Étiquette : new world

  • Une véritable catastrophe numérique (50/55)

    Une véritable catastrophe numérique (50/55)

    La journée s’annonce plus que chargée. L’aventurier, en ce mardi 11 février 2025, va vivre les sensations dignes de montagnes russes émotionnelles. Si le réveil somme toute programmé à 7 h, c’est à ce moment que Flavien prend la poudre d’escampette. Aujourd’hui, il part à la rencontre de la faune et de la flore. Les vers luisants emblématiques de Nouvelle-Zélande au cœur de la grotte de Waipū Caves. Ensuite il a rendez-vous avec le maître de la forêt Waipoua. L’un des plus grands de son espèce, avec quatorze mètres de circonférence pour cinquante de haut : le Tāne Mahuta.

    « J’ai passé une journée bien remplie, mais je ne m’attendais pas à cette conclusion », se lamente Flavien. Elle commence tôt lorsqu’il décampe à sept heures, en se dirigeant vers Waipū Caves. Elle est une grotte où il est censé observer les fameux vers luisants emblématiques de Nouvelle-Zélande : Arachnocampa luminosa. Sans doute la plus connue est Waitomo Glowworm Caves. Elle affiche un prix d’entrée à 81 NZD, et elle est bondée de touristes, tout pour plaire à Flavien. « Celle-ci — Waipū Caves — est gratuite », sourit-il.

    Un p’tit jeune de 2000 ans

    Après une demi-heure de route et piste en bon état, il est en sécurité. « Arrivé là-bas, je croyais marcher deux kilomètres, mais finalement, l’entrée était à même pas cent mètres du parking. » Un nombre conséquent de vans y sont stationnés. « Je suis le premier de la journée à m’y rendre », affirme l’aventurier. Ce qui est parfait pour le réjouir. Tenue adéquate, frontale en place « je commence l’exploration de cette grande grotte ». Il parcourt l’entièreté à l’aveugle. « Je ne les trouve pas », se languit-il.

    Pour poursuivre, il décide d’ôter ses chaussures. Donc, en marchant le long de la rivière souterraine, et après quelques minutes dans l’obscurité la plus totale, « je trouve enfin ce fameux plafond rempli de petites loupiotes créées par ces vers luisants, c’est incroyable ! »

    C’est un vrai spectacle. « Je reste près d’une heure à tenter des photos en pause longue, ça rend super bien », s’exclame Flavien, la mine réjouie. Après s’être lavé les pieds pleins d’argile, il se rechausse et retourne à la voiture. « Il est 9 h », ajoute-t-il. Place à trois heures d’asphalte en direction de Tāne Mahuta, le plus gros arbre de Nouvelle-Zélande. Il n’est pas un inconnu pour le naturaliste qui a déjà compilé de nombreuses revues à son sujet.

    Le Tāne Mahuta

    « C’est un Agathis australis, une espèce sensible à un phytophthora qui décime ses populations. » Alors, avant d’emprunter le sentier aménagé pour se rendre à son pied, chaque visiteur a l’obligation de biosécuriser ses chaussures. « C’est avec des brosses et des appareils dignes de l’entrée d’une salle blanche que je nettoie les miennes. Ils ne rigolent pas avec les protocoles de biosécurité ici. »

    L’heure de se restaurer s’affiche sur sa montre. Donc, avant de visiter ce cher Tāne Mahuta, « je mange mon pain et mon fromage frais sur une aire ménagée ». La marche est courte pour lui rendre visite. « Son tronc est impressionnant, bien plus que l’Alerce (Fitzroya cupressoides) vu l’année dernière en Patagonie. » Les passionnés et voyageurs s’amassent de plus en pus. Flavien se faufile, rebrousse chemin et part découvrir le deuxième plus gros après seulement un kilomètre en voiture. (Crédits : DR)

    « Il se mérite un peu plus avec mille cinq cents mètres de marche. Qui plus est sur le sentier, on observe d’autres individus bien plus jeunes, mais déjà immenses. » Après avoir admiré ces géants, il reprend le chemin dans la forêt. « C’est sûrement la plus belle forêt dans laquelle j’ai roulé, des Kauri énormes sont dispersés de part et d’autre de l’asphalte. » Désormais c’est quatre nouvelles heures de route qui l’attendent pour se rendre au Cape Reinga. L’endroit le plus septentrional du pays clôture sa complète traversée de la Nouvelle-Zélande. « Sur le parcours, je prends une piste pendant de nombreux kilomètres, je ne suis pas serein ! Où va-t-elle me mener ? »

    Vers l’inconnu et bien au-delà

    « Finalement, j’ai eu raison de me faire confiance, car, à son extrémité, j’observe mes premières mangroves. Cela montre encore la diversité de la Nouvelle-Zélande. Combien de pays peuvent se vanter d’avoir des manchots et des mangroves sur le même territoire ? » La route est longue, longue… Avant d’arriver, le naturaliste remarque un panneau indiquant des dunes géantes à trois kilomètres sur la gauche. « J’ai le vague souvenir que quelqu’un m’en a parlé. » D’un geste de la main gauche, un bruit envahit l’habitacle. Le clignotant répète son tic-tac obstiné dans l’habitacle silencieux. Après avoir garé la voiture, « j’y vais pieds nus », lance-t-il.

    « J’ai tellement l’impression d’être de retour en France, à la dune du Pilat, mais avec moins de personnes. » Le cœur se met en marche au fur et à mesure de la montée. Au sommet, le vent lance les grains de sable qui viennent fouetter l’aventurier du bout du monde. « Quel paysage ! Je reste une bonne demi-heure avant de faire demi-tour. » Sur le chemin du retour, une Française m’aborde, prétendant avoir pris une photo de moi au loin sur la dune, puis en demandant mon numéro WhatsApp pour m’envoyer l’image. »

    Il est 18 h 30. C’est l’heure de se rendre à l’extrémité du cap et son célèbre phare. L’aficionado de coucher de soleil est ravi. Il s’annonce radieux, souffle-t-il doucement comme pour garder la magie de l’instant. Il fait de la place sur sa carte mémoire pour pouvoir croquer le phare…
    Et patatras !!!

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Ce que redoute tout photographe arrive. C’est un bouleversement qui change la suite du voyage, et pas que. « Ma carte mémoire crash. Le message m’indique qu’il faut la formater, comme avec l’autre en début de voyage. » Il lui est impossible de consulter les quelque 8000 photos… autant dire la quasi-totalité du voyage. « J’ai envie de chialer ! Tout ça pour rien ?!? » Flavien est assommé. Il retourne à la voiture, hagard. « Je n’ai même plus la force de profiter du moment, pourtant je sais que je ne reviendrais jamais ici. »

    À partir de cet instant, rien n’atteint Flavien, ses pensées sont focalisées sur cette catastrophe numérique.

    « Je suis obnubilé par ce qui vient de m’arriver. Je suis incapable de décrocher. Pourquoi ?
    Tout se passait tellement bien jusqu’à maintenant, ce voyage était parfait.
     »

    Ce périple est un investissement. Les photos doivent me servir pour une future exposition et des projets de livre. « Mon seul espoir est de pouvoir les récupérer au retour grâce à un logiciel. »

    (Crédits : Anna Tarazevich/Pexels)

    Flavien reprend la route et observe le coucher de soleil au volant. Il est 19 h 30, remarque-t-il. Il lui reste huit heures de conduite avant de rendre le véhicule pour mercredi midi. « J’aimerais quand même me reposer un peu demain matin. » Après trois heures, il se stationne sur le parking du New World de Whangarei. Idéal pour avoir du Wi-Fi et faire le plein de la voiture. « Il est temps que je dorme pour une seconde et dernière nuit sur le siège passager.Quel rebondissement inattendu dans cette journée, certes chargée, mais inoubliable ! » À suivre…

  • Un périple de 450 km sur l’autoroute 35 (48/55)

    Un périple de 450 km sur l’autoroute 35 (48/55)

    Après avoir profité d’une nuit tranquille, sur un bivouac parfait selon le naturaliste, une nouvelle journée commence. Mais la procrastination ne prend pas pour autant de vacances. C’est ainsi que Flavien souhaite bénéficier d’un lever de soleil radieux, mais l’orientation l’oblige, avec bonheur, à repousser l’heure du réveil. Mais les quatre cents kilomètres de la veille sont un amuse-bouche pour les quatre mille cinq cents hectomètres du nycthémère. L’aventurier a en point de mire, la péninsule du Coromandel (Te Tara-o-te-ika-o-Māui).

    À 8 h, il range sa tente. Puis, il se rend près des petites falaises où quelques plantes lui ont tapé dans l’œil hier soir. « Il y a un modeste groupe de cormorans sur la plage. Ils ont droit à un shooting photo », s’amuse Flavien. Enfin, quelques minutes avant neuf heures, « je reprends la route pour la péninsule du Coromandel à 450 kilomètres de là. »

    À défaut de grenouille d’Archeyi, un Weta

    Le temps est au beau fixe, rien de plus agréable pour remonter la côte est de l’île du Nord. Attiré par un arbre gigantesque, l’aventurier stoppe sa route dans un petit village maori. « Il s’agit du plus gros Metrosideros umbellata qui existe. Il est impressionnant avec ses branches de plus d’un mètre de diamètre, touchant le sol. » Tout juste quelques minutes avant midi, le baroudeur s’arrête dans le village d’Ōpōtiki. Mais dans un lieu particulier, dont on pourrait penser, à juste titre, qu’il est fan : au New World. « J’y trouve du Wi-Fi, et j’y achète du poulet frit pour ce midi. C’est très gras, peut-être un peu trop… »

    Sur le chemin, Flavien observe durant de très nombreux kilomètres White Island. C’est en son sein que le tourisme volcanique et les circonstances dramatiques occasionnent 22 morts, le 9 décembre 2019. Le bitume comme les plantations de kiwi défilent. « Je me demandais d’où venait cette réputation… Maintenant je sais. » En milieu d’après-midi, Flavien passe à la pompe. Il fait un constat qui lui redonne le sourire. « Elle ne consomme pas, ça change de la première. Alors qu’avec elle, je faisais du treize kilomètres par litre, avec celle-ci, je tourne autour de vingt-cinq, soit quatre litres au cent kilomètres… pas mal ! »

    La grenouille d’Archeyi

    Arrivé sur la péninsule du Coromandel, « je m’arrête à l’accueil du DOC pour vérifier la météo et remplir mes bouteilles d’eau ». Puis, une fois n’est pas coutume, « je prends la piste très poussiéreuse pour les huit derniers kilomètres qui me séparent du début de la randonnée ». Les affaires arrimées sur le dos de l’aventurier, ce dernier quitte le parking à 17 h 15. Son but est de rejoindre le bivouac à trois petits kilomètres et trois cents mètres de dénivelé positif. Le naturaliste effectue ce parcours en une heure, sous une pluie fine. Il décide d’installer sa tente pour éviter d’être trempé. « Finalement ça s’arrête de pleuvoir quand je termine de la monter, bien entendu… »

    Flavien est seul sur le camp aménagé dans la forêt. « Je suis entouré de jeunes Kauri, un arbre qui devrait m’accompagner jusqu’à la fin du voyage. » Au menu, des pâtes au pesto Rosso — pour changer —. « Je suis à court d’idées de plats rapides », souffle-t-il. Puis, il modélise le lieu en allant remplir sa gourde. « Ce soir, à la nuit tombée, j’aimerais trouver la grenouille d’Archeyi, une des trois espèces de Nouvelle-Zélande, toutes aussi rares les unes que les autres. » (Crédits : Agathis australis/Flavien Saboureau)

    Sur ce sujet, l’aventurier mise et espère que sa bonne étoile l’accompagne, comme elle l’a très souvent été pendant ce voyage, admet-il. « Au retour de mon escapade nocturne, je n’ai pas trouvé ce que je cherchais… mais, comme d’habitude, j’ai eu de belles surprises. » La première est la découverte de l’une des 22 espèces de Galaxias. Ils sont des poissons emblématiques des cours d’eau néo-zélandais. La star du moment s’est laissée observer et photographier de longues minutes entre les galets du petit ruisseau.

    Puis, dans a nuit noire, frontale en place, Flavien sursaute. Un bruit dantesque le fait bondir. Il s’agit des anguilles rencontrées à Wellington. « Elle produit un barouf pas possible en remontant le ruisseau peu en eau. De nuit, elles sont impressionnantes. »

    Peut-être las des kilomètres, nuits, pluies et fatigues, Flavien n’ayant pas trouvé la grenouille, il regrette de ne pas avoir insisté plus que ça, confie-t-il en aparté. « Sur le retour je regarde scrupuleusement tous les arbres qui surplombent le chemin à la recherche du Weta d’Auckland. » Il y a énormément d’indices de sa présence, mais ils restent bien cachés. Une demi-heure plus tard, un individu moins prompt à se dissimuler apparaît à la lumière de la frontale.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Le naturaliste arbore sa mine réjouie. « Je commence à bien connaître ces bêtes qui m’étaient tellement inconnues et mythiques avant de partir. » L’aventurier du bout du monde s’en retourne à sa tente aux alentours de minuit. « C’est déjà très humide, constate-t-il. Qu’est-ce que ça sera demain matin ? » À suivre…

  • Une journée de repos au pays du long nuage blanc (47/55)

    Une journée de repos au pays du long nuage blanc (47/55)

    Ah ! Qu’il est doux de ne rien faire — Quand tout s’agite autour de nous ! C’est par cette phrase tirée du Livret de Galatée (opéra-comique de Victor Massé) de Michel Carré que Flavien prend au pied de la lettre. La fatigue accumulée, les kilomètres avalés, les dénivelés engloutis… Tant et si bien qu’après les deux derniers jours très intenses, l’aventurier du bout du monde s’accorde enfin du temps pour vivre. Le couche-tard tient en sa main une envie farouche de procrastiner. Une fois n’est pas coutume, c’est à la mode des sixties, mode baba cool que le naturaliste va passer cette journée du 8 février 2025.

    « Après m’être couché tard, ou tôt, selon tout un chacun, ce matin, je traîne au lit », explique-t-il. Le réveil est programmé à 8 h 30, mais ce n’est qu’à l’aube des neuf heures que le naturaliste s’extirpe de sa tente. « Je fais tout et rien. » Flavien alterne, ouvre un œil, puis l’autre. Enfin, il déguste un petit déjeuner en répondant à quelques courriels. Il est prévu que le baroudeur quitte le camping à dix heures, mais il a aussi repoussé d’une heure. Une fois apte, il se met au volant de sa petite citadine pour le point le plus à l’est de la Nouvelle-Zélande à 400 km, soit près de six longues heures de route.

    Une navigation entre deux eaux

    La météo est si agréable que part moment, il jette le coude hors de la portière. « Il y a de nombreux travaux sur la route, mais je ne suis pas pressé. » Les paysages ne cassent pas quatre pattes à un Whio, admet-il, mais ils sont reposants. « Je fais une première pause à Wairoa parce qu’il y a un New World. » C’est à cet endroit précis qu’il est sûr de trouver l’habituelle fougasse du midi. Il aborde la ville de Gisborne en milieu d’après-midi, après près de 250 kilomètres effectués. « Je m’y arrête, pour acheter des légumes pour ce soir, j’en ai marre des pâtes… »

    Bay, paysage, nouvelle-zélande

    Le plein de carburant effectué, il reprend l’asphalte. Un parfum des sixties flotte, entre les Beach Boys et l’un des symboles de la révolution sexuelle, la minijupe de Mary Quant. « La route longe de magnifiques plages prisées par les surfeurs et les hippies, j’aime beaucoup l’ambiance. »

    La prochaine pause est un lieu mythique, Tolaga Bay. C’est la fameuse baie où le capitaine Cook avait débarqué. L’attraction du coin est le ponton d’un demi-kilomètre de long. Déception pour Flavien, l’état laissant à désirer, il est fermé à sa moitié. Mais pour compenser, les falaises qui le surplombent adoucissent de leur beauté éclairée par la lumière du soir.

    « Je pensais faire la route d’une seule traite, mais la fatigue en décide autrement. » Une sieste s’impose à Tokomaru Bay.

    (Crédits : TKY4047/Wikipedia)

    « Tous les villages traversés sont encore très fortement peuplés par les Maoris. » La région respire l’entièreté de la nation maorie. « Il y a de nombreux bâtiments et d’édifices religieux typiques du pays. » Mais un autre constat ravit le baroudeur. « Je croise peu de voitures. C’est un coin très sauvage, délaissé des touristes, tant mieux ! »

    Avant de toucher des yeux sa destination, il doit emprunter une piste. Il ne peut s’empêcher de lâcher, entre ses moustaches, un petit « ça faisait longtemps ! »

    L’envie de bivouaquer à l’extrémité du cap le titille. Mais le phare est fermé, constate-t-il, et un détail qui a son importance : la route se termine dans la propriété d’agriculteurs. « Je rebrousse chemin sur quelques kilomètres, où j’ai repéré une zone plate près de la piste. »

    Faute de grives on mange des merles. « C’est parfait ! La vue magnifique sur la baie très sauvage, peuplée de dizaines de vaches. » Seule une autre voiture, à plusieurs centaines de mètres, a eu la même idée que lui. La personne, quant à elle, décide de faire un énorme feu de camp, constate le naturaliste. (Crédits : russellstreet/flickr)

    embarcadère, pont, cook

    « De mon côté, je reste modeste avec mon petit réchaud pour me préparer mon cappuccino. » Les tomates achetées cet après-midi se marient à merveille avec son reste de fougasse. Repas de roi, une banane est servie pour le dessert. La vue sur la baie avec la douce chaleur de la lumière tombante enchante le jeune homme. C’est encore un bivouac réussi. « J’avoue avoir parfois des difficultés à dénicher de parfaits lieux de bivouac, mais à chaque fois que je réussis, c’est toujours le grand luxe, du cinq étoiles. » À suivre…

  • Un véritable parcours de folie pour une bande de Fous (46/55)

    Un véritable parcours de folie pour une bande de Fous (46/55)

    Après avoir étudié, après de longues attentes, le Whio, l’aventurier du bout du monde s’installe sur le siège passager de sa voiture de location pour rejoindre Morphée. Mais c’est sans compter le manque de place et un compagnon d’infortune toute la nuit. Pour observer la colonie de Fous austraux, une aventure dans l’aventure se propose. C’est donc encore une expérience où l’humilité est de mise face à Dame nature. Mais, chemin faisant, Flavien conduit vers son camping quand un barrage des forces de Police lui intime de s’arrêter : son souffle est requis…

    Ce matin, Flavien programme le réveil à 6 h 30 pour aller observer le canard bleu, une nouvelle fois. Mais c’est un autre invité qui marque de sa présence la nuitée. « Un moustique qui est resté dans la voiture cette nuit m’a dévoré », explique-t-il d’un œil revanchard. Cette rencontre fortuite a éveillé à maintes reprises le naturaliste. En plus, comme attendu, « je n’avais pas la place pour mes jambes comme dans la précédente voiture… »

    Seul face au danger

    Mais l’envie d’observer à nouveau le Whio, repousse ses désagréments au second plan. « À peine éveillé, je prends le volant pour les trois kilomètres qui me séparent du spot d’hier soir. » Les canards ont depuis la veille changé de place. « Je les retrouve en amont de la rivière. » Ainsi, durant près d’une heure, à une dizaine de mètres, le baroudeur reste, un sourire béa, à les contempler tels des trésors de la nature. Ce moment de béatitude est rompu à l’arrivée d’un pêcheur. L’aventurier lorgne, au loin sur l’asphalte.

    Son objectif prochain se trouve à Napier, à 180 km d’ici ; soit à près de deux heures trente de route. « J’aimerais observer la plus grande colonie de Fous Austraux », ajuste Flavien. Mais un léger détail s’ajoute. Pour ce faire, il faut se présenter à marée basse, longer les falaises sur neuf kilomètres. « Aujourd’hui la marée est haute à 13 h 55. Ça ne m’arrange pas… » Arrivé vers 11 h, après avoir traversé les paysages de l’est sous quelques gouttes, il délivre les dernières cartes postales. « Je me rends au New World Green Meadows pour acheter quelques viennoiseries et une pizza pour ce midi. » À l’ombre d’un arbre, Flavien se restaure et se repose, car la journée est loin d’être terminée…

    Peu après 13 h, le naturaliste s’engage vers le centre-ville, connu mondialement pour son architecture Art déco. « Je retrouve l’ambiance des villes d’Amérique du Sud. » La cité vit, le 3 février 1931, un séisme de magnitude de 7,8 sur l’échelle ouverte de Richter. Cet épisode marquera à jamais la région.

    Face à la nature

    Après la demi-heure d’asphalte le séparant du point de départ de randonnée des Fous austraux Cape Kidnappers Track (Te Kauwae-a-Māui), Flavien débute à 15 h. « La marée est encore haute. » L’horaire de marée basse s’affiche à 20 h 7. Un passionné d’origine allemande attend lui aussi. Il patiente une heure avant de s’élancer, souligne Flavien. Des panneaux informent du danger des marées et des chutes de pierres issues des falaises hautes de 60 mètres. « J’y vais ! » Deux kilomètres sans encombre, jusqu’au premier blocage.

    « Je peux continuer en quittant mon pantalon… mais c’est la porte ouverte à n’importe quoi », avoue le baroudeur avec humilité. Les 18 km sont donnés pour cinq heures, sans le temps de photographier les oiseaux. « Je suis attendu au camping situé à 30 minutes de route pour 21 h : le timing est serré. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Tandis que l’océan Pacifique Sud se retire doucement, il continue sa route. « Je n’étais pas très rassuré sous ces falaises prêtes à s’écrouler. » Elles ressemblent beaucoup à celles d’Étretat, constate l’aventurier du bout du monde. Arrivé à deux kilomètres, un petit cap, où nichent déjà quelques individus, est clos par un mètre d’eau.

    Sans pantalon, les pieds dans l’eau

    Combien de temps encore dois-je poireauter ? L’aiguille tourne, bout-il d’impatience. « Hop, en caleçon ! » L’eau affiche 18 °C, les chaussures et le pantalon s’accrochent au sac à dos. Plusieurs tentatives sont nécessaires face au ressac des vagues. Le naturaliste poursuit pieds nus « J’ai bien fait, une nouvelle avancée me barre la route, décidément… »

    À force d’arrêt, d’impatience et de rochers, l’Allemand le rattrape, son heure de départ était plus efficiente, admet-il. En effet, rien ne sert de courir : il faut partir à point, explique la fable de La Fontaine, « Le lièvre et la Tortue ».

    Le duo franco-allemand s’entraide.

    « On s’épaule pour escalader l’avancée qui nous barre la route. » L’envie de traverser à la nage, le sac sur la tête refroidit le tandem. Par la suite le terrain s’améliore. Ils quittent la plage. Un dernier effort avant de toucher au but. Ils s’attaquent au dénivelé jusqu’à l’énorme colonie de plusieurs milliers d’oiseaux à 104 mètres d’altitude. À Gannets Colony, à l’extrémité d’un cap, tout près d’un phare : « Il est déjà 18 h  ». (Crédits : Flavien Saboureau)

    Pendant près d’une heure, il les photographie. « C’est la première fois que je vois une aussi grosse colonie d’oiseaux qui ne sont, ni des albatros ni des manchots. » L’ambiance olfactive et auditive est identique. L’aventurier imagine découvrir de nombreux touristes venus se délecter du spectacle, mais les nidicoles n’auront aperçu que les deux passionnés aujourd’hui. Le moment, trop court, aura été magique, mais ils doivent repartir. « Il est 19 h. Mais il reste à minima deux heures de marche, et la nuit tombe à 20 h 30. »

    La joie de partager ce moment est inoubliable. Son binôme se nomme Simon. Il a 27 ans, exerce la profession d’architecte, et a déjà visité plus de 40 pays. Petit joueur, suis-je avec mes douze ou treize contrées, songe Flavien. Un danger surprend le duo. « Il a failli laisser une de ses chaussures dans un sable mouvant. »

    Arrivés sains et saufs, ils cheminent grâce aux rais de lumière partagés par notre satellite. « Lui reste dormir dans son van. Moi, je prends la route pour rejoindre le camping à une demi-heure : j’espère qu’il est encore ouvert. » Tenu par le temps, il scrute sa montre. Puis, sur la route, un barrage policier l’arrête. « Je crois que la dernière fois que cela m’est arrivé, c’était au Chili avec David » Ils le font souffler. « Le moment doit être lunaire, vu de l’extérieur. L’appareil n’est pas le même qu’en France. Je cherche le tuyau, mais il n’y a rien. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Le policier présente un appareil devant la bouche, en lui intimant de parler dedans. Il détecte si vous avez récemment bu de l’alcool. Si l’alcool est décelé, un test de dépistage est effectué. « Je me demande ce qu’il me dit avec one, two, three… » Cet arrêt inopportun n’entrave en rien la suite. « Arrivé au camping, tout s’enchaîne bien, une petite note m’attend avec mon prénom. Je monte la tente, prends une douche et mange des pâtes et du jambon blanc acheté ce midi. » À minuit et demi, il sombre dans les bras de Morphée avec encore de belles histoires à raconter. À suivre…