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  • Hana et Naoya, ou la bougie dans le vent

    Hana et Naoya, ou la bougie dans le vent

    La bougie est souvent liée à l’imaginaire collectif. En Orient, comme en Occident, elle se réfère à de nombreuses croyances. Elle est symbole de spiritualité dans de nombreuses cultures. Elle représente souvent la vie ou l’âme humaine une fois allumée. Plongée dans un livre, Capucine est absorbée par les lignes qui défilent sous ses yeux amoureux. La jeune femme, en week-end à Berd’huis, est installée dans la bibliothèque de ses grands-parents, lové dans son crapaud. Elle rêve depuis longtemps à travers la plume des auteurs et autrices.

    Capucine est assise, enfin installée dans le crapaud rouge carmin. Les jambes pointent vers le haut, la tête est légèrement dans le vide. Elle porte son pilou-pilou gris souris, celui avec les oreilles de chat. Délicatement posée sur le vieux tabouret de bois, une tisane fumante, et sa bougie, fleur de cerisier. Elle embaume le salon. Dans ses mains, un livre. Celui de la légende japonaise : Hana et Naoya. « Elle adopte des positions pour lire qui me surprennent toujours. Je ne sais pas comment elle fait », souffle Sépa. « Oui. Cette fois, c’est véritablement original », répond Séki.

    À travers la flamme d’une bougie

    Il était une fois, au sein du hameau paisible Shirakawa-go, bordé par les montagnes et baigné par les brumes légendaires du matin, un conte que l’on murmurait au coin du feu, au cours de l’hiver. Il faut dire que, durant cette saison, le paysage se couvre d’un blanc manteau épais et cotonneux. Désormais réputé pour ses maisons traditionnelles, au toit de chaume, appelées gasshō-zukuri, et inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. Comme partout au Japon, contes et légendes y naissent.

    C’est l’histoire de deux âmes sœurs, liées par un amour profond et vulnérable, comme la lumière vacillante d’une bougie dans la brise printanière. Au sein des alpes japonaises, le temps qui dure est rude. Une vie de labeur, où les différences de rangs sociaux sont marqués. Mais revenons quelques temps en arrière.

    Elle porte le prénom d’Hana, une jeune femme à la beauté douce et à l’esprit libre. Ses cheveux soyeux et son teint impeccable attirent tous les regards. Lui, Naoya, était un artiste dont les toiles captent d’ores et déjà l’essence même de la nature : la fragilité des fleurs, la danse des feuilles sous le vent, la perfection des fleurs de cerisier. Leurs regards se croisent un soir d’automne, alors qu’une fête est donnée pour célébrer la récolte du riz.

    (Crédits : Petra/Pixabay)

    Ce soir-là, le vent souffle fort, et les bougies, dispersées çà et là, luttent pour leur survie. Hana et Naoya, au détour d’un regard, se virent dans la lueur tremblotante. Leurs mains se frôlent, un instant, une étincelle illumine le ciel étoilé. Mais leur amour est comme la bougie, aussi fragile que le vent lui-même. « La vie est une bougie dans le vent », chuchotait le vieux sage ayant capté cet instant bref et subtil. Hana et Naoya le comprirent.

    Le fragile destin

    Leur amour naît dans la douce lumière d’une bougie, mais tout autour d’eux, le vent souffle, menaçant d’éteindre ce fragile éclat. Ils ne sont pas du même rang social. Comme la flamme danse, leur relation est fragile. Ils se retrouvent la nuit, sous le ciel auréolé d’étoiles, et leur innocence est à l’image de leurs conversations, pleines de promesses que l’aube efface. Leurs échanges, tel le crépitement de la cire fondue, sont vivants et audacieux. Hana rêvait de voyager au-delà des montagnes, et Naoya voulait peindre l’immensité de la mer, telle La Grande Vague de Kanagawa.

    Mais un souffle plus prégnant amène avec brutalité le retour à la réalité de leurs rangs. Aucun des deux ne peut fuir cette réalité. Le vent incessant produit par leurs familles ignore l’amour naissant, qui hante et brouille leurs rêves.

    Ce vent, ce souffle inconstant, semble incarner la fatalité de leurs simples existences. Comme un amour d’adolescents, un soir d’été. Les jours passent. Les nuits s’éternisent. Chaque rencontre entre Hana et Naoya semble être la dernière. La bougie, leur bougie, toujours allumée, brûle la cire de leur amour, l’use, laissant place à l’ombre de leurs familles. Malgré tout, chaque instant, chaque battement d’ailes, chaque bruissement de feuille, chaque seconde de ce temps passé ensemble semblait précieux. Brûlant et plus vivant que tout ce qu’ils avaient vécu auparavant. (Crédits : Đức Thắng Hồ/Pexels)

    Un jour, une tempête violente s’abat sur le village. Le vent souffle si fort que toutes les bougies s’éteignent. Les flammes vacillèrent un dernier instant, et puis… Hana et Naoya se retrouvent dans le noir, séparés par la distance, par la vie, par le destin cruel de la lourdeur des protocoles. Si vous voyez des ombres perdues, tels des souvenirs effacés par la bourrasque de vent sur le sable, faisant bruisser les feuilles des arbres, chanter les oiseaux, asseoir le silence assourdissant d’un coucher de soleil, alors vous aurez eu la chance d’apercevoir Hana et Naoya. La flamme qu’ils avaient allumée possède l’éclat fragile qu’aucun vent, ni tempête ne pourrait vraiment éteindre. Quelle histoire souhaitez-vous vivre en allumant cette bougie posée sur votre table ?

  • Qui est Flavien Saboureau, l’aventurier naturaliste ?

    Qui est Flavien Saboureau, l’aventurier naturaliste ?

    Il passe d’une île à une autre comme d’un continent à un autre… Flavien a parcouru plus de distance et vu de paysage que sa maman, Jocelyne. Le tout avant ses 27 printemps, qu’il a célébrés le 25 février 2025. Autant dire que des images extraordinaires composent ses rêves, quand Morphée l’enveloppe de ses bras. Le dernier voyage, dont l’histoire suivra prochainement est sans aucun doute celui qui a le plus marqué. Car partir en Nouvelle-Zélande, c’est comme un déchirement, l’abandon involontaire de certaines personnes, mais c’est une expérience qui apprend la valeur et la rareté de ceux qui nous entourent.

    Parcours initiatique d’un long fleuve pas tout à fait tranquille. De son enfance à son adolescence, sa passion le mène à emprunter les chemins et sentiers de la vie extraordinaire de la faune et flore des lieux visités. Mais à force de prendre en photo toutes les plus belles plantes, les plus beaux animaux terrestres et marins, il oublie pudiquement de croquer son portrait. Car se découvrir est une mise à nue, dans le plus simple appareil, sans avoir pour se cacher, son reflex.

    Le naturaliste Lavaucéen

    À la question, la plus basique « Peux-tu te présenter ? », Flavien, rétorque avec humilité que « depuis quelques années, suite à un hivernage d’un an et demi sur l’île Amsterdam, je me passionne pour les voyages qui mêlent aventures et sciences naturelles ». Il faut dire que comme Obélix, il est tombé dedans. Dans sa maison familiale, la nature y est omniprésente. Un cerisier, des pommiers, des ronciers pour croquer des mûres l’été… mais il y a aussi sa mare. Elle occupe des moments, qu’il ne passe pas avec ses potes durant son adolescence. Elle est située non loin de sa cabane, et est vêtue de ses plus beaux atours.

    Flavien, Londres, jardin

    Passionné par les plantes depuis tout petit, il apprécie désormais observer toutes les formes de vies. Mais avant tout, « le partage, post voyage, de ces aventures en solo avec mon sac à dos me sont apparues tout naturellement ». Lorsque vous discutez avec un amoureux de la nature, il y a forcément un sujet primordial : le réchauffement climatique. « Je ne me vois pas émettre autant de CO2 sans une contrepartie scientifique et humaine », explique Flavien.

    « Qu’est-ce qui t’amène à devenir botaniste naturaliste ? »

    S’il est intarissable pour vous compter monts et merveilles sur la très rare Moehringie d’Argentera, pour parler de lui… c’est autre chose. « Ça, c’est une question à laquelle il m’est difficile de répondre, martèle-t-il. C’est un devenir qui semblait tout tracé depuis mon enfance, je ne fais que suivre vers quoi la passion m’accompagne naturellement. »

    Mais un autre plaisir est né tardivement, l’écriture. « Le plaisir d’écrire est apparu plus récemment lui, il y a quelques années. Moi qui détestais la rédaction à l’école, le français ayant toujours été la matière qui me rebutait. » Comme quoi, toute chose évolue…

    (Crédits : Londres 2016/Flavien Saboureau)

    Mais aussi, ce que pourrait confirmer sa maman, un sens de l’orientation totalement absent, et un besoin d’être rassurer quant aux divers chemins empruntés, lorsqu’il est enfant. « J’avais tout le temps peur de me perdre quand j’étais petit, désormais c’est ce que je recherche. Il en est de même avec le français, je passe d’un extrême à l’autre. Désormais je déteste trouver des fautes dans mes récits », appuie l’amoureux de la langue de Molière.

    Une passion dévorante

    Au même degré que toute personne animée d’une passion, il n’est facile de savoir quand tout a commencé. « Difficile de connaître l’origine précise de cette passion, comme de nombreuses passions d’ailleurs. Elle est sûrement apparue dans l’enfance », se questionne Flavien. L’appel de l’extérieur, le contact de la nature, l’école buissonnière en quelque sorte.

    Car, si l’école est un passage obligé pour tout un chacun, la réussite y est fluctuante. Pour Flavien, les bancs de l’école ne sont pas sa tasse de thé. Puis, lorsqu’enfin, comme chaque enfant, la société lui en laisse le temps, il trouve enfin sa voie. « Quand je me suis rendu compte que je réussissais et que ça me plaisait… j’ai foncé tête baissée, mais sans m’en rendre compte. »

    « Après l’Amérique du Sud et ton retour en mars 2024, as-tu exploré d’autres lieux, à la recherche de la fleur parfaite ? »

    « Difficile de tenir en place après de si longs voyages. Je n’ai pas pu m’empêcher de barouder dans plusieurs massifs français : le Jura, la Chartreuse, les Écrins, le Queyras, le Mercantour, les Pyrénées, mais aussi en Espagne, dans la Sierra Nevada à la recherche d’espèces qui me font de l’œil depuis de nombreuses années. »

    Il a pu observer, pour ne citer qu’elle, la très rare Moehringie d’Argentera (Moehringia argenteria) dans le Mercantour. Sans oublier la magnifique Chouette de Tengmalm (Aegolius funereus) dans le Jura.

    Mais de tels voyages possèdent néanmoins des inconvénients, et surtout un soupire l’aventurier. « La différence de ces voyages lointains, c’est qu’ici je partage ces excursions avec des amis. La solitude, ça va un moment ! » Un message qui ne tombera sûrement pas dans l’oreille d’une sourde.

    « Quelles sont tes motivations à parcourir le monde pour observer l’ensemble de la flore ? »

    « L’excitation de la découverte », répond-il. Personne ne peut partir à l’aventure sans rigueur. « Mes voyages étant un minimum préparé je sais à quoi m’attendre ; mais aucun voyage n’y déroge, je me fais surprendre à chaque fois par des espèces que je n’imaginais pas voir. » (Crédits : Moehringia argenteria/Flavien Saboureau)

    Flore, rareté, Moehringie d’Argentera

    « Aussi, j’ai l’impression de faire ce qui, petit et adolescent, me faisait rêver dans les documentaires que je regardais, quand je n’étais pas dehors. Sans oublier le plaisir de l’aventure… je ne sais pas lequel est un prétexte pour l’autre », sourit Flavien qui a choisi, jusqu’à présent, de « vivre ses rêves et non rêver sa vie ».

    Vers l’infini et… la Nouvelle-Zélande

    Quand les « fourmis » gagnent vos jambes, c’est que vous êtes resté trop longtemps assis dirait un sage. Flavien, habité par sa passion, rêve d’un autre lieu, celui que tous nomment « le paradis des naturalistes » : La Nouvelle-Zélande. Enfin, plus précisément les îles subantarctiques de Nouvelle-Zélande, à savoir les îles des Antipodes, îles Auckland, îles Bounty, îles Campbell et les îles Snares…

    Flavien, Amsterdam, hivernage

    « As-tu un projet semblable à celui effectué en Amérique du Sud ? Si oui, quand et pourquoi ? »

    « Oui, j’aimerais rallier les îles subantarctiques, au sud de la Nouvelle-Zélande, le dernier grand groupe d’îles subantarctiques où je n’ai pas encore posé le pied et mon appareil photo », explique-t-il.

    Les paysages, comme les lieux et ses habitants sont uniques. « Bio et géographiquement, elles n’ont pas grand-chose à voir avec celles que j’ai déjà visitées, et la surprise s’annonce alors encore plus grande. » C’est aussi l’occasion de passer du temps en Nouvelle-Zélande, le paradis du naturaliste.

    Sauf « qu’il n’a pas été simple de trouver le moyen d’y aller et cela va me coûter cher, mais je pars début décembre (2024) ! »

    Les objectifs sont quelque peu similaires au précédent voyage : relever le maximum d’espèces et les photographier sous toutes les coutures… pour participer au recensement du vivant et nourrir des projets encore en genèse. « Sans oublier de me créer des souvenirs inoubliables avec des aventures qui sortent des sentiers battus, plus ça va plus cela m’oppresse de trouver foule en pleine nature. »

    « As-tu pour projet de publier un livre ? »

    « Je suis déjà engagé dans la production et la publication de deux livres. L’un sur la flore des Terres Australes Françaises et l’autre sur l’île Amsterdam. Je veux déjà terminer ces deux beaux projets en 2025 avant de m’aventurer vers un nouveau travail. »

    « Mais oui, pour répondre à ta question. J’ai l’idée d’un livre. Un ouvrage dédié à la biodiversité des îles subantarctiques. Ça me traverse l’esprit depuis mes premiers pas sur ces îles méconnues. » (Crédits : Île Amsterdam-2022/M. Reveillas)

    Cependant, pour parvenir à tel ouvrage, qui serait inédit, mais qui demanderait des années de travail, « il me faut me rendre sur une grande partie de ces îles pour pouvoir être légitime à la réalisation de ce genre de travaux ». Sauf que l’expérience de vie accumulée par Flavien, laisse des traces. Des rencontres sont parfois détonantes dans la vie d’un jeune homme, même pour quelqu’un comme Flavien habitué aux voyages : ce genre de rencontre qui bouleverse l’ordre établi. À suivre…

  • De l’île de Robinson Crusoé à Valparaíso (Épis. 44/46)

    De l’île de Robinson Crusoé à Valparaíso (Épis. 44/46)

    Il est 8 h 45, en ce premier mars quand Flavien sort de sa chambre qui est d’ores et déjà rangée. Les ultimes images se gravent à jamais dans sa mémoire, alors qu’il déambule dans les rues. Surtout que par enchantement, il croise une à une les personnes qu’il a eu la chance de côtoyer une semaine durant. L’embarquement dans le bateau est prévu pour 10 h 15. C’est une dernière fois qu’il navigue ainsi sur l’océan pacifique sud. Ensuite, l’aéronef décollera pour le déposer sur le sol chilien, quelque six cents kilomètres plus tard.

    Il file logiquement vers les bureaux de la CONAF pour dire au revoir aux agents, et en particulier à Ignacio, Gonzalo est quant à lui malade ce matin-là. « À 9 h j’avance tranquillement vers le port où je dois prendre le bateau pour l’aéroport à 10 h 15. » Il reste tel un enfant une bonne trentaine de minutes devant son Abutilon fétiche. Comme une sensation de vouloir graver une dernière image de calme et de bonheur du fameux colibri.

    À toute berzingue… sur l’océan

    Chemin faisant, Flavien se rapproche du port. « Je rencontre de nombreuses personnes croisées durant ce séjour, à l’image du postier, que je salue une dernière fois. C’est marrant de connaître tant de monde au bout d’une seule semaine, le charme de ces villages insulaires… », s’émeut-il derrière sa barbe.

    L’aventurier habitué à se mouvoir, tel un électron autour de son atome, fait les cent pas sur le ponton. « Je traîne en attendant l’heure », observant la vie quotidienne de gens dans ce lieu peu ordinaire. Certains montent leurs bateaux sur cale pour effectuer des réparations quand d’autres transportent des langoustes en scooter. « L’animal dans une main et l’autre sur le guidon, il n’y a qu’ici que l’on voit ça. »

    Avec toutes ces belles dernières images en tête je peux partir l’esprit tranquille, pense-t-il à voix haute. « J’aimerais rester bien plus longtemps. Toutes les espèces rencontrées me confortent dans mon absence de frustration, le pire des sentiments pour moi. »

    « À huit dans la barcasse, gilets de sauvetage enfilés, nous traçons à toute berzingue plein ouest. » Afin de pouvoir photographier la mythique grotte de Robinson Crusoé, il demande à un couple de pouvoir changer de place. « Lui est français, quelle surprise. Moi qui pensais être le seul de l’hexagone ici. »

    Le bateau va bien plus vite, combiné au vent la traversée est sportive. L’occasion d’observer une ultime fois ces falaises tout aussi impressionnantes que celles d’Amsterdam. Les passagers débarquent à Bahia del Padre. Comme à l’aller la faune locale est présente, en nombre beaucoup plus important que lors de son arrivée. « Avec le cri de ces centaines de juvéniles, je ne me suis jamais autant senti à Amsterdam que depuis mon départ de cette dernière île. » Le temps est compté, Flavien ne dispose que de trois cents petites secondes pour immortaliser le moment.
    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Le 4×4 nous amène à l’aérodrome avec la charrette chargée de nos bagages. « N’ayant que sept sièges dans le véhicule, le Français s’installe dans la charrette. Une scène hors du temps, j’aurais bien voulu être à sa place. » Durant vingt bonnes minutes, les voyageurs patientent que l’avion atterrisse. « Les pilotes, comme l’appareil, sont identiques au trajet aller, seule différence le décollage est bien moins impressionnant », souffle-t-il.

    Flavien sombre dans les bras de Morphée

    Tenant son carnet de voyage, la semaine passée ne lui laisse que peu de temps pour le remplir. « Je compte sur ce vol pour rattraper mon retard, mais à peine ai-je écrit une journée que je tombe dans les bras de Morphée », s’étonne Flavien. Moi qui ne dors habituellement pas beaucoup dans les aéronefs, je devais être sacrément fatigué remarque à son réveil, les oreilles le faisant souffrir. « Quand j’ouvre les yeux, nous ne sommes plus au-dessus de l’océan. Mes oreilles douloureuses me susurrent que nous descendons. »

    Vingt minutes plus tard nous atterrissons sur cette piste, loin de notre aérodrome au charme unique. Le Français le questionne sur l’endroit où il compte aller. « Vers Valparaíso dans l’après-midi, il fait beaucoup trop chaud ici à Santiago », répond l’aventurier.

    Les incongruités refont surface. « Et voilà que les synchronicités font leur retour ; ils y habitent depuis 7 ans ! Ils suggèrent de m’y amener. » Flavien réfléchit quelques secondes, car il doit récupérer ses affaires laissées chez Clémentine et Gonzalo… « Je n’hésite pas longtemps et j’accepte leur proposition. » Ils retrouvent leur voiture et nous voilà partis en direction du Pacifique. En chemin, ils passent par les fameuses forêts brûlées récemment, dont les incendies ont malheureusement produit tant de victimes en février 2024.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Grotte, Robinson, roman

    « Lui est breton, reporter pour Arte ou France 5. Je lui glisse alors l’idée de faire quelque chose sur Amsterdam. » Bien qu’en direction du Pacifique, Flavien ne perd pas le nord. Le hasard, s’il existe, fait toujours bien les choses. « Il a fait l’école de l’IFCAM, à Ménigoute, à quelques kilomètres de la maison, incroyable… » L’auberge repérée par Flavien se trouve dans un quartier peu fréquentable selon leurs dires. « Ils m’emmènent dans le quartier du Cerro Conception et m’indique une digne de ce nom. »

    À la découverte de Valparaíso

    C’est alors l’occasion de découvrir cette ville très colorée et caractérisée par ces quarante-deux Cerros habités. « Je ne tarde pas à trouver une auberge à 11 000 pesos la nuit en plein cœur du plus beau quartier de Valparaíso. Indécis sur la suite il y a encore quelques heures, les aléas du voyage font bien les choses. » Elle est la troisième ville du pays. Sa population atteint 300 000 habitants et quasiment le million avec son agglomération.

    Elle mélange les genres, du trolley au funiculaire, Valparaíso se divise en quarante-deux cerros. Les « ascensores » sont classés au patrimoine de l’UNESCO.

    Le cerro, colline en français scinde la ville en différent mode de vie, du plus chic au moins aisé. Le cerro Panteón doit son patronyme à la construction des cimetières. Chaque religion est régie par ses propres codes. Ainsi celui des Disidentes, comme son patronyme le suggère fut créé à l’attention des personnes de confessions non catholiques. Le Cerro Polanco attend le mois de novembre 2012 avec le projet socioculturel Graffestival pour connaître enfin un renouveau.

    La belle surnommée « Valpo » par ses habitants, oscille entre maisons richement colorées et des fresques murales, la couleur y est omniprésente.

    Elle se découvre à travers ses « ascensores » pour grimper sur les Cerros et sillonner la ville. L’église de la Matriz et la place Santo Domingo, la place Echaurren et rue Serrano, Prat Pier, les places Sotomayor et Justicia, le quartier du musée maritime, Cerro Alegre et Cerro Concepción… sont autant de lieux magiques à arpenter. Ils en existent tant d’autres.

    Les deux collines, Alegre et Concepción font partie intégrante du Quartier Historique défini par l’UNESCO. Elles jouissent logiquement de leurs renommées pour attirer visiteurs, hôtels, boutiques, restaurants, cafés et autres types d’affaires et de commerces s’articulant autour du tourisme. Mais résumer Valparaíso ainsi est maladroit. (Crédits : Luis Eduardo Bastias/Pixabay)

    En si peu de temps, Flavien ne peut qu’effleurer cette ville hautement colorée. Après avoir pris ses marques, il se dirige vers les rues adjacentes à la découverte de l’incontournable street art local. Il dîne, ou soupe selon tout un chacun, dans ce qui serait l’équivalent d’une brasserie, explique-t-il. « Je ne rentre pas trop tard pour réfléchir à ce que je peux faire demain. » Pourquoi ne pas visiter le Cerro Bellavista ? Il ne tient pas son nom au hasard, encore lui. Au cœur de l’amphithéâtre, elle offre une vue splendide et incomparable l’Océan Pacifique et le reste de la baie. C’est le berceau artistique de la ville, avec la maison-musée du célèbre poète Pablo Neruda condamné à l’exil politique. À suivre…

  • L’Archange du mont saint Michel

    L’Archange du mont saint Michel

    Un îlot de terre situé entre la Normandie de la Bretagne, à qui doit être rattaché ce lieu unique en son genre, peu importe. De nombreuses légendes entourent cet endroit mythique et mystique, connu dans le monde entier. Il est au sein de sa baie, dont le cordon littoral figure au patrimoine mondial de l’UNESCO, depuis 1979. Habité depuis l’an 709, il ne cesse d’évoluer au gré des pèlerinages durant douze siècles, jusqu’à la Révolution française. Mais qui est donc l’Archange Saint Michel, dont la statue orne et surplombe la flèche de l’abbatiale ?

    Peu importe votre religion ou vos croyances, toutes respectées et respectables, ce n’est ici pas le propos, je vous invite à un voyage à travers le temps. Ce périple permet la compréhension comment le Mont Tombe est devenu, celui que le monde entier connaît sous le Mont saint Michel. La statue de cuivre dorée représente l’Archange Saint Michel, il est affublé d’une épée et d’une balance. Il est le prince de la milice des anges, guerrier et justicier. « Mi-ka-el » en hébreu signifie « qui est comme Dieu ». Il apparaît dans les écritures catholiques comme celui qui à la fin des temps se manifestera annonçant le Jugement dernier pour mener les troupes à l’affrontement contre l’Antéchrist.

    La représentation de l’Archange est visible à différents lieux, sur le dyke du Puy-en-Velay, les falaises en Lorraine, des tumulus funéraires à Carnac. Il est toujours, selon les légendes, situé à la porte de la terre et l’enfer, ou plus simplement aux frontières entre la vie et la mort. (Crédits : Dobby310/Pixabay)

    Présent dans les trois religions monothéistes, il est le messager et le gardien des passages. Michel est le prince de la milice céleste, mentionné dans le Livre de Daniel de la Bible hébraïque pour le judaïsme (מיכאל) et le christianisme, comme dans l’Apocalypse du Nouveau Testament pour le christianisme et également dans le Coran (ميكائيل) pour l’islam. Les plus anciennes mentions de son nom se trouvent dans des ouvrages israélites du IIIe et IIe siècle avant notre ère, où il est le chef des anges et des archanges et responsable de la protection d’Israël. « L’Exode d’Israël hors d’Égypte » est un récit biblique selon lequel les Hébreux, réduits en esclavage, s’émancipent pour revenir, sous la conduite de Moïse et Aaron, dans le pays de Canaan. « Je vais envoyer un ange devant toi pour te garder en chemin et te faire parvenir au lieu que je t’ai préparé. Respecte sa présence, écoute sa voix. Ne lui résiste pas, car mon nom est en lui. […] Mon ange marchera devant toi » (Livre de l’Exode au chapitre 23).

    En novembre 589, la crue du Tibre déverse la peste partout dans Rome. Le pape Grégoire1er, successeur du pape Pelage II en octobre 590 dirige une procession contre cette dernière. L’Archange serait apparu au-dessus du mausolée d’Adrien. Essuyant son épée ensanglantée, la remettant au fourreau, l’épizootie aurait cessé séance tenante. (Crédits : DR)

    À la suite de la fin de l’épidémie à Rome, le mausolée d’Adrien prendra le nom de château de Saint-Ange, une église y sera consacrée sur la via Salaria, ancienne voie romaine. En 708, un sanctuaire est édifié sur le mont tombe. Charlemagne adoptait saint Michel comme « Protecteur et Prince de l’empire des Gaulles ». Le choix aurait pour origine un petit oratoire en forme de grotte construit saint Aubert, l’évêque d’Avranches, dédié à l’Archange saint Michel. Le nom complet est Le Mont-Saint-Michel-au-péril-de-la-mer. Les restes de cet oratoire ont été retrouvés et sont encore visibles dans la chapelle Notre-Dame-Sous-Terre, c’est-à-dire sous la nef de l’abbatiale. Puis, il apparaîtra une nouvelle fois dans un village nommé Domrémy-la-Pucelle, dans le département des Vosges (où on y mange d’excellente tarte aux brimbelles) à une jeune fille de 13 ans prénommée Jeanne, qui séjournait il y a quelques siècles à Poitiers.