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  • Découvertes du parc national Torres del Paine (Épis. 25/46)

    Découvertes du parc national Torres del Paine (Épis. 25/46)

    Le matériel est prêt. Il est 6 h quand Camille pointe le bout de son nez à l’auberge où dormait Flavien. Ils patientent jusqu’à l’arrivée du chauffeur. Le parcours en bus coûte seulement 10 000 pesos jusqu’à Torres del Paine. Sauf que les deux randonneurs veulent en découdre au plus vite. Flavien appréhende la vitesse moyenne que Camille envisage sur le trek. Flavien est à la recherche de la flore à photographier et à documenter. Les deux vont-ils s’entendre ?


    La veille au soir, ils réservent un trajet en Uber, 57 000 pesos (55 €). Le bus pour rejoindre le parc national coûte 10 000 pesos. Mais, car il y a un mais, il arrive sur place qu’aux alentours de 11 h. « Sur le papier c’était censé durer 11 h alors nous ne pouvions pas nous permettre d’arriver si tard. » Une fois dans la voiture, stupeur. « Le chauffeur dit que l’application ne fonctionne pas pour de si longues distances, il nous en demande 120 000… », s’insurge Flavien.

    La négociation pour un trajet rapide

    Les deux se ravisent, ils décident de prendre le bus quand une contre-proposition arrive : 90 000… la négociation se clôture à 80 000. « Cette somme est loin d’être dérisoire, mais nous acceptons. » En voiture !! « C’est parti pour près de deux heures sur des routes plus ou moins goudronnées. » Condors, nandous et guanacos sont des compagnons de voyage. Le chauffeur les dépose au début du sentier, après avoir montré patte blanche : les fameux billets achetés pour 44 000 pesos. « Nous arrivons à l’entrée du parc national. Comme escompté, la météo n’est pas de la partie », susurre Flavien.

    La pluie les oblige à enfiler parka, sursac, guêtres et pantalon de pluie avant d’attaquer les 32 km. « À la vue du premier refuge, l’eau pénètre mes chaussures, la lose », souffle-t-il. Je vais devoir me traîner sur 140 km avec les pompes humides, pense-t-il à haute voix.

    Après une courte pause, où la nuit nous aurait coûté 60 €, nous repartons sous une pluie bien atténuée. Les deux se regardent, une sensation étrange les tient, la chaleur. « Depuis le début de mon trip, c’est la première fois que j’ai cette sensation en randonnée. »

    Camille avait noté les 18 °C de cette après-midi en vérifiant le parcours et la météo. Ils cheminent sur des traces larges à « 4×4 » au départ. Puis, les sentiers rétrécissent quand le champ de vision s’élargit. (Crédits : Flavien Saboureau)


    « Nos premiers paysages du trek, alternants entre pampa et lagunes », s’émerveille Flavien. Le duo rallie un col où le vent souffle très fort. « Ce n’est pas comparable au Mont Tarn. Mélangé à une pluie fine, ça nous fouette sévèrement le visage. » Ils se mettent étrangement à se déplacer en « crabe ». « Nous sommes obligés à marcher de côté. Nous ne pouvons pas faire machine arrière sur ces sentiers techniques », explique-t-il.

    Pas de temps pour les photos

    Camille s’empare de la tête. « Je n’ai jamais marché aussi vite en randonnée. On est sur des bases de 4 km/h, c’est énorme sur ce type de chemin. » Pas de possibilité de photographier des plantes, et pourtant ce ne sont pas les nouvelles espèces qui manquent, je ronge mon frein, grommelle Flavien. La Gentianella magellanica qu’il recroisera, Berberis empetrifolia le jour de la Saint-Valentin, Mulinum spinosum patiente le temps d’une semaine. Quand ce n’est pas le moment, rien ne s’aligne.

    « À 16 h nous arrivons au refuge Dickson. Soit 32 km en 7 h 30, plus de 4 km/h de moyenne… » Flavien observe quasiment un manque. « Je n’ai pas l’impression d’avoir fait tant de kilomètres, sûrement due à l’absence de dénivelé. »

    Les chaussures encore humides rendent ses pieds tous fripés. « Je suis agréablement surpris de l’état de mes pieds après bientôt deux mois avec les mêmes chaussures ». Qui plus est avec près de 1000 km au compteur.

    Les tentes dressées, et après la douche de Camille, ils dégustent une bière face au soleil qui est revenu. « La musique du refuge, les quelques chevaux dans le pré où sont posées les tentes, donnent au moment quelque chose de particulier », poétise le jeune homme. Près de huit heures ensemble, le besoin de s’isoler l’un de l’autre s’effectue. « J’en profite pour écrire et taper un somme. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Durant la randonnée, Camille est peu loquace, « elle semble obnubilée par sa performance sportive », claque Flavien. Après avoir soupé, le duo s’étonne de voir peu ou prou de Français, sur la centaine de randonneurs présente. Petit plus, la douche chaude au refuge Dickson. « C’est la première fois du voyage que j’ai des douches sur une rando », se réjouit-il. Demain mercredi, une petite rando de 12 km donnée pour 4 h. « On n’a pas la même vision de la randonnée, c’est dommage. » Toutes leurs affaires sont sèches, même les chaussures. « Je n’y aurai pas mis une pièce… »

    Deux salles, deux ambiances

    Le tandem, comme tous les voyageurs, doit quitter le camping du refuge pour 9 h 30. L’étape en direction de Los Perros affiche 12 km et 350 m de dénivelé. Après quelques centaines de mètres de marche, le duo décide de se séparer. « Camille est sur les starting-blocks et je sens bien qu’elle veut tracer. » De son côté, il souhaite profiter de l’instant présent, de l’ambiance et des paysages. « Je ne suis pas venu ici pour courir », martèle l’aventurier. Avant d’accéder au refuge, se dévoile un énorme glacier qui se jette dans un lac.

    La météo tourne au vinaigre. « Je ne traîne pas, ce serait bête de se tremper sur le dernier kilomètre. »

    Quatre heures de marche, « j’arrive au refuge, presque sec ! » Camille est arrivée depuis quasiment une heure. La salle de restauration est pleine, la pièce chargée d’humidité et les vitres embuées.

    Précautionneux, Flavien installe sa tente en sous-bois, dans l’hypothèse où le temps vient à se dégrader. Le duo s’offre une sieste avant de prendre le goûter.

    Le confort du refuge Dickson avec sa douche chaude manque lorsque Flavien a voulu tenter de prendre une douche. Il n’y a que de l’eau froide. « Je ne me sens pas assez sale pour ça, on verra demain, en espérant qu’elle y soit chaude. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Les discussions s’enchaînent à l’autre bout du monde, jusqu’au souper. L’ambiance colle au cliché cinématographique du refuge. Celle prisée par les randonneurs qui tentent de se réchauffer et de se sécher. Les obligations sont drastiques en Patagonie. « Demain, il faut quitter le refuge pour 7 h, qu’est-ce que c’est chiant ces obligations », grommelle Flavien. La raison se tient dans la distance à parcourir. Ce qui évite permet d’arriver avant la nuit pour tout un chacun. Ce qui peut engendrer des frustrations pour les plus rapides. « On se donne le mot pour un réveil à 6 h avec Camille, en espérant qu’il ne pleuve pas. » À suivre…

  • Le cyclone Belal est passé sur la Réunion, mais qu’est-ce qu’un cyclone ?

    Le cyclone Belal est passé sur la Réunion, mais qu’est-ce qu’un cyclone ?

    Partout dans le monde la Presse a couvert le passage du cyclone Belal sur l’île de la Réunion ainsi que de l’île Maurice. Le message des autorités était explicite avec le passage en alerte violette. Quelles conditions sont nécessaires pour leurs formations ? Qu’est-ce que la chaleur océanique, l’évaporation et la convection ? Enfin les forces en action de la rotation Coriolis à la structure en couches ? Pourquoi le phénomène Gilbert a-t-il changé la façon de procéder face à cette force de la nature ?

    Le bilan est de trois personnes mortes suite au passage du cyclone Belal. La préfecture de la Réunion a annoncé à midi heure locale, 9 h en métropole la levée de l’alerte rouge. « Le cyclone Belal est désormais à plus de 255 km au sud-est de La Réunion. Il ne représente plus une menace pour notre territoire. Les conditions météorologiques s’améliorent ce mardi, même s’il faut garder une certaine prudence, avec des rafales de vent possibles jusqu’à 80 km/h dans les Hauts et 70 km/h sur le littoral », communique la préfecture.

    Qu’est-ce qu’un cyclone ?

    Selon le dictionnaire de l’Académie française un cyclone est une « perturbation atmosphérique qui s’établit autour d’une zone de basse pression, et qui se déplace en tournoyant sur elle-même. » Comme pour le rhum, l’appellation est différente en fonction de la région. L’ouragan (Cyclone tropical) dans la région des Caraïbes, de la mer des Antilles et du golfe du Mexique et le typhon dans les mers de Chine et dans l’océan Indien. Mais comment se forment-ils ?

    Les conditions propices au développement

    La genèse des cyclones repose sur un savant mélange de plusieurs ingrédients. Une température de surface des mers et océans d’au moins 26,5 °C. Elle agit comme un détonateur. L’énergie thermique, dégagée par ces eaux chaudes, devient l’étincelle provoquant le processus complexe de la formation cyclonique. Les cyclones, ces géantes manifestations atmosphériques, tirent leur énergie vitale des échanges de la température des mers et océans, du taux d’humidité et de l’instabilité atmosphérique.

    En premier lieu, le chaud et le froid amorcent une danse complexe et dévastatrice. La chorégraphie use de la chaleur comme un catalyseur, propulsant l’atmosphère dans un ballet de transformation énergétique.

    C’est l’évaporation, qui fait que l’air chargé d’humidité s’élève. Il amorce un cycle de convection. Ces mouvements créent des zones de basse pression, les antichambres des futurs cyclones.

    La convection se met en marche. Elle représente le cœur de l’énergie cyclonique. L’ascension alimente la terrible machine. Les premiers tourbillons se forment, ces derniers deviennent éventuellement des cyclones. La convection effectuée, c’est la force de Coriolis qui entre en jeu. Cette force dévie la trajectoire d’un objet en mouvement à la surface d’un objet en rotation.

    (Crédits : Zoom Earth)

    La force de Coriolis

    « Elle s’applique en particulier sur la Terre à tout corps en mouvement, par suite de la rotation de notre planète autour de l’axe des pôles », souligne le CNRS. Elle est maximale aux pôles et nulle à l’équateur. L’air en déplacement est dévié par la force de Coriolis, initiée par la rotation de la Terre, qui provoque le mouvement caractéristique des cyclones.

    La structure en couches émerge alors avec la montée de l’air chaud et humide. La convection atmosphérique donne naissance à des bandes nuageuses spiralées, cela forme la deuxième couche du cyclone.

    Au cœur du système, la troisième couche se développe. L’air continue sans cesse de s’élever et de tourner autour du centre du cyclone, créant l’eye-wall, une zone de vents violents. Au centre de ce dernier, l’œil du cyclone forme la quatrième couche, caractérisée par « des vents calmes et un ciel relativement clair ».

    En raison des rafales très violentes qui les accompagnent, pouvant dépasser les 300 kilomètres par heure, ils provoquent des dégâts considérables. Ils peuvent être accompagnés de pluies torrentielles et provoquer des vagues de submersion particulièrement destructrices.

    (Crédits : 12019/Pixabay)

    Ces phénomènes météorologiques sont régis par une échelle dite de Saffir-Simpson. Comme pour les tremblements de terre au Japon, les habitants apprennent à s’accommoder de Dame nature.

    Les plus gros cyclones

    Lorsque le cyclone atteint la terre, les dégâts sont toujours conséquents. Leur classification, l’impact sur la population et les infrastructures offrent un classement du moins destructeur au plus puissant.

    Le typhon Haiyan aux Philippines, le 8 novembre 2013 est répertorié comme le plus puissant des cyclones tropicaux. Ses vents ont atteint 315 km/h. Sandy touchait le 22 octobre 2012, les Antilles et la côte est des États-Unis. Les dégâts avaient été estimés à 52,5 milliards de dollars.

    Quand Katrina dans le golf du Mexique causait 100 milliards de dollars de dégâts le 29 août 2005 Nargis a dévasté la Birmanie. Les vents violents de 227 km/h causaient la mort de 140 000 personnes. En Chine, Nina le 5 aout 1975 provoquait le décès de 229 000 personnes, avec des vents à plus de 250 km/h. Le Bangladesh détient le triste record du nombre de personnes décédées, officiellement leur nombre est estimé entre 224 000 à 300 000, mais l’officieux atteindrait le demi-million.

    L’échelle de Saffir-Simpson a été développée en 1969, du nom des deux chercheurs.

    (Crédits : Keraunos)

    L’ouragan Gilbert est un cyclone de niveau 5 sur l’échelle de Saffir-Simpson. Il est hors norme car la pression relevée est la plus basse jamais mesurée dans l’hémisphère nord, avec 888 hPa. Il est apparu le 8 septembre 1988 pour disparaître le 19. Il a été qualifié de tempête du siècle. La raison les nombreux records enregistrés : Il s’agit notamment de la taille, de la rectitude de la voie, de la pression atmosphérique, des précipitations et de l’énergie totale.

  • Il y a cent ans… des restrictions d’eau

    Il y a cent ans… des restrictions d’eau

    La distribution de l’eau est interrompue de minuit à 6 heures dès vendredi 26 mai 1922. Le préfet de la Seine avertissait par affiche que les Parisiens n’auraient pas accès à l’or bleu. En cause, les réserves des bassins de Montsouris, Saint-Cloud et Ménilmontant étaient sous étroite surveillance, pour éviter qu’elles s’épuisent. Les fortes chaleurs du début de la semaine les faisaient passer de 450 000 m3 à 275 000, ce jeudi 25 mai.

    Déjà les vagues de chaleur connues en France en ce mois de mai 2022, se retrouvait en Une des quotidiens il y a cent ans… La température fléchissait, et les réserves remontaient à 333 000 m3. Le service des eaux de Paris constatait qu’en comparaison à l’utilisation moyenne, comprise entre 400 000 en période normale et 450 000 lors de l’été 1921 particulièrement sec, les citadins avaient consommé 530 000 m3. La météorologie nationale relate que du 23 mai au 6 juin 1922 existait une vague de chaleur exceptionnelle. « Des records sont pulvérisés avec 34° à Valenciennes, Tours et Chartres, 35°à Rouen, 35 à 36° à Paris, 36° à Nancy, Charleville Mézières, Épinal et 37° à Chaumont. Dans la soirée du 2 juin, un très violent orage éclate à Paris ». Tout était mis en place pour assurer l’alimentation en eau du service de lutte contre les incendies. Mais c’est le thermomètre qui donnait la tendance. Il ne marquait plus « hier à une heure de l’après-midi que 22 degrés à l’ombre et l’on estimait que le maximum de la journée ne dépasserait pas 25 », expliquait le quotidien Le Petit Parisien.

    L’eau potable est un bien de consommation qui manque à certains humains. Les restrictions comme les coupures d’alimentation sont désormais courantes en fonction des infrastructures, de leurs vétustés. Une panne d’électricité a privé d’eau l’île de Saint-Martin le 19 mai 2022. (Crédits : Nicola Giordano/Pixabay)

    Mais à quoi répondait donc l’arrêt partiel de distribution ? On fera difficilement admettre aux usagers que, sans causes exceptionnelles, Paris puisse manquer d’eau après trois jours de chaleur. Il faut rappeler que l’année 1922 est exceptionnellement sèche après un hiver sans pluie. Le conseiller municipal et député Georges Robaglia admettait au détour d’un couloir, qu’une conduite d’eau de sources s’était rompu à 100 kilomètres de Paris. « Pourquoi ne pas avouer tout simplement, questionnait Elie-Berthet, journaliste à L’Écho de Paris. Si les questions aboutissaient plus vite à l’Hôtel de Ville, si le moindre projet n’exigeait pas dix ans d’études et de palabres avant de voir le jour, nous ne serions pas à la merci de trois journées torrides. » Il faudra attendre le 2 juin 1922, pour que la sécheresse et la chaleur qui sévissaient sur la France entière, cesse. Un violent orage commençait à 2 heures, provoquant une pluie incessante durant près de trois heures. La foudre tombait boulevard Saint-Michel, arrachant quelques pavés à la chaussée.

  • Il y a cent ans… 34 °C s’affichait au thermomètre

    Il y a cent ans… 34 °C s’affichait au thermomètre

    Une température de saison est annoncée dès aujourd’hui 24 mai 2022 indiquait une journaliste et présentatrice du bulletin de prévision météorologique. Après les fortes vagues de chaleur vécues ces dernières heures. Sauf qu’il y a un siècle, cela arrivait déjà. Ainsi le 24 mai 1922, le quotidien L’Intransigeant reflétait la situation par une phrase : « Ce n’est pas pour me vanter, mais il fait chaud ! », soupirait le héros d’Eugène Labiche.

    Comme dans n’importe quel endroit de la terre, avoir chaud est agréable, mais le sentiment d’avoir trop chaud ne l’est pas. Imaginez-vous que la personne rédigeant l’article dépeignait les rues de Paris. « Les Parisiens obligés de sortir se traînent dans les rues, du côté de l’ombre, le chapeau à la main, le font ruisselant. Les marchands de vin et de bière font recette. » Il faut dire que cela ne s’était pas vu au mois de mai depuis… 1806. Selon météo France, les normales mensuelles de température du cinquième moi de l’année oscillent entre 10,9 et 19,6 °C, les précipitations à 63,2 mm et 193,8 h d’ensoleillement à Paris-Montsouris.

    Pour se rafraîchir, rien de mieux qu’une promenade au fil de l’eau dans un bateau, avec une personne pour ramer bien sûr. De plus, la musique adoucie les mœurs, mais en 1922, il était préférable d’avoir de la place pour emporter un poste TSF avec soi. (Crédits : BnF/Gallica/L’Intransigeant)

    La locution latine « lasciate ogni speranza », issue de la Divine Comédie de Dante, était utilisée par la personne rédactrice pour traduire le sentiment de l’Office Nationale Météorologique, aucune fraîcheur n’était à attendre. D’ailleurs les températures du jour affolaient le mercure. Au Bourget 34 °C à 15 h, pour 13,8 °C à 4 heures, 14 °C à 3 heures et 32,6 °C à 13 h 20 pour Saint-Maure. L’expert expliquait que tout ceci était dû à l’absence de nébulosité. « Il faut remonter à l’année 1806 pour retrouver au mois de mai une température semblable. Les observations prises à l’observatoire de Paris jusqu’en 1872, puis à Montsouris et à Saint-Maure n’enregistrent que 33,3 °C en mai 1841. »

  • De la base Alfred Faure, cap sur Port-aux-Français (2de partie)

    De la base Alfred Faure, cap sur Port-aux-Français (2de partie)

    Aujourd’hui, est le grand moment, comme prévu le bateau arriva de bonne heure et mit l’ancre dans la baie du marin, face à l’île de la Possession. Les yeux s’ouvrent difficilement, puisque la nuit fut courte. La tocante laissa passer une demi-heure après sept heures quand Flavien Saboureau monta sur le pont pour immortaliser l’instant. « Dans notre malheur nous avons de la chance, car il fait beau, ce qui est très rare à Crozet, là où il pleut 300 jours par an », souffla-t-il. La mer est plus calme, le vent est tombé, ce qui est de bon augure pour le pilote d’hélicoptère.

    À huit heures pétantes, ce 17 août 2021 les premiers hivernants que sont les militaires, cuisiniers… pour l’île de Crozet quittent le bateau. Ils vont y passer de huit à douze mois. Tandis que les photographes immortalisent sur pellicule (numérique) la base scientifique Alfred Faure et les premiers manchots royaux, l’aéronef commence les premiers « slings ». Ce mot inconnu pour la plupart est le transport sous élingue qui permet de déplacer des charges lourdes et de les déposer sans avoir à poser la machine. L’OPEA est sur le pont. Ce dernier est responsable des opérations extérieures australes, il est le chef d’expédition et le coordinateur durant la rotation du Marion Dufresne.

    Le brassage de charges lourdes lorsque les conditions de débarquement sont impossibles, ou largement facilités par les hélicoptères, se nomment dans le jargon des Slings. L’exemple est issu du 1er régiment d’hélicoptères de combat de Phalsbourg. (Crédits : Caporal Sébastien)

    Ainsi à l’aide du filin il récupère les frets, sous forme de caisses ou de filets, déposés sur la plateforme par les membres d’équipage. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, l’aéronef est déjà de retour, dès lors il fera plus de vingt trajets. « J’ai mangé avec le responsable de la logistique, à qui j’ai demandé si Pauline et moi pouvions descendre… ». Malheureusement, les deux services civiques resteront à bord. Après le déjeuner, les rotations perdurent, mais cette fois de l’île au bateau. Les malles des partants et cinq mois de déchets, se déposent au fur et à mesure sur le pont.

    L’aventurier bloqué sur le Marion Dufresne, continu de fixer sur pellicule la faune. « Je devine au loin les énormes albatros hurleurs sur leur nid, les manchots papou, les chionis et la fameuse manchotière, pour laquelle nous voulions tant descendre », soupire-t-il. Sur la terre se subodorèrent des milliers de jeunes manchots non sevrés et quelques parents, la colonie est estimée à plus de 10 000 couples. « Le Cormoran de Crozet ne se laisse pas facilement photographier », assure Flavien tandis que, soumis aux aléas de la météorologie, l’OPEA décide de faire partir le concasseur en fin d’après-midi. L’équipage s’attelle donc à l’extirper des cales à l’aide de la grue et le pose sur la portière, « une sorte de radeau pneumatique sur lequel sont installés des bastaings, à l’allure très rustique ». Une chaloupe à bâbord descend pour tirer la portière jusqu’à la cale… Un hors-bord pneumatique (workboat) est là pour coordonner et assurer la sécurité en mer. Ils achèveront l’intervention en récupérant un conteneur rempli de déchets métalliques de nuit… Les opérations de déchargement, de remise en cale et de remise en place des chaloupes se finiront à 20 h sous les projecteurs.

    Tributaire de la météorologie

    « Aujourd’hui, nous savons, compte tenu de la météo, que les opérations ne devraient pas recommencer avant 8 h 30 alors pas de précipitations… », s’amuse Flavien de ce jeu de mots. En montant sur la passerelle, il constate que le bateau a fait l’hippodrome en mer durant la nuit, dû aux rafales de vents mesurés à 61 nœuds. Cette manœuvre consiste à naviguer en ovale au large des côtes. Afin de ne pas avoir la houle claquant régulièrement la coque. « Malgré ça, quand il tournait et que l’on prenait les vagues de côté le mobilier de la chambre ne pouvait s’empêcher de nous réveiller… » Ce matin du mercredi 18 août 2021, le botaniste trie quelques photos, prend contact avec la civilisation après une semaine coupée du monde. L’après-midi, une dépression mesurée à 990 hPa secoue le Marion Dufresne, exhibant ainsi le record du voyage avec 71 nœuds soit près de 140 km/h en rafale. « Nous avons dû nous éloigner des côtes, sans apercevoir l’archipel de Crozet de la journée. » Le retard s’accumule et affiche désormais deux jours.

    Le manchot papou (Pygoscelis papua) a pour prédateurs l’orque et le phoque léopard. Les œufs et les poussins sont quant à eux un mets de choix pour le skua ou grand labbe. Cet oiseau établit souvent son nid parmi les colonies de manchots papous qui sont pour lui une source de nourriture toute trouvée. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Les opérations débutent tôt ce jeudi matin. Les rotations s’enchaînent, tandis que la vedette et le workboat travaillent à la mise en place de l’impressionnante manche à gazole. La canalisation semi-rigide est tirée par la vedette. Des bouées sont disposées sur sa longueur, espacées d’une dizaine de mètres, pour assurer sa flottabilité. Déployée sur huit cents mètres environ, ce jusqu’à la côte, elle parcourt un nouvel hectomètre pour parvenir à destination, des cuves de plus de 50 m3. Elles permettent à la base d’être autonome pendant vingt-quatre mois. Le ravitaillement arrive à pont nommé, ils ne leur restaient que cinq mois de réserve. Après avoir injecté de l’air par une pression de dix bars, le gazole est en cours d’acheminement. Le débit habituel est de 50 m3/h, mais la longueur de la manche est telle cette année (dû aux conditions) que seuls 35 m3 sont envoyés la première heure. Au total, plus de 160 m3 auront était déposé à Crozet, de quoi tenir une année. Durant ce laps de temps, l’hélicoptère rapporte les cargaisons vidées de leurs contenus.

    Un trou dans la manche

    Peu après 14 h 30, tandis que la vedette achève sa dernière rotation, un problème survient. La manche à gazole dérive et passe en dessous du Marion Dufresne, « c’est la panique à bord, le pompage est instantanément arrêté ». Durant près de trois heures, les marins œuvrent à dégager la manche du gouvernail ou de l’hélice… avant de réussir. En la remontant, ils s’aperçoivent que de toutes petites nappes de gazole se sont formées à la surface. Elle est littéralement coupée, seule l’armature en acier du tuyau l’empêche de se scinder en deux. Jusqu’à l’angélus tout l’équipage, commandant y compris est à pied d’œuvre. Après avoir étalé des copeaux sur le pont pour éponger le combustible, un manchon est positionné pour réparer la canalisation, il faut encore ravitailler Kerguelen et Amsterdam. Cette dernière ne possède plus qu’un trimestre d’autonomie. Par « chance », le carburant envoyé est du gasoil et non du mazout, l’impact sur l’environnement est alors bien moindre. En effet, il forme une fine couche à la surface avant de s’évaporer.

    Dans ce lieu de stockage du fret, le Marion Dufresne permet aux différents membres du personnel des bases des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF) de vivre. Lorsqu’il est vide, jour au badminton serait possible (Crédits : Flavien Saboureau)

    Avant que cet événement ne rebatte les cartes de cette journée, « Antoine, Pauline et moi sommes descendus dans les cales faire le protocole de biosécurité ». Vingt-cinq pièges à rongeurs ont été déposés dans les cales, dans l’hypothèse que rats comme souris seraient parvenues à rentrer à bord par le fret, pour éviter d’en amener de nouveaux sur les îles. « Affublés de nos casques et gilets jaune nous avons inspectés si le biocide à l’intérieur des boites avait été grignoté. Fort heureusement, aucun ne l’a été ». Le produit, sous forme de cube, est un anticoagulant qui avec un saignement provoque leur mort. Ce protocole a permis aux VSC (volontaire de service civique) de visiter des endroits où ils ne se rendent que rarement. « Dans les énormes cales à la proue les hauteurs sous plafond sont énormes, pratiquement comparables au volume d’un gymnase. Un terrain de badminton a même été dessiné au sol. Il est praticable lorsque le fret est descendu », observe Flavien.

    Cap sur les îles Kerguelen

    Les températures moyennes sont de 2 °C dans l’air et 4 °C dans l’eau, attisées par des vents de près de 40 km/h (20 nœuds), amenant la sensation d’être en dessous de 0 °C. Il est aux environs de 21 h lorsqu’« après le repas, avec Pauline, nous monterons à la passerelle, dans le noir le plus total, pour assister au passage devant l’île de l’Est. » L’équipage règle la luminosité des différents écrans au minimum, ce pour permettre à l’œil de voir, même de nuit, le danger. « À ce moment, l’île, plongée dans une nuit claire, a un côté mystique. Très escarpée, cette terre qui n’a pas été foulée par l’homme depuis plus de 35 ans, invite à la contemplation, poétise-t-il. Nous passerons, une demi-heure seuls à la passerelle à la regarder sans dire un mot ou presque. » Cette île fait partie de quatre ou cinq de l’archipel à être classées en réserve naturelle intégrale, c’est-à-dire que l’homme n’a pas le droit d’y poser le pied. Depuis plus de trois décennies, elles sont restées vierges de visites. Uniquement l’île aux Cochons a vu en 2019 une poignée de scientifiques sur son sol, après plus de 38 ans d’isolement. La raison est le déclin fulgurant de la plus grande colonie de manchots royaux du monde observés par clichés satellites. « Finalement, la cause est liée au réchauffement climatique et au déplacement du front des eaux polaires, faisant passer leur aire de nourrissage de 400 à 600 km », explique-t-il.

    « Les premières terres de Kerguelen, la péninsule Rallier du Baty, de nuit, (pour les photographes, l’ISO est à fond…) Là aussi en réserve intégrale, personne n’y a mis les pieds depuis des décennies, peut-être même des siècles… Certains endroits des Kerguelen n’ont sûrement jamais vu l’Homme. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    La journée du vendredi est sujette à farniente, ou presque. « Après m’être reposé jusqu’en milieu de matinée, ma lecture sur les explorations est interrompue par le repas, avant de reprendre. Je passais le plus clair de mon temps à photographier les rares oiseaux, après avoir discuté sur la biodiversité avec Antoine. » Cette dixième journée à bord se termine par une conférence sur les éléphants de mer, de Kerguelen bien sûr. Christophe Guinet, chercheur au CNRS de Chizé, nous expliquait mettre des balises bourrées de capteurs sur la tête de ces phoques (dont la population est estimée à 300 000 individus) pour suivre leurs déplacements dans l’océan, mieux comprendre le réchauffement climatique…

    Changement d’heure et de vue

    Après une petite soirée, tous s’endorment paisiblement en se remémorant qu’il faut avancer la montre d’une heure, dus au changement fuseau horaire. Les tocantes sont désormais réglées à l’heure d’Islamabad capitale du Pakistan, à l’est de l’Afghanistan. La mer était formée comme aime à conter les marins, si bien qu’à six heures, vient s’écraser, sur le flanc du Marion « une grosse vague qui renverse la chambre. L’échelle qui permet d’accéder à la bannette du voisin aura réveillé quelques appartements en tombant… » Peu de temps après cet éveil en fanfare, Michaël, mécanicien de l’hélicoptère, explique à ceux qui veulent bien en apprendre le fonctionnement, dans le hangar. N’écoutant que son courage, et juste avant de manger Flavien ira faire un tour sur le pont extérieur pour sonder la météo. « Je ne suis pas déçu. Il fait 1 °C à l’abri, l’océan est à 3 °C, quant au pont, il commence tout juste à dégeler, certains ce sont prit de belles gamelles ce matin parait-il, grelotte-t-il. Attisé par le vent, la température ressentie nous met dans le bain des journées enneigées qui nous attendent à Kerguelen. » La base leur a envoyé une photo pour les habituer, à minima les prévenir de la météo sur place.

    Les températures peuvent se rafraîchir au sein de l’archipel Kerguelen. Il y règne un climat froid, mais non glacial, car les moyennes estivales n’excèdent pas 10 °C, quant aux hivernales elles dépassent 0 °C. Pour autant, le vent omniprésent conduit le ressenti à chuter. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Après s’être restauré, le paparazzi se positionne pour photographier des oiseaux aperçus en début de journée. Trois nouvelles espèces au menu, le fulmar antarctique, le pétrel antarctique et le fameux albatros à sourcils noirs tourneront autour du bateau toute l’après-midi. « Terre en vue », aurait pu crier le timonier. Durant une heure, tous profitent de la vue, tout en tentant de prendre des clichés de la péninsule Rallier du Baty. Ce bout de terre de l’archipel fait partie, à la manière de l’île de l’Est, de ces zones où il est interdit de poser une semelle. Territoire le plus éloigné de la base, très peu d’êtres humains ont déjà pu fouler cette terre. On admirera l’île jusqu’à la baie d’Audierne où des langues glaciaires trahissent la présence de la calotte glaciaire Cook, le plus grand glacier de France. Avant de se glisser dans la bannette, et espérant ouvrir le rideau de la cabine sur la base de Port-aux-Français… (à suivre)