La Bastille des mers

Les États-Unis possèdent de multiples prisons, pourtant la plus célèbre est Alcatraz, située dans la baie de San Francisco. En France, il y avait la Bastille, sa prise survenue le mardi 14 juillet 1789 à Paris, est l’un des événements inauguraux et emblématiques de la Révolution française, mais pas que. Une autre bien moins connue est celle du mont saint Michel, ou à l’instar du film « L’homme au masque de Fer » elle vit défiler d’innombrables condamnés, en vit mourir et nourrie bien des fantasmes, jusqu’à sa fermeture au milieu du XIXe siècle.

Suite à la visite de Louis XI en 1472, que l’ancienne abbaye du Mont-Saint-Michel est transformée en prison d’État. SA décision aurait porté sur le confort précaire et la situation géographique, en plus de la qualité des fortifications. Celui que l’on surnommait l’Universelle Aragne avait fait faire un somme conséquente de cellules, sans doute pour cloîtrer ses opposants. Il semblait exceller en ce domaine, grâce à son principal fabricant Hans Ferdargent. La première fut faite en février 1471 et servit à enfermer le cardinal la Balue. Trois années plus tard, une fut installée à l’hôtel des Tournelles, à Paris. En 1476, on en construisit une troisième, dans la cour de la Bastille, pour Guillaume de Haraucourt, évêque de Verdun. En 1479, Louis XI établit trois forges dans son château du Plessis-lès-Tours, pour y faire faire, sous ses yeux, plusieurs cages de fer. Des preuves indiquent l’existence de deux d’entre elle à Loches, une à Chinon au sein de la forteresse royale, une à Angers et une au Mont-Saint-Michel.

Au temps des moines, Dubourg séjourna un an dans la cage de fer, punis es prisonniers d’État n’y passaient généralement que quelques jours. L’interstice de trois carrés sur l’estampe correspond au passage nécessaire de l’écuelle. (Crédits : Dessin de Louis Boudan, 1699/Bibliothèque nationale)

Il faudra attendre que Madame de Genlis raconte dans ses Mémoires, le pire cachot qu’il soit possible de voir. « Pour y arriver, on été obligé de traverser des souterrains si obscurs qu’il fallait des flambeaux ; et après avoir descendu beaucoup d’escaliers, on parvenait à une affreuse cave où était l’abominable cage. J’y entrai avec un sentiment d’horreur. » Le cachot en question est une cage de bois consolidée de ferrures d’environ 2, 5 m et de 2 m de côté. D’autre étaient bien plus infamante, les fillettes où Louis XI poussait le vice à suspendre la cage de fer à un anneau pour qu’elle oscille au moindre des mouvements du prisonnier.

« Il y avait aux parois deux ou trois petites fenêtres, si drument treillissées d’épais barreaux de fer qu’on n’en voyait pas la vitre. La porte était une grande dalle de pierre plate, comme aux tombeaux. De ces portes qui ne servent jamais que pour entrer. Seulement ici, le mort était un vivant », écrit Victor Hugo dans Notre-Dame de Paris. (Crédits : DR)

Victor Hugo relate l’existence de cages utilisées sous Louis XI pour incarcérer les prisonniers d’état, et nomme ces cages « Fillettes du Roy ». Il faudra attendre quelques décennies supplémentaires pour apprendre qu’elles sont en réalité de pesants fers que l’ont fixait aux chevilles des détenus et qui étaient lestés d’un boulet de fer accroché à une lourde chaîne. Autant dire que vous renonciez rapidement à toute tentative d’évasion. Si vous hésitiez, et pour faire rentrer dans le rang les plus hardis, un traitement de faveur leur était réservé.

Les personnels de la prison d’État vous posaient des fers destinés à lier à la fois les bras, les jambes, le corps et le cou, le Graal en la matière. Voici des menottes de mains et de pieds, chaînes de cou, similaires à celles utilisées dans les prisons par le roi Louis XI. (Crédits : Hjart)

L’abbaye fortifiée de tours et de remparts est une citadelle imprenable défendue par la mer. Elle fut durant des décennies un impitoyable univers carcéral avec ses cachots insalubres, ses sombres oubliettes et ses cages de fer. Des milliers de prisonniers, hommes, femmes, enfants, déportés politiques, chouans, bagnards, ou encore princes de sang y furent enfermés. D’ailleurs, Avedick dit aussi Vertabied, le patriarche des Arméniens est accusé de persécuter les catholiques par Louis XIV qui le fait enlever à Constantinople. Il sera conduit et séquestré dans la tour Perrine du Mont-Saint-Michel du 10 novembre 1706 à décembre 1709, date de son transfert Bastille. Certains ont vu en lui le fameux Masque de fer.

Louis XI visitant le cardinal La Balue, 1883, peinture d’histoire présentant une vision romancée des « Fillettes », devenues légendaires. (Crédits : Peinture de Jean-Léon Gérôme)

Entre 1666 et la Révolution française, 153 personnes passent dans les cellules du Mont, souvent « exilés » à la demande de leurs familles qui payaient une pension, comprise entre 600 et 1 200 livres. Des cellules plus « agréables », où si l’on en croit les moines, les prisonniers auraient été bien traités. Ils recevaient une demi-livre de pain blanc, du beurre, du fromage et une pinte de cidre au petit-déjeuner. « Le 4 janvier 1842, le directeur Firmin Bonnet remit en liberté le nommé Jean-Pierre selon avis du procureur du Roi d’Avranches qui donnait avis que Sa Majesté Louis-Philippe avait daigné faire à cet individu remise du reste de la peine de 2 ans d’emprisonnement pour vol d’un drap de lit prononcé contre lui le 19 novembre 1840 par le tribunal correctionnel de Châteaulin », relate Robert Sinsoilliez dans Prisonniers au Mont-Saint-Michel. La prison fermée en 1863 aura eu pour mérite de sauver l’abbaye de la destruction, mais elle laisse l’édifice dans un état de délabrement avancé. En 1874, l’abbaye est classée monument historique et sa longue restauration commença.

Fidel Plume

Équilibriste des mots, j'aime à penser qu'il existe un trésor au pied de chaque arc-en-ciel. Un sourire éclaire la journée de la personne qui le reçoit. Elizabeth Goudge disait : « La gratitude va de pair avec l'humilité comme la santé avec l'équilibre. »

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