Étiquette : science

  • Est-ce que l’escargot retombe toujours sur son pied ?

    Est-ce que l’escargot retombe toujours sur son pied ?

    Imaginez un escargot renversé sur le dos, la coquille dressée comme un petit dôme, ses tentacules agitant désespérément l’air. C’est aussi l’image de nos aïeux lorsqu’ils se retrouvent à terre, et que les années durant, leurs corps ont été mis à rude épreuve. La vision pourrait susciter à la fois un sourire attendri et une gêne. Ainsi ce gastéropode, si lent et fragile, serait-il prisonnier de sa propre protection ? La question étonne : l’escargot peut-il réellement se retourner seul ou dépend-il toujours d’un coup de pouce providentiel ?

    Le corps de l’escargot repose tout entier sur un pied musculeux, sorte de semelle gluante qui lui permet de ramper, laissant une route baveuse. S’il n’est pas chargé de famille, il porte tout sur son dos, bien plus que sa maison. À l’arrière, il porte sa maison : une coquille calcaire enroulée en spirale, à la fois son armure et son fardeau. Sous cette coquille, vibre un petit cœur, un poumon rudimentaire. Il fait partie du groupe des animaux ectothermes — à sang froid ne pouvant contrôler eux-mêmes leur température interne —. Hormis un cousin, le Chrysomallon squamiferum, qui défraie la chronique avec sa carapace en fer et ses conditions de vie dantesque.

    Peut-il vraiment se retourner ?

    Cette forme est une combinaison paradoxale. La coquille le protège des prédateurs et du dessèchement, mais devient un handicap dans certaines positions. Contrairement à un chat qui se redresse en une pirouette instinctive, être sens dessus dessous constitue pour l’escargot une vraie difficulté. Est-ce que la cagouille peut se retourner pour retomber sur son pied ? La solution est sans équivoque : « P’têt ben qu’oui, p’têt ben qu’non… » Une véritable réponse de Normand, car cela dépend de plusieurs facteurs.

    Escargot, gastéropode, nature

    En premier lieu, la taille : en effet, les plus petits ont plus de facilité à basculer. En deuxième, la surface sur laquelle il évolue. Autrement dit, un sol rugueux favorise l’accroche, alors qu’un carrelage lisse augmente la complexité. Puis, viennent la forme et le poids de la coquille. C’est un fait pour tout être vivant, en général. En conséquence, chez l’homo sapiens, plus notre corpulence est imposante, plus il nous est difficile de nous retourner quand nous sommes sur le dos. En ce qui concerne les gastéropodes, pour ne citer que les Bourguignons, les plus gros, très lourds, peinent davantage.

    Ainsi, se retourner n’est pas une capacité universelle, mais un défi écologique et mécanique variable selon l’espèce et les circonstances.

    Comment procède-t-il ?

    Quand les conditions s’y prêtent, l’escargot met en place de véritables stratégies. Il opère par un mouvement de balancier, en contractant son pied musculeux pour générer de petites secousses. Mais uniquement avec son pied, la démarche semble perdue d’avance. C’est par l’appui de ses tentacules qu’il augmente ses chances. Les tentacules — que nous appelons ses yeux dans l’enfance — sont plus forts qu’il n’y paraît. Elles peuvent aider à trouver de la stabilité, jusqu’à l’utilisation de brins d’herbe, cailloux, petites irrégularités du sol deviennent ses leviers de fortune, face à l’infortune.

    L’escargot, avec beaucoup d’énergie et une lenteur désarmante, finit parfois par basculer et reprendre sa marche. Mais tous n’ont pas cette chance. Coincé sur le dos, il devient vulnérable. Exposé au soleil, il risque une déshydratation fatale ; immobilisé, il attire l’attention des prédateurs. Ce petit drame biologique explique pourquoi il nous émeut tant. Il paraît aussi démuni que nous le serions dans une situation impossible. (Crédits : Diego G./Pexels)

    Mais saviez-vous qu’il renferme plus d’un tour dans sa coquille ? Son mucus, que nous nommons bave, lui sert à de multiples occasions. Mais qu’il possède la capacité de pouvoir reconstruire sa coquille cassée, ébréchée… jusqu’à une certaine limite, bien entendu.

    Mucus, coquille, boucliers ou handicaps ?

    D’un point de vue psychologique, il est difficile pour nous de ne pas projeter une impression d’impuissance ou même de détresse. L’anthropomorphisme reflète souvent nos propres angoisses existentielles. C’est pourquoi un escargot chaviré devient, à nos yeux, une métaphore miniature de l’être en difficulté. Pourtant, ce que nous prenons pour une faiblesse, cette lourde coquille, est l’un des plus grands chefs-d’œuvre de l’évolution. Elle protège contre ses prédateurs, tels que les oiseaux, les hérissons, ou encore la sécheresse. Elle est une forteresse mobile.

    La survie dépend plus souvent de la solidité de l’abri que de l’agilité à se redresser. Le pensionnaire de l’ordre des gastéropodes possède une coquille, un nec plus ultra. Il démontre à lui seul la suite de Fibonacci. Léonard de Pise, plus connu sous le nom de Leonardo Fibonacci, est célèbre par la formule mathématique qui revêt son patronyme.

    Elle est une suite de nombres entiers dans laquelle chaque nombre est la somme des deux nombres qui le précèdent. Mais il est aussi le siège de nombreux symboles. Il porte en lui la spirale, la corne, l’hermaphrodisme, la fécondité, l’humidité, la protection, la renaissance, la résurrection.

    Mucus ou bave ?

    Tout dépend de votre âge. L’eau est piégée dans une structure moléculaire tridimensionnelle, d’où elle ne peut s’échapper, elle devient visqueuse. On évoque le concept de viscoélasticité. Ce mucus offre plusieurs déclinaisons, pour plusieurs occasions : reptation, épiphragme, reproduction, défense, ponte et récolte. Oui de récolte, car la bave d’escargot est utilisée dans des produits de beauté.

    Le mucus de reptation sert à se déplacer — uniquement vers l’avant. Parfois l’escargot se retrouve avec un opercule fin bouchant l’entrée de sa coquille. Il s’agit de l’épiphragme, essentiellement constitué de calcaire afin d’assurer une barrière contre le gel. Le mucus dit de reproduction recouvre le « dard » de l’escargot, et double ses chances de fécondation lors de l’accouplement. En cas de stress, d’attaque, il se recroqueville dans la coquille. Le mucus émis est de type écume très liquide. Hermaphrodite, l’escargot laisse un mucus riche en nutriments qui recouvre le trou où il a déposé son naissain. Les nouveau-nés pourront s’en nourrir lors des premiers jours. Ce mucus a pour fonction essentielle d’optimiser le développement du naissain. (Crédits : Hilal Diken/Pexels)

    Escargot, nature, ascension

    Alors, l’escargot peut-il se retourner seul ? Oui, certains y parviennent avec patience et stratégie, mais d’autres restent piégés, tributaires du sol, de leur poids et parfois d’un coup de pouce venu de l’extérieur. Au-delà de la réponse biologique, ce petit gastéropode nous offre une leçon de vie : la vulnérabilité n’est pas synonyme de faiblesse, elle fait partie des conditions mêmes de l’existence. Et si, en redressant un escargot sur notre chemin, nous n’accomplissions pas uniquement un geste de compassion, mais un acte profondément symbolique — celui d’aider à remettre debout ce qui ne le peut pas seul.

  • Le clitoris, ou le long retard de la connaissance

    Le clitoris, ou le long retard de la connaissance

    Vingt-huit ans plus tard, le clitoris a enfin sa carte, son anatomie complètement cartograĥiée. Cette nouvelle peut paraître anecdotique au vu des informations qui occupent les journaux télévisés. Pourtant, c’est une petite révolution. Alors que peu de personnes découvrent le bouton du plaisir féminin, combien de femmes connaissent leurs anatomies ? Les recherches menées à Amsterdam apportent un éclairage nouveau sur un organe féminin qui, jusqu’à preuve du contraire, est exclusivement dédié au plaisir.

    Tandis que Capucine rentre de cours, elle surprend une discussion entre lycéennes qui lui semble lunaire. « Attends… quoi ? Vingt‑huit ans après ? » Les scandales et procès étant monnaie courante ces derniers jours, elle n’y prête pas plus attention que ça… jusqu’au mot qui sonne comme un glaive : Clitoris. Intriguée, elle se glisse dans la peau d’une journaliste.

    Vingt-huit ans plus tard, le clitoris a enfin sa carte…

    Discrètement, elle suit deux copines jusqu’au café. Le duo tombe sur l’info : « le clitoris a enfin été cartographié avec précision, près de trente ans après l’organe masculin ». Elles rient un peu, s’en étonnent beaucoup, et finissent par mettre le doigt sur un marronnier médical. Le corps de la femme a longtemps été un sujet sur lequel la science a progressé avec du retard.
    — Attends… quoi… 28 ans après ? demande Caroline

    — Le pénis avait sa cartographie depuis presque trente ans, et là, on découvre à peine celle du clitoris, relate Clarisse

    — Oui. Apparemment, même pour l’anatomie, on était sur liste d’attente.

    Femmes, rire, téléphone

    Une fois assise, l’une d’elles relève les yeux de son téléphone, mi-amusée, mi-agacée. En face, son amie éclate de rire. Pas un grand rire moqueur, mais ce rire très féminin, très connu, qui sert à accueillir une absurdité sans s’énerver tout de suite.

    — C’est quand même fascinant, dit la première. On vit à l’époque des applications qui savent quand tu dors mal, des montres qui analysent ton stress, de l’IA qui rédige un courriel en huit secondes… et on découvre encore le corps des femmes… avec trente ans de retard.

    — Mais non, voyons, répond Clarisse. On fabrique une carte routière, pour ceux qui ne le trouvent pas.

    (Crédits : Guillermo Berlin/Pexels)

    Les deux sourient. Et puis il y a ce silence. Celui où l’on perçoit soudainement une nouvelle surprenante, voire insolite. Une chose intime, quelque chose de plus ancien, de plus profond, de plus familier aussi. Car enfin, la question mérite d’être posée : comment un organe dédié uniquement au plaisir a pu autant de temps être ramené à une simple excroissance. Excroissance que l’on mutile encore, qui n’est autre que le cheval de bataille du prix Nobel de la paix de 2018, le Docteur Denis Mukwege.

    Il est l’un des organes les moins étudiés du corps humain. Car de nombreux tabous culturels freinent depuis longtemps la recherche scientifique. Ce n’est qu’au XXe siècle qu’il fait son apparition dans les manuels d’anatomie. Pour peu qu’il ne soit pas considéré et décrit comme une simple version miniature du pénis.

    C’est grâce aux dons d’organes que deux bassins féminins sont étudiés. La chercheuse Ju-Young Lee et ses collègues du Centre médical universitaire d’Amsterdam ont réalisé des scans 3D en utilisant des rayons X à haute énergie, dit rayonnement synchrotron. Ces données uniques révèlent la trajectoire complexe du nerf dorsal du clitoris. Il est le principal nerf sensoriel. Elles font apparaître « les troncs nerveux dans le gland clitoridien ont été révélés, avec un diamètre maximal allant de 0,2 à 0,7 mm ». (Crédits : Ketut Subiyanto/Pexels)

    Femme, rire, extérieur

    Pendant qu’on nous parle partout de progrès, de visibilité, d’inclusion, d’équilibre, d’équité et d’attention portée aux femmes, à leur santé, à leur parole, à leur place. La nouvelle a quelque chose de délicieusement ironique.

    — Franchement, dit Caroline, on a réussi à faire du corps féminin un continent habité depuis des siècles… mais encore mal cartographié.

    — Oui. Et après, on s’étonne que tant de femmes aient grandi avec une idée brumeuse de leur propre anatomie, répond Clarisse, quant aux hommes, n’en parlons pas…

  • Qui a le plus gros cerveau : la mouche ou l’être humain ?

    Qui a le plus gros cerveau : la mouche ou l’être humain ?

    On la chasse d’un revers de main, on peste contre son bourdonnement entêtant et on la soupçonne de ne servir à rien. Et pourtant… la mouche, cet insecte que l’on croit bête et sans mémoire, recèle bien des surprises. Si elle ne joue pas tout sur son physique, elle oublie qu’elle n’a aucune chance. Car derrière ses ailes fines et ses yeux en mosaïque se cache une vérité de lapalissade. L’être humain a le plus gros cerveau, sans aucun doute. Mais la mouche qui existe, elle, depuis 240 millions d’années, doit a priori mieux s’en servir.

    Capucine est de retour pour le week-end à Berd’huis, elle doit couvrir les élections municipales pour son école. Le premier adjoint sortant, Alain Sabras, y présente sa liste en ce 15 mars 2026, car l’ancien édile, Brigitte Luypaert, a déposé son tablier après un quart de siècle aux commandes. Les prémices du printemps colorent le ciel, les arbres et les odeurs, et le gel fait craindre pour les fruitiers. Si bien que comme chaque année, son grand-père, Sépa Phot, va s’évertuer, tant bien que mal à courir les mouches. Mais comme toujours, ces petites empêcheuses de tourner en rond vont le rendre fou. Mais peut-être pas autant que la politique.

    — Papy, tu installes déjà tes pièges à mouches, questionne Capucine

    — Oh oui, le combat est en marche. Cette année je gagne la manche.

    — Mais bien sûr s’esclaffe-t-elle.

    Puis la jeune femme s’interroge. « Comment est-il possible qu’une si petite créature arrive à s’échappe à chaque fois ? ». Papy dit toujours que nous sommes intelligents, que notre cerveau a des milliards de neurones. Apparemment, ce n’est pas encore suffisant quand je vois l’actualité. Mais la mouche a-t-elle réellement un cerveau, se questionne-t-elle. Comme toute espèce vivante sur cette Terre, ou presque, il semble de prime à bord, qu’elle en soit dotée. Mais avoir un cerveau rempli de neurones ne signifie pas forcément être intelligent, s’amuse-t-elle.

    Un cerveau minuscule, mais bien réel

    Il y a, dans notre manière de juger les bêtes, une arrogance humaine. Ce qui est petit serait simple, et ce qui nous agace serait forcément stupide. La mouche dément ce préjugé avec une élégance quasi vexante. Car la réponse est sans appel. Oui, la mouche possède un cerveau. Il est proportionné, bien entendu. Chez la drosophile (mouche du vinaigre), son encéphale compte environ 140 000 neurones, contre 250 000 chez la fourmi (86 milliards du côté de l’être humain). À l’échelle du vivant, c’est peu. À l’échelle de l’efficacité, c’est formidable, vous ne trouvez pas ?

    Mouche, nature, insecte

    Car ce minuscule organe suffit à traiter des informations visuelles, à guider le vol, à détecter le danger et à adapter le comportement. Chez elle, chaque circuit va droit au but. Le cerveau est relié à des ganglions nerveux situés dans le thorax et l’abdomen, qui agissent comme des relais. Chaque neurone est mis à profit, sans superflu.

    Alors, réduire la mouche à un simple insecte mécanique est une erreur. Elle dispose de capacités cognitives étonnantes. Sa vision, par exemple, repose sur des yeux composés de milliers d’unités visuelles, les ommatidies, capables de détecter le moindre mouvement en une fraction de seconde.

    Là où nous voyons une scène continue, elle perçoit une pluie de signaux, de variations, de mouvements. (Crédits : Satheesh Cholakkal/Pexels)

    C’est précisément cette architecture qui fait sa force. La mouche détecte très vite les changements autour d’elle. Un geste brusque, une ombre, une menace… tout est presque aussitôt repéré. Ce que nous prenons pour de la nervosité n’est rien d’autre qu’une lecture fulgurante de la réalité. En plus, elle possède aussi une forme de mémoire. Des démonstrations révèlent que les mouches peuvent associer une odeur à une expérience négative, et éviter cette odeur par la suite. Une capacité d’apprentissage simple, mais présente.

    L’art de l’évasion sur six pattes

    Qui n’a jamais tenté d’attraper une mouche, pour la voir s’échapper à la dernière seconde ? Ce n’est pas de la magie, mais de la biologie. Son tout petit cerveau lui permet de traiter l’information sept fois plus vite que le nôtre. Elle dispose d’un système sensoriel associé à un moteur d’une redoutable rapidité. Lorsqu’un danger survient, elle peut préparer sa fuite et s’envoler en une fraction de seconde. Ce n’est pas de la ruse, c’est bien mieux. Elle s’est fait une spécialisation biologique si fine qu’elle donne l’illusion de l’anticipation. Ce sens de l’évasion, allié à un temps de réaction fulgurant, explique pourquoi elle semble toujours avoir une longueur d’avance.

    Un cerveau petit, mais redoutablement bien calibré pour survivre. Un modèle pour la science. L’ironie de l’histoire, c’est que la mouche, que beaucoup considèrent comme superflue, est l’un des êtres les plus étudiés par les chercheurs. Les chercheurs ont utilisé la drosophile depuis plus d’un siècle dans les laboratoires. Son cerveau simplifié, sa courte durée de vie et son génome bien connu en font un modèle de choix pour étudier la mémoire, les comportements, et même certaines maladies humaines, comme Parkinson ou Alzheimer.

    Mais elle rejoint l’homme au moins sur un aspect. Des chercheurs britanniques ont testé la réaction au danger des mâles drosophiles lorsque, sur un malentendu, ils possèdent une chance de conclure, une chance de s’accoupler. Ils constatent alors que lorsque le mâle est sur le point de finaliser, il ne réagit plus du tout au danger, il reste concentré sur son objectif. Ainsi, l’amour rend aveugle… (Crédits : Pixabay/Pexels)

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    Alors, la mouche a-t-elle un cerveau ? Oui, plus gros que le nôtre, non. Mais sans aucun doute le plus efficient en mode survie, jusqu’au moment de la possibilité de conclure. Ce cerveau, minuscule par sa taille, mais immense par son ingéniosité, lui permet d’assurer son immortalité depuis près d’un quart de milliard d’années. Ce que l’on prenait pour de la stupidité ou de la simplicité masque en fait un prodigieux condensé d’évolution. Derrière l’insecte que nous balayons d’un geste impatient se cache un champion de la rapidité, un maître de la perception, et un allié discret de la science, pour notre gros cerveau humain.

  • Pourquoi les fourmis ne se perdent jamais ?

    Pourquoi les fourmis ne se perdent jamais ?

    Une file indienne, parfaitement ordonnée. Pas de klaxons, pas de feux rouges, pas même de panneaux indicateurs. Pourtant, dans la poussière d’un sentier, ou au creux d’un mur, les fourmis tracent des itinéraires d’une rigueur digne des plus grands pilotes. La scène intrigue. Comment ces insectes au cerveau minuscule parviennent-ils à s’orienter avec une précision redoutable ? Alors que nous-mêmes, être humain intelligents, armés de smartphones et de GPS dernier cri, finissons parfois par tourner en rond ?

    Pour résoudre cette énigme, il faut voyager au croisement de la biologie, de la chimie et de l’intelligence collective. Le premier secret des fourmis se cache dans leurs glandes. Lorsqu’une éclaireuse découvre une source de nourriture, elle dépose sur le sol une trace chimique. C’est une sorte de « fil d’Ariane » biologique composé de phéromones. Rapidement, d’autres ouvrières suivent ce chemin invisible, renforçant la piste en l’imbibant à leur tour de molécules odorantes.

    L’une des reines de l’orientation

    C’est ainsi qu’une simple découverte individuelle devient une autoroute chimique, empruntée par toute la colonie. Mais cette boussole n’est pas infaillible. Sous la pluie, ou si le vent disperse les phéromones, la trace disparaît, obligeant les fourmis à activer un plan B. Elles activent d’autres sens, d’autres GPS.

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    Certaines espèces, notamment les fameuses fourmis du désert Cataglyphis velox, ont développé une seconde technologie digne d’un Magellan. Elles lisent le ciel. Dotées d’yeux composés et ultra-performants, elles sont capables de percevoir la polarisation de la lumière solaire. Même quand le soleil disparaît derrière l’horizon, ce code lumineux invisible à nos yeux leur sert de repère, un peu comme une boussole intégrée.

    Les scientifiques ont observé ces fourmis dans des environnements extrêmes : malgré des trajets apparemment chaotiques, elles retrouvent leur nid avec une précision chirurgicale, calculant mentalement la distance parcourue et les angles changés. Une prouesse mathématique dans un cerveau grand comme une poussière. (Crédits: Monstera Production/Pexels)

    Ce qui est véritablement impressionnant et démontré par l’étude de « L’odométrie par flux optique fonctionne indépendamment de l’intégration de la foulée chez les fourmis transportées ». Elles possèdent des capacités d’orientation hors norme. Dans le désert, les Cataglyphis velox s’orientent avec le soleil. Elles usent de podomètre, possèdent un compteur d’images. Cela leur permet de se repérer même à reculons, et de mémoriser l’emplacement d’une proie. Il ne manquerai plus que le géomagnétisme. Les plus jeunes effectuent des tours sur elle-même pour adopter les repères du nid et utilisent le champ magnétique terrestre.

    Un cerveau miniature, mais efficace

    Le cerveau d’une fourmi offre 250 000 neurones, quand l’être humain affiche 86 milliards qui se pressent dans nos têtes, et pourtant… Ce « nano-ordinateur » stocke une représentation spatiale du monde environnant. Les fourmis combinent signaux chimiques et données visuelles pour construire une carte mentale. Ce que les neurosciences nomment « mémoire spatiale » devient, chez elles, l’équivalent d’un mini-GPS neuronal.

    Isolée, une fourmi est vulnérable, mais réunies, elles forment ce que les biologistes appellent un super-organisme. Chaque décision individuelle fait sens dans le collectif.
    De manière psychologique, l’observation fascine. Il n’existe aucune angoisse existentielle, ni hésitation.

    L’individu se fond dans l’élan commun. Chaque fourmi est donc portée par la confiance instinctive dans la colonie. Le manque de confiance fait naître l’angoisse. L’angoisse (humaine) naît souvent de la séparation et de l’excès de conscience individuelle. Car le caractère affectivement et physiquement pénible de l’angoisse détourne la conscience du monde et la ramène sur la personne. La fourmi, au contraire, trouve sa sécurité dans l’effacement de soi au profit du groupe. (Crédits: SHVETS production/Pexels)

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    Ici, le parallèle avec nos propres vies devient piquant. Hyperconnectés, dépendants de nos téléphones, beaucoup d’entre nous sont incapables de retrouver leur domicile sans la douce voix artificielle d’une GPS, pas plus que de lire sur une montre à aiguilles, l’heure. Dès que la batterie tombe en rade, l’angoisse surgit.

    Une grande leçon en miniature

    Les fourmis, elles, ne doutent jamais. Leur mémoire, leur simplicité et leur coopération suffisent là où la technologie nous dessert parfois. Le paradoxe est cinglant : notre cerveau gigantesque trébuche souvent là où le leur, minuscule, excelle sans effort. Pourquoi les fourmis ne se perdent jamais ?

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    Parce qu’elles ont mis au point, bien avant nous, un système hybride mêlant signaux chimiques, lecture du ciel, mémoire neuronale et confiance absolue dans le collectif. Tout cela, sans un seul satellite, sans cartes numériques et sans besoin de sécuriser cent mots de passe. Et si la vraie question n’était pas « pourquoi elles ne se perdent jamais », mais « pourquoi nous, humains, nous égarons si facilement, malgré nos prodigieuses machines et nos cerveaux gigantesques ? »

    Les neurosciences le montrent : l’orientation humaine mobilise l’hippocampe, la mémoire spatiale, les repères visuels, mais aussi l’attention et la charge cognitive. Or nous déléguons de plus en plus ces fonctions à des dispositifs externes. À force de suivre une voix synthétique, nous sollicitons moins nos cartes mentales internes. Là où la fourmi renforce ses circuits par l’usage, nous externalisons les nôtres. (Crédits : cottonbro studio/Pexels)

    La différence n’est donc pas une question de taille du cerveau, mais de stratégie. La fourmi est spécialisée. L’humain est polyvalent. Elle optimise. Nous complexifions. Elle répète. Nous interprétons. Ce que les fourmis nous enseignent n’est pas la supériorité de l’instinct sur l’intelligence, mais la puissance de la cohérence. Elles alignent perception, mémoire et action sans friction interne. Nous, au contraire, devons arbitrer en permanence entre désir, prudence, distraction et abstraction.

    Peut-être parce que les fourmis nous rappellent une vérité simple : l’orientation, ce n’est pas qu’une affaire de technologie, mais d’attention, de mémoire… et d’un peu d’humilité.

  • Qui entend le mieux, la chauve-souris ou le hibou ?

    Qui entend le mieux, la chauve-souris ou le hibou ?

    Les deux produisent peu ou pas du tout de bruit durant leurs pérégrinations. L’une vole à l’aveugle, guidée par ses ultrasons captés par ses oreilles, l’autre repère une souris, via ses aigrettes sous la neige sans la voir. Entre la chauve-souris et le hibou, le combat du roi de la nuit se joue à l’oreille. Mais qui des deux appréhende le mieux les sons dans l’obscurité la plus totale ? Un face-à-face sensoriel aux confins de la perception animale, que nous ne pouvons entendre seulement via la technologie des microphones.

    La nuit n’est jamais silencieuse. Elle bruisse, chuchote, respire. Là où nos sens sont troublés, d’autres s’éveillent. Ainsi, dans cette obscurité que nous discernons comme vide, voire effrayante, deux figures règnent en souveraines : la chauve-souris et le hibou. L’une vole sans voir, l’autre frappe sans être vue. Toutes deux entendent ce que nous ne percevons pas.

    La chauve-souris, ou l’art de voir avec les oreilles

    Entre ces virtuoses du silence, qui possède réellement l’ouïe la plus performante ? La question paraît si simple, sans l’être pour autant. Car entendre n’est pas qu’une affaire de volume ou de portée. C’est une manière d’interpréter le monde, d’interpréter notre monde. Intéressons-nous d’abord à la chauve-souris. Ces mammifères nocturnes ont développé un outil d’une précision inégalée : l’écholocation.

    En émettant jusqu’à 200 cris ultrasoniques chaque seconde, comme la Myotis lucifugus, elles cartographient leur environnement. Ces sons frappent les objets — un mur, une branche, un insecte en plein vol — puis reviennent vers sous forme d’échos. Son cerveau, qui agit avec une rapidité prodigieuse et phénoménale, transforme ces retours sonores en une image mentale précise de son environnement. C’est un sonar qui fonctionne « à toute berzingue », dirait Lorant Deutsch. La plus grande allure enregistrée est de 160 km/h. Le principe est simple à expliquer, mais vertigineux à réaliser.

    À ce rythme, la chauve-souris distingue la taille, la vitesse, la trajectoire d’un moustique dans le noir le plus total, là où nous avons de la peine à trouver notre chemin chez nous.

    (Crédits : Marcel Langthim/Pixabay)

    Des recherches montrent que Myotis lucifugus sont capables de détecter des proies de quelques millimètres à plusieurs mètres de distance. Cela est possible, car leur spectre auditif est colossal. Il évolue de 20 000 à 120 000 Hz. Quand celui de l’être humain est compris entre 20 à 20 000 Hz, et varie en fonction de l’âge. Leurs oreilles sont mobiles, sensibles, et parfois asymétriques, pour mieux localiser l’origine des sons. Autrement dit, la chauve-souris vit dans un monde sonore qui nous est presque entièrement étranger. Pour elle, la nuit n’est pas noire : elle est structurée, texturée, lisible.

    Le hibou, ce sniper silencieux

    Le hibou, lui, ne crie pas pour entendre. Il écoute patiemment et passionnément. Son ouïe est dite directionnelle et ultra-sensible. Grâce à la position asymétrique de ses oreilles, comme la chauve-souris, il peut localiser une proie en trois dimensions, en analysant les minuscules différences de temps et d’intensité avec lesquelles le son parvient à chaque esgourde.

    Un hibou entend une souris, un mulot gratter sous cinq centimètres de neige. Son cerveau transforme alors ces données en une image mentale ultra-précise. Ce qui lui permet de fondre sur sa proie sans avoir besoin de la voir. D’autant que ses plumes sont adaptées au vol silencieux. Ce qui ne perturbe pas sa propre écoute en déplacement.

    Le génie du hibou repose sur une particularité anatomique rare. Ses oreilles — comme tous les rapaces nocturnes — plus précisément les aigrettes, ne sont pas positionnées au même niveau. L’une est légèrement plus haute que l’autre, mais pas seulement.

    Le silence frappe quand on s’y attend le moins

    Les canaux auditifs sont orientés différemment, l’un vers le haut, l’autre vers le bas. Grâce à cette dissymétrie, les sons émis par une proie mêlant graves et aigus sont amplifiés. Les sons graves localisent la proie sur une ligne horizontale, de gauche à droite. Les sons aigus localisent la hauteur à laquelle se trouve la proie.

    Ce traitement du signal cartographie en trois dimensions la position précise de la proie, ne lui laissant que peu de chance.

    Des expériences scientifiques ont montré qu’un hibou peut fondre sur une souris dissimulée sous plusieurs centimètres de neige, sans jamais la voir. Il n’entend pas seulement le déplacement de l’animal, mais aussi les micro-variations produites par ses mouvements dans le sol. Le son devient alors une véritable image mentale, tridimensionnelle, d’une netteté étonnante.

    (Crédits : Pixabay/Pexels)

    À cela s’ajoute un autre chef-d’œuvre de l’évolution : ses plumes. Leur structure particulière casse les turbulences de l’air, rendanLes deux produisent peu ou pas du tout de bruit durant leur pérégrination. Mais qui des deux capte le mieux les sons dans l’obscurité la plus totale ? Un face-à-face sensoriel aux confins de la perception animale, que nous ne pouvons entendre seulement via la technologie des microphones.t le vol presque inaudible. Le hibou ne parasite jamais sa propre écoute. Il est à la fois radar, calculateur et projectile. Une arme imparable qui se clôture par les serres acérées. Une dernière chose pour ne pas mettre la zizanie dans un couple de hiboux, même si vous trouvez sa femme, chouette, n’oubliez pas qu’elle conserve le nom de hibou. Sinon son mari pourrait vous voler dans les plumes.


    Deux systèmes, une même finalité

    Comparer la chauve-souris et le hibou, c’est comparer deux manières de vivre. La première scrute le monde à coups d’ultrasons. Elle provoque l’information. La seconde reçoit et laisse le réel venir à elle, dans le plus grand mutisme. La chauve-souris excelle dans la navigation, l’analyse fine des formes, la détection rapide du mouvement. Le hibou domine dans la précision directionnelle et la chasse discrète. L’une métamorphose le son en vision dynamique. L’autre transforme l’écoute en certitude. Aucun des deux ne « voit » mieux que l’autre. Ils voient autrement.

    Alors, si entendre symbolise détecter des fréquences extrêmes et analyser l’espace dans le noir complet, la chauve-souris est sans égale. Par contre, si entendre signifie capter le moindre frémissement, soubresaut et localiser une proie sans trahir sa position, le hibou est le maître incontesté. La vérité, est comme souvent. Il n’y a pas de hiérarchie, seulement des adaptations.

    Dans ce monde animal, le mammifère qu’est l’être humain paraît dépassé en tous points. Que ce soit face à l’abeille, le chat, le furet, la puce, le requin… l’évolution de l’espèce humaine a-t-elle laissé de côté des sens et ressenti des siècles passés ?

    Et l’être humain dans tout ça ?

    Face à ces deux icônes de la nuit, l’être humain apparaît passablement désarmé. Notre audition se limite à un spectre étroit. Qui est de plus dépendante d’un environnement calme.

    Tandis que la chauve-souris construit le monde par le son et où le hibou lit l’espace dans le silence. L’être humain s’adapte au fil des ans par la compensation technologique. Ainsi fleurissent microphones, radars, sonars, imagerie acoustique.

    Nous n’entendons pas mieux, juste autrement. Notre force n’est pas sensorielle, mais interprétative. Nous avons appris à traduire ce que nos sens ne peuvent saisir seuls, à prolonger nos limites par la science. Nous ne sommes ni sourd, ni aveugle… quoique. Notre espèce explore la nuit avec des outils, là où l’animal l’habite.

    Cette comparaison entre la chauve-souris et le hibou met en exergue une chose essentielle : le monde ne se limite pas à ce que nous percevons.

    (Crédits : Margarita/Pexels)

    L’invisible n’est pas vide. Il est hors de notre portée sensorielle, de notre propension à l’entendre. À l’heure où nos vies saturent en bruits, alertes et écrans, ces deux sentinelles nocturnes nous offrent une leçon d’humilité. Écouter vraiment, ce n’est pas entendre plus fort. C’est apprendre à faire silence pour laisser le réel se révéler. Et si, finalement, le véritable superpouvoir n’était pas l’ouïe… mais l’attention ?

  • Le professeur Luc Montagnier divise (dernière partie)

    Le professeur Luc Montagnier divise (dernière partie)

    Après avoir été encensé, la communauté scientifique à depuis dévoilé, voire pâlie son étoile et sa renommée internationale. Libération résume parfaitement les faits, car plusieurs désaveux lui ont été signifiés. L’affaire de la papaye fermentée comme traitement de la maladie de Parkinson. En 2009, un bon système immunitaire permet de se débarrasser du VIH « en quelques semaines »… Mais en avançant toutes ces théories, le professeur Luc Montagnier avait-il tort ou raison ?

    Pléthores de reproches lui sont faites, à partir de l’année 2000. De nombreux journaux qualifient de « dérive » les propos de cet éminent scientifique. En 2009, il soutenait l’idée selon laquelle l’ADN pourrait imprimer une empreinte électromagnétique aux molécules d’eau, propriété qu’il prétendra pouvoir être mis à profit pour des tests diagnostiques du sida, ou encore de la maladie de Lyme. Puis, il défendait que les troubles du spectre autistique soient d’origine bactérienne et puissent se traiter par antibiotiques. Durant d’une conférence à Paris en 2017 racontée par Libération. « Je voudrais alerter sur la mort subite du nourrisson. C’est quelque chose d’épouvantable, la cause est inconnue, mais il existe des faits scientifiques, montrant qu’un grand nombre de ces morts intervient après une vaccination », affirmait alors M. Montagnier.

    L’ultracrépidarianisme est en chaque être humain

    Un collectif de 106 académiciens de médecine et sciences lui avait alors reproché de « diffuser, hors du champ de ses compétences, des messages dangereux pour la santé, au mépris de l’éthique qui doit présider à la science et à la médecine ». Enfin, le dernier et pas des moindres, le SARS-CoV-2. Quiconque émet une pensée, une idée ou une théorie à contre-courant de la doxa politique d’un gouvernement, ici français est étiqueté « complotiste ». C’est ainsi qu’opposé à l’injection de solution, délivré par les laboratoires Pfizer-BioNtech, Jonhson-Jonhson, Moderna ou Jansen, qu’il jugeait dommageable, il fut à de nombreuses reprises invité par le site France Soir. L’ultracrépidarianisme est le fait de s’exprimer en dehors de son domaine de compétences, en donnant son avis sur un thème pour lequel on n’a pas ou trop peu d’expertises légitimes ou avérées. C’est aussi les points de vue qui font l’interaction sociale sur les zincs ou ailleurs. C’est souvent en approfondissant notre connaissance d’un sujet que nous prenons conscience de notre propre ignorance.

    Approche scientifique

    Les deux dernières années ont permis la mise en scène de la science sans parler de la Science. « On va être sur une courbe exponentielle », exprimait le mardi 5 janvier 2021, le ministre des Solidarités et de la Santé, Olivier Véran. Si le fond importe peu, pas la forme. Avez-vous vu, entendu, lu une personne durant ce laps de temps vous expliquer ce qu’est une courbe exponentielle ? Il ne faut pas confondre la fonction mathématique exponentielle de la croissance exponentielle. La première est utile aux calculs en série de Fourier, équation différentielle…La croissance exponentielle est un processus qui augmente une quantité au fil du temps, votre âge, et surtout le poids des années, en est un exemple. Décrite comme une fonction, une quantité subissant une croissance exponentielle est une fonction exponentielle du temps, c’est-à-dire que la variable représentant le temps est l’exposant.

    Voici la comparaison entre une croissance linéaire (en rouge), cubique (en bleu) et exponentielle (en vert). La croissance exponentielle est simple à comprendre. Soit la fonction F(x)=2x alors pour 2 le résultat est 4, 8 donne 256… donc pour 20, cela est 1 048 576, plus l’hypothèse x augmente, plus la valeur sera énorme, sans avoir à se mouiller. (Crédits : DR)

    Recherche Versus Science

    Il existe une confusion relayée par certain, quel qu’il soient, célèbre inconnu des réseaux sociaux, politiques, journalistes… La Science (du latin scientia, de scire, savoir) est l’ensemble cohérent de connaissances relatives à certaines catégories de faits, d’objets ou de phénomènes obéissant à des lois et/ou vérifiés par les méthodes expérimentales. « La terre est ronde, je ne suis pas dogmatique, cela peut être démontré, pas besoin de remettre en cause cette vérité scientifique », appuie Étienne Klein. La recherche possède un rapport étroit avec l’incertitude. L’amalgame journalistique admet la confusion entre Science et Recherche, alors l’idée même du doute est inhérente à la recherche, et vient coloniser sur les plateaux télévisuels la science. « On ne demande pas au chercheur d’avoir individuellement l’objectivité de la science, c’est-à-dire de se débarrasser de leurs préjugés, de leurs croyances, aucune personne n’est objective, on peut être soumis à des pressions […] On lui demande d’être honnête », souligne le philosophe des sciences. Un chercheur se pose des questions. Il cherche alors des réponses, qui ne sont pas forcément les « bonnes ».

    Existe-t-il une vie extraterrestre, on en sait rien, donc on fait des recherches !

    Étienne klein. France culture

    Vient le temps de la confrontation, où les résultats obtenus sont présentés à d’autres confrères dont les interrogations sont analogues, voire proches. Il ne reste plus qu’à en discuter, et de la manière dont ils sont recueillis (méthodologie scientifique, protocoles, essai randomisé…). Un propos primordial, ne pas confondre causalité et corrélation. La première est le lien qui unit la cause à l’effet, tandis que l’autre est la relation existant entre deux notions dont l’une ne peut être pensée sans l’autre, entre deux faits liés par une dépendance nécessaire. Tout comme le mensonge est lié à la perte définitive de la confiance, par exemple le fameux nuage de Tchernobyl qui ne serait jamais passé au dessus de la France…

    Publication d’Études

    Ne dit-on pas lorsque plusieurs réitérations d’un même processus, dans divers lieux, ambiances… donnent un identique résultat, il serait fort à propos de croire qu’une once de vérité se soit glissée dans les conclusions. Il faut raison garder, et douter, telle est la recherche. « Quand il y a une dizaine d’études qui disent quelque chose, c’est que c’est vrai », interroge Idrisse Aberkane, qualifié par différents individus de complotiste, car il se pose des questions. Martin Blachier, docteur en santé publique, répond : « c’est signifiant, c’est significatif en tout cas ». Puis Idrisse Aberkane rétorque « d’accord il y a 242 des études qui disent que l’hydroxyde chloroquine a un effet, c’est vrai aussi du coup ? » Nulle question de verser dans une théorie complotiste, ou son antonyme qui en langue française n’existe pas. Le professeur Luc Montagnier évoquait une possible création du SARS-CoV-2 par l’être humain, puis une hypothèse quant à la manipulation génétique, vivement décrié par ses pairs. « Cet article met en évidence une transformation de l’ARN du vaccin Pfizer en ADN dans des cultures de cellules hépatiques, posant la question de leur intégration dans le génome », twittait le professeur Raoult. Le sujet de l’article est « Intracellular Reverse Transcription of Pfizer BioNTech COVID-19 mRNA Vaccine BNT162b2 In Vitro in Human Liver Cell Line », un document de douze pages dont seules les personnes ayant compétence peuvent en saisir l’entièreté de la moelle.

    « Voici notre première photographie en microscopie électronique du SARS-COV-2 recombinant Delta-Omicron », annonçait Didier Raoult sur Twitter. (Crédits : DR)

    D’autres sont septiques « Aujourd’hui est sortie cette étude. Montrant la transcription inverse du vaccin Pfizer dans les cellules hépatiques humaines. J’ai plusieurs réserves sur leurs résultats », explique Nans Florens néphrologue et postdoctorant en biologie moléculaire au Cincinnati Children’s Hospital Medical Center. Cela quelque temps avant de répondre à des journalistes pour la revue Sciences et Avenir. Avec la Dr Nathalie Grandvaux, directrice du laboratoire de recherche sur les interactions hôte/virus au centre de Recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal et Mathieu Rebeaud, doctorant en biochimie des protéines à l’Université de Lausanne. Le titre de l’article est sans appel : « Covid-19 : non, le vaccin Pfizer ne peut pas s’intégrer dans notre génome ». Les chercheurs posent des questions, émettent des hypothèses, parfois abracadabrantes, auxquelles ils travaillent à apporter une réponse, eussent-ils raisons ou torts. Sujets de thèses étranges pour tout un chacun, Obélix pouvait-il s’intoxiquer ? La reconnaissance coloniale du couvain et du champignon chez la fourmi champignonniste, ou, la Spectroscopie tunnel à très basse température de graphène sur rhénium supraconducteur. L’idée de cette dernière est de comprendre ce qui se passe quand le rhénium rencontre le graphène, ce qui d’après l’auteur donne « des couples d’électrons schizophrènes ».

    Le procès de Galilée ou l’affaire Galilée est l’enquête, et condamnation du savant astronome Galilée par l’Inquisition pour avoir dénigré le géocentrisme et soutenu l’héliocentrisme. L’œuvre s’intitule Galilée devant le Saint-Office, une peinture de Joseph-Nicolas Robert-Fleury. (Crédits : DR)

    Galilée dans sa publication du « Dialogue sur les deux grands systèmes du monde » en 1632 entraîne son procès. Le savant est condamné en 1633 à un emprisonnement indéfini et demeure en résidence surveillée jusqu’à sa mort en 1642. Un certain « J’accuse » devenu célèbre porté par Émile Zola concernant l’affaire Dreyfus. « […] il faut apprendre à distinguer la science de la recherche. La science, c’est des connaissances établies, prouvées jusqu’à preuve du contraire, et il n’y a pas lieu de le remettre en cause tous les quatre matins temps. Vous n’avez pas besoin quand vous êtes un chercheur de reposer la question de la forme de la terre, c’est acquis, et sauf surprise incroyable c’est bon quoi, on a tranché la question. Alors que la recherche, c’est des questions dont nous connaissons pas les réponses. […] Dans les mêmes canaux circulent et se contaminent des connaissances, des croyances, des commentaires, des fake news, des bobards…», souligne Étienne Klein dans MatriochK.

    « Si je doute, ce doute ne vise pas tant les faits eux-mêmes que l’extrême degré de croyance qu’on a en eux. » Théodor Fontane / Le Stehlin (Crédits : John Hain/Pixabay)

    Le laps de temps de deux années a permis de voir beaucoup de chose et de comprendre en partie l’Humanité, comme l’avais écrit Gustave Le Bon dans « Psychologie des foules ». Car pendant la crise du covid-19, il a été demandé à la science de se ranger sous la coupe de l’opinion. Étienne Klein invité de David Pujadas sur LCI expliquait l’origine de « Le goût du vrai ». Le philosophe des sciences explique que « c’est un sondage paru le 5 avril (2020) dans Le Parisien, on demande aux français est-ce que tel médicament (hydroxychloroquine) est efficace ou non ? À un moment où aucune enquête épidémiologique n’avait conclu, autrement dit personne ne connaissait la réponse à cette question : 59 % des Français ont répondu oui, 20 % ont répondu non, et, seulement 21 % ont répondu je ne sais pas. Autrement dit, 79 % des Français connaissaient la réponse à une question dont personne ne connaissait la réponse. » Souvent les paroles dépassent la pensée, car la croyance en un Dieu ne veut en aucun cas dire que nous savons si ce Dieu existe ou non. Le professeur Luc Montagnier était un scientifique, mais avant tout un chercheur qui émettait sans cesse des hypothèses, qui chaque instant de sa vie s’est interrogé, questionné, remis en question, trompé, car c’est le propre de tout être humain, ou presque. Bertrand Russel se penchait philosophiquement sur le sujet et disait que « L’ennui dans ce monde, c’est que les idiots sont sûrs d’eux et les gens sensés pleins de doutes. »



  • « C’est un yéti ! »

    « C’est un yéti ! »

    La vie de la nature étonne à chaque instant. Que ce soit le Yéti, découvert en 2005, le Toxot, l’autruche ou encore le Wombat, tous font preuve d’une particularité qui les rend extraordinaires. Les plus âgés furent bercés au son des histoires rocambolesques du célèbre reporter croqué par Hergé, avec entre autres « Tintin au Tibet » et la rencontre avec l’abominable homme des neiges. Cette légende n’existe plus, depuis l’année 2005. Mais saviez-vous que le wombat court plus vite et plus longtemps qu’Usain Bolt ?

    Il est blanc, il est poilu et vit caché, c’est le fameux Yéti ! Pas tout à fait, c’est le Kiwa Tyleri, le petit dernier de la famille des crabes-yétis à avoir été découvert, mais le premier dans les eaux froides de l’Antarctique, en 2015. Le premier représentant du groupe de créatures aux pattes velues, mis à part l’Homme a été détecté dans l’océan Pacifique Sud, il y a une décennie.

    A la découverte du crabe yéti

    À contrario de l’abominable homme des neiges avec qui il partage son nom, ce crustacé à pinces mesure de 0,5 à 15 centimètres. Ce n’est que la troisième espèce de crabe-yéti connue à ce jour. Des scientifiques, en exploration, dirigeaient leur véhicule vers les sources hydrothermales de l’est de la dorsale Scotia.

    crabe, yéti, groupe

    Elle se situe à plus de 2 600 mètres de profondeur. Ils découvraient que d’importantes communautés de crabes-yétis y vivaient dans des conditions stupéfiantes. Les températures ici-bas dépassent de peu le point de congélation, cependant, l’eau qui s’échappe des sources brûlantes le cuirait instantanément avec ses 400 °C.

    Les crabes-yétis, qu’ils soient femelles ou mâles, se regroupent sur une source hydrothermale de la dorsale de Scotia. Ils vivent à 700 par mètre carré.

    Dépourvus de rayons de soleil, ces crabes trouvent leur ressource vitale en mêlant l’utile à l’agréable. Grâce à leur pilosité plus qu’importante, nommée setae, ils attirent les bactéries dont ils se nourrissent principalement, et prennent le surnom de « crabe Hoff », en hommage à la star d’Alerte à Malibu David Hasselhoff. (Crédits : NERC Conseil national britannique de recherche environnementale)


    Sven Thatje (directeur de l’étude et écologiste à l’université de Southampton au Royaume-Uni) avoue préférer le nom officiel de l’espèce, K. tyleri. Un choix effectué avec son équipe pour rendre hommage à la carrière de Paul Tyler, professeur émérite de l’université de Southampton et pionnier de la recherche en eaux profondes.

    L’œil plus gros que son cerveau

    Dans les particularités, l’autruche en possède plus d’une, mais celle de son œil n’est pas piquée de hannetons. Premièrement, l’image qu’elle plante sa tête dans le sable pour se cacher est pure légende. Elle vient de Pline l’Ancien, naturaliste romain, qui rapportait ce phénomène dans Histoire naturelle, au premier siècle de notre ère. Néanmoins, cet oiseau pourrait presque dunker sans sauter.

    Elle mesure pour les plus grandes jusqu’à 2,80 m quand le panier de basket culmine à 10 pieds ou 3,05 mètres. L’autruche est le plus grand des oiseaux, pèse 90 kilos chez les femelles et près de 150 kilos pour les mâles. Elle peut aussi sauter jusqu’à 1,5 mètre en hauteur et des bonds de 4 m. Son espérance de vie à la naissance est de 70 ans, et de 40 ans en captivité.

    C’est pourquoi, voyant ses prédateurs de loin, elle a tendance à se plier pour bénéficier du fait des mirages pour se cacher. L’effet visuel de réflexion de la lumière donne la sensation de grande flaque d’eau, ainsi le plus gros et plus grand des oiseaux se sert à bon escient de ses capacités mentales.

    (crédits : Andreas Volz/Pixabay)

    Œil, autruche, nature


    Chose impressionnante, car l’autruche a deux yeux de 5 cm de diamètre quand l’homme atteint tout au plus 2,4 cm. De plus chaque globe oculaire pèse 47,6 grammes, pour 7 chez l’homme. Enfin son cerveau est 33 fois plus petit que celui de l’homme (1,4 kg) avec 42,1 grammes, ce qui démontre que la taille ne fait pas tout.

    Vous êtes plus Cupidon ou Toxot ?

    Dans le but d’atteindre votre but à l’aide d’une flèche, préféreriez-vous être Cupidon ou le Toxot ? Tous deux sont redoutables et font mouche à chaque fois. Le premier est, selon la mythologie romaine, le fils de Vénus et de Mars. Le second est connu sous le nom de Toxotes Jaculatrix, ou poisson archer à bandes noires. Il est un petit prodige des mangroves d’Asie du Sud-Est et d’Océanie. Long d’à peine 20 cm, il possède un talent hors du commun : il crache de l’eau avec une précision chirurgicale pour faire tomber les insectes perchés sur les branches, parfois à plus de deux mètres au-dessus de la surface.

    Poisson, archer, cupidon

    Loin d’être un simple jet désordonné, son tir est calculé, corrigé par la réfraction de l’eau, et ajusté selon la distance. On pourrait croire à une fable, si la science n’avait pas validé cette adresse stupéfiante. Originaire des côtes sud de l’Asie, il mesure en moyenne 20 cm. Il possède la capacité d’envoyer un jet d’eau à deux mètres au-dessus de la surface, soit dix fois sa taille.

    Un tube se forme entre son palais et le bord de sa langue. Il recueille de l’eau qui sera éjectée avec force en fermant ses ouïes. Pour être sûr de toucher leurs proies, chaque jet est dix fois plus important que la cible (insectes, lézards, araignées…). En cas de blocage de cette dernière, cet « as de la gâchette » peut effectuer un bond hors de son milieu naturel de 30 cm. (Crédits : Marhi_226/flickr)

    À sa manière, le toxote est le Cupidon des mangroves : sauf que ses flèches ne percent pas les cœurs, elles décrochent les proies. Là où le dieu ailé vise les sentiments, le poisson archer vise la survie. L’un déclenche l’amour, l’autre l’ingestion. Mais tous deux partagent une arme : la précision. Et dans les deux cas, gare à celui qui croise leur trajectoire.

    Le Wombat bat à la régulière Usain Bolt

    Si la comparaison demeure anecdotique, le Wombat, marsupial dodu de trente kilogrammes environ, peut sprinter à 40 km/h durant 90 secondes, en cas de danger. Il effectuerait le 100 m en 9 secondes, alors qu’Usain Bolt, qui détient le record du monde depuis le 16 août 2009, terminerait avec 58 centième de seconde de retard. De plus, son arrière-train est doté d’une plaque cartilagineuse dure, protégeant l’entrée de son terrier.

    L’originalité réside en l’expulsion de ses excréments sous la forme de cube. Cette particularité est associée au nombre de cacas quotidien, comme le lapin, il est prolixe. Pas moins de 100 chaque jour, mais de la forme d’un dé à jouer.

    Le wombat à nez nu (Vombatus ursinus) laisse comme marque de son territoire des crottes cubiques. Comment fait-il alors que son anus est rond ? Voici la question que se sont posée des scientifiques. Scott Carver, spécialiste australien de la faune sauvage et coauteur de l’étude, dissèque un cadavre de wombat euthanasié après avoir été percuté par une voiture. Il remarque alors la présence des fameuses crottes cubiques dans le dernier mètre des boyaux de l’animal. (Crédits Yang Et Al)

    Australie, wombat, nature

    En revanche, les excréments sont encore liquides en amont. Ils ont examiné les intestins, et constaté qu’ils contiennent deux rainures où les viscères sont plus flexibles. Les parties les plus rigides sont « comme un élastique rigide, elles vont se contracter plus rapidement que les régions molles », souligne David Hu, chercheur en biomécanique au Georgia Institute of Technology et auteur de l’étude.

    crotte, cubique, australie

    Une crotte en forme de cube est déposée par le mammifère sur le sommet d’un rocher. Il borne les limites de son territoire.

    Les zones intestinales plus souples se contractent lentement et moulent les derniers coins du cube, explique l’équipe. Chez d’autres mammifères, le péristaltisme ondulatoire des muscles gastro-intestinaux est constant dans toutes les directions.

    Mais chez le wombat, le tissu rainuré et les contractions irrégulières sur de nombreux cycles forment des cubes fermes aux côtés plats. Cette étude, pour le moins originale, peut prêter à rire. (Crédits : Yang Et Al)

    Mais pour Scott Carver, cette façon de fabriquer des cubes à partir d’un tube souple pourrait être appliquée à d’autres domaines, comme le secteur de la santé ou de l’industrie. Une question se pose : « quelles sont les véritables inventions de l’Homme ? »