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  • Smartphones : deux heures pour se retrouver

    Smartphones : deux heures pour se retrouver

    À Toyoake, petite ville japonaise de près de 70 000 habitants, un arrêté municipal invite la population à limiter l’usage du smartphone à deux heures quotidienne. Sans aucune contrainte, la mesure suscite débats, résistances et réflexions. Il fut un temps où l’on accusait l’individu. Manque de volonté, faiblesse de caractère, dépendance mal assumée s’étendent dans chaque bouche. Puis les écrans se sont multipliés, miniaturisés, glissés dans les poches, aux poignets et jusque dans les chambres d’enfants. À mesure que l’usage devient universel, la faute cesse d’être privée. Derrière cette controverse, une interrogation bien plus vaste se dessine. Que produit l’hyperconnexion à nos cerveaux, à notre attention, et à la vie collective elle-même ?

    Au cours de l’automne 2025, Toyoake pose un jalon symbolique, une préconisation : limiter l’usage du smartphone à deux heures par jour. Pas de répression, pas d’amende, ni de contrôle. Une invitation, presque une supplique. L’expérience éclaire une société qui ressent, presque honteuse, que quelque chose lui échappe. Un triptyque composé du temps, de l’attention, et du sens.

    Quand l’attention devient une affaire collective

    Longtemps, l’addiction au smartphone est pensée comme une question morale, voire un manque d’éducation. Or, la science nous parle de neurobiologie. Le sacro-saint téléphone portable, pour certains, leur « précieux » n’est pas qu’un simple outil. Il est conçu pour être un objet à renforcement intermittent. Il alterne des notifications, likes et informations plus ou moins indispensables. À chaque vibration, une promesse ; à chaque promesse, une micro-décharge de dopamine… bref, ce qui peut s’apparenter à une dose chez un drogué.

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    Les conséquences sont connues et reconnues. Des troubles du sommeil, de la fatigue chronique, des difficultés attentionnelles accompagnées d’une anxiété diffuse. Chez les plus jeunes — concernés par la détermination française d’interdire l’accès aux réseaux sociaux aux moins de quinze ans —, les médecins observent des retards de concentration et une désorganisation du rythme veille-sommeil.

    Le point de vue change. Ce qui relève du « manque de volonté », ou d’éducation devient un enjeu de santé publique.

    Au Japon, les autorités invitent à la discussion familiale, à la prise de conscience, tout en douceur, aucunement répressif comme c’est déjà le cas en Australie.

    (Crédits : Engin Akyurt/Pexels)

    La question reste et demeure universelle. Jusqu’où une société peut-elle — doit-elle — intervenir pour protéger le cerveau en maturation de ses plus jeunes. La « Gen Z » est née avec le smartphone au sortir du berceau. L’autorégulation individuelle ne se suffit plus à elle-même ? Comme pour l’alcool, le tabac ou le sucre, la frontière entre liberté et protection devient poreuse.

    La génération biberonnée par le scroll

    Ce qui se joue à l’échelle de la planète dépasse le cas japonais. Dans les universités américaines, des enseignants racontent une scène devenue banale. Des étudiants, dans un cursus cinématographique, sont incapables de regarder un film jusqu’au bout. Dans l’enquête publiée par The Atlantic, des professeurs décrivent des élèves présentant des signes d’agitation ou de fuite. Ils consultent leur téléphone, de façon anachronique et compulsive, comme s’ils cherchaient de l’air. L’attention, comme la mémoire est une fonction plastique, vulgairement une éponge. Elle se travaille, se muscle, s’entretient. À force de séquences brèves et de contenus conçus pour être abandonnés avant la fin, le cerveau s’habitue à l’instantanéité.

    La continuité s’avère éprouvante, presque douloureuse. Le film « Demolition Man » devient prophétique. Ainsi, sur Reddit, trois commentaires résument le tout. ProfessionalMoose 123 écrit : « Un truc à remarquer aussi : ils n’écoutent que des musiques de 30 secondes, qui sont des jingles de pubs. Ça me rappelle TikTok. » CE que poursuit RexTheSkibiriToilet : « Oh là là… de nos jours, la distinction entre pub et divertissement, c’est presque zéro. Les influenceurs font la promo de produits au milieu de vidéos perso, les jingles deviennent des mèmes. ». Puis la conclusion est apportée par r/filmes : « J’ai été impressionné par la façon dont “San Angeles” en 2032 ressemble à notre monde d’aujourd’hui. »

    Rupture majeure dans l’attention

    Anthropologiquement, la rupture est majeure. Car la « Gen Z » est la toute première à ne pas connaître un monde sans écran portable. Le cinéma, les interminables récits, les conversations sans pause deviennent des expériences exigeantes, voire anxiogènes.

    Cette mutation se constate d’ores et déjà. La chute de l’attention soutenue, une difficulté croissante à lire un texte long, à suivre un raisonnement complexe, ou à mémoriser sans support immédiat. Les conséquences sur les apprentissages et le niveau scolaire nourrissent un sentiment de décrochage. Face à cette exigence cognitive, le smartphone s’impose comme une béquille permanente, ou inversement. Les étudiants y trouvent distraction et outils. Les moteurs de recherche, résumés automatisés, et désormais intelligences artificielles conversationnelles et génératives mobilisées pour faire — ou finir — les devoirs. Non par paresse, mais parce que l’attention n’est plus disponible ce genre d’effort.

    (Crédits : HMizuno K/Pexels)

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    Le téléphone n’est plus seulement un écran qui détourne, qui occupe, qui relie. Il devient un dispositif de compensation cognitive. Cela révèle l’univers d’une génération sommée de produire dans un monde qui a méthodiquement sapé les conditions de la concentration. Ce n’est pas une fin en soi, mais une civilisation qui ne sait plus attendre, ni regarder longtemps, ni écouter sans vérifier ailleurs, ni s’ennuyer se transforme en profondeur. La proposition de loi été adopté par 116 voix contre 23 (577 députés au total).

    Une règle imparfaite pour une question essentielle

    À Toyoake, seuls 7 % des habitants disent avoir réellement modifié leurs usages. Le débat a le mérite d’exister. La société japonaise accuse la mairie d’ingérence. L’édile interrogé par Asahi Shimbun et NHK, explique que « l’objectif n’est pas de contrôler, mais de faire prendre conscience. » Il n’y a pas de vérité universelle, ni l’apanage scientifique derrière cette durée, juste un prétexte, somme toute symbolique. C’est un point de départ d’une réflexion collective. Plusieurs participants racontent n’avoir pas réussi à se contenter de deux heures. Mais, ils estiment avoir gagné autre chose. Une méthode pour des journées plus longues, des conversations plus attentives, et une connexion à l’instant présent.

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    En Europe, le débat prend une tournure plus frontale. En Italie, le gouvernement a choisi la voie de l’interdiction. À la mi-juin 2025, une circulaire du ministère de l’Éducation bannit l’usage du smartphone dans les lycées. Elle évoque les effets délétères de l’hyperconnexion sur la santé, la concentration et les apprentissages, rapportent La Repubblica et Il Post. La presse comme les foyers italiens se divisent. Certains titres saluent une mesure de « désintoxication » nécessaire face à la baisse du niveau scolaire ; d’autres s’interrogent sur la pertinence d’extraire de l’instruction un objet omniprésent dans le monde extérieur.

    Bannir ou affronter ?

    « Le smartphone n’est plus seulement un outil, mais une prothèse cognitive et sociale, un lieu où se mêlent savoir, relations et imaginaire. » L’école doit-elle bannir l’écran, ou affronter le défi de l’éducation au numérique ? Derrière la divergence des méthodes, des opinions, une même inquiétude affleure : « Comment transmettre le goût et la capacité d’apprendre dans un monde où l’outil le plus utilisé fragilise précisément l’attention dont l’apprentissage dépend ? »

    Le débat révèle une tension essentielle de nos démocraties contemporaines : comment préserver la liberté individuelle sans renoncer à toute responsabilité collective ? Comment nommer un problème sans infantiliser ? Comment protéger sans interdire ? Comment expliquer à ceux qui l’utilisent comme ils respirent, qu’ils doivent sans passer avant quinze ans ?

    Le Japon, souvent caricaturé pour son conformisme, poser une question ouverte. Si cette opération n’est pas la solution, elle propose une invitation à la discussion. Car selon un rapport de l’OCDE « l’utilisation des smartphones et autres appareils numériques à des fins non éducatives en classe est liée à une distraction accrue et à des résultats scolaires moins bons. » (Crédits : cottonbro studio/Pexels)

    La Japonaise, Toyoake, n’a pas réglé l’addiction aux smartphones, mais elle a fait beaucoup mieux. Elle a rendu visible l’invisible. Dans un univers où les technologies rivalisent d’ingéniosité pour capter notre attention, le courage n’est peut-être pas de se connecter, mais d’apprendre à se déconnecter pour se reconnecter au monde réel. Finalement deux heures, n’est pas grand-chose, mais beaucoup en même temps.

  • Écrans : Quand le silence s’installe avant les mots

    Écrans : Quand le silence s’installe avant les mots

    Dans les cuisines encombrées de jouets, les salons encore en désordre, les poussettes à l’arrêt devant un feu rouge, un geste est devenu presque machinal, quasi un réflexe. Un doigt glisse sur un écran, une vidéo se lance, le calme revient. L’enfant se tait. Pour beaucoup de parents, cet instant est vécu comme un répit. Pour les chercheurs britanniques, il ressemble à un avertissement. Une étude anglaise enclenche le signal d’alarme : l’exposition prolongée aux moniteurs fragilise le développement du langage chez les tout-petits.

    Au Royaume-Uni, une étude menée par les universités d’Oxford, de Cambridge et de l’University College London a mis des mots — et des chiffres — sur une inquiétude diffuse. Le constat semble sans appel : l’exposition prolongée aux écrans fragilise le développement du langage chez les tout-petits. Cela ne s’opère pas de manière spectaculaire ou brutale, mais via une lenteur implacable, un patient effacement. Un glissement discret, presque invisible, où les mots tardent à venir.

    Quand les écrans imposent le silence des tout-petits

    Les écrans font partie du paysage familial, que nous le voulions ou non. Ils se sont installés sans fracas, portés par des promesses de modernité, d’éveil, même parfois d’enseignement. Ils sont un besoin créé de toutes pièces pour la génération des boomers, un outil pour autrui, et l’indispensable pour la Gén Z. Le département en charge des programmes scolaires outre-Manche relate en janvier 2026 une étude intitulée : « Les enfants des années 2020 : environnement d’apprentissage à domicile et temps passé devant les écrans à l’âge de deux ans ». Le résultat indique qu’à l’âge de deux ans, « 98 % des enfants regardent la télévision, des vidéos ou d’autres contenus numériques sur un écran chaque jour ». D’autres remarques stipulent une moyenne de 127 minutes par jour, contre 29 minutes à neuf mois.

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    L’Organisation mondiale de la santé (OMS) préconise de ne pas dépasser une heure entre deux et quatre ans. La génération des boomers vous dira qu’ils ne doivent pas du tout passer de temps à regarder des écrans. La ministre de l’Éducation, Bridget Phillipson, explique que la question n’est plus de savoir s’il faut les utiliser, mais comment ? C’est précisément ce « comment » que l’étude interroge. Les chercheurs suivent près de 5 000 enfants entre neuf mois et deux ans, les chercheurs ont évalué l’impact du temps passé devant les écrans sur le développement du langage. Les résultats sont sans appel. Les enfants exposés environ cinq heures par jour ne reconnaissent que 53 % des mots testés, contre 65 % chez ceux dont l’exposition se limite à moins de trois quarts d’heure quotidiens. Ainsi, à partir d’une heure et demie par jour, le lien entre écran et pauvreté du vocabulaire est incontestable.

    Pauvreté du vocabulaire

    Le langage n’est pas une MAJ, ne se télécharge pas. Il naît dans l’échange, dans la répétition, dans l’approximation d’un mot prononcé trop tôt. Il se forge dans le regard de l’adulte, dans l’intonation, dans la réponse immédiate à un babillage. L’écran n’agit pas, il reste muet. Il diffuse, un point c’est tout.

    Les chercheurs s’inquiètent également des effets sur le comportement. Selon le Times, près de 40 % des enfants exposés cinq heures par jour présenteraient des signes de troubles émotionnels ou comportementaux. Cela contre 17 % chez les enfants moins exposés. De plus, 77 % des familles à revenus élevés consacrent du temps chaque jour à la lecture avec leurs enfants, et seules 32 % des familles à faibles revenus expliquent l’étude. Ainsi, 73 % des parents (caregivers) ayant le plus haut niveau d’éducation font la lecture à leurs enfants, contre 29 pour cent de ceux ayant le niveau d’éducation le plus bas. (Crédits : Tima Miroshnichenko/Pexels)

    Ce que cette étude met au jour, c’est l’émergence de disparités profondes. Le niveau global de langage, outre-Manche, n’a pas chuté par rapport aux générations précédentes, mais les écarts se creusent. L’écran devient un révélateur social. Cet objet « culturel » de substitution là où le temps, l’accompagnement ou les ressources manquent cruellement. Tout aussi inquiétante est la santé mentale des adolescents. Car 41 % d’entre eux qui utilisent le plus les plateformes évaluent leur santé mentale globale comme médiocre ou très pauvre, contre 23 % de ceux qui en ont la plus faible utilisation.

    La charge mentale au galop

    Les mères représentent 78 % des personnes élevant les enfants, qui plus est dans les familles où un seul parent assume la garde. Elles portent majoritairement la charge mentale : l’organisation du quotidien, la culpabilité silencieuse des choix éducatifs. Entre les injonctions contradictoires — stimuler sans surstimuler, protéger sans isoler, travailler sans s’absenter, être la mère et le père —, l’écran apparaît comme une solution temporaire à un problème structurel. Le débat autour du numérique chez les tout-petits ne peut donc être dissocié de celui de la parentalité contemporaine, et encore moins de celui de la place des femmes.

    Si la communication de l’élue Insoumise Mathilde Hignet est maladroite, elle a tout de même le mérite de mettre en exergue le retour à l’emploi des mères après une maternité, et de la charge mentale associée. Outre-Manche, la commissaire à l’enfance Rachel de Souza pilotera, dès avril, un groupe d’experts. Il sera chargé des recommandations à destination des parents d’enfants de moins de cinq ans.
    À force de dire aux parents comment éduquer leurs enfants, ces derniers ont démissionné. Il serait temps de remettre l’église au milieu du village. Laisser l’éducation aux parents et l’enseignement à l’école. Ainsi, l’objectif n’est pas d’interdire, indique-t-elle, mais d’accompagner. Le but est d’encourager les activités partagées, de parler, de jouer, de lire avec les enfants, de proposer des alternatives aux écrans… encore faudrait-il avoir la disponibilité quand la famille est monoparentale. Bridget Phillipson insiste sur un point essentiel : les parents doivent être associés au processus, non sommés d’appliquer des règles descendantes.

    Véritable démission des parents ?

    Les professionnels britanniques de la petite enfance saluent cette initiative. Certains responsables plaident pour un encadrement plus strict, voire une interdiction des réseaux sociaux avant seize ans, à l’image de l’Australie. Mais, la majorité des responsables est des hommes nés à une période où l’informatique n’existait pas, le smartphone et son univers encore moins. Londres hésite de surcroît. Le cœur du problème n’est pas l’écran lui-même, mais ce qu’il remplace lorsqu’il devient omniprésent. Car la charge mentale, d’un enfant à éduquer est un sacerdoce, surtout lorsque vous êtes seule à l’élever, comme 78 % des mères célibataires interrogées par l’étude. (Crédits : Ivan S/Pexels)

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    Redonner toute sa place à la parole adressée, au jeu partagé, à la lecture à voix haute, ce n’est pas revenir en arrière. C’est rappeler une évidence oubliée : avant d’être connectés, les enfants ont besoin d’être regardés, écoutés, comme ils doivent apprendre à répéter des mots avant de scroller. Le langage est leur premier territoire, leur première liberté.

    « Mon monde va rétrécir »

    Que penser du tsunami qui a déferlé le 9 décembre 2025 sur l’Australie ? L’interdiction et donc la censure pour les moins de seize ans de tout réseau social (RS) au pays du kangourou interpellent. « Mon monde va rétrécir », s’insurge Ezra Sholl, ado de quinze ans souffrant de paralysie à la suite d’un lymphome de Hodgkin. L’expression est nue, criante de vérité, d’une authentique crainte : la fermeture d’un espace qui, pour lui, est un lien. Les plateformes sont une représentation de la société. Les filtres et autres add-ons accélèrent l’expérience utilisateur. Mais c’est souvent le premier journal intime livré en pâture. Les messages ne sont pas tous bienveillants, comme l’est la confrontation à la vie réelle.

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    Dans une allocution adressée aux adolescents, Anthony Albanese, le Premier ministre invite les jeunes concernés à lire, à faire du sport, à jouer de la musique, à vivre « en chair et en os ». Un message empreint de nostalgie idéalise une enfance passée, plus simple. Sous-entendu « c’était mieux avant ». Sauf qu’ici, il ne souffre aucune comparaison. L’un est issu de la génération des boomers et l’autre l’Alpha : deux salles, deux ambiances.
    Ils sont des lieux de socialisation, d’information, de communication (politique) et de débat. Ils construisent l’identité et la pensée critique, du meilleur jusqu’au pire. Interdire, c’est choisir de couper plutôt que d’accompagner, de suspendre au lieu d’enseigner, voire éduquer. C’est aussi prendre le risque du contournement, hors de tout cadre protecteur, s’il y en a un.

    La neutralité n’existe pas

    Si les différentes plateformes doivent rendre des comptes, il existe dans le monde « 5,68 milliards d’individus uniques utilisant des téléphones mobiles à la fin du mois de juin 2024 ». Apprendre à se protéger en ligne, à reconnaître les mécanismes d’emprise, à développer une distance critique, ne se décrète pas par la loi. Cela s’enseigne, s’accompagne, se discute. Car, « l’expérience des autres est comme un peigne pour un chauve. Ça ne sert à rien ! »

    Du Royaume-Uni au pays d’Oz existe un fil rouge entre l’interdiction et les recommandations sur l’usage des écrans. Dans les deux mettent en évidence la même inquiétude affleure : celle d’un numérique qui, mal régulé, fragilise le lien humain. Pour les plus jeunes, il entrave l’apprentissage du langage. Chez les adolescents, il peut enfermer dans des bulles, exacerber les comparaisons, accentuer les solitudes, comme son contraire. (Crédits : cottonbro studio/Pexels)

    Prendre soin d’un enfant de deux ans n’exige pas les mêmes ressources que de préserver un adolescent de quinze ans. Le premier a besoin de mots, de contact visuel, de présence continue. Le second a plutôt besoin d’espace, de reconnaissance, de confiance. En rompant brutalement l’accès aux réseaux sociaux, on risque de confondre protection et mise à distance, soin et contrôle. Grandir avec le numérique est désormais une réalité anthropologique. Les adolescents ne demandent pas l’absence de règles, ils les cherchent. Ainsi, deux camps s’opposent. Le premier est de laisser les enfants user et abuser d’écrans. Puis de l’autre, l’exemple de Marie-Estelle Dupont indique que chez elle, il n’y a pas de télévision, pas de jeux vidéo, pas de tablette, et pour le téléphone portable, le premier est arrivé en cinquième. C’était un neuf touches. « Une arme de destruction massive pour son intelligence ».

  • Quand Flavien passe près de la correctionnelle (43/55)

    Quand Flavien passe près de la correctionnelle (43/55)

    Ce matin-là, le réveil sonne à 6 h 45. La nuit a été humide, tout est à nouveau trempé. Le jour s’apparente à la nuit, le ciel est rempli de nuage, filtrant la chaleur du soleil. Mais pour boucler ce triptyque autour du Tongariro, Flavien doit mettre les bouchées doubles. Mais c’est aussi une journée placée sous le signe de la rencontre. Les nycthémères se suivent et se ressemblent. « Comme hier les nuages empêchent le soleil de paraître », se désole Flavien. L’ensemble de son matériel devra attendre la soirée pour sécher à l’auberge.

    Peu avant huit heures, l’aventurier file en direction de Whakapapa pour clore ce chapitre de trois jours. L’ultime étape de quinze kilomètres est donnée pour 5 h 45. « Selon les prévisions météorologiques, il doit pleuvoir pour midi. » Flavien enclenche la seconde, pour éviter de se mouiller. Les paysages similaires à hier forment une boucle temporelle.

    Une dépendance, malgré lui, au smartphone

    Aucune nouvelle espèce ne s’offre à lui. Les nuages étreignent le trio volcanique. Le sentier aménagé est propice à l’accélération, le baroudeur fuse à 4 km/h. « Il n’y a pas grand-chose à raconter… si ce n’est que le Ruapehu s’est découvert quelques minutes, histoire que je fasse quelques photos, avant de retrouver sa coiffe blanche. » Chemin faisant, la cascade, Taranaki fall, ne laisse pas l’aventurier pantois. Décidé, il arrive vers onze heures trente à destination.

    « Finalement, 3 h 45 plus tard, j’arrive au village », explique-t-il la mine radieuse. En effet, il met ainsi un terme à la marche longue et monotone de la matinée. D’autant qu’il trouve un point Wi-Fi à l’accueil. Ce qui lui permet d’identifier quelques belles encore inconnues à ses yeux. Mais avant de contenter sa curiosité culturelle, en visitant le petit musée de la maison du parc, « je mange le fromage et le pain qu’il me reste ». L’espace-temps s’allonge et se distord. « Je traîne pas mal, car je profite du Wi-Fi gratuit. » Peu après quatorze heures, l’aventurier du bout du monde tend son pouce gauche vers l’asphalte. Dix minutes s’écoulent, quand un véhicule le prend en stop. C’est une compatriote qui s’arrête, et cerise sur le gâteau. « Elle va à la même auberge que moi, c’est beau ! »

    Croque-Monsieur au menu

    La YHA National Park Backpackers & Climbing Wall, bien nommée. Mais avant de profiter du confort d’une douche et de son utilité qui n’est pas à démontrer, « je passe à la supérette acheter des timbres et à manger pour la suite, ce soir, croque-monsieur au menu ».

    Je n’avais pas encore imaginé à en faire, c’est pourtant si simple, pense-t-il à voix haute… Le goûter à base de yaourt, de mueslis et de banane le refait. Bien repu, « j’accompagne Idonie à la salle d’escalade ». Attenante à l’auberge, son mur de huit mètres ravive les passions. Flavien y loue un baudrier. « Je passe un peu plus d’une heure à l’assurer, il y a longtemps que je n’avais pas fait ça. »

    Elle est Anglaise, Française et Belge. Elle bourlingue depuis ses 18 ans. « C’est son 250jour de voyage… petit joueur je suis », conçoit le naturaliste. Puis, il s’exclame en pensée : « Enfin, j’ai quand même vécu près d’un demi-millier de jours sur Amsterdam. » Avant, elle était au Canada, en Colombie, puis elle s’envole aux États-Unis après… (Crédits : Aciphylla squarrosa — Apiaceae/Flavien Saboureau)

    Vers dix-huit heures, pendant que la machine à laver le linge fait son office, Flavien se lance dans l’écriture de quelques cartes postales. Les deux « backpackers » cuisine au barbecue. Le duo discute à bâtons rompus, jusqu’à la nuit tombée. Détail qui a son importance, la maman d’Idonie est aussi botaniste et elle bosse dans la production des vaccins. « Ce soir je voulais naviguer, parler, mais le mot de passe du Wi-Fi que j’avais sur un ticket s’est effacé pendant la rando, avec la friction dans mon porte-monnaie ; l’accueil n’étant pas ouvert, je ferai sans. »

    À quelques secondes près

    « Ce matin-là, je ne suis pas pressé. Mon bus pour Auckland est réservé pour 13 h 40. » Flavien émerge comme l’aube, tranquillement. Alors que Casimir concocte un Gloubi-boulga, Flavien se prépare son petit déjeuner au top : le reste du mégayaourt mélangé à des céréales et une banane.

    Il est 13 h 30 quand il se dirige vers l’arrêt de bus. L’aventurier du bout du monde ne se précipite pas. « Qu’est-ce que je vois ? Le bus qui prend la route  », s’insurge Flavien.

    Le naturaliste s’agite, produit de grands gestes en direction du chauffeur. Ce dernier lui répond par des appels de phares, puis stoppe. « Il m’explique m’avoir téléphoné hier pour dire qu’il partait plus tôt aujourd’hui. » Mais comme le mot de passe pour se connecter au Wi-Fi s’est effacé, que l’accueil était fermé, Flavien n’a pas pu recevoir de messages ou d’appels.

    « Un peu plus je le loupais alors que j’étais à l’heure, elle aurait été bonne celle-ci. » Soulagé, mais légèrement stressé, le naturaliste arrive à redescendre en tension. Comme à l’aller, un très long arrêt a lieu à Taumarunui… pour changer de chauffeur. Il en profite pour manger le reste de yaourt. (Crédits : Marius Mann/Pexels)

    Auckland est annoncé peu avant vingt heures. « Je me dirige vers l’auberge Surf’n Snow Backpacker. Ils ont de la place, top ! », se réjouit Flavien. Sauf que la chaleur dans la chambre est incroyable. Qui plus est un pensionnaire dort. Il est assisté d’un appareil facilitant la respiration. « J’appréhende pour les ronflements cette nuit », glisse-t-il. Mais avant de se coucher, il achète une pizza à un petit prix. « … On dirait du plastique, pas un bon plan, la bouffe ici… » À suivre…

  • Des agents (encore) identifiés à cause d’une appli

    Des agents (encore) identifiés à cause d’une appli

    Alors que TikTok est une menace pour la sécurité nationale des USA explique le sénateur John Tune, il n’est plus accessible le 19 janvier 2025, et rétablit le quelques heures après par le président Trump, pas encore investi. Sauf que ce réseau social est utilisé principalement sur smartphone. Récemment, des militaires français dévoilent, malgré eux des informations sensibles, à cause d’une application. Si l’ensemble des médias jettent l’opprobre sur les militaires français, ils ne sont pas les premiers ni les derniers. Néerlandais, Allemands, Américains, Russes, Israéliens… avant eux.

    L’affaire semble détonante, voire explosive, cela dit elle est fâcheuse. Fournir des renseignements militaires à travers l’utilisation d’IoT ne devrait pas arriver… et pourtant. Comme l’explique Le Monde, « StravaLeaks : des dates de patrouilles des sous-marins nucléaires français dévoilées par l’imprudence de membres d’équipage ». L’application précise alors que « la Heatmap ne contient que des activités publiques et respecte tous les paramètres de confidentialité ». Des titres révélant cette affaire malheureuse sont nombreux. Mais est-ce la première fois sur le globe terrestre ?

    Informations confidentielles divulguées

    Les bases militaires et autres lieux stratégiques sont soumis à des protocoles stricts de sécurité. Il sera probablement renforcé très prochainement. Mais ce n’est pas la première et dernière fois que ce genre d’affaires existent. Si les révélations de 2024 font grand bruit, en 2018 se déroulent des fuites également à travers des applications, et une enquête approfondie. En 2022, l’exploitation de l’application Strava révèle l’emplacement de sites sensibles en Israël, tels l’emplacement précis des bases de l’armée de l’air, le quartier général du Mossad et les bases de renseignements militaires.

    Tout personnel militaire se doit d’être en forme physique pour être prêt à chaque instant, car « les armées sont un acteur essentiel de la stratégie de défense et de sécurité nationale. […] prêtes en permanence à faire face à un conflit majeur, agissant dans tous les milieux et champs de confrontation pour “gagner la guerre avant la guerre” dès le stade de la compétition, état normal du monde fondé sur un ordre international régi par le droit. Dans le respect des valeurs et de l’éthique qui les animent, elles sont engagées au service des Français et performantes dans leurs opérations », pose le Chef d’état-major des armées, le général d’armée Thierry Burkhard.

    Dans chaque lieu stratégique, les employés montrent patte blanche. À travers scanners, système de reconnaissance faciale et équipes cynophiles, fouilles des voitures… Les téléphones portables et autres appareils électroniques y sont interdits.

    L’enquête publiée fin octobre 2024 par le journal Le Monde affole les services de sécurité partout sur terre. « Les déplacements hautement confidentiels du président américain Joe Biden, de ses rivaux Donald Trump et Kamala Harris et d’autres dirigeants mondiaux peuvent être facilement suivis en ligne grâce à une application de fitness utilisée par leurs gardes du corps, a révélé une enquête du journal français Le Monde », indique Irish Independent.

    Un triptyque du Monde dans lesquels Sébastien Bourdon, Antoine Schirer et Cellule Enquête vidéo dévoilent les dessous de l’affaire. Dans ce dernier volet, les traces numériques concernent des militaires de la base opérationnelle de L’île Longue, comme en 2018. Ce lieu hautement stratégique abrite la composante océanique stratégique de la dissuasion française, à savoir quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE).
    (Crédits : Jakub Zerdzicki/Pexels)

    La base opérationnelle de l’île Longue protège en son sein les quatre SNLE : le Triomphant, le Téméraire, le Vigilant et le Terrible. Ils sont « admis au service actif respectivement en 1997, 1999 et 2004 et 2010 bénéficient des matériels les plus modernes ainsi que d’une discrétion acoustique accrue ». Ils emportent l’arme nucléaire, le M51.

    Les indiscrétions malheureuses

    En septembre 2017, Strava lance sa « Global Heatmap ». Elle cartographie l’ensemble des trajets empruntés par ses utilisateurs. Cerise sur le gâteau, plus un itinéraire est emprunté, plus son tracé est épais et lumineux. En 2018, le site De Correspondent à travers les quatre auteurs révèle une enquête minutieuse dont le titre est « voici comment nous avons trouvé les noms et les adresses des soldats et des agents secrets à l’aide d’une application de fitness simple ».

    L’article met en lumière une problématique cruciale concernant la sécurité des données personnelles et les dangers liés à la géolocalisation. Les auteurs expliquent comment l’appli fitness Polar a permis de révéler les identités et les localisations de militaires, d’agents de renseignement… travaillant sur des sites hautement sécurisés.

    Tout comme d’autres applis (de fitness), elle collecte et affiche publiquement les données de ses utilisateurs (parcours GPS, noms, photos, jusqu’à parfois les coordonnées).

    En les croisant, ils identifient des personnes travaillant dans des bases militaires, des agences de renseignement, des centres de stockage d’armes nucléaires, comme 208 lieux d’intérêts. Ainsi « nous trouvons l’adresse de Frank en quelques minutes. Nous apprenons aussi qu’il a au moins deux filles. Nous savons où travaille sa femme et quels sont leurs passe-temps. Nous avons accès à des photos de chaque membre de la famille. Frank n’est pas la seule personne qui enregistre ses séances d’entraînement à la base de Volkel. »

    Ils ont également repéré des membres de la NSA aux États-Unis et d’autres agents en poste dans des zones sensibles (Gao au Mali, Guantanamo Bay à Cuba, possible GRU à Moscou, le MI5, le GCHQ). Cette révélation montre que des informations critiques, qui devraient être protégées, sont accessibles à quiconque sait où chercher.

    Les applications de fitness, comme d’autres outils IoT, capturent des volumes considérables de données sensibles, mais leur sécurité est souvent reléguée au second plan au profit de la facilité d’utilisation et de l’engagement utilisateur. Cet exemple démontre comment des données a priori anodines peuvent être exploitées pour des activités malveillantes ou de l’espionnage. (Crédits : Plann/Pexels)

    Ils expliquent que « les coordonnées GPS pour ces sites sont incroyablement faciles à trouver — souvent en utilisant Google Maps, et sinon via Wikipédia ». Leurs recherches en fonction des données publiques laissent sans voix. Ils identifient « un inspecteur général de l’armée américaine qui fait des tours autour de Guantanamo Bay ; plusieurs soldats américains à l’aéroport international d’Erbil, dans le nord de l’Irak ; plusieurs soldats français à une base militaire à Gao (Mali) ; et un analyste américain qui s’occupe de Fort Meade dans le Maryland, où se trouve également la NSA. » Puis via Endomondo « trois sergents et un administrateur de système à Guantanamo Bay ; Conseiller auprès des chefs d’état-major interarmées au fort Meade ; et deux soldats à l’aéroport international d’Erbil ».

  • Cyberattaque de Telefónica en Espagne

    Cyberattaque de Telefónica en Espagne

    Le vol de 2,3 gigaoctets de données fait la une de la presse ibérique. L’opérateur Telefónica subit une cyberattaque, à travers sa messagerie interne : les « tickets ». L’entreprise confirme l’accès non autorisé aux systèmes d’information et indique qu’une enquête est en cours. De son côté, sur un forum, l’attaque est revendiquée par un groupe de quatre entités. Les pseudonymes sont Grep, Pryx et Rey (Greppy, Saint-Prypex, Rey). Ils seraient également membres du ransomware HellCat dont Schneider Electric est la victime en novembre 2024.

    Une victime de plus sur la péninsule ibérique. Après LynxSpa par le ransomware Morpheus, The Hoff Brand SL par Everest, et Candelas y Asociados S.L par LockBit au mois de janvier, la multinationale espagnole de télécommunications reconnaît avoir subi une cyberattaque autour du 9 janvier 2025. Le géant de la télécommunication, fondé le 19 avril 1924, affiche environ 363 millions d’abonnées. Présente dans douze pays pour la téléphonie fixe, mobile, internet et télévision payante, et principalement en Europe et Amérique latine (Movistar, O2, vivo…), Telefónica emploie plus de 100 000 personnes.

    Deux gigaoctets de données volées

    Le géant de la télécommunication, Telefónica, subit une cyberattaque aux alentours du 9 janvier 2025. Le groupe d’individus extrait environ 2,3 Go de données, y compris des documents et des « tickets ». L’intrusion non autorisée dans les systèmes d’information s’effectue à l’aide d’informations d’identification d’employés compromises. Depuis Telefónica, bloque cette possibilité, après avoir réinitialisé les mots de passe desdits comptes.

    « Nous avons été informés d’un accès non autorisé à un système de billetterie interne que nous utilisons à Telefónica. Nous enquêtons toujours sur l’étendue de l’incident, mais nous pouvons confirmer que les clients résidentiels n’ont pas été affectés. Dès le début, les mesures nécessaires ont été prises pour bloquer tout accès non autorisé au système. »

    La confirmation n’intervient qu’après qu’une base de données Jira de Telefónica fait l’objet d’une fuite sur un forum de piratage. Quatre personnes sous les pseudonymes Grep, Pryx et Rey revendiquent l’intrusion.

    « Pryx affirme ne pas avoir contacté l’entreprise ni tenté de l’extorquer avant de divulguer les données en ligne », explique BleepingComputer. (Crédits : Telefónica)

    « BleepingComputer a été informé que les tickets ont été ouverts avec des adresses e-mail @telefonica.com, et qu’il peut donc s’agir de tickets ouverts au nom de clients. » Le gouvernement espagnol est entré au capital en décembre 2023 à hauteur de 2,2 milliards d’euros. Ainsi, il s’adjuge 10 % du capital de l’opérateur et deviendra de facto son actionnaire principal, devant la Fondation bancaire Caixa d’Estalvis (9,994 %) et le groupe Saudi Telecom Company basé en Arabie saoudite (4,969 %).

    Membres du ransomware HellCat

    Les trois personnes à l’origine de cette attaque, Grep, Pryx et Rey, sont également membres du ransomware HellCat. Grep est aussi associé au ransomware HellDown. Le rançongiciel HellCat est vu pour la première fois en octobre 2024. Les victimes revendiquées et affichées par le groupe sont Carcareplan (Turquie), la municipalité de Blora (Indonésie), Pinger (USA), le Collège d’enseignement des affaires de Tanzanie, le ministère jordanien de l’Éducation et Schneider Electric en France.

    Schneider Electric refuse de payer la rançon de 125 000 dollars, et Hellcat rend publique et disponible les données volées.

    Pour Schneider Electric c’est également par le système Atlassian Jira qu’il revendiquent avoir réussi à pénétrer l’infrastructure. Sur le site de fuite, ils expliquent que « Cette intrusion a compromis des données critiques, notamment des projets, des problèmes et des plugins, ainsi que plus de 400 000 lignes de données utilisateur, soit un total de plus de 40 Go de données compressées. »

    (Crédits : capture d’écran/HellCat)

    Se targuant que Schneider Electric refuse de payer la rançon demandée, plus de 40 Go de données sont publiquement disponibles au téléchargement. Depuis les données téléchargeables ne sont plus disponibles.

  • L’Espagne à la pointe de l’égalité entre Femmes et Hommes ?

    L’Espagne à la pointe de l’égalité entre Femmes et Hommes ?

    Après le congé menstruel, le continent ibérique a le vent en poupe. C’est une assiette jetée dans l’évier ou plutôt le non-vidage du lave-vaisselle qui fait polémique. La période du Covid-19 a passé au révélateur les pratiques des ménages à travers le monde. Tant et si bien que les hommes japonais découvraient les tâches domestiques durant la pandémie. Une application mobile devrait voir le jour en Espagne courant de l’été. Elle devrait permettre une meilleure répartition des corvées.

    Dorénavant tout semble se résoudre grâce aux smartphones, ces outils sont tellement intelligents qu’ils supplantent l’être humain. Comment résoudre un problème d’éducation, faites une application ! Comment résoudre un problème de discussion, faites une application ! Donc le gouvernement espagnol se penche pour une réalisation avant l’été d’une « application » pour mesurer le partage des tâches ménagères.

    Le confinement a eu du bon au Japon. Les hommes japonais en temps normal, « ne voient généralement leur famille que brièvement le matin et le soir », ont passé les jours de semaine à la maison en raison de l’état d’urgence déclaré par le gouvernement. « Ce qui leur permet de constater le nombre de tâches à accomplir ». (Crédits : Simon Kadula/Pixabay)

    L’OCDE estime, dans son rapport 2022 que les femmes effectuent deux fois plus de corvées que la gent masculine. Selon l’OCDE « Les femmes continuent de consacrer une part disproportionnée de leur temps aux tâches familiales et domestiques non rémunérées, ce qui compromet leur présence sur le marché du travail, surtout lorsqu’elles ont des enfants. » Le 16 mai 2023, la secrétaire d’État à l’Égalité et contre la Violence de genre, Ángela Rodríguez Martínez, a annoncé l’élaboration de cet outil devant le Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes, à Genève, en Suisse.

    Statistiques et répartition des tâches

    La secrétaire d’État a rappelé que « la coresponsabilité en matière de soins et la répartition effective au sein du foyer » ne sont pas encore égales. « Les femmes consacrent plus de temps aux tâches domestiques que les hommes », a-t-elle ajouté. De son côté Abestit explique que les femmes travaillent huit semaines de plus que les hommes. « Elles consacrent 31 heures, contre 18 pour les hommes, soit 13 heures de plus », évoque Eurofound. Ainsi selon le rapport Eurofound 2022, nous sommes 41 % à nous occuper des enfants contre 30 % de nos conjoints. Concernant les tâches ménagères, elles sont 74 % à effectuer des tâches ménagères quotidiennes, contre 42 % des hommes. Des pourcentages qui n’ont que très peu évolué depuis 2003.

    La secrétaire d’État espagnole a rappelé que « la coresponsabilité en matière de soins et la répartition effective au sein du foyer » ne sont pas égales. (Crédits : Steve Buissinne/Pixabay)

    Chaque semaine, elles y consacrent 31 heures, contre 18 pour les hommes, soit 13 heures de plus, rappelle Eurofound. Elles sont ainsi 41 % à s’occuper des enfants tous les jours, contre 30 % des hommes, et 74 % à réaliser des corvées quotidiennes, contre 42 % des hommes. Des pourcentages qui n’ont que très peu évolué depuis 2003. Certes, les hommes effectuent davantage de travail à l’extérieur que les femmes : 42 heures par semaine en moyenne en Europe, contre 37 heures pour les femmes. Ce qui explique d’ailleurs qu’ils soient plus nombreux (46 %) que les femmes (43 %) à souhaiter réduire leur temps de travail, note Eurofound.

    Inégalité dans l’exécution des tâches

    Faire les courses, la vaisselle, le petit déjeuner, le ménage, enlever le rouleau de papier toilette vide… régulièrement, pour ne pas dire tout le temps, c’est l’apanage des femmes. « Dans un avenir proche, nous présenterons une application permettant de comptabiliser les tâches ménagères effectuées par les différents membres de la famille, afin de connaître les heures de travail que nous nous devons les uns aux autres à la maison et de pouvoir ainsi réorganiser notre temps de travail à la maison », annonçait Irene Montero à Genève.

    Tous les journaux s’en donnent à cœur joie. Les dernières données de l’INE, l’INSEE espagnol, « 76,5 % des femmes effectuent la majeure partie des tâches ménagères, contre 23,5 % des hommes ». Le côté amusant est qu’Ana Iris Simón explique, pour El País, que dans les villes de plus de 50 000 habitants (El Ejido, Ceuta, Marbella et Melilla) les hommes ne cuisent même pas les œufs. « Il serait curieux de croiser ces données avec celles relatives à la consommation de jambon. »

    Il est incorrect semble-t-il de dire « j’aide ma compagne, mes colocs, ma femme… » dans les tâches ménagères, elles doivent être réalisées tout simplement. Alors peu importe la personne qui s’en occupe. Le but est de remettre en question les usages, mais pas besoin d’application pour ça, juste du bon sens, enfin j’espère.

  • Le smartphone chez les jeunes

    Le smartphone chez les jeunes

    La consommation, selon l’étude menée par JAMESfocus de la haute école zurichoise de sciences appliquées (ZHAW) et de Swisscom, affiche un rapport surprenant, tout du moins chez les Suisses, sans que les Français soient en reste. Les recherches françaises démontrent que 94 % des individus âgés de 15-29 ans possèdent un smartphone. Cet outil est devenu, au fil du temps incontournable et indispensable pour entretenir sa vie amicale comme sentimentale, auprès de la génération « Z ».

    Lorsque vous vous promenez dans les rues de n’importe quelle commune, citadine ou rurale de France, il est rare de croiser des personnes sans un téléphone portable coincé dans la main. Véritable outil de la génération « Z » (rien à voir avec le conflit armé entre l’Ukraine et la Russie), les moins de 26 ans ne peuvent s’en passer, le virus touche désormais tous les âges. Il suffit de se poser en salle d’attente d’un cabinet médical pour observer le phénomène. « En 2020, 99 % des jeunes ont déclaré utiliser leur smartphone tous les jours ou plusieurs fois par semaine, alors qu’ils n’étaient qu’à peine la moitié en 2010. » Quotidiennement, nous passerions 3 heures et 22 minutes sur l’Internet à partir de nos téléphones. D’ailleurs, vous entendrez des cris déchirants, ou « je suis au bout de ma vie », si par le plus grand des malheurs, le jeune comme moins jeune, venait à le perdre, car ils ont toutes leurs vies dessus :

    • compte bancaire
    • carte bancaire
    • Mutuelle
    • Carte de transport
    • Badge d’immeuble
    • Photos

    Des personnalités des réseaux sociaux évoquent avoir plus de 56 000 photos dans leur précieux appareil. Pratique, il ne faut jamais oublier que c’est un véritable mouchard. Selon les applications que vous utilisez, vos données sont collectées et utilisées. Une personne croisée au détour d’une rue racontait une expérience peu banale. Elle indiquait occuper occasionnellement le poste de conducteur accompagnateur chez Les Titis, et c’est pourquoi « l’employeur m’a confié un nouveau smartphone, avec un nouveau numéro. Une heure après, sans que ce numéro soit connu, on essayé de m’arnaquer avec le compte formation ».

    InstagramSnapchatFacebookTwitterTikTokPinterestLinkedIn
    201764 %82 %93 %53 %32 %44 %
    201873 %73 %67 %33 %4 %18 %22 %
    201981 %74 %61 %33 %10 %17 %23 %
    202082 %74 %54 %39 %38 %23 %22 %
    Instagram s’affiche comme l’outil de communication privilégié dans la promotion de produits, auprès des moins de 30 ans. De son côté la plateforme TikTok se positionne sur une part de marché importante. En 2020, TikTok a été téléchargé plus de 600 millions de fois, plaçant l’application au premier rang mondial. (Crédits : JCM)

    Des anecdotes moins réjouissantes se répandent sur les mêmes réseaux sociaux. De nombreuses personnes, plus souvent féminines, sont harcelées pour avoir leur « insta ». Le moment capturé en vidéo affiche la lourdeur de la demande et de son personnage. Le fameux profil « Instagram » serait un moyen efficace pour nouer des relations sentimentales. Pour 89 % des ados, le smartphone est indispensable pour entretenir ses rapports amicaux. Près de deux tiers (62 %) des adolescents équipés, jusqu’à 73 % des 16-17 ans, avouent qu’avoir un smartphone est incontournable pour nourrir sa vie amoureuse.

    Les rôles s’inversent

    L’étude JAMES est menée depuis 2010 par la ZHAW sur mandat de Swisscom. Elle « interroge tous les deux ans plus de 1000 jeunes âgés de 12 à 19 ans dans les trois grandes régions linguistiques de Suisse sur leur comportement en matière d’utilisation des médias ». Il dévoile aussi que « les rôles traditionnels des hommes et des femmes perdent de plus en plus d’importance ». Cela qui est flagrant dans le rapport à la pornographie. « Les filles en consomment plus souvent qu’auparavant, les garçons moins souvent », précise le compte rendu suisse. Elles sont passées de 16 % en 2010 à 27 % en 2020, soit une augmentation de 68,5 %, tandis que cette même consommation diminue de 22 % chez les garçons, évoluant de 73 % à 57 %. « Les préférences sont de moins en moins liées aux rôles des sexes et de plus en plus aux préférences personnelles », remarque le codirecteur de l’étude, Gregor Waller.

    Gregor Waller explique que « l’industrie réagit et produit de plus en plus de films female friendly, dans lesquels les rôles des femmes et hommes sont moins stéréotypés ». La production pornographique délivre des fictions dont les actes ne peuvent être copiés que dans le consentement éclairé des différents partenaires. (Crédits : DR)

    Concernant la réception et l’envoi de photos, vidéos aguicheuses, jusqu’à érotique de soi-même, les filles ont désormais dépassé les garçons. Pour ces deux aspects, il s’agit d’une part de sexting classique, mais aussi de poses érotiques pour des profils de réseaux sociaux. Beaucoup de « Trend » qui sont en fait des danses sur TikTok « mettent également en scène des gestes sexuels » trop souvent dans des « contextes inadaptés aux mineurs ». Car les sextos sont pratiqués essentiellement au sein de relations existantes. Il faut avoir une véritable confiance pour que ces images ou vidéos ne se retrouvent pas sur les réseaux (Cyberharcèlement), comme dans l’affaire que Laure Manaudou subissait. Les cours d’éducation sexuelle sont-ils adaptés à l’hyper connectivité des jeunes ? Fort heureusement, la sexualité est moins taboue qu’avant. Grâce à l’émancipation des femmes, les filles apprennent que leurs besoins ont la même importance que ceux des garçons.