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  • Sous le ciel ensoleillé d’Akaroa (33/55)

    Sous le ciel ensoleillé d’Akaroa (33/55)

    Sur la péninsule de Banks, les collines plongent dans la grande bleu azur où s’ébattent les dauphins d’Hector, le plus petit au monde. En cette aurore radieuse, Flavien embarque pour une ultime traversée : celle d’un voyage en Nouvelle-Zélande où nature, histoire et humanité se répondent. D’un front de mer à un sommet battu par le vent, entre Fish and chips et forêts d’Hinawai, il capture chaque instant d’une aventure à la fois intime et universelle — celle du lien fragile entre l’homme et le vivant.

    « Ce matin, personne n’a frappé à la vitre de la voiture, alors je pousse le réveil jusqu’à 9 h. » Une nuit agréable, une nouvelle fois, sur le siège passager. Le petit déjeuner est frugal. « Je termine le gâteau à la cannelle et à la pomme », tandis qu’il se dirige vers la jetée. Il reste de la place pour partir sur la prochaine sortie en bateau dans la baie. « Bonne nouvelle ! », se réjouit-il. Le ticket n’est pas donné, mais pour 120 NZD, il aspire à observer le dauphin d’Hector, le plus rare et le plus petit de tous. « Je n’ai pas beaucoup vu de cétacés pendant ce voyage, j’espère bien me rattraper ce matin. »

    Du pain, du fromage et une banane

    Avant d’embarquer pour une croisière de deux heures à 10 h 45, « je prends un chocolat chaud au café d’en face ». La première heure n’est pas très réconfortante, s’inquiète l’aventurier : chou blanc. Mais, il se rassure, car « je pense avoir tiré le portrait d’un manchot pygmée à aileron blanc, endémique de la péninsule. »

    C’est alors que la magie opère. « Comme dans les films… Un, puis deux, puis trois… puis une vingtaine de dauphins entourent le bateau. » Il ne lâche pas son appareil photo ni le téléobjectif fixé dessus. Rusé, il anticipe la navigation pour se positionner du bon côté pour la lumière. « Je pense à ma sœur, Ophélie, qui est fan de dauphins… Enfin, dans son enfance, c’est une certitude », sourit-il. Plusieurs espèces déjà observées par le baroudeur, mais rarement d’aussi près, assure la naturaliste.

    Le trajet continue en direction d’une petite colonie d’otaries. « Décidément ! C’est la septième fois du voyage que je contemple ces otaries endémiques de Nouvelle-Zélande. » Chemin faisant, l’heure du retour au port sonne. « Deux heures sous une météo radieuse et une mer presque d’huile. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    La Capitaine leur confie que c’est la plus belle journée de la saison. Après être descendu, « je prends un Fish and chips. » La suite, Flavien n’y a pas réfléchi, alors il traîne dans la ville, profitant de la douceur et de la chaleur des rayons du soleil néo-zélandais. Après avoir fait quelques courses, il se rend à 16 heures à l’Akaroa Museum qui raconte l’histoire de cette ville, la plus française d’entre toutes, souffle Flavien. « Ici, on voit des drapeaux français accrochés aux demeures, c’est assez déconcertant. »

    En aparté : C’est en 1838 que Jean François Langlois, capitaine français d’un baleinier – Le Chachalot — négocie plusieurs milliers d’hectares de terres aux Maoris, pour fonder une colonie française. Sa résidence, la maison Langlois-Éteveneaux, se trouve aujourd’hui là où elle a été bâtie, dans sa forme originelle. Historiquement, elle est l’unique survivante construite par les colons français au début des années 1840.

    Langlois convainc le roi Louis-Philippe de financer la colonie. Le capitaine crée la compagnie Nanto-Bordelaise et rassemble des émigrants. À son retour, l’Angleterre venait de signer le traité de Waitangi avec les chefs maoris, et le drapeau anglais flottait.

    « Le musée fermant trente minutes plus tard, je prends la direction de la réserve d’Hinawai, l’un des seuls lieux à peu près préservés et boisés de la péninsule. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Flavien tente vainement d’y voir un gecko. L’ambiance y est sympathique, ajoute-t-il. « Il y a une petite cabane où l’on peut dormir gratuitement. Le propriétaire semble être une brave personne, que je n’ai pas le plaisir de rencontrer. » Il profite de la liberté octroyée par la voiture. La montée vers le sommet est raide, le chemin peu marqué. « Ça veut dire que je ne serai pas dérangé par la foule là-haut », se réjouit-il par avance. J’arriverai à 806 m d’altitude à 19 h 40.

    « J’ai du temps à tuer. C’est l’occasion de faire une sieste et de faire le point sur ces incroyables et intenses quinze jours qui viennent de passer. » Au menu, un énième coucher de soleil, avec de quoi casser la croûte : du pain, du fromage et une banane. « La vue sur la baie so Frenchie est incroyable. Quelques nuages semblent vouloir taper l’incruste en vain. Alors, ils nappent les crêtes d’un duvet blanc… »

    L’astre de feu passe derrière l’horizon, Flavien redescend et croise les doigts. Il espère dénicher quelques bestioles nocturnes.

    La frontale éclaire au maximum et à quelques centaines de mètres de la voiture, « J’illumine le dessous d’un Raukaua simplex et là surprise ! Plusieurs Wetas sortent de leur cachette. Je suis étonné, c’est beaucoup plus facile qu’hier. » Plus loin une autre espèce, avec des antennes de plus de 30 cm. « Whouhaou ! Les monstres… », sourit-il. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Durant plus d’une heure, il évolue d’arbre en arbre, tel un orpailleur à la recherche d’un trésor. Il est 23 h 30 à sa tocante. « Il est temps de rentrer. Bien qu’interdit, je souhaite poser ma tente près de la voiture, mais l’humidité et la flemme l’en dissuadent. » Comme pour un au revoir, il profite une ultime fois du siège passager. Mais avant de partir… L’aventurier tourne autour de gros rochers non loin de la voiture pour y dénicher une nouvelle espèce de Weta terrestre : « Décidément c’est une orgie ce soir ! Une dernière journée pleine de découvertes. »

    De retour à Christchurch

    C’est la dernière nuit du baroudeur sur le siège passager de la voiture de location. Ce matin, il souhaite contempler la naissance du jour, ce moment suspendu de l’éveil de la nature. « J’ai calé le réveil à six heures pour voir le lever de soleil. Raison pour laquelle je me suis stationnée de ce côté de la montagne. Mais, un bref coup d’œil, et je me rendors aussitôt. » À 7 h 30, Flavien jouit de la présence du soleil pour ranger la voiture et mettre toutes ses affaires dans son sac.

    Pour le retour à Christchurch, le naturaliste conduit sur la route d’altitude de la péninsule. « J’en profite ce matin, car on y trouve beaucoup moins de circulation et les lumières sont top. »

    C’est aux alentours de dix heures qu’il parvient à une station de lavage repérée la veille. « Oui, les stations en libre-service sont rares, car, comme en Patagonie, il faut payer des gens pour nettoyer sa voiture. »

    Pour la modique somme de 19 NZD (9,5 €), il passe et repasse l’aspirateur. Après l’habitacle, c’est l’extérieur que Flavien doit bichonner. « Je m’y reprends à plusieurs fois pour laver la carrosserie. Elle est dans un sale état après toutes ces pistes empruntées dont la poussière s’est incrustée partout. »

    (Crédits : Darcy Lawrey/Pexels)

    Une fois que la voiture recouvre son aspect d’origine, et après trente minutes à traverser la ville, « j’arrive près de l’agence de location. Mais avant de restituer la voiture, je fais le plein et achète quelques lingettes pour nettoyer le tableau de bord et les portes. » Ensuite c’est un moment de suspense peu agréable. Puis, « À l’agence, je croise les doigts pour qu’ils me rendent ma caution sans problème… Ce qui est le cas », souffle avec grand soulagement Flavien. Car même si le ménage est réalisé, il existe toujours un risque de passer à côté de quelque chose sans le voir.

    La navette le prend et le dépose à l’arrêt de bus de l’aéroport. Un gros quart d’heure s’écoule quand Flavien aperçoit arriver l’autobus de la ligne 8. « Je grimpe dedans et vingt-cinq minutes plus tard, je suis au pied de mon auberge habituelle. » Une fois de plus ils ont une place pour lui. Il est 13 h. L’aventurier change de casquette pour une toque de chef. « Je cuisine des pâtes pour terminer mon pesto. En début d’après-midi, une douche bien agréable, avec la sempiternelle lessive à la main. Ce que je n’ai pas fait depuis un moment, mais comme je reste à l’auberge plus longtemps, ça devrait pouvoir sécher. »

    Après deux semaines de grand air, « je passe dans le lit le reste de l’après-midi. Comme un besoin de couper. » Il ne s’extirpe que pour aller manger un burger en soirée. Ce temps lui permet de régler quelques trucs comme sa déclaration auprès de l’URSAAF. (Crédits : Lgh_9/Pexels)

    C’est le moment idéal pour identifier quelques plantes et donner des nouvelles à ses proches. « En fin de soirée, je partage mes expériences de voyages, et réciproquement, avec les trois Françaises présentes dans le dortoir. L’une se prénomme Johanna, elle vient de Cherbourg. Une autre est dijonnaise, et a fait GPN, s’étonne Flavine. C’est la première Française que je croise qui s’y connaît un peu en naturalisme… Avant de me coucher, je réserve mon bus et mon auberge de demain. » À suivre…

  • Un inconnu désormais célèbre (20/55)

    Un inconnu désormais célèbre (20/55)

    Après plus de quatre-vingts kilomètres avalés en quatre journées par Flavien, comme pour le Tour de France, le nycthémère de repos est le bienvenu. Une grasse matinée en perspective, et tels les super-héros, il met sa cape de super-touriste. L’effervescence n’est pas celle des plages de nos côtes françaises en pleine saison estivale, mais le monde est souvent petit. Il part à la découverte de la ville d’Oban (Pā nui o Hau), et du manchot pygmée, le plus petit représentant de l’espèce… Quand l’impensable se produit.

    « Ce matin c’est grasse matinée… Enfin une grasse matinée de voyage », explique Flavien qui sort de sa tente à 8 h 15. Il semble que le kiwi s’amuse de sa rencontre passée avec le baroudeur. « Cette nuit, vers trois heures, un kiwi m’extirpe de mon sommeil. » Le kiwi se trouve près de la tente, quand il produit un cri incroyablement fort dans la quiétude nocturne.

    Flavien, connu comme le kiwi

    C’est en touriste, peu efficient, que Flavien déambule dans les rues d’Oban. Il s’offre une journée de repos après avoir crapahuté durant quatre-vingt-seize heures. « Je marche vers l’un des deux cafés du village pour déguster un petit déjeuner. » L’estomac de Flavien ne tient plus en place face à de telles promesses. « Ça fait quelque temps que je n’en ai pas pris », ajoute-t-il. L’estomac repu, l’aventurier du bout du monde traîne ses guêtres.

    Musée, Stewart, New-Zealand

    Il zigzague entre les quelques boutiques pour y trouver cartes postales et souvenirs. « J’en profite pour acheter des timbres à la poste », ponctue-t-il.

    Comme l’écrivain, du silence lui est nécessaire. « Je reviens à l’auberge pour écrire mes cartes postales. » Pas un seul endroit ne l’a convaincue. Il commence à pleuvoir, je suis bien à l’abri, souffle-t-il.

    Les heures défilent quand, monsieur l’estomac, se rappelle à son bon souvenir. « J’achète un sandwich frais, à l’unique supérette du village, avant de terminer l’écriture. » Les dix cartes postales finies, le gourmand refait surface. « Je les dépose à la Poste, et je m’offre une glace pour fêter le retour du soleil… » (Crédits : Rakiura Museum)

    À 15 h, Flavien visite le musée de l’île : Rakiura Museum (Te Puka o Te Waka). Le musée Rakiura ouvre ses portes le 25 septembre 1960. Depuis, il abrite une vaste collection d’objets historiques, de photographies et de documents d’archives liés à l’histoire de l’île. L’occasion d’en connaître un peu, et de mieux appréhender cette île. Des histoires sur les premiers établissements, l’île des poissons de Codfish, The Neck, l’île d’Ulva, l’île de Ruapuke et la baie de Halfmoon vous sont contées. Car, explique le musée, Rakiura était un lieu de rencontre pour les premiers peuples polynésiens, maoris, britanniques, européens et américains.

    Des frites, des frites, des frites…

    Après s’être rempli la tête durant une heure, qui est le temps d’observation minimal recommandé (45 à 60 minutes) place à la mission du soir : tenter de voir le manchot pygmée. Mais avant toute chose, il faut emmagasiner des calories, pour affronter la recherche nocturne. « Je dévore un tacos au foodtruck du village, mais il n’y a pas grand-chose à manger dedans, se désole Flavien avant de recouvrer le sourire. Je file au pub où je sais que pour 10 $ il y a un grand bol de frite… Meilleur rapport quantité prix… »

    Flavien s’habille en conséquence pour la mission. Le Manchot pygmée (Eudyptula minor) est le plus petit des dix-neuf espèces de manchots. Sa robe est d’un bleu indigo ou bleu argenté au niveau de la tête, le dos, la queue et les ailes. Seul le ventre se pare d’un plumage blanc.

    Originaire de Nouvelle-Zélande, il est communément connu sous le nom de pingouin de fées ou pingouin bleu, mais aussi sous son nom de Koror.

    « C’est le seul aux mœurs exclusivement nocturnes à terre », ajoute le naturaliste. Sur les conseils de personnes rencontrées, Flavien se rend à Ackers Point, à trois ou quatre kilomètres du village. « Je suis censé y voir la seule colonie de puffins fuligineux, appelés Tītī ici, à la tombée de la nuit. »

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Oban, New-Zealand, trek

    Il est tout juste 20 h, quand Flavien part. Affublé de ses gants, son bonnet et sa frontale à lumière rouge pour ne pas déranger les manchots. « J’ai à peine marché cinq cents mètres que mon prénom résonne », s’étonne Flavien. Qui pour m’appeler ici ? Je ne connais personne, pense-t-il à voix haute. « C’est Ela, une des True Young Explorers de l’Heritage Adventurer. » Ela habite sur l’île Stewart, mais n’est pas censée être présente durant la venue de Flavien. « Elle m’a repéré avec ma veste bleue — que je ne quitte plus depuis des années maintenant. On échange 10 min, avant de se donner rendez-vous au pub demain soir. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Voir Oban et le fameux Tītī

    Heureux de cette rencontre inattendue, l’aventurier du bout du monde poursuit son chemin. Il arrive devant un tout petit phare. L’endroit accueille déjà une toute petite dizaine de personnes, en attente du coucher de soleil. « Le moment est magique ! Le coucher de soleil se reflète sur les quelques albatros timides qui traînent. » L’heure s’égraine jusqu’au crépuscule, quand les premiers Tītī se découvrent pour retrouver leurs terriers.

    Manchot pygmée, Blue Pingouin, Stewart

    « Pour une fois il n’y a pas un nuage », contemple Flavien. L’île est d’ailleurs réputée pour son ciel pur. Un tel ciel le replonge immanquablement dans des souvenirs pas si éloignés que ça. « Ça, me remémore l’incroyable ciel étoilé d’Amsterdam. Me voilà à essayer de retrouver les constellations que je connais… Orion, Croix du sud, Nuages de Magellan… »

    Des étoiles, oui, mais pas une seule trace du manchot pygmée, ou blue penguin. Flavien admiratif devant un couple mieux équipé que lui. « Ils ont carrément une torche rouge, un avantage non négligeable pour trouver le manchot sur le trajet du retour », songe-t-il.

    Flavien suit son intuition et le couple sur le retour. « Grâce à leur torche, je réussis à prendre quelques photos de nuit. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Le trio se sépare avant l’entrée du village. « Je les remercie, et continue avec ma pauvre frontale », s’amuse-t-il. Il en trouve même avec cette faible luminosité. Il est l’heure de rentrer à l’auberge. C’est à ce moment où une chouette de Nouvelle-Zélande se laisse entendre, mais ne se laisse pas voir. « Déjà qu’il n’y a pas grand monde habituellement, souffle tout bas Flavien… Il n’y a pas un chat qui traîne à cette heure. » Il est minuit passé de quarante-cinq minutes quand « je retourne dans ma tente où j’y passe, mais sixième nuit consécutive ». À suivre…

  • Il ne faut pas être manchot (15/55)

    Il ne faut pas être manchot (15/55)

    Pour arriver sur l’île d’Enderby, cela se mérite. Mais le jeu en vaut plus que la chandelle. Débarrassée des espèces introduites par l’Homme, elle est désormais un refuge pour la faune en danger d’extinction. C’est d’ailleurs l’un des derniers jours de Flavien sur l’Heritage Adventurer, un retour aux sachets lyophilisés, à la solitude de la tente programmée. Mais pour le moment, rien ne sert de penser à ce qui va arriver demain, donc Flavien profite de l’instant présent, de la faune et de la flore de l’île d’Enderby.

    Les jours se suivent, mais ne se ressemblent pas. « Si nous n’avions pas vu le soleil la veille, ce jour-là, c’est bien différent. » Les rais de lumière jouent avec les voiles. Ces instants magiques que la poussière met en lumière. Les rayons de soleil se frayent un chemin à travers les rideaux des cabines. « Cette journée commence sous les meilleurs auspices », se réjouit Flavien d’un large sourire. Ils sont attendus à l’embarquement sur les zodiacs pour huit heures pétantes. « Aujourd’hui, nous visitons Enderby Island… Pardon, l’île d’Enderby, l’une de celles qui composent l’archipel Auckland ».

    Onze espèces de manchots en trois ans

    Bien que l’ensemble des croisiéristes foule à nouveau ce sol — nous sommes déjà venus la semaine dernière — l’émerveillement est au rendez-vous. Si bien qu’à peine débarqués sur la plage de sable, la plus grande horde de lions de mer de Nouvelle-Zélande du monde s’offre aux visiteurs. L’espèce est en danger d’extinction. Malgré qu’elle soit la plus imposante des colonies, elle n’excède pas 200 individus. « C’est déjà impressionnant quand on connaît la taille que peuvent atteindre les mâles. »

    Trek, Enberdy, nature

    Cette île étant un refuge dénué de toute présence humaine, la faune et la flore soufflent. C’est alors que sept manchots à œil jaune se montrent, presque timidement. « Cette espèce très craintive. C’est le plus rare des manchots, il n’en resterait que 2500 à 3000 individus », relate Flavien. Il est calé dans le domaine, car depuis qu’il bourlingue sur les mers et océans du monde, « c’est la onzième espèce de manchot que je vois en moins de trois ans, incroyable… » Celui-ci est particulier, c’est le plus grand à nidification hypogée.

    Chacun pose son gilet de sauvetage, avant de s’élancer sur une nouvelle balade, longue de 10 km à minima. Ils débutent sur les sentiers aménagés où ils rencontrent à nouveau des albatros royaux juchés sur leurs nids. « Ils sont tellement proches que nous faisons des détours pour ne pas les déranger. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Partis du sud, le groupe arrive rapidement aux falaises au nord de l’île. L’observation de dizaines d’albatros fuligineux à dos clair enchante les marcheurs. Leur site de nidification privilégié se trouve être les corniches rocheuses des falaises et les pentes abruptes. Si le reste du sentier est peu ou prou balisé, c’est les innombrables détours qui vont peser à la fin de la journée. « Nous devons garder une distance de cinquante mètres avec les manchots à œil jaune, explique Flavien. Et ils sont nombreux sur la côte. »

    Une autre apparition ravit l’aventurier du bout du monde : les mégaherbes. De multiples, Anisotome latifolia sont fleuris, souffle-t-il.

    Des règles strictes sont appliquées sur l’île d’Enderby. « Il est interdit de s’asseoir ou de poser le genou à terre. Nous mangeons donc installés sur une veste », admet-il. Ces dernières qui devront être désinfectées de retour sur l’Heritage Adventurer. Après la pause, ils se faufilent à travers la végétation à Poa litorosa. Puis les pléthores et énormes Stilbocarpa polaris les freinent véritablement.

    Mais ce n’est rien face aux lions de mer, ici chez eux… Et territoriaux. « Les mâles sont très agressifs. » Ils doivent, pour passer, intercaler leurs sacs entre eux deux. Alors que Flavien et ses compagnons d’infortune s’introduisent dans les forêts à Metrosideros umbellata, le naturaliste observe de plus près la perruche endémique et le bellbird (Korimako). « Un oiseau au chant dingue », claque-t-il. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Flore, île, nature

    Nous finissons notre boucle sur la plage à lions de mer, sept heures plus tard. Il existe des soirées, des secondes où vous souhaitez profiter de l’instant. Il ne se passe rien d’exceptionnel et pourtant. Vous vous trouvez au bon moment, au bon endroit. C’est un de ces moments où Flavien se retrouve avec ses pensées en cette fin d’année 2024.

    Dernière journée à bord

    L’équipage est aux petits soins pour leurs protégés, si bien que pour cette ultime journée complète sur le bateau, les grasses matinées sont de rigueur. « À 10 h, nous avons toutes les informations pour le débarquement de demain. » Vers 13 h 15, juste après le repas, tous s’installent à bord des Zodiacs pour un dernier voyage. « L’accostage sur l’île Snares est interdit, mais en faire le tour est possible », explique-t-il. Un périple de deux heures assis sur un boudin pneumatique.

    Zodiac, mer, voyage

    « Nous n’avions pas pu, aux premiers temps de l’expédition compte tenu d’une mer trop démontée. Aujourd’hui, avec une houle inférieure à deux mètres, ça s’annonce sous les meilleures auspices », claque Flavien.

    Le paysage est tout simplement incroyable, avec l’ambiance que procurent les averses… Et les espèces au rendez-vous. « Nous nous rapprochons de plusieurs colonies du Gorfou des Snares, endémique de cette petite île, sans aucun doute l’emblème. » Ils sont partout, sur terre comme en mer. « Deux passereaux endémiques, le tomtit et le fernbird des Snares, se montrent », s’émerveille-t-il. Tandis qu’ils observent une des deux plantes endémiques, Stilbocarpa robusta, Flavien ecarquille les yeux. « Olearia lyallii et Brachyglottis stewartiae, très rares sur les quelques autres îles où elles existent, abondent ici… On voit même quelques floraisons », se réjouit l’aventurier.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Les albatros de Buller délicatement posés à la surface, tels les damiers du Cap, semblent composer un tableau éphémère de Jean-Jacques Audubon. Les otaries de Nouvelle-Zélande ajoutent cette touche particulière à cette parenthèse enchantée déjà incroyable. L’émotion de ces instants laisse planer un silence que seul le Zodiac déchire dans son retour vers l’Heritage adventurer. « Il faut du quelques minutes pour se remettre de ce cocon temporel », acquiesce-t-il, en vérifiant si les photos, de ce manchot qu’il ne reverra sûrement jamais, sont réussies.

    Pour immortaliser ces jours, capter la lumière d’un souffle, « je m’octroie un moment isolé sur le pont arrière pour profiter une dernière fois de ces moments sur l’océan austral ».

    Ils étaient dix… Dix Young Explorers, qui, avant de manger couchent sur papier numérique un daguerréotype de groupe. « Je saisis l’occasion de faire une photo avec Lindsay et Chris, les guides les plus sympas. »

    Le dernier repas, à la table du capitaine, s’éternise. « J’en profite bien avant, les lyophilisés des jours suivants… » Le leader de l’expédition remercie les dix Young Explorers pour l’énergie et les connaissances partagées aux croisiéristes.

    Puis, une ultime fois, Flavien s’arrive à la bibliothèque où il rend les livres empruntés. (Crédits : Flavien Saboureau)

    duo, bateau, océan

    Mais avant de partir, il fait don de ses chaussures de ville à Fergus qui les voulait. « Je ne vais pas me trimbaler des souliers qui me seront inutiles pendant près de deux mois. » Quelques jours avant le retour, il faut que je pense à en commander de nouvelles pour ne pas devoir me promener en sandales à mon retour, sourit-il. À suivre…

  • Rien ne se passe comme prévu… (épis. 9/46)

    Rien ne se passe comme prévu… (épis. 9/46)

    Dimanche 10 décembre : « aujourd’hui n’aura pas été la plus exceptionnelle des journées du voyage », le ton est donné. La levée du corps est à 7 h 15, l’aventurier connaît l’heure d’arrivée de l’avion, dans exactement quarante-cinq minutes, sauf que… il patiente 30 min pour que Jen, le voisin de Shelley et Peter, vienne le chercher dans sa cabane, faite de briques et de brocs. Il lui annonce que l’aéronef ne peut pas atterrir à Port Stephens, sans la sécurisation de la piste. Les habitants s’affairent auprès des moutons.

    Jen a un fort accent et parle très vite, j’ai du mal à le comprendre sourit Flavien. Ce qui est sûr est que mon avion ne peut pas se poser à Port Stephens. « Il semble froid », remarque Flavien. Mais lui propose de discuter autour d’un bon café. Il grimpe dans la JEEP, et les voilà partis en direction de Hill Cove Point, « ma cabane était à Hill Cove Top ». Le settlement est divisé en deux « bourgs ». Durant le trajet, il apprend que personne ne vit dans le Top, « j’étais le seul à dormir sans ce patelin ».

    Seul au monde

    Arrivée à bon port, « je rencontre sa femme dont j’ignore toujours le prénom… » Nous contactons à de nombreuses reprises la FIGAS et Ann, la vieille dame qui doit m’accueillir a Port Stephens. Aucune solution aéroportée n’est trouvée. Jen suggère de m’amener en 4×4. Il faut traverser West Falklands du Nord au Sud, ce qui représente trois heures de trajet. « Il ne peut pas aujourd’hui, mais me propose demain ».

    Lui qui paraissait si froid semble sourire désormais. Je ne suis pas contre, mais ça lui fait 6 h de route aller et retour pense tout haut Flavien. Ça a l’air lui faire plaisir, il dit qu’il verra la nouvelle piste qui a été créée. « Après avoir calculé avec sa femme, il ne semble pas avoir été à Port Stephens depuis 14 ans ! »

    « Ça va me coûter cher de lui payer le gasoil ». Après tout c’est l’occasion de visiter l’archipel d’une autre manière, qui dans les deux cas n’est pas décarbonée. Et puis ce n’est qu’à Port Stephens que l’on peut observer Plantago moorei et Nastanthus falklandicus dans le monde !

    Pour le retour, je semble avoir compris qu’un médecin repart de Port Stephens en direction de Stanley, la capitale, mardi ou mercredi, ça me va. Je ne crois plus que ces dates soient respectées, « rien de ne se passe comme prévu ». Mon avion pour la Patagonie est annoncé samedi. Le timing est assez large. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Pendant ce temps il déguste son thé. Avant que Jen le ramène à son palace, pardon sa cabane, Flavien demande à utiliser leurs toilettes. « Je n’ai plus d’eau et mon PQ est trempé avec l’humidité de ces derniers jours », martèle-t-il. L’oubli de renfermer le papier hygiénique dans un sac étanche se paye cash. Le plein de la gourde effectué, les deux hommes prennent le chemin du retour. Jen lui montre comment accéder à la forêt plantée dans le bourg du haut, c’est une des seules attractions « touristiques » du secteur. « J’irai y faire un tour quelques heures plus tard. »

    Des arbres plantés il y a près de 80 ans

    « Je suis impressionné par la grandeur des arbres ». Selon les dires de son épouse, ces centaines, voire peut-être des milliers d’individus ont été plantés durant les années 40 et 50. Ce sont principalement des épicéas, des peupliers et des pins. Les premiers étant décimés par les scolytes. « Bien entendu, je ne comprends pas qu’on puisse faire d’une espèce exotique une attraction », souffle l’aventurier. Pour éviter une frustration, il se tait.

    Rentré dans sa cabane, et après s’être restauré, il s’offre une sieste. Le temps, jusque là brumeux semble s’éclaircir sur le littoral. « C’est le moment d’aller voir la petite colonie de cormorans impériaux sur l’ancien ponton du village. » Faire d’une pierre deux coups !

    « Cela fait bientôt quatre jours que je ne me suis pas douché et avec l’humidité ambiante ce n’est pas agréable de se sentir moite », observe Flavien. Il positionne son sac sur son dos et le voilà parti pour Hill Cove Point, à seulement 2 km de marche. Après une heure passée à observer la colonie sur le ponton, direction la maison de Jen. L’objectif de pouvoir, s’ils le permettent, prendre une douche.

    « Des agneaux élevés dans leur jardin sont plus vifs que moi. Les voilà qui rentrent avec moi dans la maison. Une scène marrante pour les remettre à l’extérieur… »

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    La délivrance lorsqu’ils acceptent volontiers que je prenne une douche. Ils semblent gênés par le fait que leur douche ne soit pas propre. « S’ils savaient à quel point je m’en fiche. De l’eau chaude c’est tout ce qui m’importe ! »

    Flageolets, pâtes et cartes postales

    Une discussion d’une quinzaine de minutes, Jen propose de me ramener : « quelle bonne idée ! » À peine de retour à la cabane, il se met à pleuvoir des cordes. « J’en profite pour commencer à écrire quelques cartes postales que j’ai achetées sur New Island. Je ferai cuire quelques flageolets avec des pâtes ». La nourriture commence à manquer, j’espère que l’on croisera une supérette demain soupire-t-il.

    Rien n’est sûr ! Jen indique qu’on trouvera une station essence sur la route, alors pourquoi pas. Le repas terminé « je profite d’une éclaircie pour aller traîner sur la plage de galets à quelques centaines de mètres de là ». Bientôt trois semaines qu’il est parti, c’est l’occasion de faire un point sur son voyage.

    Demain, lundi 11 décembre et 21e jours d’aventure, Jen récupère Flavien dès 7 h. Ce soir, il ne tarde pas à rejoindre Morphée. Levé dès potron-minet, soit à 6 h, « j’ai une heure pour me préparer. Je suis large », se réjouit-il.

    C’était sans compter sur les 15 minutes d’avance de Jen… Me voilà à devoir quitter ma cabane à la va-vite. Je monte dans le pick-up et nous voilà partis pour 2 h 15 de route finalement.

    Le temps est pluvieux. Quand la brume se dissipe, l’observation de paysages dénudés et d’interminables lignes droites s’offrent à Flavien. Chose intéressante, l’essence ne coûte que 80 centimes ici… (Crédits : Flavien Saboureau)

    « Nous arrivons à Port Stephens vers 9 h 15 après 84 miles de piste. Je commençais à avoir mal à l’arrière-train, il était tant d’arriver », s’amuse Flavien. Après avoir donné 60 £ à Jen, c’est l’heure de rencontrer Ann, 83 ans, qui avec son mari sont propriétaires de la ferme depuis de nombreuses années.

    Le luxe de dormir dans une vraie chambre

    L’avion du retour est prévu demain, alors direction le terrain. « Avant de parcourir les 5 km qui séparent le settlement de la côte, où je suis censé trouver les plantes, je prendrais un thé. » Il patiente quelques dizaines de minutes, que la pluie cesse. Flavien s’équipe : coupe-vent, ciré, sursac, pantalon de pluie, guêtres et chaussures goretex… « Je ne peux être plus waterproof… » Parti sous la bruine, la pluie se remet à tomber 30 minutes plus tard. « Je me fais une raison. Je ne resterais pas sec toute la journée. Il m’a fallu plus d’une heure pour trouver la première plante, heure fatale à l’étanchéité de mon équipement. »

    Au bord d’une falaise, un rocher en porte à faux lui sert d’abri pour faire chauffer son déjeuner : le dernier sachet de fondue savoyarde déshydraté. « Je prends la direction du Nord, par les pertes escarpées du Stephens Peak et tomberai sur quelques coussins du plantain de Moore, l’une des plantes les plus rares de notre planète. »

    Une centaine de clichés plus tard, il continue son chemin. « Dans la baie que je surplombe, j’observe une grande colonie de Papous. » Sans le téléobjectif par peur de le détériorer avec ce temps, il fait quelques photos de la colonie avec le macro. « Les poussins sont particulièrement bien portants ici, ils grandissent incroyablement vite… » Quelques manchots royaux sur œufs se mélangent dans la colonie. Il reste quelques dizaines de minutes, mais à bientôt 16 h, il se résigne à rentrer. Le temps ne s’est pas arrangé. Trempé depuis quelques heures « il commence à sérieusement cailler ». (Crédits : Nastanthus falklandicus/Flavien Saboureau)

    Vu le temps, Ann m’offre une chambre et de quoi prendre une douche. Plus tard nous prendrons le repas et « je suis surpris de voir que nous sommes dix à manger ! » Des jeunes venus du Chili, d’Afrique du Sud et d’Angleterre sont là pour tondre les moutons et sont affamés. « Ann nous sert un repas comme je n’en ai pas vu depuis longtemps, avec une incroyable quantité de nourriture (il ne faut pas être végétarien par contre). La peau du ventre bien tendue j’irai me coucher après avoir aidé Ann à faire la vaisselle, tous s’étant évaporés. » À suivre…