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  • À la recherche de la renoncule argentée (épis. 8/46)

    À la recherche de la renoncule argentée (épis. 8/46)

    Peu avant 7 heures, Flavien ouvre les yeux. Le froid a sévi cette nuit. La différence de température entre l’extérieur et l’intérieur de la tente est telle, que de la condensation s’est formée autour du sac de couchage. Mais le plus important, est que le vent s’est tue. L’aventurier prend un peu de temps pour déjeuner, en profitant du soleil. Dès 8 h, il décale en direction du Mount Donald, plein ouest. Selon ses recherches une plante endémique rare, découverte en 2008 et décrite en 2013, s’y trouve.

    Il est 8 h 15 quand les trésors s’offrent à lui. « Je contourne le Mount Adam par le sud, j’espère y voir la renoncule argentée, endémique elle aussi. Il ne m’aura fallu que 15 min pour tomber dessus. » Quelques minutes plus tard, c’est au tour de la lampourde de l’Antarctique de se montrer sous ses plus atours. « Elle est dite très rare par le guide des plantes des Malouines. Cette journée commence bien », se réjouit-il. Si la nuit fut fraîche, le jour s’annonce au contraire, chaud. Si bien qu’après quelques kilomètres, Flavien regrette de s’être tant couvert. « Je suis parti avec cinq couches en haut et trois en bas, c’était trop, mais il faisait pas froid ce matin. » Avant l’effort de la montée du Mount Adam (607 m), il se dévêt de quelques épaisseurs.

    La tête dans les nuages

    À quelques encablures du sommet, Flavien s’offre un spectacle rare, se retrouver au sens propre comme au figuré « la tête dans les nuages ». Le sol est jonché de plusieurs centaines de renoncules argentées, puis quelques minutes le Graal. « J’observe cette fameuse rareté que je suis venu chercher, la Nassauvia falklandica. Bien, présente sur ce field, mais c’est trop tôt dans la saison. Car malgré une heure de recherche je ne trouve aucune fleur ».

    « Tant pis », soupire le jeune homme en redescendant sous les nuages pour manger. Il a déniché un coin abrité, si agréable qu’il en profite pour s’octroyer une petite sieste. Les objectifs remplis, il continue son exploration en direction du mont Beauford culminant à 680 m. Il reste sur sa faim. « La traversée de quelques gouilles tourbeuses sera l’occasion de jeter un regard aux mousses. »

    Les sommets flottent dans les nuages. Flavien reste alors sur la courbe des 450 m. « Je profite des paysages du sud de West Falklands. »

    Quelques heures de marches englouties, Flavien rencontre la population locale. « Je croise de nombreux moutons qui ont une furieuse peur de moi. Chaque année, le nombre de randonneurs dans ce coin doit se compter sur les doigts d’une main ».

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Au sommet les nuages laissent place à quelques trouées ensoleillées. Le spectacle procure est exceptionnel. « La vue sur le reste des Hill Cove mountain est juste… incroyable. » En aval, 200 m plus bas se dessine un magnifique lac glaciaire. Il est bordé de berges plates qui « me laissent penser qu’il serait possible d’y poser une tente », se réjouit-il. À quelques mètres, sur le versant Est, des plaques de neiges sont encore intactes. Au loin, à la même altitude se présente le Mount Robinson, entre les nuages. « J’avais prévu d’y aller durant cette randonnée, mais les deux jours ne me seront pas suffisants. »

    La chasse au trésor : boussole et portable en main

    Il est 17 h quand il prend la route de sa tente. Seuls trois petits kilomètres le séparent de son refuge et plusieurs mètres de dénivelé. « Je suis dans les nuages littéralement. Il me faut compter sur la carte de mon portable et ma boussole pour m’orienter », explique-t-il. Aucun de ces versants dénudés ne ressemble plus à d’autres.

    Pour autant, « dans cette atmosphère nébuleuse, j’observe plus facilement les pluviers à plastron roux (Charadrius modestus), les pipits des Falklands (Anthus correndera) et les bécasses de Magellan (Gallinago magellanica) qui ne me voient pas arriver. »

    Mais pour gagner en légèreté, « j’ai laissé mon téléobjectif dans la petite poste du village, tant pis ! Les photos faites au macro feront l’affaire. »

    Une apparition comme au cinéma. « Pour magnifier cette journée, j’arrive à ma tente, les nuages se dégagent. Plus bas ils ne bougent pas. Je passe plusieurs minutes à observer cette mer que je surplombe. » Sous une température agréable, il récupère quelques fruits secs dans sa guitoune pour se faire « une sorte d’apéro/bronzette sous 4 °C… ».

    (Crédits : Cláudio Dias Timm/Wikipedia)

    Selon les prévisions d’hier la pluie est censée arriver samedi 9 décembre vers midi. Pour le chemin du retour « je ferai au plus court ». La soirée est semblable à la veille. L’idée de la bouillotte étant excellente, elle fera son come-back. « Seule différence, ce soir c’est pâtes bolognaises déshydratées. » Peu avant 21 h 30 Flavien tend l’oreille aux mélodies d’oiseaux. « Hier il m’a semblé entendre un pétrel à la tombée de la nuit. J’aimerais réussir à enregistrer son chant cette fois. »

    Un brouillard à couper au couteau

    Comme prévu le réveil sonne à… 5 h 40. « Il y a longtemps que je ne me suis pas levé à cette heure-là », souffle-t-il. Le sac de couchage bien qu’hydrofugé semble bien mouillé. Pris d’un doute, Flavien ouvre le sas et la visibilité ne dépasse pas 10 mètres. « J’ai dû mal à savoir s’il a plu ou si c’est l’humidité ambiante qui a trempé ma tente… » Le camp est rangé en deux temps, trois mouvements, il doit être à 11 au settlement. « Impossible de me repérer avec ce brouillard à couper au couteau », martèle-t-il. Il est 6 h 30 quand il déclenche le GPS de son téléphone.

    Pour rassurer son auditoire, « je prends le temps d’examiner les courbes de niveau sur ma carte pour ne pas me retrouver face à un précipice, le plus grand danger par ce temps. »

    À peine 100 m de dénivelé descendu se découvre « dans un éboulis, une fougère que je n’espérais plus voir : Polystichum mohrioides. » Endémique des îles subantarctiques anglaises (Géorgie du Sud et Malouines). Reboosté, l’aventurier dévale le terrain tout en jetant un œil à son GPS toutes les 5 min. Plus se rapproche de la vallée, plus la végétation prend de la hauteur. « Il est temps de mettre les guêtres si je ne veux pas finir avec les pieds mouillés à l’arrivée », explique-t-il en s’équipant.

    Les découvertes enchantent Flavien. « La traversée d’une fameuse rivière de pierre me permet d’observer le très rare Hymenophyllum tortuosum. Sur les livres elle est citée de 3 localités dans l’archipel, je n’aurai jamais cru l’observer. »

    (Crédits : Roger Key/Flickr)

    Et ce n’est pas fini ! Dans la végétation de nombreuses mites endémiques (Fernandocrambe falklandicus) s’écartent à son passage. Le paysage se découvre peu à peu, le settlement est désormais en ligne de mire. Une fois sur la route il me faut marcher 3 km sans réfléchir, « je peux donc accélérer le pas. »

    Une arrivée à la minute près

    L’arrivée des steppes de Patagonie augure le même genre de déplacement. Aucune voiture ne croisera la route de la Flavien. « Je rejoins la fameuse poste de fortune à 10 h 59, quel timing », se réjouit-il, et il a de quoi. « Dix minutes plus tard, les quelques gouttes qui me fouettaient le visage sur la route se sont transformées en déluge. » Impressionné que son excursion se déroule sans accrocs, il en conclut que la pression qu’il s’est mise a été positive.

    « Ce qui m’a permis de ne pas mettre de côté des détails qui peuvent me paraître habituellement futiles. » Il passe le reste de la journée dans cette cabane faite de tôles à entendre la pluie tomber. Ses affaires sèchent à l’intérieur. Pour s’offrir du réconfort, il gonfle son matelas et passe l’après-midi dans son sac de couchage, car il ne fat pas chaud avec l’humidité. « Vu qu’il n’y a pas de fenêtre, je n’ai pas d’autre choix que de laisser la porte ouverte pour y voir quelque chose. »

    Les loisirs et occupations se transforment en sieste, mais pas seulement. « J’écoute de la musique, des podcasts de la Terre au Carré et des sketchs préalablement téléchargés, et aussi un peu de lecture. » Seules trois voitures sont passées sur la route cette après-midi. « Ça me fait penser à de nombreux documentaires regardés petits où les gens attendaient des jours le passage d’une trace humaine. »

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    « Comme l’impression d’être un SDF à l’autre bout du monde, mais c’est aussi ça les voyages non ? J’espère que le vent sera dans le bon sens pour l’arrivée de l’avion demain ; sans eau, sans sanitaires, sans réseau, je me vois mal passer une nouvelle journée dans ce cagibi. » D’ailleurs, n’ayant pas accès à internet Flavien se questionne. « Je ne sais pas à quelle heure mon avion est censé arriver demain ». À suivre…

  • Un policier américain démissionne à cause d’un gland

    Un policier américain démissionne à cause d’un gland

    Cela pourrait prêter à sourire, si la vie d’une personne n’avait été mise en jeu par le geste des deux policiers. L’affaire s’est déroulée dans le comté d’Okaloosa en novembre 2023. Les conclusions de l’enquête sont tombées la veille de la Saint-Valentin. Peu de temps avant, un suspect est arrêté, menotté et placé à l’arrière du véhicule de police. L’homme des forces de l’ordre semble sécuriser les alentours. Un bruit lui faire volte-face. Lorsqu’il se retourne, il vide son chargeur en direction du suspect, installé dans la voiture.

    En Floride, dans le comté d’Okaloosa, un policier vidait son chargeur sur un suspect menotté et placé à l’arrière du véhicule de police. La cause de cette violence est le bruit que faisait un gland en tombant sur la voiture. Jesse Hernandez, au moment où il s’apprêtait à regagner son véhicule, entend ce qui sera qualifié de tir étouffé. Lui et une collègue videront respectivement leur chargeur sur la voiture de police, heureusement sans toucher Marquis Jackson. Jesse Hernandez a démissionné le 4 décembre 2023.

    Un policier ouvre le feu sur un suspect à cause d’un gland

    Le document disponible en ligne évoque l’affaire sur 44 pages. Le 12 novembre 2023, vers 8 h 42, un appel atterrit au service de police. Un véhicule roulait sur McLaren Circle, au sud de Green Acres à Fort Walton Beach, klaxonnait et troublait le sommeil des habitants depuis 3 heures du matin. Le suspect a été décrit comme comme un homme noir d’une vingtaine d’années. Vers 8 h 55, un appel de service a été reçu de Mme Celestiana Lopez. Celestiana Lopez, indiquant que son petit ami, M. Marquis Jackson, refusait de lui rendre son véhicule et qu’il l’appelait et lui envoyait des SMS. et qu’il l’avait menacée par téléphone et par SMS. Elle se trouvait chez une amie à McLaren Circle.

    L’enquête a duré huit semaines, audition des policiers, étude des vidéos captées par leurs caméras respectives… Pour un gland tombé sur une voiture. (Crédits : NewYorkPost/YouTube)

    L’homme âgé de 24 ans, est assis à l’arrière du véhicule, menotté. Jesse Hernandez, le policier sort son arme de service. Il tire à de nombreuses reprises. « Coups de feu ! Coups de feu ! », s’écriait-il. Tout juste avant de crier : « Je suis touché ! Je suis touché ! » Entend-on dans la vidéo, alors que personne ne le visait.

    L’impensable arrive. Une collègue de l’ex-policier dégaine son arme, et vide également son chargeur en direction du suspect. Marquis Jackson, soupçonné d’un banal vol, est fort heureusement passé au travers de l’ensemble des tirs. Des excuses publiques ont été présentées à l’homme de 24 ans. « J’admets que ce fut un moment vraiment dramatique et traumatisant pour Marquis Jackson et nous sommes tellement soulagés et reconnaissants qu’il n’ait pas été blessé », a conclut le shérif Éric Aden.

  • Cent hôpitaux roumains hors ligne après la cyberattaque du ransomware BackMyData

    Cent hôpitaux roumains hors ligne après la cyberattaque du ransomware BackMyData

    Alors qu’en France les sociétés Almerys et Viamedis sont en proie à une fuite de 33 millions de données d’utilisateur unique, la Roumanie voit cent de ses hôpitaux hors ligne. La faute incomberait au ransomware « BackMyData » sui s’est attaqué à la plateforme Hipocrate. L’attaque a eu lieu durant la nuit du 11 au 12 février 2024. Ils sont 21 hôpitaux directement touchés par l’attaque cybernétique, qui est passée à 25 le matin du 13 février 2024. Par précaution, 79 autres établissements de soins ont été mis hors ligne. En France l’hôpital d’Armentières subit aussi une cyberattaque.

    C’est le système d’information utilisé par les hôpitaux roumains qui a été visé. Hipocrate (HIS) est le système de gestion des soins de santé. Les autorités déclaraient 21 centres touchés dans le sixième pays le plus peuplé en Europe. « Pendant la nuit du 11 au 12 février 2024, une cyberattaque de type ransomware visait les serveurs de production utilisant le système d’information HIS. À la suite de l’attaque, le système est en panne, les fichiers et les bases de données sont chiffrés », a déclaré le ministère roumain de la Santé.

    Le ransomware BackMyData à l’origine de la cyberattaque

    La direction nationale roumaine de la cybersécurité (DNSC) relate que les attaquants ont utilisé le rançongiciel Backmydata pour chiffrer les données des hôpitaux, une variante de ransomware de la famille Phobos.

    BackMyData, explique PcRisk, désactive le pare-feu, supprime les points de restauration, sans avoir au préalable chiffré l’ensemble des dossiers.

    Comme Phobos il exploite les vulnérabilités des services de protocole de bureau à distance (RDP) pour l’infection. Ils ciblent souvent la faiblesse des identifiants. C’est pour ça qu’il faut avoir une passphrase solide. Car il utilise l’attaque par brut force et des dictionnaires de mots de passe. Cet ensemble de combinaison permet un accès non autorisé à des systèmes d’information dont la sécurité n’est pas optimale.

    (Crédits : PcRisk)

    « La plupart des hôpitaux concernés ont des sauvegardes de données sur les serveurs concernés, avec des données sauvegardées relativement récemment (1-2 jour sauf une, dont les données ont été sauvegardées il y a 12 jours », a déclaré le DNSC le lendemain de l’attaque. Une rançon de 3,5 BTC, soit 157 000 dollars américains sont réclamés par les cybercriminels (167 828, 675 € le 14 février 2024).

    L’hôpital pédiatrique de Pitesti touché le samedi 10 février

    Selon le DNSC les autres centres de soins ont été touchés à partir du 11 et 12 février 2024. Les 79 autres unités mises hors ligne font l’objet de complément d’enquêtes afin de déterminer si elles étaient (ou non) la cible de l’attaque.

    Les hôpitaux concernés ou non ont reçu une série de recommandations. Identifier les systèmes concernés, et les isoler du reste du réseau et bien sûr d’Internet. Ne pas les éteindre, ce qui supprimerait les preuves stockées dans la mémoire volatile (RAM). Conserver une copie du message de rançon et de toute communication. Collecter et conserver toutes les informations de journal pertinentes des équipements concernés, mais également des équipements réseau, pare-feu. Examiner les journaux système pour identifier le mécanisme par lequel l’infrastructure informatique a été compromise.

    (Crédits : capture d’écran/Hôpital de Spitalului)

    Capture d'écran de l'hôpital ciblé par la cyberattaque

    Mais il faut immédiatement informer, l’ensemble des employés, les clients, partenaires commerciaux concernés, de l’incident et de son étendue. Restaurez les systèmes concernés en fonction des sauvegardes de données après un nettoyage complet du système. Il est absolument nécessaire de s’assurer que les sauvegardes sont intactes, à jour et sécurisées contre les attaques. Auparavant (sur les smartphones, tablettes, ordinateurs personnels et professionnels), s’assurer que tous les programmes, applications et systèmes d’exploitation sont mis à jour.

    Une rançon de 3, 5 Bitcoins exigé

    L’institut d’Orthophonie et de Chirurgie fonctionnelle ORL de Bucarest, le Sanatorium de pneumophtisiologie Brad à Hunedoara, l’Hôpital de pneumophtisiologie Roșiori de Vede, et la Clinique privée de Sante Călărași font partie des quatre premiers centres de soins a être confirmés comme victimes de la cyberattaque. Aucune exfiltration n’a été confirmée par les autorités compétentes.

    Si aucune exfiltration n’a été confirmée par les autorités compétentes, ces dernières recommandent de ne pas contacter ni de payer les attaquants.

    « Après l’arrêt de 400 ordinateurs et serveurs, nous avons travaillé principalement sur le papier », a déclaré Mirela Grosu, responsable de l’Institut régional d’oncologie.

    Le ministère roumain de la Santé, dont M. Alexandru Rafila est à la manœuvre a déclaré que : « l’incident fait l’objet d’une enquête menée par des informaticiens, y compris des experts en cybersécurité de la Direction nationale de la cybersécurité (DNSC), et les possibilités de reprise sont évaluées. Des mesures de précaution exceptionnelles ont également été activées pour les autres hôpitaux qui n’ont pas été touchés par l’attaque. »

    (Crédits : Mohamed Hassan/Pixabay)

    Depuis que les systèmes ont été mis hors ligne ou fermés, les médecins ont été contraints de revenir à la rédaction de prescriptions et à la tenue de registres sur papier. Il n’y a pas eu de mise à jour sur les informations depuis. Concernant la demande de rançon, chaque intervenant dans les sphères de l’État roumain, martèle de ne pas payer la demande. Comme la mésaventure que connaît l’hôpital d’Armentières survenue au cours du même week-end, les demandes de rançons sont sorties des imprimantes. L’ampleur des dégâts sera déterminée par l’enquête, en France comme en Roumanie.

  • Flavien, premier randonneur de l’année à Hill Cove (épis. 7/46)

    Flavien, premier randonneur de l’année à Hill Cove (épis. 7/46)

    C’est le dix-septième jour d’aventure pour Flavien. Ce jeudi 7 décembre, le vent est censé avoir baissé d’intensité. J’espère rejoindre Hill Cove en avion pense-t-il. Depuis ce minuscule village, je vais essayer de rallier Mount Adam le sommet de West Falklands culminant à 700 mètres. Un premier vol a eu lieu à 10 h, les Américains qu’il avait croisés il y a quelques jours, ont quitté l’île. C’est le nycthémère que je redoute, car c’est la plus engagée de mes randonnées aux Malouines, explique l’aventurier.

    Voici pourquoi il passe beaucoup de temps à regarder les prévisions météorologiques. Après avoir attendu toute la matinée des nouvelles des pilotes, la délivrance sonne à 12 h 25. L’avion arrive, je partirai avec les Anglais. Je laisse à David la liste des 97 espèces de plantes que j’ai pu observer sur l’île de Saunders, « je dis au revoir à tout le monde et je monte dans le coucou ». C’est le même pilote que la fois précédente. Le vol dure tout au plus 10 min, « Hill Cove est juste de l’autre du chenal. Cela fait plusieurs jours que je contemple le Mount Adam depuis l’île », s’impatiente Flavien.

    Une population de… neuf personnes

    Le jeune homme retrouve une connaissance dans l’avion, Marie Lou. « C’est la pilote française qui m’avait emmenée à New Island est passagère cette fois-ci. Elle s’en va voir ses parents à Dunbar. » Le vent est encore important et malgré les cinq toutes petites minutes de vol « nous traversons pas mal de turbulence ». La piste est courte. Il souffle fort et de face, ce qui permet à l’avion de ralentir énormément. « C’est le plus calme des atterrissages que j’ai eus jusque là ».

    Si dans trois jours, il repart avec cet appareil le sud de l’archipel, direction Port Stephens, il profite pour l’instant de Hill Cove et de ses neuf habitants.

    « Dès l’arrivée je rencontre Shirley et Peter. C’est avec eux que j’avais pu échanger par e-mail, ils ont accepté de m’accueillir à l’atterrissage. » C’est un phénomène, car l’avion ne se pose pas souvent par ici. D’ailleurs la soute est remplie de courrier.

    Je monte dans leur 4×4, direction la minuscule poste. « Enfin c’est une cabane en bois avec un toit en tôle… ». Comme un anniversaire ou la période de Noël, c’est un jour de distribution, chacun des neuf résidants reçoit un carton.

    Une vue aérienne de Hill Cove au sein des îles Falklands montre l’ensemble des habitations.

    (Crédits : Jebediah springfield/Wikipedia)

    Shirley et Peter distribuent le courrier. C’est une image qui stupéfie Flavien. « Comme une impression de revenir des décennies en arrière, un moment incroyable. » Précautionneux, il repère cet abri. Selon les prévisions météorologiques la nuit de samedi à dimanche (jour du départ) va être très pluvieuse et venteuse… Peter et sa femme Shirley me proposent de venir déguster un thé chez eux. La discussion tourne autour de ma randonnée.

    Premier de cordée

    Ces montagnes font l’objet de randonnée, que très rarement : c’est le « royaume de l’isolement ». Ils me disent que je suis le premier de l’année à y aller, « je devrais y être pénard », se réjouit-il. Sauf que cela renforce son appréhension. Sur une île composée de neuf personnes « s’il m’arrive quelque chose, même le numéro d’urgence ne passe pas, il me faudra utiliser ma balise de détresse ».

    Ce couple, ô combien sympathique vérifie avec minutie que « je ne suis pas un bleu en randonnée. Au vu de mon équipement, ils semblent rassurés. »

    En prévision, ils téléphonent à chaque voisin pour savoir si quelqu’un veut bien garantir la sécurité lors du décollage de dimanche. Une fois trouvé, ils m’autorisent à dormir dans la minuscule poste s’il ne fait pas beau samedi soir, « me voilà tranquillisé ».

    Flavien et Peter scrutent la carte des montagnes. Je lui demande s’il connaît un endroit plat, protégé du vent et avec un point d’eau à côté pour que je puisse boire et cuisiner pendant ces 2 ou 3 jours. « Bien entendu, il me répond que non, car cela fait des années qu’il ne s’est pas rendu là-haut. » Il déposera Flavien entre deux vallées qui mènent au sommet de l’île, mais également aux lacs glaciaires que ces sommets surplombent. (Crédits : Stephen Davies/flickr)

    Lors de son périple, il est interdit à Flavien, comme tout passager d’emporter une bouteille de gaz. « J’en avais demandé une, il y a quelques semaines de ça, à Peter pour que je puisse chauffer ma nourriture. » Durant de son ultime visite à la capitale, Stanley, il m’en avait acheté une. « Sympathiques jusqu’au bout, ces malouins ! », claque Flavien, tout heureux de manger chaud durant trois jours. « Pour le remercier d’être venu me chercher, pour l’essence que Peter va consommer pour m’emmener dans la montagne et pour la bouteille de gaz, je leur donne 20 £ ».

    Une marche de plus de trois heures

    Sac chargé, « nous sommes partis pour une demi-heure de route, enfin… plutôt du hors-piste ». Il faut savoir que le cœur des montagnes est le domaine du gouvernement. Il est interdit de s’y rendre en véhicule motorisé. Entre deux, l’autorisation de traverser les terres était acquise quelques minutes plus tôt. Peter souhaitait amener Flavien jusqu’à la clôture délimitant la propriété du gouvernement, mais… « le terrain est trop accidenté, le 4×4 n’avance plus et j’ai l’impression que l’on va reste coincé sur 2 roues… » Une fois à terre, et après avoir remercié Peter. Flavien est seul face à la nature.

    Livré à lui-même, il lui reste à parcourir environ 6 km, avec un dénivelé positif de 600 m. Son but arrivé au sommet et tenté d’y voir plus clair pour dénicher un spot abrité. Chemin faisant, « je trouve cinq espèces que je n’avais pas encore vues durant ces quelques heures de marche, les communautés végétales sont magnifiques et plus ça va plus les paysages dénudés ressemblent au sommet d’Amsterdam. »

    Après 3 h 30 de marche à travers la montagne, il est 17 h 30 lorsqu’il rallie le sommet. « Le vent est fort, mais pas autant qu’hier. Il en faut plus pour entamer mon enthousiasme. » Une chose rassurante est la dalle de béton qui peut permettre à un hélicoptère d’atterrir, en cas de problème. Depuis la crête, les berges des lacs glaciaires semblent favorables à la pose d’une tente. Flavien descend 100 m de dénivelé pour atteindre le premier. En faisant le tour, il trouve un endroit plat et humide. « Dans ces montagnes, c’est soit de la caillasse soit des végétations détrempées », explique-t-il. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Il a avec lui un footprint. Ce tapis de sol se glisse sous la tente. Il recouvre tout ou partie de la tente. Ce qui améliore l’étanchéité, protège le sol de la tente contre l’humidité, les salissures, l’abrasion et les perforations. C’est pour ça que « je choisis le milieu quelque peu humide mais abrité des vents dominants. »

    Toujours se faire confiance

    Attentif au sens et force du vent, il décide de l’orientation et du lieu où poser sa tente. « Demain il devrait être d’Ouest avant de tourner Nord la nuit suivante », assure-t-il. C’est en un temps record qu’il monte sa tente. « Je suis fier de moi, mais dix minutes plus tard le vent change de sens, il est d’Est, c’est à n’y rien comprendre. »

    Je me fais confiance et la laisse comme telle bien qu’elle semble frêle fasse aux incroyables rafales qui m’emporte. Une heure passe quand le vent se calme enfin : « je peux manger sereinement ».

    La bouteille de gaz que Peter m’a trouvé est très haute, et ne tient pas sur elle-même. Comme il y a trop de vent, et qu’il fait trop froid à cette altitude pour cuisiner dehors « je joue aux équilibristes à l’intérieur de ma tente pour ne rien cramer. »

    Un lyophilisé à la tartiflette sera le bienvenu. Ce soir je me permets même quelque chose de luxueux. « Comme j’ai du gaz à en revendre, j’ai chauffé un litre d’eau que j’ai placé dans ma gourde en aluminium pour que ça me serve de bouillotte, c’était la meilleure idée que j’ai eue aujourd’hui. »

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Voilà que cette magnifique journée se termine dans ce qui est « je pense le plus isolé et le plus technique des bivouacs que j’ai pu faire dans ma vie. Cependant j’ai réussi, je peux m’endormir sur mes deux oreilles. » Demain, une mission presque impossible « je vais tout faire pour trouver des plantes endémiques très rares, à savoir Hamadryas argentea et Nassauvia falklandica ». À suivre…

  • Que sait-on de la fuite des données de 33 millions d’assurés Français ?

    Que sait-on de la fuite des données de 33 millions d’assurés Français ?

    Une personne malintentionnée a réussi à s’approprier les données plus que sensibles concernant le tiers payant. Le pourcentage de Français potentiellement touché par cette fuite est conséquent. Un assuré sur trois selon les estimations serait impacté. Les entreprises victimes d’une intrusion non autorisée sont les sociétés Viamedis et Almerys. Elles sont 84 au total. Quatre-vingt-quatre organismes de complémentaire santé sont impactés.

    Les données ainsi exposées sont l’état civil, prénom et nom, la date de naissance, le numéro de sécurité sociale, l’identité de l’assureur complémentaire ainsi que les détails de garantie de santé. Les deux entités ont subi une attaque cybernétique à cinq jours d’intervalle.

    Assurés et professionnels de santé touchés par les cyberattaques

    Cette fuite connaît une ampleur sans précédent, car elle touche des données de santé. Mais l’ampleur remémore celle qui concernait le réseau social Facebook en 2021. Une fuite de 500 millions d’utilisateurs dont 20 millions en France, avec une amende de 265 millions de dollars à la clé par la DPC (équivalent de la CNIL en Irlande). Les attaques ont été révélées le 29 janvier et le 3 février 2024.

    Le modus operandi est comparable pour les deux sociétés françaises spécialisées dans la gestion du tiers payant. Selon les informations de RTL, « les escrocs auraient usurpé l’identité de soignants pour entrer dans la plateforme de gestion du tiers payant de l’opérateur et accéder à de nombreuses informations personnelles avant la déconnexion du portail une fois l’intrusion découverte. »

    Viamedis a déposé une plainte auprès du Procureur de la République. Et comme le prévoit le règlement général sur la protection des données (RGPD), l’incident a été notifié à la CNIL et aux autorités compétentes.

    L’enquête est en cours pour déterminer les causes et conséquences, ainsi que le modus operandi du ou des cybercriminels.

    (Crédits : capture d’écran/Viamedis)

    Si les assurés voient leurs données s’épandre dans la nature et sur la toile, il n’est rien face aux fuites des professionnels. À savoir « la raison sociale, le prénom, le nom, l’adresse de courriel électronique, le login Viamedis.net, le numéro de téléphone, l’adresse postale, le RIB, le numéro Finess, le numéro Siret et l’appartenance éventuelle à un réseau de soins, pour les professionnels de santé », confie Valérian Ponsinet, le président de la commission convention et système d’information de la FSPF (Fédération des syndicats pharmaceutiques de France). Pour vérifier si votre mutuelle est concernée, le plus simple et plus rapide étant de la contacter.

    Usurpation d’identité, fraudes, phishing…

    Les craintes sont fondées pour des tentatives d’usurpations d’identités, du phishing… et toute autre possibilité de fraude grâce aux données exfiltrées. Comme le démantèlement, fin janvier 2024 d’un trafic de faux documents au niveau national. Trois hommes interpellés il y a deux semaines à Marseille, Grenoble et Rosny-sous-Bois en Seine–Saint-Denis. Ils sont poursuivis pour aide au séjour en bande organisée, fourniture et obtention indue de faux documents.

    Le marché connaît une hiérarchie comme tout commerce. Les numéros de sécurité sociale sont une véritable niche financière pour les escrocs. Ils peuvent être revendus sur le dark web.

    Ainsi utilisés pour usurper l’identité de leur propriétaire, sachant qu’avec les autres fuites régulières, connues ou non, les données sont croisées et complétées.

    Le seul inconvénient est de taille, il est impossible de changer de numéro de sécurité sociale. D’autant que la procédure dans le cas d’une usurpation d’identité est complexe et longue.

    (Crédits : Giesesamvitale/CNAMTS/GIE SESAM-Vitale)

    Il pourrait, hypothèse vraisemblable que des personnes mal intentionnées pourraient les utiliser pour du phishing. Par le biais de faux courriels se faisant passer pour leur mutuelle, les escrocs à travers des liens malveillants tenteraient de voler des informations bancaires.

    Les infostealers ont fait des ravages en 2023

    L’enquête toujours en cours ne livrera ses secrets que bien plus tard. Il existe une menace bien réelle : les infostealers. Ces petites bêtes ont collecté plus de 40 millions d’identifiants en 2023, explique LeMagIt. « L’année s’est achevée dans un déluge de divulgations, mais assez peu de détections », martèle le rédacteur en chef.

    Le total affiche 43, 638 millions d’identifiants compromis, seulement en France. De nombreux collaborateurs d’entreprises, dont des identifiants professionnels sont compromis explique HudsonRock.

    Le premier infostealer est apparu en 2006. Il est connu sou le nom de zeuS ou zbot. Son but collecter les informations puis disparaître. Le « Malware As A Service » (MAAS) est un logiciel qui peut être loué, les développeurs moyennent leur logiciel malveillant contre monnaie sonnante et trébuchante.

    Leur dangerosité tient en ce qu’il dérobe. Connu pour voler des justificatifs d’identité, il peut voler des tokens permettant de détourner l’authentification multifactorielle (MFA).

    (Crédits : Gerd Altmann/Pixabay)

    « Ce risque vaut particulièrement si des collaborateurs d’une organisation enregistrent, dans leur navigateur Web – sur une machine personnelle ou même de l’entreprise – des identifiants permettant l’accès à distance à des ressources du système d’information. » D’autant que l’attaque dont a été victime AnyDesk vient corrobore les craintes. Le CERT a publié un bulletin d’alerte sur la « prise de contrôle à distance par un acteur malveillant » le 5 février 2024.

  • Quand la tulipe provoquait une crise financière majeure aux Pays-Bas

    Quand la tulipe provoquait une crise financière majeure aux Pays-Bas

    Elle semble inoffensive, et pourtant, la tulipe fut à l’origine de l’une des plus grandes crises financières, le 6 février 1637. Originaire des régions tempérées chaudes de l’Ancien Monde, elle colore désormais les Pays-Bas. Il existe environ 75 espèces, réparties en quatre sous-genres. Son petit nom est issu du perse dulbend (turban) qui aurait lui-même donné naissance au turc tülben, qui se traduit par plante-turban. Celle qui selon la définition, ne possède guère d’odeur, comme l’argent, a fait vaciller un pays, plongeant la Hollande dans une profonde dépression.

    Si les crises financières font partie intégrante de notre histoire contemporaine, celle du 6 février 1637 fut dramatique. Entre les années 1634 et 1637, la tulipe se négocie et s’achète au prix fort. Imaginez qu’une cargaison de bulbe s’acquiert et se revend plus cher qu’un Rembrandt. La spéculation tient la dragée haute, les bourgeois rêvent de riches jardins, les usuriers et commerçants y voient une véritable aubaine.

    La tulipe signe de richesse au XVIIe siècle

    À la fin du XVIe siècle, le nord de l’Europe se passionne pour l’horticulture et le jardinage. Les Pays-Bas n’échappent pas à cette passion dévorante. Arrivée tout droit de Constantinople, elle fait partie de centaines d’espèces importées : jacinthe, jasmin, lilas, anémone et tulipe pour ne citer qu’elles. Mais cette belle, découverte au Xe siècle, ne cesse depuis d’attiser les plus brûlantes des passions.

    Elle parait fragile, modeste, discrète et malicieuse. Elle a fait tourner de nombreuses têtes masculines. La démesure s’empare alors des souverains, botanistes, spéculateurs.

    Elle qui vient du Pamir, situé à la frontière de la Chine et de l’Afghanistan résiste aux affres du temps. La discrète se fait remarquer des nomades turcs seldjoukides. Comme elle est signe de richesse et de splendeur, elle ne tarde pas à orner les massifs et les pensées des poètes.

    Au sein de l’Empire ottoman, elle se prospère au cœur des jardins de Constantinople. « On peut la voir s’épanouir en baissant la tête, ce qui en fait un symbole de modestie devant Dieu et un échantillon du paradis sur Terre. »

    (Crédits : Ben Scherjon/Pixabay)

    Elle ne cesse de provoquer l’émerveillement et déchaîne les passions. De l’Auvergne avec l’apothicaire Pierre Belon à l’ambassadeur du Saint Empire romain Ogier Ghislain de Busbecq qui en 1554 évoque une fleur qu’il baptisa « tulipe ». Puis quelques années passent lorsqu’elle est surprise dans un jardin en Bavière, avant de littéralement exploser en Europe à Vienne, Francfort ou encore la belle Anglaise, Londres.

    La bulle spéculative se forme

    Adoptées et adorées par les populations les plus aisées, elles se multiplient en variétés et en nombre. Il est un temps nécessaire de 7 à 12 ans pour qu’elle puisse procréer et donner naissance à un bulbe, en capacité de pousser et fleurir. Les horticulteurs font éclore de nouvelles espèces. Ils se servent en réalité de fleurs atteintes du potyvirus, pour obtenir de nouvelles espèces.

    Cette maladie contractée par les tulipes change la couleur de ces dernières. Revers de la médaille, elle complique la culture des plantes, si bien que certaines variétés sont très difficiles à obtenir.

    Tout ceci se déroule lors de la guerre de quatre-vingts ans. Ce conflit nommé également la révolte des Pays-Bas est le soulèvement armé contre la monarchie espagnole. Cette dernière dure de 1568 à 1648.

    Les Provinces-Unies constituent l’un des États européens les plus modernes. La création de la Compagnie des Indes orientales en 1602 assure le développement des échanges internationaux et du système financier du pays. Ce qui permet aux Provinces-Unies de se hisser au rang de première puissance économique mondiale : le XVIIe siècle marque le « siècle d’or » hollandais (Crédits : Todd MacDonald/Pixabay)

    L’année 1635, ou le début de la fin. Des innovations financières voient le jour. Elles accélèrent le développement de la bulle spéculative. L’introduction des billets à effet, ou effet de commerce en est une. Il est un titre négociable qui constate, au profit du porteur, une créance de somme d’argent, et sert à son paiement. Ils déterminent les caractéristiques du bulbe (encore en terre) et donc son prix. Le marché des tulipes devient un marché à terme. Associé au crédit et son essor, il génère un effet de levier. Le résultat ne se fait pas attendre : forte hausse des prix, arrivée de nouveaux participants à ce marché.

    La bulle explose

    En janvier de l’année 1637, une tulipe pouvait valoir jusqu’à 15 années de salaire d’un artisan, la très convoitée Semper Augustus. Pour comprendre cette folie spéculative, une anecdote du journaliste britannique Charles Mackay. Dans son ouvrage de 1841, Extraordinary Popular Delusions and the Madness of Crowds, l’histoire dramatique d’un moussaillon.

    Épuisé par sa longue traversée, il reprend des forces en mangeant un beau hareng rouge. Puis il croque dans ce qu’il croit être un vulgaire oignon. Sauf que le pauvre hère ignore que c’est en fait un bulbe de Semper Augustus.

    Cette variété se négocie alors aux environs de 3 000 florins. Suffisamment pour acquérir « un carrosse neuf, deux chevaux gris et leur harnais », écrit Mackay, soit bien plus cher qu’un Rembrandt. Le courroux du marchand et de sa famille suffira à jeter le malheureux marin en prison.

    Sauf que la folle spéculation aveugle les boursicoteurs. Le prix du bulbe fond, comme neige au soleil. L’effondrement du prix est vertigineux en une seule journée, quasiment sa valeur totale. La faute à un épisode de peste bubonique et à la rumeur.

    (Crédits : Veronika Andrews/Pixabay)

    Selon l’hypothèse la plus probable, le krach est déclenché par l’absence totale d’acheteurs. Ces deniers ne se sont pas présentés dans une taverne d’Haarlem pour la vente en raison… d’un épisode épidémique de peste bubonique. Un seul grain de sable provoque le retournement complet du marché. Comme une traînée de poudre, l’absence d’acheteurs se propage à la ville entière, et atteint l’ensemble des Provinces-Unies en quelques jours. Les bulbes de tulipes deviennent invendables, ou alors avec une décote de 95 % à 99 %. Cet épisode précède le système Law en 1716-1721, la crise de 1929 et celle des subprimes en 2008.

  • L’ascension du mont Rookery Hill au petit-déjeuner (épis. 6/46)

    L’ascension du mont Rookery Hill au petit-déjeuner (épis. 6/46)

    Un réveil aux aurores, mais retardée plusieurs fois due à la pluie intermittente. C’est à sept heures tapantes que Flavien décide de se lever et de partir. Un rangement hâtif, pour profiter de l’ascension du mont Rookery Hill. Mais la force de la nature est incroyable. L’humilité est alors la moindre des choses que doit se permettre l’être humain. C’est une des leçons qu’apprend Flavien dès le début de son périple. Au sommet du sud de l’île, le vent est tellement présent qu’il ne reste que cinq petites minutes à quatre pattes…

    La pluie intermittente est d’une régularité déconcertante, obligeant Flavien à décaler son réveil à plusieurs reprises. Dès la première heure de la journée, il faut y aller cette fois se convainc-t-il. « Je ne déjeune pas ce matin, je n’ai pas assez d’eau pour faire la vaisselle ». Rassurez-vous, il ne part pas le ventre vide, il engloutit une barre chocolatée.

    À l’attaque du Rookery Hill

    La tente est vite pliée, si bien qu’il attaque aussitôt le col situé à plus de 300 m. « Je dis au revoir à cet emplacement de bivouac, l’un des plus paumés que j’ai fait. » La montée est raide, mais rapide. « Je traverse d’incroyables communautés à Bolax gummifera, il y en a tellement que je suis obligé de marcher dessus, je ne peux pas les éviter… »

    Arrivé au col, le vent est d’une force extraordinaire, « j’ai du mal à tenir debout », avoue Flavien. Au préalable, il pose son sac derrière une butte de terre formée par les érosions. Les conditions climatiques le contraignent à enfiler ses vêtements plus chauds. Une fois équipé, il se saisit de son appareil photo et gravit les derniers mètres.

    Il se trouve au sommet du sud de l’île, le fameux « Rookery Hill » à 421 m. Le même cortège de plantes se retrouve au sud comme au nord de l’île constate l’aventurier.

    « Le vent est vraiment trop fort. Je reste cinq minutes à quatre pattes et je redescends par peur que ce soit de pire en pire. » Une fois revenu à la hauteur de son sac, il l’endosse. Puis continu son chemin à flanc de coteau sur les contreforts sud du sommet. « C’est un véritable exercice pour mes chevilles, car les Empetrum rubrum, Blechnum magellanicum et Chiliotrichum diffusum rendent le terrain difficile ». (Crédits : Bolax Gummifera/Stan Shebs)

    Il chemine, direction Nord-Est vers une plage et deux étangs « qui me font de l’œil depuis le sommet » s’amuse Flavien. Arrivé dans la zone escomptée une pluie fine apparaît. Rapidement, elle s’intensifie si bien que « je ne reste pas longtemps, mais j’ai le temps d’observer quelques Manchots de Magellan, quelques Papous et plusieurs espèces de canard. »

    Un hachis parmentier chaud, à l’abri du vent

    Pour aller loin, il faut ménager sa monture. C’est pourquoi une fois le surpantalon et le sursac enfilés il prend la direction du sud pour tenter de rallier le settlement, avant le milieu de l’après-midi. Le but est de profiter d’un luxe que tout citadin use sans conscience. « Pouvoir manger à l’abri de l’eau et du zef… » se réjouit-il à l’avance. Toujours un œil en direction de la flore « je traverse des communautés floristiques très similaires au reste de l’île, mais j’observe de nombreux Leucheria suaveolens ».

    Après le passage du col à l’Est du Mount Edgmont, Flavien aperçoit enfin la ferme. Il lui faudra une petite heure pour la rallier et se restaurer dans la chaleur d’un foyer, un bonheur simple. « L’après-midi, comme promit David me montre de nombreuses plantes rares autour de la ferme. » Le périple se poursuit en 4×4, qui au contraire du Taxi de Vanessa Paradis, les deux hommes passent partout.

    « Il me montre quelques orchidées qui ne sont pas encore fleuries puis me dépose dans un enclos électrifié mis en défens depuis 15 ans », explique-t-il. C’est à cet endroit que les deux espèces sont censées prospérer. « J’aurai mis près d’une heure pour trouver Erigeron incertus dans cet enclos de 3 ha… l’autre reste introuvable. »

    Après des nuits à la belle étoile, il profite du logement réservé aux visiteurs pour lui seul. Un tour dans le store de la ferme en fin d’après-midi, puis il se transforme en Ratatouille. « Je cuisine le hachis parmentier trouvé dans leur congélateur. »

    (Crédits : Gorfous sauteurs sur l’île de Saunders/Flavien Saboureau)

    Un bonheur n’arrivant jamais seul, le temps de la douche est annoncé. Il faut dire qu’après quatre jours sans « quel plaisir ! ». Sans oublier la nuit à l’abri et au chaud de quoi requinquer un homme après les épreuves des dernières heures.

    Trop de vent pour l’avion

    Flavien devait prendre l’avion ce mercredi 6 décembre peu avant midi. Il y a trop de vent, « la piste de Hill Cove où je me rends est mal orientée, ça ne sera pas pour aujourd’hui ». Profitant de ce temps ainsi alloué, il passera la matinée avec un couple de jeunes Anglais qui devait aussi s’envoler. Son estomac l’invite à se diriger vers la cuisine. Après avoir préparé quelques côtes d’agneau que David lui a donné hier soir, le propriétaire vient le chercher.

    « Il m’avait dit que si mon vol était annulé aujourd’hui il m’emmènerait voir une plante très rare à l’autre bout de l’île ». Quarante minutes de route plus tard, les deux hommes sont au pied du « stone run » une particularité géologique des Malouines.

    « David n’est plus dans la force de l’âge et ne peut pas m’accompagner en haut du pierrier pour observer la Snake Plant comme ils l’appellent ici ». Rendez-vous est pris 2 h plus tard pour qu’il vienne de rechercher. « Me voilà parti à galoper dans la montagne ». David lui indique que des botanistes y ont laissé un piquet il y a de nombreuses années. « Il m’aura fallu une heure pour atteindre le haut de la crête et trouver cette espèce endémique tant espérée ».

    (Crédits : Google Map)

    Sur le retour, Flavien tombe nez à nez avec trois espèces qu’il n’avait pas encore revues, et comme par magie David apparaît. « Quel timing ! » Durant le trajet vers le domicile, ils discutent de la mission de Flavien sur l’île d’Amsterdam. « Je n’ai jamais autant parlé en anglais qu’aujourd’hui… ça demande une telle concentration que ce n’est pas reposant une journée à parler anglais », acquiesce-t-il. Il le laissera sur l’enclos de la veille pour trouver la plante manquante. « Une demi-heure plus tard, c’est chose faite, mais elle est ridicule la pauvre antarctic cudweed. » Le soir venu, Flavien retrouve le couple anglais. « Nous passons la soirée à parler de nos expériences, de nos pays… Lui est militaire sur l’île, et sa compagne est venue le rejoindre. La semaine prochaine ils partent en croisière en Antarctique. » À suivre…

  • L’appel de l’abbé Pierre du 1er février 1954

    L’appel de l’abbé Pierre du 1er février 1954

    Il y a désormais 70 ans jour pour jour que l’abbé Pierre lançait « Mes amis, au secours ! Une femme vient de mourir gelée cette nuit à 3 heures, sur le trottoir du boulevard Sébastopol, serrant sur elle le papier par lequel avant-hier on l’avait expulsée ». Marie Joseph Henry Grouès venait sans le savoir de répandre la solidarité à travers l’hexagone. Il érigeait cinq années auparavant la fondation non confessionnelle « Emmaüs ». Comme « Les restaurants du Cœur » créé par Coluche en 1985, la générosité perdure malgré la disparition des deux hommes.

    L’hiver 1954 voit en février débarquer une seconde vague de froid. Elle concerne l’ensemble de la France. Les principaux cours d’eau gèlent. Des températures de -25 °C à Luxeuil-les-Bains et jusqu’à -13 °C à Paris. Dans le sud de la France, le Languedoc-Roussillon se couvre de son manteau blanc. Il tombe 85 cm de neige à Perpignan, et 30 cm à Montpellier.

    Mes amis, au secours

    « Chaque nuit ils sont plus de 2000 recroquevillés sous le gel, sans toit, sans pain, plus d’un presque nu », continuait l’abbé Pierre. C’est par cet appel vibrant que Marie Joseph Henry Grouès, dit l’abbé Pierre sensibilise la population française et les pouvoirs publics au sort des plus démunis. « Il faut que ce soir même dans toutes les villes de France […] dans la nuit à la porte de lieux où il y ait une couverture, paille, soupe […] toi qui souffres qui que tu sois, entre, dort, mange, reprend espoir, ici on t’aime »

    Un cri pour la dignité des sans-abris

    C’est avec la voix emplie d’émotion et de conviction qu’il expose la réalité des personnes vivant dans la rue. Entre le froid mordant qui engourdit leurs membres et les nuits passées sous les ponts ou dans des abris de fortune insalubres, personne n’est épargné. Il met en lumière ceux qui en manquent, et souligne que cette détresse touche toutes les catégories sociales, hommes, femmes et enfants.

    L’appel radiophonique au Journal parlé de la RTF que l’abbé Pierre lira lui-même sur Radio-Luxembourg. Le 1er février 1954, résonne encore 70 ans après. Il n’existe aucune version sonore authentique dudit appel de 1954, l’abbé Pierre l’enregistrera donc celui-ci le 4 octobre 1993. (Crédits : Emmaüs international/YouTube)

    Cet appel suscite une solidarité nationale à travers une mobilisation générale, pour venir en aide aux sans-abris ainsi qu’aux mal-logés. Des milliers de personnes répondent en proposant des hébergements temporaires ou en faisant des dons pour soutenir les actions d’Emmaüs.

    Plaidoyer pour la dignité humaine

    Il n’existe pas de limite dans l’exposition du problème : il propose une solution concrète. L’abbé Pierre appelait tous ceux qui possèdent un logement vacant à ouvrir leurs portes aux sans-abris, aux expulsés. L’impact est immédiat et immense. Des milliers de personnes proposent des hébergements temporaires, d’autres font des dons pour soutenir les actions d’Emmaüs. La solidarité nationale dépasse les clivages sociaux et politiques.

    De nombreux décès dus au froid ont lieu cet hiver 54, dont des nourrissons. (Crédits : Fondation Abbé Pierre)

    Les paroles suivent les écrits de l’abbé Pierre. Comme Zola pour l’affaire Dreyfus, l’abbé Pierre écrit à Maurice Lemaire, ministre de la Reconstruction et du Logement. Une lettre que Le Figaro publie le matin du 5 janvier 1954. « Monsieur le Ministre, le petit bébé de la cité des Coquelicots, à Neuilly-Plaisance, mort de froid dans la nuit du 3 au 4 janvier, pendant le discours où vous refusiez les “cités d’urgence”, c’est à 14 heures, jeudi 7 janvier, qu’on va l’enterrer. Pensez à lui. Ce serait bien si vous veniez parmi nous à cette heure-là. On n’est pas des gens méchants… »

    Une misère toujours d’actualité

    Suite à cette mobilisation sans précédent, des mesures sont prises, bon gré mal gré par les politiques pour améliorer la situation des sans-abris. Des centres d’hébergement d’urgence sont ouverts, des programmes de rénovation urbaine voient le jour et une législation plus protectrice est mise en place. Mais le temps politique semble comme celui de la théorie de la relativité restreinte d’Albert Einstein : relatif.

    Comme dans le village charentais de Mazerolles, les panneaux d’entrée et de sortie des communes de France transmettent un message : « Nous marchons sur la tête ».
    L’individualisme a pris place en remplacement de la solidarité, de l’entraide, comme le mouvement des agriculteurs le démontre, rien ne va plus. (Crédits : Romuald Pena)

    L’appel déchirant de l’abbé Pierre du 1er février 1954 a marqué un tournant dans la conscience collective sur la situation des sans-abris et mal logés en France. Il a suscité une mobilisation nationale et a permis d’obtenir des avancées significatives dans la lutte contre le mal-logement. En 2023, le nombre de personnes sans domicile était estimé à 330 000 et de plus de 4, 15 millions de mal-logés en France. C’est « l’inaction du gouvernement » qui est dénoncée explique le journal Ouest-France en 2023. Côté « Restaurants du cœur », 171 millions de repas ont été distribués en 2023. Les constats sur le pétrole comme la sécheresse se retrouvaient déjà en Une des journaux en 1922, la misère de même. Les Hommes politiques varient comme le printemps, l’été, l’automne et l’hiver, mais rien ne semble changer quant aux difficultés rencontrées par la population française, que cela soit en 1954 comme en 2024.

  • Cyberattaque du système de santé colombien Salud Total EPS-S

    Cyberattaque du système de santé colombien Salud Total EPS-S

    Déjà en 2022, l’EPS (Empresas promotoras de salud) Sanitas avait fait l’objet d’une cyberattaque. L’impact direct affectait 5,5 millions de Colombiens. À peine plus d’une année s’écoule pour qu’autre EPS soit victime d’une intrusion non autorisée. L’entreprise « Salud Total » est la victime. C’est le 27 janvier 2024 que l’entité a révélé l’affaire sur son site WEB. L’attaque cybernétique serait de type ransomware selon les informations. Elle perturberait selon Total Health EPS-S sa plateforme technologique.

    Par un communiqué du 29 janvier 2024, l’entreprise de santé colombienne alertait ses 4,8 millions de membres. Sur les différents réseaux sociaux, l’EPS répondait que « nous vous rappelons qu’en raison de l’urgence, nos canaux ont été isolés afin de sauvegarder toutes les informations. » Si la santé du système d’information semble altérée, la mémoire des Colombiens ne l’est pas.

    La Superintendencia nacional de Salud a activé son plan d’urgence. « En ce qui concerne la fourniture de services médicaux, l’EPS a assuré les soins, la fourniture de médicaments, la réalisation de laboratoires, entre autres, par l’intermédiaire de son réseau de services et d’urgences sans affecter les soins de l’utilisateur. » La société a indiqué que sa priorité était actuellement de protéger les données de ses utilisateurs et de rétablir les services concernés.

  • Le vent souffle fort sur les îles du bout du monde (épis. 5/46)

    Le vent souffle fort sur les îles du bout du monde (épis. 5/46)

    Ce n’est pas que Flavien aime les grasses matinées… bien que de temps à autre tout un chacun aime se prélasser comme un chat. Mais encore une fois la levée aura été tardive explique l’aventurier. Sur l’île de Saunders en ce 4 décembre 2023, le vent a soufflé jusqu’à plus de minuit. Le jeune homme a mis un certain moment, trop long à son goût, avant de tomber dans les bras de Morphée. Sous les aléas et caprices de la météorologie, il s’accommode, bon gré mal gré. Car, il n’a pas le luxe dans sa tente de pouvoir ouvrir un robinet pour remplir son verre d’eau afin d’étancher sa soif.

    En allant chercher de l’eau, « j’ai rencontré le propriétaire de l’île, David, qui, avec son 4×4, revenait de guider les touristes d’un bateau de croisière », raconte Flavien. Avec gentillesse il m’a pointé sur la carte, qui doit être au 1/100000 ème, une petite vallée près d’une clôture où je devrai pouvoir poser la tente. Le lieu est situé sur un terrain à peu près plat et surtout abrité des vents dominants d’Ouest.

    Un défi quotidien face à la nature

    Le défi du jour si Flavien accepte cette mission impossible est de trouver ce spot. Les surprises ne s’arrêtent pas en si bon chemin. « Il m’a aussi dit qu’il connaît les deux raretés que je recherche sur Saunders : Hairy Daysi et Antarctic Cudweed ». Rendez-vous est pris pour mardi après-midi, si je n’arrive pas trop tard, murmure-t-il. « Sous aucun prétexte je ne le raterai… »

    En plus d’une levée tardive, il lui a fallu près de 2 h pour se préparer. Après le petit déjeuner, flocons d’avoines et chocolat fondu, il range tout car « je plie les gaules aujourd’hui ». Comme à chaque déplacement, il faut du temps pour tout ranger dans ce sac. « À chaque fois je me demande comment ça rentre », sourit-il.

    Il est vrai que de voir sur la photo tout ce qu’il transporte dans son sac, et qu’il doit caser le tout, c’est un véritable jeu de construction. Il faut qu’en plus lors de la marche, aucune contrainte ne soit ressentie.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Sauf qu’aujourd’hui ça ne rentre pas. « Il faut que je me trimbale un paquet de biscuits si je ne veux pas qu’ils finissent écrasés. » 10 h 30 sonne à sa tocante lorsqu’il part de son rocher, le fameux Swiss Hôtel. Si sur le papier, tout semble idyllique, « la pluie de cette nuit a quand même réussi à humidifier le fond de ma tente. » Une demi-heure s’est écoulée lorsqu’il effectue une pause tout près de la « cabane » où il y a le WiFi, car c’est aussi le point d’eau. « Où je vais camper ce soir il n’y aura sûrement pas d’eau, alors je remplis mes deux gourdes », explique-t-il. Il dispose donc de deux litres d’eau pour les deux jours à venir, vaisselle comprise… le rationnement est de rigueur.

    La dureté de Dame nature

    Tous près de la « cabane au WiFi » deux randonneurs de nationalité américaine ont dormi. Ils patientent avant l’arrivée du 4×4, qui doit les amener à une autre cabane au Nord Est de l’île. La sympathie règne entre les randonneurs. « L’un d’eux me propose de boire un coup, manger et même prendre une douche. Pourquoi je refuse je n’en sais rien, mais je ne suis plus à une douche près après trois jours sans en avoir pris. » Ce qui peut surprendre le commun des mortels est que Flavien se sens propre, « la température fait que je ne transpire pas. »

    De toute façon le peu de points d’eau est déjà accaparé par les oies, manchots et autres moutons, « Je ne serai pas plus propre à la sortie », s’amuse-t-il.

    La discussion s’éternise avec les Américains. Ils exercent les professions de photographes et vidéastes, « ils me donnent leur carte de visite ». L’arrivée du 4×4 clos alors la discussion, et nos chemins se séparent. « Avec tout ça il est bientôt midi, je n’ai pas avancé d’un centimètre ».

    Le site du bivouac ne serait qu’à 6 km à vol d’oiseau. Mais cette distance sur une campagne poitevine n’est pas ressentie de la même manière à l’endroit où il se trouve. « Il ne faudrait pas que je me repose sur mes lauriers non plus » s’encourage Flavien en prenant la direction plein Est.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Il s’octroie une pause au-dessus d’une colonie de gorfous sauteurs et de cormorans impériaux. La contemplation des premières naissances s’extirpant de leurs coquilles est magique. « Malheureusement, un quart d’heure après mon arrivée, trois petits se sont déjà fait attraper par les Caracaras et les Skuas, la nature est cruelle… » Croyant jeter un dernier regard sur cette magnifique plage, la Neck son émerveillement est à son comble. « Qu’est-ce que je vois ? Cinq ou six dauphins de Commerson qui s’amuse dans les vagues ! C’est l’une des espèces qui ont valu ma venue ici, je suis refait. » Il a le luxe d’observer la sous-espèce nominale présente exclusivement entre le détroit de Magellan et les Malouines. Peut-être les reverrais-je dans ce fameux détroit que je devrais traverser d’ici 15 jours.

    Trois heures pénibles de marche dans les landes

    Pendant les trois heures qui suivent « j’avance péniblement dans les landes à Empetrum rubrum et Baccharis tricuneata ». Parfois, à la faveur d’une vallée encaissée, se développe d’énormes Blechnum magellanicum qui ne facilitent pas le passage. « Au loin je commence deviner différentes vallées plus ou moins érodées qui pourraient correspondre à la destination décrite par David. » Les milieux sont dégradés par les moutons, mais la marche facilitée grâce aux sentiers crée. Il est 16 h lorsqu’il trouve deux vallées encaissées composées de zones ouvertes et rases. Elles conviennent à la pose d’une tente.

    « Je trouve deux pieds de Codonorchis lessonii qui sont mes premières orchidées. » Des deux sites, il choisit le plus à l’Est en prévision du lendemain.

    Il se retrouve avec des colocataires surprenantes. « Il y a des vaches, j’espère qu’elles ne vont pas faire les curieuses. » Il se passe une heure lorsque sa tente est montée, avant une sieste improvisée pour le marcheur invétéré. Puis au réveil une jolie surprise. « Sans le vouloir j’ai posé ma tente à côté d’une petite ombellifère, Oreomyrhis hookeri, que je n’avais pas encore vu. »

    Personne ne vient dans ce coin de l’île, et les premières personnes doivent être à plus de 10 km d’ici, « Quel pied ! » Pour autant « je me suis rarement senti aussi isolé. » Une partie de la soirée sur le rivage, une centaine de mètres plus bas, où il croise des moutons qui n’ont pas été tondus. « C’est pour dire, même les éleveurs ne viennent pas jusqu’ici. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Demain il me faut que je lève tôt, pense-t-il à voix haute. Au menu un col à plus de 300 m avant de voir le sud de l’île. « J’en profiterai peut-être pour gravir le pic qui surplombe, à 431 m je crois ». L’installation de sa tente est à découvert, le jeune homme l’harnache sérieusement en prévision de la nuit. « J’espère que le vent ne soufflera pas trop fort ce soir », réfléchit-il avant de sombrer de fatigue. À suivre…