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  • L’ascension de l’emblématique El Camote (Épis. 43/46)

    L’ascension de l’emblématique El Camote (Épis. 43/46)

    Ça y est ! En ce mercredi 28 février 2024 ça fait cent jours tout pile que Flavien est parti de la maison familiale de Lavausseau. Pour résumer son voyage, cette journée ne se passe pas comme annoncé. L’aventurier du bout du monde imagine, planifie, envisage jusqu’au moment où le grain de sable vient s’immiscer dans la machine. Mais avec le recul, c’est une chance de vivre une vie où l’imprévu se présente. Elle procure un maximum d’expériences et de souvenirs. D’autant que le hasard faisant bien les choses, une journée de plus où son quadriceps peux se reposer.

    Flavien a rendez-vous à 9 h avec Ignacio pour partir en direction d’El Camote. « La cuisse est en meilleur état et son propriétaire est surmotivé, je suis prêt à 8 h 30. Ce qui est loin d’être dans mes habitudes… », reconnaît-il. Mais, car il y a un mais, cinq minutes plus tard Ignacio m’annonce qu’il s’est fait mal hier lors de sa séance de musculation et que l’on ne pourra pas y aller. « Quelle déception ! » Un quart d’heure s’égraine, quand il se met à pleuvoir. Heureusement pas comme le déluge meurtrier de Valence, en Espagne. Ici, les locaux disent « està caillando sopaipillas ». Des mets qui sont dégustés lors des précipitations d’hiver. Cette météo console et atténue sa frustration.

    Ne pas faire son cabri

    La matinée se passe, comme tout un chacun dans la salle d’attente de son médecin traitant, les yeux fixés sur le portable. Flavien recherche diverses informations sur quelques plantes qu’il pourra croiser. Il bout d’impatience en silence. « L’après-midi est ensoleillée. Je ne peux pas rester plus longtemps à ne rien faire alors que je suis sur l’un des épicentre de la biodiversité mondiale. »

    L’expérience sert toujours, à un instant où à un autre. « Pour ne pas créer de tension avec la CONAF, je décide de ne pas faire le cabri. Je reprends la direction du Mirador de Selkirk, où il me semble avoir loupé quelques espèces samedi. »

    Là-haut il convoite dans la végétation deux types de Robinsonia. « Avec les énormes Thyrsopteris, la végétation est impénétrable et je me griffe de partout. »

    Au prix de nombreux efforts « je ne tarde pas à trouver ce que je suis venu chercher. » Qui plus est, alors que je retrouve mon souffle dans une trouée de flore, se présente devant moi Ugni selkirkii. Une myrtacée en danger d’extinction, car fortement concurrencée par sa cousine invasive. « Je la photographie sous toutes ses coutures », comme à la Paris Fashion Week.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    « Je reprends le chemin et pars faire le sanglier ailleurs. » C’est alors qu’il remarque son tout premier colibri de Juan Fernandez en pleine forêt primaire. « Loin d’être effrayé de ma présence, j’ai le loisir de l’observer butiner les fleurs de l’endémique Rhaphithamnus venustus. » C’est après avoir regardé comment est constituée la fleur que l’on comprend mieux la longueur de son bec. Bien qu’il faille rentrer, Flavien profite une dernière fois de l’incroyable vue qu’offre le mirador Selkirk. Le fameux gourmet s’essaye dans un nouveau restaurant en mangeant du poisson frit au Bahia.

    C’est le bon jour pour El Camote

    Ce matin est le bon. « À 9 h 45 nous partons en direction de la Plazoleta Yunque avec le 4×4 pour rejoindre le pied du sommet de l’île. » C’est à partie de cet endroit que débute le « pseudo-sentier » vers El Camote. Sur l’itinéraire, ils récupèrent des agents de la CONAF qui doivent aller travailler à la Plazoleta.

    « À quinze dans le pick-up, il avance prudemment sur la piste qui ressemble plus à un chemin de VTT de descente… », explique Flavien accroché à son siège. Le périple, pour la cinquième ascension d’Igniacio, s’effectue en compagnie de Gonzalon le pépiniériste, Gaël un jeune de la communauté et le naturaliste Lavaucéen. « Nous parcourons une magnifique myrtisylve où de très nombreux Arthropteris grimpent à l’assaut des Nothomyrcia », décrit Flavien.

    L’équipage est en pleine montée quand Dicksonia berteroana survient. « Jusque là il y a assez peu d’invasives, c’est la forêt la mieux préservée que j’ai traversée sur l’île. »

    Un moment suspendu apparaît aux alentours de 530 m d’altitude. « Ignacio me regarde et me désigne, sans un mot, celle que je cherchais, le Lactoris fernandeziana, la plante emblématique de l’archipel. » Comme David auparavant, ils sont obligés de patienter que Flavien s’active avec son caillou accroché au zinc. « Après d’innombrables clichés, nous repartons à l’assaut de la montagne. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Dès lors les ronces, les Aristotelia apparaissent, ce qui complique sérieusement l’avancée… Heureusement Ignacio connaît bien le chemin, car il faut avouer que les anciennes traces de passages sont au milieu de toutes ces espèces de fougères. Impossible à repérer sans être un initié. Comme à chaque instant, sans être surfait, Flavien à la chance de s’émerveiller. « La vue est incroyable. Le temps est magnifique, le Yunque dégagé et il y a peu de vent, on a bien fait de reporter d’une journée », sourit le jeune homme.

    Une promesse est une promesse

    Les nouvelles espèces sont de la partie. Avec Ignacio, ils repèrent quelques pieds de Colletia au creux de falaises inaccessibles. « C’est la première fois qu’il voit cette espèce depuis trois ans qu’il œuvre ici, il est heureux comme un gosse. Pour moi tout est presque nouveau… »

    Falaise, Chili, plante

    À quelques heures de la conférence qui se tient à 18 h, ils mangent, et dénichent quelques autres plantes dans les falaises, « où je me fais quelques frayeurs, et nous redescendons. »

    Deux heures passent lorsque la salle se prépare à la conférence sur l’île Amsterdam. En échange du logement alloué gratuitement, il présente un sujet de son choix aux habitants du village. Une affiche avait été placardée deux jours avant. Dix personnes seront de la partie.

    Après avoir mangé une pizza, l’équipage se rejoint autour du zinc d’un bar. « J’avais promis de payer une bière à Ignacio et Gonzalo s’ils trouvaient le fameux Lactoris, parole tenue ! » (Crédits : Flavien Saboureau)

    « Il est minuit passé quand je rentre pour dormir mon ultime nuit dans le logement. » Les dernières heures s’approchent de plus en plus pour Flavien. D’ici quelques jours, il va retrouver les bruits de la civilisation, de ceux qui font notre quotidien, qui marquent et nous imposent un rythme insensé, à l’inverse du suave tempo de la nature. Mais la transition s’effectue doucement en repartant dès demain vers des visages connus à Santiago du Chili. À suivre…

  • Flavien fait face aux défis (Épis. 42/46)

    Flavien fait face aux défis (Épis. 42/46)

    Comme prévu, Flavien va à la rencontre des personnes œuvrant à la CONAF. À l’égard des préjugés, et des conseils avisés, il est parfois difficile de faire amende honorable. Il est confronté, somme toute avec bienveillance à ces derniers. Mais l’adage explique aussi que ce n’est pas au vieux singe que l’on apprend à faire la grimace. D’autant que l’ensemble de la vie est pareil à chemin semé d’expériences, que nous acquérons au fil des saisons. L’aventurier doit faire des choix, les assumer, et parfois ménager sa monture s’il veut aller jusqu’au bout des choses.

    « Avec Ignacio, nous avons convenu que nous irons à El Camote mercredi, c’est le seul endroit à peu près accessible qui me permettra de voir quelques espèces emblématiques. » Cependant Flavien souhaite aussi se rendre à Puerto Frances, à l’extrême est de l’île. Ignacio joue de ses contacts. La réponse ne se fait pas attendre, une guide propose le nycthémère à 140 €. Ce qui ne plait pas, mais alors pas du tout au lavaucéen. « C’est des malades ! Je ne vais pas payer cette fortune pour suivre quelqu’un sur des chemins toute la journée. »

    Parti seul, sur un coup de tête

    Les idées s’entrechoquent. Flavien se questionne. « Ignacio ne veut pas que j’y aille seul. Il a peur que je me perde. » Le tracé selon les dires de chacun est peu balisé, peu indiqué, voire inexistant. Si bien que lorsqu’il sort bureau, il est indécis, tiraillé. « J’ai l’impression qu’ils me prennent pour un bleu », argumente Flavien. Sauf, qu’il est déjà 10 h 30 et le trajet en question comporte 32 km, aller et retour. Une décision doit-être adoptée. « Je me dépêche de remplir mes deux gourdes. Me voilà parti sur un coup de tête », quitte à subir quelques remontrances admet-il.

    Roche, plante, crusoé

    Au bout d’une heure, Flavien dispose que le sentier est quasiment invisible. Les bovins brouillent les pistes, en créent des dizaines d’autres, ce qui pourrait être amusant dans de dissemblables circonstances. « En plus, je n’ai pas la trace sur mon GPS. » C’est alors qu’il sort de sa poche une carte papier touristique, et la combine avec celle des reliefs de son portable, au feeling souffle-t-il.

    « Parfois je trouve des piquets en bois qui marquent le chemin et parfois je les perds. L’un des buts de cette randonnée est de découvrir le dernier pied au monde de Dendroseris neriifolia, qui est supposé se situer au bord de la voie. » Il suit méthodiquement les différentes sentes. Au bout de deux heures de marche, il est enfin récompensé. Il continu heureux en direction de la Piña.

    Lieu où il est censé dénicher d’impressionnantes falaises, donnant sur la partie sud de l’île. Elle est la plus inaccessible compte tenu du relief et des forêts impénétrables que chacun y trouve. Sauf qu’un détail s’ajoute. « Le soleil tape très fort et je suis déjà à ma deuxième gourde. Ne croisant aucun point d’eau, cette histoire commence à m’inquiéter. » Mais il poursuit son périple. Dans une myrtisylve en bon état, il effectue sa pause déjeuner… il est 14 h 30. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Il ne reste que trois quarts de kilomètre à parcourir, une broutille. « C’est un jeu d’enfants », se réjouit l’aventurier. Sur ce coup-là, son flair est momentanément en panne. Une myrtisylve s’est effondrée. Il doit alors enjamber, se baisser, escalader les troncs enchevêtrés pour avancer. « Je dois faire du 1 km/h grand maximum ! Qui plus est, impossible de se repérer ici », grommelle-t-il dans sa barbe fraîchement taillée. Au beau milieu du talweg menant à la falaise, Flavien grimpe encore et toujours… Après une heure d’acharnements, il arrive fort heureusement à destination. « Les efforts en valaient la peine, la vue est époustouflante. »

    À la vitesse d’un escargot

    Devant lui, ne le dites pas à sa maman, 400 m de falaises tombent à pic, avec en plus du vent. « Il est rafraîchissant, ça fait du bien ! » Au sein de ce lieu, unique en son genre, la survie des plantes endémiques se joue à leurs adaptations. La plupart se sont expatriées dans l’à-pic, pour échapper à l’abroutissement des lapins et chèvres. Elles sont peu nombreuses, et exclusivement cantonnées à cette petite vallée, commente Flavien qui ouï l’un de ces cabris sans réussir à le localiser. « Ces falaises ressemblent à celles de la Pearl à Amsterdam, c’est à s’y méprendre », se remémore-t-il.

    Dans son élan, il file vers Puerto Frances où la vallée est plus encaissée. « J’espère y trouver un filet d’eau ». C’est au final un simple refuge inoccupé qui fait face à la mer. Il possède sa propre plage de galets, la commune d’Entrecasteaux en quelque sorte !

    Le ruban d’argent qui coule disparaît à ses yeux avant de se jeter en plein océan pacifique sud. « Je remonte donc un peu le talweg pour retrouver sa trace et remplir mes deux gourdes désespérément vides… ». Il a eu chaud dans les deux sens du terme. Cependant, l’eau souillée par les bovins est avec ce temps ensoleillé, chaude. « Le savant mélange pour attraper une bonne tourista. »

    Il se voit dans l’obligation, après l’avoir filtrée, d’ajouter un cachet de chlore dans chacune d’elles. « Il faut patienter une heure avant de pouvoir de nouveau s’hydrater. » C’est le meilleur moyen de tester sa force mentale. « Le chemin du retour est plus simple maintenant que je sais où je me suis perdu », s’amuse-t-il. Mais comme hier, la machine montre des signes de fatigue. « À quelques encablures de l’arrivée, mon quadriceps me rappelle une nouvelle fois à l’ordre. Je change de rythme si je veux profiter des prochains jours. »

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Falsaie, île, océan

    La vitesse amoindrie permet de profiter et de découvrir des petits trésors. « Pour terminer en beauté cette journée pleine d’inattendus, un rocher de basalte m’offre Notholaena chilensis. Une fougère reviviscente endémique qui n’est connue qu’à trois lieux sur l’archipel et donc dans le monde. J’arrive éreinté. Demain doit être consacré au repos si je ne veux pas accroître ma blessure au quadriceps. »

    Une douleur persistante

    Ce matin du 27 février 2024, la douleur à la cuisse est toujours présente et prégnante. « Même si c’est frustrant je décide de ne pas faire de gros efforts. » Rien de tel que d’être en terrasse d’un café. Il descend doucettement en centre-ville à sa recherche. « J’aimerais y écrire les quelques cartes postales achetées il y a deux jours. » Cette journée de repos est l’occasion pour déguster ces fameuses langoustes qui font la réputation de l’île, d’autant que la dernière remonte au temps de l’île d’Amsterdam.

    Bateau, pêche, île

    « Je réserve une table au restaurant, El Mirador, pour ce soir. C’est ici d’ailleurs que j’écris mes cartes postales, avec une vue imprenable sur la baie de Cumberland, où est coulé le Dresden. »

    Ne rien faire disait-il. « Ce matin, je trouve un moniteur de plongée qui m’emmènera faire du snorkeling cette après-midi pour seulement 25 €. » Les textes couchés sur papier glacé, il adopte la direction de la poste, où il fait tamponner une carte historique achetée auparavant.

    Des burgers de poissons fait maison au déjeuner, il s’achemine vers les bureaux de la CONAF le ventre plein. Il planifie et organise sa conférence avec, dans un coin de sa tête le rendez-vous avec la faune marine. « Je quitte précipitamment les locaux, le vaisseau risque de m’attendre pour aller plonger », s’affole Flavien après avoir jeté un coup d’œil sur sa montre.

    Avec la préparation, il ne grimpe dans le bateau qu’à 17 h et navigue jusqu’à l’autre bout de la baie. « L’eau est à 20 °C, mais l’extérieur étant plus frais, l’entrée dans l’océan est presque glaçante, mais revigorante. » Pour une fois Flavien découvre un milieu d’une incroyable richesse où ses savoirs sont comme ceux d’un touriste. « Je ne me suis pas beaucoup renseigné, je suis donc un peu perdu avec toutes ces espèces qui me sont inconnues. »

    Il se rassure avec quelques espèces en commun avec Amsterdam comme les impressionnantes sérioles. « J’ai la chance de furtivement nager avec une otarie de Juan Fernandez », s’émerveille le baroudeur. Une douche prise, le gastronome file au restaurant El Mirador.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    « Bien que la langouste soit de plus grande taille, le goût est très similaire à l’amstellodamoise. Accompagnée d’une bière brassée dans le petit village de l’île, on ne peut faire plus locale », martèle Flavien voyant arriver la gourmandise de fin de raps. Devinez sur quel type d’entremets ses yeux se sont posés. « Le dessert est une glace à base maqui (Aristotelia chilensis), l’une des invasives les plus problématiques sur l’île, mais quel délice ! Je rentre sous une pluie d’étoiles avec la peau du ventre bien tendue. » Cette journée de repos, très agréable, souffle-t-il, a permis de réaliser quelques activités qu’il ne me fallait surtout pas rater avant le départ. À suivre…

  • L’exploration botanique de Crusoé (Épis. 41/46)

    L’exploration botanique de Crusoé (Épis. 41/46)

    Ce matin, Flavien est excité comme une puce. Il est enfin sur l’île mythique, celle de Robinson Crusoé. Souvent entre le côté romanesque d’un livre et son adaptation au cinéma, certains lecteurs peuvent être déçus. Flavien quant à lui se focalise sur la flore. Déjà durant le voyage en bus de nuit entre Puerto Montt et Santiago du Chili, il ne pouvait s’empêcher de feuilleter quelques documents. Si bien que dès le réveil, il s’écrit : « je ne traîne pas, j’ai hâte de découvrir cette fameuse flore ! »

    Le globe-trotter est-il pressé ? La réponse est un grand oui. Après avoir voyagé en direction de l’île de Robinson Crusoé, à plus de 600 km au large des côtes Chiliennes, il foule l’une des trois îles de l’archipel Juan Fernandez. C’est à cet emplacement, durant quatre ans et quatre mois que le marin et aventurier Écossais Alexander Selkirk a vécu isolé. Histoire épique qui, peu avant 1719, a inspiré Daniel de Foe pour écrire le fameux roman. « Je prends la direction du Mirador Selkirk, le spot le plus connu pour la beauté de sa vue. Il serait aussi l’un des meilleurs endroits pour faire de la botanique », s’étonne Flavien.

    À l’abordage de la flore

    Tous les chemins s’effectuent accompagnés d’un guide. Tous sauf un, celui pour se rendre au Mirador Selkirk. Détail de l’histoire qui explose dans la tête de Flavien : Selkirk aurait surveillé la traversée de bateaux depuis ce lieu. Flavien s’enhardit quand il repasse, par hasard, devant le fameux Abutilon. Trente secondes plus tard, le colibri se pointe. « J’ai hésité à prendre mon téléobjectif, je crois que j’ai bien fait ! »

    Colibri, oiseau, Crusoé

    Après 15 min de shooting, il retourne à son sentier. La dernière grosse randonnée a marqué Flavien. Cette trace monte véritablement. « En 2,7 km il faut grimper 550 m », souffre Flavien. La pente est donc de 20 %. Le mont Ventoux affiche, à l’entrée de la forêt une moyenne sur 9,5 km de 9 %, dont un passage à 13 %. Revenons à nos moutons.

    Les constatations vont bon train. « Au début, malgré Erigeron fernandeziana qui fait de la résistance, les milieux de basse altitude sont envahis par Aristotelia chilensis et Rubus ulmifolius. Plus je monte plus ces deux invasives laissent placent à une autre, Ugni molinae », se désole-t-il. Après un peu de marche, c’est au-dessus de 400 mètres, que les premières forêts intéressantes se dévoilent au botaniste.
    (Crédits : Flavien Saboureau)

    « Sous les Nothomyrcia fernandeziana, Drimys confertifolia et Zanthoxylum mayu, les nombreuses espèces de fougères endémiques sont omniprésentes : Thyrsopteris elegans, Blechnum schotii, Pteris berteroana, etc. » Mais c’est bien l’arrivée au mirador que Flavien marque le pas. « La vue est tout simplement incroyable. » En direction du sud, il observe l’aéroport et la pointe de l’île, quand au nord la Bahia Cumberland et le village de San Juan de Bautista se dessinent. À l’est comme à l’ouest les crêtes escarpées attirent les espèces qui se laissent deviner, les Juania australis et autre Robinsonia gayana…

    Première hésitation

    « Je ne peux résister », se convainc Flavien. Aventurier et baroudeur, voire équilibriste pour le plus grand plaisir de sa maman, il tente d’avancer coûte que coûte, pour une plante. « J’essaye de m’y rendre en m’accrochant comme je le peux aux Ugni molinae. J’espère y voir Eryngium inaccessum que je ne tarde pas à trouver, mais un unique pied. »

    Il est tout juste midi, quant à 16 km de sa position, une beauté lui fait de l’œil : la pointe de l’île.

    L’hésitation suspend le temps. Les conseils avisés qui lui sont prodigués participent au flottement. « On m’a dit de ne pas m’y rendre tout seul. Il me faut au moins huit heures pour parcourir les 32 km et revenir, sachant qu’il me restera encore une heure pour rejoindre le village », partage Flavien.

    Cela ne dure qu’un instant. Les colonies d’otaries qui lui sont promises prennent le dessus sur les incertitudes et conseils. « Me voici parti à descendre la montagne de l’autre côté. » Avantage et inconvénient se mélangent. « Le chemin est bien tracé et plat, mais fastidieux », soupire-t-il. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Chili, fleur, montagne

    Le jeu en vaut-il la chandelle ? Le beau temps est omniprésent, entrecoupé de passage nuageux. « La vue sur l’inaccessible sommet, le Yunque, s’offrant quelques instants, mérite vraiment mes efforts », assure-t-il. Comme une pièce de monnaie, les deux côtés de l’île sont indissociables, mais parfaitement différents. « De ce côté, elle change radicalement de visage. Les terres sèches et érodées sont dues à la quasi-absence de précipitations estivales et aux bovins, qui sont ici en liberté. » Une des conséquences est que l’Acaena argentea recouvre presque seule ces milieux, relate Flavien.

    Cinq heures de marche

    La monotonie du tracé est agrémentée, à de nombreuses reprises, de l’observation du faucon de Juan Fernandez. Le chemin englouti peu avant 16 h, Flavien arrive à l’extrémité de l’île. « Je ne peux pas être plus proche de celle de Santa Clara. Les sommets de Robinson sont dans les nuages alors que c’est le plein soleil ici. » Pressé par le temps, il patiente quelques instants qu’ils se découvrent, mais il doit rentrer. « J’ai pratiquement cinq heures de marche, d’autant que j’aimerai me rendre dans la Bahia Carvajal pour voir l’unique plage de sable et sa colonie d’otaries. »

    L’escalier en bois est complètement écroulé, la descente n’est pas très recommandée. Elles ne sont pas habituées à rencontrer un être humain. Les centaines d’individus affalés, profitant de la chaleur du soleil, se carapatent à son arrivée. Je m’y attendais, pense-t-il à haute voix.

    À pas feutrés, il rase le sol. Les falaises les protégeant, il ne peut se placer idéalement, sans les déranger pour les photographier. « Je suis aussi et surtout ici pour en prendre plein les yeux, et les narines… »

    Attentionné sur ses gestes et son positionnement, aucun mâle ne l’a, fort heureusement, chargé. Comparés à la Bahia del Padre, les jeunes sont plus âgés de plusieurs semaines. Il se questionne d’une si grande différence à seulement quelques centaines de mètres d’écart. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Otarie, plage, Juan Fernandez

    Presque une heure vient de s’égrainer, il est tant de remonter. L’aventurier avance comme un robot. Sauf qu’une telle vitesse de marche pressée réveille quelques douleurs endormies. « Mon quadriceps droit me rappelle à l’ordre », souffre-t-il en silence. Sur le chemin du retour, il a la joie de surprendre un hibou des marais. Vers 20 h, il est au Mirador et se restaure rapidement. « Avant la dernière descente, je mets ma lampe frontale ». Soixante minutes plus tard, sans l’avoir allumé et de justesse, il arrive exténué. « Je cuisine tant bien que mal des pâtes avant de prendre ma douche et d’aller me coucher ».

    Chi va piano, va sano e va lontano

    Conscient des efforts produits la veille, il flemmarde un peu au lit. Le départ ne s’effectue qu’à 9 h 30, en direction de Plan del Yunque. « C’est un parcours aménagé par la CONAF dans une myrtisylve de moyenne altitude, somme toute à peu près bien préservée », explique-t-il. Entre trente à quarante-cinq minutes de marche sont nécessaires, au départ du village. Il observe des espèces qu’il n’avait pas encore vues, mais aussi, et surtout ses premières vraies myrtisylves. L’heure de midi sonne à son estomac, quand il est au village. « Je prends un ceviche avec du poisson, 100 % local. »

    Crête, plante, robinson

    Après une petite pause ensoleillée, il file de l’autre côté de la baie, au Mirador Salsipuedes. Le chemin pentu ne stoppe pas une envie pareille. En trente minutes, la vue sur le hameau se découvre à travers ses prunelles d’enfant.

    Les milieux naturels sont disparates, malheureusement car les forêts traversées jusque là sont toutes exotiques (Eucalyptus sp.) constate le baroudeur. « La seule superbe surprise du coin c’est Wahlenbergia berteroi, une magnifique plante saxicole de la famille des campanules. »

    Mais une autre belle se laisse désirer, elle est inaccessible au premier venu. « Je dois me frayer un chemin dans la végétation de plus en plus dense, j’avance très difficilement. » Au-dessus de 500 m d’altitude, les crêtes sont envahies par Ugni molinae. Bien qu’ils ne facilitent pas le déplacement, c’est bien plus aisé que de devoir passer dessous et dessus les arbres effondrés.

    Puis, les efforts payent. Un superbe et unique pied de Dendroseris pinnata s’est niché sur le contrefort au milieu des Ugni. « Je descends légèrement pour immortaliser cette magnifique endémique sortie de nulle part. »

    Au total, il dénombre trois individus cette après-midi. Si Flavien n’observe pas de nouvelles espèces, il remarque un tableau digne d’une écriture romanesque. « De belles reliques de forêts primaires où les Colibris du Chili et les Cachudito se disputent la place », poétise l’aventurier du bout du monde.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Arrivé à une altitude de 580 mètres, Flavien redescend par l’endroit même où il est monté. Pour pouvoir avancer, il est nécessaire d’avoir du carburant à brûler. Ce midi, ce sera donc une pizza. Demain, il retrouve les agents de la CONAF pour savoir ce qu’il faire seul sur l’île. Mais les différentes expériences vécues à son âge sont une chance incommensurable. Car tout un chacun possède un chemin de vie unique. À travers les cinq continents, la majorité ne voyage que par les récits des explorateurs, ou d’émissions telles Ushuaïa. « Deux années après avoir passé mes 24 ans sur l’île d’Amsterdam, je profite d’un nouveau printemps sur ce caillou. Un rêve de gosse. » À suivre…

  • L’arrivée sur l’Île de Robinson Crusoé (Épis. 40/46)

    L’arrivée sur l’Île de Robinson Crusoé (Épis. 40/46)

    Après avoir acheté quelques viennoiseries, Flavien reprend la direction du muséum d’histoire naturelle pour finir sa visite écourtée hier. La plupart des musées de la ville étant gratuits, ça ne pose pas de problème. La météo permet et oblige quelquefois un changement de paradigme. La biosécurité devrait être l’affaire de tous. En ce jeudi 22 février 2024, Flavien s’attelle à cette tâche plus que nécessaire. Elle reflète aussi la croissance des voyages depuis la révolution industrielle, et le plaisir de découvrir d’autres contrées.

    Pour l’instant, Flavien profite de son temps libre et de la gratuité des musées. Pour accéder au plus connu et emblématique du Chili, le Musée de la mémoire et des droits de l’homme, il suffit de se rendre sur l’avenue Matucana, juste en face de la station de métro Quinta normal. « Clémentine m’avait prévenue, il est dur. Il raconte la vie, ou survie sous la dictature de Pinochet de 1973 à 1990. Il me fait beaucoup penser à celui d’Oradour-sur-Glane. » David a les mêmes réflexes, semble-t-il. « Quand je pars, lui arrive. On se donne rendez-vous ce soir pour boire un dernier verre avant nos départs distincts : lui vers l’île de Pâques, moi sur l’île de Robinson Crusoé. »

    Une pluie salvatrice

    À la sortie du musée, il pleut, ce qui ne surprend pas plus que ça l’aventurier du bout du monde. Sauf que Clémentine lui dit, bien plus tard, que cela n’est pas arrivé depuis plus de deux mois. « Tu m’étonnes que ça glisse tant dans les rues. » Son départ pour l’île de Robinson Crusoé est prévu pour demain. Comme à chaque fois, et depuis son périple à Amsterdam il procède à la bio sécurité de son sac.

    « Comme pour aller sur Amsterdam ou encore les Malouines, il me faut nettoyer mon sac et mes vêtements de fond en comble pour éviter de ramener des espèces exotiques, si dévastatrices sur les îles. »

    L’avantage est donc de ne pas amener des espèces qui peuvent perturber l’équilibre. Est-ce possible d’effectuer une biosécurité en ce qui concerne le reste ? L’exemple du frelon asiatique, de l’écrevisse de Louisiane et du moustique tigre évoque bien des choses à tout un chacun. À la précédente question, la réponse est oui. Depuis 2014, l’Office français de la biodiversité a pour mission de faire connaître, prévenir, surveiller et évaluer les impacts négatifs de ces espèces. (Crédits : Joshua_seajw92/Pixabay)

    La fin de journée approche, quand Flavien rejoins David au bar où « nous prendrons une planche apéritive généreuse. » De retour à l’appartement de Gonzalo et Clémentine, l’estomac est déjà plein. « J’ai du mal à avaler les completos qu’ils ont cuisinés. » Il ne traîne pas pour aller se coucher, car demain est un jour tant espéré, et probablement chargé. « Un vendredi pour aller sur Robinson, le clin d’œil humoristique de l’histoire », s’amuse-t-il.

    En route pour Robinson

    « C’est le grand jour ! » Il va de ce pas, pouvoir poser un pied sur la légendaire île de Robinson Crusoé, située à 700 km des côtes chiliennes. Hier, il réserve, une fois n’est pas coutume, un Uber. Il déguste un petit déjeuner avec Clémentine et Gonzalo en les remerciant, avant de grimper en voiture. « Ce n’est peut-être pas le plus économique (22 000 pesos), mais il n’y a aucune navette rejoignant le terminal dans lequel je dois me rendre à l’autre bout de l’aéroport », explique Flavien.

    Le chauffeur, fort sympathique, dépose le baroudeur au bâtiment de la compagnie ATA à 8 h 15 précises, une demi-heure après son départ. « Étant attendu pour 9 h, je suis le premier arrivé. » Un Chilien ne tarde pas à le retrouver. Il aime la botanique et montre plein de photos de plantes du désert Chilien à Flavien.

    Peu avant 10 h, les passagers s’installent dans le bimoteur semblable à un jet privé. « Les deux pilotes nous accueillent sur le tarmac, j’ai l’impression d’être un VIP, s’émerveille-t-il. » Bien que ce ne soit pas la meilleure des huit places disponibles, Flavien choisit la plus proche du cockpit, non séparé par une porte. « Pendant les deux heures de vol, je note que le vol de croisière se fait à 22 000 pieds, une course qui oscille entre 262° et 266° avec une vitesse à plat de 170 knt », relate Flavien pour les passionnés. À 11 h 45, après des minutes à scruter la mer, le caillou se dévoile enfin entre d’épars nuages. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Situé entre deux falaises de 150 mètres de hauteur, dominant l’Océan Pacifique sud, sans tour de contrôle ni service météorologique, l’aéroport de l’archipel Juan Fernandez est l’un des plus dangereux au monde. Arrivant de l’Est, l’aéronef se situe dans le sens du vent. Il faut survoler l’île une première fois pour se mettre fasse au vent qui, comme aux Malouines, facilite grandement l’atterrissage. « Face à la piste qui semble bien petite entre ces 2 falaises, je m’apprête à vivre l’un des plus impressionnants atterrissages qui puissent exister. »

    Une poursuite en douceur

    Finalement l’atterrissage se fait tout en douceur, grâce à la maîtrise des pilotes. La température affichée est très agréable (18 °C). Le paysage quasi désertique, car il n’y a presque jamais de pluie en été. « À peine le temps de prendre quelques photos que le 4×4, dont la charrette est chargée de nos bagages, nous récupère direction la Bahia del Padre pour y prendre un petit bateau. »

    Aucune route depuis l’aérodrome ne conduit au village de San Juan de Bautista, niché dans la baie de Cumberland. Seul un chemin de 16 km permet de le relier. Descendus dans la Bahia del Padre, « nous attendons près du ponton d’embarquement. C’est l’occasion de réaliser mes premiers clichés de plantes avec Salicornia neei. »

    C’est surtout le moment de retrouver des colonies d’otaries, celles de Juan Fernandez, endémiques de l’archipel. Le bateau récupère les voyageurs. « C’est parti pour 1 h 30 de navigation, en direction du village au nord de l’île. » La mer n’est pas très formée, mais suffisamment pour les éclabousser.

    Cela ne l’empêche pas de prendre quelques photos des impressionnantes falaises. « Les sills et dikes me font fortement penser aux falaises d’Entrecasteaux et de la Pearl sur Amsterdam. » (Crédits : Flavien Saboureau)


    « Près du Morro Junango, deux puffins blancs (Ardenna creatopus), appelés ici Fardela Blanca, nous font le plaisir de survoler le bateau. Cet oiseau endémique du Chili ne niche que sur l’archipel et l’île de Mocha. » Les derniers instants de l’épopée sud-américaine de Flavien promettent d’être passionnants.

    Une plongée au cœur du roman

    En chemin, dans la baie de Puerto Inglés, l’occasion leur est donnée d’observer de loin la fameuse grotte d’Alexander Selkirk. « J’espère pouvoir m’y rendre cette semaine. » Le débarquement est rapide, chaque voyageur passe à la SAG. Le but est de vérifier que personne ne ramène ni fruits ni graines. « Me voilà, une fois de plus, livré à moi-même. Je n’ai pas de carte de la ville, mais au vu de sa taille je ne devrai pas avoir de mal à trouver la CONAF. »

    Au préalable, Flavien a échangé des courriels avec Angela Cropper, directrice de la CONAF, l’équivalent français de l’ONF. Ce qui lui procure un hébergement gratuit pour sept jours. En contrepartie, « je paye une femme de ménage et réalise une présentation pour les habitants. »

    L’organisme est identifié, car il croise dans les rues plusieurs personnes qui lui indiquent l’itinéraire.

    « Il est 14 h, c’est l’heure de reprise. J’accompagne Sylvia et Gonzalo rencontrés sur le chemin et qui y travaillent. » Ils lui expliquent de nombreuses choses, quand Ignacio fait son apparition.

    C’est le ranger qui connaît le plus les plantes sur l’île et celui qui parle le mieux anglais. Ce dernier montre le bâtiment où le baroudeur va dormir les prochains jours. Juste après, ils sont de retour au bureau. « Gonzalo me fait la visite de la pépinière dont il s’occupe. C’est impressionnant le nombre d’espèces endémiques qu’ils cultivent. »

    La soirée, Flavien déambule et visite l’ouest de la ville. Puis « je vais faire tamponner mon passeport dans la petite poste du coin ».

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    « C’est alors que je repère, dans un jardin, un Abutilon qui attire le fameux et magnifique colibri de Robinson Crusoé. C’est proche de mon hébergement, il faudra que j’y revienne avec mon téléobjectif. Pour cette première soirée sur l’île, je me fais une pizzeria face à la baie et ses superbes barques dispersées dans l’entièreté de la Bahia Cumberland. » À suivre…

  • Los Dientes de Navarino  (épis. 20/46)

    Los Dientes de Navarino (épis. 20/46)

    Le jour J est arrivé. Depuis plusieurs mois Flavien en rêve. « Maintenant c’est le départ pour le fameux trek des Dientes de Navarino, le plus austral de tous. » Il est réputé pour sa difficulté, qui réside surtout dans sa météo imprévisible. Pour le moment le soleil est au beau fixe et j’irai même jusqu’à dire qu’il fait chaud, pense le randonneur. Après s’être inscrit sur le tableau du camping, où les randonneurs se renseignent (en plus des carabineros), il prend la direction du départ du trek, à 3 km de route et de piste de là.

    Flavien se présente au départ du trek. Une nouvelle fois, des gardes de la CONAF (l’équivalent de l’ONF) le mettent en garde sur les risques encourus. « Ils me demandent de faire demi-tour si j’ai de la neige jusqu’aux genoux. » Rassurant… Effectivement certains se sont retrouvés à avoir des congères sur les tentes même en plein mois de janvier. L’été austral se déroule du 7 novembre au 4 février en saison astronomique et du 1er décembre au 28 février en saison climatique. Donc Flavien se trouve en plein été à cette période du calendrier.

    La découverte du Tipula kuscheli

    Pas moyen de reculer, après tant de chemin parcouru. « Je trace dans la forêt, mais le dénivelé est là ! » Un beau 500 m de dénivelé positif pour rejoindre le Cerro Bandera. C’est le sommet dominant la ville de Puerto Williams et le Beagle. « Là-haut, j’observe Tipula kuscheli, un cousin de l’île Navarino et dont les observations se comptent sur les doigts d’une main. » Ses ailes sont réduites pour résister au vent qui règne.

    L’aventurier continu son chemin dans les éboulis, direction plein nord. « J’enchaîne deux cols de 790 et 743 m d’altitude où il faut, même un 3 janvier, traverser des névés. » Le temps se couvre, mais n’est pas menaçant… pour le moment.

    Le chemin est surplombé par le Picacho. Il culmine à 1111 mètres. Le sommet de l’île, dont l’ascension ne peut s’effectuer qu’en hiver. La mauvaise qualité de la roche une fois le dégel initié, explique la dangerosité.

    « À l’horizon, à quelques dizaines de kilomètres de là, les îles du Cap Horn se distinguent extrêmement bien, le pied », claque Flavien. Le sentier serpente dans les pierriers et le long des torrents avant qu’il n’arrive au lac des Dientes, « où je compte bivouaquer ». (Crédits : Flavien Saboureau)

    Le spot est protégé par un énorme rocher et un Nothofagus d’une taille respectable à cette altitude. « Il est 18 h et je ne tarde pas à monter la tente ». Riche idée, car un petit quart d’heure plus tard, il se met à pleuvoir. « Je remplis mes gourdes et je rentre à l’abri. » Mais le temps peut changer du tout au tout.

    Une armature de la tente casse

    « Vers 19 h, juste avant le repas, des coups de vent, comme j’en ai rarement vu, secouent la tente dans tous les sens. » En plus d’être aventurier, il faut s’essayer aux arts du spectacle. « Je fais l’équilibriste à plusieurs reprises pour essayer de maintenir les toiles et les arceaux depuis l’intérieur. J’enfile mes chaussures et sors pour vérifier la tension de la toile et des haubans. »

    Puis, Flavien use de qualités insoupçonnées « J’en profite pour rehausser les murets de pierres sèches qui m’entourent jusqu’à hauteur de hanche. » Malheureusement cela ne suffit pas. Une dizaine de minutes passe quand ce qu’il redoute se produit. « L’une des armatures de la toile interne lâche et ma tente se retrouve toute détendue, avec ces conditions c’est la panique à bord… »

    Il faut un plan d’attaque. Après avoir réfléchi longuement et rapidement, il sort. Bravant d’improbables rafales, le couperet tombe : impossible de recoudre. « Je perce une partie de ma toile (chose à ne pas faire normalement…) et me sers d’un des haubans pour retendre la toile interne. Ça semble fonctionner ! »

    Les régimes de rafales s’étendent alors qu’il se prépare de quoi manger. « Quelle galère de faire du feu à l’intérieur tout en maintenant la toile. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Heureusement que le rocher était là. « J’ai du mal à trouver le sommeil », souffle-t-il. Il faut attendre minuit pour que le vent se calme. « C’est un peu comme lors de la tumultueuse traversée du canal de Magellan, le vent se dissipe la nuit arrivée. Quelle soirée ! » Il espère, en s’endormant que la réparation de fortune tienne le reste du voyage… Dans la nuit, il se réveille à 3 h 45. Il a le plaisir de constater que le calme revenu, que le ciel est complètement dégagé.

    Trempé jusqu’aux os

    Ce jeudi matin, le vent n’est plus qu’une histoire ancienne, mais la pluie a fait son apparition. Du fait du ciel dégagé, les températures ont baissé. Conclusion, un épais brouillard s’installe. « À 9 h je pourrais être prêt, mais je suis venu pour voir les paysages et je suis en avance sur le programme, alors j’attends. » La tente est démontée et posée sous un énorme rocher, « j’espère qu’elle va sécher ».

    « Quelques minutes plus tard, je m’abrite en m’allongeant sous ce rocher, car la pluie redouble d’intensité. » Une heure, il patiente. À 10 h la pluie et l’épais brouillard se dispersent. Ils dévoilent d’un coup, les sommets qui l’entourent dans une atmosphère très humide.

    « C’est le moment d’y aller avant que ça recharge et que je doive encore attendre dans cette position désagréable. »

    L’emplacement de sa tente est désormais sous 2 cm d’eau. À peine 15 min après le départ, l’air est chargé d’humidité. « Il n’en faut pas plus pour que j’enfile le pancho. » Il passe ainsi devant de nombreux lacs sans vraiment profiter de la vue.

    Deux heures s’écoulent, sous cette pluie. Flavien est affublé de ses guêtres, d’un sursac, d’un ciré… « Malgré tout l’attirail que j’ai enfilé, je ne suis pas loin d’être trempé jusqu’à l’os. » Comble du bonheur, l’étanchéité de ses chaussures lâche. (Crédits : Flavien Saboureau)

    « C’est pareil à la journée à Port Stephens », acquiesce-t-il. Sauf que ce soir il n’y a pas chambre sèche et chaude à l’arrivée. « Je passe un col à plus de 740 m sans aucune visibilité. Je m’oriente grâce aux cairns et au GPS. » Il souhaite être proche de l’arrivée dès ce soir. « La fin est particulièrement compliquée », paraît-il. Sauf, qu’un petit détail est à passer avant, un col de 850 m. Il espère profiter des paysages d’altitude. Un autre détail ne l’enchante pas du tout. « Le potentiel passage de névés dans le brouillard ne me tente pas forcément non plus. »

    Une après-midi bien monotone

    La pluie ne cesse d’honorer Flavien de sa présence. Si bien qu’à midi, le repas se déroule dans une humidité ambiante, qui le dissuade de faire une sieste. Il potasse ses cartes pour trouver un coin pour bivouaquer. « Je trouve un spot de bivouac au pied du fameux col. Je vais tenter de m’y rendre en espérant que personne n’ait eu la même idée que moi. »

    De toute façon, jusqu’à maintenant, il n’a pas croisé une seule personne. Lui qui veut voir des paysages à couper le souffle, c’est le brouillard qui est à couper au couteau.

    « Dans le brouillard et les milieux humides, l’après-midi est monotone, je ne trouve pas de nouvelles plantes à me mettre sous la dent. » Peu de surprises au niveau des végétaux. « Je crois avoir fait le tour des communautés végétales de l’île Navarino et de la Terre de Feu en général. »

    Puis, en milieu d’après-midi une silhouette se détache dans le décor sublime. « J’aperçois au loin quelqu’un qui semble me talonner. » L’avance de Flavien est telle qu’il arrive en premier au point nommé. (Crédits : Lac Navarino/Flavien Saboureau)

    « Malgré tout j’arrive avant lui, bien qu’il ne semble pas avoir voulu s’y arrêter, au spot de bivouac. » Sur les recherches de ce matin, Flavien avait remarqué que la zone de bivouac, un simple promontoire plat, n’était pas au bord de l’eau. L’anticipation du remplissage de gourdes tombe à pic. Ce n’est pas cette eau qui le préoccupe, mais celle qui tombe du ciel depuis ce matin. « J’en ai ma claque d’être sous la flotte ! Il tombe des cordes. » Peu importe, il monte la tente. « Ma réparation de fortune semble tenir et il me faut que 5 min chrono pour réussir à me mettre à l’abri. »

    Après la pluie, le froid

    Il est 17 h 15. L’attente interminable débute, seul avec la percussion des gouttes sur la toile. « Cela me fait penser à de longues après-midi sous les orages sur le GR20. » Prévoyant, Flavien a pris le soin de mettre le sac de couchage à l’intérieur d’un sac poubelle ce matin. « J’enfile en plus le sursac étanche de survie pour ne pas humidifier mon duvet. J’ai beau avoir mis le footprint en dessous de ma tente, le sol est loin d’être sec… »

    Une journée qui se termine sur une note humoristique. Les gourdes sont belles et bien remplies, mais pas assez pour faire la vaisselle. « Le comble », sourit Flavien.

    Alors, ce soir il faut mettre un peu de chaleur dans l’assiette. « Je me fais de nouveau un lyophilisé, Chili con carne cette fois. » La pluie quant à elle cesse sur les coups de 21 h. Elle laisse sa place au froid.

    « Hier matin, la météo a annoncé 4 °C au niveau de la mer pour cette nuit. Et je suis à plus de 400 m, le sursac ne sera peut être pas de trop finalement. »

    Seule inquiétude, la densité des précipitations nocturnes. « C’est un coup à ce qu’il neige et il paraît que ça ne fait pas semblant ici. »

    (Crédits : Armeria curvifolia — Plumbaginaceae/Flavien Saboureau)

    « Les Français d’Angers, rencontrés il y a quelques jours, me disaient avoir abîmé leur filtre à cause du gel. Ni une ni deux, je le sèche et dormirai avec. Plus qu’à espérer que mes conditions météorologiques soient plus clémentes demain ». À suivre…