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  • Un périple de 450 km sur l’autoroute 35 (48/55)

    Un périple de 450 km sur l’autoroute 35 (48/55)

    Après avoir profité d’une nuit tranquille, sur un bivouac parfait selon le naturaliste, une nouvelle journée commence. Mais la procrastination ne prend pas pour autant de vacances. C’est ainsi que Flavien souhaite bénéficier d’un lever de soleil radieux, mais l’orientation l’oblige, avec bonheur, à repousser l’heure du réveil. Mais les quatre cents kilomètres de la veille sont un amuse-bouche pour les quatre mille cinq cents hectomètres du nycthémère. L’aventurier a en point de mire, la péninsule du Coromandel (Te Tara-o-te-ika-o-Māui).

    À 8 h, il range sa tente. Puis, il se rend près des petites falaises où quelques plantes lui ont tapé dans l’œil hier soir. « Il y a un modeste groupe de cormorans sur la plage. Ils ont droit à un shooting photo », s’amuse Flavien. Enfin, quelques minutes avant neuf heures, « je reprends la route pour la péninsule du Coromandel à 450 kilomètres de là. »

    À défaut de grenouille d’Archeyi, un Weta

    Le temps est au beau fixe, rien de plus agréable pour remonter la côte est de l’île du Nord. Attiré par un arbre gigantesque, l’aventurier stoppe sa route dans un petit village maori. « Il s’agit du plus gros Metrosideros umbellata qui existe. Il est impressionnant avec ses branches de plus d’un mètre de diamètre, touchant le sol. » Tout juste quelques minutes avant midi, le baroudeur s’arrête dans le village d’Ōpōtiki. Mais dans un lieu particulier, dont on pourrait penser, à juste titre, qu’il est fan : au New World. « J’y trouve du Wi-Fi, et j’y achète du poulet frit pour ce midi. C’est très gras, peut-être un peu trop… »

    Sur le chemin, Flavien observe durant de très nombreux kilomètres White Island. C’est en son sein que le tourisme volcanique et les circonstances dramatiques occasionnent 22 morts, le 9 décembre 2019. Le bitume comme les plantations de kiwi défilent. « Je me demandais d’où venait cette réputation… Maintenant je sais. » En milieu d’après-midi, Flavien passe à la pompe. Il fait un constat qui lui redonne le sourire. « Elle ne consomme pas, ça change de la première. Alors qu’avec elle, je faisais du treize kilomètres par litre, avec celle-ci, je tourne autour de vingt-cinq, soit quatre litres au cent kilomètres… pas mal ! »

    La grenouille d’Archeyi

    Arrivé sur la péninsule du Coromandel, « je m’arrête à l’accueil du DOC pour vérifier la météo et remplir mes bouteilles d’eau ». Puis, une fois n’est pas coutume, « je prends la piste très poussiéreuse pour les huit derniers kilomètres qui me séparent du début de la randonnée ». Les affaires arrimées sur le dos de l’aventurier, ce dernier quitte le parking à 17 h 15. Son but est de rejoindre le bivouac à trois petits kilomètres et trois cents mètres de dénivelé positif. Le naturaliste effectue ce parcours en une heure, sous une pluie fine. Il décide d’installer sa tente pour éviter d’être trempé. « Finalement ça s’arrête de pleuvoir quand je termine de la monter, bien entendu… »

    Flavien est seul sur le camp aménagé dans la forêt. « Je suis entouré de jeunes Kauri, un arbre qui devrait m’accompagner jusqu’à la fin du voyage. » Au menu, des pâtes au pesto Rosso — pour changer —. « Je suis à court d’idées de plats rapides », souffle-t-il. Puis, il modélise le lieu en allant remplir sa gourde. « Ce soir, à la nuit tombée, j’aimerais trouver la grenouille d’Archeyi, une des trois espèces de Nouvelle-Zélande, toutes aussi rares les unes que les autres. » (Crédits : Agathis australis/Flavien Saboureau)

    Sur ce sujet, l’aventurier mise et espère que sa bonne étoile l’accompagne, comme elle l’a très souvent été pendant ce voyage, admet-il. « Au retour de mon escapade nocturne, je n’ai pas trouvé ce que je cherchais… mais, comme d’habitude, j’ai eu de belles surprises. » La première est la découverte de l’une des 22 espèces de Galaxias. Ils sont des poissons emblématiques des cours d’eau néo-zélandais. La star du moment s’est laissée observer et photographier de longues minutes entre les galets du petit ruisseau.

    Puis, dans a nuit noire, frontale en place, Flavien sursaute. Un bruit dantesque le fait bondir. Il s’agit des anguilles rencontrées à Wellington. « Elle produit un barouf pas possible en remontant le ruisseau peu en eau. De nuit, elles sont impressionnantes. »

    Peut-être las des kilomètres, nuits, pluies et fatigues, Flavien n’ayant pas trouvé la grenouille, il regrette de ne pas avoir insisté plus que ça, confie-t-il en aparté. « Sur le retour je regarde scrupuleusement tous les arbres qui surplombent le chemin à la recherche du Weta d’Auckland. » Il y a énormément d’indices de sa présence, mais ils restent bien cachés. Une demi-heure plus tard, un individu moins prompt à se dissimuler apparaît à la lumière de la frontale.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Le naturaliste arbore sa mine réjouie. « Je commence à bien connaître ces bêtes qui m’étaient tellement inconnues et mythiques avant de partir. » L’aventurier du bout du monde s’en retourne à sa tente aux alentours de minuit. « C’est déjà très humide, constate-t-il. Qu’est-ce que ça sera demain matin ? » À suivre…

  • Une journée dantesque au programme (37/55)

    Une journée dantesque au programme (37/55)

    Obnubilé par le volcan Taranaki, Flavien poursuit tout de même son trek commencé hier : Pouākai. Ce circuit est bien plus qu‘un simple parcours. Il est un avant-goût, un prélude avant de s’attaquer à l’ascension du Taranaki. De la forêt des Gobelins, à la montée de Henri Peak via Holly Hut, c’est un parcours initiatique. Si le vent fortement présent que la ranger lui avait fortement déconseillé de s’y rendre. Conseil pris au pied de la lettre. Donc, aujourd’hui, le 28 janvier 2025, le dieu Éole semble être de repos pour son plus grand bonheur.

    Tel échange entre Minus et Cortex de la série éponyme, une conversation informelle se profile chez Flavien. À la question « Dit, Flavien, tu veux faire quoi aujourd’hui ? » Ce à quoi Flavien répond : « La même chose qu’hier, Flavien : tenter de conquérir le Taranaki ! »

    L‘ascension du volcan Taranaki

    « Comme hier, je prends le temps de me lever, car l’objectif est le même qu’hier, confirme Flavien. Atteindre le sommet du Taranaki pour y poser ma tente. » Sa toquante affiche vingt minutes passées de huit heures, quand il s‘’’extirpe de son duvet. Durant la nuit, une envie pressante l’oblige à sortir de sa tente, à 4 h 10, précises. « Le ciel étoilé est incroyable. Je ne résiste pas à immortaliser le moment. Pour couronner le tout, un kiwi se fait entendre à quelques centaines de mètres d’ici : quel moment ! »

    Photo, voix lactée, nuit

    Mais l‘excitation est comme le café, elle nuit au sommeil. Flavien passe quatre-vingt-dix minutes à sécher sa tente et son duvet après cette nuit plus qu’humide : « Quelle idée de mettre son bivouac près d’un marais ! » Une fois prêt, l’aventurier reprend sa route en direction du sommet en finissant la boucle du Pouākai Circuit.

    Le ciel est au beau fixe, le soleil omniprésent fait équipe avec le sommet. « Ils repoussent les quelques nuages qui veulent taper l’incruste. » La montée régulière au début est agréable. « Je profite du temps disponible pour faire de la photo. Les rafales ne se lèvent pas, que l’idée de m’être ravisé hier fût bonne… » C’est aussi salutaire au vu des conditions annoncées au sommet.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Arrivé à 1500 mètres d‘altitude, proche d’un lodge privé, là où les arbustes disparaissent au profit de la caillasse, « je m’arrête pour terminer mon pain et mon fromage ». Le baroudeur doit ménager son eau. « Il faut que j’économise mes deux litres d’eau que j’emporte si je veux manger mon sachet lyophilisé ou mes pâtes ce soir », indique-t-il. Midi passé de trente minutes s’affiche quand Flavien attaque l’ascension dans les scories. L’arrivée est prévue pour 16 h 30.

    « Je suis en forme. Les quadriceps sont durs comme de la pierre, alors j’avale les premiers mètres de dénivelé sans me poser de question. » Peu de personnes avancent dans le même sens que le naturaliste, bien au contraire. « La montée est harassante, j’avance de deux pas et recul d’un », souffre-t-il. Les nuages ont gagné une bataille, ils enveloppent le sommet.

    À 2000 mètres d’altitude, il se retrouve dans une purée de pois… mais les nombreux poteaux évitent à tout un chacun de se perdre, d‘autant qu’avec les traces, il est impossible de s’égarer.

    La montée devient plus simple, les rochers stables arrivent. « Je croise pas mal de francophones, dont des Suisses et deux Français très peu équipés qui sont au bout de leur vie. » (Crédits : Flavien Saboureau)

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    Pour me rassurer, je leur demande si le vent est présent au sommet, et si des tentes sont d‘ores et déjà positionnées. « Les places sont chères sur la petite croupe sommitale », paraît-il. L’ensemble des réponses ravit Flavien : « Tous les feux sont au vert ». Vers 2450 mètres, il ressent un plaisir coupable. « Je sens le soleil me réchauffer la couenne. Le bleu du ciel apparaît : quelle bonne nouvelle ! »

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    C’est alors que Flavien emprunte le cratère où les dernières neiges éternelles du volcan n’en ont guère pour très longtemps… Au sommet, « je domine une mer de nuage et le monde… ou presque tout s’est évaporé. »

    L‘Américain d’hier, retrouve Flavien pour une discussion au sommet. « Il est 14 h 30, l’ascension n’en aura finalement duré que deux heures… Soit je suis en très grande forme, soit le marquage est adapté pour tout public… »

    Il y a deux emplacements pour poser la tente. « Je choisis la meilleure vue. » Mais, Flavien ne veut pas revivre le cauchemar des Dientes de Navarino. « J’installe ma tente aussi bien que possible, je n’ai pas envie de me retrouver dans la situation où elle avait cédé face au vent. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    L‘expérience acquise lui fait tendre les cordes de sa tente si fort qu’il pourrait jouer de la musique. « Je ne peux pas faire mieux. Je vais me sentir en sécurité cette nuit malgré les centaines de mètres de vide qui m’entourent. » L’heure de passer à table sonne. « Il me reste 1,3 litre pour cuisiner et revenir demain. Ce n’est pas Byzance, mais ça devrait me suffire. Le repas devrait être moins sec qu’au sommet des karsts du Mount Arthur », se souvient-il.

    Gelé juste qu’au bout des doigts

    À 15 h, il est fin prêt. « Il ne me reste plus qu’à admirer le paysage en espérant que la mer de nuage s’évapore, pour le coucher de soleil. » Après avoir tout aménagé, « je fais une petite sieste. » Au sortir de la tente, les nuages ont pris la poudre d‘’’escampette : « Quel paysage grandiose ! »

    À 17 h 45, un bruit réconfortant l‘interpelle. « J’entends un écoulement d’eau. Je m’équipe de ma gourde et file en direction du petit glacier en contrebas. »

    À sa rencontre, il présente sa gourde qui accueille un litre glacé. « L’eau non minéralisée n’est pas forcément bonne, mais, de temps en temps, ça n’a pas d’importance. » Le plein est fait, de quoi cuire des pâtes en plus du sachet lyophilisé, affirme le gourmand.

    C’est d’ailleurs le moment de se restaurer pendant que le soleil prodigue sa chaleur. « Le lyophilisé que j’ai acheté ce matin – du lapin au riz, au miel et aux petits légumes – est excellent. » En dessert, quelques cacahuètes et carrés de chocolat. En prévision de la nuit, il passe ses vêtements techniques en plus des autres. « Je suis prêt pour le coucher de soleil… et la nuit qui s’annonce bien fraîche. »

    (Crédits : Flavien Saboureau)

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    Bien au chaud, dans sa tente, les yeux mi-ouverts « j’entends arriver quelqu’un. Il est 19 h 30, je suis surpris », s’étonne Flavien. Mathias, un Brestois, vient admirer le coucher pour la quatrième fois en trois semaines. Il compte revenir à la frontale. « Moi qui pensais être seul sur ce volcan pour la coucher de soleil, c’est loupé ! »

    Taranaki, volcan, soleil

    Petit détail qui a toute son importance, il souhaite faire voler son drone. « Habituellement, je n’aime pas ces trucs-là. Ils produisent du bruit et cassent la simplicité du moment… mais quand je vois le résultat, je change d’avis. »

    Après un échange de coordonnées, le moment tant attendu pointe le bout de son nez : « le coucher de soleil est fabuleux. » Encore plus impressionnant, c‘’’est la projection du volcan à la forme parfaitement conique sur des dizaines, et dizaines de kilomètres… quelques minutes avant qu’il ne passe l’horizon. Au loin, les quelques nuages font durer le spectacle par les couleurs reflétées. « À 21, h, Mathias redescend, car il commence à faire bien froid, son portable connecté à internet annonce -1°C », grelotte l’aventurier du bout du monde.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Préoccupé, Flavien se renseigne sur les prévisions pour demain matin : nuageuses. « Je programme un réveil à 4 heures pour admirer les étoiles, et deux plus tard, pour le lever de soleil. J‘ai les doigts gelés dans la tente, les pieds aussi. En guise de bouillotte j’ai fait chauffer de l’eau que j’ai placée dans ma gourde, au fond du sac de couchage, après ça, je m’endors directement… » À suivre…

  • Quand la technique vous lâche (4/55)

    Quand la technique vous lâche (4/55)

    Depuis le départ de sa nouvelle aventure en terre néo-zélandaise, Flavien n’a pas recouvré son quota de sommeil. Pour autant, une chose qui n’est pas la pluie va le miner. Le naturaliste est avide de photos. Il croque chaque fleur, plante, arbre, arbrisseau… sous toutes les coutures. Mais, alors que se passerait-il si votre carte mémoire ne voulait plus rien savoir ? Première expérience du voyage est-elle le lâcher prise ? Ce qui est sûr est que Flavien doit pallier le désagrément rapidement.

    « Après plusieurs nuits ratées, je profite de celle-ci pour faire la grasse mat », dit-il en s’allongeant. Quand il s’éveille, il est 8 h 45. À voir sa mine reposée, la nuit a été agréable. Dans une heure, il doit libérer le lit. Alors direction la douche, car « la prochaine nuit se passera dans le bus. Pas moyen de me laver avant au moins deux jours ». Flavien frais et dispo se rend à la réception. Puis, il laisse ses affaires la journée, pour visiter la ville. Première surprise de la journée, c’est gratuit. En Patagonie il fallait payer un supplément, se remémore-t-il. « Ce n’est étonnamment pas le cas ici, alors que tout est plus cher qu’en Amérique du Sud. »

    Voyage à la carte

    Flavien voyage léger. Petit sac sur le dos, ciré, appareil photo et une gourde d’eau, le voici parti à l’assaut d’Auckland. Premier objectif, le mont Éden : le plus haut des 48 volcans qui constelle la ville. Les volcans sont disséminés sur le champ volcanique, qui s’étend du lac Pupuke et de l’île Rangitoto au nord jusqu’à Matukutūruru au sud. Puis du mont Albert à l’ouest jusqu’au Pigeon à l’est. « N’ayant pas souhaité prendre de carte SIM, comme précédemment en Patagonie, je me déplace grâce à des cartes hors ligne (Guru maps) », explique-t-il. Il arrive au sommet, à 198 mètres pour être précis, pour se rendre compte que les touristes sont aussi au rendez-vous. « Malgré tout, ça vaut le coup de se mélanger à la foule. La vue est grandiose. La visibilité s’étend à des kilomètres, d’un côté les gratte-ciels d’où je viens et de l’autre les zones pavillonnaires à perte de vue. »

    Musée, Auckland, guerre

    Un bonheur n’arrivant jamais seul, la pluie se présente. Flavien décide de se mettre à l’abri, en prenant la direction du musée de la guerre, à quelques encablures de là. « La pluie redouble d’intensité », constate-t-il. Prévoyant, il teste pour la première fois son poncho de pluie. Deuxième surprise du jour : « Arrivé au musée je découvre que l’entrée n’est pas donnée (32 NZD). Vu la taille du bâtiment, ça doit valoir le coup », se rassure-t-il.

    « L’intérieur est très beau », constate-t-il, sans forcément trouver le lien entre les différentes collections. Au premier étage, la culture maorie. Deuxièmement, les volcans et l’histoire naturelle de l’île. Au troisième les guerres dans lesquelles certains les néo-zélandais ont péri.

    Quatre heures plus tard, Flavien file en direction du front de mer. La pluie « tropicale » refait son apparition, l’aventurier coupe court son périple pour se mettre à l’abri à l’auberge. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Pas le temps d’être oisif. « Je profite de la Wi-Fi pour réserver mon auberge du surlendemain et le ferry pour rallier l’île du sud dans deux jours. » La tocante affiche 17 h 45n quand Flavien repart en direction du front de mer, mais cette fois avec sur le dos son sac chargé à bloc. Il doit être à 18 h 45 à la gare routière pour prendre le bus de nuit pour Wellington. Arrivée à bon port « j’en profite pour manger des nuggets avant de prendre la route, puis je prends place dans le bus pour… 11 h 30 de route. »

    Un sommeil haché

    « Je réussis à m’endormir… mais chaque heure, l’annonce des arrêts au micro me réveille. » Flavien pensait que ce bus ne faisait pas d’arrêt. Difficile de dormir, déjà dans un bus, et surtout avec l’agitation survenant à chaque arrêt… « Il est 6 h du mat. Nous arrivons bientôt à Wellington, à l’extrême sud de l’île du nord. Finalement, le voyage qui ne devait durer que 11 h 30 en durera 12 h 30 », ironise Flavien. À 7 h 30, il se présente à l’auberge de jeunesse située juste à côté de la gare. La « Trek Global Backpackers » est un choix stratégique au demeurant.

    « Je choisis celle-ci, car, prenant le bateau tôt demain matin, elle est proche du port, et pas chère. » Affichant le tarif de 13 €, elle rivalise avec les auberges sud-américaines. Elle propose même des chambres privées, des « Female Single Room ». Il laisse son sac à dos pour se promener dans la ville avec mon seul sac de transport, le plus petit. À tout juste 7 h 45, il déambule dans les rues de Windy Welly. Wellington doit son surnom aux fortes rafales de vent qui la balaie.

    Perché au sommet

    Le regard aguerrit, Flavien scrute la ville. Sympathique, mais avec le port « industriel » situé en pleine ville, le front de mer manque de charme, nous révèle-t-il. « L’ambiance reste cependant meilleure qu’à Auckland à mon avis et de ce que j’ai pu voir. » Comme pour Auckland et le mont Eden, l’aventurier du bout du monde trace vers le mont Victoria. « Il faut quand même monter 200 m de dénivelé. » Mais le jeu en vaut la chandelle, il offre une vue à 360 degrés sur la ville, le port et l’océan.

    « Sur ces flancs quelques pseudos reliques de forêts recèlent les premières espèces que je trouve intéressantes. » Cela suffit à Flavien pour dégainer son appareil et photographier ses premières plantes du voyage. À cette heure matinale, peu de courageux. « Je profite seul du panorama ! » Après quelques instants de réflexion, il prend la direction de Zealandia à l’autre bout de la ville. Cinq kilomètres, Flavien découvre ce parc semi-naturel, entouré de barrières. Zealandia Te Māra a Tāne est le premier écosystème urbain entièrement clôturé au monde. Le but est de restaurer la forêt et les écosystèmes d’eau douce d’une vallée de Wellington aussi étroitement que possible à leur état pré-humain, expliquent-ils. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Nature, arbre, pont

    « C’est le cas du Sphénodon, l’un, si ce n’est le plus ancien, des représentants des reptiles », relate Flavien. Ne subsistant plus que sur quelques îles, cette réserve est la seule à l’accueillir sur le « main-land » explique-t-il. « Sur les conseils d’un guide/biologiste, je ne tarde pas trop à le trouver. » Oui, sauf que peu de temps à l’échelle d’un Flavien représente quand même 25 minutes. Un seul individu se montre, lézardant au soleil. « Le pied ! Cet animal m’a toujours fasciné, ne serait-ce que par son nom des plus préhistoriques. »

    Quand la technique vous lâche

    Il poursuit ses recherches des oiseaux les plus rares. À 13 h, Flavien prend sa pause repas pour recharger les batteries. Il revient sur ses traces matinales, car « j’espère faire de meilleures photos de ces espèces qui ne se laissent pas photographier facilement. » Il éprouve un réel plaisir quand il réussit une très belle photo du pigeon endémique de Nouvelle-Zélande : le carcophage ou kereru. « Ses couleurs sont incroyables, sa taille impressionnante, il fait facilement deux fois la taille des espèces européennes », décrit Flavien.

    Vallée, forêt, nouvelle-zélande

    Passionné, le temps passe trop vite. « Je double mon intensité de marche si je veux être hors de la réserve avant 17 h. »

    Puis, l’impensable se produit ! Sa carte SD ne veut plus rien savoir. L’appareil photo indique un problème de formatage. « Il ne manquait plus que ça, après les 500 photos d’espèces uniques photographiées aujourd’hui. »

    « Je ronge mon frein quand de magnifiques espèces se posent devant moi. À l’image de ce martin-pêcheur que je n’ai jamais vu. » Désormais Flavien espère qu’une seule chose : « Vais-je pouvoir récupérer les photos du jour à mon retour ? » Puis, il pense à vois haute. Devrais-je revenir avant la fin de mon voyage ? Mais je devrais payer une autre entrée (26 NZD) et « perdre » une journée. « Bien entendu la carte SD que j’avais de rab était restée dans mon sac à dos à l’auberge », grommelle-t-il.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Le temps du lâcher-prise est arrivé durant les quatre kilomètres pour rentrer à l’auberge. Au passage, la visite à la fameuse « cablecar » est vite oubliée. « Avec plus de 20 km dans les pattes aujourd’hui, je rentre à l’auberge », raisonne-t-il. Il réalise le check-in, prend une douche, lave son linge, réserve l’auberge pour demain, 14 décembre, et prend la direction du centre-ville pour tenter de trouver un magasin ouvert. Au menu ce soir, pâtes au pesto. Le baroudeur prépare son repas dans la cuisine de l’auberge. Il est 22 h quand Flavien se couche. « Demain matin, une fois n’est pas coutume, levée matinale pour prendre le ferry qui m’emmènera sur l’île du sud… », s’endort-il sans finir sa phrase. À suivre…

  • De Shanghai à Auckland (3/55)

    De Shanghai à Auckland (3/55)

    L’attente dans l’aéroport, la pluie à Shanghai, le manque de sommeil depuis quasiment un nycthémère usent Flavien. Si bien que la chaleur environnante de l’avion est propice à l’endormissement. Le repas n’est pas encore servi que Flavien est déjà dans les bras de Morphée. Encore onze heures trente minutes de trajet pour atteindre le paradis des naturalistes. Après tant d’attente, il pourra au fil du voyage poser sa tente dans les paysages merveilleux de la Nouvelle-Zélande. Avec une première approche à travers la plus grande ville, Auckland.

    Le repas est juste servi, alors que Flavien est réveillé par les cris étouffés de son estomac. La place entre les sièges est la première surprise de cette compagnie rappelle-t-il. Ses genoux ne touchent pas le fauteuil devant lui, ce qui est pour les personnes de grande taille un luxe très apprécié. Le dîner en vol englouti, il retourne aussitôt dit dans un sommeil réparateur. « Je me réveille quatre heures plus tard. Quel plaisir de trouver sommeil dans l’avion », bâille-t-il.

    Terre en vue

    « J’entrouvre le volet du hublot, dessous c’est l’océan Pacifique et les îles de la Papouasie. » Il est temps de mettre les pendules à l’heure, enfin le smartphone. Flavien aligne l’heure du portable sur le fuseau horaire d’Auckland. Il est 12 h 15. Le vol paisible laisse libre cours à des préoccupations humaines. « J’espère toujours que mon sac me suit en soute… » Plus que quatre petites heures avant d’arriver au pays du long nuage blanc, l’excitation monte. Il ne reste que deux heures quand l’impatience est à son comble. « J’ouvre le volet et surprise, une terre. »

    Le sol érodé et rouge lui confère une idée précise du lieu que lui et les autres passagers du vol MU779 de China Eastern Airlines survolent : la Nouvelle-Calédonie et ses mines de nickel. « Il suffit de peu de temps pour m’en assurer, quelques minutes après se dévoile le lagon ! » Flavien rêve un jour qui sait, de fouler ce caillou, où le taux d’endémisme des plantes est le plus important au monde avec Madagascar confie-t-il. « Je prends mon pied de la voir. »

    Comme un enfant qui demande sans cesse « quand est-ce qu’on arrive ? » lors du départ en vacances, Flavien bout d’impatience. Il ne cesse de regarder au travers du hublot. « Je ne veux pas rater les premiers bouts de terre de la Nouvelle-Zélande. » L’Aoetaroa se mérite, elle ne se dévoile qu’au tout dernier instant.

    À la recherche de ses bagages

    À peine quelques dizaines de secondes passent, quand le vol atterrit sur l’asphalte. Flavien, toujours accroché à son hublot, observe la tenue des personnels sur le tarmac. Ils sont rares ceux qui ne portent pas un short ou un tee-shirt. « C’est décidé, je descends de l’avion en tee-shirt. » Le reste de l’argent retiré au duty free de Roissy Charles de Gaulle s’échange au bureau. Les 40 euros se transforment en 63 dollars néo-zélandais (NZD).

    La récupération des bagages dure plus que prévu. « Nous sommes tous à patienter pendant près d’une heure, sans informations. Ça ne me rassure pas sur la présence, ou non, de mes affaires dans la soute. » Il apparaît enfin, ce qui permet à Flavien de pousser un « ouf » de soulagement. « La crème solaire a succombé à l’habituelle maltraitance des bagages », confie-t-il. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Passage obligé : la douane et le contrôle de biosécurité. « Avant de partir, j’ai rempli le formulaire de déclaration en ligne. » Comme en Australie, l’entrée des denrées sur le territoire est soumise à un contrôle strict. « Ayant déclaré l’une de ces denrées, l’attente fut longue. » Une heure plus tard, Flavien est dirigé vers le lieu du contrôle. C’est encore plusieurs minutes de patience. La vérification minutieuse du matériel de camping, en particulier la tente, et des produits lyophilisés, car ces derniers contiennent de la viande.

    Enfin en Nouvelle-Zélande

    « J’ai bien cru que les sachets lyophilisés ne passeraient pas… tout est bien qui finit bien. » Sorti de l’aéroport, un bus pour le centre-ville et Flavien arrivent au même instant à l’arrêt de bus. « Ce n’est pas donné le voyage », pense-t-il en donnant 20 NZD au conducteur du SkyDrive Airport Express. L’avantage est qu’il le dépose à côté de son auberge, en à peine plus d’une demi-heure.

    La première impression de Nouvelle-Zélande, enfin d’Auckland, est très bonne admet l’aventurier. La ville est très propre, ils ont du goût avoue Flavien alors sous le charme. La trame de couleur autour du gris anthracite est reprise un peu partout, ce qui lui confère une unité. « Juste dix minutes après être sortie de l’aéroport, il pleut », observe-t-il avec une certaine nonchalance. C’est sous la pluie qu’il fait son arrivée à l’auberge.

    Elle est située en plein centre-ville, juste à côté de l’iconique Skytower. « L’entrée se passe au mieux. Je récupère ma chambre où les trois autres occupants sont déjà là depuis plusieurs jours. »

    Une Canadienne très sympathique, qui est en visa travail, lui prodigue moult conseils et renseignements. « Voilà mes premières conversations longues en anglais, ça revient vite, c’est cool. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Il s’assied trente minutes, envoie quelques messages et file sous la douche. Il fait bientôt nuit remarque-t-il, tandis qu’il cherche de quoi manger. « Je me rabats sur un taco pour ce premier repas… », après avoir cherché en vain une spécialité locale. De retour à l’auberge, il fait toujours aussi chaud et humide. La chambrée s’endort fenêtre ouverte. « Le lit superposé est frêle. Il bouge dès que je me tourne. Ça ne m’empêche pas — loin de là — de m’endormir, enfin en position allongée sur un truc à peu près confortable », souffle Flavien qui s’enfonce dans le sommeil du bienheureux. À suivre…