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  • Digitalstress fermé par la NCA

    Digitalstress fermé par la NCA

    Les attaques par déni de service distribué (DDoS) ne sont pas les attaques informatiques les plus sophistiquées. Elles sont pourtant une offensive régulière. Elles sont le fait de nombreux acteurs. L’afflux de messages entrants, de requêtes, de paquets mal formés… ont un seul but : ralentir, bloquer, voire arrêter un ou plusieurs systèmes. Ceux qui usent de ce type sont des pirates informatiques individuels, des réseaux criminels organisés, jusqu’aux agences gouvernementales.

    Le plus grand hub de DDoS-for-Hire est désormais sous le contrôle de la NCA depuis le 2 juillet 2024. Ils sont 61 sites démantelés par les forces de l’ordre sans le denier et troisième volet de l’opération PowerOFF. D’après une étude menée par Cloudflare, au cours du premier trimestre de 2024, 4,5 millions d’attaques DDoS sont menées. Une augmentation de 50 % en rapport à l’année 2023, cite le rapport vantant ses infrastructures.

    L’opération PowerOFF met Digitalstress hors ligne

    La National Crime Agency (NCA) au Royaume-Uni annonce que le site DDoS-for-hire www[.]digitalstress[.]su est sous le contrôle de l’entité britannique. Le 2 juillet 2024 une opération conjointe de la NCA, du PNSI (Service de police d’Irlande du Nord) et du FBI. La révélation de cette opération s’effectue seulement le 22 juillet, 20 jours après.

    Et pour cause, le PNSI conduit à l’arrestation d’un présumé responsable en ce début du mois de juillet 2024. L’individu est connu sous le pseudonyme de Skiop.

    L’agence s’est introduite tel un ver dans la pomme. Ayant pris le contrôle, de nombreuses données et informations sur les utilisateurs ont été glanées.

    Puis via la confection d’une splash page, les autorités avertissaient les utilisateurs de la récupération de leurs données, par le service compétent.

    (Crédits : NCA)

    Désormais, les services épluchent l’ensemble des informations ainsi glanées. « L’activité […] a toutefois montré que ces domaines sont vulnérables et peuvent être exploités pour mettre fin aux activités criminelles et identifier les responsables », explique la NCA.

    « Les services de “booter” sont une forme attrayante de cybercriminalité d’entrée de gamme, qui permet à des individus ayant peu de compétences techniques de commettre facilement des cyberdélits », a déclaré Paul Foster, chef de l’unité nationale de lutte contre la cybercriminalité.

    Opération PowerOFF

    L’opération PowerOFF débute en 2018. Elle est une opération conjointe en cours depuis six années. Le FBI avec la police néerlandaise se saisit de 15 sites WEB. Le Département de la justice américaine a inculpé le 19 décembre 2018 Matthew Gatrel, 30 ans, de St. Charles (Illinois), et Juan Martinez, 25 ans, de Pasadena (Californie).

    Le procès se tient en 2022. Matthew Gatrel et Juan « Severon » Martinez ont créé deux services, qui se trouvent être au cœur de ce procès. Le premier est un « booter », le second un « stresser », soit une attaque DDoS à la demande.

    Le volet se décomposait en deux volets. Downthem permettait de lancer des attaques DDoS, via des abonnements. L’autre AmpNode fournissait aux clients des serveurs « usurpateurs » (spoofing).

    Matthew Gratel est reconnu coupable de violations du Computer Fraud and Abuse Act (CFAA) au regard de trois chefs d’accusation. Le premier est la « conspiration en vue de commettre une atteinte non autorisée à un ordinateur protégé », le deuxième est la « conspiration en vue de commettre une fraude électronique », enfin celle « d’atteinte non autorisée à un ordinateur protégé ». (Crédits : Fokuza/Pixabay)

    Il est condamné à deux ans de prison. Lors de l’opération, les canaux de communication sont saisis. Les services de police analysent les données. Ce qui pourrait aboutir à de nouvelles enquêtes. L’année passée au mois de mai 2023, treize autres sites sont tombés via la même opération PowerOFF.

  • Rendez-vous sous la pluie (Épis. 24/46)

    Rendez-vous sous la pluie (Épis. 24/46)

    La journée du samedi 13 janvier 2024 est cloisonnée par tiers. La visite du phare San Isidro, du stop et une pizza. L’agitation de la veille plonge irrémédiablement l’aventurier dans les bras de Morphée. Comme pour les retraités, les jours défilent sans se présenter. Après avoir « rendu » la tente, il enfourche le vélo en direction de la laverie : fermée, dimanche oblige… Le distributeur de la banque est disponible 24 h/24, ce qui lui permet de faire quelques courses. Puis, il range ses affaires et dit au revoir à l’aubergiste.

    « J’évoque peu cette personne. Pourtant, il m’a donné énormément de conseils avec une bienveillance de chaque instant. » Il me prend en photo lors de mon départ pour me mettre sur son compte Instagram. Maintenant, Flavien vogue vers Puerto Natales.

    Un trek à deux ?

    L’embarquement s’effectue à 14 h. Puerto Natales se situe 3 h plus au nord. Flavien arrive quinze minutes avant le départ du bus. Trempé à cause de la pluie, fatigué, son cerveau se focalise sur une seule chose. « Je pense aux prochaines heures de sommeil qui m’attendent », soupire-t-il.

    Juste avant le début du voyage, une jeune femme se pose sur le siège en face. Confuse, elle fait se mouvoir un individu pour accéder à sa place, près de la fenêtre. L’accent francophone ne trompe pas.

    Flavien l’interpelle en glissant « tiens une Française », sans être foncièrement surpris. À côté d’elle se trouve une personne ivre. « Je lui propose de venir s’asseoir à côté de moi. » Ni une, ni deux elle s’installe à côté et remercie Flavien de cette attention.

    Les deux voyageurs se lancent dans une discussion à bâtons rompus. Le visage carré et les yeux verts de Camille ne laissent pas indifférent Flavien…

    Les occupants du bus sombrent dans un sommeil profond, tous sauf les deux qui bavardent… deux heures s’écoulent quand « on se dit quand même qu’il faudrait qu’on arrête de parler et que l’on se repose ».

    Les trois heures n’ont duré pas plus que quelques minutes pense Flavien à l’arrivée à Puerto Natales. « N’ayant toujours pas réservé d’auberge je la suis, espérant trouver une place… » Comme il est prévisible, elle est complète. (Crédits : hostalindependencia/Instagram)

    Ils échangent leurs « What’s App » et se séparent. Flavien prend la direction de l’établissement conseillée par l’aubergiste de Punta Arenas ce matin. « Avec de la chance, il reste de la place. » Le vent trop présent pour installer la tente, l’aventurier opte pour un lit en dortoir pour 13 000 pesos. « Cette auberge est très sympa, la plus cosy que j’ai pu trouver jusqu’à maintenant », se réjouit-il.

    Le trek de Torres del Paine, et au trot !

    Entre Français la discussion s’enclenche à l’auberge. L’heure file, il est déjà 19 h 30. « J’ai rendez-vous avec Camille. » Le temps de prendre une douche, et Flavien est fin prêt. Les deux aventuriers s’installent au bar restaurant, « bières commandées », claque-t-il. Le sujet tourne autour du fameux trek dans le parc national Torres del Paine. « Il faut réserver des mois en avance les hébergements, j’avais donc abandonné l’idée », lâche-t-il. Plutôt aller traquer photographiquement le puma pense-t-il tout bas.

    Camille est très motivée pour le faire et l’embarque dans son idée. « Elle semble avoir trouvé de la place sur le net. » Pas convaincu au départ, mais le concept de partager ces 8 jours de randonnée avec elle, le ravit. Tout s’enchaîne rapidement. « Il y a encore 6 h on ne se connaissait pas… Je ne sais pas trop si c’est une bonne idée, la météo ne s’annonce pas au beau fixe. »

    Elle est très sportive et veut faire des journées de 32 km. « Je me laisse tenter. Je ne risque pas grand-chose, au pire on fera le chemin chacun de notre côté si le courant ne passe pas. » Les deux compères se quittent vers 22 h 30. « J’ai l’impression de la connaître depuis des années, elle est jumelle, vit en Belgique, est pharmacien, pratique beaucoup de vélo… » (Crédits : Oxalis loricata — Oxalidaceae/Flavien Saboureau)

    La nuit est tombée sur la Puerto Natales. Flavien profite de ces instants pour se rendre sur le front de mer, « j’ai besoin de réfléchir », lâche-t-il. Bon désormais il va falloir que je m’arrête moins souvent pour prendre les espèces en photos, enfin elle est au courant de cette passion et semble apprécier, alors elle ne pourra pas être surprise. Cette rencontre me rebooste, ça fait du bien.

    Un trek aux petits oignons

    Ce lundi, le réveil-matin sonne à 5 h. « La tête pleine, je somnole jusqu’à 9 h 30. » Il engloutit le petit déjeuner. Flavien déambule dans les rues de Puerto Natales. « Hier, je n’ai pas pris le temps d’observer la ville. »

    La ville vit du tourisme, le centre-ville est très chic, remarque Flavien. Les nombreuses boutiques « cosy », très européennes, les quartiers résidentiels appuient son intuition. Les maisons offrent que très peu d’étages. Ce qui donne une allure très « plate » à cette ville, martèle Flavien. À 11 h 30, rendez-vous avec Camille à son auberge. L’objectif est la planification des neuf jours à venir de randonnée, en autonomie.

    Ils se rendent auprès des compagnies qui vendent les billets des campings du fameux parc Torres del Paine. « Où nous essayons de glaner des infos avant de nous en procurer. » Puis chacun de son côté, juste après le repas, Flavien et Camille achètent le nécessaire à ces jours de trek. La tocante affiche déjà plus de 17 h. L’heure est la préparation aux petits oignons des sacs respectifs. (Crédits : Donatia fascicularis, Drosera uniflora et Caltha dionaeifolia/Flavien Saboureau)

    Camille repasse à mon auberge en fin de soirée. Le but est de récupérer des sacs poubelle et un étanche que je peux lui prêter. « L’aubergiste nous rappelle qu’elle n’a normalement pas le droit de rentrer », grommelle Flavien. Le manque de sommeil invite Flavien à dormir tôt. « Je ne tarde pas à aller me coucher après avoir répondu à des mails pros qui se sont donné le mot pour tous arriver en même temps. » À suivre…

  • Ascension périlleuse au mont Tarn (Épis. 23/46)

    Ascension périlleuse au mont Tarn (Épis. 23/46)

    Comme sur le trajet aller, Flavien ne trouve pas la bonne posture pour rencontrer le sommeil. À l’aube, il se réveille. Il contemple les montagnes qui les entourent. Leur blancheur est encore plus prononcée que la veille. Le résultat est magnifique. Habitué, il saisit ses cartes et son GPS. La position est triangulée. Dans moins d’une heure, le bateau se placera devant le plus impressionnant des glaciers. Sûr de lui, il s’endort en ayant la certitude de s’éveiller… Bien entendu, il ouvre les yeux, une demi-heure après le passage du glacier.

    Ce n’est pas très important, il a profité de ce spectacle grandiose à l’aller. Il prend le bol d’air frais avec un tour sur le pont. « La température, accentuée par la présence du vent, est glaciale », souffle Flavien. Pour s’évader, il attaque le roman « Soudain, seuls » d’Isabelle Autissier.

    Soudain seul

    Avant de plonger dans les pages du roman, cinq ou six manchots de Magellan se laissent observer sur un îlot. Près de deux heures passent, quand à 9 h le petit déjeuner est servi. Tel le chant des sirènes, il retombe dans l’ouvrage. Jusqu’à midi, il n’en décroche pas. « De toute façon, il fait un temps pourri dehors », argumente Flavien.

    Le repas englouti, il se confronte à l’air humide. « Je m’imprègne de l’ambiance, semblable à celle du roman. » C’est alléchant de lire un tel récit dans ce lieu, entre les mouvements du bateau et les odeurs particulières. Vous avez besoin de moins de concentration que dans un salon pour vivre pleinement le roman, claque Flavien.

    Un dauphin le sort subrepticement des mots, à quelques reprises. Son identification est difficile, il semble s’agir du genre Cephalorhyncus. Surpris, quant à 16 h, il pose le roman sur ses genoux. « De mémoire, c’est la première fois que je lis un roman en une seule journée, c’est dire qu’il m’a plu, appuie-t-il. L’intrigue se déroule dans un contexte familier, il est facile d’y accrocher. »

    Peu avant 18 h, une otarie à fourrure pointe sa tête hors de l’eau à quelques reprises. Le vol des pétrels géants et des albatros à sourcils noirs fascine Flavien. « Impossible de rester impassible face à ces géants et leur dextérité. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    L’intrusion dans le Pacifique se produit à 18 h. « C’est l’heure du dîner. Les vagues s’accentuant, il faudra avoir l’estomac bien accroché pour avaler le repas. » La houle replonge l’aventurier à de vieux souvenirs, malgré ses 26 printemps. « Cela me fait penser à quelques repas, en particulier des petits déjeuners, pris sur le Marion Dufresne. La houle est celle qui vous emporte votre plateau-repas. »

    Une longueur monotone

    Avec le changement d’océan, le temps s’améliore. « Il fait bon traîner sur le pont si tu n’as pas dégluti ton repas. » C’est l’occasion de contempler plusieurs otaries et autres lions de mer, sauter près de la barcasse. « L’ouest dans le brouillard l’est sous le soleil et la mer striée par les rafales. Le paysage invite à la contemplation et aux photographies. Avant qu’il ne change dans je ne sais combien de seconde. Un résumé de cette journée où nous aurons eu les quatre saisons, mais l’avantage c’est que cette fois je peux me mettre à l’abri dans mon siège avec hublot… »

    Le hublot est telle une loupe, il permet de mettre en lumière les souvenirs et faits anciens. « Ce soir, je fais une petite rétrospective. Il y a un an, le 10 janvier 2023, je descendais tout juste du Marion Dufresne. L’aventure taafienne se terminait sous des latitudes quelque peu plus clémentes. Aujourd’hui, je suis toujours sur un bateau, mais sous des latitudes moins attirantes pour la plupart des voyageurs, mais c’est ce que j’aime, se découvrir loin des sentiers battus. »

    Qui plus est, à l’endroit où se trouve Flavien, il n’existe pas de sentier. « Juste la route que les plus grands navigateurs découvrirent 500 ans plus tôt. » Le jeudi onze janvier 2024, il profite de Punta Arenas avec plusieurs visites. Le musée, le cimetière, il réalise des courses, des photos et déguste un burger.

    Chargé comme une mule

    En ce vendredi, la levée s’effectue à 6 h 20. « Le temps de prendre une douche, et direction le centre-ville de Punta Arenas. » Avant de monter dans le bus, il prend son petit déjeuner au même café qu’hier. « J’y suis à l’ouverture, dès 7 h. Trente minutes plus tard, je suis à la gare routière. » Pour la modique somme de 1100 pesos (1,10 €), il voyage en minibus durant soixante-quinze minutes. Direction le village de San Juan, le plus au sud du continent américain, sur la péninsule de Brunswick.

    « De là, il me faut marcher pendant 1 h 30 (8 km) sur de la piste, c’est long trèees long… pour rejoindre le début du sentier en direction du mont Tarn, l’objectif du jour. » Chargé comme une mule, avec en plus son téléobjectif, il ne sait pas où bivouaquer. « Je marche avec un Chilien qui lui va en direction de Cabo Froward, l’extrême sud du continent américain. » (Crédits : Pilgerodendron uviferum — Cupressaceae/Flavien Saboureau)

    La randonnée de 70 km s’étend sur 4 jours. Très peu pour lui, et pour cause : « elle alterne en forêts littorales et plages et n’est donc pas très diversifiée d’un point de vue des paysages. » Arrivés à l’extrémité de la piste, les deux compagnons d’un instant mangent pour se requinquer. « Nous prenons chacun nos chemins respectifs. » Le sentier est très bien indiqué. Par contre, plus il avance, plus le sol est boueux. « Je ne pensais pas qu’il était si emprunté. » Le temps est menaçant alors « je croise les doigts et mange sur le pouce… » Après s’être sustenté, il s’attaque aux fameux milieux altoandins, rocailleux à souhait, dès 600 m d’altitude.

    L’Hamadryas kingii se découvre, le vent aussi

    Après avoir avalé les premiers mètres de dénivelé positif, « je laisse certaines de mes affaires sous des arbres pour monter plus léger ». Cette rando était l’un des objectifs. Car Darwin l’a effectué, il y a bientôt 200 ans. « Il en parle dans son récit d’ailleurs », explique-t-il. Le paysage alterne entre tourbières et forêts. L’occasion lui est offerte d’observer son premier conifère. « Pilgerodendron uviferum, le plus austral de tous avec le fameux Lepidothamnus fonkii que je n’ai toujours pas réussi à trouver. »

    Dès lors, le vent commence à se faire clairement sentir. L’aventurier se trouve à plusieurs reprises déséquilibrer. « Je trouve THE plante ». Il s’agit de Hamadryas kingii, une espèce à la forme typique des plantes andines. Après une pause photographique, il attaque la dernière montée, les nuages menacent. « Le vent devient très fort, moi qui croyais avoir affronté le pire aux Malouines et dans les TAAF », se ravise-t-il.

    Il range tout dans son sac, fini de contempler le paysage et de prendre des photos. « Concentration maximale ». « Mes lunettes s’envolent et se cassent. Je réussis à les récupérer pour les jeter au retour. Le bonnet me procure aussi des frayeurs. Sans mes lunettes mes yeux pleurent sans cesse. Pour couronner le tout, les cailloux s’envolent grâce aux rafales. » (Crédits : Hamadryas kingii — Ranunculaceae – femelle – /Flavien Saboureau)

    En plus de le fouetter, les cailloux s’invitent dans ses chaussures. « J’aurais dû mettre mes guêtres, trop tard maintenant. » Le vent souffle réellement très fort. Tout est relatif, sauf quand vous vous trouvez près du précipice… « Le vent me déporte sur la gauche à chaque pas. À gauche il y a la crête et le vide, alors il faut compenser à droite. Qu’est-ce que c’est fatigant… Je n’ai jamais vu ça… Ça en devient dangereux. »

    Ça souffle vraiment fort

    Arrivé sur la crête sommitale, un Chilien est sur le point de repartir. « Il me dit de finir à quatre pattes pour pas me faire emporter dans la vide. » Il descend et m’astreint à être extrêmement prudent à la redescente. Je ne traînerais pas, le fond de l’air ne semble pas être très froid, mais ces rafales le rende glacial. Je redescends tranquillement et viderais mes chaussures à plusieurs reprises.

    Lors du départ de Lavausseau, jamais Flavien ne pensait avoir besoin d’un anémomètre. « Je n’ai jamais vécu d’ouragan, mais les vents devaient dépasser sans problème 150 km/h par rapport aux 100 km/h que j’avais mesuré sur Amsterdam. » Ses affaires récupérées, il se dirige vers le phare San Isidro. « Celui que j’avais pu prendre en photo depuis le bateau il doit y avoir deux semaines de ça. »

    Sauf que tout semble se mériter. « Pour y accéder, il faut se taper 5 km de plages de galets… et c’est long de marcher sur ce substrat qui s’écrase sous chaque pas. » Là-bas il est interdit de camper. Flavien effectue deux kilomètres en plus, en s’enfonçant dans une baie 2 km. « J’emprunte alors le début du sentier du fameux Cabo Froward. Il est 19 h et je commence à être sur les rotules après plus de 25 km et 1000 m de positif, ça me rappelle quelques étapes du GR20 et de la HRP… » (Crédits : Flavien Saboureau)

    La tente montée, il déguste quelques fruits secs. « Le repas prit, j’accroche mon sac de bouffe à une branche pour éviter que les renards ne viennent percer ma tente et mon sac cette nuit, car maintenant je ne suis plus sur une île, mais sur le continent. » Le sommeil l’emporte rapidement. À suivre…

  • Le fabricant de chariot de supermarché Caddie, n’est plus

    Le fabricant de chariot de supermarché Caddie, n’est plus

    Un bout de l’histoire quotidienne de chaque terrien est parti. Que vous soyez grand, comme petit, âgé ou pas encore capable de lire ces lignes, l’entreprise « Caddie » n’est plus. La bagarre entre frères et sœurs pour grimper dedans, les paquets de bonbons cachés tout en dessous des courses, des courses de chariot et d’autres bêtises. L’entreprise naît quatre ans après les Jeux olympiques de Paris en 1924. Le tribunal de commerce de Saverne prononce sa liquidation le 16 juillet 2024.

    « C’est un peu triste de finir comme ça ». C’est le sentiment de gâchis, qui occupe l’esprit des 108 salariés qui restaient en poste. Trois redressements en dix ans, le quatrième est fatal à la société. Cette dame âgée de 96 printemps est au crépuscule de sa vie pleine et entière.

    La genèse de « Caddie »

    Comme son principal concurrent, Wanzl, l’histoire de Caddie commence dans les années 1920. C’est un certain Raymond Joseph qui se trouve être la cheville ouvrière de ce fleuron français qui tend à disparaître du paysage. « De la mangeoire pour les oiseaux aux égouttoirs pour la vaisselle en passant par les porte-savons, Raymond Joseph fonde une société qui ne cesse de s’agrandir. C’est ce qui l’a poussé à racheter les usines autour de la sienne, d’où le nom des Ateliers Réunis », explique Stéphane Dedieu, l’ancien PDG.

    En 1922, Raymond Joseph débute son histoire industrielle. En qualité d’entrepreneur, il fabrique des chaînes de bicyclettes. La concurrence est féroce, les affaires difficiles, si bien qu’il abandonne… momentanément.

    Son oncle et sa tante, le docteur Braunberger et son épouse l’incitent dans la persévérance. Contre toute attente, il adopte une décision à contre-courant des années folles.

    Il se prend à vouloir confectionner des produits avec une matière jugée sans valeur, fruste. Tout juste bon à concevoir les clôtures, le fil d’acier fera pourtant sa renommée.

    Au fil du temps, Raymond Joseph rachète les usines qui entourent la sienne. La saga débute à la création de l’entreprise : Les Ateliers Réunis.

    L’ancien ajusteur s’installe à Bischheim, puis Schiltigheim, rue Saint-Charles. En 1928, cinq personnes œuvrent à la fabrication d’articles dédiés au confort dit ménager, puis 33 en 1938.

    (Crédits : Caddie/Facebook)

    La Seconde Guerre mondiale éclate, son entreprise est réquisitionné, ce qui stoppe l’homme, pas ses idées. Il ne tient pas encore ce qui va révolutionner la vie quotidienne de nombreuses ménagères : le chariot de libre-service alimentaire ou « caddie ».

    Le voyage aux États-Unis

    Les courses se déroulent auprès des épiceries de quartier. Du maraîcher au fromager, sans oublier le boulanger. Chaque individu porte dans un panier, souvent en osier, les condiments. Raymond Joseph entreprend un périple outre-Atlantique. Ce périple va changer sa vie et celles de centaines de millions de personnes à travers le monde.

    Les années 50 connaissent des révolutions. L’instauration du salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) qui devient vingt ans plus tard le SMIC (salaire minimum interprofessionnel de croissance) et le voyage américain.

    Son oreille a eu vent de l’essor des magasins en libre-service aux États-Unis. Il rencontre lors de ce voyage, les grands noms de la future grande distribution.

    Raymond Joseph observe le peuple américain et ses habitudes. Premièrement, le positionnement des supermarchés en périphérie des villes, comme actuellement en France. Deuxièmement, chaque enseigne de grande distribution est entourée de parkings.

    Troisièmement, les usagers nécessitent l’emploi de chariot pour se déplacer dans les magasins. Mais surtout pour emmener jusqu’à leurs voitures, les produits achetés.

    Un autre voyage lors d’un séjour à Vittel l’inspire. Le nom des chariots empruntés par les golfeurs résonne. C’est logiquement que Caddie se fonde en 1957. Le nom et ses orthographes sont déposés la même année. L’aventure mondiale de l’entreprise alsacienne débute. (Crédits : Caddie/Facebook)

    Les trente glorieuses participent à son essor. Dans les années 70-80, les supermarchés se développent. L’entreprise se diversifie et grandit. Du premier site de production s’ajoute à Drusenheim, une deuxième usine d’une surface de 30 000 m2. Entièrement automatisée, elle est spécialisée dans la fabrication de chariots de supermarché, le fameux chariot de libre-service alimentaire surnommé affectueusement « caddie » par tout un chacun.

    Une diversité insoupçonnée

    La marque déposée Caddie ne fournit pas que des chariots de supermarchés. Elle propose des équipements pour le commerce, du matériel d’aéroport et des articles ménagers. Elle a su se diversifier avec le temps, mais les aléas de la vie font disparaître un manufacturier de produits de fabrication française, un de plus. Le mot « caddie » est entré par antonomase dans le langage courant (Ex. : Frigo pour réfrigérateur), bien que la marque intervient régulièrement pour s’y opposer.

    Si le chariot se retrouve sur les terrains de sports, c’est qu’il est pratique. Caddie officie aussi dans le milieu hospitalier (plateau technique, équipement de laboratoire, mobilier de soin…).

    Dans des domaines insoupçonnés également. Le panier de bicyclette est un exemple. La grille d’exposition pour afficher les départs des vacances, puis arrivés à l’aéroport vous prenez un chariot ? Caddie propose encore des chariots avec ou sans frein. Vous êtes perdu ? Suivez les indications !

    Vous êtes bloqué pour emprunter un couloir interdit dans un supermarché ? Il est fort possible que l’objet de sécurité soit de Caddie, avec ses sorties de caisse bidirectionnelle.

    Pour qu’un produit se retrouve en tête de gondole, il faut le transporter. Rien de mieux qu’un chariot d’approvisionnement, de préparation et de mise en rayon, toujours de marque Caddie. C’est une fois que nous perdons quelque chose que nous prenons connaissance de son importance. (Crédits : Caddie/Facebook)

    Dans l’inconscient collectif, il existe des mots qui intègrent notre quotidien. Ainsi le chariot de libre-service alimentaire est devenu avec le temps le fameux « caddie ». Il se décline en une gamme complète. Vous aurez forcément une pensée particulière lorsque vous irez faire vos courses. Comme l’évolution des enseignes de supermarchés. L’exemple de Rallye à Poitiers (86), qui se métamorphose en Géant Casino. Puis il sera parmi l’un des 61 premiers magasins à passer sous pavillon Les Mousquetaires/Intermarché. Le nom change, les souvenirs restent, comme à jamais notre fameux « caddie ».

  • Cyberattaque de Total en Espagne, 210 715 clients touchés

    Cyberattaque de Total en Espagne, 210 715 clients touchés

    La firme française est touchée par une intrusion non autorisée. Le fournisseur d’électricité et de gaz dépose plainte. Les données personnelles de plus de deux cent mille clients sont ainsi entre d’autres mains. Elle suit les fuites de données ou/et cyberattaques d’entreprises sur le sol ibérique. L’entreprise française Orange, la ville de Calvià (Mallorca), parfums Douglas, Teo Concello en janvier 2024. Puis l’assureur FIATC, la DGT (Dirección General de Tráfico), les forces armées espagnoles, l’université Complutense, Banco Santander, Telefónica, et Iberdrola subissent une fuite de données.

    Selon le journal La Nueva España, l’entreprise Total Energies a subi une cyberattaque. Elle touche les informations et données personnelles de 210 715 personnes. Elles sont le prénom, le nom, l’identifiant, le ou les numéros de téléphone, le courrier électronique, les CUPS (le PDL en France), l’adresse de livraison et les coordonnées bancaires. Pour autant, la société communique que les cartes bancaires et les informations d’accès en ligne ne seraient pas affectées.

    Recrudescence d’attaques « informatique »

    « Nous nous excusons et condamnons ce type d’actes criminels qui mettent en péril le bon fonctionnement du marché et nuisent à la fois aux clients et aux entreprises […] », déclare Total Energies SAU.

    « La protection et la confidentialité des données de nos clients est une priorité absolue », communique publiquement la firme. Elle collabore avec l’agence de protection des données ibérique pour « prendre les mesures légales appropriées contre les responsables ».

    Il est fort probable que la société va également renforcer la sécurité de ses systèmes d’information pour éviter que cela ne se reproduise.

    Les clients concernés sont déjà informés par courrier postal ou électronique relate El Economista.

    En mai l’AEPD, équivalent de la CNIL en France lance sa nouvelle version de gestion du règlement de protection des données personnelles (RGPD). (Crédits : Europawire)

    La cyberattaque contre la multinationale est la dernière en date. De grandes entreprises ont subi sur le sol espagnol des attaques ciblées depuis le début de l’année. Elles sont Orange, la ville de Calvià, les parfums Douglas, Teo Concello, l’assureur FIATC, les forces armées espagnoles, l’université Complutense à Madrid, Banco Santander, Telefónica, et Iberdrola.

    Cyberattaques en Espagne

    Elles ne sont pas autant dévastatrices que celles subies par l’hôpital Clinique de Barcelone ou celle qui avait paralysé le Service public de l’Emploi (SEPE). Mais elles sont bien présentes. Les fuites de données mettent en péril la sécurité des clients, patients et entreprises. En ce début d’année, c’est les clients d’Orange qui se trouvait privée de l’usage d’internet durant quelques heures.

    La commune de Calvia à Majorque subissait en janvier une cyberattaque de type ransomware. La rançon exigée était de 10 millions de dollars, rien ne sera versé. La commune Concelo de Teo en Galice en fait aussi l’expérience, avec de moindres maux, tout comme les parfums Douglas.

    Les fuites de données sont problématiques. Elles peuvent être la porte d’entrée à de nouvelles attaques. L’une d’entre elles a dévoilé les données personnelles et sanitaires de dizaines de milliers d’agents et de membres des forces armées espagnoles. Il en est de même pour l’université madrilène Complutense. Puis c’est au tour de la banque Santander. Les prénoms, noms, adresses, dates de naissance de l’ensemble des employés, ainsi que de clients au Chili, en Espagne et en Uruguay sont compromis.

    (Crédits : Zarateman/Wikipedia)

    Elle compte plus de 211 000 employés à travers le monde. Les entreprises du Ibex35 (équivalent du CAC40) sont dans le viseur des cybercriminels. Une fuite de 120 000 clients chez Telefónica, mais c’est Iberdrola qui enregistre la plus grosse fuite : 850 000 clients exposés. Mais également la plus grosse amende. Une goutte d’eau en comparaison des 11 millions de clients en Espagne (10,4 millions pour l’électricité, 1,3 million pour le gaz).

    Revente, escroqueries, phishing…

    Le but est en majorité de récupérer de l’argent. Soit directement par la revente des données sur des réseaux particuliers, soit sous la forme de rançon (ransomware), soit via le phishing, ou autre escroquerie… Il peut être aussi pour déstabiliser, nuire à une entreprise, une multinationale, un État…

    L’exemple du « Piratage de la DGT » est révélateur. Fin mai 2024, la direction générale de la circulation subit une intrusion non autorisée. Elle la révèle après la découverte d’une mise en vente d’un fichier contenant des informations sur plus de 40 millions de conducteurs espagnols.

    Les informations divulguées sont les prénoms, noms, adresses, numéros de téléphone, mais pas seulement. Les données sur le véhicule telles que le modèle, son âge, le numéro d’immatriculation, le numéro de châssis ou VIN, jusqu’aux informations sur l’assurance du véhicule.

    « Nous pouvons consulter n’importe quel enregistrement ou document des conducteurs. Nous vendons également l’ensemble de la base de données avec 34,5 millions de lignes », explique le vendeur.

    Même sur des sites web et des plateformes apparemment sûrs et fiables, il existe des vulnérabilités. Exploitées, elles mettent en danger la sécurité et la vie privée des utilisateurs. (Crédits : Mohamed Hassan/Pixabay)

    Le jeune homme de 27, originaire de Murcie le découvre. En quatre années, à travers un processus minutieux et lent, il s’infiltre dans les bases de données de la DGT en Murcie, en Andalousie, aux îles Canaries et aux îles Baléares. Le vendeur gourmand et confiant a dérobé 80 000 fiches en une seule fois en mai 2024. Ce qui a déclenché une alerte auprès des autorités. La Guardia Civil est remontée jusqu’à chez lui via son IP. Le procès n’a pas encore eu lieu.

  • Immigration : la directive du 3 juillet 1974

    Immigration : la directive du 3 juillet 1974

    La mémoire collective et individuelle semble disparaître. Heureusement, les livres, la BnF et l’Internet existent. Quand depuis bien longtemps, le droit du sol pèse un poids certain en fonction des élections. Quel que soit le parti politique, les promesses n’engagent que ceux qui les entendent. Jean de la Fontaine dans le Corbeau et le Renard moralise par : « Apprenez que tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute. » L’immigration est comme une langue, elle est dynamique pour le pays qui l’emploie. Or, ici et là les discours s’enflamment…

    Il existe en immigration contemporaine, un avant et un après 3 juillet 1974 comme l’explique André Larané sur Herodote : La « préférence nationale » depuis 1974. L’immigration répond à l’appel de l’industrie, grande demandeuse de main-d’œuvre. L’industrialisation engagée sous Napoléon III change la place de la France sur l’échiquier mondial. Il possède un rôle positif dans l’incroyable modernisation sous le Second Empire.

    L’immigration en France

    Le recensement de 1851 démontre que la France compte 380 000 étrangers sur son sol. Ce pour un total de 36,472 millions, elle représente donc 1,04 % de la population française. Ils sont principalement des pays voisins, Allemagne, Belgique, Suisse. Comme à chaque instant, toute personne exprime le besoin de travailler pour nourrir sa famille. Ainsi, des Belges se trouvent dans les Houillères du Nord, dès 1860. Des Italiens se positionnent à Lyon. Ils œuvrent dans l’industrie, l’artisanat et l’agriculture. Les ressortissants espagnols arrivent en France dès 1911. Comme les autres ils sont proches des frontières. Ils sont alors Basques, Catalans, Navarrais.

    L’estimation des Transalpins migrants vers la France représente environ 3,5 millions d’Italiens. Affublé du sobriquet de « Rital », il s’explique par le fait qu’ils sont des Réfugiés italiens.

    Pierre Milza, professeur à l’Institut d’études politiques de Paris et spécialiste des migrations, raconte leurs histoires, raconte son histoire dans « Voyage en Ritalie ». « […] le nombre de ceux qui ont fait souche ne dépasse guère 1 200 000 ou 1 300 000 personnes : chiffre considérable si on le compare à celui des autres nationalités, inférieur cependant à celui qui englobe les retours et l’émigration de transit. Autrement dit, le melting-pot français a, s’agissant des Italiens, exercé très fortement son pouvoir assimilateur, mais il l’a fait de manière sélective, laissant de côté des centaines de milliers de migrants temporaires, dont il n’est pas certain que tous auraient pu s’intégrer aussi facilement à la société française […] » (Voyage en Ritalie, p. 385-386). (Crédits : Jacqueline Macou/Pixabay)

    La bienséance se ternie quand les vagues de la crise économique de 1929 arrivent sur les berges du continent européen, deux années plus tard. La célèbre affaire du Capitaine Dreyfus est emblématique du climat de xénophobie prégnante en France. D’autres événements viennent bousculer la population française : l’affaire Stavisky, l’assassinat du Roi de Yougoslavie, l’assassinat du Président de la République Paul Doumer

    La Xénophobie en France

    La xénophobie est la réaction ou le sentiment d’une personne qui manifeste son rejet des étrangers ou de ce qui provient de l’étranger. « Qui est hostile aux étrangers, aux importations étrangères », définit le dictionnaire de l’Académie française. Ce rejet et cette peur ne datent pas d’hier. Laurent Dornel, explique dans sa thèse1 que le XIXe siècle « c’est une époque où la classe ouvrière s’enracine fortement dans la communauté nationale ». La loi du 3 décembre 1849 se penche sur « la naturalisation et le séjour des étrangers en France ».

    Elle dispose de l’expulsion des étrangers. « Le ministre de l’Intérieur pourra, par mesure de police, enjoindre à tout étranger voyageant ou résidant en France de sortir immédiatement du territoire français, et le faire conduire à la frontière », relate l’article 7 de ladite loi.

    Quant à l’article 8 « tout étranger qui se serait soustrait à l’exécution des mesures énoncées à l’article précédent ou de l’article 272 du Code pénal (relatif aux vagabonds), ou qui, après être sorti de France, par suite de ces mesures, y serait rentré sans la permission du Gouvernement, sera traduit devant les tribunaux et condamné à un emprisonnement d’un mois à six mois, avec application possible de l’article 463 du Code pénal. » (Crédits : communication-76/Pixabay)

    La jeunesse produit des erreurs, elles sont le fruit de l’apprentissage. Le 1er février 1935, une manifestation de l’Action française contre les médecins étrangers au cri de « La France aux Français » voit apparaître un jeune étudiant nommé François Mitterrand. Fidèle « maréchaliste », il lui arrive d’écrire dans des revues pétainistes et antisémites, relate Herodote. La xénophobie est l’atout majeur lorsque des problèmes surviennent, la carte maîtresse. C’est la faute des étrangers, le bouc émissaire, la tête de Turc. Un concept de la nuit des temps, remis au goût du jour. Sauf que « à l’étranger, t’es un étranger, ça sert à rien d’être raciste », chante Orelsan.

    Le droit du sol, Késako ?

    C’est en 1851 que le recensement effectue le distinguo entre Français et Étrangers, mais c’est cette même année né le double droit du sol. Ce droit dont les politiques sont friands, soit pour calmer les populations, soit pour enthousiasmer les mêmes populations. C’est un dispositif qui remonte au XIXe siècle. L’article 19-3 du Code civil prévoit qu’« est français l’enfant né en France lorsque l’un de ses parents au moins y est lui-même né ». Ici est le double droit du sol.

    De l’autre l’article 21-7 du Code civil qui prévoit que l’enfant né de parents étrangers en France « acquiert la nationalité française à sa majorité ». Oui, mais à deux conditions. La première est de passer cinq années de résidence sur le territoire national depuis ses onze ans, la seconde, en faire la demande.

    Le ministre de l’Intérieur, M Gérald Darmanin en visite à Mayotte indique supprimer le droit du sol. Sauf comme explique Jules Lepoutre, professeur de droit à l’Université Côte d’Azur (Nice) : « Ici, c’est l’idée de “droit du sol” qui est trompeuse puisque, on le voit bien, la seule naissance ne suffit jamais à être français, comme c’est le cas par exemple aux États-Unis. Il y a toujours d’autres conditions, soit liées à la naissance sur le sol français d’un parent, soit liées à la résidence et à l’âge de l’enfant. » (Crédits : Céline Martin/Pixabay)

    Les conséquences de la suppression du « droit du sol » impacteraient chaque individu, même les Français. « Mayotte est la première maternité de France, avec des femmes qui viennent y accoucher pour faire des petits Français. Objectivement, il faut pouvoir répondre à cette situation », relate le Président de la République, Emmanuel Macron. Oui, sauf que juridiquement, il y a toujours d’autres conditions. Elles sont « soit liées à la naissance sur le sol français d’un parent, soit liées à la résidence et à l’âge de l’enfant », martèle Jules Lepoutre dans le club des juristes. D’autant que le nombre de naturalisations diminue en France en 2022 (-15 900) quand d’autres pays croissent : Italie (+92 200), en Espagne (+37 600) et en Allemagne (+36 600).

    La directive du 3 juillet 1974

    C’est la fin des trente glorieuses quand Valéry Giscard d’Estaing est élu président de la République française. Jusqu’en 1974, la France encourageait largement la venue des travailleurs étrangers. La guerre du Kippour, le choc pétrolier de 1973, conjugués à l’augmentation du chômage, le gouvernement Chirac décide il y a un demi-siècle de suspendre l’immigration vers la France et de fermer les frontières.

    La directive à travers le conseil interrompt jusqu’en automne 74 l’arrivée de nouveaux travailleurs étrangers. Le but du président élu en mai est de résorber le chômage. Comme en 1851, les employeurs sont en manque cruel de main-d’œuvre. Les milieux de la confection, du bâtiment, de l’agriculture passent au-dessus des lois.

    C’est le règne du grand n’importe quoi. D’un côté, l’État encourage pécuniairement l’entrée des non-travailleurs dans le pays. À savoir, les femmes et les enfants, puis se plaint de ne pouvoir assimiler le flux d’immigration. Puis les discours des différents partis politiques promettant le plein emploi, pour la préférence nationale comme en 1974. Il suffit alors de se rendre sur le site de France Travail pour effectuer une recherche. Le nombre d’offres d’emploi est de 1 160 359 pour un chiffre de personnes au 28 décembre 2023 de 3,035 millions en catégorie A. (Crédits : k_notgeil/Pixabay)

    Le chiffre explose à 5,404 millions avec les catégories B et C. Au premier trimestre 2024, 2,3 millions sont inscrits au chômage. Augmenter le pouvoir d’achat, limiter l’immigration… promesse commune. L’immigration en 2022 selon l’INSEE est de 10,3 % avec 7 millions. Seulement 35 % d’entre eux ont acquis la nationalité française. Ce qui diversifie et enrichit la France. Donc Jean de la Fontaine aurait raison : « Apprenez que tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute. »


    1. Laurent Dornel, « La France hostile. Histoire de la xénophobie en France au XIXe siècle, Thèse de doctorat en histoire », Revue d’histoire du XIXe siècle [En ligne], 24 | 2002, mis en ligne le 28 juin 2005 ↩︎
  • Cannellonis, URSSAF et embarquement (Épis. 22/46)

    Cannellonis, URSSAF et embarquement (Épis. 22/46)

    Flavien se rend en centre-ville avec les Grenoblois pour y acheter quelques cartes postales. Manque de chance, la poste est fermée. Le trio se sépare avec des au revoir. Ils s’envolent vers Punta Arenas. Quant à Flavien, il se dirige vers le port pour se procurer ses billets retours. Le départ est censé être à 14 h, finalement ce sera à 23 h. Une dernière recherche sur une plante inconnue… La pluie a raison de sa motivation, les températures sont annoncées à la baisse, tout proche de zéro.

    Qui paye ses dettes s’enrichit. « Je règle ce que je dois au café tenu par Gabriella ». Ce qui est amusant est qu’elle parle français, ayant a vécu à Paris. Flavien rentre à ses pénates. « Je prépare mes affaires pour retourner marcher. J’aimerais me rendre où j’ai vu la fameuse plante inconnue pour la récolter. Pour la décrire, il me faut des échantillons » sitôt parti, la pluie qui tombe m’en dissuade.

    Douze cartes postales

    Que faire en tant de pluie ? Rien de tel que de manger et de faire une sieste. « J’étais le seul au camping… Une Anglaise vient d’arriver et on a le temps de discuter ». Flavien qui n’affiche pas une forme olympique ces derniers jours acquiesce que « cette sieste m’a fait du bien ».

    L’après-midi, après avoir acheté douze nouvelles cartes postales, il passe le plus clair de son temps à flâner au café, profitant de la vue pour laisser l’inspiration le guider sur quelques lignes. « Le temps est très instable », se rassure l’aventurier. Il y passe de nombreuses heures à écrire. Puis viendra le temps où il faut jeter un œil à la paperasse, « comme déclarer les revenus de ma microentreprise à l’URSSAF, chose impossible à anticiper quelques mois plus tôt ».

    La bougeotte le tenaille. « Je commence à tourner en rond, vivement le départ même si le coin est agréable ». Sauf que les températures annoncées demain à Puerto Williams devraient tourner autour de zéro et la neige faire son apparition à basse altitude, « je ne sais pas comment je vais m’occuper ». Il a déjà expérimenté les conditions météorologiques et n’a pas envie d’y retourner…

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Ce lundi soir le camping est bondé. L’aventurier admet quelques difficultés à jongler avec toutes les langues présentes. « C’est fatigant de faire l’effort de parler à tout le monde, car il faut jongler entre plusieurs langues… » Ça n’a pas été la plus dingue des journées soupire-t-il.

    À bicyclette…

    « Ce matin j’achète de nouvelles cartes. j’ai du temps alors je profite pour en écrire un maximum », acquiesce-t-il en souriant. « Je ne sais pas si j’aurai autant de temps à tuer durant la suite du voyage. » Au chaud lové dans un cocon, il passe la première partie de l’après-midi à composer au café. Le panorama est magnifique. Flavien contemple par la fenêtre le Beagle, un verre de maté à la main.

    La gérante, incarnation même de la sympathie, est heureuse de me voir arriver avec mes cartes. Comme dans les lignes d’un roman, elle évoque auprès de Flavien son plaisir à le voir écrire. « Elle aime bien me voir écrire toutes ces cartes dans son café, elle pensait que les jeunes n’écrivaient plus », conte Flavien.

    Pour faire parvenir l’ensemble de ces cartes, direction la poste, pour apposer un timbre sur chacune. La sympathie semble être à chaque coin de rue. « La postière m’aide. »

    Puis le moment de régler le camping arrive, il file à l’unique banque de la ville pour y retirer de l’argent. « Les frais fixes sont de 8 500 pesos… J’ai bien fait de retirer à Punta Arenas, où la banque n’en prend aucun. » Sur le chemin il passe voir Perla pour lui annoncer que des botanistes ont réussi à identifier notre plante mystère. (Crédits : Senecio humifususAsteraceae/Flavien Saboureau)

    Au fur et à mesure des échanges « elle me dit d’aller près de la lagune derrière l’aéroport, il semble y avoir quelques espèces que je n’ai pas encore vues ». De retour au camping géré par Cécilia, il emprunte le vélo du camping, « si j’avais su qu’il était disponible avant… » Il revient complètement trempé à 19 h, mais satisfait d’avoir trouvé quelques nouveautés.

    Cannellonis maison au menu

    Avant tout départ, il est nécessaire de faire sa check-list. Le but est simplement de ne rien omettre. Ce n’est pas une fois dans le désert, ou en pleine forêt loin de tout que vous pouvez faire demi-tour pour le p’tit truc en plus qui vous manque. Consciencieusement « je prépare mon sac et relis ma check-list pour être sûr de ne rien oublier ».

    Le temps des au revoir arrive. Puis l’aventurier se dirige vers le café. « Gabriella m’a dit qu’elle resterait ouverte jusqu’au départ du bateau ». Ça tombe bien, elle se trouve en face de l’embarcadère.

    Pour son ultime repas là-bas, Flavien se régale avec des cannellonis maison. L’explorateur repu, le poète fait surface. « La lumière baisse. Peu à peu les montagnes qui s’étaient parées de leur manteau blanc disparaissent. Elles demeureront les dernières images gravées dans ma mémoire de cet incroyable canal, celui du Beagle et de Darwin. »

    (Crédits : Caracara chimango [Milvago chimango]/Flavien Saboureau)

    À 23 h, il embarque sur le ferry, « il y a beaucoup moins de monde que la dernière fois ». Comme celui-ci est dédié à l’acheminement de gaz, ils sont limités à 25 passagers, mais Flavien doute sur le fait qu’ils soient vingt… C’est l’heure de trouver une position pour tenter de s’endormir sur ces sièges semblables à ceux d’un bus. Tel l’oiseau, Flavien vogue et s’envole vers de nouvelles contrées. À suivre…

  • Une proposition de loi assimile l’avortement légal à un homicide au Brésil

    Une proposition de loi assimile l’avortement légal à un homicide au Brésil

    Le Brésil s’embrase. La Chambre des députés a approuvé mercredi 12 juin l’étude en urgence du projet de loi n° 1904/2024. Elle vise à qualifier l’avortement légal après 22 semaines de grossesse, d’homicide. Ce qui met le feu aux poudres est, entre autres la peine maximale encourue. Les incarcérations encourues sont supérieures à celles prévues par le Code pénal brésilien pour les violeurs — de 6 à 10 ans : jusqu’au double. Après les États-Unis, le Brésil veut-il supprimer le droit, fragile, des femmes à disposer de leurs corps ?

    L’IVG est illégale au Brésil depuis 84 ans. Sauf pour trois cas bien définis : en cas de viol, de danger pour la vie de la mère, ou d’anomalie cérébrale du fœtus (anencéphalie fœtale). Cette loi pourrait admettre l’impensable. Prenons un exemple sordide. Une femme est victime de viol, elle pratique un avortement après la 22e semaine de gestation. Elle pourra alors être condamnée à une peine plus lourde que son violeur. Car la proposition de loi dispose en cas de qualification d’homicide, une peine pouvant aller de six à vingt ans d’emprisonnement, soit le double des peines maximales prononcées pour viol.

    Voyage en Absurdie

    Elle pourra alors être condamnée à une peine plus lourde que son violeur. Car la proposition de loi dispose en cas de qualification d’homicide, une peine pouvant aller de six à vingt ans d’emprisonnement, soit le double des peines maximales prononcées pour viol. Comme à chaque instant, semble-t-il, dès qu’une question touche à l’intimité d’une femme, une loi est enfantée par un homme. Cette proposition de loi est l’œuvre d’un député de droite de Rio de Janeiro.

    Le député Sostenes Cavalcante (PL-RJ) est soutenu par une trentaine de ses confrères. Ils sont en majorité issus du Parti libéral de l’ancien président Jair Bolsonaro. Celui qui invoquait le « guide du zizi sexuel » pour discréditer le ministère de l’Éducation, Fernando Haddad, à des fins présidentielles. L’ex-président affirmait dans une interview d’août 2018 qu’il était un « kit gay » distribué dans les écoles au Brésil.

    « Le STF (tribunal suprême fédéral) est actuellement saisi d’un recours pour non-respect d’un précepte fondamental — ADPF n° 442 — déposé par un parti politique (PSOL) qui demande d’interpréter les articles 124 à 126 du Code pénal de manière à dépénaliser les avortements pratiqués jusqu’à la douzième semaine de grossesse. »

    (Crédits : Domingos Peixoto/Agência O Globo)

    Aujourd’hui, la majorité des pays de l’hémisphère nord autorisent l’avortement. Il n’impose pas de restrictions majeures jusqu’à la 10e ou 12e semaine de grossesse. Par le seul fait du libre choix de la femme enceinte. Ce n’est plus le cas aux États-Unis où au Texas l’avortement est illégal même en cas de viol ou d’inceste, seule exception la mise en danger de la femme, jeune femme ou enfant enceinte.

    État du Droit à l’avortement aujourd’hui au Brésil

    Le Code pénal brésilien ne punit pas l’avortement en cas de viol, et ne fixe pas de délai pour cette intervention. D’ailleurs, le recours à l’avortement pour sauver la future mère ne la condamne pas non plus. Le recours à l’avortement est couché noir sur blanc dans le Code pénal, aux articles 124, 125, 126, 127 et 128 depuis le 7 décembre 1940 et appliqué depuis 1942.

    Aujourd’hui, le code prévoit d’un à trois ans de prison, la femme qui a recours à l’IVG. La peine est d’un à quatre ans pour qui provoque l’avortement, même les médecins. Sans le consentement de la personne enceinte, la peine d’emprisonnement passe de trois à dix années.

    L’avortement pratiqué après 22 semaines de grossesse sera puni d’une peine d’emprisonnement allant de six à vingt ans dans tous les cas. Notamment dans le cas d’une grossesse résultant d’un viol… La double peine.

    Les femmes manifestent avec un seul et même slogan : « Criança não é mãe ». Comme sur la photo : « Être une fille n’est pas être une mère » (Crédits : Domingos Peixoto/Agência O Globo)

    La législation pénale sur l’avortement au Brésil reste inchangée depuis plus de 80 ans. Pourtant l’évolution des mœurs, des pays et de ceux qui les habitent ne cesse de croître sur les cinq continents. La controverse tourne autour des traitements juridiques disparates dans le monde. Ainsi, sur le continent africain, en Amérique latine (sauf Cuba et l’Uruguay) est observée une plus grande discipline juridique en la matière. Bien que de nombreux pays semblent régresser envers ce droit.

    Qualifié de “projet de loi sur la grossesse infantile”

    La préoccupation des femmes est légitime. D’autant que les violences sexuelles sont courantes au Brésil. Un rapport d’une ONG révèle qu’en 2022, une moyenne de huit viols par heure est enregistrée. Pire encore, 61,4 % des viols sont perpétrés contre des enfants de moins de 14 ans. L’ignominie ne s’arrête pas. Dans plus d’un viol sur dix, les victimes étaient âgées de moins de quatre ans. La proposition de loi effraye chacune et chacun. Silvio Almeida, Ministre des droits de l’homme et de la citoyenneté, et Cida Gonçalves, Ministre des femmes, se sont prononcés contre le projet de loi. Cida Gonçalves, a même déclaré qu’il s’agissait d’une matérialisation juridique de la haine qu’une partie de la société éprouve à l’égard des femmes.

    Ce projet de loi est appelé par les militants du droit à l’avortement légal le « projet de loi sur la grossesse infantile ». L’avocate Letícia Ueda Vella du mouvement féministe « Sexualité et santé » explique qu’il n’est pas toujours facile d’identifier « la violence sexuelle et d’imaginer qu’une enfant va être enceinte de sorte que les symptômes, voire la croissance du ventre, ne sont pas toujours évalués par la famille et le manque de connaissances de la jeune fille sur son propre corps […] ».

    « La stigmatisation […] a un impact direct sur l’accès à un service de santé publique. Nous savons qu’aujourd’hui, la plupart des femmes qui sont poursuivies pour avoir avorté sont dénoncées par des professionnels de la santé qui rompent le secret médical. » (Crédits : Edilson Dantas/O Globo)

    « La procédure est souvent pratiquée dans des cas de viol dans lesquels la victime — souvent des enfants — découvre qu’il y a eu une fécondation longtemps après une violence sexuelle », martèle Brasil de Fato. L’avocate enfonce le clou. « Nous savons que les effets d’une grossesse dans l’enfance, d’une maternité dans l’enfance sont extrêmement néfastes, nous parlons vraiment de la perte de ces enfances, car il y a un impact énorme sur la santé mentale, il y a un impact énorme sur le taux d’abandon scolaire, il y a une véritable interruption des rêves et de la vie de ces jeunes filles et de ces femmes. »

  • Chaussures trempées et froid saisissant (épis. 21/46)

    Chaussures trempées et froid saisissant (épis. 21/46)

    Les vagues de nuages lèchent les sommets. Les gouttes d’eau qui tombent ne sont pas des embruns. Le réveil sonne, il est 7 h. La première pensée de Flavien concerne la météo. Il faut se remémorer que l’aventurier a passé une journée entière (hier) sous une pluie diluvienne. Balayée par des vents, la tente a montré une faiblesse, Flavien exécute une réparation de fortune, sous la pluie et dans la nuit. Alors que le moral semble fragile, il n’en faut pas plus pour vaciller. Surtout à l’autre bout du monde, seul.

    « J’espère que c’est dégagé. Je passe la tête dans l’abscisse, quel désespoir, c’est encore pire qu’hier… 8 h pareil, 9 h pareil. À 9 h 30 je me décide quand même à sortir de mon sac de couchage. Je ne vais pas passer la journée dans la tente à l’humidité ambiante qui doit s’approcher de 90 %, tant pis pour les paysages. »

    Chocolat, lait concentré sucré… et ça repart

    Pour anticiper cette journée qui s’annonce difficile physiquement, mais surtout mentalement, un seul truc. « Je me fais un petit déjeuner de dingue ». Attention c’est gargantuesque : 400 g de muesli, du miel, quelques fruits secs et du chocolat fondu. Désespéré dès le réveil. « Il va falloir que j’enfile mes chaussures trempées dans ce froid saisissant ». Flavien s’obstine à sécher les semelles avec son réchaud.

    « Rassasié, je suis d’attaque pour replier la tente sous la pluie. » Enfin, en théorie. Tout est déjà détrempé alors il ne sert à rien d’attendre que la pluie cesse. « Sinon je ne suis pas parti avant plusieurs heures », souffle-t-il. Hier soir, pressé de se mettre au sec, il a choisi le premier spot de bivouac. Le lieu est composé d’une couche d’argile orangée. Autant dire qu’avec la quantité de pluie qui est tombée, l’ensemble de la tente et surtout le footprint sont sales. Il faudra nettoyer ça au retour.

    Cela fait juste cinq petites minutes que Flavien marche. « Cinq minutes qui auront suffi à tremper mes semelles et les chaussettes sèches que j’avais enfilées. » Mais c’est à cet instant que le découragement pointe son nez. « Je tombe sur un site de bivouac à l’abri sous deux grands Nothofagus, le seum… »

    Avant d’attaquer la montée du Valdivia, point culminant du trek, à tout juste 500 m plus haut, « je fais le plein d’eau ». La suite du chemin est introuvable sans le GPS. Il doit le sortir sous une pluie ininterrompue. La journée est compliquée. « J’arrive bientôt (~600 m) dans la zone minérale altoandine, à la limite des forêts ».

    Flavien est exténué par cette montée, durant laquelle il réussit à s’énerver lui-même. C’est l’instant de l’introspection. « Il y a des jours où l’on se demande ce que l’on fait là… » L’aventurier se pose un instant sur un rocher. Les souvenirs s’en mêlent. « Le fess m’avait dit que les souvenirs qui restent sont ceux où on en chie. La patate lui, alors que nous étions entre potes devant une cheminée, m’avait dit de repenser à ce moment au sec quand je serais sous la flotte. Là je crois que j’y suis… » Une barre chocolatée et un tube de lait concentré et c’est reparti. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Désormais tout se passe dans le brouillard, sur des milieux dénudés. Le climat qui règne ici ne permet qu’à peu de plantes de pousser. Un véritable cauchemar, en temps de paix pour un civil. Le voici bientôt au col du Virginia, à une altitude de 850 m. Au menu de la neige qui alterne avec de la pluie verglaçante, l’ensemble saupoudre cette fin de matinée. Cerise sur le gâteau, « aucune visibilité à plus de 20 m là-haut, heureusement que les cairns sont rapprochés pour pouvoir s’orienter sans avoir à sortir la boussole ou le GPS ».

    Une journée à oublier

    La bonne nouvelle, il y a peu de vent pour la région précise-t-il. Ce qui rend la température ressentie supportable, malgré que la neige et la pluie verglaçante abaissent la température. « J’attaque la descente dans la dernière vallée du trek, celle qui se jette dans le Beagle que j’imagine derrière le brouillard. » Quelques énormes névés semblent suspendus dans le vide sous la croupe, dans ce qui pourrait s’apparenter à des combes à neige.

    « Je passe à l’Est, où c’est déneigé depuis quelque temps. Avec cette météo, les rochers glissent à souhait. Je reste très attentif sur ces pentes au très fort pourcentage. »

    C’est pour Flavien la plus dangereuse et la plus engagée des parties du trek, glisse-t-il entre les lignes. Vient ensuite la descente de 200 m de négatif dans les éboulis. « Les chevilles raides et les talons vissés dans la pente je descends en courant, quelle sensation agréable ». Les guêtres empêchent aux cailloux de rentrer dans les chaussures.

    Les souvenirs, eux, sont restés accrochés durant cette journée. « Ça me fait penser à la descente du Monte Cintu, sommet de Corse, à la roche qui plus est très semblable, ou encore celle du Carlit dans les Pyrénées-Orientales. » La seule différence est l’absence d’autres humains échappe-t-il lors d’un soupir. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Arrivé au lac des Guanacos, le chemin s’aplanit et devient marqué. « Qu’est-ce que c’est agréable », marque Flavien. Moins enthousiasmant, la pluie qui lie l’épisode précédent à celui-ci. « Est-ce que c’est bien opportun de manger sous cette météo ? Je me fais des pâtes, que je renverse. Je n’ai plus qu’à recommencer, quelle galère. J’ai hâte que cette journée se finisse. »

    Une douche chaude à l’horizon

    Il ne doit pas relâcher ses efforts, malgré tout. « Je ne traîne pas. Il paraît que la dernière partie peut encore prendre quatre heures au lieu de deux si je ne prends pas la bonne trace. » La multitude de cairns rend illisible le chemin, Flavien garde son GPS à la main toute la matinée. Grâce auquel il réussit à éviter les impénétrables forêts dans laquelle la plupart des randonneurs s’échinent.

    À 16 h pile, il retrouve enfin à la piste. « Je mange les quelques graines qu’il me reste et reprends mon chemin pour les sept kilomètres jusqu’à la ville. » Un voyage en voiture lui ferait le plus grand bien. « J’espère faire du stop, mais pas une seule voiture à l’horizon. »

    Ce n’est que près d’une demi-heure plus tard qu’il aperçoit un pick-up. C’est enfin la chance qui lui sourit. « Je jette mon sac à l’arrière et c’est parti. Je pense à la douche chaude qui m’attend au camping et à laquelle je n’osais pas penser jusqu’à maintenant. »

    Durant le trajet, Flavien apprend de nouvelles choses. « En passant devant la place de la Vierge, les passagers de la voiture font leur signe de croix ». Déposé en centre-ville, il lui reste une dernière formalité, aller chez les Carabineros pour les informer de son retour sain et sauf.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    « Arrivé au camping, j’étends toutes mes affaires au-dessus du poêle, et je file vers cette fameuse douche chaude et salvatrice… Il le faut plus d’une heure pour faire ma lessive. » À 19 h Cécilia a prévu une mega bouffe alors je ne me préoccupe pas du repas. Je rejoins les Angevins à 21 h au café pour prendre le dessert avec eux. « À minuit je n’ai toujours pas la foi de remonter ma tente, alors je passe la nuit sur le canapé du camping, au SEC ! »

    Enfin, une journée de repos

    En ce samedi 6 janvier, Flavien accroche le mot d’ordre : « Aujourd’hui repos ! » Bien que réveillé à 8 h, il prolonge jusqu’à 10 h. À midi, avec les Angevins direction l’escape game crée par Isabelle, la Française. « Mes chaussures sont très loin d’être sèches alors j’ai englouti plusieurs kilomètres avec mes huaraches… » Ils terminent très rapidement. Aux alentours de 14 h, ses acolytes prennent le bateau du retour. « Comme bêta-testeur, on lui a dit ce qui n’allait pas. » Ils connaissent désormais un peu plus la ville et son histoire.


    Un martin-pêcheur à ventre roux de Patagonie (Megaceryle torquata subsp. stellata) s’est posé sur le mât d’un voilier.
    Le photographe saisit son appareil pour immortaliser son portrait. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Seul, il profite de la fin d’après-midi pour trainer avec son téléobjectif sur la côte à la recherche opportuniste de « piafs ». La chance lui sourit. Un martin-pêcheur à ventre roux se pose à 3 m, sur le mât d’un voilier. « J’ai le temps de lui tirer portrait, comme pour les brassemers et autres vanneaux. » Sur le port Flavien rencontre la personne qui effectue les aller-retour entre Puerto Williams et Ushuaïa, en voilier. « Celle que j’avais tant cherchée dans la ville Argentine. » Il passe la soirée non loin du poêle à trouver la meilleure position pour que ses chaussures puissent enfin sécher. Comme il n’a pas pu finir de se reposer, il continue dimanche, car la pluie est de retour. À suivre…

  • Los Dientes de Navarino  (épis. 20/46)

    Los Dientes de Navarino (épis. 20/46)

    Le jour J est arrivé. Depuis plusieurs mois Flavien en rêve. « Maintenant c’est le départ pour le fameux trek des Dientes de Navarino, le plus austral de tous. » Il est réputé pour sa difficulté, qui réside surtout dans sa météo imprévisible. Pour le moment le soleil est au beau fixe et j’irai même jusqu’à dire qu’il fait chaud, pense le randonneur. Après s’être inscrit sur le tableau du camping, où les randonneurs se renseignent (en plus des carabineros), il prend la direction du départ du trek, à 3 km de route et de piste de là.

    Flavien se présente au départ du trek. Une nouvelle fois, des gardes de la CONAF (l’équivalent de l’ONF) le mettent en garde sur les risques encourus. « Ils me demandent de faire demi-tour si j’ai de la neige jusqu’aux genoux. » Rassurant… Effectivement certains se sont retrouvés à avoir des congères sur les tentes même en plein mois de janvier. L’été austral se déroule du 7 novembre au 4 février en saison astronomique et du 1er décembre au 28 février en saison climatique. Donc Flavien se trouve en plein été à cette période du calendrier.

    La découverte du Tipula kuscheli

    Pas moyen de reculer, après tant de chemin parcouru. « Je trace dans la forêt, mais le dénivelé est là ! » Un beau 500 m de dénivelé positif pour rejoindre le Cerro Bandera. C’est le sommet dominant la ville de Puerto Williams et le Beagle. « Là-haut, j’observe Tipula kuscheli, un cousin de l’île Navarino et dont les observations se comptent sur les doigts d’une main. » Ses ailes sont réduites pour résister au vent qui règne.

    L’aventurier continu son chemin dans les éboulis, direction plein nord. « J’enchaîne deux cols de 790 et 743 m d’altitude où il faut, même un 3 janvier, traverser des névés. » Le temps se couvre, mais n’est pas menaçant… pour le moment.

    Le chemin est surplombé par le Picacho. Il culmine à 1111 mètres. Le sommet de l’île, dont l’ascension ne peut s’effectuer qu’en hiver. La mauvaise qualité de la roche une fois le dégel initié, explique la dangerosité.

    « À l’horizon, à quelques dizaines de kilomètres de là, les îles du Cap Horn se distinguent extrêmement bien, le pied », claque Flavien. Le sentier serpente dans les pierriers et le long des torrents avant qu’il n’arrive au lac des Dientes, « où je compte bivouaquer ». (Crédits : Flavien Saboureau)

    Le spot est protégé par un énorme rocher et un Nothofagus d’une taille respectable à cette altitude. « Il est 18 h et je ne tarde pas à monter la tente ». Riche idée, car un petit quart d’heure plus tard, il se met à pleuvoir. « Je remplis mes gourdes et je rentre à l’abri. » Mais le temps peut changer du tout au tout.

    Une armature de la tente casse

    « Vers 19 h, juste avant le repas, des coups de vent, comme j’en ai rarement vu, secouent la tente dans tous les sens. » En plus d’être aventurier, il faut s’essayer aux arts du spectacle. « Je fais l’équilibriste à plusieurs reprises pour essayer de maintenir les toiles et les arceaux depuis l’intérieur. J’enfile mes chaussures et sors pour vérifier la tension de la toile et des haubans. »

    Puis, Flavien use de qualités insoupçonnées « J’en profite pour rehausser les murets de pierres sèches qui m’entourent jusqu’à hauteur de hanche. » Malheureusement cela ne suffit pas. Une dizaine de minutes passe quand ce qu’il redoute se produit. « L’une des armatures de la toile interne lâche et ma tente se retrouve toute détendue, avec ces conditions c’est la panique à bord… »

    Il faut un plan d’attaque. Après avoir réfléchi longuement et rapidement, il sort. Bravant d’improbables rafales, le couperet tombe : impossible de recoudre. « Je perce une partie de ma toile (chose à ne pas faire normalement…) et me sers d’un des haubans pour retendre la toile interne. Ça semble fonctionner ! »

    Les régimes de rafales s’étendent alors qu’il se prépare de quoi manger. « Quelle galère de faire du feu à l’intérieur tout en maintenant la toile. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Heureusement que le rocher était là. « J’ai du mal à trouver le sommeil », souffle-t-il. Il faut attendre minuit pour que le vent se calme. « C’est un peu comme lors de la tumultueuse traversée du canal de Magellan, le vent se dissipe la nuit arrivée. Quelle soirée ! » Il espère, en s’endormant que la réparation de fortune tienne le reste du voyage… Dans la nuit, il se réveille à 3 h 45. Il a le plaisir de constater que le calme revenu, que le ciel est complètement dégagé.

    Trempé jusqu’aux os

    Ce jeudi matin, le vent n’est plus qu’une histoire ancienne, mais la pluie a fait son apparition. Du fait du ciel dégagé, les températures ont baissé. Conclusion, un épais brouillard s’installe. « À 9 h je pourrais être prêt, mais je suis venu pour voir les paysages et je suis en avance sur le programme, alors j’attends. » La tente est démontée et posée sous un énorme rocher, « j’espère qu’elle va sécher ».

    « Quelques minutes plus tard, je m’abrite en m’allongeant sous ce rocher, car la pluie redouble d’intensité. » Une heure, il patiente. À 10 h la pluie et l’épais brouillard se dispersent. Ils dévoilent d’un coup, les sommets qui l’entourent dans une atmosphère très humide.

    « C’est le moment d’y aller avant que ça recharge et que je doive encore attendre dans cette position désagréable. »

    L’emplacement de sa tente est désormais sous 2 cm d’eau. À peine 15 min après le départ, l’air est chargé d’humidité. « Il n’en faut pas plus pour que j’enfile le pancho. » Il passe ainsi devant de nombreux lacs sans vraiment profiter de la vue.

    Deux heures s’écoulent, sous cette pluie. Flavien est affublé de ses guêtres, d’un sursac, d’un ciré… « Malgré tout l’attirail que j’ai enfilé, je ne suis pas loin d’être trempé jusqu’à l’os. » Comble du bonheur, l’étanchéité de ses chaussures lâche. (Crédits : Flavien Saboureau)

    « C’est pareil à la journée à Port Stephens », acquiesce-t-il. Sauf que ce soir il n’y a pas chambre sèche et chaude à l’arrivée. « Je passe un col à plus de 740 m sans aucune visibilité. Je m’oriente grâce aux cairns et au GPS. » Il souhaite être proche de l’arrivée dès ce soir. « La fin est particulièrement compliquée », paraît-il. Sauf, qu’un petit détail est à passer avant, un col de 850 m. Il espère profiter des paysages d’altitude. Un autre détail ne l’enchante pas du tout. « Le potentiel passage de névés dans le brouillard ne me tente pas forcément non plus. »

    Une après-midi bien monotone

    La pluie ne cesse d’honorer Flavien de sa présence. Si bien qu’à midi, le repas se déroule dans une humidité ambiante, qui le dissuade de faire une sieste. Il potasse ses cartes pour trouver un coin pour bivouaquer. « Je trouve un spot de bivouac au pied du fameux col. Je vais tenter de m’y rendre en espérant que personne n’ait eu la même idée que moi. »

    De toute façon, jusqu’à maintenant, il n’a pas croisé une seule personne. Lui qui veut voir des paysages à couper le souffle, c’est le brouillard qui est à couper au couteau.

    « Dans le brouillard et les milieux humides, l’après-midi est monotone, je ne trouve pas de nouvelles plantes à me mettre sous la dent. » Peu de surprises au niveau des végétaux. « Je crois avoir fait le tour des communautés végétales de l’île Navarino et de la Terre de Feu en général. »

    Puis, en milieu d’après-midi une silhouette se détache dans le décor sublime. « J’aperçois au loin quelqu’un qui semble me talonner. » L’avance de Flavien est telle qu’il arrive en premier au point nommé. (Crédits : Lac Navarino/Flavien Saboureau)

    « Malgré tout j’arrive avant lui, bien qu’il ne semble pas avoir voulu s’y arrêter, au spot de bivouac. » Sur les recherches de ce matin, Flavien avait remarqué que la zone de bivouac, un simple promontoire plat, n’était pas au bord de l’eau. L’anticipation du remplissage de gourdes tombe à pic. Ce n’est pas cette eau qui le préoccupe, mais celle qui tombe du ciel depuis ce matin. « J’en ai ma claque d’être sous la flotte ! Il tombe des cordes. » Peu importe, il monte la tente. « Ma réparation de fortune semble tenir et il me faut que 5 min chrono pour réussir à me mettre à l’abri. »

    Après la pluie, le froid

    Il est 17 h 15. L’attente interminable débute, seul avec la percussion des gouttes sur la toile. « Cela me fait penser à de longues après-midi sous les orages sur le GR20. » Prévoyant, Flavien a pris le soin de mettre le sac de couchage à l’intérieur d’un sac poubelle ce matin. « J’enfile en plus le sursac étanche de survie pour ne pas humidifier mon duvet. J’ai beau avoir mis le footprint en dessous de ma tente, le sol est loin d’être sec… »

    Une journée qui se termine sur une note humoristique. Les gourdes sont belles et bien remplies, mais pas assez pour faire la vaisselle. « Le comble », sourit Flavien.

    Alors, ce soir il faut mettre un peu de chaleur dans l’assiette. « Je me fais de nouveau un lyophilisé, Chili con carne cette fois. » La pluie quant à elle cesse sur les coups de 21 h. Elle laisse sa place au froid.

    « Hier matin, la météo a annoncé 4 °C au niveau de la mer pour cette nuit. Et je suis à plus de 400 m, le sursac ne sera peut être pas de trop finalement. »

    Seule inquiétude, la densité des précipitations nocturnes. « C’est un coup à ce qu’il neige et il paraît que ça ne fait pas semblant ici. »

    (Crédits : Armeria curvifolia — Plumbaginaceae/Flavien Saboureau)

    « Les Français d’Angers, rencontrés il y a quelques jours, me disaient avoir abîmé leur filtre à cause du gel. Ni une ni deux, je le sèche et dormirai avec. Plus qu’à espérer que mes conditions météorologiques soient plus clémentes demain ». À suivre…