Il a cent ans… l’orgueil du gentleman cambrioleur

L’orgueil est une opinion plus qu’avantageuse qu’on a de sa propre personne. Du latin superbia, il détermine non l’égocentrisme, mais la considération de notre valeur, souvent aux dépens de celle due aux autres. Au XVIIe siècle la fierté était définie par quelqu’un de hautain et altier. L’Académie française lui octroie actuellement le « vif sentiment qu’on a de son mérite ». C’est toute l’histoire de Serge de Lenz.

Le 26 mars 2022, l’Écho d’Alger relatait une affaire rocambolesque, Serge de Lenz cambrioleur mondain, n’entends pas laisser ses exploits être diminué par la cour. Interrogé le jeune homme qui n’en est pas à son coup d’essai interpelle le président de la chambre d’instruction. « J’ai même volé, en même temps une tabatière en argent ». La réaction du présumé malfaiteur répondait au doute émis par le juge. Ce dernier formulait une sérieuse incertitude au sujet d’un collier dérobé chez le bijoutier M. Servan dont le magasin se situe à Bordeaux. Le représentant du commerçant, qui assistait à l’interrogatoire déclarait « c’est bien vrai, nous avions négligé de signaler cette tabatière à la police ». Il n’en faut pas plus pour que triomphant, Serge de Lenz s’écriât « Vous voyez ! ». Son procès en Assises, en février 1923 pour vols qualifiés et recel le condamnera à 10 ans de prison ferme. En liberté conditionnelle en 1931, il s’installe à Dieppe, car interdit de séjour en Île-de-France.

Qui est celui que la postérité a surnommé le « Gentleman Cambrioleur », allusion au célèbre personnage d’Arsène Lupin, créé par Maurice Leblanc à la même époque. Série à succès alors interprété par Georges Descrières, dont nos grands-parents ne perdaient pas une miette devant l’écran cathodique. (Crédits : AFP)

Serge de Lenz est né le 7 novembre 1892 à Neuilly-sur-Seine, et meurt le 11 septembre 1945 à Issy-les-Moulineaux des suites de graves blessures. Fils d’Eugène de Lenz, banquier d’origine russo-balte, et de Marie Pontez, il fait des études au lycée Condorcet. Le 1er avril 1912, Serge de Lenz signe un contrat de cinq ans comme engagé volontaire dans la cavalerie, au 13e régiment de chasseurs. Moins d’un an après, il est réformé médical pour « hystéries et crises nerveuses constatées », le 7 février 1913 Livré à lui-même, Serge de Lenz multiplie ensuite les délits. Dès l’âge de 21 ans, Serge de Lenz est condamné à 10 mois de prison pour vol de voiture. Son parcours est impressionnant pour le commun des mortels. Pendant les années de guerre, il passera plusieurs fois en justice pour vols, faux et usages de faux totalisant plus de 5 ans de réclusion dont il n’accomplira que la moitié, purgeant le reste dans les « Bat’d’Af’ » sur décision du tribunal militaire.

Tous les moyens sont bons pour arriver à ses fins, à l’occasion gigolo bisexuel, il escroque et fait chanter ses victimes. (Crédits : DR)

Le comte de Guise-Hitte, peintre américain séduit, révélera naïvement, l’emplacement de son coffre et de sa fortune. Le cambriolage est effectué fin octobre 1931, avant de fuir en Belgique. Extradé, De Lenz sera condamné aux Assises à dix années d’incarcérations pour vol qualifié en mai 1934, mais un vice de procédure fait casser le verdict. Rejugé en janvier 1935 devant la cour d’Assises de l’Eure à Évreux, l’homme sera libéré en décembre 1936 pour folie. De menus larcins rythmeront sa vie jusqu’à son enfermement au camp de Rouillé, dans la Vienne (86) avant son évasion en décembre 1941, le lieu n’avait que quatre mois d’existence. L’occupation nazie décrète la ligne de démarcation le 22 juin 1940, longue d’environ 1 200 km.

Des communes comme celle de Jardres dans la Vienne, propose un parcours le long de la ligne de démarcation. Le réseau de résistance Renard à travers le journal clandestin Le Libre Poitou s’opposa au régime nazi. Louis Renard fut arrêté en 1942, puis guillotiné à Wolfenbüttel. (Crédits : Centre châtelleraudais d’Histoire et d’Archives)

Il retourne à Paris devenu sous l’Occupation nazie, paradis des malfrats et des collabos. La capitale grouille de trafiquants au marché noir et de faux policiers, que relate le film « La Traversée de Paris » avec Jean Gabin et Bourvil, réalisé par Claude Autant-Lara. Cet environnement propice aux larcins convient parfaitement à Serge de Lenz. Il rejoint la bande de Rudy de Mérode, espion français à la solde des Allemands, et se préoccupe plus particulièrement d’organiser le racket des cabarets et autres lieux de nuit.

Dans ce camp furent internés des politiques, ceux qui émettaient des opinions opposées aux nazis et aux vichystes qui pourraient actuellement être qualifiés de complotistes. Ceux qui tentèrent de rejoindre l’Angleterre, des républicains espagnols, marchés noirs, droits communs, et les indésirables espagnols, russes, arméniens, italiens… (Crédits : Vrid Memorial)

En février 1943, un particulier vient se plaindre d’un vol de 300 Louis d’or. Mais également d’avoir été molesté par des hommes affirmant être de la Carlingue, qui est le surnom de la Gestapo française. Après enquête interne, il s’avère que les coupables étaient des hommes de la bande de Mérode dont Serge de Lenz faisait partie. Explication orageuse entre les deux chefs de bande. Suite à de nouveaux incidents, Henri Chamberlin, dit Henri Lafont, chef de la Gestapo française fit arrêter toute l’équipe de Neuilly par la police allemande et exigea leur déportation. Rien de mieux que d’éliminer la concurrence pour régner en maître des lieux. L’homme fut incarcéré à Fresnes avant d’être déporté à Oranienburg puis à Buchenwald. Libéré par les Américains, Lenz revint à Paris en 1945 et récupéra son magot caché avant sa déportation. Mais, il tenta de voler un de ses nouveaux compagnons du milieu qui le battit à mort, il décédera à la clinique d’Issy-les-Moulineaux le 11 septembre 1945 des suites de ses blessures.


Romuald Pena

Journaliste et curieux de nature, j’aime les mots et ce qu’ils chantent aux oreilles qui les entendent. « La vérité, c’est qu’il n’y a pas de vérité », assurait Pablo Neruda. Ainsi j’apporte des faits, des faits, encore et toujours des faits, car : « Nous ne pouvons être condamnés à pire, à juger les autres, à être des juges. » (Le Testament d’Orphée, de Jean Cocteau)

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