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  • Les nouvelles lignes de faille du numérique (3/4)

    Les nouvelles lignes de faille du numérique (3/4)

    Les vulnérabilités naissent aussi d’un enchevêtrement de dépendances, d’infrastructures vieillissantes et d’arbitrages politiques, au niveau étatique comme européen. Pour chaque défaillance du corps humain, l’amalgame de traitement pourrait causer des désagréments. Par conséquent, aller au-delà de cinq prescriptions médicamenteuses après 65 ans ne serait pas adéquat. C’est ainsi que l’histoire de surcharge, à l’instar d’un ascenseur, d’un système d’information fragile, mal géré et malade.

    Il est courant d’évoquer les gentils et les méchants, les blancs et les noirs, comme lorsque, gamins, nous jouions aux gendarmes et aux voleurs. Il est de bon ton de parler de cybersécurité en termes de duel clair, d’un côté les défenseurs, de l’autre les attaquants. Une facilité de langage commode, mais incomplète. Les vulnérabilités émergent d’un système où les outils d’exploitation sophistiqués circulent au-delà de leur usage et mésusage. Le problème n’est donc pas uniquement celui du hacker. Il est aussi celui de l’architecture, de l’entretien et du pouvoir. L’extinction de réseaux encore utilisés par des équipements, comme les ascenseurs, la pression record des géants comme les GAFAM à Bruxelles nous raconte une même histoire. Un système devient fragile parce qu’il est mal gouverné.

    0-day, réseaux vieillissants, lobbying, arrêt des 2G/3G…

    Le kit d’exploitation Coruna constitue un framework offensif ciblant les appareils sous iOS. Il repose sur l’orchestration de multiples chaînes d’exploitation combinant au total 23 vulnérabilités distinctes. Conçu comme une plateforme modulaire, il permet une compromission quasi complète. Le kit implémente des mécanismes de fingerprinting afin d’adapter dynamiquement la chaîne d’attaque à la version d’iOS (13 à 17.2.1) et au modèle ciblé. Son but est de maximiser la fiabilité de l’exploitation, mais à l’origine une boite d’outils de piratage d’iPhone utilisés par des espions russes en Ukraine. Ce qui donne écho à la cyberattaque concernant Signal en Allemagne.

    Réseau, Hub, Câble

    Initialement observé dans des opérations liées à des acteurs de surveillance commerciale, Coruna illustre un phénomène critique de prolifération de cybercriminels. Ce notamment lors des campagnes de vol de données et de cryptoactifs, explique Google Threat Intelligence (GTIG). Ils indiquent avoir constaté des fragments de la chaîne dans des actions très ciblées. Puis dans des attaques en watering hole. Ces offensives visent des utilisateurs Ukrainiens, avant une récupération dans des opérations bien plus vastes. Elles sont attribuées à un acteur basé en Chine. Ce phénomène traduit une évolution du cybercrime.

    La vulnérabilité des équipements oubliés

    À première vue, les ascenseurs ne sont pas concernés par des 0-day. Pourtant, ils le sont à travers les dépendances techniques héritées. Le décret n° 2026-166 du 4 mars 2026, publié au Journal officiel du 6 mars, vise à maintenir le niveau de sécurité des ascenseurs face à l’arrêt des réseaux de télécommunication dit 2G/3G. Certaines dispositions sont d’ores et déjà en vigueur au 1er avril 2026, et le 15 mai pour le contrôle technique. Ce qui se joue ici est plus important qu’un simple ajustement réglementaire.

    La Banque des Territoires rappelle que le décret impose le remplacement des systèmes de communication d’urgence reposant encore sur le RTC ou la 3G. La Fédération des ascenseurs indique que le parc français compte 661 000 unités, dont 290 000 sont toujours équipés de dispositifs de téléalarme utilisant les réseaux 2G/3G.

    (Crédits : Paul Seling/Pexels)

    Ici, la dette technique ne se traduit pas seulement par un logiciel obsolète ou un serveur mal patché. Elle révèle une vérité souvent négligée. Les couches les plus anciennes ne disparaissent pas. Elles s’incrustent dans les bâtiments, les ascenseurs, les alarmes, les systèmes de santé ou les téléassistances. Elles deviennent ainsi des points de fragilité au moment même où l’on prétend « basculer » vers le nouveau. Là encore, la menace ne vient pas d’abord d’un adversaire, mais d’un empilage. Des réseaux s’éteignent, des équipements ne sont pas modernisés à temps, la réglementation rattrape l’urgence… Le cyber, au sens large, n’est pas seulement un espace d’attaque : c’est aussi le lieu où l’obsolescence se transforme en risque concret.

    Fragilité politique d’un numérique sous influence

    Le troisième niveau de faille est le moins visible, quoique : le Lobbying. Omniprésent, il désigne une activité d’influence sur le pouvoir politique. Selon SynthMedia, s’appuyant sur un rapport relève qu’à Bruxelles, les groupes de pression comptaient fin 2025 quelque 890 représentants. L’Observatoire des multinationales, qui reprend les mêmes chiffres, ajoute que les dépenses annuelles de lobbying du secteur atteignent désormais 151 millions d’euros, en hausse d’un tiers depuis 2023, et que dix entreprises représentent à elles seules 49 millions, Meta truste la première place.

    Ces chiffres ne constituent pas un scandale, ils décrivent juste un rapport de force présent dans les différentes couches de la société. La régulation du numérique européen est une âpre bataille où les entreprises disposent de moyens d’influence considérables. L’Observatoire souligne qu’au premier semestre 2025, les lobbyistes obtiennent 378 rendez-vous avec des membres du Parlement. La norme se travaille, se commente, se contourne et parfois se neutralise sous une pression continue.

    La cybersécurité se joue aussi
    dans les textes

    Un kit d’exploit prospère grâce à l’existence d’un marché, de l’offre et de la demande. Ainsi, des ascenseurs restent dépendants de réseaux obsolètes parce que les transitions se font trop tard ou trop lentement. La cybersécurité n’est pas que l’affaire des équipes techniques. Elle résulte aussi de la force de la régulation, de la capacité à imposer des exigences industrielles, de la vitesse à laquelle on oblige les acteurs à moderniser, à documenter, à réduire la dépendance ou rendre des comptes.

    Certaines fragilités sont subies, entretenues, découvertes, tolérées. Puis certaines s’aggravent par des arbitrages politiques qui laissent les dépendances sédimenter jusqu’à l’incident. Le numérique mal gouverné n’est pas seulement un numérique vulnérable ; c’est un numérique qui produit lui-même les conditions de sa propre faiblesse. (Crédits : Oluwatosin A/Pexels)

    Roue, Bruxelles, sécurité

    Coruna, les ascenseurs et l’armée de lobbyistes racontent une seule histoire. Ils décrivent trois couches d’une même vulnérabilité. La première est technique : des outils offensifs de très haut niveau circulent plus qu’hier. La deuxième est matérielle : des équipements ordinaires restent suspendus à des infrastructures anciennes. La troisième est politique : la norme censée corriger ces failles se construit sous une pression privée massive. Un système peut être innovant, et profondément fragile. Il peut multiplier les prouesses techniques tout en accumulant des angles morts et les dépendances. La cybersécurité ne consiste plus seulement à colmater des failles. Elle suppose de gouverner un ensemble de vulnérabilités techniques, infrastructurelles et politiques qui, ensemble, dessinent l’état réel de notre souveraineté numérique.

  • Le Laboratoire de la santé au Guatemala subit une cyberattaque

    Le Laboratoire de la santé au Guatemala subit une cyberattaque

    Désormais les cyberattaques ciblent les laboratoires, les hôpitaux et les systèmes de santé publique. Au Guatemala, une attaque contre le Laboratoire national de santé apporte l’illustration concrète qu’aucune barrière n’est infranchissable. L’incident a été contenu, assurent les autorités. Mais derrière cette communication maîtrisée, une réalité s’impose : la santé publique est devenue un territoire numérique exposé. Et chaque intrusion, même limitée, révèle une fragilité plus profonde. Celle d’un secteur où la continuité du soin dépend désormais de la solidité des systèmes informatiques.

    Le ministère de la Santé publique et de l’Aide sociale de la Santé (MSPAS) guatémaltèque confirme une cyberattaque contre le Laboratorio Nacional de Salud (LNS). Aucune preuve du vol de données sensibles n’a été identifiée à ce stade. Au-delà du cas guatémaltèque, l’incident s’inscrit dans une tendance internationale. Ces dernières années, des hôpitaux en Europe, des laboratoires en Amérique latine et des agences de santé dans plusieurs régions du monde ont été ciblés par des cyberattaques.

    Cyberattaque contre le LNS au Guatemala

    Le MSPAS confirme par voie de presse, le 14 avril 2026, qu’un incident de sécurité des systèmes d’information a touché le Laboratoire national de santé. Cette attaque cybernétique a eu lieu entre le 9 et le 10 mars 2026, confirme le directeur César Conde. « Ce qui a été fait, c’est de bloquer cela et de restaurer ensuite tous les fichiers que nous avions en tant que sauvegarde (…) en ce moment à la fin du mois de mars, le début du mois d’avril est que les fichiers sont déjà restaurés ».

    Le LNS est une institution clé dans la surveillance épidémiologique du pays. Le ministère indique également n’avoir identifié, à ce stade, aucune preuve d’accès non autorisé à des données sensibles ni de compromission d’informations liées aux patients ou aux activités sanitaires. L’absence de preuve d’exfiltration ne constitue pas toujours une certitude absolue. Cette attaque cybernétique est rendue publique alors que la Direction du contrôle des armes et des munitions (Digecam) a été victime d’une attaque également. Elle visait à voler des informations personnelles, des documents et des certificats de port d’armes.

    Opération « PowerOFF »

    L’opération internationale PowerOFF met en lumière une transformation profonde du cybercrime : son industrialisation et sa démocratisation. Plus de 75 000 utilisateurs impliqués dans des attaques par déni de service distribué (DDoS) ont été identifiés, indique Europol.
    Les services dits « DDoS-for-hire », ou « booter services », permettent à des individus de lancer des attaques en quelques clics. Ces attaques visent à saturer des systèmes pour les rendre indisponibles. Leur portée s’étend désormais aux infrastructures publiques, y compris celles du secteur de la santé, comme au Guatemala. Dans ce contexte, un laboratoire, un hôpital ou une agence de santé devient une cible non pas pour ce qu’il est, mais pour ce qu’il représente. C’est-à-dire un point de vulnérabilité dans un système essentiel. (Crédits : LNS/MSPAS)

     L’intervention d’Europol avec l’opération « PowerOFF » (ex-Opération Vulcania) initiée le 1er juillet 2017, a révélé le 13 avril 2026, une semaine d’action coordonnée. Elle fut axée sur la répression et la prévention des agissements de plus de 75 000 utilisateurs criminels proposant des services de DDoS à la demande. Mais c’est autant de courriels et de lettres d’avertissement qui sont envoyés aux utilisateurs identifiés, explique l’agence. Cette semaine d’action a également permis la fermeture de 53 domaines, l’émission de 25 mandats de perquisition, et 4 arrestations ont été effectuées.

  • Les nouvelles lignes de faille du numérique (2/4)

    Les nouvelles lignes de faille du numérique (2/4)

    La fuite d’informations n’est plus l’accident rare qu’une institution espère contenir à huis clos avant de reprendre son souffle. Elle est devenue un bruit de fond, presque un régime ordinaire du numérique. En ce début d’année 2026, entre le bilan déjà vertigineux dressé sur les deux premiers mois, l’affaire de la Carte Jeune Occitanie (CJO), l’exfiltration de données liée aux CROUS, l’attaque signalée par la Fédération française de rugby et la cyberattaque qui a frappé la billetterie de musées lyonnais via Vivaticket, c’est une même réalité qui s’impose : les données personnelles circulent souvent plus vite que la responsabilité.

    À force de se répéter, la fuite de données perd son pouvoir d’effroi. Un nouvel incident survient. Une communication promet la vigilance. Des recommandations de prudence sont diffusées. Puis l’attention se dissipe. C’est précisément ce mécanisme d’accoutumance qui devrait inquiéter. Pendant que l’opinion se lasse, les bases s’accumulent, les fichiers circulent, les identités se recomposent et les victimes, elles, demeurent exposées.

    La banalisation des fuites de données

    Le constat est brutal. Dans le bilan du premier trimestre, les fuites de données sont légion. « Une fuite massive chez Alinto expose 40 millions de métadonnées e-mail, touchant grandes entreprises et institutions françaises. Un risque majeur de phishing et de cyberattaques ciblées », explique French Breaches. Parmi les entreprises identifiées, on compte L’Oréal, Renault, Carrefour, DHL et Hermès. En 2025, ce sont plus d’une centaine de fuites importantes.

    Le danger de ce conglomérat de fuites n’est pas la violation en tant que telle, mais la consolidation de toutes les données exposées. Ainsi, la construction d’activités malveillantes spécifiques est permise, avec une connaissance plus profonde des individus concernés ou ciblés. Les attaques de la supply chain couplées à de l’ingénierie sociale sont légion.

    « Les attaques contre la chaîne logistique ou d’approvisionnement (supply-chain attack) consistent à compromettre un tiers, comme un fournisseur de services logiciels ou un prestataire, afin de cibler la victime finale. Cette technique est éprouvée et exploitée par plusieurs acteurs étatiques et cybercriminels depuis au moins 2016 », relate le rapport du CERT à la page 48.

    Cela évoque l’une des dernières incursions d’UNC1069 contre le Node Package Manager (NPM) « axios ». UNC1069, alias CryptoCore alias MASAN, est un APT (Advanced Persistent Threat) nord-coréen connu pour cibler les échanges de cryptomonnaies et les institutions financières, en utilisant des techniques de spear-phishing.

    Carte Jeune Région en Occitanie

    L’affaire de la CJO concentre à elle seule plusieurs lignes de fracture. La Région Occitanie a confirmé avoir reçu, le 5 mars 2026, un avis de son prestataire technique sur un incident de sécurité affectant le système de la Carte. « La région Occitanie vient (encore) de subir une faille de sécurité touchant les bénéficiaires de la Carte Jeune Région. Plus de 310 000 lycéens, apprentis et étudiants voient ainsi leur vie privée compromise par ce piratage », martèle France Bleu. Les informations mises à la disposition de tout un chacun sur le dark web sont les prénoms, noms, les coordonnées, dates de naissance, courriels, numéros de téléphone, le tout avec un volume important de photographies. (Crédits : Swastik Arora/Pexels)


    Cette fuite expose des identités jeunes, jusqu’à parfois celle des représentants légaux, des rattachements scolaires et des éléments suffisamment précis pour nourrir de l’ingénierie sociale, de l’hameçonnage ciblé ou de l’usurpation. Le plus révélateur, ici, n’est plus seulement l’incident. C’est le modèle. On numérise pour simplifier l’accès à des aides, à des services, à des avantages éducatifs ou culturels. Une base bien intentionnée reste une base.

    Quand une plateforme du Crous devient un gisement de données

    L’exfiltration de renseignements confidentiels issus du site « Mes Rendez-Vous » prolonge ce même constat. Le 24 mars 2026, le réseau des CROUS confirme l’extraction de données concernant 774 000 personnes, issues de la décennie précédente. Parmi elles, 139 000 ont vu des pièces jointes exfiltrées, et 635 000 ont subi les conséquences d’une fuite limitée au prénom, nom, courriel ainsi que l’objet et la date du rendez-vous.

    Là encore, un schéma est familier. Une routine presque invisible dans le quotidien administratif. Des données s’accumulent au fil du temps. Puis vient la révélation que cette matière silencieuse constitue un actif criminel de premier ordre. Le groupe DumpSec revendique l’affaire. Les pièces concernées sont encore sensibles.

    Cet incident se regarde pour ce qu’il est vraiment. Il n’est pas une simple fuite de plus, mais un rappel du potentiel à vocation criminelle des infrastructures de service quand elles concentrent, sur une longue durée, des données personnelles liées à des parcours de vie, à des demandes d’aide ou à des situations sociales fragiles.
    La plateforme AlumnForce a été victime d’une cyberattaque entraînant l’exfiltration de données. Elle porte sur environ 2,7 millions de profils. La base contiendrait plus de 1,83 million de courriels uniques et plus de 651 000 numéros de téléphone. Les informations ainsi collectées afficheraient prénom, nom, courriel, numéro de téléphone, adresse postale, lieu de travail, poste occupé, adresse professionnelle, entreprises…

    La FFR plaquée au sol

    Le cas de la Fédération française de rugby ajoute une autre dimension au tableau. La FFR relate être victime d’une cyberattaque. Cet incident s’est produit à la suite d’une campagne de phishing visant certains licenciés. Elle précise que les systèmes d’information n’auraient pas subi de dommages.
    Une base volumineuse de plus de 500 000 personnes potentiellement concernées, en plus de photographies et de nombreux documents. Avec un croisement des fuites précédentes, telles que la Carte jeune Région, et l’ingénierie sociale bondissent d’un cran supplémentaire. (Crédits : Malama Mushitu/Pexels)

    Les multiples fuites rappellent une chose simple. Le risque cyber ne se cantonne plus aux banques, aux opérateurs ou aux grandes entreprises. En cas de conflit, la guerre se déroule sur terre, dans l’air, sur et dans les océans et mers, dans l’espace et le cyberespace. Le risque s’est dilué au sein des structures de confiance du quotidien et dans nos habitudes.

    La billetterie passe au révélateur la fragilité des dépendances techniques

    À première vue, l’attaque contre la billetterie de plusieurs musées lyonnais semble d’un autre ordre, pourtant. Le système de billetterie de quatre musées — le Musée des Beaux-Arts, le Musée d’art contemporain, le Musée Gadagne et le Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation — est touché, avec compromission de données, notamment prénoms, noms, adresses postales, numéros de téléphone et mots de passe.

    Nous avons adressé des notifications à la CNIL et à l’ANSSI, tandis qu’on a invité les utilisateurs à changer leur mot de passe, relate l’entreprise.

    Car l’affaire lyonnaise n’est pas isolée. Elle se mue en un cas international et touche 3500 musées européens. Les responsables de l’attaque de type ransomware la revendiquent et affichent leur site de fuite.

    « Chère direction d’Irec SAS. Nous vous attendions depuis un certain temps, mais il semble que votre service informatique ait décidé de dissimuler l’incident survenu dans votre entreprise. Nous vous recommandons fortement de nous contacter afin d’éviter que vos données confidentielles et vos documents de projets ne soient divulgués », annoncent les opérateurs derrière le rançongiciel RansomHouse.

    État dégradé du numérique

    Ce que raconte ensemble le premier trimestre de 2026 n’est pas une simple série de faits. C’est également un affaiblissement de la confiance, donc de la réputation, et indirectement un impact financier.

    Et cette logique ne se limite pas aux bases administratives ou aux prestataires du quotidien : les révélations récentes autour d’une fuite alléguée de plus de dix pétaoctets depuis un centre national de supercalcul de Tianjin en Chine rappellent que la compromission de données peut aussi changer d’échelle et toucher des infrastructures a valeur stratégique, même si ce cas reste à confirmer pleinement. (Crédits : Ehsan Hasani/Pexels)

    Mais la vraie question, sous-jacente, n’est plus seulement : une fuite s’est-elle produite ? Elle est devenue plus sévère : quelle organisation a réellement réduit sa collecte, cartographié ses dépendances, limité ses durées de conservation, segmenté ses accès et préparé l’après-incident ? Tant que cette question restera sans réponse robuste, la fuite de données continuera d’apparaître comme une crise ponctuelle, alors qu’elle est déjà, pour une part du numérique contemporain, une condition ordinaire de fonctionnement.

  • Quand les réseaux de surveillance deviennent des cibles

    Quand les réseaux de surveillance deviennent des cibles

    Le FBI a confirmé avoir détecté des activités suspectes sur ses propres réseaux. Ce jeudi 5 mars 2026, l’administration révèle le pot aux roses, mais demeure discrète sur la nature exacte de l’incident. Plusieurs médias américains, relayés par Reuters, indiquent qu’un environnement lié aux écoutes judiciaires et à la surveillance du renseignement pourrait avoir été visé. Mais, au-delà de l’événement technique, du contexte géopolitique, l’affaire met en évidence quelque chose. Dans le cyberespace, les outils de contrôle sont exposés à la même vulnérabilité que le reste du monde… comme si quelqu’un en doutait encore.

    Quand une agence chargée de surveiller, d’intercepter et de documenter les menaces devient ce qu’elle traque… C’est le remake de l’arroseur arrosé des frères Lumière. Cette à ce moment que cette affaire cesse d’être un simple fait divers. Elle se mue en un révélateur d’une vulnérabilité. Révélateur d’une vérité plus vaste, presque politique, voire géopolitique. Dans le cyberespace la centralité d’un système n’assure plus sa protection, elle accroît sa valeur pour un belligérant. Les éléments connus du dossier FBI pointent vers ce type de point critique, à la fois non classifié et pourtant hautement sensible.

    Le FBI confirme le ciblage de ses réseaux

    Le FBI n’a distillé que quelques bribes d’information. Ce qui suffit à faire vaciller une certitude, un château de cartes, a priori inébranlable. Le jeudi 5 mars, l’agence fédérale a reconnu avoir « identifié et traité des activités suspectes » sur ses réseaux. Elle assure avoir mobilisé l’ensemble de ses capacités techniques pour y répondre, pas un mot de plus.

    Camera, CCTV, surveillance

    L’opération suspecte aurait visé un réseau interne. Mais pas n’importe lequel. Car, dans un contexte de conflits russo-ukrainien et au Proche et Moyen-Orient, il serait lié aux écoutes judiciaires et à la surveillance du renseignement.

    D’après Associated Press News, le FBI a débuté son enquête le 17 février 2026, après avoir détecté des informations anormales dans les journaux d’activité d’un système présent sur son réseau. La notification adressée au Congrès précise que le système touché est non classifié, mais qu’il contient des données confidentielles relevant du domaine policier. Notamment des retours issus de procédures légales de surveillance, comme les dispositifs de type pen register et trap and trace, ainsi que des données relatives à des individus visés par des enquêtes. (Crédits : Burst/Pexels)

    The Record Media replace ce système dans le périmètre plus large du Digital Collection System Network. Au centre d’un environnement connecté aux wiretaps, aux outils de surveillance téléphonique et à d’autres mécanismes de collecte mobilisés dans les enquêtes criminelles et de sécurité nationale. Le FBI, pour sa part, se borne à indiquer qu’il avait « identifié et traité » des activités suspectes sur ses réseaux. Il n’a pas été détaillé l’ampleur de la compromission, l’existence d’une exfiltration, ni la durée éventuelle. Cette économie de mots suggère surtout que l’enquête demeure ouverte.

    Dimension stratégique et géopolitique

    L’incident se tient dans un contexte d’une pression croissante exercée sur les infrastructures américaines de surveillance et d’interception. En novembre 2024, le FBI et la CISA avaient déjà indiqué que des acteurs liés à la République Populaire de Chine « Salt Typhoon » avaient compromis les réseaux de plusieurs opérateurs télécoms et mis la main sur des données destinées aux autorités américaines.

    Cette séquence avait déjà révélé une vérité embarrassante : les circuits conçus pour observer peuvent, eux aussi, être observés, contournés ou pillés. Il est indiqué que le ou les auteurs auraient eu recours à des techniques dites « sophistiquées ». Ce qui inclut l’exploitation de l’infrastructure d’un fournisseur d’accès agissant comme prestataire afin de contourner les contrôles de sécurité du réseau FBI.

    Le message sous-jacent stipule que cet incident n’est pas le fruit du hasard, mais une opération pensée et réfléchie.

    Selon Politico, le fait que la Maison-Blanche, le Department of Homeland Security et la NSA s’impliquent dans l’enquête traduit un niveau de préoccupation dépassant le seul cadre du Bureau. (Crédits : Erik Mclean/Pexels)

    Caméra, CCTV USA

    L’incident s’inscrit dans un contexte déjà tendu, marqué par les précédentes compromissions de l’écosystème américain des télécommunications et des dispositifs d’interception légale, en particulier dans le sillage de Salt Typhoon. Sans préjuger, la logique géopolitique est d’avance visible. Viser un tel système ne revient pas uniquement à rechercher des données, mais à tenter d’accéder à une cartographie des capacités de surveillance. En d’autres termes, l’enjeu est structurel, car il touche aux outils mêmes par lesquels une puissance observe, suit et anticipe. Une partie d’échecs…

  • Anatomie d’une série noire de fuites de données publiques

    Anatomie d’une série noire de fuites de données publiques

    En l’espace de quelques semaines, plusieurs institutions au cœur de l’État français reconnaissent des incidents de cybersécurité. Ils impliquent des données personnelles de grande ampleur. C‘’est au cœur du ministère des Sports, de la Caisse d’allocations familiales, de l’Urssaf ou de plateformes interministérielles que l’action se déroule. Si les noms changent, la mécanique sous-jacente se ressemble. Loin des images spectaculaires de cyberattaques hollywoodiennes, ces affaires racontent une réalité plus feutrée, voire intimiste. L’inquiétude tient au fait d’un État numérique dont les données circulent de plus en plus, et se fragilisent à mesure qu’elles voyagent.

    Les Français ne semblent plus s‘alarmer de telles fuites. Pourtant, les tentatives de fraudes sont légion. Comme attendu, les phishings, spoofing… se multiplient. Mais le plus inquiétant n’est pas les primodélinquants, mais ceux qui patientent, qui ont le temps. Laissant passer l’orage, les couvertures médiatiques, ils sont dans l’ombre, prêts à poursuivre leur attaque au moment opportun.

    Une série d’incidents au cœur de l’État

    Tout commence officiellement à la mi-décembre, lorsque le ministère des Sports reconnaît une exfiltration de données, dans le cadre du dispositif Pass’Sport. L’administration évoque la possibilité que les informations personnelles de plusieurs millions de foyers soient concernées. La communication est dépourvue d’émotion, presque clinique, mais les faits sont là. Quelques jours passent quand la CAF se retrouve citée dans une affaire plus conséquente.

    Œil, regard, surveillance

    Une mise en circulation d’un fichier contenant des données dites sociales. L’organisme affirme que ses systèmes d’information ne sont pas compromis. Mais à demi-mot, ils reconnaissent que certaines données utilisées par des services partenaires ont pu être exposées. Comme les dominos, et quasi simultanément, l’Urssaf est au-devant de a scène. Un accès non autorisé est révélé. Il est détecté sur une interface réservée aux partenaires institutionnels. Ceux-ci contiennent des informations issues des déclarations préalables à l’embauche (DPAE). L‘ampleur est là. Pas moins de douze millions de salariés depuis moins de trois ans sont potentiellement concernés, explique l’institution.

    De la coïncidence fortuite à la réalité

    « Aucun numéro de Sécurité sociale, aucune adresse mail ou postale, aucun numéro de téléphone ni aucune coordonnée bancaire ne sont concernés », affirme le communiqué de l’URSSAF. En janvier 2026, un incident sur la plateforme GAEL est révélé. Selon le communiqué de presse, « un acte de cybermalveillance a ciblé, entre le vendredi 9 janvier et le lundi 12 janvier 2026, la plateforme GAEL […]. Cette cyberattaque a entraîné une atteinte à la confidentialité d’une partie des données personnelles des candidats et lauréats de ces diplômes depuis 2005. »

    Puis c’est la Direction interministérielle du numérique qui annonce une intrusion sur HubEE. La plateforme utilisée par différentes administrations pour échanger des documents est touchée. « Environ 160 000 documents administratifs, issus de 70 000 dossiers d’usagers, ont été exfiltrés. » Les administrations concernées sont la direction de l’information légale et administrative, la direction générale de la cohésion sociale, la direction générale de la Santé et la caisse nationale des allocations familiales…

    L’incident met en évidence un phénomène : ces cyberattaques ne sont ni isolées ni anecdotiques. Les faits dessinent une chronologie resserrée et une accumulation qui ne peut plus être regardée comme une simple coïncidence. Une affaire précédente est celle de France Travail. En mars 2024, l’institution confirme être la victime d’une cyberattaque majeure. (Crédits : Almada Studio/Pexels)

    Elle expose les informations personnelles de 43 millions d’individus inscrits ou ayant été inscrits au cours des deux dernières décennies. Dans ce cas, l’intrusion a permis l’extraction de données sensibles, ce qui avait déclenché une enquête de la CNIL et des recommandations somme toute logique. L’année suivante, France Travail a de nouveau été affectée par une série d’incidents touchant ses services et ses bases de données… En juillet, une attaque informatique sur la plateforme Kairos a exposé les données de 340 000 demandeurs d’emploi après compromission d’un compte partenaire.

    En décembre 2025, c’est une nouvelle fuite qui met en danger les informations privées d’environ 1,6 million de jeunes suivis par le réseau des Missions Locales. C’est encore une fois la compromission de comptes. Ces incidents sur vingt-quatre mois illustrent la vulnérabilité des services publics face à des attaques ciblant des identifiants ou des interfaces légitimes.

    Dans la lignée, le service de l’Assurance sociale Pajemploi fait état d’une fuite de données personnelles. Elle concerne 1,2 million de personnes liées à l’emploi des assistants maternels. Ces affaires, parmi d’autres révélations récentes autour de bases de données agrégées exposées pour des millions de citoyens.

    (Crédits : blickpixel/Pixabay)

    RJ45, connexion, câble

    Cela met en exergue, non seulement de l’ampleur des volumes en circulation, mais également la complexité des architectures interconnectées. Celle-là même qui caractérise les systèmes d’information publics. L’enjeu, semble-t-il, n’est plus de protéger des silos isolés, mais de repenser la sécurité de l’ensemble des chaînes de traitement, ainsi que le partage des données personnelles.


    De quelles données parle-t-on exactement ?

    À chaque révélation, la même précision revient, presque comme un mantra rassurant. Il n’y a ni mots de passe, ni coordonnées bancaires, ni numéros de sécurité sociale exposés. Cela s’avère, dans les cas connus. Lorsque les cybercriminels sont discrets, rien ne transparaît, et tout est donc possible. Les données concernées sont : noms, prénoms, dates de naissance, situations professionnelles, employeurs, dates d’embauche, informations administratives liées à des droits ou à des dispositifs sociaux…

    Regard, squelette, plastique

    Ces données dites « simples », cachent ben leur jeu. Car, leur valeur réside dans leur exactitude et contextualisation. Si un opérateur malintentionné a accès à une date d’embauche, associée à un nom et à un véritable employeur, le message frauduleux reçu peut être suffisamment crédible pour tomber dedans. En conséquence, après avoir perçu une aide sociale, une demande de « mise à jour» parait vrai pour un œil non averti,. Les multitudes de données en vente dans certains forums permettent de mieux cibler. Ainsi, les informations extraites ouvrent la voie à des usages malveillants.

    Ce qui change dans les cyberattaques : chemins autorisés… mais compromis

    Ce que révèlent ces affaires, c’est une évolution silencieuse des modes opératoires. Il n’est plus nécessaire de casser des serrures numériques ou d’exploiter des failles spectaculaires. L’accès frauduleux passe désormais par des chemins autorisés, des interfaces prévues pour fonctionner, des comptes habilités… mais compromis.
    Dans le cas de l’Urssaf, l’entité l’explique sans détour : « L’Urssaf a constaté un accès non autorisé à l’API contenant certaines données de la déclaration préalable à l’embauche, réservée à ses partenaires institutionnels, opéré via un compte partenaire habilité dont les identifiants avaient été compromis. » Le système a répondu normalement à une requête techniquement valide, sans pouvoir distinguer l’usurpation.
    Même logique pour les plateformes mutualisées, comme HubEE, conçues pour fluidifier les échanges entre administrations. Elles concentrent les données, simplifient les démarches, mais se muent aussi des points de passage stratégiques. La donnée reste protégée tant qu’elle reste immobile ; elle devient vulnérable dès qu’elle circule.

    (Crédits : Mart Production/Pexels)

    Les cybercriminels utilisent ces données pour mener des campagnes d’hameçonnage. Phishing, spoofing, spearphishing, jusqu‘aux appels téléphoniques qui copie les codes des organismes publics. Quand un fichier volumineux ne signifie pas d’autant de victimes, mais chaque ligne exploitable renforce la crédibilité d’une escroquerie. Il suffit parfois d’un détail juste pour faire tomber la méfiance.

    L’État numérique face à sa vulnérabilité ?

    Les fuites ne créent pas immédiatement de victimes, mais elles préparent le terrain d’une fraude diffuse, progressive, difficile à quantifier. Les autorités ont-elles réagi correctement ? Sur le plan formel, oui.
    Les réponses sont conformes aux obligations légales. Dépôts de plainte, notifications à la CNIL, communications publiques, suspension des comptes compromis, annonces de renforcement des dispositifs d’authentification. Chaque organisme se plie à la séquence attendue.


    Mais une question demeure : ces mesures relèvent-elles de la correction structurelle ou de la gestion de crise ? Informer et rassurer est indispensable, mais cela ne dit rien de la capacité à prévenir la répétition des scenarii. Or, à lire les communiqués successifs, la responsabilité semble souvent se dissoudre dans l’écosystème : le noyau central n’est pas en cause, mais un partenaire ; la plateforme n’est pas défaillante, mais un accès détourné.

    Un problème systémique : trop de données, trop de tuyaux

    Ces incidents mettent en lumière un problème plus large encore. L’État numérique repose sur une transmission fluide entre administrations, opérateurs, partenaires techniques. Cette interconnexion est la condition de la simplification des démarches. Mais à trop la réduire, la sécurité se fragilise.
    Plus les informations circulent, plus les points de contact croissent, plus la maîtrise devient complexe. La sécurité ne dépend plus seulement de l’institution détentrice de la donnée, mais de l’ensemble de la chaîne, jusqu’au dernier maillon. Dès lors, une question s’impose, presque politique : faut-il repenser la manière dont l’État partage et mutualise les données personnelles des citoyens ?

    Face à cette réalité, la vigilance est de mise, plus que jamais. Se méfier des messages urgents, vérifier l’origine des sollicitations, ne pas répondre directement, passer l‘adresse dans un éditeur de texte, ne jamais transmettre de coordonnées bancaires par courriel ou SMS, ni vos pièces d’identité, privilégier les connexions sécuriser, activer la double authentification… bref prendre le temps dans un monde en perpétuelle accélération. (Crédits : Jasmijn Van der Maaten/Pexels)

    Tuyaux, ouverture, sécurité


    Ces affaires successives ne racontent pas seulement des défaillances techniques. Elles révèlent une tension profondément contemporaine : celle d’un État numérique plus fluide, plus efficace, plus connecté, mais forcément plus exposé. À mesure que la donnée devient le carburant de l’action publique, sa protection cesse d’être un sujet technique pour devenir un enjeu démocratique. Dans un contexte international où le cyberespace est pleinement intégré aux stratégies de guerre et d’influence, ces fuites ne peuvent plus être analysées comme de simples incidents techniques.

  • Quand les fuites de données rongent la confiance (numérique)

    Quand les fuites de données rongent la confiance (numérique)

    En quelques mois, la France, comme le monde entier, a vu chanceler l’un des piliers invisibles de sa modernité. Désormais ébranlée, la confiance dans la sécurité numérique vacille. Enseignes, géants technologiques, institutions publiques, fournisseurs de services… personne n’est épargné. Des millions de données personnelles exfiltrées, des centaines d’entreprises fragilisées, d’ailleurs, certaines firmes disparaissent, des citoyens démunis, soudain exposés à une criminalité sans visage. L’année 2025 marque d’une pierre blanche celle où la vulnérabilité n’est plus une exception, mais un état.

    À 7 h 42, dans le silence feutré d’une maison, Élodie se saisit de son ordiphone, ou smartphone. Un e-mail. Une alerte. Un message laconique l’informe qu’« une partie de vos données personnelles a pu être compromise… » Pas de coupable identifié. Juste cette notification — encore une — qui vient briser l’illusion fragile de sécurité numérique. Elle, comme des millions, se mue en une victime. Derrière son écran, le soupçon s’insinue. Que signifie cette « compromission » pour son identité, ses finances, sa vie privée ?

    Fuite de données en pagaille

    Cette histoire factice n’est malheureusement pas une fiction. C’est une vague, un tsunami qui déferle avec une intensité inédite. L’année 2025 est marquée par des fuites massives, des piratages en chaîne, des alertes répétées. Le monde numérique soudain vacille, et les citoyens (re) découvrent leur fragilité.

    Crime, cyber, attaque

    Le 3 décembre 2025, un rapport du GTIG confirme qu’une cyberattaque massive a exposé les données de plus de 200 entreprises utilisant des services reliés à Salesforce. L’activité suspecte affecte des applications d’un tiers, Gainsight. L’intrusion a permis aux hackers d’accéder à des instances, ouvrant la voie à une fuite d’informations sensibles.

    « Cette activité est probablement liée à UNC6240 (alias ShinyHunters) », déclare Austin Larsen, analyste principal de GTIG. Ils auraient mené l’opération mêlant ingénierie sociale, vishing, usurpation de comptes et exploitation de tokens d’authentification. « […] Salesforce a révoqué tous les tokens d’accès actif […] », indique Allen Tsai, porte-parole de Salesforce. (Crédits : Pete Linforth/Pixabay)

    Dans un contexte où les signalements de cybermalveillance augmentent fortement — hameçonnage, compromissions de comptes, rançongiciels — des publications, des alertes et des mises en garde contre les risques croissants liés aux informations volées sont affichées. La dernière en date concerne la violation de données personnelles de la Fédération Française de Tir.

    Une explosion des cyberattaques et des menaces en cascade

    Selon un article d’Euronews, l’Europe a enregistré une hausse spectaculaire des cyberattaques en 2025, affectant de nombreux secteurs. Si la patrie de Molière qui se retrouve parmi les pays les plus touchés, nos voisins et amis Belges font faces à une recrudescence d’escroquerie. Dans des courriels, les escrocs se font passer pour le Ministère Public ou le procureur général M. Van Leeuw. « Ces e-mails sont des faux et peuvent être dangereux. Soyez vigilant, n’ouvrez pas les pièces jointes et ne cliquez pas sur les liens contenus dans l’e-mail. »

    Le constat est limpide. Les vulnérabilités ne frappent plus individuellement, mais globalement. Nous possédons un modèle désormais fragilisé par l’interdépendance et la complexité croissante des chaînes logicielles, comme des fuites de données. Voici une liste non exhaustive des victimes d’attaques cybernétiques de l’année 2025 : Procureur général de l’État de Guanajuato (MEX), Merkle (JPN), Svenska kraftnät (SWE), Sunafil (PER), Milwaukee Police Department (USA), YAC GARTER CO., LTD. (JPN), Ville de Fumel (FRA), LG Balakrishnan & Bros Ltd (IND), Al-Babtain Power and Telecommunications Co. (SAU), Direction générale des impôts et domaines (Dgid) (SEN), Agence régionale de santé (ARS) des Hauts-de-France (FRA), Ordre des journalistes de Rome et du Lazio (ITA), Ville de Poitiers et Grand-Poitiers (FRA), Wibaie (FRA), CNFPT (FRA), Muséum national d’Histoire naturelle (FRA), Orange (FRA), Curaçao Tax Office (CUW), Delfingen (FRA), Uni-Asia Group Limited (SGN), Département de l’Aude (FRA), Büchner Barella (DEU), Alto Adige (ITA), Melilla (ESP), Glasgow (GBR), Département des Hauts-de-Seine (FRA), La Maison Liégeoise (BEL), Peter Green Chilled (GBR), Service public de Wallonie (BEL), District scolaire de Limestone (CAN), Groupe 3R (CHE), Bikur Rofeh (ISR), Adval Tech Group (CHE), Harvest (FRA), Orangeville (CAN), Bain de Bretagne (FRA), Écoles publiques de Portland (USA), Conseil scolaire Upper Canada (UCDSB) (CAN), La Police de Kingston (CAN), Berson (FRA), Leroy Merlin (FRA), France Travail (FRA)…

    Culture de la cybersécurité fragile

    L’origine du problème ne tient plus à un serveur mal configuré ou à un mot de passe trop faible. C’est désormais tout un ensemble, qui réside dans l’écosystème lui-même. En effet, il existe une externalisation massive & SaaS (Software-as-a-Service). De plus en plus d’entreprises laissent une part non négligeable de leur activité logicielle vers des tiers (CRM, support client, outils marketing, cloud…) En greffant un maillon à une chaîne, vous augmentez la surface d’attaque.

    D’autant que l’interconnexion des services ajoute un peu de piment. Un fournisseur de support en liaison avec plusieurs clients devient un hub de compromission. (Crédits : Obregonia D. Toretto/Pexels)

    Tour, communication, relais

    Selon le baromètre 2025 du CESIN, une entreprise française sur deux identifie les fuites de données comme un risque prioritaire, mais nombre d’entre elles ne jugent pas les solutions suffisamment sûres ou adaptées à leur taille. L’arrivée de l’IA générative, de services interconnectés, d’accès à distance, multiplie les vecteurs d’attaque, les erreurs possibles. Ce contexte structurel met en lumière la faiblesse d’un modèle numérique fondé sur la confiance.

    L’affaire Gainsight au révélateur

    Un prestataire, Gainsight se voit attribuer des accès légitimes — via tokens OAuth — à des CRM d’entreprises. Un acteur malveillant — via social engineering, vishing, usurpation d’identité — obtient ces tokens ou convainc un employé de les approuver. Grâce à ces accès, les pirates exportent, en masse, des bases de données entières. Cela concerne les contacts, utilisateurs, historiques, métadonnées…

    rue, public, asiatique

    Les données volées peuvent ensuite être revendues, publiées, ou servir à des campagnes de phishing ou d’usurpations d’identité ciblée. L’attaque ne nécessite pas une faille dans le cœur logiciel (Salesforce) — mais exploite la chaîne d’approvisionnement logicielle, ou « supply-chain ». Ce type d’attaque illustre une tendance récente : la cybercriminalité vers non plus le point le plus faible de l’infrastructure, mais l’écosystème global.

    Qu’est-ce qu’une attaque supply-chain ?

    Une attaque supply-chain consiste à cibler non la victime directe, mais un de ses fournisseurs ou prestataires. En compromettant ce maillon, l’attaquant obtient un accès indirect à de nombreuses cibles. Cette stratégie, très efficace à l’échelle industrielle, transforme un prestataire en point névralgique de compromission — un « hub » d’accès à plusieurs organisations.

    Vivre dans l’insécurité digitale

    Pour les victimes — salariés, clients, particuliers —, la prise de conscience est brutale. Plusieurs conséquences psychologiques se dessinent. Sentiment de vulnérabilité permanente. Car, le numérique, jusque-là perçu tel un lieu « fiable », apparais désormais comme un terrain miné.

    (Crédits : Ethan Brooke/Pexels)

    Des conséquences directes, avec la peur, ou une méfiance considérable de confier ses informations personnelles. Mais aussi le syndrome de l’appel au loup. Face à la multiplication des incidents, le risque d’habituation s’installe. Certains minimisent alors les alertes en acceptant une exposition comme « coût normal ». Mais en fonction de l’âge et de la culture cyber, la crainte d’usurpation d’identité, de fraude, de revente de données, voire de compromissions financières — car la menace ne dort jamais. L’addition de ces facteurs engendre un climat anxiogène, intime et collectif.

    La menace comme instrument systémique

    Quand les infos volées incluent des éléments personnels — noms, adresses, contacts, emails, données sensibles —, les risques sont concrets. Ainsi, comme le dévoile sur X (anciennement Twitter), SaxX, un tiers non autorisé a accédé aux données de santé des patients du site « Médecin direct » : prénom, nom, date de naissance, adresse e-mail, numéro de téléphone, adresse postale, numéro de sécurité sociale (si transmis), les données de santé (l’objet de la téléconsultation, les données renseignées dans le questionnaire de prétéléconsultation, les données échangées par écrit avec le professionnel de santé)

    Les organismes d’assistance comme Cybermalveillance.gouv.fr alertent en 2025. Les demandes d’aide ont explosé (jusqu’à + 82 % pour certaines catégories), traduisant l’intensification de la menace. Comme le montre le rapport de Surfshark : au second trimestre 2025, la France est le 2ᵉ pays le plus touché sur Terre par les violations de données, selon Surfshark. Au total, 11 946 923 e-mails français ont été compromis entre le 1ᵉʳ janvier et le 1ᵉʳ avril 2025, soit une augmentation de 441 % par rapport au trimestre précédent. Le chiffre croit à 15 466 792 au 1er juillet 2025 (+29 %).

    Cela révèle une mondialisation de la cybercriminalité. L’ingénierie sociale, combinée à l’exploitation des tiers, constitue la voie d’accès la plus rentable et la plus massive. Méthode qu’usent ShinyHunters/Scattered Spider. (Crédits : Brett Sayles/Pexels)

    câble, connexion, fibre



    Environ 83% des cyberincidents en France n’ont pas de pays d’origine identifié – 11 des 64 cas ont été attribués à au moins un pays d’origine, selon l’EuRepoC. Face à la fragilité et aux menaces contrent des États ou des entreprises, il faut repenser le modèle. Car le risque systémique existe. La fuite d’un fournisseur majeur affiche le vacillement d’un pan de l’économie numérique. La France est quatrième au rang mondial des comptes violés. Cela représente 703 912 680 depuis 2004.

    Vers un sursaut collectif ?

    L’urgence date d’hier. Le renforcement des réglementations avec la traçabilité des accès, l’obligation de signalement, la transparence sur les incidents, les sanctions… sans oublier l’hygiène numérique (mots de passe robustes, 2 FA, vigilance face aux phishings et aux sollicitations) se doit d’être la norme. « La plupart des gens utilisent le même e-mail pour différents comptes lors de l’inscription en ligne », rappelle Surfshark.

    Squelette, casque, VR

    Ce que risque tout un chacun est l’usurpation d’identité, phishing, harcèlement, perte de vie privée, stress, méfiance généralisée. Mais cela passe par la prise de conscience des données déjà fournies gratuitement lors de l’installation d’applications ou de jeu.

    L’année 2025 pourrait rester dans les mémoires comme l’année où la confiance numérique s’est fissurée — non sous les coups d’un virus explosif, mais sous la pression d’un écosystème globalisé, interconnecté, fragilisé. Derrière chaque fuite, chaque base de données volée, ce sont des individus, des familles, des entreprises, des destins qui vacillent.

    Mais ce basculement peut aussi être un appel. Un appel à la responsabilité collective — des États, des entreprises, des citoyens — pour bâtir ensemble un système plus résilient, plus transparent, plus respectueux de la vie numérique. (Crédits : Andrea Piacquadio/Pexels)

  • L’Espagne sous les feux de la rampe IT

    L’Espagne sous les feux de la rampe IT

    Dans un monde où la guerre se joue de plus en plus derrière les écrans, l’Espagne se retrouve à l’avant-poste d’une bataille silencieuse et pourtant ravageuse : cyberattaques, ransomwares et campagnes DDoS se multiplient en 2025. Face à cette offensive numérique, Madrid répond par un plan massif de cyberdéfense, tandis que des signaux similaires émergent en Amérique latine. Ce n’est plus une simple criminalité, mais une guerre d’influence et de pouvoir.

    L’Espagne, longtemps perçue comme un pays en pleine transition numérique, se découvre en 2025 une fragilité stratégique. Le dernier rapport de Thales, évoqué par Data Center Market, révèle un bond de 61 % des cyberattaques par ransomware sur le territoire espagnol, avec 79 opérations enregistrées au premier semestre. L’Espagne prend le taureau par les cornes, en se dotant d’un programme cyber


    La guerre que personne ne voit (mais que tout le monde subit)

    Selon les analystes de Thales, des groupes comme Akira (669 victimes), Qilin (864) ou Cl0p (517) sont parmi les plus actifs. En 2025, 7230 victimes sont à déplorer. Cette montée en puissance ne se limite pas à la simple extorsion : elle s’intègre dans une stratégie hybride, où la guerre politique, économique et numérique s‘’’imbrique, se chevauche. Ce fléau ne se manifeste pas seulement par des rançongiciels, mais aussi par des attaques de déni de service concertées (DDoS).

    Les nombreuses attaques via DDoS, révèlent un hacktivisme, une riposte idéologique, mais pas seulement.

    Le centre de cybersécurité industriel ZIUR, basé au Pays basque, observe une augmentation drastique de ces dernières, liée à une campagne nommée #OpSpain.

    Les auteurs ? Le collectif NoName057. NoName 057 est un groupe de hackers pro-russes qui s‘est fait connaître en mars 2022 et a revendiqué la responsabilité de cyberattaques contre des agences gouvernementales, des médias et des entreprises privées ukrainiennes, américaines et européennes.

    Comme le maillon humain est souvent un des vecteurs d’attaque via l’ingénierie sociale, Maria Penilla, directrice de ZIUR, indique qu’il est fondamental « de mettre en œuvre des politiques qui exigent des mots de passe robustes… en plus d’effectuer des audits périodiques pour identifier les points faibles. »

    La riposte espagnole

    Face à ces menaces, le gouvernement ne reste pas inerte. En 2025, il annonce 1.157 milliard d’euros alloué à la cybersécurité et à la cyberdéfense.

    Selon Óscar López, ministre de la Transformation numérique, cette enveloppe financera des initiatives de prévention, de détection, mais aussi de réponse, notamment dans les infrastructures critiques, tels l’énergie, la santé ou les réseaux publics. Ce plan vient compléter celui de 2022, et que 60,4 % des fonds seront gérés par le ministère de la Défense.

    (Crédits : Enrico Perini/Pexels)

    L‘Espagne connaît un second trimestre plus apaisé, avec une baisse de 3.86 % (1702 incidents). « Les cinq groupes les plus actifs ont concentré près de 43 % des cas et les secteurs les plus touchés ont été la fabrication, la technologie, la santé, le banquier et la construction », relate Ziur. En effet, Qilin (864 victimes), Akira (670), Cl0p (517), Play (369) et Incransom (353), auquel s’ajoute Safepay (308) sont devenus les acteurs les plus hostiles. Dans cette stratégie l’Espagne s’affirme comme un acteur majeur de la cyberguerre. Non seulement pour protéger son territoire, mais pour peser sur l’échiquier international.

    L’ombre d’un conflit global

    Les cybercriminels ne sont plus de simples escrocs, ils deviennent mercenaires, parfois au service d’États. L‘hacktivisme augmente en Europe, à l’image de groupes liés à la Russie, comme UAC-0063 en Espagne. Au troisième trimestre 4941 attaques DDoS réussies sont comptabilisées, soit 2.423 de plus que le trimestre précédent. Le classement des cibles affiche en premier l’Allemagne, suivi par l’Ukraine, l’Italie, la Lituanie, la République tchèque, la France, la Belgique, la Finlande, la Norvège et, à la dixième place, l’Espagne.

    Ces opérations exploitent l‘humain, ses croyances et ses faiblesses, encore trop courantes : mots de passe faibles, réutilisation des anciens, absence de gestion centralisée… Ces différents points couplés à l’ingénierie sociale deviennent dramatiques face à des adversaires disciplinés, financés et motivés.

    Le miroir latino-américain

    Partout en Amérique latine, la tendance se reflète : croissance des ransomwares, hacktivisme, infiltration. Il y a 39 % de cyberattaque en plus en rapport à la moyenne mondiale. Le vecteur principal est l’e-mail (62 %), celui-là même qui est utilisé pour une authentification plus forte.

    Le Brésil truste la première place avec près d’un incident sur deux (47 %) devant le Mexique (23 %) et la Colombie (8 %). Les failles structurelles rendent la région particulièrement vulnérable. D’ailleurs les secteurs visés sont les gouvernements, la Défense, la Santé et les moyens de communication.

    Une guerre sans fumée

    Les groupes criminels s’organisent avec la sophistication des multinationales, utilisant le numérique comme levier pour étendre leur influence.

    Les criminels derrière les ransomwares usent des mêmes outils que tout un chacun. Ils détournent leur utilisation pour augmenter l’efficacité des attaques cybernétiques.

    « L’acteur de la menace a manipulé notre outil Claude Code pour tenter d’infiltrer environ trente cibles mondiales et a réussi dans un petit nombre de cas », explique Anthropic. (Crédits : Alex Azabache/Pexels)

    L’Espagne, d’un côté, investit lourdement pour renforcer sa cyberdéfense. L’Amérique latine, de l’autre, s’érige en terrain d’expérimentation. Dans ce chaos numérique, les populations, les services publics, et les industries sont pris en étau.

    Une évolution d’un côté comme de l’autre

    Un constat revient dans tous les rapports : la plupart des intrusions commencent par des erreurs humaines. Mais au jeu des données qui sont rendues publiques, elles alimentent des dictionnaires et pas seulement. « Le collectif aux contours flous des ShinyHunters […] se prépare-t-il à un tournant ? », questionne LeMagIT.

    Si les groupes tendent vers le modèle R.a.a.S (Ransomware-as-a-Service), ShinySp1d3r invente. Ce dernier est le nom d‘un RaaS émergent créé par ShinyHunters et Scattered Spider, relate Bleeping Computer.

    Une version en cours de développement de la prochaine plate-forme ShinySp1d3r a fait surface, offrant un aperçu de l’opération à venir.

    Le chiffrement développé par ShinyHunters, est construit à partir de zéro, plutôt que d’utiliser une base de code précédemment divulguée comme LockBit ou Babuk.

    (Crédits : Chait Goli/Pexels)

    En 2025, l’Espagne n’est plus seulement une victime du cybercrime : elle est un champ de bataille comme le monde entier. Les milliards investis, l’augmentation des ransomwares, tout converge vers un constat alarmant : le cyberespace est devenu un terrain de guerre. Il faut remettre l‘église au milieu du village, car il n’est plus le temps à la naïveté : la résilience commence par la prise de conscience.

  • La cybersécurité de la santé est en hypotension

    La cybersécurité de la santé est en hypotension

    Les attaques cybernétiques mettent le monde de la santé en urgence absolue. Cet univers est confronté à une menace numérique sans précédent. Depuis quelques années, les cyberattaques se multiplient, ciblent les données médicales sensibles, paralysent des services entiers. Ce qui pose des questions sur la résilience du système de santé. L’attaque récente contre le logiciel Weda, utilisé par des milliers de médecins, cristallise ces risques. Est-elle révélatrice d‘un mal encore plus profond ?

    Mais cet incident intervient dans un contexte plus vaste. Le secteur de la santé fait face à une hausse des menaces cyber et à des défis structurels dans l‘exercice de la médecine, autant en milieu rural qu’en milieu urbain. Du CHSF à Cannes en passant par Argenteuil, les hôpitaux souffrent en silence. Bientôt, les professionnels de santé passeront plus de temps sur les écrans que sur les patients. Pour la question cyber, la réponse institutionnelle tient en quatre lettres : CaRE. Acronyme pour Cybersécurité accélération et Résilience des Établissements.

    Crise de tachycardie pour Weda

    Dans la nuit du 10 novembre 2025, Weda, éditeur de logiciels métiers du groupe Vidal, utilisé par des médecins généralistes, spécialistes, sages-femmes ou centres de soins, a été victime d’un cyberincident. Face au risque, l’éditeur a suspendu la plateforme en mode SaaS (Softaware as a Service), invoquant la protection des données des professionnels et des patients.

    Seringue, liquide, santé

    Le bilan, à ce stade, est lourd : 23 000 professionnels de santé auraient été impactés. Tandis que la société revendique 85 000 praticiens. Pendant cette période, de nombreux praticiens ont dû revenir au crayon et au papier. Weda évoque une remise en marche partielle de certains services, mais la situation reste dégradée : les dossiers, les prescriptions ou les ordonnances numériques ne sont pas pleinement accessibles.

    L’éditeur relate avoir « détecté une activité inhabituelle sur certains comptes utilisateurs, laissant penser à des tentatives d’accès non autorisés ». L’éditeur travaille activement avec des équipes techniques et de cybersécurité pour sécuriser l’infrastructure. Avec, en parallèle, l‘alerte auprès des autorités compétentes : le CERT Santé, l’ANSSI et la CNIL. (Crédits : nts01/Pixabay)

    « Les premières analyses indiquent que les accès malveillants auraient pu permettre une extraction partielle de données, mais ni l’ampleur ni la confirmation formelle d‘une fuite de données ne sont encore établies », explique Weda.

    Un contexte de menace en forte croissance

    L’attaque contre Weda ne survient pas dans un vide. Elle s’inscrit dans un contexte où les incidents de cybersécurité dans le secteur de la santé se multiplient, mais où la réponse institutionnelle tente de rattraper le retard.

    Selon le CERT Santé, l’année 2024 a enregistré 749 incidents déclarés dans les établissements de santé et médico-sociaux, soit une augmentation de près de 29 % par rapport à 2023.

    Pour autant, une hausse de signalements n’implique pas nécessairement une aggravation. Selon l’Agence du Numérique en Santé (ANS), elle traduit davantage une meilleure appropriation des dispositifs de remontée d’incidents.

    En même temps, la gravité des incidents (déclarés) majeurs semble diminuer. Les établissements seraient mieux préparés à faire face, grâce à des audits, des exercices de crise, et un accompagnement renforcé par le CERT Santé au sein de CaRE. (Crédits : Engin Akyurt/Pixabay)

    Doigt, saturation, hôpital

    Pour l’année 2023, sur 581 incidents déclarés, la moitié étaient d’origine malveillante, selon les rapports du CERT. Parmi eux, 35 % auraient eu un impact sur la prise en charge de la patientèle.

    Face au fléau des ransomwares : take CaRE

    Les rançongiciels restent l’une des menaces les plus présentes. Sans oublier, les attaques cybernétiques : DDoS, phishing, spearphishing, vishing… En 2024, le CERT Santé signale que la menace due au ransomware est la plus prégnante. Ainsi, plusieurs établissements ont dû recourir à des modes de fonctionnement dégradés durant plusieurs semaines. L’augmentation des incidents liés aux ransomwares (+28,9 %) montre à quel point ces attaques restent un défi majeur.

    Main, radio, hopital

    Face à cette menace croissante, les autorités françaises ont mis en place une stratégie structurée et ambitieuse : le programme CaRE. Qu’est-ce que CaRE ? Lancé par l’ANS, le programme CaRE vise à renforcer la gouvernance et la résilience des établissements de santé face aux cyberattaques. Articulé autour d‘axes, tels que l’amélioration de la sécurité des systèmes d’information, structurer les référentiels de sécurité (via la PGSSI-S), l’accompagnement dans la gestion de crise, et mutualiser des compétences.

    Au chevet du malade

    Le programme prévoit aussi un accompagnement financier et technique : le CERT Santé joue un rôle capital en accompagnant opérationnellement les structures et en réalisant des audits ciblés. Toutefois, la Cour des comptes a tiré la sonnette d’alarme. Le rapport sur « la sécurité informatique des établissements de santé » est factuel. Elle rappelle que « cet engagement financier (750 millions d’euros) n’est assuré que jusqu’à la fin de l’année 2024. Il est indispensable qu’il soit poursuivi jusqu’au terme du programme. »

    Dans sa première partie, le rapport présente « l’état de la menace à laquelle les 2 400 hôpitaux publics et privés sont confrontés expose les raisons de la vulnérabilité des systèmes d’information hospitaliers et évalue les conséquences des cyberattaques sur les hôpitaux en termes de fonctionnement et de coût. »

    (Crédits : Pixabay/Pexels)

    Constat effectué, en page 11, entre janvier 2021 et mars 2023, sur 215 incidents identifiés. La France est première avec 43 incidents, l‘Espagne deuxième avec 25, puis l’Allemagne avec 23, avant les Pays-Bas et l’Italie avec respectivement 20 et 19. La Cour des comptes ajoute que, dès 2027, c’est aux établissements eux-mêmes de s’en charger : « Le financement par les établissements de santé de l’élévation de leur cyberprotection devra être poursuivi. »

    Entre menaces, régulation et résilience

    Comment le secteur santé va-t-il se transformer pour devenir cyber-résilient ? Trois axes principaux se dessinent. Les rançongiciels ne sont pas le seul danger. À l’avenir, les cybercriminels pourraient exploiter l’IA pour automatiser et cibler leurs attaques. La multiplicité des dispositifs médicaux connectés IoMT (Internet of Medical Things) élargit la surface d’attaque. Chaque appareil connecté est un point d’entrée vulnérable en devenir.

    À la mi-septembre 2025, Anthropic détecte une activité suspecte. L‘enquête a ensuite permis de déterminer une campagne d’espionnage très sophistiquée. Les attaquants ont utilisé l’IA à un degré sans précédent, en utilisant l’IA pour exécuter les cyberattaques elles-mêmes.

    « L’acteur de menace — que nous évaluons avec une grande confiance comme étant un groupe parrainé par l’État chinois — a manipulé notre outil Claude Code pour tenter d’infiltrer environ trente cibles mondiales et a réussi dans un petit nombre de cas », argumente Anthropic.

    Vers une culture cyber

    Pour que le secteur de la santé devienne véritablement résilient, comme d’autres, plusieurs leviers sont essentiels. En premier lieu, ils doivent posséder une culture du cyber et une gouvernance structurée, en plus de leur profession. Trois scénarii pour 2030

    L’optimiste : la majorité des établissements ont atteint une maturité, avec des PCA/PRA, une gouvernance, des audits réguliers et des investissements. L’IA est utilisée, comme le garde des Sceaux le préconise dès 2026, pour la justice avec des question de Droit.

    Le réaliste : des progrès sont perceptibles, mais inégaux. Le programme CaRE fonctionne, mais certains établissements sont limités par les ressources. Quant au pessimiste, les financements ralentissent, les cyberattaques, au sens large, deviennent de plus en plus fréquentes.

    (Crédits : Tara Winstead/Pexels)

    Pilulier, santé, sucre

    L’attaque contre Weda, comme celle du Centre hospitalier de la Haute-Comté à Pontarlier, est un signal d’alarme : elle rappelle brutalement que, dans un monde de plus en plus numérisé, la cybersécurité en santé n’est plus une option, mais vitale. Les chiffres 2023‑2024 montrent une situation paradoxale : plus d’incidents, mais aussi une maturité grandissante. Pour autant, les défis restent nombreux en 2025. Car la menace ne cesse d’évoluer.

  • Cyberattaques : un fléau qui frappe la France

    Cyberattaques : un fléau qui frappe la France

    En France, les cyberattaques ne cessent de se multiplier, touchant aussi bien les hôpitaux que les entreprises privées. Le site Ransomware Live recense déjà 402 attaques revendiquées par des groupes criminels organisés, ce depuis 2017. Un chiffre impressionnant, qui ne reflète pourtant qu’une partie de la réalité, puisque de nombreuses intrusions restent dans l’ombre. Les conséquences pour les entreprises subissant des cyberattaques peuvent être multiples : financières, réputationnelle et juridique.

    Les conséquences sont lourdes : pertes financières, atteinte à l’image, responsabilité juridique… faillite. Aucun secteur n’est épargné. Les cybercriminels, souvent jeunes, multiplient les assauts en exigeant des rançons contre la restitution ou la non-divulgation de données chiffrées. Mais les premières attaques remontent au 11 décembre 1989.

    Une menace omniprésente, des conséquences sans limites !

    Les vendredi 12 et samedi 13 mai 2017, Renault a dû interrompre la production dans de nombreuses usines à Batilly en Meurthe-et-Moselle, Douai dans le Nord, Sandouville en Seine-Maritime, Novo Mesto dans le sud-est de la Slovénie ou encore à Pitesti, en Roumanie. Il était urgent d’isoler les ordinateurs et les serveurs infectés par le ransomware Wannacry. Europol qualifie cette cyberattaque « d’un niveau sans précédent », car plusieurs dizaines de milliers de systèmes d’informations sont affectés, dans au moins 70 pays.

    Il n’y a pas un seul jour où des sociétés publiques comme privées ne soient sous le joug de groupes composés de cybercriminels, souvent jeunes. Les ransomwares « Qilin » revendique les cyberattaques de Bio3g, Wouters France, EPLS, PathoQuest, « The Gentlemen » affiche LPP, SAelen/Heizomat et Peggy Sage via « Datacarry ».

    Depuis « Wannacry » et Renault en 2017 , les ransomwares sont responsables de plus de 400 attaques réussies et rendues publiques dans l’hexagone. Parmi les plus actifs : LockBit (91 attaques connues), Qilin (30), 8Base (27), RansomHub (18), Hunters (12), Alphv/BlackCat (11), et d’autres comme Cl0p, Cactus, Play…

    Double extorsion

    Si les ransomwares dominent l’actualité, ils ne sont pas seuls. Les principaux vecteurs les plus connus du grand public sont les ransowmares, phishing et spear-phishing comme les attaques DDoS.

    Le phishing consiste à piéger les victimes par de faux courriels pour leur soutirer des informations sensibles. Le spear-phishing va plus loin, avec des messages personnalisés et donc plus crédibles. Les attaques DDoS, déni de service distribué paralysent quant à elles des sites web en les saturant de requêtes.

    Ces méthodes, souvent combinées, peuvent conduire à l’arrêt total d’une activité. De nombreux groupes, tels que Datacarry, adoptent une stratégie de double extorsion : ils menacent de les divulguer si la rançon n’est pas payée.

    (Crédits : Anete Lusina/Pexels)

    Ces attaques peuvent paralyser les sites web d’entreprises, entraînant des pertes financières et une altération de la réputation, voire bien pire : la faillite. Le plus emblématique des exemples sur les conséquences des cyberattaques se déroule outre-manche. Le géant britannique du transport, KNP Logistics a dû fermer ses portes en mai 2025 après une attaque du ransomware Akira de juin 2023. Une faillite brutale après 158 ans d’existence.

    L’attaque de Peggy Sage par Datacarry

    Le 15 août 2025, la marque française de cosmétiques Peggy Sage a été victime d’une cyberattaque revendiquée par le groupe Datacarry. Les opérateurs derrière le ransomware divulguent 11,3GB de données compressées sur leur site vitrine. L’ensemble des informations une fois décompressé atteint 14,3 GB. Quatre dossiers et trois documents au format CSV : stg_client de 6,9 Mo, un autre ods_client de 139.1 ko et dwh_client de 963,4 ko.

    Respectivement, ils affichent 268, 12742 et 1896 lignes. Puis quatre dossiers : Personnel de 1,2 Go (1,4 Go décompressé), shop_personnel de 5,9 Go (6,1 Go), recrut de 644,3 Mo (880,9 Mo), webOrders_old de 141,7 Mo (501,3 Mo) et recrut2 de 4,2 Go (5,5 Go).

    Les fichiers divulgués sont particulièrement sensibles : données personnelles (pièces d’identité, cartes vitales, coordonnées bancaires, adresses, numéros de téléphone…), documents RH (Documents pour le recrutement, correspondances France Travail, organigramme…), données internes (commandes, bases clients, favoris de navigation…). (Crédits : capture d’écran)

    Autrement dit, des informations exploitables pour lancer d’autres attaques ciblées contre les salariés ou les clients, par phishing ou usurpation d’identité. Chaque nouvelle cyberattaque rappelle la même réalité : la cybersécurité n’est plus un sujet réservé aux experts. Elle concerne les entreprises, leurs employés, et les citoyens dont les données circulent désormais sans protection. À l’heure où plus de 400 attaques revendiquées depuis 2017, rien qu’en France par ransomware, ont déjà été revendiquées par les cybercriminels, la question n’est plus de savoir si une vous allez être attaqué, mais : quand ?

  • Tensions dans le cyberespace ?

    Tensions dans le cyberespace ?

    Les cyberattaques sont devenues le quotidien, alors qu’elles devraient être exceptionnelles. Dorénavant, la seule inconnue est la date à laquelle je vais, vous allez, nous allons… subir une attaque cybernétique. Car, une série de cyberattaques frappe simultanément des géants de la Tech et des opérateurs de télécommunications, exposant un peu plus encore des milliards de données personnelles. Renforçant la mainmise sur des données à fort potentiel, et pour une augmentation des tentatives d’attaque (DDoS, phishing, spearphishing…) tous azimuts.

    Derrière l’exploitation de ces failles, des organisations d’individus souvent nommés « hackers ». Ils utilisent notre dépendance à l’IT à des fins financières ou de cyberespionnage, que ce soit à titre individuel ou étatique. Les risques pour la sécurité numérique mondiale sont réels. L’exemple de la gestion du cloud du Pentagone par des ingénieurs chinois en Chine est flagrant. Ces derniers jours, le conglomérat derrière le ransomware Datacarry a revendiqué l’attaque contre la société française Peggy Sage avec un fichier compressé de 11,3 GB.

    Google, Orange et Cie…

    Mais c’est un coup de tonnerre numérique qui électrise un ou deux bits. Google confirme que 2,5 milliards d’utilisateurs de Gmail sont affectés. D’ailleurs Google n’est pas seul, Orange Belgique est aussi une victime. Tout comme des serveurs de l’armée d’Argentine qui auraient été compromis par des groupes APT Storm-2603, Violet Typhoon et Linen Typhoon. Concernant Google, c’est en lien étroit avec l’affaire Salesforce, d’autres clients font les frais de cette campagne : Air France-KLM, Bouygues Telecom. « Le Google Threat Intelligence Group (GTIG) suit les activités d’extorsion suite aux intrusions de UNC6040, parfois plusieurs mois après le vol initial de données, sous le nom de UNC6240. »

    Cela implique des appels (vishing) ou des courriels (phishing) aux employés des entreprises victimes. Ils exigent un règlement en bitcoin, dans les 72 heures. « Lors de ces communications, UNC6240 a constamment affirmé être le groupe de menace ShinyHunters. »

    « Ils ont exploité des vulnérabilités dans Salesforce pour manipuler les comptes », confie un ingénieur sous couvert d’anonymat. L’entité ShinyHunters/UNC6040, réputée pour ses campagnes ciblées et ses fuites massives, est très fortement soupçonnée d’être à l’origine de cette opération.

    Parmi elles, les « dangling buckets », permettant de récupérer des informations oubliées sur des serveurs mal configurés, et des manipulations de comptes à grande échelle. Le risque est immédiat : phishing, escroqueries… (Crédits : Caio/Pexels)

    Databreaches.net rapporte, début août, que « les acteurs de la menace ont déjà envoyé une demande d’extorsion à Google ». Google, dans un communiqué, a assuré avoir alerté toutes les victimes et renforcé ses protections via les passkeys et le programme de protection avancé. Néanmoins une vigilance constante est nécessaire face aux messages suspects. Car « UNC6040 est un groupe de menace à motivation financière qui accède aux réseaux des victimes par ingénierie sociale de phishing vocal. »

    Un opérateur sous haute surveillance

    À Bruxelles, l’attaque de 850 000 comptes Orange révèle un autre visage. Selon le communiqué d’Orange Belgique, des données — nom et prénom, numéro de téléphone, numéro de carte SIM, code PUK (Personal Unblocking Key) et les tarifs — ont été consultées. Aucun mot de passe ou donnée bancaire n’auraient été consultés, toujours selon ledit communiqué. Pour un utilisateur lambda, l’attaque pourrait sembler moins grave que celle touchant Google. Pourtant, les risques de vol d’identité et de fraude (sociale) sont réels.

    Le SIM swapping est la technique permettant de prendre le contrôle d’une ligne mobile pour accéder à des services financiers ou professionnels. Le porte-monnaie est au cœur des inquiétudes de chaque individu.

    Le secteur des télécommunications, considéré comme infrastructure critique, illustre à quel point la dépendance à des systèmes centralisés et vulnérables peut fragiliser la sécurité nationale.

    En Argentine, des serveurs de l’Armée, du ministère de la Santé et de la Fondation ArgenINTA ont été compromis via ransomware et exploitation de SharePoint. Les groupes APT Storm-2603, Violet Typhoon et Linen Typhoon, connus pour leurs liens avec Pékin, sont partiellement responsables. Des groupes que l’on retrouve avec ce que l’on pourrait nommer le petit « Pentagon-Gate ». Ces incidents démontrent qu’elles ne sont plus de simples cyberattaques, mais des opérations à dimension géopolitique et géostratégique.

    Quand la géopolitique s’invite dans le cyberespace

    Elles exploitent des vulnérabilités, ouvrant la voie au cyberespionnage et à la perturbation d’infrastructures critiques. « Chaque grande puissance joue sa partition dans le cyberespace, et autant dire que la symphonie est tout sauf harmonieux. »

    Les incidents récents révèlent des patterns communs : dépendance aux services cloud centralisés, exposition massive de données, et insuffisance des audits réguliers. Sur le plan géopolitique, ces attaques rappellent que la souveraineté numérique n’est pas une option. Alors, la maîtrise des systèmes d’information est un enjeu stratégique, car chaque faille est exploitée. (Crédits : Pixabay/Pexels)

    Ainsi, le renforcement des défenses critiques et la sensibilisation des utilisateurs ne sont plus des recommandations : elles constituent la première ligne face à des menaces de plus en plus sophistiquées et politiquement instrumentalisées. D’ailleurs le Royaume-Uni annonce en juin 2025 qu’avec une dotation d’un milliard de livres, l’État britannique déploie l’IA, car selon John Healey « le clavier est devenu une arme de guerre ».