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  • Au sein d’un autre monde (12/55)

    Au sein d’un autre monde (12/55)

    Les expériences acquises par Flavien s’accumulent. Imaginez-vous en plein milieu de l’océan Austral. Votre bateau navigue suivant un roulis qui désormais vous berce. Puis un bruit vous sort de votre torpeur, de vos rêves. Un bruit si familier que vous vous éveillez à la vitesse d’un escargot. Comme lorsque vous êtes dans vos pénates. Vous êtes reposé, votre nuit s’est bien passée, jusqu’au moment où vous regardez l’heure sur votre montre. Horreur, malheur, vous êtes en retard.

    Flavien est réveillé à 8 h par le bruit d’un aspirateur. « Je vais pouvoir prendre mon petit-déjeuner aujourd’hui », se réjouit-il. L’aventurier se lève, encore engourdi de sommeil. Le plancher grince sous son pied nu, l’humidité, le froid. Flavien baisse les yeux, de l’eau. Pas une flaque, mais un véritable dégât des eaux en plein océan. « Je comprends mieux l’aspirateur. C’est alors le branle-bas de combat. » Le trio change alors de cabine, direction le pont n° 6, trois étages au-dessus. Quelques affaires, dont ses gants posés hier soir au sol, partent au séchoir.

    Une journée à peine croyable

    La chambrée déménagée, « je me rends compte que l’odeur que j’évoquais hier soir aura été un problème vite résolu… » Flavien, amariné, constate judicieusement que plus on monte dans en bateau, plus le roulis se ressent, tout en ayant une pensée pour son colocataire canadien. Les croisiéristes prennent, à 10 h 45, les zodiacs pour débarquer sur l’île Macquarie. Ses affaires biosécurisées prêtes, il profite de l’attente pour déambuler sur les ponts. « Je prends mes premières photos de l’île qui semble surgir d’un autre monde. Celle dont j’entends parler depuis tant d’années. » C’est également l’occasion de photographier pour la première fois, en mer, le gorfou de Schlegel, l’espèce emblématique de l’île, endémique stricte, ajoute-t-il.

    Macquarie, phare, voyage

    À côté de la base scientifique, « nous mettons pied à terre, ou plutôt à sable, vers 11 h 10 », sourit Flavien, déjà accaparé à prendre des clichés. Il ne résiste pas face aux milliers de manchots, d’éléphants de mer affalés sur la plage, dont l’odeur lui a presque manqué. En tant que « True Young Explorer », il aide les guides à maintenir le groupe entier pour éviter l’inertie de groupe. Elle se définit par « sa tendance à conserver habitudes et modes de fonctionnement, même lorsque des changements pourraient lui être bénéfiques. »

    « Accaparé par ce qui m’entoure, je ne sais pas si j’ai réussi ma mission », s’interroge-t-il. Alors que de nouvelles espèces, comme Poa foliosa et Stilbocarpa polaris, s’offrent à lui. « Je rencontre l’un des hivernants qui m’interpellent en voyant mon bonnet où est noté Astrolabe. » Ce brise-glace français navigue au large d’Amsterdam en 2022, à qui Flavien commande le fameux bonnet.

    Ce dernier est venu ici quelques semaines plus tôt pour débarquer neuf Australiens. « Car oui, cette île est australienne. Mon passeport est donc censé être descendu pour être tamponné, comme quelques lettres que j’aie demandé à être tamponnée hier, explique l’aventurier. La première fois que je pose pied en Australie sera donc ici, original ! »

    Les deux hommes échangent des bribes de conversation sur leur expérience similaire. Les croisiéristes sont censés avoir reculé de deux heures leurs montres, ayant changé de fuseau horaire. « Mais pour un côté pratique, tout le bateau sera resté à l’heure néo-zélandaise. Le réveil a dû être matinal pour les hivernants. »

    (Crédits : Janrey Artus/Pexels)

    La marche se poursuit. Le groupe monte sur un promontoire aménagé pour avoir la vue sur l’isthme, la pointe nord de l’île, où est implantée la base dans laquelle ils ne peuvent se rendre. « Nous ne sommes pas libres de nos mouvements. Nous devons rester sur les sentiers, mais pour les deux heures passées à terre, il y a déjà de quoi s’émerveiller. » En redescendant par une autre plage bondée de manchots et d’éléphants de mer, Flavien observe les insectes, mais n’en trouve aucun qui a perdu ses ailes. « Demain est ma dernière chance », soupire-t-il. Après quelques centaines de photos, le groupe se rend aux Zodiacs, cap sur la salle à manger. Il est bientôt 14 h. « La faim se fait sentir, à croire que je m’habituerais au confort », s’amuse Flavien de cette pensée.

    À table, moussaillons !

    À peine l’entrée entamée que le bateau met le cap plein sud, par la côte ouest. Selon les plus anciens, ce n’est que la troisième fois que cela arrive. Habituellement, les vents viennent de l’ouest, compte tenu du courant circumpolaire antarctique, mais pas aujourd’hui, alors l’Heritage Adventurer en profite. « Depuis ma chaise, une orque se produit en spectacle à quelques centaines de mètres, à bâbord. » Sustenté, il grimpe sur les ponts pour immortaliser le moment, et contempler les nombreuses colonies de gorfous de Schlegel tout au long des 30 km de la côte ouest.

    De surprise en surprise, la météo se maintient au beau fixe, enfin presque. « Il ne pleut pas. Le soleil fait même quelques rares intrusions, sur cette île où il pleut 310 jours par an, quelle chance ! »

    Les sommets de l’île culminent à plus de 200 mètres d’altitude. Ils sont restés la tête dans les nuages tout au long de la journée. « Comme très souvent aux dires des locaux. »

    Arrivé à la pointe sud, le capitaine manœuvre pour que l’on puisse apercevoir au mieux la plus grande colonie de manchots au monde. « Plus de 600 000 gorfous nichent ici, difficile à imaginer », admet Flavien. Quelques miles plus loin, le pacha œuvre pour permettre aux croisiéristes d’assister à une chasse d’orques. Puis une dernière, pour admirer l’une des plus grandes colonies de manchots royaux qui puisse exister, avec plus de 250 000 individus. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Proue, brume, mer

    « Ce gros bateau s’approche étonnamment de la côte. Je n’ai jamais vu ça », s’étonne-t-il. Sur ses photos, Flavien a l’impression d’être dans la colonie, ou presque. Le navire qui a ralenti sa vitesse se positionne à Sandy Bay pour y passer la nuit ancrée. « C’est là que nous devrions passer la journée de demain. »

    Un programme alléchant

    L’ensemble des croisiéristes assiste au briefing concernant la journée à venir. Mais un autre programme tient en haleine l’ensemble des personnes sur le bateau. Le barbecue dont tout l’équipage nous parle depuis hier. « Sur le pont numéro 6, avec une vue sur des milliers de manchots, sous une température de 4 °C au ressenti bien inférieur à 0 °C et avec une playlist de Noël… nous mangeons un barbecue. C’est un moment intemporel dont je me souviendrai longtemps », souffle-t-il, et pourtant ce n’est pas son premier sur un bateau.

    Barbecue, bateau, crustacés

    Il y a quelques années maintenant, à son retour de l’île d’Amsterdam, un barbecue avait déjà été réalisé. À la différence que cette fois-ci « nous étions en tee-shirt sous des latitudes subtropicales avec vue sur les lumières des villes réunionnaises ». Deux salles, deux ambiances, à vrai dire. Flavien, devenant un rat de bibliothèque, termine sa soirée au chaud. « Je me rends à la bibliothèque pour tenter d’identifier les invertébrés photographiés aujourd’hui. »

    Après plusieurs pages tournées, une très bonne nouvelle apparaît. Au moins l’un d’entre eux, un diptère, serait endémique. Profitant de chaque instant, Flavien s’offre un bol d’air iodé à la saveur particulière du sud de l’Australie. Il observe trois orques, un adulte et deux jeunes, qui semblent chasser dans le fond de la baie, très brumeuse.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Comme à son habitude, il use de chaque seconde qui lui est octroyée pour contempler ce que ses yeux voient. « Ce soir, à 23 h 09 précise, il fait encore bien jour compte tenu de la latitude (54,567690° S) et du non-changement d’heure, ou plutôt de notre déplacement vers l’ouest du globe, précise Flavien. Quelle journée ! Demain s’annonce tout aussi incroyable si la météo tient ses promesses. » À suivre…

  • Akira, ransomware aux allures rétro

    Akira, ransomware aux allures rétro

    Sorti de nulle part ou presque au printemps 2023, le rançongiciel Akira truste les places de choix chez les ransomware. Les victimes, au nombre de 808, se trouvent en particulier aux États-Unis, au Canada, en Allemagne, au Royaume-Uni et au Brésil pour la moitié. Il a depuis plus d’une année gravi des échelons en qualité de Ransomware-as-a-Service (RaaS). Selon Recorded Future, il est l’un des plus actifs et persistants. De très nombreuses victimes dont certaines ne se relèvent pas, et mettent la clé sous la porte.

    Depuis son apparition en mars 2023, le ransomware Akira s’est imposé comme une menace de premier plan dans le paysage cybercriminel. Contrairement à son nom évoquant un manga culte et à son interface néo-rétro, Akira n’a rien d’un jeu. Il s’agit d’un ransomware opérant selon le modèle du RaaS : une plateforme mise à disposition de cybercriminels affiliés, qui partagent les rançons avec les développeurs du code malveillant.

    Une menace persistante au design trompeur

    Akira se distingue par sa stratégie de double extorsion. Ainsi, avant le chiffrement, il exfiltre des données tout en menaçant de les publier si la victime refuse de payer la rançon. Cette méthode décuple la pression psychologique sur les entreprises et organisations ciblées. Des soupçons appuyés notent des liens avec le groupe Conti dissous en 2022. Des migrations d’anciens affidés de BlackBasta provoquent l’explosion de la franchise. Akira présente des similitudes avec le ransomware Conti v2. A minima, les concepteurs d’Akira ont été au moins inspirés par les sources de Conti divulguées.

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    En juin 2023, Avast Threat Labs indique la liste des exclusions de type de fichier. « Akira ignore les fichiers avec les mêmes extensions que Conti, sauf qu’il y a akira_readme.txt au lieu de R3ADM3.txt. » Sur la liste des exclusions d’annuaires, Akira ignore les mêmes dossiers que Conti. Le 29 juin 2023, un déchiffreur est publié par Avast pour cette version.

    Akira exploite des vulnérabilités connues, et notamment CVE-2019-6693, CVE-2022-40684 et notamment la faille CVE-2023-20269 affectant les VPN Cisco ASA, pour s’introduire dans les réseaux. Une fois l’accès obtenu, il utilise des outils légitimes comme AnyDesk pour maintenir un accès distant ou encore WinRAR pour compresser les fichiers volés. (Crédits : capture d’écran/Akira)

    La filiation ou paternité relève de l’achat des droits d’exploitations. « Arctic Wolf s’est concentré sur l’analyse de la chaîne de blocs, estimant que dans les trois transactions suspectes qu’il a observées, les utilisateurs de ransomware Akira ont payé plus de 600 000 dollars au total aux adresses affiliées à Conti », explique The Record.

    Un arsenal technique affûté

    Akira exploite des vulnérabilités connues pour s’introduire dans les réseaux. Une fois l’accès obtenu, il déploie ses tentacules. Ce dernier use d’une méthode de chiffrement complexe. En 2023, les recherches démontrent que le chiffrement s’effectuait via une combinaison des algorithmes Chacha 2008 et KCipher2. Puis, les clés étaient chiffrées avec RSA-4096, destiné à un usage sensible.

    Yohanes Nugroho, chercheur en cybersécurité, détermine que la génération unique des clefs repose sur l’algorithme SHA-256. Qu’en plus, il est appliqué en 1500 tours sur quatre horodatages distincts, à la nanoseconde près ! Il n’y a pas de déchiffrement possible avec des méthodes classiques.

    La faille (sur Linux) que découvre le chercheur est liée à l’utilité même de la protection : l’horodatage. La rétro-ingénierie recrée les clés de chiffrement.

    « Le malware ne s’appuie pas sur un seul moment dans le temps, mais sur quatre moments distincts avec une précision à la nanoseconde. La corrélation entre ces moments permet de limiter le champ de recherche, rendant la force brute plus efficace. » (Crédits : Recorded Future)

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    En début d’année 2025, Akira a lancé une nouvelle version de son logiciel malveillant, écrite en Rust. Cette version cible des extensions de fichiers spécifiques et intègre des mécanismes d’évasion améliorés, rendant sa détection plus difficile. « Cependant, une fois que cela a été publié, les attaquants ont mis à jour leur cryptage. Je m’attends à ce qu’ils changent de nouveau leur chiffrement après que j’ai publié ceci », explique le chercheur.

    Des victimes au nombre de 808

    Depuis son apparition en mars 2023, le ransomware Akira a ciblé 808 victimes, selon Ransomware Live. La moitié d’entre elles se retrouve aux États-Unis (305), au Canada (40), en Allemagne (28), au Royaume-Uni (17), au Brésil (17). En mai 2025, l’entreprise KNP Logistics, l’un des plus grands transporteurs britanniques, a été contrainte à la fermeture après la cyberattaque de juin 2023.

    Écrans, Virus, ransomware

    Parmi les victimes notables figurent Nissan Australie (12/2023), l’université de Stanford (10/2023), le zoo de Toronto (01/2024), dont les données sont divulguées sur le site de fuite.

    Les dernières victimes en date sont : McKenzie Commercial Contractors (USA, 29/05/2025), AGME Automated Assembly Solutions (Allemagne, même date), Termignoni SpA (Italie, m.d.), et Del Corona & Scardigli (Canada, m.d.)

    Selon des données de Ransomware[.]live, Akira a revendiqué plus de 250 attaques en un an, affectant aussi bien des écoles publiques américaines, des fournisseurs d’énergie (Mississippi Power) que des entreprises agroalimentaires.

    (Crédits : Tima Miroshnichenko/Pexels)

    Si l’entreprise ne paie pas la rançon (allant de 200 000 dollars à plus de 4 millions de dollars des États-Unis sur la base des informations d’Arctic Wolf and Incident Response), le nom et les données de la victime sont publiés sur le site de fuite d’Akira. D’ailleurs, le ransomware revendique les victimes à un rythme effréné : « 54 au mois d’avril, à date, après 62 en mars, et un total de 80 en février. Mais dans ce dernier cas, au moins 21 des revendications se rapportaient à des faits antérieurs. »

  • La facture salée des cyberattaques

    La facture salée des cyberattaques

    Les attaques cybernétiques ne cessent d’augmenter depuis le premier trimestre 2025. Mis à part la violation des données, leur publication ou la vente sur des réseaux annexes, un coût est souvent ignoré. Les cyberattaques sont devenues, à l’ère du tout numérique, des catastrophes économiques aux effets en cascade. Les cas récents de Marks & Spencer et de Coinbase le confirment avec éclat : des centaines de millions d’euros évaporés, des chaînes logistiques perturbées, des cours de Bourse en chute libre.

    Pendant longtemps, les cyberattaques étaient perçues comme des incidents techniques, relégués aux équipes dites informatiques. Aujourd’hui, elles s’invitent au cœur des conseils d’administration, des États, de la géopolitique, de la guerre économique et militaire. Elles redessinent la carte des risques stratégiques.

    M&S : une faille à 300 millions d’euros

    Le 22 avril 2025, une cyberattaque cible le géant de la distribution Marks & Spencer. Dans un communiqué, l’entreprise reconnaît que « la nature de l’incident signifie que certaines informations personnelles des clients ont été volées ». Lesdites informations sont : le nom, l’e-mail, le numéro de téléphone, la date de naissance, l’historique des achats et les détails de paiement en ligne.

    Magasin, Leeds, UK

    Il n’existe, au stade de l’enquête en cours, aucune preuve du partage ou non, des données. La paternité est conférée à une organisation de cybercriminels liés au réseau Scattered Spider externalisant un programme désigné DragonForce. Les victimes les plus connues de Scattered Spider sont les casinos américains : Caesars et MGM Resorts.

    La première attaque du groupe date de 2022. Depuis, cinq membres sont arrêtés, quatre Américains et un Écossais. Ahmed Hossam Eldin Elbadawy, Noah Michael Urban, Evans Onyeaka Osiebo, Joel Martin Evans et Tyler Buchanan. Ce dernier, appréhendé en Espagne en juin 2024, est extradé vers les USA. Au-delà de la somme astronomique, c’est l’étendue des dégâts qui frappe : dysfonctionnement prolongé de l’unité e-commerce, désorganisation de la gestion des stocks, hausse des dépenses de cybersécurité… (Crédits : Mtaylor848/Wikipedia)

    « […] nous avons décidé de suspendre la prise de commandes via nos sites web et applications de M&S.com […] », explique la marque sur son site web. L’objet des intrusions non autorisées n’est plus seulement de simples fichiers volés, mais des modèles économiques, et leurs conséquences peuvent être mortelles pour les entreprises touchées.

    Coinbase : faille humaine et sociale

    À quelques milliers de kilomètres, c’est un autre géant qui semble vaciller. La plateforme américaine d’échange de cryptomonnaies Coinbase révèle avoir été victime d’une attaque aux conséquences potentiellement plus lourdes encore. Les estimations hautes affichent jusqu’à 400 millions de dollars de pertes. « Des criminels ont ciblé nos agents de support client à l’étranger. Ils ont utilisé des offres en espèces pour convaincre un petit groupe d’initiés de copier des données dans nos outils de support client pour moins de 1 % des utilisateurs mensuels de Coinbase. »

    Ce qu’ils ont : nom, adresse, téléphone et e-mail, pièces d’identité, données du compte (instantanés de solde et historique), données d’entreprise limitées. Ce qu’ils n’ont pas : identifiants de connexion ou codes 2FA, clés privées, capacité à déplacer ou accéder aux fonds des clients, accès aux comptes Coinbase Prime…

    L’entreprise a immédiatement rompu ses contrats avec les prestataires impliqués. Au lieu de payer la rançon, la société fait un pied de nez aux cybercriminels. Ils établissent un fonds de récompense de la même somme, 20 millions de dollars pour toute information menant à l’arrestation et à la condamnation des attaquants. De plus, les adresses des cybercriminels sont marquées, afin que les autorités « puissent les suivre et travailler à la récupération des actifs. » (Crédits : Worldspectrum/Pexels)

    Crypto, bitcoin, main

    Ce que révèlent ces deux affaires, c’est que la cybersécurité ne se résume pas à des pare-feu ou des protocoles. Elle touche à l’organisation même des entreprises, à la gestion de leurs partenaires, à la formation de leurs employés, à leur capacité à anticiper les modes opératoires de plus en plus sophistiqués des cybercriminels : l’ingénierie sociale.

    Ingénierie sociale : quand la menace parle votre langue

    Ce n’est plus seulement par la technique que les entreprises chutent : c’est par la parole, par l’illusion, par l’être humain. L’ingénierie sociale, cet art trouble de manipuler les comportements pour accéder à des informations ou à des systèmes, ne cesse de gagner en raffinement suite aux nombreuses fuites de données.

    Pirate, chapeau, corsaire

    Les fautes grossières dans des courriels douteux sont en diminution. Les attaques par phishing, spearphishing… sont de plus en plus crédibles. Le manque d’attention, de temps, la précipitation, le mobile first, fait qu’elles se glissent dans le quotidien d’un employé, sans éveiller le moindre soupçon.

    Et face à cette menace invisible, aucune ligne de code ne suffit. Ce qu’il faut, c’est une éducation., une culture de la vigilance, du doute constructif, de la responsabilité partagée. La cybersécurité ne se décrète pas, elle s’enseigne, se vit, se répète. Cela, aussi bien dans le monde professionnel que dans la sphère familiale. Elle n’est plus l’exclusivité des experts IT, mais elle doit être un réflexe collectif, une éthique du quotidien. Ce n’est pas la technologie qui échoue, c’est souvent la confiance mal placée, le silence gêné, le clic trop rapide. (Crédits : Mateusz Dach/Pexels)


    Parce qu’à l’ère de l’ingénierie sociale, le vrai pare-feu, c’est la conscience humaine. Le plus grand exploit jamais enregistré est le vol de 1,5 milliard de dollars en février à Bybit, deuxième plateforme mondiale de cryptomonnaies. Face à cela, les entreprises commencent à revoir leurs priorités. Mais l’ampleur des réformes à mener est immense : reconsidérer la gouvernance, auditer les chaînes de sous-traitance, investir massivement dans les outils de détection, intégrer la cybersécurité dès la conception des services. Car ce n’est plus une simple menace, c’est une condition de survie.

  • La naupathie canadienne (11/55)

    La naupathie canadienne (11/55)

    À trois petits jours de Noël, Flavien s’offre une grasse matinée. Pas de réveil, pas de pression, alors, Morphée le garde jusqu’à 8 h 45. « Dormir ou déjeuner, il faut choisir », pourrait être un slogan. Cerise sur le gâteau, l’oreille interne s’est habituée, donc plus de signes du mal de mer. Ce qui lui permet de déambuler comme bon lui semble. D’autant que cette journée est entièrement consacrée à la navigation en pleine mer. La chance de l’aventurier est que l’Heritage Adventurer possède une bibliothèque. Il pose un regard sur les livres pour préparer sa visite de l’île de Macquarie, l’autre sur la vue imprenable du pont numéro 7.

    « Aujourd’hui, je déambule dans le bateau », s’amuse le marin. Il apprécie, et pour cause : « Mon oreille est désormais habituée à cet incessant roulis, je peux profiter des jours de mer comme je les aime. » Quand il ne photographie pas les belles des prés à quatre pattes, il écoule son temps dans les livres. « Entre différentes lectures sur l’histoire des îles, les lions de mer de Nouvelle-Zélande, réalisés par les guides, je passe une grande partie de la journée à la bibliothèque au pont n° 7 », relate l’aventurier du bout du monde.

    Préparation en bibliothèque pour l’île Macquarie

    La vue sur l’immensité bleue est limitée. « L’ambiance est brumeuse, mais j’adore. » Toujours avoir un coup d’avance, murmure-t-il en cherchant de la documentation sur l’île Macquarie, où ils débarquent demain. « Je découvre un guide sur les insectes, c’est parfait. » Il souhaite trouver quelques diptères brachyptères pour compléter ma collection. Une collection de photos d’insectes aptères prises sur les autres îles subantarctiques (Paractora moseleyi, Tipula kuescheli, Brachypteragrotis patricei). « J’ai repéré quatre insectes, trois diptères et un hyménoptère, qui ont évolué dans les laisses de mer. »

    Botanique, plante, Puccinellia macquariensis

    « En dehors de ces objectifs, quelques plantes endémiques comme Azorella macquariensis ou Puccinellia macquariensis s’ajoutent. » Pour autant, Flavien n’est pas seul. « Ça s’annonce corsé, je n’aurai pas beaucoup de temps pour farfouiller dans algues et espérer trouver quelques imagos, tout ça au milieu des milliers de manchots qui risquent de m’accaparer », souffle-t-il.

    En début d’après-midi, tous passent par la case biosécurité. « Je questionne les guides sur ces potentielles plantes et insectes endémiques… Hormis l’un d’entre eux, ils ne semblent connaître que les oiseaux, étonnant », souligne Flavien. Demain, ce sera donc au talent, se conditionne-t-il. « Quelle joie si je trouve l’un de ces organismes ! »

    Se faire confiance

    Il alterne entre la bibliothèque, le pont n° 5 à écouter les lectures, et l’air libre envoûtant de la pleine mer. « Les oiseaux n’étant pas très nombreux, je profite pour ne rien faire et admirer cet océan qui m’est désormais familier. C’est la quatrième année que je navigue à sa surface. » Avant de se questionner sur le futur.

    « Parfois, je réfléchis au sens que je vais donner à ma vie après ce voyage… puis je me focalise sur l’instant présent, ne pouvant guère apporter de réponse à cette question pour le moment. »

    Il est 22 h 38 à sa montre, quand Flavien observe être seul à la bibliothèque, avec un semblant d’horizon comme point de fuite. La mer est plutôt calme, compare-t-il aux jours précédents. Habitué à marcher dans la nature, la température extérieure tourne autour de 8/9 °C, ce qui est très plaisant. « Il fait très, trop chaud dans le bateau. » (Crédits : Puccinellia macquariensis/Flavien Saboureau)

    Soixante-douze heures de navigation, Flavien tiraillé, se confesse à travers une tirade. « Dans un sens, être dans un bateau luxueux, où l’opulence est agréable quand j’imagine la suite de mon périple, qui devrait être plus “roots“. Mais dans un autre, ce n’est pas agréable de se sentir surmaterné. Je connais bien le bateau maintenant, ce qui me permet de m’extraire de cette frénésie humaine en trouvant quelques coins calmes. Instants précieux pour me rendre compte des incroyables latitudes et territoires dans lesquels je me trouve. Ces moments intemporels, même s’ils me remémorent d’incroyables souvenirs, resteront gravés eux aussi. » L’heure défile, il est arrivé l’heure de retrouver la chambre. « J’y suis moins, car le Canadien souffre de naupathie. Il n’arrête pas de vomir, l’odeur s’imprègne dans l’entièreté de la cabine. Demain, il faut y remédier, mais je ne sais pas comment nous allons faire », se questionne le dormeur. À suivre…

  • Doublement des cyberattaques en Amérique latine

    Doublement des cyberattaques en Amérique latine

    Il y a moins d’articles publiés sur les attaques cybernétiques de type ransomware, mais pourquoi ? La banalité d’un phénomène devenu courant ? La lassitude des lecteurs ou des journalistes ? Un peu des deux. L’information est dominée par d’autres sujets. Pour autant, les cyberattaques perdurent, les opérateurs derrière les ransomwares ne faiblissent pas, bien au contraire. Le constat est quasiment identique sur le globe terrestre, comme en Amérique latine où les cyberattaques ont doublé au premier trimestre 2025 par rapport à 2024.

    Selon les chiffres de Check Point, les établissements, de la très petite entreprise à la multinationale de la région américaine, ont subi 2,6 attaques par semaine. Une augmentation significative de 108 % par rapport au premier trimestre de l’année passée.

    Les cyberattaques croissent de 47 %

    Le constat est alarmant. « Une augmentation de près de 50 % des menaces cybernétiques dans le monde, avec une hausse de 126 % des attaques par ransomware. » Au premier trimestre de l’année 2025, les cyberattaques ont augmenté de 47 %, ce qui représente une moyenne de 1 925 attaques hebdomadaires (Afrique 3 286, +39% ; Asie-Pacifique 2 934, +38% ; Amérique latine 2 640, +108% ; Europe 1 612, +57% ; Amérique du Nord 1 357, +40 %). À travers la planète et de manière générale, l’éducation termine en tête avec 4 484 attaques par semaine. Suivent le gouvernement (2 678) et les télécommunications (2 664).

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    Si l’Afrique concentre la moyenne la plus élevée, avec 3 286 attaques hebdomadaires, l’Amérique latine n’est malheureusement pas en reste. Elle affiche la plus forte augmentation avec 108 %. La banalité des attaques augmente, quand celles par ransomware croissent de 126 %. L’Amérique du Nord concentre 62 % des incidents mondiaux, l’Europe 21 %. Les biens et services de consommation sont le secteur le plus ciblé (13,2 %).

    « Même les journalistes qui écrivent habituellement sur les ransomwares ne parlent plus des incidents aussi souvent qu’avant. Plusieurs journalistes m’ont même dit que Cl0p s’est plaint que personne ne couvre son exploit Cleo et les fuites de données qui ont suivi », explique Allan Liska, spécialiste du renseignement sur les menaces chez Recorded Future. (Crédits : Darwin Laganzon/Pixabay)

    Allan Liska indique avoir abordé le sujet de la lassitude à l’égard des ransomwares dans les conseils d’administration, mais concernant ces attaques cybernétiques, tous s’en moquent la majeure partie du temps.

    Les différents vecteurs d’attaques

    Les attaques de type ransomware augmentent, affichant 126 % de croissance au niveau mondial par rapport au premier trimestre 2024. Soit un total de 2 289 incidents signalés. Ils usent de faux courriels, de faux messages, de phishing, de spearphishing… mais pas seulement. Le clonage, plus ou moins bien réussi, de sites existants est de plus en plus prégnant.

    Au Mexique, c’est la marque de vêtements de plein air MAJA Sportswear qui met en garde ses clients. Un site WEB reproduisant son image tente d’escroquer les utilisateurs. Cela reflète l’évolution de la société, avec l’utilisation exponentielle de l’intelligence artificielle. Qui plus est, avec la saturation d’information et de communication, qui rend difficile la distinction entre le réel et le virtuel.

    « Ce que nous avons détecté, c’est une tentative de reproduction de notre site. Le design est similaire, les images sont les mêmes, les produits sont les mêmes. La seule chose qui n’était pas authentique était l’intention : il s’agissait d’une escroquerie visant nos clients », explique Jesús Polanco, responsable du commerce électronique de MAJA.

    Comment ça fonctionne ?

    Les cybercriminels clonent la conception et le contenu d’un site en question. Cela ne ressemble en rien au défaçage d’un site. Ils achalandent et proposent des produits à des prix très bas, défiant toute concurrence. Ils obtiennent ainsi vos données personnelles et bancaires.

    Les secteurs les plus touchés jusqu’à présent sont la mode, les cosmétiques et la technologie, mais toute entreprise ayant une présence numérique est vulnérable.

    Comment identifier un faux site ?

    Par des attentions abordables à tout un chacun. Il faut vérifier l’URL du site. Elle doit commencer par « https:// ». Elle correspond lettre pour lettre au domaine officiel. Ne pas faire confiance aux promotions absurdes, trop alléchantes, ni aux liens qui arrivent par courriels ou par les réseaux sociaux non vérifiés. (Crédits : Sid Maia/Pexels)

    Miroir, vêtements, magasin

    Les diverses fuites renforcent la pseudo véracité des messages reçus. En cas de doute, il suffit de choisir votre moteur de recherches préféré, de taper le nom de la marque ou du produit. Consultez toujours les réseaux officiels de la marque, ou encore écrire directement en cas de doute. Jamais, Ô grand jamais votre banque, la direction générale des finances publiques (DGFIP), et tout autre organisme ne vous demanderont de confirmer les données en leur possession.

  • Hana et Naoya, ou la bougie dans le vent

    Hana et Naoya, ou la bougie dans le vent

    La bougie est souvent liée à l’imaginaire collectif. En Orient, comme en Occident, elle se réfère à de nombreuses croyances. Elle est symbole de spiritualité dans de nombreuses cultures. Elle représente souvent la vie ou l’âme humaine une fois allumée. Plongée dans un livre, Capucine est absorbée par les lignes qui défilent sous ses yeux amoureux. La jeune femme, en week-end à Berd’huis, est installée dans la bibliothèque de ses grands-parents, lové dans son crapaud. Elle rêve depuis longtemps à travers la plume des auteurs et autrices.

    Capucine est assise, enfin installée dans le crapaud rouge carmin. Les jambes pointent vers le haut, la tête est légèrement dans le vide. Elle porte son pilou-pilou gris souris, celui avec les oreilles de chat. Délicatement posée sur le vieux tabouret de bois, une tisane fumante, et sa bougie, fleur de cerisier. Elle embaume le salon. Dans ses mains, un livre. Celui de la légende japonaise : Hana et Naoya. « Elle adopte des positions pour lire qui me surprennent toujours. Je ne sais pas comment elle fait », souffle Sépa. « Oui. Cette fois, c’est véritablement original », répond Séki.

    À travers la flamme d’une bougie

    Il était une fois, au sein du hameau paisible Shirakawa-go, bordé par les montagnes et baigné par les brumes légendaires du matin, un conte que l’on murmurait au coin du feu, au cours de l’hiver. Il faut dire que, durant cette saison, le paysage se couvre d’un blanc manteau épais et cotonneux. Désormais réputé pour ses maisons traditionnelles, au toit de chaume, appelées gasshō-zukuri, et inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. Comme partout au Japon, contes et légendes y naissent.

    C’est l’histoire de deux âmes sœurs, liées par un amour profond et vulnérable, comme la lumière vacillante d’une bougie dans la brise printanière. Au sein des alpes japonaises, le temps qui dure est rude. Une vie de labeur, où les différences de rangs sociaux sont marqués. Mais revenons quelques temps en arrière.

    Elle porte le prénom d’Hana, une jeune femme à la beauté douce et à l’esprit libre. Ses cheveux soyeux et son teint impeccable attirent tous les regards. Lui, Naoya, était un artiste dont les toiles captent d’ores et déjà l’essence même de la nature : la fragilité des fleurs, la danse des feuilles sous le vent, la perfection des fleurs de cerisier. Leurs regards se croisent un soir d’automne, alors qu’une fête est donnée pour célébrer la récolte du riz.

    (Crédits : Petra/Pixabay)

    Ce soir-là, le vent souffle fort, et les bougies, dispersées çà et là, luttent pour leur survie. Hana et Naoya, au détour d’un regard, se virent dans la lueur tremblotante. Leurs mains se frôlent, un instant, une étincelle illumine le ciel étoilé. Mais leur amour est comme la bougie, aussi fragile que le vent lui-même. « La vie est une bougie dans le vent », chuchotait le vieux sage ayant capté cet instant bref et subtil. Hana et Naoya le comprirent.

    Le fragile destin

    Leur amour naît dans la douce lumière d’une bougie, mais tout autour d’eux, le vent souffle, menaçant d’éteindre ce fragile éclat. Ils ne sont pas du même rang social. Comme la flamme danse, leur relation est fragile. Ils se retrouvent la nuit, sous le ciel auréolé d’étoiles, et leur innocence est à l’image de leurs conversations, pleines de promesses que l’aube efface. Leurs échanges, tel le crépitement de la cire fondue, sont vivants et audacieux. Hana rêvait de voyager au-delà des montagnes, et Naoya voulait peindre l’immensité de la mer, telle La Grande Vague de Kanagawa.

    Mais un souffle plus prégnant amène avec brutalité le retour à la réalité de leurs rangs. Aucun des deux ne peut fuir cette réalité. Le vent incessant produit par leurs familles ignore l’amour naissant, qui hante et brouille leurs rêves.

    Ce vent, ce souffle inconstant, semble incarner la fatalité de leurs simples existences. Comme un amour d’adolescents, un soir d’été. Les jours passent. Les nuits s’éternisent. Chaque rencontre entre Hana et Naoya semble être la dernière. La bougie, leur bougie, toujours allumée, brûle la cire de leur amour, l’use, laissant place à l’ombre de leurs familles. Malgré tout, chaque instant, chaque battement d’ailes, chaque bruissement de feuille, chaque seconde de ce temps passé ensemble semblait précieux. Brûlant et plus vivant que tout ce qu’ils avaient vécu auparavant. (Crédits : Đức Thắng Hồ/Pexels)

    Un jour, une tempête violente s’abat sur le village. Le vent souffle si fort que toutes les bougies s’éteignent. Les flammes vacillèrent un dernier instant, et puis… Hana et Naoya se retrouvent dans le noir, séparés par la distance, par la vie, par le destin cruel de la lourdeur des protocoles. Si vous voyez des ombres perdues, tels des souvenirs effacés par la bourrasque de vent sur le sable, faisant bruisser les feuilles des arbres, chanter les oiseaux, asseoir le silence assourdissant d’un coucher de soleil, alors vous aurez eu la chance d’apercevoir Hana et Naoya. La flamme qu’ils avaient allumée possède l’éclat fragile qu’aucun vent, ni tempête ne pourrait vraiment éteindre. Quelle histoire souhaitez-vous vivre en allumant cette bougie posée sur votre table ?

  • Au cœur de la cabine n° 303 (9/55)

    Au cœur de la cabine n° 303 (9/55)

    Flavien est en route vers le confort ; bien que de passage, il reste somme toute agréable. Pendant une grosse semaine, les petits plats vont être mis dans les grands. Depuis la prise en charge à l’hôtel, Flavien profite. Profitant d’une bourse, il embarque à bord de la « Grande Dame de l’exploration polaire », l’Heritage Adventurer. Plus important qu’un terrain de football, il culmine à la hauteur d’un immeuble de six étages. Partir en croisière expédition, c’est partir à l’aventure et ne retrouver le « monde civilisé » que quelques jours plus tard ! En bref, vous disparaissez loin de tout…

    « Ce matin, le réveil sonne vers 7 h 30. Les collègues ont déserté la chambre, mais comme nous avons jusqu’à 9 h pour déjeuner, il n’y a pas le feu au lac. » Le petit déjeuner avalé, Flavien récupère toutes ses affaires dans deux sacs. Le plus léger pour la journée, comme le voyage en bus ; l’autre, le sac à dos, part devant moi. Il sera dans la chambre 303 à son arrivée dans le bateau. À 10 h, le check-out de l’hôtel est réalisé. « Nous avons 1 h 30 de temps libre jusqu’au lunch. J’envoie quelques derniers messages avant ces dix jours coupés du monde. »

    Une impression de déjà-vu

    À 11 h, Sophia et Ela lui proposent de retourner, à la hâte, dans le centre-ville de Queenstown. Du lèche-vitrine réalisé à plusieurs milliers de kilomètres de la France. De retour à temps pour le déjeuner. « Le buffet est d’une incroyable diversité, ça me change de la dizaine de jours passés », se réjouit-il. Après une attente de près de deux heures, ils grimpent dans le bus vers 13 h 15. Direction Bluff, le port le plus au sud du pays. Un voyage de plus de trois heures avec une courte pause à Lumsden, village de 405 habitants.

    Au port, le bateau attend patiemment. « Comme une impression de déjà-vu ! Il y a trois ans, quand le bus nous dépose au pied du Marion Dufresne, sur l’île de la Réunion », se remémore Flavien. Le bateau long de 124 mètres n’est pas très haut (18 m), ajoute-t-il. Pour les puristes, Heritage Adventurer possède un tirant d’eau de 4,97 m et peut atteindre la vitesse maximale de 15 nœuds (27 km/h), là où le porte-avions vogue jusqu’à 27 nœuds (50 km/h).

    Avant d’emprunter la passerelle à bâbord, il faut montrer pattes blanches, ou plus simplement les passeports. Après les avoir laissés aux autorités néo-zélandaises, « nous prenons la direction de la chambre n° 303 qui nous a été attribuée, au pont numéro 3 ».

    Je partage ma chambre avec Fergus et Gabriel, ceux avec qui j’étais déjà à l’hôtel. Par la suite, l’ensemble des personnes ayant embarqué a rendez-vous au pont n° 5 pour une présentation du chef d’expédition. (Crédits : Flavien Saboureau)

    « Nous sommes dix jeunes ayant obtenu la bourse, se réjouit Flavien. Car les 110 autres passagers affichent une moyenne d’âge sûrement supérieure à 70 ans, d’ailleurs certains arrivent à peine à tenir debout avec le peu de houle actuelle. » Flavien se questionne sur la suite. « Comment ces personnes vont-elles descendre sur les îles qui sont physiquement très demandeuses ? »

    À bord de la « Grande Dame de l’exploration polaire »

    « Puis vient le premier repas à bord, très luxueux », remarque-t-il un peu gêné. Car Flavien ne se sent pas à sa place. Ce sentiment nécessite une explication. Ce bateau, construit en 1991, répond à la demande croissante de croisière de luxe « cinq étoiles ». Ce navire est pensé et réalisé en ce sens. La capacité initiale était de 184 passagers avec un équipage de 125 personnes. La voilure est désormais à 140 convives. Les espaces publics comprennent un restaurant, plusieurs salons, mais également un théâtre.

    Le navire transporte d’ailleurs 14 bateaux gonflables de marque Zodiac pour transporter les passagers à terre. Les cabines se situent du pont 3 au 6, du moins onéreux au plus, impair à tribord, pair à bâbord. Toutes affichent une superficie de 22 m² ; seules les suites Heritage possèdent 44 m². La cabine de Flavien est donc située à tribord. Elle se compose de trois lits simples, dont un superposé qui se rabat contre le mur. Comme dans le film « Titanic », il peut regarder à travers deux hublots ce qui se passe en mer, près de la surface.

    Le confort offre à ce prix un salon, un bureau, des rangements, une télévision, une salle de bains privée avec douche. « Je prends le petit lit, bien que mes pieds dépassent, je suis un peu excentré dans la chambre, parfait pour pouvoir étaler mes affaires », détaille Flavien. (Crédits : Hautes latitudes)

    Les ponts 7 et 8 sont particulièrement propices à l’observation. Le dernier est totalement à l’air libre : rien de tel pour sentir sur sa peau les embruns et l’air iodé. Le système de coque et de propulsion du navire est renforcé pour la navigation dans les eaux recouvertes de glace.

    Flavien, passager VIP

    « Nous devons porter une carte accrochée à un tour de cou. Notre prénom est inscrit, mais aussi la mention VIP, ça me gêne, se désole Flavien. D’où est-ce que nous sommes plus importants que d’autres personnes, je n’aime pas ça… » L’explication tient en quelques mots. Flavien a obtenu la bourse pour accéder à ce voyage. Sinon, le prix par personne au sein du pont n° 3 en Main Deck Triple est de 10 050 €, jusqu’à 23 000 € en Heritage Suite.

    Vite compris et assimilé. Flavien profite du moment tant attendu de liberté. « Nous montons sur le pont pour faire nos premières photographies d’oiseaux, puis admirer l’île Stewart où je dois aller au retour de cette croisière. » Le pétrel de Cook et le puffin fuligineux sont identifiés.

    Quant à l’île, elle est énorme ! L’ambiance mystique qui y règne est incroyable. La majeure partie des observateurs se réfugie dans le bateau, quand brusquement le vent forcit. Sophia, la Néerlandaise installée en Nouvelle-Zélande, reste. « Nous discutons quelques instants, avant qu’elle n’abdique. »

    « Me voilà seul à l’avant du bateau, quel pied ! Le coucher de soleil s’annonce incroyable. Je reste là, à contempler l’océan austral que je retrouve, j’ai tellement l’impression qu’il m’est familier », se confie-t-il. (Crédits : Kyle Roxas/Pexels)

    Le soleil se couche sur des teintes rosées, je n’arrive pas à retourner en cabine malgré un vent à décorner un bœuf, raconte-t-il. Vingt-deux heures sonnent, les lueurs s’estompent, la nuit s’installe. « Il est temps de retrouver ma cabine. » Ses deux compagnons de cabine dorment déjà. « Demain, nous arrivons vers 5 h 30 aux îles Snares. Je ne pouvais pas rater l’incroyable moment que je viens de passer, tant pis pour mon sommeil. » À suivre…

  • Black-out : Quand le monde s’éteint

    Black-out : Quand le monde s’éteint

    Un black-out électrique survient lorsque l’équilibre entre la production et la consommation s’effondre. Contrairement à une panne locale, ce genre d’incident affecte de quelques milliers à plusieurs centaines de millions de personnes. Ce qui met en lumière la complexité des systèmes de production contrôlés et non. Retraçons les plus grands black-outs de l’histoire contemporaine, leurs causes profondes, leurs conséquences sociales et économiques, et les solutions envisagées pour éviter qu’un simple incident ne déclenche une réaction en chaîne.

    Le 28 avril 2025, l’Espagne et du Portugal se retrouvent sans électricité. Cette panne temporaire s’ajoute à une liste déjà longue de blackouts au niveau mondial. De l’Inde aux États-Unis, en passant par le Pakistan et le Bangladesh, ces incidents nous rappellent à quel point nous sommes dépendants de la fée électricité.

    L’Espagne et le Portugal plongés dans le noir

    Le black-out est une panne de mise à disposition de l’énergie électrique. Elle peut être complète, ou partielle en temps de guerre. La panne historique est sans précédent en Espagne. Elle est parmi les plus importantes d’Europe. Durant douze heures, 55 millions de personnes se retrouvent reconnectées à l’être humain et la nature. La panne est racontée par la presse mondiale, mais détaillée par El País. En Europe, cet incident n’est dépassé que par la panne touchant l’Italie en 2003. Elle prive aux environs de 56 millions de personnes, d’électricité selon les estimations.

    Les différents réseaux électriques sont interconnectés. En 2003, en Italie c’est une défaillance du réseau suisse qui a surchargé les interconnexions à l’origine de la panne. La panne qui touche l’Espagne le 28 avril 2025, connaît des rebondissements sur l’Île de La Palma, aux Canaries, ou presque.

    Ce jeudi 8 mai 2025, près de 30 000 personnes sont touchées par l’interruption de fourniture d’énergie entre 10 h et midi. Les viles touchées sont les villes de Los Llanos de Aridane, Breña Alta, Santa Cruz de La Palma et Fuencaliente. L’origine serait une panne localisée dans la sous-station de Los Guinchos. Les sociétés, Endesa et Red Eléctrica sont à pied d’œuvre pour déterminer l’origine de la panne. Si bien qu’en moins de deux heures, la fourniture est rétablie sur l’Île de La Palma. (Crédits : ahafid/Pixabay)

    « Nous devons entreprendre les améliorations nécessaires pour garantir l’approvisionnement et la compétitivité future de notre système », tweete le Premier ministre Pédro Sánchez. La Commission européenne disposera d’un rapport sur l’incident : date estimée à septembre 2026. Plusieurs hypothèses sont avancées sur la panne du 28 avril en Espagne et au Portugal : baisse de production d’électricité renouvelable, trop forte production d’électricité renouvelable injectée dans le réseau, cyberattaque…

    Les plus grands black-out au niveau mondial

    AnnéeLieuCauseAffectés en millionsDurée
    2012IndeDéfaillance technique6209 h 30
    2023PakistanDéfaillance technique230De 19 h à 21 h
    2001IndeDéfaillance technique230
    2021PakistanDéfaillance technique20022 h
    2014BangladeshDéfaillance technique15012 h
    2022BangladeshDéfaillance technique1407 h
    2015PakistanDéfaillance technique140
    2019JavaDéfaillance technique120
    2005Java-BaliDéfaillance technique100
    1999BrésilOrigine climatique97
    2015TurquieDéfaillance technique70De 1 h 30 à 6 h 30
    2009Brésil et ParaguayOrigine climatique607 h
    2003ItalieDéfaillance technique56De 5 h à 18 h
    2025Espagne et PortugalÀ déterminer55
    2003USA et CanadaDéfaillance technique55De 7 h à 96 h
    La grande majorité des incidents impliquent une perturbation du réseau provoquant une série de pannes, voire des pannes en séries. Les origines sont diverses et variées : une défaillance technique, une origine humaine ou un phénomène météorologique.

    Le cas de l’Italie, un certain 28 septembre 2003

    Si pour l’Espagne, l’enquête est en cours, la panne italienne de septembre 2003 est documentée. Le rapport de l’Union pour la coordination du transport de l’électricité (UCTE) contient 128 pages. Le condensé de l’examen de la séquence permettant d’identifier les causes se lit, en page 55. L’événement s’est produit au moment de la semaine où la charge était proche de son minimum, expliquent les experts.

    Les échanges transfrontaliers trouvent leur origine dans les différences de prix. « Ce ne sont pas les consommations nationales qui définissent le niveau des échanges, mais la capacité de transport du système lui-même. »

    Le point d’origine se situe sur une ligne à haute tension de 400 kV, entre Lavera et Mettlen, en Suisse. La ligne est désactivée à 3 h 01. Des branches touchent des câbles, ce qui provoque un court-circuit. La charge est détournée vers d’autres lignes, les surchargeant. Il s’en suit une cascade de déséquilibres dans le réseau électrique interconnecté.

    À 3 h 25, l’Italie est isolée du reste du réseau européen. Une chute de la fréquence est causée par une production insuffisante et une demande nationale élevée. (Crédits : Ciro Palomba/Pexels)

    Le territoire italien, sauf la Sardaigne et une partie de la Sicile, est privé d’électricité. 56 millions de personnes sont affectées. Des pannes dans les transports, des blocages dans les ascenseurs et des perturbations majeures se produient. Ce blackout est un exemple d’effondrement systémique dans un réseau interconnecté, où une défaillance locale, ici en Suisse, combinée à un manque de coordination en temps réel, provoque une panne nationale.

  • De la carte SD à la carte postale (8/55)

    De la carte SD à la carte postale (8/55)

    Cette journée n’est pas la plus excitante, souffle-t-il, mais elle compose l’entièreté d’un voyage. Deux journées de transition pour se déplacer d’un bout du pays à l’autre, avant d’être coupé du monde : dix nycthémères en plein océan austral. Mais au préalable, il doit se rapprocher du point méridional de la Nouvelle-Zélande. Mais la distance entre les villes de Christchurch et Queenstown équivaut à celle entre Paris et Bordeaux, à vol d’oiseau. Il est contraint de trouver la solution à son problème de carte SD…

    Le réveil est doux ce matin. Aux alentours de 9 h 15, Flavien commence à se préparer. « Je dois faire le check-out à 10 h », explique-t-il. Après avoir récupéré ses affaires disséminées ici et là, il se transforme en véritable « tancarville ». « Les vêtements sont presque secs, mais je les accroche à l’arrière de mon sac à dos. » Il dépose l’ensemble à la bagagerie et se rend au centre-ville.

    Journée ordinaire, dans un lieu extraordinaire

    Après un retrait de 200 NZD au distributeur automatique de billets, il se trouve face à la porte fermée du musée Canterbury (Ekea mai te waka ki tua). Il se rabat vers le Jardin botanique (Te Māra Huaota o Waipapa), juste à côté. « Je suis étonné de voir autant d’espèces des quatre coins du monde dans un pays qui réglemente autant l’introduction d’espèces », remarque-t-il. Il poursuit par l’annexe du musée délocalisé dans une rue adjacente, ou presque. « C’est gratuit et heureusement, souffle-t-il. C’est vraiment tout petit et en dix minutes, j’en ai fait le tour. » Le repas de midi se compose d’un Pie de bacon et poulet. Pour clore la journée, quelques achats. « Je passe au magasin pour acheter de quoi accompagner les pâtes de ce soir, et la première tablette de chocolat du voyage. »

    De retour à l’auberge, il laisse ses affaires sécher sur la terrasse et prend la direction de la gare routière. « Je réserve le bus de 14 h 25 pour Dunedin. Je dois être à Queenstown demain soir. » Une fois de plus, il s’accommode des aléas. Le trajet direct depuis Christchurch est trop cher pour sa bourse (+ 200 NZD, 105 €). Il fera étape pour la nuit à Dunedin. Six heures durant, défilent les paysages. « Des kilomètres et des kilomètres de cultures, d’élevages de vaches laitières rendent les beaux paysages néo-zélandais on ne peut plus quelconques. »

    Arrivé à Dunedin, il prend la direction de l’auberge. « En préparant mes pâtes dans la cuisine, qui voilà ? Les deux Françaises qui étaient dans le même bus que Maxime et moi, il y a trois jours. »

    Le trio, ainsi constitué, dîne. Ce qui est l’occasion d’échanger plus longuement. « L’une s’appelle Clémence, vient de Rouen, et l’autre Mathilde, vient de Marseille », révèle l’aventurier. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Elles commencent le voyage à trois, mais ne sont plus que deux. En prenant congé de Clémence et Mathilde, « je me rends compte que je n’aurais, jusqu’à maintenant, pas passé une seule journée en Nouvelle-Zélande sans prendre un bus, qu’il soit de ligne ou de ville. »

    Les emblématiques de Dudenin

    À tout juste une semaine de Noël, la journée ressemble trait pour trait à la précédente. « À 9 h, je déguste quelques carrés de chocolat et termine la sorte de yaourt liquide acheté la veille. Après avoir déposé mon sac à la bagagerie, direction le centre-ville. » Il acquiert quelques cartes postales, sans véritablement trouver son bonheur. Il ressort de la boutique avec dix d’entre elles, et des timbres pour l’étranger. Le prix est de trois dollars, environ 1,60 euro. Le prix est de 2,1 € pour envoyer une carte de la France vers l’étranger.

    « La cathédrale, au style très européen, photographiée je me dirige vers la gare, l’édifice emblématique de Dunedin. l’un des monuments les plus couchés sur pellicule du pays », s’interroge Flavien.

    Un genre unique en Nouvelle-Zélande, avec en son sein une galerie d’art. Le musée d’Otago en ligne de mire « je n’ai pas envie de payer pour visiter… ça tombe bien, une bonne partie du musée se parcourt gratuitement. » Près de deux heures à explorer des collections naturalistes et des expositions sur les peuples du Pacifique. À 12 h 45, retour au centre-ville pour acheter quelques en-cas, et surtout dénicher un vendeur de cartes mémoire. Avec difficulté « j’en trouve une de 64 GB, pour 50 $ chez un commerçant d’appareils photographiques. » Après avoir essayé la carte défectueuse, le couperet tombe. L’unique possibilité de recouvrer tout ou partie des clichés se fera avec un logiciel spécifique.

    À 14 h, il se positionne pour prendre le bus qui doit l’emmener à Queenstown, dont l’heure de départ est 14 h 25. « Là-bas je dois réaliser mon check-in entre 15 h et 21 h… avec 5 h de trajet », la marge de manœuvre est réduite. « Toujours à l’heure habituellement, un seul impératif pour qu’il ne soit pas à l’heure », ironise-t-il en pensant à la Loi de Murphy.

    Ce n’est qu’à quinze heures passées de cinq minutes que le bus démarre. Sur la route, les paysages sont quelconques, pose Flavien. En fin de parcours, quelques gorges remarquables agrémentent le trajet. « Arrivé à destination, je marche 500 m pour rejoindre l’hôtel, à partir duquel je suis pris en charge. » Après avoir reçu le planning des heures à venir, des prochains nycthémères, il se rend dans sa chambre, avant la salle à manger. « Il y a du monde, affirme-t-il. Comme escompté la moyenne d’âge est bien élevée… » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Il dîne à la table des autres jeunes qui ont eu la bourse comme lui. « Pas un seul Européen à l’horizon. C’est parti pour dix jours d’anglais intensif. » Il tente de suivre les conservations, avouant préférer le papoter. Après le repas, les six « boursiers » marchent au bord du lac Wakatipu, pour admirer le coucher de soleil. Une discussion sur les oiseaux et l’heure de se reposer sonne. Je partage ma chambre avec un Néo-Zélandais, et un Canadien qui parle tout de même un peu français, note Flavien. « Demain est le grand jour du départ… appareillage à 17 h », se réjouit-il. À suivre…

  • Tu tires ou tu pointes ?

    Tu tires ou tu pointes ?

    Les 40 ans d’Ozalee, fille de Sépa Phot et Séki Kharéson, se fêtent dans sa bourgade où vit le couple. C’est à Saint-Georges les Ballargeaux, dans la Vienne (86) que la fête se déroule. Les mises en bouche avec l’apéritif, le repas, l’ambiance, les gages… puis vient le moment de faire la sieste, de se balader ou bien de jouer à pétanque. C’est à ce moment que Sépa Phot sort de son coffre de voiture sa triplette avec le cochonnet. Les amis, les convives suivent, tous se retrouvent au bord du terrain pour en découvre. Mais savez-vous d’où provient la pétanque ?

    Gentiment, les équipes se forment. Vu les candidats à l’affrontement, trois équipes de triplette se forment. Les rôles partagés, la hiérarchie installée, la partie peu enfin commencer. C’est au tour de Sépa de lance sa boule pour coller au plus près du cochonnet. Bien loin de son terrain habituel de Nogent-le-Rotrou, il s’accommode.

    Une histoire particulière, du nord au sud de la France

    Les tentatives de déstabilisation s’enchaînent. Ozalee s’amuse à se positionner dans la ligne de mire de son père, pour le désorienter. « Je n’ai jamais vu ça », souffle Sépa, le sourire aux lèvres. « D’ailleurs, sais-tu, ou connais-tu l’origine ce la pétanque », s’enorgueillit Ozalee. « Alors là tu me poses une colle », répond-il.

    Au temps de l’Empire romain, le jeu de boules aurait été introduit en Gaule. Elles passent d’une fabrication en argile, en pierre, en bois puis à notre ère en acier. À la Renaissance, la noblesse s’empare du jeu à l’identique du bilboquet, comme du jeu de paume.

    Chemin faisant, elle prend racine dans le sud-est comme dans les frasques de Marcel Pagnol. Pourtant au XIXe siècle, chaque région de France y va se son grain de sel. Elles introduisent une variante d’usage. Dans la cité des gones, la Lyonnaise se développe. Les méridionaux, pour ne pas dire les Marseillais se passionnent pour la longue ou jeu provençal. La naissance officielle date de l’année 1907, à La Ciotat. Jules Hugues dit « Lenoir » propose de s’ancrer au sol, avec les « pieds tanqués ». Le nom est dérivé de l’expression provençale « pèd tanca ».

    (Crédits : joelARFIjoel/Pixabay)

    Ce choix s’explique par une légende qui raconte que Jules Hugues, passionné de provençal, souffrait de rhumatismes l’empêchant de jouer en prenant de l’élan. Le premier concours officiel, se déroule trois années plus tard à La Ciotat, sur le terrain du café « La Boule Étoilée », alors dirigé par les frères Ernest et Joseph Pitiot. Depuis la création, en 1959, les championnats du monde sacrent très régulièrement la France.