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  • Pas plus de 40 à Paris

    Pas plus de 40 à Paris

    Non, il ne s’agit pas de la canicule qui a frappé l’Europe, mais de la vitesse maximale autorisée en 1911, notamment à Paris. Si les panneaux de signalisation font partie du décor, les chiffres qu’ils affichent sont le fruit de décennies de décisions politiques, de débats publics et d’évolutions techniques. Depuis les premières limitations imposées à la fin du XIXᵉ siècle jusqu’à l’instauration du 80 km/h sur certaines routes secondaires en 2018, les seuils de vitesse traduisent bien plus que de simples préoccupations de sécurité routière.

    Entre impératif de protection des usagers, contraintes écologiques et crispations sociales, la limitation de vitesse devient un marqueur révélateur des tensions entre liberté individuelle et intérêt collectif. La toute première réglementation applicable aux automobiles naît avec l’ordonnance du préfet de police Louis Lépine, le 14 août 1893. Depuis, de nombreuses villes limitent la vitesse maximale autorisée dans leurs agglomérations à 30 km/h. Tandis qu’en Europe certains pays font marche arrière sur les limitations.

    Limiter pour mieux protéger ?

    Le 30 mai 1851, la loi relative « à la police du roulage et des messageries publiques » est le texte fondateur de la sécurité routière. Le 16 août 1889, Léon Serpolet décroche le premier agrément de circuler sur un tricycle… à 16 km/h. Louis Lépine est à l’origine du « certificat de capacité ». La duchesse d’Uzès est la première femme à l’obtenir en 1897. Deux années se passent quand le décret en date du 10 mars 1899 rend obligatoire sa détention pour conduire un véhicule terrestre à moteur. Le 31 décembre 1922, il devient alors le « permis de conduire » ; quant à la suspension, elle n’existe qu’à partir du 12 avril 1927.

    Asphalte, trente, panneau

    En 1893, la vitesse maximale autorisée (VMA) est de 20 km/h en rase campagne et 12 km/h en agglomération pour les voitures à pétrole. À l’époque, il s’agit moins de sécurité que… de préserver les chevaux et d’éviter les poussières. Ces seuils, ridicules au regard des performances actuelles, visaient à encadrer les premiers « fous du volant » qui, déjà, inquiétaient les autres usagers. Les vitesses maximales augmentent le 10 mars 1899 à respectivement 30 et 20 km/h. L’obligation de se ranger à droite apparaît le même jour.

    L’évolution technologique des véhicules s’accompagne d’une régulation progressive. En 1954, une VMA de 60 km/h est instaurée en ville, suivie en novembre 1973 d’une mesure phare, conséquence du choc pétrolier. L’abaissement à 90 km/h sur les routes et à 130 km/h sur autoroute, en réaction à la flambée des accidents mortels (16 861) et au choc pétrolier.

    Le choc pétrolier de 1973

    Mais, en mars 1974, sous la présidence de Georges Pompidou, la VMA est augmentée à 140 km/h, ce jusqu’au 6 novembre 1974. Le décret officiel fixe les vitesses maximales à 130 km/h sur autoroutes, à 110 km/h sur voies express et 90 km/h sur les autres routes. En 1990, la vitesse s’uniformise à 50 km/h, en agglomération, puis des communes l’abaissent à 30 km/h.

    Plus récemment, en juillet 2018, la décision du gouvernement d’Édouard Philippe d’abaisser la vitesse à 80 km/h sur certaines routes. Mais la loi dite « LOM » de 2019 permet aux départements de relever cette limite à 90 km/h… ce qu’ont fait plus de 30 départements à ce jour, notamment dans l’ouest, le nord et le centre de la France. Les limitations sont, comme les politiques et la politique, changeantes. Des raccourcis autoritaires sont effectués, car plus personne ne prend le temps. (Crédits : Markus Spiske/Pixabay)

    Même dans l’apprentissage, nous brûlons les limites de vitesse autorisée. Pourtant, il est souvent nécessaire d’expliquer avec simplicité le pourquoi du comment. Ainsi, quand on parle de freinage d’urgence, tous évoquent la distance totale pour s’arrêter. Elle est — la distance d’arrêt (Da) — le temps de réaction (Tr) additionné à la distance de freinage (Df). Tr = v (en m.s⁻¹) x t (en s), soit pour 90 km/h, la vitesse est de 25 m/s. Soit 25 mètres parcourus en une seule seconde. Pour la Df = v²/2 a. La vitesse en mètre par seconde « a » la décélération 7 m.s⁻² sur route sèche, et en moyenne 4 sur route mouillée. Soit, pour 90 km/h, sur la route des vacances, une distance d’arrêt totale de Dt = (v x t) + (v x t) + (v²/2a). Ici Dt = (25 + 44,64), d’environ 70 mètres.

    Les enjeux de limitation de vitesse

    Plus les années défilent, plus les routes semblent de plus en plus limitées. Réduire la vitesse est un levier multiple qui touche à la sécurité routière, à la santé publique, à l’environnement et même à la cohésion sociale. Selon la Sécurité routière, un accident sur trois est directement lié à une vitesse excessive ou inadaptée. La probabilité d’être tué dans un choc augmente exponentiellement avec la vitesse.

    À 50 km/h, un piéton a une chance sur deux de survivre. À 70 km/h, c’est quasiment nul. La réduction à 80 km/h sur les routes secondaires aurait, selon les chiffres officiels, permis de sauver 349 vies en deux ans (2018–2019), malgré la fronde de nombreux automobilistes et élus locaux.

    Moins de vitesse, c’est aussi moins d’émissions de CO₂. À 110 km/h sur autoroute, une voiture moyenne consomme 10 à 15 % de carburant en moins qu’à 130 km/h. C’est pourquoi certaines ONG, et politiques plaident pour une limitation généralisée à 110 km/h, voire à 100 km/h, dans un contexte de lutte contre le changement climatique. La volonté est l’arrêt, pour les mêmes visées, des voitures thermiques. Pour les remplacer par des véhicules électriques moins polluants à l’utilisation, mais pas à la construction. Un changement de paradigme. (Crédits : Ralph Drasba/Pixabay)

    Voiture, vitesse, circulation

    Concernant la question de la vitesse, elle est autant culturelle que technique. Elle touche au rapport à l’espace, au temps, et à la liberté de mouvement. Reste une question sensible : celle de l’acceptabilité. Sur les routes françaises, le paysage réglementaire est morcelé. La vitesse autorisée dépend non seulement du type de voie, mais aussi du contexte local, urbain ou rural, de la météo et parfois… du bon vouloir du maire ou du préfet.

    Zone 30, zone de rencontre… et 30 km/h

    En ville, le passage de 50 à 30 km/h affiche une volonté, une transition en cours. La vitesse maximale en agglomération est officiellement de 50 km/h, sauf indication contraire. Mais dans les faits, les zones 30 se multiplient, notamment autour des écoles, des centres-villes et dans les « villes apaisées ». Paris, Grenoble, Nantes, Rennes, Lille, Strasbourg et Poitiers ont déjà généralisé cette limitation sur la quasi-totalité de leurs voiries. Il n’est pas rare de pester contre les usagers de bicyclettes, de trottinettes quand nous sommes au volant de notre voiture.

    Bouchon, ruelle, code de la route

    D’autant que nous sommes toujours pressées — les enfants à déposer à la crèche, dans les écoles, les bouchons, les horaires de travail… — ; qui plus est dans une zone à 30 km/h…

    Abaisser la vitesse à 30 km/h en ville est louable. Elle se veut protectrice des plus vulnérables : piétons, enfants, cyclistes. À cette vitesse, le risque de décès en cas de collision chute drastiquement. C’est aussi moins de bruit, moins de stress, une meilleure cohabitation des usagers… C’est une évolution nécessaire, face à des centres urbains saturés. Loin d’être une contrainte arbitraire, cette limitation est un outil de prévention efficace, validé par les faits. La route se partage, et la sécurité ne devrait jamais être négociable.

    Le respect dans le partage de la route

    Mais, car il y a un mais. Cet abaissement engendre d’autres modifications, notamment en ce qui concerne les deux roues. Saviez-vous — qu’après avoir été testé en France dès les années 1990 — que la généralisation des doubles sens cyclables est rendue obligatoire dans les rues à sens unique, en zone 30 et en zone de rencontre ?

    Rendu obligatoire par un décret n° 2008-754 du 30 juillet 2008 (art. 13) faisant référence à l’article R110-2 du Code de la route. Pour autant, c’est le maire de la commune qui, par arrêté municipal, instaure une ou plusieurs zones 30. Concernant les zones de rencontre, nos amis cyclistes et autres propriétaires des véhicules autorisés devraient lire l’article susnommé : « Dans cette zone, les piétons sont autorisés à circuler sur la chaussée sans y stationner et bénéficient de la priorité sur les véhicules. La vitesse des véhicules y est limitée à 20 km/h. » (Crédits : DR)

    Les cyclistes sont autorisés à prendre à contre-sens des voies de circulation, comme à Cenon. Les zones 30 sont définies par une « section ou ensemble de sections de voies constituant une zone affectée à la circulation de tous les usagers. Dans cette zone, la vitesse des véhicules est limitée à 30 km/h. Toutes les chaussées sont à double sens pour les cyclistes, les conducteurs de cyclomobiles légers et les conducteurs d’engins de déplacement personnel motorisés, sauf dispositions différentes prises par l’autorité investie du pouvoir de police. […] » Ce qui a soulevé une question au Sénat, c’est qu’il y a un hic. Quand cela se déroule dans une ville construite au Moyen Âge. Le coût engendré comme la disposition des rues rend les choses parfois compliquées. Parfois, les deux roues circulent volontairement sur les trottoirs et demandent aux piétons, par leur sonnette, de les laisser passer, car un bus arrive en contre-sens.

  • Un nouveau départ… vers l’aventure (1/55)

    Un nouveau départ… vers l’aventure (1/55)

    Comme lors d’une gestation humaine, Flavien semble avoir accouché d’un nouveau « bébé ». Une réflexion qui mène à une action. « Neuf mois plus tard, il est temps de repartir à l’aventure », souffle-t-il. Nous sommes le 9 décembre 2024, quand il s’apprête à embarquer. Direction la Nouvelle-Zélande avec pour principal objectif les îles subantarctiques australasiennes. C’est parmi les dernières qu’il lui reste à visiter autour de l’Antarctique. Le tout avec un projet qui lui trotte dans un coin de sa tête depuis quelque temps.

    Flavien s’envole vers la Nouvelle-Zélande, terre de mystères, de contes et merveilles. Entre forêts ancestrales et espèces uniques, il part explorer une nature sauvage et fascinante. Une aventure où chaque pas promet une découverte inoubliable. Entre nature et paysages, culture et traditions, la gastronomie aussi. Quant au Kiwi, symbole emblématique du pays, tellement difficile à observer, sera-t-il à la rencontre lors de son voyage ?

    L’épisode du malaise vagal

    Six heures viennent juste de s’afficher sur le réveil. Dans un coin de la chambre, le sac est prêt, posé et appuyé au mur. Il semble être impatient, comme une envie de se positionner sur le dos de Flavien. C’est chose faite à 6 h 40, quand le tandem, entre avenue et boulevard, prend la direction la gare de Poitiers. À 7 h 24, le train file vers Paris, « ça y est l’aventure commence ! » Difficile de faire marche arrière désormais. Flavien n’est pas rassuré, car le convoi ferroviaire doit arriver 2 h 20 plus tard, et que l’enregistrement pour le vol, que Flavien n’a pu réaliser en ligne, se clôture à 11 h 25.

    « Contrairement aux fois où j’ai pris le train cet automne, le TGV parvient à destination sans encombre. Me voilà à Roissy Charles de Gaulle, où j’avais passé une journée en début de mois de mars dernier. » Flavien se dirige vers le terminal 2E pour réaliser l’enregistrement. La file d’attente est conséquente, mais elle est en mouvement. Jusqu’ici tout va bien… c’est sans compter sur sa légendaire maladresse.

    « En voulant clipser mon sac, je me coupe l’extrémité de l’index. » Une coupure anodine pour tout un chacun, sauf que certaines personnes supportent peu ou prou la vue de leur sang. « J’ai toutes les couches sur moi pour gagner de la place dans mon sac. » Il fait chaud. Il y a du monde. Tous les ingrédients du cocktail parfait sont réunis.

    « Me voilà à genoux à tenter de mettre un pansement avant de faire un nouveau malaise vagal. » Flavien ne les compte plus depuis son enfance, mais cela bien fait longtemps qu’une telle chose ne lui était pas arrivée. (Crédits : Gare de Poitiers/Flavien Saboureau)

    Plusieurs personnes entourent Flavien, quand il reprend ses esprits, quelques secondes plus tard. Une employée de la compagnie aérienne m’indique qu’elle a appelé les pompiers. « Je suis un habitué de ces malaises. Il ne faut pas en faire de cas », lui explique-t-il devant des yeux médusés. Il se désaltère, englouti deux barres chocolatées, et le voilà prompt à continuer. Une jeune femme européenne lui parle, afin de le distraire et changer les idées. Une autre aux traits asiatiques lui offre son chariot pour qu’il puisse y poser son sac. « Je suis agréablement étonné devant tant de bienveillance ! »

    En voiture ! Attention au départ !

    De simple voyageur, il devient presque VIP. « Finalement, ils me font passer en priorité alors que tout va mieux. » L’inquiétude du petit matin est résolue. « Je suis rassuré, mes places sont bien réservées, c’est leur site internet qui n’est pas à jour. » Son sac est peu ordinaire, la compagnie n’a rien à disposition pour l’empaqueter. « Je me rends dans un couloir pour les bagages hors format. »

    Si tout va pour le mieux, une part d’inquiétude demeure. « J’espère que le bagage est bien dans les soutes… et qu’ils ont compris que je ne le récupère pas avant le prochain avion. » Le passage via la sécurité est un parcours d’enfant. Il ne reste que quelques dizaines de minutes à patienter. « J’attends l’ouverture de la porte M43 », raconte-t-il.

    Moment idéal pour s’essayer à la prose. J’envoie des messages à la famille, quelques amis et Clarisse. « Car si ce voyage est différent, c’est dans son appréhension, car Clarisse occupe mon esprit depuis quelques mois maintenant. »

    Rester concentré sur ce périple n’est pas aussi simple. « Chaque voyage est différent, d’une façon ou d’une autre ! »

    (Crédits : Connor Danylenko/Pexels)

    Le journal de 13 h est sur le point de se terminer lorsque l’aéronef décolle. Il est 13 h 20, quand après quasiment une heure de retard, il s’envole. « Quelle agréable surprise ! Mes genoux ne touchent pas au siège de devant, et il y a même des écrans… », se réjouit Flavien. À bord d’un avion affrété par China Eastern Airlines, l’une des trois plus grandes compagnies de République Populaire de Chine (RPC), onze heures de vol l’attendent. « C’est parti, direction Shanghai. » En direction de l’Est, le soleil se couche très vite. À 16 h (heure française), il fait déjà nuit noire à travers les hublots. Le sommeil tant espéré ne vient pas. « J’ai encore 11 h de vol demain pour véritablement me reposer. » À suivre…

  • Cissé, championne d’Europe

    Cissé, championne d’Europe

    Une municipalité française est championne d’Europe : la commune de Cissé. Elle est située dans la Vienne, au cœur du Poitou-Charentes. Au sein des nouvelles régions, elle est sur le podium avec la deuxième place de la Nouvelle-Aquitaine. Hormis sa tranquillité, sa proximité avec le chef-lieu de département qu’est Poitiers, son cadre bucolique… Elle possède une particularité qui lui procure le sentiment d’être unique sur le continent européen. Sauriez-vous deviner laquelle ?

    Elle porte le même patronyme que de nombreuses personnes africaines, il est en effet courant au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, en Gambie, Guinée, Mali, Mauritanie et Sénégal. Ce n’est pas en cela qu’elle est unique. Quatre villes, dont trois au Burkina Faso, arborent ce nom, mais en quoi la Française est singulière ?

    Championne du jumelage


    La spécialité de la commune de Cissé est son engagement envers les communes européennes. Comme l’indique la maire, Annette Savin, Cissé est jumelée avec 27 communes de l’Europe, et d’autres si des pays viennent à rejoindre l’Europe.

    L’histoire commence officiellement le 25 juin 1989, avec M. Michel Bouchet, précédent édile de la commune. « C’est Michel Bouchet […] qui a eu cette idée de suivre l’avancée de la Communauté économique européenne (CEE) en jumelant une commune de chaque pays membre », explique l’édile Mme Annette Savin.

    Adjointe à cette époque, l’effervescence n’y est pas, mais « […] en s’y mettant, on a vite pris le pli pour mener à bien le projet. »

    Alors que la chute du mur de Berlin occupe l’ensemble de l’information européenne, et pour cause, Cissé est jumelée avec douze communes. Chemin faisant, le nombre double pour atteindre 27. La dernière en date est Tisno en Croatie en 2013.

    (Crédits : Darya Sannikova/Pexels)

    La motivation d’un tel nombre de villes jumelées est l’envie que les Cisséennes et Cisséens appartiennent à quelque chose de plus grand. « Ici on est vraiment isolés, loin de tout. On n’a pas de frontière proche. […] Avec tous ces contacts à travers les frontières, c’est comme si on n’était plus tout seuls dans notre Poitou », martèle Annette Savin.

    La genèse du jumelage

    Au dernier recensement, en 2016, il existe environ 20 000 jumelages. Mais la naissance de ce phénomène remonte aux années 50. La Seconde Guerre mondiale vient de clôturer. Les stigmates et plaies sont béants. Jean Bareth, secrétaire général du Conseil des communes d’Europe, définit le jumelage tel que « la rencontre de deux communes qui entendent s’associer pour agir dans une perspective européenne […] et pour développer entre elles des liens d’amitié de plus en plus étroits ».

    Le premier s’effectue entre Montbéliard et Ludwigsburg. Si tous veulent voir la réconciliation, c’est Coventry et Stalingrad qui se lient en 1944, puis Caen (1946), Kiel et Lidice (1947), Varsovie (1957) et Dresde (1959).

    Certains jumelages sont décrétés dans les hauteurs du pouvoir, alors que les plaies de la 2de Guerre mondiale sont encore prégnantes. Les jumelages polono-est-allemands (Rostock et Szczecin en 1957) sont un parfait exemple.

    Déjà en 1913, Brugg (Suisse) et Rottweil (Allemagne) conclus un partenariat, pour aboutir au jumelage en 1918. Dans les années 1950 et 1960, la volonté est au rapprochement des peuples, qui à se détourner du passé. Depuis les années 1990, la chute du mur de Berlin et ses conséquences… Les jumelages européens se réalisent au nom du refus de l’oubli et de la réconciliation. (Crédits : Ieva Brinkmane/Pexels)

    Pourtant, le premier jumelage remonte à l’année 836. Lorsque Louis le Pieu instauré entre les villes du Mans et de Paderborn une relation religieuse. Cette relation est considérée comme la plus ancienne forme de jumelage en Europe. Il faudra attendre plus de 1000 ans pour que le jumelage soit effectif entre ces deux communes, en 1967. Votre ville est-elle jumelée avec une autre ?

  • Comment un quartier… devient-il sensible ?

    Comment un quartier… devient-il sensible ?

    La ville de Poitiers se retrouve sous les feux des projecteurs depuis quelque temps. La dégradation des magasins sur le quartier des Couronneries, par deux fois ; puis la fusillade sous fond de trafic de drogue occasionne la mort d’un adolescent de quinze ans. Comment cette partie de la citée picte, qui accueille un marché dominical multiculturel, est transformée en un lieu mal fréquenté ? Comment passe-t-on d’un espace où des fermiers vivaient, où les jardins ouvriers fleurissaient, au meurtre d’un gamin de quinze ans ?

    « L’actualité est décidément morose », s’émeut Séki Karéson.

    « Oui, j’ai l’impression que dans les villes moyennes de France, c’est la même chose », rétorque Sépa Phot.

    « Je parle de l’adolescent de quinze ans qui est mort après les coups de feu aux Couronneries, à Poitiers », appuie-t-elle.

    « Tu te rappelles notre visite lors du festival de la BD à Angoulême ? »

    « Oui et quel est le rapport ? »

    « Le quartier de Basseau ressemble à s’y méprendre à celui-là, comme au quartier dit Le Val à Nogent. Je t’explique ! »

    Pour permettre un éclairage, il faut prendre du recul, sans jugement, juste avec des faits. Je vous propose de revenir au début de l’année 1939, de construire un parallèle entre le quartier des Couronneries de Poitiers, et celui de Basseau à Angoulême. Deux départements différents, deux villes moyennes, deux chefs-lieux appartenant à l’ancienne région Poitou-Charentes, avec semble-t-il la même problématique de communautarisme.

    Il était une fois…

    Concernant Poitiers, pour le fameux quartier des Couronneries, imaginez qu’en lieu et place des immeubles, des maisons, des écoles, collèges et lycées, se trouvaient des champs, des vignes et huit exploitations agricoles avec deux communautés religieuses. L’eau courante arrive sur le plateau vers 1938-1939 au niveau du chemin de la Dauvergne et de la rue Jules Vergne. Les tranchées sont creusées par des militaires tunisiens qui cantonnaient sur le quartier des Dunes.

    Le 11 décembre 1961, un arrêté du ministère de la Construction fixe les limites actuelles de la zone à urbaniser en priorité (Z.U.P.) des Couronneries. Deux architectes parisiens Raymondet et Malizard établissent un plan de masse prévoyant la réalisation de 4700 logements. L’ensemble néo-urbain reste cohérent, et abrite une population multiculturelle.

    Le quartier est attractif par la proximité des commerces, des services, mais également par l’importance du milieu associatif, la proximité des transports, tout en admirant la vue panoramique du vieux Poitiers.

    Trois églises, une coulée verte le long des falaises, plusieurs centres commerciaux, une bibliothèque, une mairie de quartier, un groupe scolaire dans chaque secteur…

    La vision futuriste où la nouvelle identité se construit peu à peu, notamment grâce au plus considérable marché de la Vienne situé sur les places de Provence et de Coimbra. La ZUP est atypique en France, car les habitants de l’hypercentre s’y meuvent chaque dimanche.

    La naissance d’un nouveau quartier est la résultante de l’insalubrité de nombreux de logements dans le Poitiers des années 1960, tandis que la population s’accroît. « En 1967, alors que seuls 40 % des logements français ont l’eau courante et le chauffage central, on atteint les 100 % aux Couronneries », écrit le journaliste Jean-Michel Gouin. Désormais, plus de 10 000 personnes y vivent, et cela engendre de différents usages avec un renouvellement urbain.

    (Crédits : DR)

    Depuis le secteur des Couronneries a fait les gros titres de la presse. Trois soirées, fin juin 2023 durant lesquelles des émeutes touchent les quartiers et habitants des Couronneries, de Bel-Air et des Trois-Cités, tous trois quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPPV). Les émeutiers embrasent la ville, comme beaucoup d’autre suite au décès tragique du jeune Nahel en région parisienne. Un incendie volontaire détruit de nouvelles cellules commerciales, une année après le premier incendie dévastateur, puis dernièrement la fusillade provoquant le décès d’un jeune de quinze ans.

    L’histoire de Basseau, quartier d’Angoulême

    Situé à environ 5 km du centre-ville d’Angoulême, dans les méandres de la Charente, il est le faubourg le plus ancien, au moins autant que le chef-lieu. De la plaine de Basseau occupé par les Romains, sous le nom de la ville d’Olipe, aux guerres successives, il disparaît au XVe siècle. Le comte d’Angoulême, Hugues de Lusignan décide de paver le chemin des anglais. Oeuvre que poursuit le maire Gilibert jusqu’à l’ouverture en 1750 du chemin de la poste (Rue de Bordeaux). La poudrerie nationale s’implante au XIXe siècle sur ce qui va devenir le quartier Basseau.

    Un camp militaire s’établit, pour loger la main-d’œuvre indochinoise. La Seconde Guerre mondiale éclate le 1er septembre 1939. Une année plus tard, le 24 juin 1940, la 2e division Verfugunstruppe Das Reich s’installe, à son entrée dans Angoulême, dans ce camp. Elle aménage plus de 20 ha entourés de barbelés, de miradors et de tour de guet le camp, spoliant les multiples propriétaires. Il se compose de 125 bâtiments.

    En 1947, l’Armée projette la remise à la commune l’ensemble des terrains. De nombreux baraquements édifiés sur les lignes séparatives des propriétés empêchent la vente. Angoulême, en crise de logements, répond favorablement. La municipalité envisage la création d’habitations après avoir transformé les installations existantes. Le conseil général

    Les mal-logés et sans-logis devancent l’intervention, et s’installent dans les baraquements dès 1951. « Comme il est impossible de trouver une chambre meublée à Angoulême, si tu veux emménager dans le camp de Basseau, c’est le moment », expliquent deux Charentaises.1

    La vie propose parfois des solutions étranges. « On n’a pas hésité. On a dû passer par le bois de Saint-Michel : c’est par là qu’on a fait notre entrée, par un passage dans les ronces, en plein jour et on a déchargé les meubles ; ça a été vite fait, et la vie a commencé… Pour nous c’était le Paradis. »

    (Crédits : DR)

    La ville d’Angoulême et le Conseil général de la Charente créent le quartier de Basseau. Un comité de gestion est fondé. Il est composé du Préfet, de quatre conseillers généraux et de l’inspecteur d’urbanisme. Vingt réunions en dix-huit mois, pour proroger la situation jusqu’à janvier 1952. Des travaux urgents à la construction des premiers HLM nous voici en 1957, la population est de 1550 habitants dont 900 de moins de 20 ans.

    Un quartier en pleine mutation

    Un plan de masse est envisagé en 1965 pour une grande partie du secteur « La Grande Garenne-Basseau ». La cité de la Charité voit 116 logements poussés au sol, les bordures de trottoirs sont posées en 1969. De 1970 à 1973, la Petite Garenne est construite. Les souvenirs d’adolescents de Basseau, ayant déménagé à la Petite Garenne, s’envolent avec la destruction des maisons et jardins en 1970.

    Il y a moins de cinquante ans, en 1977 le quartier est à l’abandon. Au menu des situations sociétales problématiques, mauvaise desserte des transports en commun, absence quasi complète d’équipements collectifs… « Une impasse sociale et culturelle. Le quartier souffre de sa longue et difficile histoire […] un quartier qui n’intéresse plus personne excepté ses habitants. »

    Une nouvelle municipalité souffle un vent d’espoir, mais son maire est rattrapé par la justice, plusieurs fois. Mais le quartier n’a pas bonne presse. « […] la presse est quelquefois injuste et les images ont la vie dure […] »

    Les travaux s’éternisent, en 1979, l’école primaire Saint-Exupéry est démolie puis reconstruite en version scolaire. En septembre tombent les derniers baraquements, ultimes témoins de l’ancien camp.

    De l’autre côté de la France se déclenchent, au mois de septembre 1979, les premières émeutes urbaines, dans le quartier de la Grappinière, à Vaulx-en-Velin, banlieue de Lyon. La politique de la ville naît aux débuts des années 1980. Elle a pour but de réduire les écarts de développement au sein des villes. Elle vise à restaurer l’égalité républicaine dans les quartiers les plus pauvres et à améliorer les conditions de vie de leurs habitants, qui subissent un chômage et un décrochage scolaire plus élevés qu’ailleurs, et des difficultés d’accès aux services et aux soins, notamment.

    (Crédits : DR)

    La question des quartiers dits « sensibles »

    La question des quartiers dits « sensibles » se constitue depuis plus de quarante ans comme un problème social. Ces territoires se définissent tel le réceptacle de la plupart des maux de la société française. Exclusions, peurs, insécurité, émeutes urbaines, violences diverses… sont autant de qualificatifs. « Les quartiers sont objectivement le révélateur de l’inscription spatiale des inégalités sociales dans la société française », écrit Cyprien Avenel. Logiquement, les indicateurs montrent l’écart existant avec les autres quartiers en termes d’emploi, de revenus ou de mixité sociale.

    Il existe donc le centre-ville, place forte, et les banlieues qui est l’ensemble des agglomérations entourant un centre urbain et participant à sa vie et à ses fonctions. Les banlieues se développent dès la fin du XIXe siècle. Elles émergent en réponse à l’exode rural et l’essor industriel. Durant l’hiver 1954, l’appel de l’Abbé Pierre accélère la politique de construction massive de logements. L’État, de 1959 à 1975 créée 197 ZUP avec 2,2 millions d’habitations à loyer modéré (HLM). Le nombre de HLM passe de moins de 500 000 à près de 3 millions.

    Le salarié, aux Couronneries ou à Basseau, doit bénéficier des bienfaits de l’hygiène et de la modernité, en séparant l’habitat du lieu de travail, l’usine. La dureté de la vie laisse le débat de la mixité sociale, des formes urbaines à la porte. La réflexion politique change, dès 1977. La loi Barre dispose l’allocation personnalisée au logement (APL) et oriente vers l’accession à la propriété individuelle. Cela incite les classes moyennes à quitter les habitats sociaux collectifs pour des lotissements pavillonnaires, accélérant la dévalorisation des quartiers, prisés quelques années auparavant.

    Pour autant, la crise et paupérisation des banlieues enfante de la politique de la ville en 1980, avec le quartier prioritaire de la politique de la ville (QPPV), quartier de la politique de la ville (QPV) ou quartier prioritaire (QP), communément nommé QPV. Désormais un territoire devient quartier prioritaire lorsqu’il remplit un unique critère, le revenu par habitant. Il compare les revenus moyens de l’agglomération, ainsi que ceux de la France.

    (Crédits : DR)

    Aux Couronneries 79,7 % de logements sociaux parmi les résidences principales, 57,1 % de taux de pauvreté, 40,5 % des 16-25 ans non scolarisés et sans emploi, 40,4 % de familles monoparentales. À Basseau, 3560 habitants, 55,0 % de taux de pauvreté, 40,3 % des 16-25 ans non scolarisés et sans-emploi, 38,0 % de familles monoparentales. Le calcul, selon l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), détermine 1 514 quartiers prioritaires, dont 1 296 en Métropole. Ils accueillent dans 859 communes un douzième de la population française (5,4 millions) : 70,8 % d’ouvriers et employés, 39 % de moins de 25 ans, 29,4 % d’immigrés, 23,6 % d’étrangers. Cet ensemble inédit concentre la pauvreté, la délinquance, la violence sociale, l’inégalité et l’insécurité.

    1. « Mémoire collective d’un quartier d’Angoulême » édité par l’ACAIQ 1985 ↩︎
  • De retour à la maison (Épis. final)

    De retour à la maison (Épis. final)

    La journée la moins agréable de son séjour est arrivée. Ce lundi quatre mars deux mille vingt-quatre, il se réveille aux aurores. Levé à 7 h 30 ce matin, il me reste à réussir à tout caser dans mon sac, songe-t-il. Bien que cette fois je n’ai plus les lyophilisés, j’ai quelques souvenirs plus volumineux à faire rentrer. Sa tocante affiche 8 h 45 quand il dit au revoir à Clémentine et Gonzalo, qu’il remercie une nouvelle fois chaleureusement. Puis, il s’en va chargé comme une mule.

    Après avoir déniché une boulangerie, où je mange les moins bonnes viennoiseries de mon voyage, je passe une dernière fois à Scotia Bank pour retirer 5000 pesos. En effet le billet de 2000 est très bien dessiné. Le seul moyen de repartir avec est de faire de la monnaie sur 5000… Désormais habitué, il prend le métro, comme si de rien n’était, mais dans le sens inverse de la veille. À l’endroit même où le bus m’a déposé hier je suis censé y trouver une navette qui va à l’aéroport pour la modique somme de 2000 pesos. Et à peine suis-je sorti du sous-terrain que je grimpe dans l’autobus qui part aussitôt.

    Perturbé il se trompe d’arrêt et doit faire une nouvelle fois marcher. 1,5 km pour rejoindre le terminal international de l’aéroport de Santiago. Là-bas tout s’enchaîne très bien et après seulement une demi-heure d’attente en salle d’embarquement je monte dans l’avion de la compagnie LATAM direction São Paulo vers 12 h 15.

    Durant les quatre heures de vol, je passe la majeure partie du temps à tenter de rattraper les journées non écrites de ce récit. Arrivé à São Paulo il fait plus de 32 °C, mais je n’ai pas le temps d’y penser. Sauf peut-être à l’arrivée à Paris et ses cinq petits degrés. Je n’ai qu’une heure pour ma correspondance avec le vol de Paris. Le temps, une nouvelle fois, de passer la sécurité aéroportuaire et d’aller aux toilettes, je monte dans un aéronef pour cette fois onze heures de vol. (Crédits : Dendroseris littoralis — Asteraceae, endémique de l’île Santa Clara/Flavien Saboureau)

    Alors qu’il est 19 h quand j’écris ces lignes, il fait déjà nuit noire sur le Brésil, étonnant comme fuseau horaire… Pendant ce temps-là, Flavien espère que son sac à dos a bien été chargé dans la soute de l’avion, lors de l’escale. Ce mardi 5 mars 2024, j’arrive à l’aéroport Charles de Gaulle. Le soleil se cache derrière des nuages parisien. Comme prévu, la température avoisine les 5 °C, mais un vent rafraîchit et abaisse la température ressentie. En attendant le train pour Poitiers, c’est la reprise de lecture des nombreux e-mails. « Ça y est, 106 jours plus tard l’aventure se termine. Après 38 000 km, dont près de 1 500 à pied, il est tant de rentrer dans le Poitou, à Lavausseau et de retrouver famille et amis. Il va falloir renflouer les caisses aussi… »

  • Dans l’Œil du merlan frit !

    Dans l’Œil du merlan frit !

    Lorsque vous êtes l’habituée d’un endroit, vous avez la chance de pouvoir observer les allées et venues des protagonistes de l’histoire. Ipso facto, imaginez-vous une seconde travailler dans un bar dit de nuit. Étudiante le jour, et serveuse la nuit, entre le jour et la nuit, les visages se transforment. Vous êtes le témoin malgré vous des histoires lorsque vous suspendez le temps, juste un instant. Plongeons dans une comédie romantique rythmée par des expressions éloquentes.

    L’hiver annonce son arrivée, les marchés de Noël fleurissent à Nogent-le-Rotrou comme à Poitiers, sans oublier le mythique marché de Strasbourg. Quel plaisir de marcher, regarder les vitrines des commerçants, les produits de fête, le pain d’épice, le vin chaud… et pourquoi ne pas faire un tour dans une grande roue pour admirer votre ville.

    L’effervescence qui règne embaume le cœur des enfants, mais pas qu’eux. Chemin faisant, notre héros du jour décide de « mettre les bouts » vers un café éphémère de la place du marché de Poitiers. Descendant les escaliers des dunes, il remonte Grand Rue. Dans les souvenirs du service militaire de Sépa, son grand-père, elle foisonnait de boutiques et de magasins. Pas moins de quatre boulangeries, et un pâtissier de renom tout en haut, proche de la place du marché, un certain Gremillon.

    Les décorations de Noël sont en place, les artistes déambulent pour le plaisir des petits, les effluves de beignets, churros, pain d’épices, vin chaud… une quiétude et paix que les enfants, femmes et hommes pris au sein des conflits armés sur terre, aspirent à savourer.

    (Crédits : Skitterphoto/Pixabay)

    Mettre les bouts est une expression qui est tombée en désuétude. Elle date du début du XXe siècle, vers 1910. Les bouts pouvaient être remplacés par baguettes, bambous ou encore cannes. La métaphore évoque la forme des jambes en argot, alors l’expression « mettre les bouts » signifiait simplement partir en courant, comme mettre ses jambes à son cou. En Espagne, ils préfèrent « poner los pies en polvorosa ». Mais elle fait référence à la poussière soulevée par celui qui s’enfuit, comme l’histoire raconte la victoire du roi des Asturies, Alphonse III contre les sarrasins envoyés par l’émir de Cordoue au IXe siècle.

    Le regard de merlan frit

    Arrivant à la place du marché, où se tenaient les magnifiques halles – avant leur destruction en 1975 – il retrouve toute la bande. Arrivé le dernier, il se prêta au gage de passer commande au bar. Alors qu’il énuméra une à une les boissons choisies, il releva la tête et ne dit plus un mot lorsque la serveuse se retourna. Ce qui provoqua le fou rire de celle-ci. Le jeune homme tomba directement sous son charme, il avait trouvé son crush. Subjugué il retourna voir ses amis. Ils avaient choisi de venir dans ce troquet, connaissant les accointances de ce dernier en termes de beauté féminine.

    Complètement pris au dépourvu, il retourna prétextant une précision pour lui faire la cour. Épris de maladresse et transit d’amour pour la jeune femme aux cheveux de blé, il tenta une approche avec non pas le regard de biche, mais en lui faisant les « yeux de merlan frit ». Issue du cinéma muet, les mimiques des acteurs étaient exagérées. Les yeux chavirés d’une ridicule extase supposée symboliser une transe amoureuse, cette personne était comparée à un merlan frit.

    La scène ne manquait pas de dramaturgie. « Les yeux chavirés d’une ridicule extase supposée symboliser une transe amoureuse, cette personne était comparée à un merlan frit. » Il révélait à son crush un mélange de séduction et de maladresse.

    (Crédits : Région Poitou-Charentes, inventaire du patrimoine culturel/Fonds Henrard)

    Faire les yeux de merlan frit remonte au XIXe siècle. Elle aurait été utilisée pour la première fois par Loredan Larchey en 1865. Fils d’un général de division sous Napoléon III, il étudie le droit, avant d’être canonnier au 7e régiment d’artillerie. Il est lexicographe archiviste et conservateur de la bibliothèque de l’Arsenal. Il est surtout connu pour son dictionnaire de l’argot. Rédacteur en chef et fondateur de La Petite Revue en 1863. L’expression tient des mimiques du visage : la bouche ouverte et, surtout, les yeux sortis des orbites et ressemblants à des billes blanches. Comme le devient un poisson grillé à la poêle.

    Amoureux déçu, mais joyeux drille

    Notre héros s’en allait affronter, fleur au fusil, en premier sa timidité. Puis en quête de conquête, il se dirigea vers le bar, légèrement désinhibé par son verre. Après deux trois secondes, la belle voyait clair le jeu du prétendant. Elle prit le temps de discuter et de rire.

    Comme le soldat, le jeune homme s’en allait conquérir, ou tenter de le faire, le cœur de son crush. La maladresse dont il faisait preuve attendrit la belle demoiselle. Ils échangèrent, rirent, et burent quelques verres avant que le jeune retrouve ses amis avides de réponses. Il fit une moue de désolation avec un large sourire, le tout avec une mine guillerette, sous l’effet de l’alcool.

    Le jeune homme devenu un « joyeux drille » avait le sourire jusqu’aux deux oreilles. Défait de sa tentative de conquête, la belle était déjà prise. Mais, elle appréciait son esprit chevaleresque et respectueux. Tant et si bien qu’ils finirent par boire des verres ensemble. Le denier fut un cocktail qui fait rêver les hommes et qu’adore les femmes pour différentes raisons : un orgasme.

    (Crédits : aliceabc0/Pixabay)

    Le drille était au XVIIe siècle un soldat. En argot le drille est le costume du militaire qui serait en lambeaux. Tantôt déserteur, tantôt militaire défait d’une bataille. Démunis, les drilles commettaient parfois des vols, des agressions pour subvenir à leurs besoins. Une fois qu’ils avaient les moyens de leurs ambitions, ils se retrouvaient dans les tavernes, mais joyeusement. D’où l’expression un joyeux drille, est désormais synonyme de personne joviale.

  • Whoosh entreprise russe de partage de trottinettes confirme une violation des données de ces utilisateurs

    Whoosh entreprise russe de partage de trottinettes confirme une violation des données de ces utilisateurs

    Presque un mois que les trottinettes et vélos électriques de la startup Pony font le bonheur de leurs usagers à Poitiers. Flashez un QR Code, enregistrez votre moyen de paiement et vogue la route. Sauf qu’un tel marché n’attire pas seulement les jeunes, des personnes malveillantes peuvent y voir un autre commerce. Ce lundi 14 novembre 2022, le service de partage de trottinette Whoosh en Russie vient de confirmer une violation de données, après que des pirates aient vendu 7,2 millions d’enregistrements d’utilisateurs.

    Whoosh est la principale plateforme de services de mobilité urbaine en Russie, opérant dans 40 villes, du Kazakhstan et du Belarus avec plus de 75 000 trottinettes. L’entreprise russe de partage de trottinettes Whoosh a corroboré une violation d’informations après que des pirates ont commencé à vendre une base de données contenant les détails de 7,2 millions de clients sur un forum de piratage.

    La vente de données de l’entreprise russe Whoosh sur les forums breached. Les détails des voyages ne semblent pas avoir été compromis. Le service de location de trottinettes électriques Whoosh a vendu ses activités en Europe. (Crédits : capture d’écran)

    La compagnie par des déclarations sur les médias russes au début du mois a confirmé la cyberattaque. Elle a affirmé sur les mêmes médias que ses experts informatiques avaient réussi à la déjouer. Pourtant certains renseignements personnels de clients de Whoosh ont fuité au début du mois de novembre.

    « La fuite n’a pas affecté les données sensibles des utilisateurs, telles que l’accès au compte, les informations sur les transactions ou les détails des voyages », a déclaré un porte-parole de Whoosh.

    Des trottinettes et vélos électriques fabriqués par la startup Pony sont déployés à Poitiers, en France. Équipés de carte bancaire et d’un smartphone, ils permettent d’effectuer de courts trajets, en libre-service et moyennant quelques euros. (Crédits : France Bleu Poitou)

    7 200 000 de données utilisateurs

    Le vendeur a également affirmé que les données volées comprenaient 3 000 000 de codes promotionnels, que les gens peuvent profiter pour louer des scooters Whoosh sans payer. De plus sur les réseaux bien informés, la base de données contenait « des détails partiels de cartes de paiement pour un sous-ensemble de 1 900 000 utilisateurs ».

    Le vendeur indique qu’il ne vendra les données qu’à cinq acheteurs pour 4 200 dollars chacun (0,21490980 bitcoin). Selon les informations affichées, personne n’a encore acheté la base de données. (Crédits : capture d’écran)

    « La fuite n’a pas touché les données sensibles des utilisateurs, telles que les accès aux comptes, les informations sur les transactions ou les détails des voyages. Nos procédures de sécurité empêchent également les tiers d’avoir accès à l’intégralité des données relatives aux cartes de paiement des utilisateurs », précise le communiqué du 2 novembre 2022.

    Introduction en bourse

    En date du 24 octobre 2022, la société Whoosh, propriété de Whoosh Holding affirmait l’intention d’introduire des actions ordinaires dans le secteur de l’innovation et de l’investissement de la Bourse de Moscou. La levée de fonds pourrait atteindre 10 milliards de roubles d’ici la fin de l’année, soit plus de 163 millions de dollars américains.

    Selon RBC, 69,7 % de Whoosh sont détenus par les fondateurs Dmitry Chuiko, Yegor Bayandin, Oleg Zhuravlev et Sergey Lavrentyev. 13 % sont détenus par VIM Investments, 12,2 % par Ultimate Capital et 5 % sont réservés à un programme d’incitation des employés.

  • Électricité, sobriété et véhicules électriques : le paradoxe

    Électricité, sobriété et véhicules électriques : le paradoxe

    Tout les médias indiquent, relatent, s’offusquent d’une hausse du prix de l’énergie électrique. Sujet sensible, car tout un chacun, chaque foyer est impacté, sauf ceux qui n’ont pas accès à la fée électricité chez eux. Que ce soit par choix, par manque de moyen financier, ou suite à une coupure de la fourniture d’énergie par le fournisseur. La Première ministre, Élisabeth Borne évoquait, en conférence de presse le 14 septembre 2022, que le coût de l’électricité allait croître de 15 % en février 2023, pour les ménages français.

    « Je ne comprends pas », s’étonne M Phot

    « Ah, quelle chose ne comprends-tu pas ? », interroge Mme Kharéson.

    « Tous les ministres jusqu’au président te disent qu’il va falloir te serrer la ceinture au niveau électrique. Que depuis 30 ans, il n’y a plus de construction de centrale nucléaire, qu’au contraire un programme les amène à en fermer la moitié. Qu’il faut passer à la transition énergétique, mais que les énergies renouvelables ne couvriront jamais les besoins en énergie. Mais ils persistent et signent sur le tout électrique, alors que nous allons manquer de production d’électricité, et que pour diverses raisons, le coût de production explose de façon exponentielle ».

    L’oubli est humain. Le jugement ne sert à rien si vous ne vous l’appliquez pas à vous même, dans le but d’être une meilleure version de vous même. (Crédits : DR)

    À Paris comme à Poitiers, les maires, ici deux femmes, Anne Hidlago et Léonore Moncond’Huy ont décidé de couper l’éclairage de certains lieux, monuments, rues et quartiers. Sur l’extinction des monuments parisiens à 22 h et la tour Eiffel à 23 h 45, Agnès Pannier-Runacher a commenté ce vendredi sur RMC-BFMTV : « La sobriété ce n’est pas arrêter de vivre, ce n’est pas arrêter de travailler, ce n’est pas arrêter de recevoir des touristes. La sobriété c’est de faire les économies qui ont le plus de sens en matière d’économie d’énergie. »

    « Quelqu’un leur a dit, sérieusement. Même notre voisin, qui n’est pas le pingouin qui glisse le plus loin, a compris. Alors eux… »

    Il est vrai que cela a de quoi interroger. Actuellement, tous semblent fonctionner grâce à l’électricité. Les vélos à assistance électrique, les trottinettes pour la majeure partie d’entre elles, les voitures électriques ou hybrides, les trains, votre cafetière, votre poêle à granulés (dont le combustible est introuvable ou hors de prix), les livres se déclament sur tablette, et cetera, et cetera. Même nos jouets privés, mesdames fonctionnent grâce à l’électricité, sur batterie portable nommée pile. Bref vous l’aurez compris, dans votre domicile, tous les appareils, mis à part votre moulin à café qui appartenait à votre arrière-grand-mère, fonctionnant à l’huile de coude.

    Faites la liste des appareils qui sont encore en fonctionnement dans votre foyer lorsque vous venez d’abaisser le bouton principal du disjoncteur. (Crédits : Artturi Mäntysaari/Pixabay)

    De plus, rapport du GIEC martèle qu’il faut baisser notre consommation qui produit les gaz à effets de serre comme le CO2 ou le Méthane. Elle évoquait la pertinence à devenir indépendant des énergies fossiles. « C’est ça le combat que l’on doit mener, sur les énergies renouvelables, la géothermie, la biomasse, l’éolien… ». Sauf que suite au conflit armé entre la Russie et l’Ukraine, les approvisionnements de gaz sont moindres ou interrompus. Alors la France, bon gré mal gré fait venir du gaz américain issu du gaz de schiste. Dans la même interview sur RMC-BFMTV, elle répondait que « nous savons pertinemment que l’exploitation du gaz de schiste contribue à renforcer le réchauffement climatique ».

    « Voilà, je ne comprends pas que le gouvernement et le président de la République française nous poussent à nous équiper du tout électrique, et à continuer d’acheter des voitures électriques ». Le 11 septembre 2022, la ministre de la transition énergétique Agnès Pannier-Runacher s’exprimait au micro du Grand Jury chez RTL.

    Les voitures électriques dont certaines sont équipées d’un son pour indiquer leur présence. Un autre paradoxe pour une voiture qui lutte contre la pollution et qui se veut écologique. Tout n’est que paradoxe sur Terre. (Crédits : Stefan Schweihofer/Pixabay)

    « Est-ce qu’encore aujourd’hui, vous dites aux Français d’acheter des voitures électriques, alors que le prix de l’électricité explose ? », questionnait le journaliste.

    « Tout à fait. Le problème de production d’électricité se pose essentiellement au moment des pics de consommation, expliquait-elle. Ce que les gens ne savent peut-être pas c’est que précisément, d’avoir sa voiture électrique branchée sur le réseau, c’est une réserve d’électricité disponible pour ce réseau. Et vous avez un certain nombre de fournisseurs de batteries qui sont en capacité de renvoyer l’électricité vers le réseau dans les moments de tension ».

    La ministre évoque technologie et les véhicules V2G, très bien. Actuellement, la borne de recharge V2G by DREEV est compatible avec les voitures électriques de type Nissan Leaf, Nissan e-NV200, Mitsubishi iMiev, Mitsubishi Outlander PHEV, Peugeot iON et Citroën C0. Pour cela il faut faire installer les bornes dédiées. Selon la simulation, si votre entreprise est alimentée en monophasé, oubliez tout de suite. Quant au reste, Paris n’est pas la France.

  • Quand Poitiers se trouvait être détonante

    Quand Poitiers se trouvait être détonante

    En ce jour du 5 septembre 1922, une forte explosion était ressentie aux abords de la préfecture de la Vienne. L’explosion du parc de l’artillerie se trouvait à 300 mètres à vol d’oiseau, et à seulement 50 petits mètres de poudrières. Fort heureusement, les conséquences de la destruction de cet obus de 75 ne furent que matérielles. Les autorités de l’époque étaient surprises que cette dernière n’ait engendré que des dogats matériels. Par cause, conséquence ou stratégie, les autorités militaires faisaient édifier un site sur le polygone de Biard

    L’autorité militaire avait par mesure de prudence entassé les projectiles, et la fusée du côté du champ de tir. En bordure du champ un bâtiment où étaient entreposées les munitions nécessaires aux tirs d’entraînements quotidiens. Tout fut disposé que si un obus venait à exploser, la charge partirait en direction opposée à la ville. Tout proche d’un bâtiment où les munitions du 109e Régiment d’artillerie lourde étaient gardées, habitait Mousset adjudant au parc, avec son épouse et sa fille de 8 ans.

    L’obus, conçu dans le but de tuer, mutiler et détruire n’explose pas toujours et resurgit encore aujourd’hui, lors des travaux agricoles et d’infrastructures. Son poids total est de 5,315 kg, dont 740 d’explosif brisant. (Crédits : Musée de la Grande Guerre)

    Au bruit des premières détonations, Mme Mousset par instinct de protection et de survie se saisissait de sa fille malade. Elle enveloppa l’enfant d’une couverture puis s’enfui affolée en direction de la ville. Quelques secondes après que la mère eu quitté le domicile avec son enfant dans les bras, une explosion encore plus violente détonna. Celle-ci arrachait portes et fenêtres de l’habitation où elles se trouvaient quelques secondes plus tôt. Les meubles disposés dans la demeure furent complètement détruits. Le bâtiment dans lequel l’explosion de l’obus de 75 se produisit n’était plus qu’un amas de pierres, les cuisines du quartier de la Chauvinerie détruites, les vitres du quartier brisées. Un pilote passant au-dessus de Poitiers avait comparé cette explosion à celles de la Grande Guerre.

  • Il y a cent ans… la météo était capricieuse

    Il y a cent ans… la météo était capricieuse

    Un torrent de grêlon déferla ces derniers jours en France, comme le 6 juin 1922. Nombreux sont les témoignages de cette catastrophe tant sur les bâtiments, que sur la faune et flore sauvage, sans oublier les vignes, vergers ou champs cultivés. Au total samedi 4 juin 2022, 65 départements ont été mis en vigilance orange pour risque d’orages. Elle a été levée partout en France le lendemain matin, laissant place à la constatation des dégâts et la désolation.

    Les agriculteurs sont pris entre le marteau et l’enclume, car dépendant des caprices du temps. Les épisodes ont déversé à divers endroits des grêlons dévastateurs atteignant la taille d’une balle de ping-pong ou de tennis. Qu’est-ce qu’un grêlon ? Selon Météo France, nous pouvons parler de cela lorsqu’il se forme des particules de glace supérieure à 5 mm de diamètre. À l’instant où les particules ne dépassent pas le demi-centimètre de diamètre, sont plutôt opaques, tombent d’un cumulonimbus et rebondissent au sol sans se briser, on parle de grésil. De plus, les épisodes de grêle surviennent généralement lors d’orages violents, au sein de cumulonimbus. Moins d’un sur dix des fameux nuages produisent de la grêle atteignant le sol.

    Comme le découvrit Newton, avec l’histoire dite de la pomme, la gravité s’exerce sur Terre. Lorsque la particule possède un poids déployant une force plus conséquente que celle des courants ascendants du nuage, elle tombe : c’est l’averse de grêle. Logiquement, plus les cumulonimbus sont violents, plus ils génèrent de gros grêlons. (Crédits : MétéoFrance)

    Au vu de leurs tailles et formes, faisant la liaison entre la « terre » et le « ciel », il existe de forts courants ascensionnels et descendants entre la base du cumulonimbus, chaude et humide, et son sommet très froid. La glace se forme dans cet ascenseur nommé « colonne d’ascendance » autour de petites particules solides appelées noyaux glaçogènes. Ces impuretés proviennent d’éléments soit naturels (poussière, suie volcanique…), soit artificiels (rejets des réacteurs d’avion…).

    https://twitter.com/BaptisteC22/status/1533173586877358083?ref_src=twsrc%5Etfw
    L’histoire retient l’orage du 13 juillet 1788 comme d’une violence inouïe. Des landes jusqu’en Belgique, il laissera 1059 villages dévastés, ruinant une partie des récoltes céréalières d’une moisson qui s’annonçait déjà médiocre. La grêle tombera à Poitiers, Chartres (7 h), Rambouillet (8 h), Paris (8 h 30), Douai (11 h), Utrecht (14 h 30).

    Les averses de grêle, de façon générale, durent peu de temps et ne touchent que des superficies limitées. Mais dans certains cas, ces averses se multiplient au même moment à travers une même région. Sur une surface de 100 kilomètres carrés, de telles averses peuvent déverser en moyenne 300 milliards de grêlons en 5 à 10 minutes, ce qui correspond à une masse d’environ 50 000 tonnes. Le 6 juin 1922, dans la région comprise entre Saint-Pierre-sur-Dives et Mézidon, éclatait un orage d’une violence sans nom. Le sol était recouvert en quelques minutes d’une couche de 3 centimètres de grêlons. Les chaussées sont défoncées, des toitures entièrement jetées à terre, les récoltes ravagées sur plusieurs milliers d’hectares.