La deuxième leçon d’Albert Einstein, prix Nobel de physique 1921 « pour ses services rendus à la physique théorique, et en particulier pour sa découverte de la loi de l’effet photoélectrique », a eu lieu au collège de France, en présence d’initiés. Une sensation de huis clos, car la salle ne pouvait admettre que les seuls convives. Langevin, responsable de l’organisation avait envoyé trop d’invitations. Si bien, que malgré le carton en bonne et due forme, certains retardataires se sont vu refuser l’entrée de l’auditoire.
C’est dans une stricte intimité toute relative, que le physicien allemand a pu échanger avec les hôtes, car n’en déplaise à la relativité, personne de plus ne pouvait plus y loger. Les objections du Collège de France ont sans doute tenu en haleine les auteurs, tant le principe de la relativité défraie la chronique des connaissances. Le côté cocasse de la chose est que les autres conférences devraient se dérouler dans des salles plus petites encore. Le journaliste du FigaroFernandRigny s’amusait de cet effet.
La venue du scientifique allemand, Albert Einstein, à Paris fait salle comble au Collège de France. (Crédits : Le Figaro/BnF Gallica)
« Dans les temps passés, alors que l’univers semblait obéir aux lois de Copernic, de Galilée, de Newton, et que l’on croyait ces lois éternelles, la réponse aurait été celle-ci : cherchons une salle plus grande ! » Seule certitude, c’est l’incertitude, car avec AlbertEinstein, personne ne sait plus si l’univers est infini, si la Terre tourne, si les salles ont quatre dimensions ou davantage. Pour la prochaine, l’attente est réduite à cet expédient : envoyer moins d’invitations, s’amusait Fernand Rigny.
Tandis qu’en 2022 surgit le scandale des EHPAD (Orpea), le 3 avril 1922, le quotidien Le Journal révélait que le directeur et le surveillant de l’asile de pupilles du Vésinet étaient suspendus de leurs fonctions. Durant le conseil municipal de la commune, MM. Michel Missoffe et Barthélemy Robaglia demandaient quelles avaient été les conclusions de l’enquête sur les faits d’une gravité sans nom qui s’étaient déroulés, il y a deux semaines. L’assemblée écoutait l’orateur rappeler les évènements de l’incurie du directeur, M. Martinet et de la violence du surveillant, M. Moreau.
Au nom des associations d’anciens combattants, les deux hommes dénonçaient que l’asile national du Vésinet, où l’on élevait, sous le régime de l’internat primaire, cent cinquante et un pupilles de la Nation, était le théâtre de faits d’une incontestable gravité. L’assemblée était choquée et s’exprimait avec force hurlant qu’il était « inadmissible que des enfants confiés à la garde de la nation, soient si mal nourris, mal soignés, mal habillés et de plus, brutalement frappés ». L’administration ayant reconnu les faits qui lui avait été signalé, qu’elle devait être en mesure des prendre des sanctions et de « déférer le brutal surveillant à la justice en vertu de l’article 312 du Code pénal ». Il encourait de un à seize mois de prison, plus une amende. « Il faut, dit-il, une sanction sévère, seule sanction que le public comprendra », ajoutait-il. Le directeur des services administratifs de l’enseignement à la préfecture de la Seine, M. Martzloff, affirmait que les comportements révélés avaient été grossis, ajoutant que l’enquête était en cours.
« On nous donnait des précisions singulièrement troublantes sur le pauvre menu de leurs repas. À midi un plat de légumes, et dessert quand on n’en prive pas ces pauvres enfants pour des périodes qui vont jusqu’à six mois. Le soir, pour le dîner une soupe poireaux et pommes de terre avec beaucoup d’eau, un plat de légumes et un dessert. » (Crédits : DR)
Il était reproché à « M. Moreau, bachelier préparant sa licence de droit, de brutaliser les enfants confiés à sa garde, de les gifler, de les mettre au piquet pendant des heures, voire de leur administrer des fessées publiques, il aurait même, brisé une canne sur la tête d’un élève », racontaient certains témoignages. Par principe de précaution, les sieurs Martinet et Moreau étaient suspendus séance tenante de leurs fonctions par le préfet de la Seine. Mais un autre scandale sous-jacent sortait lors de la réunion. Des recommandations politiques avaient placé un fonctionnaire qui n’était nullement préparé à cette mission, désormais « la direction des asiles de pupilles ne pourra être confiée qu’à des fonctionnaires de l’enseignement ». L’enquête en resta-là pour ne pas ébruiter l’affaire.
Les vêtements de ces enfants étaient, parait-il, déchirés et sales. Leurs chaussures étaient dans un état lamentable. Sans lacets, meurtries, les semelles trouées elles prenaient l’eau de toutes parts. Le gros grain des culottes, trop long, mettait en sang les mollets de ces enfants. Blessés par leurs bottines, deux enfants auraient eu des abcès au pied.
M. Martzloff semblait penser qu’une réprimande sévère au directeur de l’orphelinat, M. Martinet, ancien chef du matériel au ministère de l’Intérieur, serait suffisante, sauf qu’il reprit ses mauvaises pratiques. M. Martzloff revint à l’improviste, le 20 avril 1922. Il constata que les mêmes fautes étaient commises et les sévices encore exercés, il « entra dans une violente colère » et rédigea un rapport en ce sens. La Préfecture de la Seine crut devoir adoucir la version première du communiqué, affirmant que « la nourriture était bonne », ce que contestaient les enfants et les témoignages de plusieurs voisins.
Les faits incriminés étaient aussi parvenus à la connaissance de deux conseillers municipaux de Paris, MM. Barthélemy Robaglia et Michel Missoffe. Les deux élus de la capitale portèrent immédiatement, chacun de son côté, les faits qu’on leur avait signalés à la connaissance de M. Auguste Autrand, préfet de la Seine. Le Préfet leur répondit en mentionnant les visites effectuées à l’asile par M. Martzloff et en ajoutant qu’à la suite de ces visites une enquête avait été confiée au service du contrôle de la Préfecture.
Le récit des actes de MM. Michel Missoffe et Barthélemy Robaglia provoquait l’émoi dans une salle tout ouïe au récit du conseiller municipal de Paris le 22 avril 1922. C’est à ce moment que la presse s’empara de l’affaire. (Crédits : DR)
Les protagonistes furent traduits devant le conseil de discipline. Sur avis de celui-ci, le préfet, M. Autrand prononça quinze jours de retenue de salaire à M. Martinet, directeur régisseur de l’établissement, dix à MM. Moreau et Guenegan, surveillants et huit pour M. Dupotet, surveillant. De plus, le conseil émit le vœu que « dans l’intérêt du bon fonctionnement de l’Orphelinat du Vésinet, il soit procédé au remaniement du personnel de cet Établissement ». Les fonctionnaires furent déplacés. Il n’y eut pas de suite au pénal.
Le scepticisme est tenace évoque le journal Le Temps en ce 2 avril 1922, surtout lorsqu’il s’agit de médecine. La fièvre méditerranéenne, ou brucellose était vaincue annoncée le corps médical, à travers l’article du docteur HenriBouquet. La brucellose humaine est liée à celle du bétail domestique et aux produits laitiers crus provenant d’animaux infectés. Elle est devenue rare en France depuis la mise en place de mesures prophylactiques sévères prises à partir de 1975.
La presse s’amusait d’un tel nombre de noms pour une seule maladie. Longtemps baptisée la fièvre de Malte, mais l’Angleterre craignait que cela nuise à l’une de ses possessions, et demanda à en changer le nom. Elle devint la fièvre de Chypre, puis celle de Naples, celle du Levant… il fut décidé de l’appeler fièvre méditerranéenne, pour ménager la chèvre et le chou. Elle fut observée dans divers coins du monde, mais en France, c’est en Provence comme en Corse qu’elle était étudiée avec beaucoup de soin par plusieurs médecins du Gard. Elle était reliée à la consommation de lait de chèvre.
Les conditions d’hygiène diffèrent de la campagne à la ville, mais également en fonction des individus. Mais c’est le fait de faire bouillir le lait qui rebuta le plus les gens, habitué à le boire tel qu’il était trait aux pis de la chèvre, nature. (Crédits : David Bruce/Wellcome Library, London)
La brucellose est une infection causée par plusieurs espèces de bactéries Gram négatives Brucella, caractérisée par de la fièvre et des symptômes touchant tout l’organisme. Elle est principalement contractée par contact avec des animaux infectés, en consommant du lait ou d’autres produits laitiers contaminés non pasteurisés, et également de la viande contaminée mal cuite. « Il n’était pas aisé d’enseigner aux gens ordinairement un peu frustes qu’elle menaçait la propreté minutieuse qu’exigeait leur préservation. Ils acceptaient pas volontiers les recherches que l’on voulait faire sur leurs troupeaux pour dépister les bêtes dangereuses », témoignait le Dr Henri Bouquet. Ce sont les travaux de MM. Nicolle et Conseil, de l’institut Pasteur de Tunisie qui ont amené un armement complet contre la brucellose.
Si l’assassinat de son prédécesseur, François-Ferdinand d’Autriche (et son épouse Sophie Chotek), fit couler de l’encre et le sang de millions d’Hommes, le nom de Charles 1er, prince impérial d’Autriche-Hongrie est moins connu dans les livres d’histoire française. L’Église catholique l’a déclaré bienheureux en 2004. Elle ne le fête pas le 1er avril, date de son décès, mais le 21 octobre, jour de son mariage. Il est pourtant à l’origine de profonde modification et des réformes sociales, en limitant le temps de travail des femmes et des enfants.
L’Ouest-Éclair fit de sa nécrologie un papier de tête en Une. L’homme qui ne fut empereur d’Autriche que durant un an, onze mois et vingt-et-un jours, marqua les esprits de nombreuses personnes. Charles de Habsbourg était né à Persenberg, le 17 août 1887, fils de l’archiduc Othon-Francois-Joseph, qui n’était qu’autre que le frère de l’archiduc héritier de la couronne. Il fut proclamé empereur d’Autriche sous le nom de Charles 1er et Charles IV roi de Hongrie.
Empereur d’Autriche sous l’appellation de Charles Ier, Charles IV roi de Hongrie et Charles III roi de Bohême, il fut le dernier monarque de ces États. Ci-dessus, Charles Ier passe en revue des troupes allemandes sur le front roumain, le 4 septembre 1917, tandis qu’il tâchait de trouver des voies de paix, avec la France et la Russie. (Crédits : DR)
Il renonça au pouvoir en Autriche le 11 et en Hongrie le 13 novembre 1918, car malgré ses hésitations et ses tentatives d’une paix, il était incapable d’obtenir étant sous la dépendance pleine et entière de L’Allemagne. La résidence de Funchal au Portugal lui fut assignée. Il épousa le 21 octobre, d’un mariage non arrangé, la princesse Zita de Bourbon-Parme, sœur des princes de Sixte et Xavier de Parme. Il décéda à 34 ans sans connaître le dernier de ses enfants Élisabeth. Son fils aîné, l’archiduc Otto, âgé de dix ans, deviendra alors le chef officiel de la maison de Habsbourg-Lorraine pour les quatre-vingts années à venir.
Suite à la mobilisation des lithographes pour sauver l’un des leurs d’une saisie de meuble, afin de recouvrer l’impôt sur le salaire de 1919, d’une somme de 29,75 Anciens francs. Le ministre des Finances prenait une décision dans la journée, fait historique, qui est à marquer d’une pierre blanche. Les poursuites contre le lithographe mutilé et chargé de famille étaient suspendues. Mais surtout, il déposait un projet de loi visant à modifier le calcul de cet impôt. « De sages mesures », titrait L’Homme Libre.
Déjà le 30 mars 1922, les informations de la Presse écrite parisienne indiquaient que « l’impôt sur les salaires, du fait de la hausse du prix de la vie, est devenu il faut le reconnaître, très lourd pour certaines catégories de travailleurs. » La différence entre les Francs d’avant 1914 et de 1922 est conséquente. « Trois ou quatre mille francs d’à présent ne représentent guère plus de douze à quinze cents francs d’avant 1914 ».
Le traitement des impôts posait précédemment question. À ce sujet, le jeu des déductions subissait une réduction drastique, qui « normal autrefois, est aujourd’hui dérisoire ». La révision du taux de l’impôt porté par le ministre demandait au parlement d’en tenir compte. (Crédits : L’Homme Libre/BnF Gallica)
C’est le président français Raymond Poincaré, qui en 1914, avec l’imminence de la guerre, fait voter un impôt sur le revenu. En effet, la loi de 1914 établissait une taxation de 2 % sur les revenus des chefs de famille, mais aussi toute personne vivant sous leur toit. Puis, la loi du 31 juillet 1917, se superposent à cet impôt, six taxes proportionnelles cédulaires, c’est-à-dire par catégorie de revenu, à savoir :
l’impôt foncier sur les propriétés bâties et non bâties (5 %)
l’impôt sur les valeurs mobilières (6 %)
l’impôt sur les bénéfices des exploitations agricoles (3,75 %)
sur les bénéfices industriels et commerciaux (4,5 %)
sur les bénéfices des professions non commerciales (3,75 %)
Anecdotique, sur le fait, depuis que le prélèvement est perçu à la source. L’initiative de la campagne de l’Union des syndicats de la Seine était ardente contre cet impôt. Les adhérents renvoyaient en masse leur feuille d’imposition à leurs groupements respectifs. Cette manifestation du 29 mars 1922 avait également pour but de s’opposer à la circulaire du ministre des Finances, Charles de Lasteyrie du Saillant contre son recouvrement. La publication mentionne que les fonctionnaires ont les pouvoirs légaux de procéder.
Un mouvement de foule entourait M. Julien Beaumont, raconte le quotidien Le Petit Parisien. Ce dernier, lithographe de profession, marié à une veuve de guerre, père d’un bébé de seize mois, ayant sa mère à charge, mutilé et pensionné de guerre à 40 %, n’a pas répondu aux sommations du percepteur. Les faits qui lui étaient reprochés, ne pas avoir liquidé ses impôts sur salaire de l’année 1919, soit 29,75 francs (4023.24 euros en 2021, selon l’INSEE). Il se vit signifier la saisie d’une armoire pour le solde de ses impôts.
Las d’attendre, les lithographes organisèrent un meeting sur le terrain de manœuvres, avenue Gambetta. (Crédits : Le Petit Parisien/BnF Gallica)
Forts des 1 300 membres du syndicat, ils faisaient cause commune, et décidèrent pour une durée de 24 heures de faire une grève générale des lithographes. Aussitôt dit, aussitôt fait, dès l’aube autobus, tramways, métros déversaient à la porte des Lilas un nombre grossissant à vue d’œil près du domicile de Julien Beaumont. Tandis que certains montaient la garde à l’intérieur du logement, d’autres s’installaient tout autour de la place des Tourelles dans les cafés, prêts à intervenir.
L’union faisant la force, le ministre des Finances, Charles de Lasteyrie du Saillant et personnalités politiques attiraient l’attention sur le cas Beaumont. Le percepteur du s’enquérir de renseignements détaillés sur la situation exacte dudit contribuable. Le Conseil national de la fédération des fonctionnaires avait voté un ordre du jour contre l’impôt sur les traitements :
Abaissement du taux de la cédule sur les traitements et salaires à 4 %
Le relèvement de 2 000 Anciens francs des taux d’exonération à la base
Application de a cédule sur les traitements et salaires de tous les abattements pour situation et charges de famille
Les homicides volontaires de femme qualifiées de féminicides atteignent le nombre de 25, au 28 mars 2022. Malheureusement, ils faisaient déjà la une des journaux depuis plusieurs décennies, car ces assassinats existaient déjà… il y a cent ans. L’affaire du crime dit de la gare Saint-Lazare s’étalait sur la première page du quotidien Le Petit Parisien. Daniel-Alexandre Andrieux, 23 ans comparaissait devant les Assisses de la Seine sous l’inculpation de faux, usage de faux et assassinat de LeilaBausse âgée de 22 ans.
L’affaire connue sous le crime de la gare Saint-Lazare, mis un terme à deux vies, celle de la victime Mlle Leila Bausse 22 ans et son meurtrier Daniel-Alexandre Andrieux 23 ans. Le fils d’un considérable minotier du Maroc, semblait selon le journal L’Humanité du 28 mars 1922, manquait d’un certain équilibre mental. Né en Russie, il appartenait à une famille des plus honorables. Son père dirigeait une importante minoterie au Maroc, alors que son grand-père était membre de la chambre de commerce de Casablanca. Mineur, il suivait ses parents du Maroc aux États-Unis que la presse surnommait les Amériques. Le jeune homme à tout juste 18 ans s’engagea. Après être démobilisé, il travailla comme dactylographe au sein de la société de constructions civiles et industrielles. Son employeur n’est autre que son oncle, M. Nicolas Perpignani, administrateur délégué de la compagnie, constituée le 24 juillet 1919.
Compte tenu de l’érosion monétaire due à l’inflation, le pouvoir d’achat de 15 000 Anciens francs en 1922 correspond à 17 387,35 Euros aujourd’hui. (Crédits : Alexas Fotos/Pixabay)
L’assassin, Daniel-Alexandre Andrieux, que les renseignements de police qualifiaient de violent et paresseux, était arrivé de Casablanca en novembre 1920. Il faisait connaissance de celle qui allait devenir sa petite-amie. L’homme possessif piquait des crises, si bien qu’au cours de l’une d’entre elles, il la frappa dans le bureau de son employeur. La jeune femme paya double, voire triplement la crise de jalousie de son amant. M. Perpignani mis les deux amants à la porte, mais versa régulièrement des sommes d’argent à son neveu. Éconduit, l’homme blessé se faisait de plus en plus pressant et présent, en harcelant la jeune femme. La compréhension, comme l’assimilation de la fin d’une relation semblait étrangère à Andrieux. Il usurpa la signature de son nouveau patron pour parapher un chèque de 6 400 francs pour fuir à l’étranger. Il la supplia, arguant avoir volé 100 000 francs et encourir une peine de 20 ans de travaux forcés, pour qu’elle le suivre… en vain.
Profitant de l’affolement général provoqué par son geste criminel, il réussit à se frayer un passage parmi la foule nombreuse. Tout en tirant sur ses poursuivants, il gagna le souterrain du Métropolitain, qu’il traversa avant de ressortir rue du Havre. (Crédits : cocoparisienne/Pixabay)
Depuis environ quinze jours, la jeune femme avait recouvré un emploi dans une minuscule boutique. Cette dernière installée cours du Havre sous le péristyle d’entrée d’accès à la salle des Pas-Perdus portait le nom de TeminusDactyl. Le 28 avril 1921, il insista une nouvelle fois pour qu’elle s’enfuie avec lui, une fois de plus elle répondit négativement. Sur le seuil d’un magasin proche de la gare, il sortit un revolver et la tua. Fuyant la scène du crime, une chasse à l’homme commença. Il s’engouffra dans la bouche de métropolitain, éloigna ses deux poursuivants, l’agent Baco et un employé de la gare, M. Paul Enfer en faisant feu à deux reprises, sans les toucher. Il en ressortit par la rue du Havre, puis emprunta la rue de l’Isly, entra au numéro 7. Il se mêla à la foule des ouvriers sortant, pour ensuite grimper dans le Printania, avant de redescendre dans la cave d’une maison voisine. Il s’y cacha une bonne partie de la nuit. Rebroussant chemin et se croyant en sûreté, il chercha à s’enfuir vers 2 h. Le veilleur de nuit le vit et l’arrêta. Le procès d’Assises le condamna aux travaux forcés à perpétuité et 15 000 Anciens francs de dommages et intérêts.
Deux histoires d’automobiles, contées dans l’Écho de Paris le 27 mars 1922, transformaient la vie de Gaston Valentin, Jean Le Gall et Pierre Sebié. Les voitures ne sont pas celles que nous connaissons aujourd’hui. La sécurité, le confort de conduite et autres améliorations ne vinrent qu’avec le temps, accidents, et prises de conscience de la dangerosité de l’être humain. Déjà les constructeurs, ou géniaux inventeurs, composèrent des véhicules terrestres à moteur avec, et sans permis, les dernières ont conservé le nom de voiturette.
Gaston Valentin est un amoureux de la belle mécanique dirait-on. Passionné par les voiturettes automobiles, qui peuvent se conduire sans posséder le permis, il n’hésite pas à emprunter celle d’autrui. Ainsi l’homme déambulait, à La Celle-Saint-Cloud lorsqu’il vit une voiturette arrêtée sur la bordure. Ce terme était utilisé pour la première fois par le constructeur automobile français Léon Bollée. Il s’en servait pour désigner un tricycle de son invention. Il en déposa le nom, et ce mot, comme le frigo (qui est une marque) à la place du réfrigérateur, est au fil du temps passé dans le langage usuel. N’écoutant que son désir, il mit le moteur en marche, pris se aises en s’installant au volant puis démarra.
Les voiturettes se pilotaient sans permis, ni carrosserie. Inventée par Léon Bollée en 1895, elle est connue sous le nom de « tricar » au Royaume-Uni. (Crédits : Joost J. Bakker)
Sortant d’une boutique, le propriétaire courut derrière son véhicule et le voleur. Entendant des cris, GastonValentin se retourna, perdit la tête et fonça volontairement dans un arbre. Interrogé par le juge d’instruction, il avoua s’être emparé de l’automobile, car il la trouvait « trèsjolie ». Le magistrat chargea un médecin légiste de procéder à l’examen mental du prévenu, dans la mesure où il ne semblait pas jouir totalement de ses facultés.
Rupture de direction
Non loin de là, près de la Porte de Trappes, une issue moins heureuse se déroulait. Une automobile faisait une terrible embardée. Elle était pilotée par le mécanicien JeanLeGall, âgé de 35 ans, avec à ses côtés son ami PierreSebié. Selon les témoins de la scène, le véhicule roulait, subjectivement, à vive allure. La rupture de la colonne de direction les envoya brutalement dans le décor. « Les deux hommes furent grièvement blessés et ne tardèrent pas à expirer », écrivait le journal L’Écho de Paris.
L’orgueil est une opinion plus qu’avantageuse qu’on a de sa propre personne. Du latin superbia, il détermine non l’égocentrisme, mais la considération de notre valeur, souvent aux dépens de celle due aux autres. Au XVIIe siècle la fierté était définie par quelqu’un de hautain et altier. L’Académie française lui octroie actuellement le « vif sentiment qu’on a de son mérite ». C’est toute l’histoire de SergedeLenz.
Le 26 mars 2022, l’Écho d’Alger relatait une affaire rocambolesque, Serge de Lenz cambrioleur mondain, n’entends pas laisser ses exploits être diminué par la cour. Interrogé le jeune homme qui n’en est pas à son coup d’essai interpelle le président de la chambre d’instruction. « J’ai même volé, en même temps une tabatière en argent ». La réaction du présumé malfaiteur répondait au doute émis par le juge. Ce dernier formulait une sérieuse incertitude au sujet d’un collier dérobé chez le bijoutier M. Servan dont le magasin se situe à Bordeaux. Le représentant du commerçant, qui assistait à l’interrogatoire déclarait « c’est bien vrai, nous avions négligé de signaler cette tabatière à la police ». Il n’en faut pas plus pour que triomphant, Serge de Lenz s’écriât « Vous voyez ! ». Son procès en Assises, en février 1923 pour vols qualifiés et recel le condamnera à 10 ans de prison ferme. En liberté conditionnelle en 1931, il s’installe à Dieppe, car interdit de séjour en Île-de-France.
Qui est celui que la postérité a surnommé le « Gentleman Cambrioleur », allusion au célèbre personnage d’ArsèneLupin, créé par MauriceLeblanc à la même époque. Série à succès alors interprété par GeorgesDescrières, dont nos grands-parents ne perdaient pas une miette devant l’écran cathodique. (Crédits : AFP)
Serge de Lenz est né le 7 novembre 1892 à Neuilly-sur-Seine, et meurt le 11 septembre 1945 à Issy-les-Moulineaux des suites de graves blessures. Fils d’Eugène de Lenz, banquier d’origine russo-balte, et de Marie Pontez, il fait des études au lycée Condorcet. Le 1er avril 1912, Serge de Lenz signe un contrat de cinq ans comme engagé volontaire dans la cavalerie, au 13e régiment de chasseurs. Moins d’un an après, il est réformé médical pour « hystéries et crises nerveuses constatées », le 7 février 1913 Livré à lui-même, Serge de Lenz multiplie ensuite les délits. Dès l’âge de 21 ans, Serge de Lenz est condamné à 10 mois de prison pour vol de voiture. Son parcours est impressionnant pour le commun des mortels. Pendant les années de guerre, il passera plusieurs fois en justice pour vols, faux et usages de faux totalisant plus de 5 ans de réclusion dont il n’accomplira que la moitié, purgeant le reste dans les « Bat’d’Af’» sur décision du tribunal militaire.
Tous les moyens sont bons pour arriver à ses fins, à l’occasion gigolo bisexuel, il escroque et fait chanter ses victimes. (Crédits : DR)
Le comte de Guise-Hitte, peintre américain séduit, révélera naïvement, l’emplacement de son coffre et de sa fortune. Le cambriolage est effectué fin octobre 1931, avant de fuir en Belgique. Extradé, De Lenz sera condamné aux Assises à dix années d’incarcérations pour vol qualifié en mai 1934, mais un vice de procédure fait casser le verdict. Rejugé en janvier 1935 devant la cour d’Assises de l’Eure à Évreux, l’homme sera libéré en décembre 1936 pour folie. De menus larcins rythmeront sa vie jusqu’à son enfermement au camp de Rouillé, dans la Vienne (86) avant son évasion en décembre 1941, le lieu n’avait que quatre mois d’existence. L’occupation nazie décrète la ligne de démarcation le 22 juin 1940, longue d’environ 1 200 km.
Des communes comme celle de Jardres dans la Vienne, propose un parcours le long de la ligne de démarcation. Le réseau de résistance Renard à travers le journal clandestin Le Libre Poitou s’opposa au régime nazi. Louis Renard fut arrêté en 1942, puis guillotiné à Wolfenbüttel. (Crédits : Centre châtelleraudais d’Histoire et d’Archives)
Il retourne à Paris devenu sous l’Occupation nazie, paradis des malfrats et des collabos. La capitale grouille de trafiquants au marché noir et de faux policiers, que relate le film « La Traversée de Paris » avec Jean Gabin et Bourvil, réalisé par Claude Autant-Lara. Cet environnement propice aux larcins convient parfaitement à Serge de Lenz. Il rejoint la bande de Rudy de Mérode, espion français à la solde des Allemands, et se préoccupe plus particulièrement d’organiser le racket des cabarets et autres lieux de nuit.
Dans ce camp furent internés des politiques, ceux qui émettaient des opinions opposées aux nazis et aux vichystes qui pourraient actuellement être qualifiés de complotistes. Ceux qui tentèrent de rejoindre l’Angleterre, des républicains espagnols, marchés noirs, droits communs, et les indésirables espagnols, russes, arméniens, italiens… (Crédits : Vrid Memorial)
En février 1943, un particulier vient se plaindre d’un vol de 300 Louis d’or. Mais également d’avoir été molesté par des hommes affirmant être de la Carlingue, qui est le surnom de la Gestapo française. Après enquête interne, il s’avère que les coupables étaient des hommes de la bande de Mérode dont Serge de Lenz faisait partie. Explication orageuse entre les deux chefs de bande. Suite à de nouveaux incidents, Henri Chamberlin, dit Henri Lafont, chef de la Gestapo française fit arrêter toute l’équipe de Neuilly par la police allemande et exigea leur déportation. Rien de mieux que d’éliminer la concurrence pour régner en maître des lieux. L’homme fut incarcéré à Fresnes avant d’être déporté à Oranienburg puis à Buchenwald. Libéré par les Américains, Lenz revint à Paris en 1945 et récupéra son magot caché avant sa déportation. Mais, il tenta de voler un de ses nouveaux compagnons du milieu qui le battit à mort, il décédera à la clinique d’Issy-les-Moulineaux le 11 septembre 1945 des suites de ses blessures.
Les massacres, assassinats ou tout autre crime effectué pour des questions de religions ou de non-tolérance ne datent pas d’hier. Il y a tout juste cent ans, dans la ville de Belfast en Irlande, la mort de sept personnes de la même famille faisait les gros titres de presse. Froidement abattus dans leur salon, d’une balle de revolver en pleine tête, car leur faute était d’être de confession catholique. Ainsi huit jours après la fête de la saintPatrick, un père et ses six fils décédaient fauchés, pas des meurtriers assoiffés de religion.
Le petit journal relatait le 25 mars 1922 un crime odieux commis à l’aube du jour à Belfast. Il est 4 h 30 lorsque des bandits revêtus d’uniforme d’agents de Police enfonçaient la porte d’une maison habitée par la famille Owen Mac Mahon. Située à Kinnaird Terrace, près d’Antrim Road, la famille de dix personnes dormait paisiblement. Revolver à la main, les gangsters les réveillèrent et les obligèrent à descendre dans le salon. Mari et femme, suivi par les fils et filles se retrouvèrent au rez-de-chaussée, avant d’être séparés. Les hommes de la famille, soit le père et ses six fils furent alignés contre l’un des murs de la pièce. Les criminels les abattirent l’un après l’autre, à bout portant. Durant le massacre, Mme Mahon et ses deux filles étaient dans la pièce contiguë surveillées par un des membres dudit gang armé.
Quand on évoque les drames sanglants en associant l’Irlande, il vient en tête la chanson, entre autres (JohnLennon, dans Some Time in New York City/Stiff Little Fingers avec Bloody Sunday) de U2 « Sunday Bloody Sunday » faisant référence à une tuerie de 1972, malheureusement, 50 ans plus tôt, elles existaient déjà… (Crédits : Le Petit Journal/BNF Gallica)
Le bruit généré par les détonations d’armes à feu alerta les voisins qui prévinrent le poste de police le plus proche. Le journal relate que « la mère et ses deux jeunes filles étaient agenouillées devant les cadavres […] » à l’arrivée des forces de l’ordre. Elles n’étaient pas en capacité de donner quelconque renseignements. « Les meurtriers ne peuvent même pas invoquer le prétexte de crime politique […] Son seul forfait, aux yeux des assassins, était d’appartenir au catholicisme. » Les catholiques de l’Ulster tenaient une réunion au cours de laquelle ils ont protesté énergiquement contre les meurtres commis avec préméditation dont sont quotidiennement victimes les familles catholiques. Les guerres de religion, les assassinats, la non tolérance parce vous êtes différents ne date pas d’hier.