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  • Une nuit glaciale au sommet du Taranaki (38/55)

    Une nuit glaciale au sommet du Taranaki (38/55)

    Une nuit sans nuage, mais éclairée par les cités aux alentours. Ce passage nocturne est accompagné de vents aux alentours de 20 km/h, et de rafales cinq fois plus rapides. Le tout à 2518 mètres d‘altitude. Comme attendu, la nuit fut fraîche. La température moyenne au sommet du Tarakani Maunga est de -1 °C. Alors, qu’a dû ressentir Flavien à l’aube au moment où le soleil affiche timidement ses premiers rayons ? Car, dans les premières heures de la journée, le froid peut encore s’amplifier. Un véritable bonheur à cette altitude.

    Le Tarakani Maunga est plus qu‘un symbole, que ce soit pour les touristes ou les Néo-Zélandais. Flavien voulait absolument tenter cette expérience. Y passer une nuit, coûte que coûte.

    Une grosse dose de motivation

    Cette nuit, une dose conséquente de motivation est plus que nécessaire pour sortir à quatre heures. L’air colle la poussière sur chaque obstacle rencontré, c’est à dire partout sauf dans le sac de couchage. « Je m’encourage, m’habille véritablement chaudement, et essaie de me protéger du vent, moi et mon appareil photo » ajuste Flavien. Pas un seul nuage à l’horizon, mais une pollution visuelle malgré les 2518 mètres d’altitude.

    Froid, vent, stalagmite

    En contraste avec la Patagonie, où la pollution visuelle est inexistante, « ce n’est pas la plus belle observation de la Voie lactée que j’ai faite. Mais le spectacle vaut quand même le coup de se geler », admet Flavien.

    À peine le temps de se tomber dans les bras de Morphée et surtout de se réchauffer qu‘il faut à nouveau sortir de la tente, enfin seulement Flavien. Dix minutes après six heures, le réveil sonne de nouveau. Les premières lueurs éclairent déjà l’Univers endormi.

    Le vent présent a forci durant la nuit. L’aventurier du bout du monde pose un œil sur le paysage, l’autre sur l’évolution des rafales. Pour ne pas se faire dépasser et qu’il puisse réussir à ranger la tente.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Au sol, l’effet conjugué du froid et du vent forme, ce qui s’apparente à de très fines et très détaillées stalagmites faites de poussières et de glace. « Je n’ai jamais vu ça ! C’est beau ! Ça craque sous le poids des pas », s’émerveille le naturaliste. Quelques nuages effleurent la ligne d’horizon. Les couleurs de l’aube projetées par le soleil réchauffent et éclairent le visage frigorifié de Flavien. Au loin, seul le mont Ruapehu dépasse majestueusement des nuages. « Le moment est encore magique, j’essaie d’en profiter un maximum, mais à 6 h 45, je dois plier la tente. »

    En aparté, le Ruapehu est un des strato-volcans actifs, parmi les 1500, sur plus de 10 000. Il est couronné par un lac de cratère au sommet.

    Ce lac de cratère est un tapu. Il revêt une importance culturelle et spirituelle pour les communautés autochtones, ce qui ajoute à la signification profonde de la montagne. Comme l’est le célèbre rocher australien d’Uluru.

    En Nouvelle-Zélande, c‘est un site vénéré par l’iwi local dans la région. Un tapu est une interdiction à caractère religieux pesant sur une personne, un objet, un lieu ou une situation particulière. Il s’agit d’un concept de tapu qui existe dans plusieurs sociétés polynésiennes — par exemple aux Tonga, aux Samoa, à Wallis-et-Futuna et chez les Maoris de Nouvelle-Zélande. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Il réside toujours des menaces d‘éruptions et de coulées de lahar. Un lahar, mot d’origine indonésienne, est une coulée boueuse d’origine volcanique. Elle est principalement constituée d’eau, de cendres volcaniques et de téphras. L’endroit où il se rencontre donc le plus régulièrement sur les pentes des volcans gris émettant des laves andésitiques. Le risque zéro n’existant pas, des mesures de précaution, tels des systèmes d’alerte précoce sophistiqués, sont en place. L’ultime éruption majeure remonte à 1996 et le dernier lahar en mars 2007.

    Tarakani, volcan, POV

    De son côté Flavien lutte contre le froid qui le saisit aux doigts. Car, avec le vent omniprésent, il faut réfléchir. L‘aventurier commence par retirer les sardines du côté abrité.

    « Pour ça, j’enlève les mitaines… mais mes doigts gelés me font souffrir. Le ressenti est autour de -15 °C. Je n’arrive pas à accomplir grand-chose avec. Ils sont tout blancs. C’est la première fois que j’ai aussi froid aux doigts », s’effraie Flavien. Pour être tatillon, Flavien, sans instrument de mesure, est très proche.

    La formule dite du « wind chill » est Température (ressentie) = 13,12 + 0.6215 x T − 11,37 x V 0.16 + 0.3965 x T x V 0.16 (Température de l’air en °C, V la vitesse du vent en km/h). Ce qui, selon les données météorologiques, une température ressentie de -12 °C. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Flavien souffle sur ses doigts, autant que possible. « Je réussis à plier la tente à l’arrache, sans fermer la housse. Je dois faire vite, toutes mes affaires exposées au vent sont pleines de poussières, car la tente va au fond du sac… » Enfin, le sac sur le dos, l‘aventurier laisse la croupe sommitale derrière lui, relâchant la pression de l’instant. « Là-haut, le climat est souvent comparé à celui de l’Antarctique. Il affiche une moyenne annuelle de -1 °C… Je répète : -1 °C ! Pas étonnant que je ne trouve aucune plante vasculaire. »

    La légende de Taranaki Mounga

    La terre de Nouvelle-Zélande est un lieu haut en couleur et légende. Le volcan Taranaki Mounga ne déroge pas à la règle. Parmi Tane Mahuta, le dieu des forêts, et Tangaroa, le dieu de la mer, et Maui, le héros qui a pêché les îles de la Nouvelle-Zélande du fond de l’océan, celle de Taranaki tient une bonne place.

    Il est dit que Taranaki Mounga était nommé Pukeonaki. Il se tenait près de Tūrangi, avec Ruapehu, Tongariro et Pihanga. Pukeonaki et Tongariro ont tous deux chéri Pihanga. Comme souvent, la discussion monte en tension, devient houleuse, pour se finir en bagarre.

    À ce jeu, Tongariro est plus fort. Des suites de la férocité des coups échangés, Pukeonaki (Taranaki), qui porte les cicatrices de la bataille, se retire sous terre.

    C‘est ainsi que le lit du fleuve Whanganui se dessine, lors de son voyage vers la mer. Quand il a fait surface, il a vu la belle chaîne de Pouākai se tenir à l’intérieur des terres et est attiré vers elle. La progéniture de Pouākai et de Taranaki est devenue les arbres, les plantes, les oiseaux, les rochers et les rivières qui coulaient de leurs pentes. (Crédits : Gaurav Kumar/Pexels)

    Le 10 janvier 1770, le capitaine James Cook rebaptise Taranaki Mounga, mont Egmont. Le double nom du mont Egmont/Mount Taranaki en usage officiel depuis 1986, disparait. Désormais, la montagne ne conserve que son nom maori Taranaki Maunga.

    Sommet de la francophonie en terre étrangère

    « À la redescente, la glace du cratère est dure telle de la pierre. Sur les falaises les plus exposées, de longues stalactites côtoient les premières plantes vasculaires, comme un Colobanthus», commente Flavien. La descente est extrêmement poussiéreuse, accentuée par les rafales érodant les flancs du volcan. Le début est rocailleux, la suite, l’est beaucoup moins. « Je lace mes chaussures au plus haut, mais cela n’empêche pas quelques scories de rentrer dans cette descente rapide, mais harassante ».

    Flavien affiche une forme à toute épreuve. Ainsi, il croise une petite dizaine de personnes, dont un français de Châteauroux les Alpes près de Briançon. « C’est là que David, avec qui j’ai partagé une partie de la Patagonie, habite, improbable… »

    Flavien continue son cheminement, sans grands rebondissements. « La piste se transforme en sentier pour 4×4. J’ai connu plus agréable comme descente, mais au moins ça roule. » Un parcours qui met à l‘épreuve pieds et genoux.

    Un anticyclone l’accompagne. La vue sur le volcan depuis les forêts à Libocedrus bidwilii et Cordyline indivisa est incroyable, souffle-t-il. « Je presse le pas dans le dernier kilomètre, car je ne suis pas loin de perdre la bataille face à mon envie d’aller aux toilettes… » (Crédits : Flavien Saboureau)

    La flamme rouge passée, Flavien engage une course contre la montre. « Mon envie assouvie, j’achète une glace et un soda au Feijoa à la demeure du parc pour me réconforter des 1600 m de dénivelé négatif avalés ce matin. » Avant de visiter le mini musée de la maison du parc, Flavien discute avec deux compatriotes, dont un mignalien. « Incroyable, c’est le premier Poitevin que je croise dans mes voyages. » Il est temps de rentrer en ville, pour profiter d‘une délicieuse douche à l’auberge. Un couple à bord d’un SUV prend Flavien au passage.

    Un duo atypique. « Navigateurs, ils se sont rencontrés en 1972, en Australie. Elle est Néo-Zélandaise, il est Québécois. Le couple vit un semestre par pays. »

    Durant le trajet, les échanges en anglais paraissent naturels et compris de part et d‘autre, ce qui ravit Flavien. « Ils me déposent là où j’avais commencé mon périple vers le Ttaranaki, il y a deux jours. Que demander de plus ! »

    Avant de foncer dans la salle de bain, le baroudeur effectue un crochet au supermarché pour acheter un savon et sa boîte en plastique.

    « À l’auberge, je cuis mes pâtes pour terminer mon pesto Rosso et file sous douche, bien méritée ! » Après s’être lavé, c’est au tour du linge.

    Un restaurant en récompense

    L’après-midi est consacré à la distribution de nouvelles, jusqu’à l’achat des son billet de train de Paris à Poitiers. « Ce qui m’évite de payer une fortune au dernier moment. Le linge sec, je peux enfin enfiler un pantalon et aller me faire un resto. »

    Depuis trente jours, Flavien n’a pas mis les pieds sous la table.

    « Après les efforts de ces derniers jours, c’est mérité. »

    Une certitude, avec l’ensemble des périples et aventures connus de Flavien, le retour à la vie civile sera comme la retraite sera à préparer en amont. Car, depuis sa première péripétie sur l’île d’Amsterdam, à l’Amérique du Sud en passant par le pays au long nuage blanc, la routine pourrait apparaître quelconque. À moins que le hasard ne fasse bien les choses…

    (Crédits : Arnaud Malan/Pexels)

    Il est temps de faire le plein de protéines. « Je trouve une brasserie attenante à l’auberge. Je commande une pièce de bœuf de 300 g, avec un mille-feuille de pommes de terre et des onions rings, le tout en tee-shirt », se réjouit-il. C’est le grand écart de températures. Avant de rentrer profiter d’un vrai lit, une promenade digestive sur le front de mer, avec le sommet du Taranaki en point de mire. « Je n’en reviens pas d’avoir passé la nuit là-haut… » À suivre…

  • Une journée dantesque au programme (37/55)

    Une journée dantesque au programme (37/55)

    Obnubilé par le volcan Taranaki, Flavien poursuit tout de même son trek commencé hier : Pouākai. Ce circuit est bien plus qu‘un simple parcours. Il est un avant-goût, un prélude avant de s’attaquer à l’ascension du Taranaki. De la forêt des Gobelins, à la montée de Henri Peak via Holly Hut, c’est un parcours initiatique. Si le vent fortement présent que la ranger lui avait fortement déconseillé de s’y rendre. Conseil pris au pied de la lettre. Donc, aujourd’hui, le 28 janvier 2025, le dieu Éole semble être de repos pour son plus grand bonheur.

    Tel échange entre Minus et Cortex de la série éponyme, une conversation informelle se profile chez Flavien. À la question « Dit, Flavien, tu veux faire quoi aujourd’hui ? » Ce à quoi Flavien répond : « La même chose qu’hier, Flavien : tenter de conquérir le Taranaki ! »

    L‘ascension du volcan Taranaki

    « Comme hier, je prends le temps de me lever, car l’objectif est le même qu’hier, confirme Flavien. Atteindre le sommet du Taranaki pour y poser ma tente. » Sa toquante affiche vingt minutes passées de huit heures, quand il s‘’’extirpe de son duvet. Durant la nuit, une envie pressante l’oblige à sortir de sa tente, à 4 h 10, précises. « Le ciel étoilé est incroyable. Je ne résiste pas à immortaliser le moment. Pour couronner le tout, un kiwi se fait entendre à quelques centaines de mètres d’ici : quel moment ! »

    Photo, voix lactée, nuit

    Mais l‘excitation est comme le café, elle nuit au sommeil. Flavien passe quatre-vingt-dix minutes à sécher sa tente et son duvet après cette nuit plus qu’humide : « Quelle idée de mettre son bivouac près d’un marais ! » Une fois prêt, l’aventurier reprend sa route en direction du sommet en finissant la boucle du Pouākai Circuit.

    Le ciel est au beau fixe, le soleil omniprésent fait équipe avec le sommet. « Ils repoussent les quelques nuages qui veulent taper l’incruste. » La montée régulière au début est agréable. « Je profite du temps disponible pour faire de la photo. Les rafales ne se lèvent pas, que l’idée de m’être ravisé hier fût bonne… » C’est aussi salutaire au vu des conditions annoncées au sommet.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Arrivé à 1500 mètres d‘altitude, proche d’un lodge privé, là où les arbustes disparaissent au profit de la caillasse, « je m’arrête pour terminer mon pain et mon fromage ». Le baroudeur doit ménager son eau. « Il faut que j’économise mes deux litres d’eau que j’emporte si je veux manger mon sachet lyophilisé ou mes pâtes ce soir », indique-t-il. Midi passé de trente minutes s’affiche quand Flavien attaque l’ascension dans les scories. L’arrivée est prévue pour 16 h 30.

    « Je suis en forme. Les quadriceps sont durs comme de la pierre, alors j’avale les premiers mètres de dénivelé sans me poser de question. » Peu de personnes avancent dans le même sens que le naturaliste, bien au contraire. « La montée est harassante, j’avance de deux pas et recul d’un », souffre-t-il. Les nuages ont gagné une bataille, ils enveloppent le sommet.

    À 2000 mètres d’altitude, il se retrouve dans une purée de pois… mais les nombreux poteaux évitent à tout un chacun de se perdre, d‘autant qu’avec les traces, il est impossible de s’égarer.

    La montée devient plus simple, les rochers stables arrivent. « Je croise pas mal de francophones, dont des Suisses et deux Français très peu équipés qui sont au bout de leur vie. » (Crédits : Flavien Saboureau)

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    Pour me rassurer, je leur demande si le vent est présent au sommet, et si des tentes sont d‘ores et déjà positionnées. « Les places sont chères sur la petite croupe sommitale », paraît-il. L’ensemble des réponses ravit Flavien : « Tous les feux sont au vert ». Vers 2450 mètres, il ressent un plaisir coupable. « Je sens le soleil me réchauffer la couenne. Le bleu du ciel apparaît : quelle bonne nouvelle ! »

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    C’est alors que Flavien emprunte le cratère où les dernières neiges éternelles du volcan n’en ont guère pour très longtemps… Au sommet, « je domine une mer de nuage et le monde… ou presque tout s’est évaporé. »

    L‘Américain d’hier, retrouve Flavien pour une discussion au sommet. « Il est 14 h 30, l’ascension n’en aura finalement duré que deux heures… Soit je suis en très grande forme, soit le marquage est adapté pour tout public… »

    Il y a deux emplacements pour poser la tente. « Je choisis la meilleure vue. » Mais, Flavien ne veut pas revivre le cauchemar des Dientes de Navarino. « J’installe ma tente aussi bien que possible, je n’ai pas envie de me retrouver dans la situation où elle avait cédé face au vent. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    L‘expérience acquise lui fait tendre les cordes de sa tente si fort qu’il pourrait jouer de la musique. « Je ne peux pas faire mieux. Je vais me sentir en sécurité cette nuit malgré les centaines de mètres de vide qui m’entourent. » L’heure de passer à table sonne. « Il me reste 1,3 litre pour cuisiner et revenir demain. Ce n’est pas Byzance, mais ça devrait me suffire. Le repas devrait être moins sec qu’au sommet des karsts du Mount Arthur », se souvient-il.

    Gelé juste qu’au bout des doigts

    À 15 h, il est fin prêt. « Il ne me reste plus qu’à admirer le paysage en espérant que la mer de nuage s’évapore, pour le coucher de soleil. » Après avoir tout aménagé, « je fais une petite sieste. » Au sortir de la tente, les nuages ont pris la poudre d‘’’escampette : « Quel paysage grandiose ! »

    À 17 h 45, un bruit réconfortant l‘interpelle. « J’entends un écoulement d’eau. Je m’équipe de ma gourde et file en direction du petit glacier en contrebas. »

    À sa rencontre, il présente sa gourde qui accueille un litre glacé. « L’eau non minéralisée n’est pas forcément bonne, mais, de temps en temps, ça n’a pas d’importance. » Le plein est fait, de quoi cuire des pâtes en plus du sachet lyophilisé, affirme le gourmand.

    C’est d’ailleurs le moment de se restaurer pendant que le soleil prodigue sa chaleur. « Le lyophilisé que j’ai acheté ce matin – du lapin au riz, au miel et aux petits légumes – est excellent. » En dessert, quelques cacahuètes et carrés de chocolat. En prévision de la nuit, il passe ses vêtements techniques en plus des autres. « Je suis prêt pour le coucher de soleil… et la nuit qui s’annonce bien fraîche. »

    (Crédits : Flavien Saboureau)

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    Bien au chaud, dans sa tente, les yeux mi-ouverts « j’entends arriver quelqu’un. Il est 19 h 30, je suis surpris », s’étonne Flavien. Mathias, un Brestois, vient admirer le coucher pour la quatrième fois en trois semaines. Il compte revenir à la frontale. « Moi qui pensais être seul sur ce volcan pour la coucher de soleil, c’est loupé ! »

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    Petit détail qui a toute son importance, il souhaite faire voler son drone. « Habituellement, je n’aime pas ces trucs-là. Ils produisent du bruit et cassent la simplicité du moment… mais quand je vois le résultat, je change d’avis. »

    Après un échange de coordonnées, le moment tant attendu pointe le bout de son nez : « le coucher de soleil est fabuleux. » Encore plus impressionnant, c‘’’est la projection du volcan à la forme parfaitement conique sur des dizaines, et dizaines de kilomètres… quelques minutes avant qu’il ne passe l’horizon. Au loin, les quelques nuages font durer le spectacle par les couleurs reflétées. « À 21, h, Mathias redescend, car il commence à faire bien froid, son portable connecté à internet annonce -1°C », grelotte l’aventurier du bout du monde.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Préoccupé, Flavien se renseigne sur les prévisions pour demain matin : nuageuses. « Je programme un réveil à 4 heures pour admirer les étoiles, et deux plus tard, pour le lever de soleil. J‘ai les doigts gelés dans la tente, les pieds aussi. En guise de bouillotte j’ai fait chauffer de l’eau que j’ai placée dans ma gourde, au fond du sac de couchage, après ça, je m’endors directement… » À suivre…

  • Une véritable purée de pois (31/55)

    Une véritable purée de pois (31/55)

    La consolidation de fortune faite de pierres pour asseoir la tente au sol a tenu fort heureusement. Face au vent, Flavien a su en tirer une leçon supplémentaire. Le point météo de la veille indique que le temps est censé se dégrader dans la journée. Le nycthémère appartient à ceux qui se lèvent tôt, explique l’adage. C’est dans ces conditions que l’aventurier décide de profiter dès potron-minet de la journée de ce dix-huit janvier 2025. Le voile de la nuit se déchire à 6 h 11, heure locale, mais Flavien jouis du samedi, début du week-end, pour dormir jusqu’à six heures quarante-cinq.

    « Je me réveille assez tôt », bâille-t-il en s’extirpant de son sac de couchage. À l’instant de l’aube avancée, le soleil commence à lécher la tente : « J’étends mes affaires sur les rochers en espérant que ça sèche. » Si la nuit a été venteuse, elle fut tout aussi humide. L’extérieur de son sac de couchage est trempé, constate-t-il. Mais bousculé par l’apparition des nuages, le botaniste presse le pas. « À 7 h 30, je prends la direction du parking… à 9 km de là. » Rien de tel qu’une petite marche matinale, pour vous mettre en forme pour la journée. Il suit la crête qu’il n’a pas osé emprunter hier.

    Un repas comme à la maison

    La première partie est magnifique : « La crête surplombe une mer de nuages comme je n’en ai pas vu depuis un moment. » Une autre surprise enchante Flavien : les crêtes sont recouvertes d’innombrables coussins de Haastia pulvinaris et Raoulia bryoides, parfois R. eximia. La densité impressionne le naturaliste, bien qu’il ait déjà voyagé sur plusieurs continents.

    Trek, vue, camping

    Ce qui devait arriver arriva. « Je n’arrête pas d’en prendre des photos et je ne progresse pas d’un pouce. » Petit à petit, un tapis de coton semble boucher un à un les coins dénudés du ciel. Conscient de ce changement de temps, Flavien s’efforce tant bien que mal d’avancer dans ces énormes pierriers. « Mais il y a toujours une plante qui m’interrompt », sourit-il.

    Au bout d’un moment les nuages enveloppent toute la montagne. « Je ne vois plus rien. Les photographies ne rendent rien, donc je n’ai d’autre choix que de progresser dans cette brume. »

    Le vent, partenaire de jeu, s’immisce dans la partie. L’ambiance demeure alors très humide. Ce qui n’est pas l’idéal pour son reflex, qu’il range aussitôt dans le sac. « J’enfile ma veste et ma capuche, car les minuscules perles d’eau s’accrochent de partout… en particulier à mes sourcils et ma barbe qui se mettent à goutter. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Son vêtement est conçu pour être imperméable, évitant que tout randonneur ne soit trempé, jusqu’à un certain point bien sûr. Autre avantage, elle laisse s’échapper la transpiration. Équipé, il accélère le pas. « Le sentier se métamorphose. Il est plus roulant et j’enclenche la seconde avant que le temps ne se dégrade encore plus. »

    Parvenu à l’étage forestier, Flavien observe une ambiance brumeuse. L’endroit revêt tout de suite un costume plus mystique. « Les forêts de Nothofagus ne m’ont jamais autant remémoré la Patagonie. » Le cortège floristique est plus intéressant et l’appareil photo sort de son fourreau.

    C’est donc après six heures de trajet, vers 13 h 30, qu’il arrive à la voiture. Ses affaires de bivouac n’étant pas tout à fait sèches, il les étale dans l’habitacle.

    « Je prends la direction d’Hanmer Springs, si proche à vol d’oiseau, mais à plus de trois heures de route », explique -t-il. L’itinéraire n’offre rien de particulier. Si ce n’est que « je passe par le Lewis Pass, un des derniers cols alpins que je n’ai pas encore emprunté. »

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Viande, pâte, repas

    Arrivé à Hanmer Springs en fin d’après-midi, il cherche en vain une auberge. Seul le camping propose de l’accueillir. « Il y a du monde. Je ne pensais pas que cette région était si prisée », s’étonne-t-il. Qui dit touristique, dit envolé des prix. « La place dans le camping n’est pas donnée (35 NZD, 17,5 €), souligne Flavien. Mais il y a un barbecue. » Après avoir apprécié de prendre une douche, il faut récompenser l’estomac. Il file à la supérette pour acheter de la viande et des chips, entre autres. « Je me fais plaisir. J’ai l’impression d’être en été en France. » Profitant du confort offert par la prestation, il passe sa soirée dans une espèce de salon à téléphoner aux amis et à la famille jusqu’à près de deux heures, le lendemain matin. À suivre…

  • Épidémie de cinétose à bord (10/55)

    Épidémie de cinétose à bord (10/55)

    La transition de milieu solide à liquide est parfois difficile. C’est ainsi que le compagnon indésirable des périples sur l’eau, le « mal de mer », s’invite. Sur un bateau, le décor semble stable. Sauf que la cinétose naît du conflit entre ce que voient nos yeux, et ce que comprend notre oreille interne. Le résultat ne se fait pas attendre : nausées, vertiges, fatigue. Flavien n’éprouve pas cet étrange mal, habitué au roulis avec le Marion Dufresne lors de son voyage vers l’île d’Amsterdam.

    Durant la nuit, « la mer commence à se former. » Dans la cabine 303, c’est Gabriel qui, le premier, fait les frais de cette agitation. « Je l’ai entendu se lever cette nuit pour aller vomir. » Pour le moment, Flavien ne ressent rien. Habitué ou accommodé, ce n’est pas pour cela qu’il est forcément épargné du mal de mer. Pour autant, il ne faut pas crier victoire trop tôt.

    La cinétose de Flavien

    Flavien et Fergus rejoignent le pont n° 5 pour observer l’arrivée du convoi maritime sur les îles Snares. « Ce minuscule archipel est l’un des très rares territoires de l’hémisphère sud à être épargné des mammifères introduits par l’être humain. Toute descente y est interdite. » Ça tombe bien, souffle l’apprenti marin, la mer de Tasman est déchaînée en ce matin du 20 décembre 2024.

    Passerelle, bateau, bouée

    Le chef d’expédition notifie l’impossibilité d’utiliser les Zodiacs pour longer les côtes. L’équipage et les croisiéristes ne sont pas surpris d’une pareille annonce. « Adieu la contemplation des quelques espèces endémiques comme l’emblématique Gorfou des Snares, endémique de ce minuscule archipel », se lamente tout de même l’aventurier.

    Alors, comme de nombreux autres, il occupe l’avant-midi à se déplacer, tel un acrobate, de passerelle en passerelle. Il tente de photographier le maximum de variétés. La liste non exhaustive affiche : Albatros de Buller, Manchot, Albatros timide… « En tout début de matinée, des dizaines de milliers de puffins fuligineux partent à la mer pour se nourrir », raconte avec surprise et bonheur Flavien. Avec deux millions d’individus, ce petit archipel héberge la plus grande population mondiale.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Le voyage suit sa route en direction de l’archipel d’Auckland. Mais auparavant, ils longent la White Chain et sa colonie d’Albatros de Salvin. L’Heritage Adventurer quitte la protection de l’île et reprend sa route. « La mer est très formée. Des creux de 4 à 5 mètres s’offrent devant nous, je commence à me sentir pataud », blanchit Flavien. Il se repose avant le repas annoncé à 12 h 30. « Je ne dors que trente minutes. Je regrette — sans le regretter — d’avoir traîné hier soir. » Les premiers jours en mer sont toujours éprouvants. Il faut laisser le temps au temps, que l’oreille interne s’habitue à cet incessant roulis.

    À l’abordage d’Auckland Island

    Le lendemain matin, le réveil est à nouveau bien matinal. « Il est 5 h 45, quand le réveil sonne. J’ouvre le rideau. Nous sommes dans la baie », constate Flavien. La pluie fine, qui a fait son apparition hier, est toujours présente. À 7 h, les passagers grimpent sur les Zodiacs. « Nous allons enfin faire nos premiers pas sur les îles subantarctiques néo-zélandaises. » Le petit déjeuner englouti, ils s’équipent en conséquence, puis une longue attente s’effectue dans le couloir avant l’embarquement. « Nous sommes dix par bateau. Nous prenons quelques vagues de plein fouet. » Flavien est satisfait d’avoir acheté une housse de protection pour son appareil photo. Car, c’est passablement humides, qu’ils accostent sur une petite plage de galets.

    Le tracé est aménagé de caillebotis. Puis l’histoire du lieu est contée. « J’avoue ne pas avoir trop écouté, accaparé à photographier les quelques plantes se trouvant sur le chemin. » Telle la gentiane endémique d’Auckland, Gentianella cerina qui est en bouton. « J’espère qu’elle sera fleurie quand nous repasserons dans l’archipel, en particulier sur Enderby Island, à la fin de l’expédition. »

    L’excursion emprunte un semblant de sentier pour rejoindre une autre plage où les zodiacs les récupèrent. De retour à bord, étape obligatoire via la « mudroom » pour laver bottes et cirés. Le manque de sommeil affecte le baroudeur. Une présentation sur l’histoire d’Auckland se propose. « Je suis un peu fatigué. La mer s’est reformée, alors j’en profite pour faire un petit roupillon. » Cet après-midi, ils embarquent à nouveau pour la plus dure des randos de l’expédition, paraît-il.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Île, pluie, zodiac

    Le bateau se rapproche au maximum des possibilités de navigation. « Il faut quand même faire quinze minutes de Zodiac, autrement dit de tape-cul dans le royaume de Neptune, pour parvenir au pied de l’ascension de l’après-midi », note Flavien. L’accostage est tout aussi sportif. Ils arrivent sur les basaltes recouverts d’algues, mais le front de mer offre ses premières mégaherbes (Anisotome latifolia, Bulbinella rossii), sourit-il. « L’endroit est incroyable, complètement reculé, au fond d’une baie. »

    Le paparazzi en action

    Le groupe entame deux heures de procession en direction d’une colonie d’albatros timides. « Je ferme la marche, car je n’arrête pas de déclencher mon appareil photo. Les espèces nouvelles et endémiques sont partout (Gentianella cerina, Plantago triantha…). » Les végétations sont principalement représentées par Ozothamnus, Myrsine divaricata, Polystichum vestitum, Hebe elliptica et la plus rare Hebe benthamii.

    Fleur, unique, découverte

    Arrivé aux alentours de 200 m d’altitude, Flavien affiche son plus beau et large sourire. « Je suis heureux de tomber sur la minuscule Abrotanella, une Asteraceae qui ne paye pas de mine… Puis une autre, Danamenia vernicosa. »

    Quelques instants passent quand, au pied de la colonie d’albatros, s’expose l’unique pied fleuri de Pleurophyllum speciosum. « Incroyable ! C’est la troisième espèce à ne pas rater du voyage. »

    Puis, durant une demi-heure, Flavien n’est pas seul à contempler la colonie d’albatros timides. À cet instant, de nombreux souvenirs amstellodamois lui reviennent en mémoire.

    (Crédits : Pleurophyllum speciosum/Flavien Saboureau)

    « Les albatros nichent sur des corniches végétalisées, comme dans les falaises d’Entrecasteaux, mais ici sur des mégaherbes : Anisotome, Bulbinella et Stilbocarpa polaris », explique Flavien à mots couverts. Les cris sont semblables à ceux des albatros à becs jaunes : « Quel plaisir ! » Au loin, se devine également le bruit des albatros fuligineux à dos clair, qui remémore les instants passés à Del Cano. Alors que tout un chacun pourrait être blasé après tant de pérégrinations, ce n’est pas le cas de Flavien. L’aventurier du bout du monde profite à fond du moment, avec un paysage incroyable, bien différent d’Amsterdam.

    Toujours en fin de peloton, « je peaufine et améliore mes photos avant de reprendre les Zodiacs », tout en descendant. Une fine pluie s’est invitée pour le retour. Elle leur fouette le visage, tandis que les vagues formées leur « cassent » le dos étant assis sur les boudins des Zodiacs. « Je suis arrivé sur les îles subantarctiques en hélicoptère, en petit avion et désormais en Zodiac. Je me rends compte des incroyables opportunités qui ont pu s’offrir à moi ces quatre dernières années. Tant d’efforts récompensés, même si ceux-là m’auront coûté cher… »

    À bord du Heritage Adventurer, le déjeuner se déguste alors qu’il sort des baies calmes proposées par l’archipel. Ils regagnent l’océan Austral et ses vagues parfois monstrueuses. « Pendant le repas, certaines d’entre elles dépassent la hauteur de la salle de restauration. Le Canadien souffre des conditions… et régurgite son repas sur la table. Il en disperse sur également Sophia et le Néo-Zélandais, les pauvres… » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Flavien, selfie, Nouvelle-Zélande

    Faire contre mauvaise fortune bon cœur. « Nous changeons de table et en rigolons pendant les deux heures du déjeuner. » Avant de revenir dans la cabine et de savourer une douche amplement méritée, « je réalise la biosécurité des affaires utilisées ». Un bref instant, la contemplation est de mise. « Il est temps de se poser, de se rendre compte de l’incroyable journée passée », acquiesce Flavien. Désormais, direction l’île de Macquarie, à plus de 600 km de là, où ils arriveront dans quarante-huit heures. Demain sera une journée entière en pleine mer. À suivre…