Étiquette : Santiago du Chili

  • De retour à la maison (Épis. final)

    De retour à la maison (Épis. final)

    La journée la moins agréable de son séjour est arrivée. Ce lundi quatre mars deux mille vingt-quatre, il se réveille aux aurores. Levé à 7 h 30 ce matin, il me reste à réussir à tout caser dans mon sac, songe-t-il. Bien que cette fois je n’ai plus les lyophilisés, j’ai quelques souvenirs plus volumineux à faire rentrer. Sa tocante affiche 8 h 45 quand il dit au revoir à Clémentine et Gonzalo, qu’il remercie une nouvelle fois chaleureusement. Puis, il s’en va chargé comme une mule.

    Après avoir déniché une boulangerie, où je mange les moins bonnes viennoiseries de mon voyage, je passe une dernière fois à Scotia Bank pour retirer 5000 pesos. En effet le billet de 2000 est très bien dessiné. Le seul moyen de repartir avec est de faire de la monnaie sur 5000… Désormais habitué, il prend le métro, comme si de rien n’était, mais dans le sens inverse de la veille. À l’endroit même où le bus m’a déposé hier je suis censé y trouver une navette qui va à l’aéroport pour la modique somme de 2000 pesos. Et à peine suis-je sorti du sous-terrain que je grimpe dans l’autobus qui part aussitôt.

    Perturbé il se trompe d’arrêt et doit faire une nouvelle fois marcher. 1,5 km pour rejoindre le terminal international de l’aéroport de Santiago. Là-bas tout s’enchaîne très bien et après seulement une demi-heure d’attente en salle d’embarquement je monte dans l’avion de la compagnie LATAM direction São Paulo vers 12 h 15.

    Durant les quatre heures de vol, je passe la majeure partie du temps à tenter de rattraper les journées non écrites de ce récit. Arrivé à São Paulo il fait plus de 32 °C, mais je n’ai pas le temps d’y penser. Sauf peut-être à l’arrivée à Paris et ses cinq petits degrés. Je n’ai qu’une heure pour ma correspondance avec le vol de Paris. Le temps, une nouvelle fois, de passer la sécurité aéroportuaire et d’aller aux toilettes, je monte dans un aéronef pour cette fois onze heures de vol. (Crédits : Dendroseris littoralis — Asteraceae, endémique de l’île Santa Clara/Flavien Saboureau)

    Alors qu’il est 19 h quand j’écris ces lignes, il fait déjà nuit noire sur le Brésil, étonnant comme fuseau horaire… Pendant ce temps-là, Flavien espère que son sac à dos a bien été chargé dans la soute de l’avion, lors de l’escale. Ce mardi 5 mars 2024, j’arrive à l’aéroport Charles de Gaulle. Le soleil se cache derrière des nuages parisien. Comme prévu, la température avoisine les 5 °C, mais un vent rafraîchit et abaisse la température ressentie. En attendant le train pour Poitiers, c’est la reprise de lecture des nombreux e-mails. « Ça y est, 106 jours plus tard l’aventure se termine. Après 38 000 km, dont près de 1 500 à pied, il est tant de rentrer dans le Poitou, à Lavausseau et de retrouver famille et amis. Il va falloir renflouer les caisses aussi… »

  • Derniers instants au Chili (Épis. 45/46)

    Derniers instants au Chili (Épis. 45/46)

    Ce matin, Flavien accuse le coup. La fatigue des cent derniers jours, l’accumulation des sentiments divers et variés, les kilomètres parcourus, les dénivelés emmagasinés… font que le moteur a du mal à s’enclencher. Mais il y a aussi le ressenti du continent sud-américain qui, de par sa population attachante, rend le départ de Flavien compliqué. Un jour à Valparaíso, le retour à Santiago du Chili pour récupérer ses affaires, puis la traversée de l’atlantique.

    « Je prends le petit déjeuner à l’auberge, mais j’éprouve de la difficulté à démarrer. Je ne pars qu’à 10 h 30. De toute façon ici la vie citadine ne commence qu’à midi », souffle-t-il. Un programme de découverte s’impose tout de même. « Ce matin, ou plutôt cette fin de matinée je visite le quartier coloré de Bellavista ; au passage je parcours quelques marchés artisanaux à la recherche de cadeaux pour mon retour. »

    Récupération des affaires chez Clémentine et Gonzalo

    Ensuite, l’heure de midi oblige, il se restaure dans un parc culturel, très sympa ajoute-t-il. Après le repas, rien de tel que de faire une pause salvatrice. « J’en profite pour faire la sieste. La semaine, très chargée, sur l’île de Robinson Crusoé m’en a fait oublier l’existence. » Après être rentré à l’auberge pour consulter les horaires de bus, « je prends la ligne de Viña del Mar, la station balnéaire chilienne à seulement quelques kilomètres ».

    Plage, sable, océan

    « Le chauffeur conduit comme un malade, la porte ouverte, à la recherche de clients », s’effraie Flavien. Attiré par les musées comme un papillon par les lumières, il ne rate pas une occasion de parfaire sa culture. « Au vu du monde qui annonce se rendre au musée, le Francisco Fonck, semble valoir le coup », bien qu’hésitant. Toujours suivre son instinct dit le sage. « Je ne me suis pas trompé. Il évoque aussi bien l’histoire naturelle qu’archéologique du pays. Centré sur la civilisation de l’île de Pâques, on peut même y croiser un vrai Moaï à l’entrée. »

    Ensuite, Flavien est à la recherche de sa désormais habituelle glace. « C’est blindé de monde », note-t-il en prenant la direction de quelques bâtiments historiques. Son escapade se termine, quelques heures plus tard en retournant sur Valparaíso. (Crédits : Stephanie Melgarejo/Pexels)

    En quête d’un restaurant, un rabatteur convainc de rentrer dans le sien. « Je mange d’excellents raviolis au saumon, mais je m’arrête là, ce n’est pas forcément donné. » Avant de rentrer à l’auberge, il flâne dans la ville, de nuit cette fois. Demain c’est son dernier jour avant de passer l’entièreté de son temps dans les aéroports.

    La fatigue se fait sentir

    Comme la veille, et ce malgré un bon petit déjeuner, le décollage est de plus en plus dur. « Je ne sais pas trop quoi faire avant de prendre le bus pour Santiago. Nous sommes dimanche, le Muséum d’histoire naturelle est malheureusement fermé. » Par défaut, il opte pour le musée de l’armada chilienne. Affublé de ses affaires, après quelques dizaines de minutes de marche « je découvre le bâtiment très impressionnant avec une vue donnant directement sur le plus important port du pays. »

    Il visite durant deux heures, mais serait volontiers resté plus longtemps « si je savais parfaitement lire l’espagnol ». Après avoir égrainé de nombreux musées, il touche du bout du doigt l’histoire chilienne.

    À peine s’être extirpé du musée, qu’il associe le nom de capitaines de navire avec ceux des rues. Après avoir mangé ce qui est sûrement son ultime completo, sur le sol chilien, direction la gare routière. « Il y a plus de 3 km », comme si trois mille mètres pouvaient effrayer ce marcheur invétéré.

    Quarante minutes à parcourir une dernière fois les rues de cette ville. Pour 4 500 pesos seulement, le voici dans le bus en route pour la capitale. « J’ai le temps de rattraper mon retard d’écriture sur mon journal de bord », réfléchit-il. (Crédits : Rodolfo Ditzel Lacoa/Wikipedia)

    Hot-dog, chili, repas

    À son plus grand étonnement, c’est la compagnie française Flixbus qui assure le transport jusqu’à Santiago. Le terminus est annoncé. « Les deux heures de trajet sont partagées entre rédaction et sommeil… Je ne suis pas déposé à la même gare routière que la dernière fois, mais je connais bien le métro désormais. »

    Dernière soirée sur le continent

    Comme le ferait un Chilien, à travers le métro, il se faufile, pour arriver à sa destination. À 16 h 45, il frappe à la porte de Clémentine et Gonzalo. « Ils m’accueillent, mais je ne tarde pas à repartir pour aller acheter des souvenirs pour la famille. » L’hospitalité qu’ils ont démontrée à l’égard de Flavien l’a touché. Faute d’avoir pu trouver une plante à leur offrir, il n’est pas botaniste pour rien, il les remercie chaleureusement. Ils visitent Cerro Santa Lucia. C’est l’un des parcs les plus courus de la capitale.

    Avant l’arrivée des Espagnols au XVIe siècle, les Mapuches l’appelaient Huelén, un mot qui, dans le mapudungun, signifie « mélancolie ». Ce qui correspond parfaitement au sentiment dont l’aventurier du bout du monde semble être pris. Cette colline d’une hauteur de 69 mètres couvre 65 300 m2. À l’origine, elle était utilisée comme point de vue stratégique. De son sommet existe une vue panoramique du territoire.

    Après avoir visité le fameux Cerro Santa Lucia, c’est le quartier très connu des fêtards et amoureux de la vie nocturne que découvre Flavien. Barrio Lastarria ou Bellas Artes se situe entre la place d’Italie et Santa Lucia « On se dirige vers le quartier Lastarria, celui des bars. Juste le temps de prendre un verre, Gonzalo a préparé des filets de porc et du riz pour le repas » (Crédits : Nereidas/Wikipedia)

    « Ça y est, c’est ma dernière soirée en Amérique du Sud, demain à cette heure-là je serai au-dessus de l’Atlantique… La chaleur diminue et devient agréable. J’en profite, car la météo s’annonce bien différente à mon retour en France ! ». À suivre…

  • L’ascension de l’emblématique El Camote (Épis. 43/46)

    L’ascension de l’emblématique El Camote (Épis. 43/46)

    Ça y est ! En ce mercredi 28 février 2024 ça fait cent jours tout pile que Flavien est parti de la maison familiale de Lavausseau. Pour résumer son voyage, cette journée ne se passe pas comme annoncé. L’aventurier du bout du monde imagine, planifie, envisage jusqu’au moment où le grain de sable vient s’immiscer dans la machine. Mais avec le recul, c’est une chance de vivre une vie où l’imprévu se présente. Elle procure un maximum d’expériences et de souvenirs. D’autant que le hasard faisant bien les choses, une journée de plus où son quadriceps peux se reposer.

    Flavien a rendez-vous à 9 h avec Ignacio pour partir en direction d’El Camote. « La cuisse est en meilleur état et son propriétaire est surmotivé, je suis prêt à 8 h 30. Ce qui est loin d’être dans mes habitudes… », reconnaît-il. Mais, car il y a un mais, cinq minutes plus tard Ignacio m’annonce qu’il s’est fait mal hier lors de sa séance de musculation et que l’on ne pourra pas y aller. « Quelle déception ! » Un quart d’heure s’égraine, quand il se met à pleuvoir. Heureusement pas comme le déluge meurtrier de Valence, en Espagne. Ici, les locaux disent « està caillando sopaipillas ». Des mets qui sont dégustés lors des précipitations d’hiver. Cette météo console et atténue sa frustration.

    Ne pas faire son cabri

    La matinée se passe, comme tout un chacun dans la salle d’attente de son médecin traitant, les yeux fixés sur le portable. Flavien recherche diverses informations sur quelques plantes qu’il pourra croiser. Il bout d’impatience en silence. « L’après-midi est ensoleillée. Je ne peux pas rester plus longtemps à ne rien faire alors que je suis sur l’un des épicentre de la biodiversité mondiale. »

    L’expérience sert toujours, à un instant où à un autre. « Pour ne pas créer de tension avec la CONAF, je décide de ne pas faire le cabri. Je reprends la direction du Mirador de Selkirk, où il me semble avoir loupé quelques espèces samedi. »

    Là-haut il convoite dans la végétation deux types de Robinsonia. « Avec les énormes Thyrsopteris, la végétation est impénétrable et je me griffe de partout. »

    Au prix de nombreux efforts « je ne tarde pas à trouver ce que je suis venu chercher. » Qui plus est, alors que je retrouve mon souffle dans une trouée de flore, se présente devant moi Ugni selkirkii. Une myrtacée en danger d’extinction, car fortement concurrencée par sa cousine invasive. « Je la photographie sous toutes ses coutures », comme à la Paris Fashion Week.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    « Je reprends le chemin et pars faire le sanglier ailleurs. » C’est alors qu’il remarque son tout premier colibri de Juan Fernandez en pleine forêt primaire. « Loin d’être effrayé de ma présence, j’ai le loisir de l’observer butiner les fleurs de l’endémique Rhaphithamnus venustus. » C’est après avoir regardé comment est constituée la fleur que l’on comprend mieux la longueur de son bec. Bien qu’il faille rentrer, Flavien profite une dernière fois de l’incroyable vue qu’offre le mirador Selkirk. Le fameux gourmet s’essaye dans un nouveau restaurant en mangeant du poisson frit au Bahia.

    C’est le bon jour pour El Camote

    Ce matin est le bon. « À 9 h 45 nous partons en direction de la Plazoleta Yunque avec le 4×4 pour rejoindre le pied du sommet de l’île. » C’est à partie de cet endroit que débute le « pseudo-sentier » vers El Camote. Sur l’itinéraire, ils récupèrent des agents de la CONAF qui doivent aller travailler à la Plazoleta.

    « À quinze dans le pick-up, il avance prudemment sur la piste qui ressemble plus à un chemin de VTT de descente… », explique Flavien accroché à son siège. Le périple, pour la cinquième ascension d’Igniacio, s’effectue en compagnie de Gonzalon le pépiniériste, Gaël un jeune de la communauté et le naturaliste Lavaucéen. « Nous parcourons une magnifique myrtisylve où de très nombreux Arthropteris grimpent à l’assaut des Nothomyrcia », décrit Flavien.

    L’équipage est en pleine montée quand Dicksonia berteroana survient. « Jusque là il y a assez peu d’invasives, c’est la forêt la mieux préservée que j’ai traversée sur l’île. »

    Un moment suspendu apparaît aux alentours de 530 m d’altitude. « Ignacio me regarde et me désigne, sans un mot, celle que je cherchais, le Lactoris fernandeziana, la plante emblématique de l’archipel. » Comme David auparavant, ils sont obligés de patienter que Flavien s’active avec son caillou accroché au zinc. « Après d’innombrables clichés, nous repartons à l’assaut de la montagne. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Dès lors les ronces, les Aristotelia apparaissent, ce qui complique sérieusement l’avancée… Heureusement Ignacio connaît bien le chemin, car il faut avouer que les anciennes traces de passages sont au milieu de toutes ces espèces de fougères. Impossible à repérer sans être un initié. Comme à chaque instant, sans être surfait, Flavien à la chance de s’émerveiller. « La vue est incroyable. Le temps est magnifique, le Yunque dégagé et il y a peu de vent, on a bien fait de reporter d’une journée », sourit le jeune homme.

    Une promesse est une promesse

    Les nouvelles espèces sont de la partie. Avec Ignacio, ils repèrent quelques pieds de Colletia au creux de falaises inaccessibles. « C’est la première fois qu’il voit cette espèce depuis trois ans qu’il œuvre ici, il est heureux comme un gosse. Pour moi tout est presque nouveau… »

    Falaise, Chili, plante

    À quelques heures de la conférence qui se tient à 18 h, ils mangent, et dénichent quelques autres plantes dans les falaises, « où je me fais quelques frayeurs, et nous redescendons. »

    Deux heures passent lorsque la salle se prépare à la conférence sur l’île Amsterdam. En échange du logement alloué gratuitement, il présente un sujet de son choix aux habitants du village. Une affiche avait été placardée deux jours avant. Dix personnes seront de la partie.

    Après avoir mangé une pizza, l’équipage se rejoint autour du zinc d’un bar. « J’avais promis de payer une bière à Ignacio et Gonzalo s’ils trouvaient le fameux Lactoris, parole tenue ! » (Crédits : Flavien Saboureau)

    « Il est minuit passé quand je rentre pour dormir mon ultime nuit dans le logement. » Les dernières heures s’approchent de plus en plus pour Flavien. D’ici quelques jours, il va retrouver les bruits de la civilisation, de ceux qui font notre quotidien, qui marquent et nous imposent un rythme insensé, à l’inverse du suave tempo de la nature. Mais la transition s’effectue doucement en repartant dès demain vers des visages connus à Santiago du Chili. À suivre…

  • L’arrivée sur l’Île de Robinson Crusoé (Épis. 40/46)

    L’arrivée sur l’Île de Robinson Crusoé (Épis. 40/46)

    Après avoir acheté quelques viennoiseries, Flavien reprend la direction du muséum d’histoire naturelle pour finir sa visite écourtée hier. La plupart des musées de la ville étant gratuits, ça ne pose pas de problème. La météo permet et oblige quelquefois un changement de paradigme. La biosécurité devrait être l’affaire de tous. En ce jeudi 22 février 2024, Flavien s’attelle à cette tâche plus que nécessaire. Elle reflète aussi la croissance des voyages depuis la révolution industrielle, et le plaisir de découvrir d’autres contrées.

    Pour l’instant, Flavien profite de son temps libre et de la gratuité des musées. Pour accéder au plus connu et emblématique du Chili, le Musée de la mémoire et des droits de l’homme, il suffit de se rendre sur l’avenue Matucana, juste en face de la station de métro Quinta normal. « Clémentine m’avait prévenue, il est dur. Il raconte la vie, ou survie sous la dictature de Pinochet de 1973 à 1990. Il me fait beaucoup penser à celui d’Oradour-sur-Glane. » David a les mêmes réflexes, semble-t-il. « Quand je pars, lui arrive. On se donne rendez-vous ce soir pour boire un dernier verre avant nos départs distincts : lui vers l’île de Pâques, moi sur l’île de Robinson Crusoé. »

    Une pluie salvatrice

    À la sortie du musée, il pleut, ce qui ne surprend pas plus que ça l’aventurier du bout du monde. Sauf que Clémentine lui dit, bien plus tard, que cela n’est pas arrivé depuis plus de deux mois. « Tu m’étonnes que ça glisse tant dans les rues. » Son départ pour l’île de Robinson Crusoé est prévu pour demain. Comme à chaque fois, et depuis son périple à Amsterdam il procède à la bio sécurité de son sac.

    « Comme pour aller sur Amsterdam ou encore les Malouines, il me faut nettoyer mon sac et mes vêtements de fond en comble pour éviter de ramener des espèces exotiques, si dévastatrices sur les îles. »

    L’avantage est donc de ne pas amener des espèces qui peuvent perturber l’équilibre. Est-ce possible d’effectuer une biosécurité en ce qui concerne le reste ? L’exemple du frelon asiatique, de l’écrevisse de Louisiane et du moustique tigre évoque bien des choses à tout un chacun. À la précédente question, la réponse est oui. Depuis 2014, l’Office français de la biodiversité a pour mission de faire connaître, prévenir, surveiller et évaluer les impacts négatifs de ces espèces. (Crédits : Joshua_seajw92/Pixabay)

    La fin de journée approche, quand Flavien rejoins David au bar où « nous prendrons une planche apéritive généreuse. » De retour à l’appartement de Gonzalo et Clémentine, l’estomac est déjà plein. « J’ai du mal à avaler les completos qu’ils ont cuisinés. » Il ne traîne pas pour aller se coucher, car demain est un jour tant espéré, et probablement chargé. « Un vendredi pour aller sur Robinson, le clin d’œil humoristique de l’histoire », s’amuse-t-il.

    En route pour Robinson

    « C’est le grand jour ! » Il va de ce pas, pouvoir poser un pied sur la légendaire île de Robinson Crusoé, située à 700 km des côtes chiliennes. Hier, il réserve, une fois n’est pas coutume, un Uber. Il déguste un petit déjeuner avec Clémentine et Gonzalo en les remerciant, avant de grimper en voiture. « Ce n’est peut-être pas le plus économique (22 000 pesos), mais il n’y a aucune navette rejoignant le terminal dans lequel je dois me rendre à l’autre bout de l’aéroport », explique Flavien.

    Le chauffeur, fort sympathique, dépose le baroudeur au bâtiment de la compagnie ATA à 8 h 15 précises, une demi-heure après son départ. « Étant attendu pour 9 h, je suis le premier arrivé. » Un Chilien ne tarde pas à le retrouver. Il aime la botanique et montre plein de photos de plantes du désert Chilien à Flavien.

    Peu avant 10 h, les passagers s’installent dans le bimoteur semblable à un jet privé. « Les deux pilotes nous accueillent sur le tarmac, j’ai l’impression d’être un VIP, s’émerveille-t-il. » Bien que ce ne soit pas la meilleure des huit places disponibles, Flavien choisit la plus proche du cockpit, non séparé par une porte. « Pendant les deux heures de vol, je note que le vol de croisière se fait à 22 000 pieds, une course qui oscille entre 262° et 266° avec une vitesse à plat de 170 knt », relate Flavien pour les passionnés. À 11 h 45, après des minutes à scruter la mer, le caillou se dévoile enfin entre d’épars nuages. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Situé entre deux falaises de 150 mètres de hauteur, dominant l’Océan Pacifique sud, sans tour de contrôle ni service météorologique, l’aéroport de l’archipel Juan Fernandez est l’un des plus dangereux au monde. Arrivant de l’Est, l’aéronef se situe dans le sens du vent. Il faut survoler l’île une première fois pour se mettre fasse au vent qui, comme aux Malouines, facilite grandement l’atterrissage. « Face à la piste qui semble bien petite entre ces 2 falaises, je m’apprête à vivre l’un des plus impressionnants atterrissages qui puissent exister. »

    Une poursuite en douceur

    Finalement l’atterrissage se fait tout en douceur, grâce à la maîtrise des pilotes. La température affichée est très agréable (18 °C). Le paysage quasi désertique, car il n’y a presque jamais de pluie en été. « À peine le temps de prendre quelques photos que le 4×4, dont la charrette est chargée de nos bagages, nous récupère direction la Bahia del Padre pour y prendre un petit bateau. »

    Aucune route depuis l’aérodrome ne conduit au village de San Juan de Bautista, niché dans la baie de Cumberland. Seul un chemin de 16 km permet de le relier. Descendus dans la Bahia del Padre, « nous attendons près du ponton d’embarquement. C’est l’occasion de réaliser mes premiers clichés de plantes avec Salicornia neei. »

    C’est surtout le moment de retrouver des colonies d’otaries, celles de Juan Fernandez, endémiques de l’archipel. Le bateau récupère les voyageurs. « C’est parti pour 1 h 30 de navigation, en direction du village au nord de l’île. » La mer n’est pas très formée, mais suffisamment pour les éclabousser.

    Cela ne l’empêche pas de prendre quelques photos des impressionnantes falaises. « Les sills et dikes me font fortement penser aux falaises d’Entrecasteaux et de la Pearl sur Amsterdam. » (Crédits : Flavien Saboureau)


    « Près du Morro Junango, deux puffins blancs (Ardenna creatopus), appelés ici Fardela Blanca, nous font le plaisir de survoler le bateau. Cet oiseau endémique du Chili ne niche que sur l’archipel et l’île de Mocha. » Les derniers instants de l’épopée sud-américaine de Flavien promettent d’être passionnants.

    Une plongée au cœur du roman

    En chemin, dans la baie de Puerto Inglés, l’occasion leur est donnée d’observer de loin la fameuse grotte d’Alexander Selkirk. « J’espère pouvoir m’y rendre cette semaine. » Le débarquement est rapide, chaque voyageur passe à la SAG. Le but est de vérifier que personne ne ramène ni fruits ni graines. « Me voilà, une fois de plus, livré à moi-même. Je n’ai pas de carte de la ville, mais au vu de sa taille je ne devrai pas avoir de mal à trouver la CONAF. »

    Au préalable, Flavien a échangé des courriels avec Angela Cropper, directrice de la CONAF, l’équivalent français de l’ONF. Ce qui lui procure un hébergement gratuit pour sept jours. En contrepartie, « je paye une femme de ménage et réalise une présentation pour les habitants. »

    L’organisme est identifié, car il croise dans les rues plusieurs personnes qui lui indiquent l’itinéraire.

    « Il est 14 h, c’est l’heure de reprise. J’accompagne Sylvia et Gonzalo rencontrés sur le chemin et qui y travaillent. » Ils lui expliquent de nombreuses choses, quand Ignacio fait son apparition.

    C’est le ranger qui connaît le plus les plantes sur l’île et celui qui parle le mieux anglais. Ce dernier montre le bâtiment où le baroudeur va dormir les prochains jours. Juste après, ils sont de retour au bureau. « Gonzalo me fait la visite de la pépinière dont il s’occupe. C’est impressionnant le nombre d’espèces endémiques qu’ils cultivent. »

    La soirée, Flavien déambule et visite l’ouest de la ville. Puis « je vais faire tamponner mon passeport dans la petite poste du coin ».

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    « C’est alors que je repère, dans un jardin, un Abutilon qui attire le fameux et magnifique colibri de Robinson Crusoé. C’est proche de mon hébergement, il faudra que j’y revienne avec mon téléobjectif. Pour cette première soirée sur l’île, je me fais une pizzeria face à la baie et ses superbes barques dispersées dans l’entièreté de la Bahia Cumberland. » À suivre…

  • Exploration urbaine de Santiago (Épis. 39/46)

    Exploration urbaine de Santiago (Épis. 39/46)

    Une grasse matinée n’est pas à rechigner dès que cela est possible. Comme le roman d’aventures anglais de Daniel Defoe, Robinson Crusoé, le duo composé de Flavien et de David se sépare avec ces nombreux jours ensemble. Une nouvelle fois, Flavien va partir en quête d’inédites péripéties. Qui plus est après un si long périple, en ce mardi 20 février 2024. Si l’hôtel trouvé hier soir n’est aussi accueillant que le premier sur Puerto Montt, l’établissement attend que ses chambres soient accessibles pour 11 h.

    Ce qui après avoir flemmardé, laisse encore du temps pour se renseigner sur la suite du voyage, sans omettre de refaire ses valises. À 12 h 30, rendez-vous avec le loueur pour lui restituer la voiture. Flavien et David veulent lui remettre en état de propreté, mais « pas moyen de dénicher la station de lavage en libre-service. Ici, comme pour le plein de carburant, c’est réalisé par une personne, et ça coûte un bras ».

    Le duo se sépare

    « Nous rendons le véhicule un peu sale, ce qui ne semble pas choquer le loueur. » Par contre, concernant la caution Flavien et David, la récupéreront un peu plus tard, il n’a plus la somme qu’ils ont donnée en liquide. Ils se rendent au McDonald’s espérant trouver de la WIFI. En vain, ils patientent l’après-midi sur le front de mer, jusqu’à l’arrivée du bus à 19 h. Un trajet d’une demi-journée pour se rendre à Santiago.

    Santiago, chili, capitale

    « C’est mon premier bus de nuit du voyage », se réjouit l’aventurier. Il explique que les 57 € par personne sont justifiés, en partie par l’assise. « Les sièges sont des Cama, très agréables. » Idéal pour lire quelques documents sur la flore de l’île de Robinson Crusoé.

    Le bus arrive dans l’immense gare routière à étages, avec trente minutes de plus sur l’horaire prévu. C’est l’heure du petit-déjeuner. Ils cherchent une boulangerie pour se procurer des viennoiseries, avant de se séparer, un mois après les retrouvailles. Flavien achète une carte de métro pour rejoindre l’hypercentre, où Clémentine, la sœur d’Ugolin, va l’héberger. « C’est Gonzalo, son copain, qui m’accueille dans leur appartement. » Le concierge prévenu de son arrivée, et les présentations faites, « j’aspire à dénicher un ScotiaBank pour retirer de l’argent sans frais ». En chemin, il passe devant la Moneda, l’équivalent de l’Élysée en France. « C’est le moment de la relève de la garde, ça se goupille bien », se réjouit-il. (Crédits : Simon/Pixabay)

    Trois mois aujourd’hui qu’il a quitté la commune de Lavausseau, trois mois qu’il marche, monte, descend et dort dans des endroits atypiques, trois mois qu’il n’a pas prit soin de ses cheveux. « Ma chevelure ne ressemble plus à rien », sourit-il en se voyant dans un miroir. Gonzalo lui conseille un salon à quelques encablures de là. « Pas de métro, que de la marche. C’est le moment de visiter et de s’imprégner de l’ambiance de la ville. » Arrivé à l’adresse indiquée, il passe par différentes pièces avant de rejoindre le salon de coiffure, le bâtiment est dans son jus remarque-t-il. « J’ai l’impression de me faire couper les cheveux, comme il y a 30 ans de ça, enfin, j’imagine… »

    Barbe et cheveux taillés

    Par la même occasion, le coiffeur taille la barbe, ça ne lui fait pas de mal pense Flavien. Après s’être acheté deux empanadas dans un boui-boui, il les dévore dans le parc Quinta Normal. L’avantage est que le Muséum National d’Histoire Naturelle, « que je compte visiter ce midi » se trouve juste en face.

    La collection du rez-de-chaussée explore les différentes régions du Chili du Nord au Sud. Dans la salle principale, une exposition sur les primates tient la vedette. La visite continuera demain, « J’ai rendez-vous avec Gonzalo à 14 h 30 pour me rendre chez un revendeur d’appareils photo. »

    Son grand angle ne fonctionne plus depuis trop longtemps. Arrivé à Sanhattan, quartier d’affaire où il y a un revendeur d’appareils photos. De toute façon les délais de réparation sont trop longs avant son départ prévu le 23 février pour l’île de Robinson Crusoé, dans deux jours.

    Les deux promeneurs se trouvent dans le quartier de Las Condes où travaille Clémentine. « En l’attendant, Gonzalo me fait visiter la ville et d’impressionnants immeubles. Puis on va boire une bière avant qu’elle nous rejoigne. » (Crédits : Museo Nacional de Historia Natural, Santiago)

    Musée, naturel, Santiago

    Le trio juste formé se dirige vers le Cerro San Cristóbal, via téléphérique à l’aller, et en funiculaire pour le retour. C’est le point incontournable pour admirer la vue panoramique de la ville. « De là-haut on se rend compte de la grandeur de l’aire urbaine qui s’étend à perte de vue, vraiment impressionnant ! » Pour terminer, ils se rendent dans un quartier bien connu pour ses restos. Ce lieu aimé des touristes et habitants se nomme le quartier de Bellavista. Il regorge de bars, lieux culturels, et bien sûr de restaurants. Clémentine et Gonzalo veulent me faire goûter la spécialité du coin, le Pastel de Choclo. « Ce plat est un délice. » Il goûte au cocktail Pisco Sour, dont il n’est pas fan. La nuit est tombée sur la capitale, le trio déambule en profitant de la douceur pour rentrer doucement. À suivre…

  • L’humanitaire chilien attaqué par un ransomware

    L’humanitaire chilien attaqué par un ransomware

    L’affaire sort dans la presse chilienne juste aujourd’hui, jeudi 14 octobre à travers BioBioChile. Une attaque par code malveillant s’est produite le 11 septembre 2021 à Santiago du Chili, au sein de l’organisation « Colegio medico de Chile ». Le Colmed a déposé une plainte auprès du parquet. Une rançon demandée par les opérateurs qui n’est pas tout à fait claire, elle serait de 500 000, mais en quelle monnaie ? Là où le bât blesse est que les responsables ne savent pas s’ils parlent en dollars ou en bitcoin (BTC).

    Le montant a de quoi faire frémir, si les personnes derrière le code malveillant exigent 500 000 bitcoins. Le cours est actuellement de 57 135, 4950 dollars américains pour un bitcoin, soit une rançon de 28, 567 milliards de dollars (24, 65 milliards d’euros), une bagatelle… C’est par un message en anglais que les informaticiens de la faculté de médecine du Chili ont été informés de l’attaque. L’offensive s’est déployée contre une association à finalité humanitaire. « Nous sommes une organisation chilienne à but non lucratif qui aide les personnes sans domicile fixe, nous faisons les liens des docteurs […]. S’il vous plaît, comment pouvons-nous récupérer les données », questionne Marco Bruna, informaticien au Colmed.

    Des heures auparavant, les bases d’infos de l’association avaient été cryptées et détournées. Les renseignements sur les bénéficiaires ainsi que le système comptable de l’institution étaient entre les mains des cybercriminels, qui rapidement exigeaient qu’une rançon soit payée en Bitcoins. Vendredi 8 octobre 2021, la plainte dénombrant huit feuillets détaille les tenants et aboutissants de l’affaire devant la 7e cour pénale de Santiago.

    Le centre hospitalier est dirigé par la docteure Izkia Siches. Elle fait partie de la liste 2021 TIME100 Next du magazine Time, qui référence les 100 leaders du futur. Elle reçoit également le prix Exceptional Women of Excellence du Women Economic Forum. (Crédits : DR)

    Dans le libellé il est indiqué qu’Alejandro Román, ingénieur analyste, avait tenté d’effectuer, en vain, des tests de routine sur des serveurs institutionnels. L’information était remontée au directeur général de l’association, puis à l’ensemble de l’équipe informatique. Marco Bruna constatait, le 12 septembre qu’il ne s’agissait pas d’une défaillance, mais d’un programme qui avait endommagé les documents de l’établissement et les ordinateurs locaux. Après les avoir vérifiés, Bruna trouvait un fichier nommé « ReadMe.txt ». En l’ouvrant, un message, en anglais est apparu :

    Messieurs ! Votre entreprise est gravement menacée. Il y a une faille importante dans le système de sécurité de votre entreprise. Nous avons facilement pénétré votre réseau. Vous devriez remercier le Seigneur d’avoir été piraté par des gens sérieux, pas par de stupides écoliers ou des punks. »

    Ce à quoi, après des échanges, l’institut médical recevait des instructions avertissant qu’une rançon devait être payée pour récupérer les données. Le montant serait assujetti au temps que les victimes mettraient à répondre expliquaient les opérateurs, avec une certaine pointe d’ironie : « Chaque jour de retard vous coûtera en bitcoins supplémentaires. N’y voyez rien de personnel que les affaires. »

    L’avocat représentant l’Association, Adelio Misseroni, a déclaré à BioBioChile que les fichiers ne contenaient pas d’informations personnelles sensibles. En outre, il a été possible de récupérer certains renseignements. Suite au dépôt de la plainte pénale, l’enquête est désormais entre les mains du ministère public.