goûte au plaisir d’utiliser une machine à laver le linge, véritable et indispensable progrès de l’auberge. « Pour six dollars le lavage, et quatre pour le séchage… n’est rien à côté du plaisir d’avoir des vêtements qui sentent bon. » Depuis vingt-cinq jours maintenant, c’est une lessive à la main qu’effectue Flavien. La journée des cadeaux se poursuit. La soirée se clôture, dans sa tente, à donner des nouvelles, envoyer des messages enroulé dans son duvet. « Quelle journée ! Je m’en souviendrai toute ma vie… » À suivre…

  • Christmas Hut pour le réveillon (18/55)

    Christmas Hut pour le réveillon (18/55)

    Une Saint-Sylvestre à mille lieues des flonflons habituels. Sans cotillons, sans champagne, mais avec de la boue jusqu’au genou, une plante rare en ligne de mire et treize heures de marche dans cet écrin sauvage. Flavien célèbre cette fin d’année là où seuls les pas comptent vraiment : dans la nature brute de Rakiura. L’aventurier entame l’ascension de l’Anglem, au cœur de l’île Stewart. Des kilomètres de forêt humide, des empreintes de kiwi et des coussins d’espèces endémiques en guise de feu d’artifice.

    Pour cette dernière journée de l’année, pas de grasse matinée. « À 7 h, je prends la direction de Christmas Hut pour y passer le réveillon du Premier de l’an, ça ne s’invente pas ! » Auparavant, une légère marche de 11,5 km se présente. C’est la distance qu’il doit réaliser pour pouvoir attaquer l’ascension du sommet dans l’après-midi. Au milieu de ce parcours, une très longue plage de deux kilomètres lui fait gagner du temps. Un changement de paysage qui ravit Flavien. « Je suis tout seul. Qu’est-ce que c’est sauvage », admet-il. « Sur le sable, des empreintes de kiwi, il me nargue… », s’amuse Flavien qui ne l’a toujours pas rencontré.

    Bain de boue pour la Saint-Sylvestre

    Cette plage lui réserve de belles surprises. « Il y a plein de plantes nouvelles dans les arrières dunes », remarque le naturaliste. La vitesse moyenne chute, mais les photos augmentent. Une cabane idéalement située lui permet de faire une pause, avant d’enchaîner les traversées de rivières et de longs chemins forestiers. « Très humides », commente-t-il. Ces guibolles encaissent le parcours accidenté. « Ça ne fait que monter et descendre, rien de mieux pour casser les jambes », souffle et souffre Flavien.

    Boue, chaussure, trek

    Il est aux environs de 12 h 45, quand, après six heures de marche, Flavien touche au but. Plusieurs personnes prennent possession de la Hut, bien avant son arrivée. Un feu crépite. « J’en profite pour sécher des vêtements et mon sac de couchage que je n’avais pas réussi à garder au sec. » Prévoyant, il installe sa tente pour pouvoir se reposer à son retour. Peu avant 14 h, Flavien repart pour 11 km de marche. Ce qui représente un aller-retour, le sommet étant à 5,5 km d’ici.

    « Je décharge mon sac de ce qui m’est inutile là-haut. Car il y a 980 m de dénivelé positif à avaler. » À l’altitude de 200 m, chaque plante rencontrée est nouvelle. Ainsi, de très nombreuses plantes primitives — Sticherus, Gleichenia, Lycopodium, Schizaea et divers conifères — apparaissent. J’ai le sentiment de revenir au carbonifère, glisse-t-il du bout des lèvres. « Impressionnant ! Je ne m’attendais pas à ça. » Plus haut, Drosera et orchidées suivent le chemin.

    Le pied gauche, ça porte bonheur

    L’ascension le rapproche petit à petit des nuages. « Dès 600 m d’altitude, je suis dedans. » Les végétations deviennent très humides, souvent tourbeuses, le sentier l’est tout autant. « Malgré ma concentration, ma jambe gauche disparaît jusqu’au genou dans une souille. » Résultat, la chaussure est trempée, pleine de boue. Il faut faire avec, dans son dos, le sac ne contient aucune affaire de rechange.

    À 800 m, « les crêtes m’offrent Dracophyllum menziesii, une plante incroyable dans ces végétations qui me font penser aux remparts de la Réunion. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Juste au-dessous du sommet, de magnifiques coussins de Raoulia goyenii naissent sous son regard. « C’est cette espèce, endémique du sommet, qui m’a incité à venir ici. » Elle forme de superbes tapis avec Dracophyllum politum et Donatia novae-zelandiae. « Il faut en vouloir pour l’observer. Je comprends mieux le peu de photos que l’on peut trouver de l’espèce », acquiesce-t-il.

    Là-haut, au travers des nuages nombreux, le soleil essaye vainement de percer. « Je n’ai pas la vue qui, paraît-il, est à couper le souffle. Tant pis, le vent comme la température étaient supportables, les plantes étaient au rendez-vous, c’est déjà ça. »

    La descente s’effectue presque au pas de course, d’autant que la luminosité baisse au fur et à mesure. « J’arrive à 20 h 45, après sept nouvelles heures de marche. » Ce qui représente treize heures de marche, quand on sait qu’un Français marche peu ou prou un kilomètre par jour en moyenne.

    À peine arrivé, il nettoie comme il peut sa chaussure pleine de boue. Pendant ce temps, il laisse mijoter son lyophilisé à la paella. Réveillon oblige, il la déguste en extérieur, face au coucher de soleil.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Plage, tente, bivouac


    Puis, alors qu’il se restaure, cinq jeunes Néo-Zélandais arrivés dans l’après-midi « me tapent la discute sur la terrasse, ils sont très sympas ». L’un d’eux est d’ailleurs géologue et d’origine américaine. Chose cocasse, pour le moment le naturaliste ne rencontre que des locaux sur cette rando. La bonne idée d’avoir monté sa tente auparavant se savoure. « Une fois dans la tente, je ne tarde pas à m’endormir, quelle journée ! »

    Grasse matinée pour la nouvelle année

    « Pour la nouvelle année, je me permets une grasse matinée », explique-t-il en bayant aux corneilles. Il se lève à 8 h 15, pour se diriger vers Port Williams, où une grosse journée l’attend. « Cette nuit, à deux heures, une douleur au pouce m’a réveillé. Une discrète épine bien installée produit une inflammation bien rouge. Me voilà, affublé de ma frontale et équipé de ma pince à épiler… », raconte-t-il tout en réfléchissant.

    Plage, New-Zealand, Stewart

    Une idée lui trotte dans la tête. « J’ai assez de nourriture pour deux jours de plus. « Comme j’ai bien marché ces derniers jours, je tente le Rakiura trek », explique Flavien en ce mercredi matin.

    Cette boucle est donnée pour trois jours. « Je pense arriver vendredi en milieu de journée. La pluie aura peut-être fait son apparition, mais l’auberge étant réservée, je pourrai prendre une douche et faire sécher mes affaires. » C’est à 9 h 30 qu’il entame les 5 h 30 de marche en direction de Bungaree Hut, où il a dormi il y a deux jours.

    Rien ne change : les sommets ennuagés, la longue plage sous un soleil radieux, lieu idéal pour rencontrer une femelle lion de mer en pleine sieste. À Bungaree Hut, « j’attends que la marée soit basse pour traverser la plage de 800 m et continuer mon chemin ».

    56 km en trois jours

    Un randonneur lui indique avoir vu un kiwi il y a tout juste deux heures. « Décidément… Je ne suis pas chanceux ou pas assez patient. »

    Au bout de 25 minutes, Flavien quitte ses chaussures, enfile son short et traverse malgré les vagues qui arrivent en haut de la plage.

    Un quart d’heure est passé de dix-huit heures à son arrivée au camp de Port Williams, après 17,5 km de chemins boueux. La tente montée, l’estomac crie déjà famine. Au menu… un lyophilisé : « La fondue aux 3 fromages ». « Affamé, je prépare des “YumYum” en plus. Ces fameuses pâtes asiatiques que je n’ai pas mangées depuis Amsterdam. » (Crédits : Flavien Saboureau)


    « À 19 h 45, je suis dans ma tente. Je fais une toilette de chat avec mon gant, car la transpiration des deux derniers jours commençait à s’accumuler. » C’est aussi le moment de s’occuper de ses pieds, qui encaissent ces derniers jours. Surtout avec les sandflies, ces petites mouches qui pullulent et s’attaquent au moindre bout de peau non protégé. C’est aussi le constat des épaules endolories, des jambes lourdes après les 56 km de ces 3 derniers jours. « J’enlève aussi un petit abcès, près d’un ongle, où le pus s’était accumulé. Le poids du sac, bien qu’allégé, me mâche la peau au-dessus de la clavicule, mais il n’y a pas grand-chose à y faire », se résigne Flavien. À suivre…

  • Un Kiwi et ça repart (17/55)

    Un Kiwi et ça repart (17/55)

    Au programme, un aller-retour en direction du sommet de l’île, le mont Anglem. Si l’altitude n’est pas un obstacle, la remise en route après dix jours à bord de l’Heritage Adventurer semble fastidieuse. Les muscles comme les épaules de l’aventurier du bout du monde ont possiblement été assouplis. Les kilomètres les mettent à l’épreuve. Flavien s’est renseigné sur le temps, et n’est pas surpris quand la pluie vient à tomber. Seules des petites mouches, au demeurant inoffensives, ont la possibilité de gâcher la fête, du moins le repas avec vue.

    Après une bonne première nuit dans sa tente, Flavien se lève à 7 h. « Cette nuit a été humide, mais j’ai entendu le kiwi ! ». Il faut donc la ranger humide, l’urgence sera alors de la faire sécher avant ce soir. Parti pour cinq jours, il ne peut s’encombrer du superflu. Peu avant huit heures, il visite l’accueil de ce lieu d’hébergement pour y laisser son petit sac.

    Une douce mélodie, ou presque

    À son retour dans cinq jours, si tout se passe bien, il aura le plaisir d’y prendre une douche. Mais le prix de la consigne le fait grimacer. « Cinq dollars pour y laisser un sac de même pas un kilo », soupire-t-il. Pas le temps de penser ou de philosopher, il doit avaler quatre kilomètres pour se rendre au départ du sentier. « Nous sommes lundi (30/12), direction le sommet de l’île, le Mount Anglem que je dois atteindre mercredi avant que je fasse demi-tour. » Les prévisions météorologiques sont bonnes, avec une dégradation prévue dans la nuit de jeudi à vendredi. « Enfin ça c’est les prévisions, il paraît que la météo de cette île est imprévisible. »

    Les premiers kilomètres sont magnifiques et de bon augure. Vers 10 h 30 une belle averse le surprend. Fort heureusement un abri se présente peu après le début. Une Néo-Zélandaise s’y réfugie quelques minutes plus tard. Elle lui glisse à l’oreille avoir croisé la route d’un kiwi dans la matinée. « Je n’en reviens pas. » L’averse terminée, ayant mangé un morceau pour reprendre des forces, Flavien prend la direction de Port Williams en ne se focalisant plus sur les plantes mais sur le kiwi, qui reste caché.

    Arrivé à la Hut de Port Williams, sous un soleil radieux, il étend sa lessive et son ciré qui a bien servi ce matin. Aux environs de 13 h, il prend la direction de la Hut de Bungaree, où il compte poser sa tente ce soir ; la nuit dans la cabane coûte 10 NZD. « Le sentier jusque là aménagé change. Il devient par instant vraiment très boueux. »

    Les dénivelés sont surmontables, mais l’enfilade de bosses casse les jambes. « Additionné à mes 21 kg sur le dos, j’ai les épaules en compote », tandis qu’il approche des 16 km. Plus que trois sur ces longs sentiers forestiers, magnifiques, bien que monotones. « Il serait facile de s’y perdre sans GPS ou marquage », remarque-t-il justement. Un régal pour les pupilles, comme les petites criques sableuses qui s’ouvrent, comme sorties de nulle part, sauvages et splendides, ajoute-t-il.

    Arrivé à bon port quinze minutes après seize heures et après dix-neuf kilomètres, Flavien pose ses dents avec délectation sur sa tablette de chocolat. L’intuition le pousse à monter sa tente. Moins de vingt minutes suffisent pour que la pluie arrose l’île. « Je me demande si je vais réussir à garder mes affaires au sec ces prochains jours. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Après avoir délicieusement profité d’une sieste, direction la salle de bains au naturel. « Il n’y a pas de cascade alors je me lave au gant. La température (12/15 °C) reste agréable pour faire sa toilette à l’extérieur. » Un désagrément en nombre plus qu’en taille : les petites mouches (Sandfly). Elles piquent sévères » et gâchent le repas avec vue sur la mer. « Je suis obligé de manger mon hachis parmentier lyophilisé dans ma tente pour ne pas me faire dévorer. » Mais elles font le bonheur d’un Muscicapinae, le gobe-mouches (Miro Rubisole). Tout en mangeant, il réfléchit. Flavien hésite à enchaîner l’étape de demain (11 km) avec l’ascension vers le sommet (11 km, 1000 m D+). La nuit porte conseil, distille le sage. À suivre…