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  • Lara, Brenda et Morena sauvagement assassinées en Argentine

    Lara, Brenda et Morena sauvagement assassinées en Argentine

    Le monde en Argentine s’est arrêté ce samedi 27 septembre 2025. Lara Morena Gutierrez, 15 ans, et deux cousines âgées de 20 ans, Brenda del Castillo et Morena Verri, sont décédées dans d’atroces souffrances. Elles étaient censées se rendre à une fête qui se révélera être un piège mortel… Sur fond de trafic de drogue. Aucune limite n’appartient à cette société criminelle. Leur calvaire aurait été filmé et diffusé en direct dans un groupe privé de plus de 40 personnes. Depuis, douze individus sont interpellées, un mandat d’arrêt international à l’encontre du chef présumé « Pequeño J ».

    Amérique du Sud, Buenos Aires, le 19 septembre 2025. La nuit tombe sur la capitale argentine, mais pour Brenda Del Castillo (20 ans), Morena Verdi (20 ans) et Lara Gutiérrez (15 ans), la soirée s’annonçait festive. Elles quittent leurs foyers et montent dans un pick-up blanc au rond-point du quartier de « La Tabalada », vers 21 h 30. Elles viennent tout simplement de disparaître à jamais. Leurs téléphones cessent d’émettre. L’ultime bornage permettra à la police de localiser leur dernière position.

    L’Argentine s’indigne face au triple féminicide

    Leurs corps sont retrouvés cinq jours plus tard dans une maison à Florencio Varela, à moins de trente kilomètres au sud de Buenos Aires. Lara, Brenda et Morena ont été torturées, mutilées, tuées et enterrées dans le jardin. « Il y a eu préméditation […] », a déclaré mercredi le ministre de la Sécurité de la province de Buenos Aires, Javier Alonso. C’est à 21 h 29 que les trois jeunes femmes sont montées volontairement dans un pick-up Chevrolet Tracker de couleur blanche. Elles attendaient à l’intersection des avenues Monseñor Bufano et Crovara près de la station-service, dans la localité de La Tablada, située au nord-est du district de La Matanza, dans la province de Buenos Aires.

    La Direction départementale des enquêtes (DDI) de La Matanza a suivi le trajet du véhicule volé grâce à la vidéosurveillance. Le chauffeur se stoppe devant une maison, placée dans les rues Chañar et Jachal, à Varela. Plusieurs perquisitions ont été menées peu avant 8 heures ce mercredi 24 septembre, conduisant à de nombreuses arrestations.

    Deux corps ont été retrouvés enterrés, le troisième une heure après. Après avoir été transportés à la morgue, les proches ont reconnu les victimes. Les autopsies révèlent l’horreur : coups, brûlures, mutilations, démembrements. (Crédits : Google Maps)

    À Lara, on a coupé les cinq doigts d’une main et une partie de l’oreille avant de la décapiter. Morena et Brenda ont subi des tortures similaires. Le crime aurait été commandité par Tony Janzen Valverde Victoriano, alias « Pequeño J », trafiquant péruvien de 20 ans, et son bras droit, Matías Agustín Ozorio, également péruvien. Le procureur Gastón Duplaá de l’UFI décentralisée nᵒ 2 de La Matanza est chargé de l’enquête. « Les trois jeunes femmes assassinées, selon la plainte de leurs familles, étaient exploitées sexuellement dans cette région », relate Pagina 12.

    Des peines de prison jusqu’à perpétuité

    Au stade de l’enquête, douze individus sont en détention préventive pour ce triple assassinat. Quatre personnes en lien avec le lieu du crime. Il s’agit de Miguel Villanueva Silva, Péruvien, et d’Andrés Maximiliano Parra, Celeste González Guerrero et Daniela Iara Ibarra, tous trois Argentins. Ils sont inculpés d’« homicide qualifié pour avoir été commis avec la participation préméditée de deux ou plusieurs personnes, pour avoir été commis par traîtrise et acharnement et pour avoir été commis par un homme contre une femme par violence de genre ». L’un d’eux a évoqué le vol de 5 kg de cocaïne comme origine des crimes.

    Les huit autres détenus ont été arrêtés dans un bidonville de Buenos Aires, accusés d’appartenir à l’organisation criminelle qui perpétra ces assassinats. Magalí Celeste González Guerrero (28 ans), Andrés Maximiliano Parra (18 ans), Iara Daniela Ibarra (19 ans) et Miguel Angel Villanueva Silva (27 ans) sont d’ores et déjà transférés à la prison de Melchor Romero. Magalí Celeste González Guerrero a décidé de coopérer avec la justice. Ces informations cruciales ont permis de faire la lumière sur le déroulement du crime et les identités des agresseurs.

    Lázaro Víctor Sotacuro, cinquième suspect pour le triple féminicide, a été capturé dans un foyer à Villazin (Bolivie), à 600 mètres de la frontière avec l’Argentine. La police recherche le présumé commanditaire, un narcotrafiquant péruvien Tony Janzen Valverde Victoriano, alias « Pequeño J », contre lequel pèse un mandat d’arrêt international, ainsi que deux tueurs à gages. (Crédits : Ron Lach/Pexels)

    Ce triple assassinat est officiellement qualifié de féminicide. Villanueva Silva et Ibarra, s’ils sont reconnus coupables par un tribunal, encourent la réclusion à perpétuité, soit 50 ans de prison au maximum selon le code pénal modifié en 1994. Les deux autres personnes arrêtées, Andrés Maximiliano Parra, 18 ans, et Magalí Celeste González Guerrero, 28 ans, qui nettoyaient la scène de crime, ont été accusées de recel aggravé. Tous ont été déférés à la demande du procureur Dupláa, avalisée par le juge d’instruction de l’affaire.

    Manifestations spontanées dans l’ensemble du pays

    Des manifestations spontanées ont éclaté à Plaza de Mayo et devant le Congrès. Des centaines de citoyens dénoncent ainsi l’inaction des autorités face au problème colossal du trafic de drogue en Argentine. Les slogans scandés à l’unisson « Justice », des bougies allumées sur les trottoirs et des pleurs étouffés à la hauteur de la douleur collective. « L’Argentine n’est pas habituée à des crimes perpétrés avec autant d’acharnement », affirme El País América.

    « Il n’y a pas de précédent pour la sauvagerie, et encore moins pour la brutalité avec laquelle ces trois jeunes femmes ont été assassinées », qualifie l’avocat de la famille de Brenda, Fernando Burlando. Le gouverneur Axel Kicillof a pris la parole, appelant à une réponse coordonnée face au narcotrafic et exhortant le président Milei à prendre ses responsabilités.

    « Je demande au président qu’il convoque urgemment les gouverneurs pour une table de travail nationale, parce que la question du narcotrafic est internationale, mais elle affecte tout le territoire de l’Argentine », a exigé Axel Kiciloff. Le message est clair : le pays ne peut plus ignorer l’ampleur du fléau. Cependant, la Casa Rosada est restée silencieuse, alimentant le sentiment d’impuissance face à une menace qui dépasse les capacités des autorités locales. (Crédits : Anita Pouchard Serra/El País)

    Les enquêtes préliminaires orientent les soupçons vers des réseaux de narcotrafic actifs dans plusieurs provinces. Les experts et autorités judiciaires indiquent que ce triple meurtre pourrait être lié à des luttes internes entre cartels. Mais également à une stratégie d’intimidation des populations et des témoins. Le modus operandi correspond aux méthodes observées dans d’autres affaires de criminalité organisée transnationale. « Les quartiers les plus humbles d’aujourd’hui sont gérés par le trafic de drogue avec la complicité de la police, c’est comme ça », témoigne Vanina, au quotidien El País.

    Une onde de choc

    L’Argentine se réveille groggy de ce déchaînement de violence. Ces féminicides, loin d’être de simples drames isolés, révèlent le mécanisme pervers d’une société où les réseaux de drogue exploitent la vulnérabilité des quartiers populaires. Lieux où les femmes deviennent les premières victimes collatérales, car le corps des femmes devient une monnaie d’échange. Les tueurs liés à des bandes criminelles, transforment la mort en message, la peur en stratégie de contrôle.

    Ces narcotrafiquants utilisent la violence « pour envoyer un message à la communauté de voisins où ils s’installent ou aux autres groupes avec lesquels ils peuvent avoir une rivalité ; ou pour inspirer la peur ou s’amuser un moment », explique Esteban Rodríguez Alzueta, chercheur à l’université nationale de Quilmes, « Aujourd’hui, ce sont mes deux petites-filles qu’ils ont tuées. Cette fois-ci, ils ont pris trois vies, mais demain, ils vont en prendre quatre, puis cinq. Ça ne peut pas continuer comme ça », a déclaré au quotidien Perfil le grand-père de Morena et Brenda.

    Ce féminicide n’est malheureusement pas un fait divers isolé. Cette violence s’inscrit dans une dynamique régionale où le narcotrafic mexicain, paraguayen et brésilien étend son influence. L’Argentine devient un point stratégique pour le trafic de drogue. (Crédits : Anita Pouchard Serra/El País)

    Les cartels utilisent des zones comme Florencio Varela pour écouler leur marchandise, blanchir de l’argent et exercer leur pouvoir. Ils profitent et exploitent la vulnérabilité des quartiers populaires pour asseoir leur domination. La dimension géopolitique de ce triple féminicide apparaît dès lors que l’on considère le rôle des réseaux de narcotrafic dans la région. L’Argentine, comme toute l’Amérique du Sud, telle la Colombie se retrouve exposée à une criminalité capable d’influencer les décisions politiques et économiques. Les cartels utilisent la terreur ciblée pour intimider les populations et fragiliser les administrations locales, compliquant la gouvernance et la mise en œuvre des politiques publiques.

    Arrestations de Matías Ozorio et « Pequeño J »

    Le présumé commanditaire et son bras droit sont désormais sous les verrous. Les deux criminels avaient pris la fuite au Pérou. La police de Buenos Aires a confirmé mardi 30 septembre — en collaboration avec la direction antidrogue de la police nationale péruvienne — avoir arrêté au sud de Lima « Pequeño J », le présumé commanditaire du triple féminicide narco à Florencio Varela. La fuite de Tony Janzen Valverde Victoriano s’est interrompue sur l’autoroute Panamericana à 70 kilomètres de Lima, caché dans un camion.

    Avec Matías Agustín Ozorio, il devait se rejoindre à 22 heures, sur la place Parque Lima dans le district de Los Olivos. Aucun des deux n’est arrivé au point de rencontre. Le dernier post des cousines était une image à l’intérieur du véhicule. Deux porte-clés, l’un de « Baby Yoda » et l’autre de « Luigi ». Ces porte-clés contenaient des bâtonnets avec lesquels les filles consommeraient de la drogue nommé Tusi.

    « Ils veulent stigmatiser les victimes en disant qu’elles voulaient de l’argent facile ou qu’elles étaient des prostituées, comme si c’était pour cela qu’il était juste de les tuer, sans même savoir comment est la vie dans nos quartiers, les rares options qui sont offertes aux filles pour vivre, pour survivre », ajoute Vanina. (Crédits : Infobae)

    Brenda, Morena et Lara ne sont pas seulement des victimes individuelles. Leur mort résonne comme un signal d’alarme pour tout un pays, voire un continent. Cela souligne la nécessité de renforcer les dispositifs de sécurité, d’éclairer la société sur les enjeux du narcotrafic et de coordonner les efforts internationaux. Entre émotion, indignation et réflexion stratégique, l’Argentine est confrontée à l’urgence. L’urgence de protéger ses citoyens et ses institutions contre des menaces de plus en plus complexes et globales.

  • Une proposition de loi assimile l’avortement légal à un homicide au Brésil

    Une proposition de loi assimile l’avortement légal à un homicide au Brésil

    Le Brésil s’embrase. La Chambre des députés a approuvé mercredi 12 juin l’étude en urgence du projet de loi n° 1904/2024. Elle vise à qualifier l’avortement légal après 22 semaines de grossesse, d’homicide. Ce qui met le feu aux poudres est, entre autres la peine maximale encourue. Les incarcérations encourues sont supérieures à celles prévues par le Code pénal brésilien pour les violeurs — de 6 à 10 ans : jusqu’au double. Après les États-Unis, le Brésil veut-il supprimer le droit, fragile, des femmes à disposer de leurs corps ?

    L’IVG est illégale au Brésil depuis 84 ans. Sauf pour trois cas bien définis : en cas de viol, de danger pour la vie de la mère, ou d’anomalie cérébrale du fœtus (anencéphalie fœtale). Cette loi pourrait admettre l’impensable. Prenons un exemple sordide. Une femme est victime de viol, elle pratique un avortement après la 22e semaine de gestation. Elle pourra alors être condamnée à une peine plus lourde que son violeur. Car la proposition de loi dispose en cas de qualification d’homicide, une peine pouvant aller de six à vingt ans d’emprisonnement, soit le double des peines maximales prononcées pour viol.

    Voyage en Absurdie

    Elle pourra alors être condamnée à une peine plus lourde que son violeur. Car la proposition de loi dispose en cas de qualification d’homicide, une peine pouvant aller de six à vingt ans d’emprisonnement, soit le double des peines maximales prononcées pour viol. Comme à chaque instant, semble-t-il, dès qu’une question touche à l’intimité d’une femme, une loi est enfantée par un homme. Cette proposition de loi est l’œuvre d’un député de droite de Rio de Janeiro.

    Le député Sostenes Cavalcante (PL-RJ) est soutenu par une trentaine de ses confrères. Ils sont en majorité issus du Parti libéral de l’ancien président Jair Bolsonaro. Celui qui invoquait le « guide du zizi sexuel » pour discréditer le ministère de l’Éducation, Fernando Haddad, à des fins présidentielles. L’ex-président affirmait dans une interview d’août 2018 qu’il était un « kit gay » distribué dans les écoles au Brésil.

    « Le STF (tribunal suprême fédéral) est actuellement saisi d’un recours pour non-respect d’un précepte fondamental — ADPF n° 442 — déposé par un parti politique (PSOL) qui demande d’interpréter les articles 124 à 126 du Code pénal de manière à dépénaliser les avortements pratiqués jusqu’à la douzième semaine de grossesse. »

    (Crédits : Domingos Peixoto/Agência O Globo)

    Aujourd’hui, la majorité des pays de l’hémisphère nord autorisent l’avortement. Il n’impose pas de restrictions majeures jusqu’à la 10e ou 12e semaine de grossesse. Par le seul fait du libre choix de la femme enceinte. Ce n’est plus le cas aux États-Unis où au Texas l’avortement est illégal même en cas de viol ou d’inceste, seule exception la mise en danger de la femme, jeune femme ou enfant enceinte.

    État du Droit à l’avortement aujourd’hui au Brésil

    Le Code pénal brésilien ne punit pas l’avortement en cas de viol, et ne fixe pas de délai pour cette intervention. D’ailleurs, le recours à l’avortement pour sauver la future mère ne la condamne pas non plus. Le recours à l’avortement est couché noir sur blanc dans le Code pénal, aux articles 124, 125, 126, 127 et 128 depuis le 7 décembre 1940 et appliqué depuis 1942.

    Aujourd’hui, le code prévoit d’un à trois ans de prison, la femme qui a recours à l’IVG. La peine est d’un à quatre ans pour qui provoque l’avortement, même les médecins. Sans le consentement de la personne enceinte, la peine d’emprisonnement passe de trois à dix années.

    L’avortement pratiqué après 22 semaines de grossesse sera puni d’une peine d’emprisonnement allant de six à vingt ans dans tous les cas. Notamment dans le cas d’une grossesse résultant d’un viol… La double peine.

    Les femmes manifestent avec un seul et même slogan : « Criança não é mãe ». Comme sur la photo : « Être une fille n’est pas être une mère » (Crédits : Domingos Peixoto/Agência O Globo)

    La législation pénale sur l’avortement au Brésil reste inchangée depuis plus de 80 ans. Pourtant l’évolution des mœurs, des pays et de ceux qui les habitent ne cesse de croître sur les cinq continents. La controverse tourne autour des traitements juridiques disparates dans le monde. Ainsi, sur le continent africain, en Amérique latine (sauf Cuba et l’Uruguay) est observée une plus grande discipline juridique en la matière. Bien que de nombreux pays semblent régresser envers ce droit.

    Qualifié de “projet de loi sur la grossesse infantile”

    La préoccupation des femmes est légitime. D’autant que les violences sexuelles sont courantes au Brésil. Un rapport d’une ONG révèle qu’en 2022, une moyenne de huit viols par heure est enregistrée. Pire encore, 61,4 % des viols sont perpétrés contre des enfants de moins de 14 ans. L’ignominie ne s’arrête pas. Dans plus d’un viol sur dix, les victimes étaient âgées de moins de quatre ans. La proposition de loi effraye chacune et chacun. Silvio Almeida, Ministre des droits de l’homme et de la citoyenneté, et Cida Gonçalves, Ministre des femmes, se sont prononcés contre le projet de loi. Cida Gonçalves, a même déclaré qu’il s’agissait d’une matérialisation juridique de la haine qu’une partie de la société éprouve à l’égard des femmes.

    Ce projet de loi est appelé par les militants du droit à l’avortement légal le « projet de loi sur la grossesse infantile ». L’avocate Letícia Ueda Vella du mouvement féministe « Sexualité et santé » explique qu’il n’est pas toujours facile d’identifier « la violence sexuelle et d’imaginer qu’une enfant va être enceinte de sorte que les symptômes, voire la croissance du ventre, ne sont pas toujours évalués par la famille et le manque de connaissances de la jeune fille sur son propre corps […] ».

    « La stigmatisation […] a un impact direct sur l’accès à un service de santé publique. Nous savons qu’aujourd’hui, la plupart des femmes qui sont poursuivies pour avoir avorté sont dénoncées par des professionnels de la santé qui rompent le secret médical. » (Crédits : Edilson Dantas/O Globo)

    « La procédure est souvent pratiquée dans des cas de viol dans lesquels la victime — souvent des enfants — découvre qu’il y a eu une fécondation longtemps après une violence sexuelle », martèle Brasil de Fato. L’avocate enfonce le clou. « Nous savons que les effets d’une grossesse dans l’enfance, d’une maternité dans l’enfance sont extrêmement néfastes, nous parlons vraiment de la perte de ces enfances, car il y a un impact énorme sur la santé mentale, il y a un impact énorme sur le taux d’abandon scolaire, il y a une véritable interruption des rêves et de la vie de ces jeunes filles et de ces femmes. »

  • L’Amérique latine en proie à des violences sur fond de trafics de drogue, de cartels et de gangs

    L’Amérique latine en proie à des violences sur fond de trafics de drogue, de cartels et de gangs

    Le candidat à l’élection présidentielle équatorienne Fernando Villavicencio a été tué jeudi 10 août 2023, à la sortie d’un meeting lors de la campagne électorale organisée à Quito. L’assassinat du candidat à la présidence a choqué l’Équateur. Mais il a également ébranlé de nombreuses personnes en Amérique latine. Depuis six suspects d’origine colombienne sont arrêtés, un septième est décédé pendant son transfert à l’hôpital. Les autorités présument leurs implications dans l’assassinat de l’ancien journaliste.

    Suite à l’assassinat du candidat, le président équatorien a déclaré l’état d’urgence dans tout le pays pour 60 jours. Il a confirmé que les élections auront lieu le 20 août comme prévu. L’état d’urgence était déjà en place dans trois régions, suite à des problèmes de violence. Fernando Villavivencio s’était fait une réputation de journaliste d’investigation en révélant des soupçons de corruption parmi les membres du gouvernement de l’ancien président Rafael Correa. « L’Équateur est devenu un État en faillite », a d’ailleurs déclaré Rafael Correa depuis son exil en Belgique, relate El Periódico. Depuis l’enquête conduit à un procès où dix membres du gang « Los lobos » sont arrêtés. Carlos Edwin Angulo Lara est condamnée à 34 ans et 8 mois de prison. Un autre procès est annoncé.

    Un cycliste passe devant le centre sportif où le candidat à la présidence équatorienne Fernando Villavicencio a tenu son dernier meeting avant d’être assassiné, jeudi 10 août 2023 à Quito. Il est le troisième assassinat politique depuis celui de Rider Sánchez Valencia le 17 juillet 2023. (Crédits : El Periódico/Rodrigo Buendia/AFP)

    Le même président Rafel Correa est condamné par contumace à huit ans de prison et 25 ans d’inéligibilité, le 7 avril 2020. Ce jugement est confirmé en appel le 20 juillet 2020, et le 8 septembre en cassation. Il est également ciblé par 25 autres chefs d’inculpation. D’ailleurs en 2011, l’ancien président poursuivait Fernando Villavicencio et son collègue Juan Carlos Calderón, pour préjudice moral après la publication d’un livre révélant des contrats irréguliers de son frère.

    Meurtres, drogues, corruption…

    La police a déclaré dimanche que le tireur qui a tué le candidat est mort. Six autres suspects d’origine colombienne ont été capturés. Défavorablement connus des forces de l’ordre, ils ont une « myriade de crimes » dans leur pays et en Équateur. Le lundi 17 juillet, c’est le candidat au poste de député de la région d’Esmeraldas, Rider Sánchez Valencia qui était victime d’un assassinat. Le 23 juillet 2023 Agustín Intriago, maire de Manta, également abattu. La classe politique prend désormais chaque menace très au sérieux.

    Le taux d’homicide est le plus élevé au Venezuela d’après le graphique. Concernant l’Équateur, il est compris entre 20 et 30 par cohorte de 100 000 habitants. La moyenne française est de 0.015 pour 1000 habitants, ce qui représente une moyenne de 1,5 pour 100 000, selon les données du ministère de l’Intérieur. (Crédits : La Razon)

    Fernando Villavicencio, quelques jours avant l’attentat, il avait rendu publiques les menaces reçues. Il déclarait qu’elles provenaient de Los Choneros. Ce gang de la drogue qui a commencé ses activités dans la ville portuaire de Manta. Son chef Adolfo Macias, dit « Fito », a été transféré manu militari. El Periódico indique que Los Choneros serait une succursale « du cartel de Sinaloa en Équateur, lequel, dans le sang et le feu, dispute le contrôle des territoires et des prisons à d’autres gangs tels que Los Lobos, Tiguerones et Chone Killers, eux-mêmes liés à un autre cartel mexicain, la Jalisco Nueva Generación », selon des personnes bien informées martèle le quotidien espagnol.


    Villavicencio avait affirmé que Fito, chef du gang « Los Choneros », l’avait menacé. Samedi, Fito a été transféré vers une prison de haute sécurité à Guayaquil. Les médias locaux affirment que le gang compte plus de 8 000 membres répartis dans les prisons du pays. Le groupe a été impliqué dans plusieurs massacres qui ont fait plus de 459 morts en deux ans.

    De son côté, et suite aux trois assassinats perpétrés sur des personnes politiques, le Venezuela ouvre une enquête sur les menaces de mort proférées à l’encontre d’une candidate de l’opposition, Delsa Solórzano. Elle a publié une capture d’écran qui semblait montrer un message attribué au groupe rebel colombien de l’Armée de libération nationale (ELN), menaçant de la tuer.

    Le narcotrafic pourrit l’Amérique latine

    Les yeux sont rivés sur l’Équateur suite à cet assassinat, mais ce pays n’est pas le seul à être touché par le fléau des gangs et du trafic de drogue. L’Amérique latine est la région la plus violente en termes de taux d’homicides. Le Salvador (62,1 pour 100 000 Habitants), le Venezuela (56,8) et le Honduras (41,7) affichent les taux d’homicide les plus élevés selon l’UNODC. L’Amérique latine est devenue l’épicentre de la violence et de la criminalité mondiale. La raison est que trois des plus grands pays producteurs de cocaïne au monde sont la Colombie, le Pérou et la Bolivie. Après la production vient l’acheminement, c’est ainsi que la région joue un rôle clé dans les marchés de la drogue depuis plus de 40 ans. L’Amérique centrale, la Colombie et le Mexique sont depuis longtemps en proie à la violence, mais la violence nuit au commerce.

    L’ombre de la criminalité mexicaine est avancée avec le cartel de Sinaloa. Le président mexicain Andrés Manuel López Obrador a appelé à la prudence « parce qu’il n’y a pas d’éléments » pour parler du cartel de Sinaloa. (Crédits : Google Maps)

    C’est pourquoi il y a évolution des itinéraires et des réseaux de trafic de drogue, entraînant des flambées de violence dans des pays tels que l’Équateur et le Costa Rica. Les multiples crimes rapportés quotidiennement par les médias ont semé la terreur au sein de la population équatorienne. Dans le même temps, l’Équateur est devenu l’un des principaux points géographiques à partir desquels la cocaïne atteint l’Europe et l’Amérique du Nord. La lutte contre la criminalité a été l’une des principales promesses des différents candidats qui aspirent à succéder à Guillermo Lasso à la présidence lors des élections générales extraordinaires.

  • Il y a cent ans… quand les réserves d’énergies fossiles questionnaient

    Il y a cent ans… quand les réserves d’énergies fossiles questionnaient

    Les Français seraient-ils, comme les autres pris pour des imbéciles ? C’est une excellente et primordiale interrogation. Le 9 juin 1922, C.-M. Savarit, journaliste à L’Écho de Paris écrivait un article sur « le gaspillage de nos réserves d’énergie ». Dans celui-ci, il indiquait s’être épanché sur la question le 20 mai. Selon les experts de l’époque, il n’y aurait plus de pétrole d’ici quinze à vingt ans. Que penser des gouvernements, des grandes compagnies, experts… au vu des prix des carburants sous couvert du conflit armé russo-ukrainien ?

    Le constat de consommation de l’or noir affolait, sachant que le combustible était devenu l’un des éléments essentiels de l’industrie moderne, en 1922. Ce qui directement ou indirectement n’a guère changé. « L’utilisation mondiale du pétrole, était en 1860 d’environ 355 000 barils — de 189 litres — est devenue, en soixante ans, presque 2 000 fois plus importante, avec 694 850 000 barils en 1920 », affirmait l’écrivain et journaliste. Les États-Unis et le Mexique fournissaient à eux deux 87,5 % de la production internationale. Il ne restait que 12,5 % pour les autres pays, à savoir la Russie (4 %), les Indes britanniques et néerlandaises (2,8 %), la Perse (1,8 %), la Roumanie (1,1 %), la Pologne (1 %) et le reste du monde (1,4 %). Le service géologique, avec les outils qu’il avait à leur disposition en 1920, estimait que « les richesses en pétrole des États-Unis sont épuisées dans la proportion de 40 % et en supposant que la consommation actuelle se maintienne, ce qu’il reste sera épuisé dans seize ans ».

    PaysVenezuelaArabie S.IranCanadaIrakKoweïtÉAURussieLibyeUSA
    Réserves en milliards de barils303,806258,6208,6170,3145,019101,597,88048,36347,107
    Production en millier par jour5959 3133 1104 4394 0852 5273 09110 1121 23811 188
    « Sommes-nous donc menacés de mourir de froid et de misère sur notre globe, par l’effet du gaspillage de nos réserves d’énergies, par la faute de l’imprévoyance de l’être humain, dans un avenir relativement rapproché ? ». (Crédits : Country Economy)

    L’homme constatait déjà qu’ils existaient des énergies bien plus puissantes : « Quel est l’unique fournisseur d’énergie sur notre globe, c’est celui qui nous fournit le pain et le vin chaque année, le Soleil, qui enlève l’eau des mers pour nous la rendre en chutes et rivières, qui continue à faire pousser les forets, comme au temps géologique […] ». Il tirait une conclusion qui quelles que soient les erreurs des experts sur les chiffres livrés, il ne résulte que depuis la seconde partie du XIXe siècle le monde a été un formidable prodigue de ses réserves d’énergies, et qu’il est grand temps qu’il mette de l’ordre dans ses affaires.

    L’écologie semble être au cœur des préoccupations politiques des législatives des 12 et 19 juin 2022 en France. Si bien que le parti récemment créé qu’est la nouvelle union populaire écologique et sociale (NUPES) à grand coup de communication nous amène à regarder l’évolution du climat. Ainsi à Poitiers où les élus de la commune et candidats ont marché au milieu de la rivière Le Clain, au niveau du pont Joubert pour démontrer le manque d’eau, et par ricochet l’influence de l’Homme sur la planète.

    « Nous avons un quart des départements en alerte sécheresse et puis bientôt plus pour cet été. Notre intérêt à nous, qui pensons gagner les élections législatives et donc de gouverner le pays, est de lancer l’alerte avant », explique Jean-Luc Mélenchon à la Nouvelle-République.

    En 2021, la production mondiale de lithium s’élevait à environ 100 millions de tonnes, hors USA. L’or blanc a vu sa production mondiale presque quadruplée en une décennie. La Chine en contrôlait déjà en 2018 près de la moitié à l’échelle planétaire. (Crédits : Ivan Alvarado/Reuters)

    Les gaz à effets de serre, la pollution des énergies fossiles, la sécheresse, l’évolution du climat… tout met en exergue les naturelles, dites renouvelables, comme les automobiles électriques, qui sont propres. L’État français veut développer l’automobile propre et les voitures électriques, car « réduire les émissions de gaz à effet de serre, la dépendance énergétique et améliorer la qualité de l’air en milieu urbain : c’est tout l’enjeu du développement des véhicules propres. Cette filière constitue aussi un enjeu industriel majeur pour le secteur automobile. » Or toutes batteries usent du composant qu’est le Lithium (Li sur le tableau périodique de Mendeleïev).

    Pays comptant les plus grandes réserves de lithium dans le monde en 2020. Deux des pays dans le trio de tête sont situés en Amérique latine. (Crédits : Statista)

    Les réserves mondiales, selon l’USGS (Institut d’études géologiques des États-Unis) — exploitables — étaient estimées en 2021 à 21 millions de tonnes, dont près de la moitié au Chili (9,2 Mt). Les ressources (sans tenir compte des conditions d’exploitation) sont évaluées à 86 millions de tonnes au total. Les principaux gisements identifiés sont dans le « triangle ABC » de « l’or blanc » en Amérique latine, généralement sur des lacs d’altitude « salars » : Bolivie (21 Mt estimés), Argentine (19,3 Mt) et Chili (9,6 Mt).

    Quelles sont les méthodes de production et risques pour environnement ? Elles sont de trois types :

    • Pompage de saumures chargées de lithium et évaporation pour isoler les cristaux. La méthode, largement utilisée en Amérique latine, est critiquée par les ONG pour l’assèchement des ressources hydriques qu’elle provoque dans le milieu
    • L’utilisation du procédé à base de spodumène en Europe pour isoler et purifier l’Or blanc permet d’économiser l’eau
    • Recyclage des batteries pour récupérer les métaux. Selon la Commission européenne, cela devrait permettre « de réduire les besoins en matières premières de 10 % d’ici 2040 »
    Au beau milieu du désert d’Atacama au Chili, des piscines de saumures d’une mine de lithium, le métal devenu incontournable pour fabriquer toutes les batteries des voitures électriques, des smartphones et autres appareils high-tech contemporains. L’endroit est le plus aride du monde, avec un taux d’humidité ne dépassant jamais 3 %. (Crédits : Ivan Alvarado/Reuters)

    Chaque candidat se saisit du sujet du manque d’eau et de la sécheresse à des fins politiques, vantant les mérites des véhicules à carburant électrique. Si les réserves de lithium nécessaire aux batteries, les méthodes d’extraction sont, semble-t-il, gourmandes en eau. Le pompage de saumures réclame de grandes quantités d’eau, et provoquent, selon les ONG l’assèchement des ressources hydriques comme au Chili.

    La production mondial du Lithium croît sans cesse depuis dix ans. (Crédits : Statista)

    « Environ 2 millions de litres d’eau sont évaporés pour produire une tonne de lithium. » La seconde est la fabrication de carbonate de lithium à partir de spodumène, elle est énergivore. Les concentrés de spodumène doivent être chauffés à environ 1100 °C pour le rendre plus réactif. Puis, ils sont broyés finement, mélangés à de l’acide sulfurique, chauffés à 250 °C pour produire le sulfate de lithium et, ensuite, lavés à l’eau pour dissoudre le sulfate de lithium.