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  • Les nouvelles lignes de faille du numérique (4/4)

    Les nouvelles lignes de faille du numérique (4/4)

    La multiplication des cyberattaques en Europe et au-delà de ses frontières ne peut plus être interprétée comme une simple succession d’incidents techniques. Dans un monde en proie aux conflits armés en Ukraine et au Moyen-Orient, ainsi qu’à des tensions économiques croissantes, ces attaques s’inscrivent dans des dynamiques de conflictualité. Corruption, intrusions numériques, brouillage de l’attribution et fragilité de la gouvernance dessinent un même paysage. Les pays où la démarcation entre sécurité intérieure, stratégie militaire et influence politique devient de plus en plus poreuse.

    Elle avance par corruption, par intrusion, par brouillage et par affaiblissement de la gouvernance. Entre l’alerte émise à Bruxelles sur l’expansion de la corruption, la tentative d’attaque contre un centre de recherche nucléaire polonais, l’incident au Parlement albanais et les débats américains sur la hiérarchie du commandement cybernétique, on observe un paysage commun : des États confrontés à des menaces multiples, tant externes qu’internes, évidentes et cachées.

    Corruption, cyberattaques et ingérences

    Le risque « cyber » n’est plus l’apanage des séries et films sur grands écrans. Il devient un langage contemporain de la puissance, de l’intimidation et de l’usure institutionnelle. Car, « la guerre de l’information au sein du cyberespace fait dorénavant partie intégrante de toute stratégie militaire ». Ce changement de paradigme nous offre quotidiennement la probité de vulnérabilité. Il ne s’agit plus seulement de protéger ou de colmater des failles, mais de comprendre comment un système d’information peut être fragilisé. Fragilisé à la fois par la corruption, par la pression criminelle, par l’intrusion numérique et par l’incertitude qui entoure l’origine réelle d’une attaque.

    Tandis que le conflit au Moyen-Orient fait rage, une cyberattaque contre le Centre national de recherche nucléaire polonais a été déjouée. Les indices pointent vers l’Iran, tout en laissant l’hypothèse d’un leurre (honey-pot) destiné à masquer l’origine réelle des auteurs. En Albanie, le Parlement confirme un accès non autorisé à ses systèmes d’information. Outre-Atlantique, le Cyber Command et la NSA prédisent ce mardi des ingérences probables lors des élections de mi-mandat. « Il est raisonnable de s’y attendre en fonction de ce que nous avons vu dans le passé », témoigne le général Joshua Rudd.

    Crime organisé et corruption

    Le procureur du Roi de Bruxelles, Julien Moinil, explique que la corruption « s’étend dans nos institutions ». Cela semble faire écho au vu des fouilles dans les prisons françaises. Cette parole occupe une place particulière dans un contexte où la Belgique obtient un score de 69/100 dans l’indice de perception de la corruption 2025 de Transparency International (la France est à 66, classée 27e sur 182 pays), et où elle se range 21e.
    Il ne s’agit plus de décrire une criminalité visible sur des points de deal, des trafics ou des réseaux clandestins. Il s’agit d’entendre que ces réseaux cherchent aussi à pénétrer les rouages de l’institution elle-même. « La corruption augmente très fort, notamment dans les prisons et dans les services de police », évoque Julien Moinil.
    Le fait n’est pas réservé au plat pays. « La corruption est devenue un véritable outil de l’ingénierie criminelle », analyse Patrice Brizé, commissaire général, chef de l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales. « Elle est notamment utilisée par les groupes criminels actifs en France pour faciliter les flux logistiques, échapper aux poursuites et aux recherches des services d’enquête et de l’autorité judiciaire, blanchir le produit des infractions et infiltrer les administrations. » (Crédits : Jan Schwebel/Pexels)

    « On est quand même dans un contexte de guerre hybride qui s’intensifie et qui doit nous amener à riposter et réagir », alertait en 2024 la députée Constance Le Grip. Selon le rapport, trois pays sont déjà particulièrement actifs en matière d’ingérence : la Russie (Storm-1516), la Chine (Spamouflage) et la Turquie. La Russie a, en 2024, publié 3,6 millions d’articles de propagande et on estime qu’elle consacre 1 milliard d’euros chaque année à la désinformation et à la guerre cognitive, selon NewsGuard. Car « la violence s’arme des inventions des arts et des sciences pour combattre la violence », constatait le général Carl von Clausewitz après les guerres napoléoniennes.

    Quand le cyber exploite des conflits

    Le conflit armé opposant la Russie et l’Ukraine a profondément modifié la perception de tout un chacun du cyberespace. Il montre que les opérations numériques ne sont plus seulement des actions préparatoires, mais s’inscrivent dans la conduite même du conflit. Des enquêtes documentent l’utilisation d’attaques dites informatiques pour collecter des renseignements, perturber ou accompagner des opérations. D’ailleurs certaines intrusions se corrèlent à des frappes physiques. Illustration parfaite de l’hybridation entre guerre conventionnelle et guerre numérique.

    En Europe, la cyberattaque ayant visé la messagerie Signal en Allemagne s’inscrit dans un contexte de tensions accrues avec la Russie.
    Au Moyen-Orient, des groupes liés à des intérêts étatiques ont intensifié leurs activités. Les cibles sont des infrastructures critiques, des réseaux industriels et des institutions publiques. Des analyses démontrent que des opérations au Moyen-Orient s’inscrivent dans des stratégies d’influence, de perturbation et de signal politiques, sans franchir le seuil d’un conflit ouvert.

    La gouvernance à l’épreuve du feu nourri

    En Pologne, une tentative de cyberattaque contre le Centre national de recherche nucléaire a été déjouée. Les premières analyses évoquent la piste iranienne. Mais il faut rester raisonnable, disent les politiques. Ainsi, les autorités prudentes indiquent que tout aurait pu être falsifié pour masquer l’origine réelle des attaquants, et semer le trouble.

    Cette incertitude n’est pas une faiblesse. Elle est l’une des caractéristiques du cyberespace. La non-attribution maintient une pression constante. Un sentiment de menace permanente, sans aucune formalité.

    Les institutions deviennent des cibles directes. En Albanie, un accès non autorisé aux systèmes du Parlement a entraîné la suppression de données sur plusieurs comptes d’employés. L’infrastructure est restée fonctionnelle, mais la continuité administrative est affectée. Désormais, il n’est plus nécessaire de détruire, il suffit de désorganiser, supprimer des données, perturber des circuits d’information, introduire de l’incertitude dans les processus internes. Des actions touchent la capacité d’un État à fonctionner. (Crédits : Alfo Medeiros/Pexels)

    En France, la répétition des fuites de données au sein d’organismes publics illustre un autre volet. Les informations compromises comportent : identités, coordonnées postales, données administratives, parfois médicales et financières… Pris isolément, ces incidents peuvent être contenus. Par contre, l’accumulation, en revanche, produit un effet stratégique : elle fragilise la confiance, expose les citoyens et interroge la capacité de l’État à protéger ses propres systèmes. La faille de l’ANTS, une IDOR (Insecure Direct Object Reference) est, malgré ce que l’on peut penser une vulnérabilité répandue, au même titre que les failles XSS ou les injections SQL.

    Le conflit russo-ukrainien au révélateur avec Strom-1516

    Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, le conflit russo-ukrainien n’est plus seulement un affrontement de chars, de drones et d’artillerie. Il est devenu un laboratoire stratégique où se lisent, presque en temps réel, les mutations de la guerre. L’opération Storm-1516, documentée par VIGINUM dans un rapport publié en mai 2025, promet une illustration saisissante. Ainsi, entre août 2023 et mars 2025, ce mode opératoire informationnel russe est associé à 77 opérations visant la France, l’Ukraine et des audiences occidentales. L’objectif prioritaire est simple : discréditer et affaiblir le soutien européen et nord-américain à l’Ukraine.

    C’est un panel de deepfakes, faux témoins, comptes poubelles jetables, médias-relais, blanchiment… qui dessine une mécanique d’influence. Cette propagande déjà illustrée lors de la Seconde Guerre mondiale accompagne l’action militaire comme une seconde ligne de front. Désormais, la désinformation s’opère dans l’espace numérique. Il n’est plus nécessaire, d’imprimer des tracts avant de les distribuer. Mais ce retour d’expérience, désormais suivi et documenté presque en continu, rejoint les constats du CDAC sur l’Ukraine. Car, après quatre années de conflits, gouvernements, entreprises de cybersécurité et chercheurs analysent l’expérience russo-ukrainienne pour repenser les futurs modèles d’assistance en cyberdéfense.

    Le conflit russo-ukrainien au révélateur

    Storm-1516 révèle ainsi une évidence stratégique : dans les conflits contemporains, la résilience d’un État ne dépend plus seulement de ses moyens techniques, mais aussi de la lucidité de ses décideurs, de la coordination de ses institutions et de sa capacité à défendre, dans le même mouvement, ses réseaux, ses récits et la confiance démocratique elle-même. Mais si la Russie produit des ingérences, qu’en est-il de la France ? Comme toute-puissance disposant d’intérêts stratégiques, la France exerce une influence au-delà de ses frontières.

    Mais toute influence n’est pas une ingérence !
    La diplomatie, la communication stratégique, la coopération ou la présence militaire peuvent relever d’une politique extérieure assumée. L’ingérence débute lorsque l’action devient dissimulée, manipulatoire, coercitive ou destinée à peser illégitimement sur la souveraineté d’un autre État, d’un peuple. C’est précisément ce seuil qui permet de distinguer une opération d’influence déclarée d’une campagne hostile comme Storm-1516, structurée autour de la tromperie, de faux récits et de l’amplification coordonnée. (Crédits : Darya Grey_Owl/Pexels)

    Bruxelles, Varsovie, Kiev, Berlin, Tirana, Moscou, Paris, Washington. Ces capitales ne racontent pas la même histoire, mais composent un même paysage. Celui où les institutions sont exposées à des pressions multiples. En interne, avec la corruption et les failles organisationnelles, jusqu’en externe, avec les cyberattaques et les tentatives d’ingérence. Il existe aussi de type informationnelle, avec le brouillage et l’incertitude. Le cyber n’est plus relégué à la marge de l’État. Il en touche désormais le cœur, affecte sa capacité à protéger, à décider, à rester lisible. Et devient un test de résilience, non seulement technique, mais institutionnelle. Dans cet environnement, la cybersécurité ne consiste plus uniquement à colmater des failles. Elle suppose de gouverner un système complexe, où les vulnérabilités sont à la fois techniques, humaines et politiques. La solidité d’un État ne se mesure plus seulement à ses capacités militaires ou économiques. Elle se mesure également à sa capacité de comprendre et de maîtriser les lignes de faille du numérique.

  • Paysages de ruines en Syrie et en Turquie, avec plusieurs milliers de blessés et de très nombreuses personnes décédées

    Paysages de ruines en Syrie et en Turquie, avec plusieurs milliers de blessés et de très nombreuses personnes décédées

    Sur l’échelle ouverte de Richter, le séisme qui a frappé lundi 6 février 2023 la Turquie et la Syrie s’affiche à 7,8. Depuis les secousses se sont répétées tout au long de la faille située sur le continent européen. Plusieurs facteurs accumulés peuvent expliquer les conséquences désastreuses. L’heure du déclenchement, la localisation, sa profondeur, une certaine quiétude depuis deux siècles, et des immeubles mal construits sont autant de combinaisons dévastatrices pour les populations touchées.

    Le décompte macabre fait la une de chaque média, qu’il soit sur papier, radio, télévisé ou sur l’internet. Puis, l’accumulation des reportages montre que l’humanité existe encore, en envoyant ou proposant des aides sous toutes ses formes venant des quatre coins de la planète. Le tremblement de terre de magnitude 7, 8 a frappé la Turquie et la Syrie voisine tôt lundi, à 4 h 17 (2 h 17, heure française). Des milliers de bâtiments, immeubles résidentiels, des hôpitaux sont détruits et laissant des milliers de personnes blessées ou sans-abri. L’inquiétude grandit chez les survivants avec le froid de l’hiver.

    La population syrienne porte les stigmates de douze années de conflits. « Assaillies par les conflits, les pénuries alimentaires, l’effondrement économique et une récente épidémie de choléra, les infrastructures nationales du pays sont en crise depuis des années, à peine capables de soutenir la population fatiguée par la guerre », argue The Guardian.

    La difficulté des recherches est à la hauteur des points d’impact des séismes. L’épicentre de valeur 7, 8 à une profondeur de 17,925 km proche de Gazantiep dans la province du même nom, suivi dix minutes plus tard par une secousse de 6.7 à une profondeur de 14,497 km. La répétition des secousses de moindres ampleurs, mais conséquentes n’a cessé de fragiliser les infrastructures déjà touchées.

    Carte de l'USGS montrant les différentes localisations et grandeurs des séismes
    Les points montrant des séismes supérieurs à 4 sur l’échelle ouverte de Richter sont nombreux. Au moins 23 millions de personnes sont touchées directement et indirectement par la destruction de bâtiments dans le sud de la Turquie et le nord-ouest de la Syrie. Soit, en comparaison plus d’un tiers de la population française. (Crédits : USGS)

    Les infrastructures autoroutières du sud de la Turquie sont gravement endommagées. Le seul couloir d’aide internationale, le poste-frontière de Bab al-Hawa, qui relie la Turquie à la Syrie est touché. En place depuis 2014, il permet l’acheminement de l’aide internationale à la population syrienne des zones contrôlées par les rebelles et les jihadistes. Il relie les autoroutes syrienne M45 et turque D827, entre les villes d’İskenderun et d’Idlib, et est connu pour ses longues files de camions et de bus, c’est un poste névralgique la frontière syro-turque. Les secours proviennent de tous les pays sur le globe, comme les sapeurs-sauveteurs de l’USCII de Nogent-le-Rotrou.

    La Papouasie indonésienne secouée par 279 séismes en 48 heures

    Le 2 janvier 2023, la Papouasie indonésienne était atteinte 279 fois en 48 heures. Cependant cela n’a rien à voir avec le mégaséisme de magnitude 9,3 suivi d’un tsunami du 26 décembre 2004. Il avait occasionné près de 228 000 morts. Les Indonésiens sont depuis pris de panique dès que la terre tremble sur l’une des 17 000 îles de leur archipel situé sur la « ceinture de feu ».

    Une catastrophe similaire est-elle possible en France ?

    La probabilité n’est pas nulle, pour autant chaque année environ 600 séismes se produisent en France. Seulement une quinzaine sont ressentis par la population. Le HuffingtonPost recensait dans un article les dix plus gros séismes survenus depuis 1900. Mais c’est l’Alsace qui tremblait le 10 septembre 2022. Un séisme de magnitude 4,8 dont l’épicentre était localisé à la frontière franco-suisse, selon le Réseau national de surveillance sismique (Renass). Aujourd’hui, le 8 février 2023 jusqu’à 17 h 21, 34 secousses se sont produites sur l’hexagone selon Renass, dont une mesurée à 2.4 près de Cannes.

  • Have i been pwned ? Fuites de données des plateformes Deezer et twitter, un combo gagnant

    Have i been pwned ? Fuites de données des plateformes Deezer et twitter, un combo gagnant

    Ah, les réseaux sociaux, les plateformes d’échanges, d’écoute de musique et les différentes applications que nous installons sur nos « smartphones », quel bonheur. Oui sauf que pour utiliser ces outils vous laissez de très nombreuses données consciemment, ou presque. Avez-vous pris le temps de lire les accès que vous autorisez en installant une application ? Un système d’exploitation ? Non, je suis d’accord c’est vraiment barbant de tout consulter, en plus c’est en petit caractère…

    Si vous n’avez jamais reçu de courriel de la part du site « Have i been Pwned » tant mieux. J’ai eu une indication de leur part dernièrement. Elle fait suite à la fuite d’informations de la plateforme française d’écoute de musique en streaming, Deezer. L’incident date de 2019, les données ainsi dérobées et mises en vente représentent 257 829 254 personnes, quasiment quatre fois la population française.

    capture d'écran d'un hacker vendant des informations volées
    Les données proviendraient de la France pour 46,2 millions d’utilisateurs, le Brésil (37,1), la Grande-Bretagne (15,3), l’Allemagne (14,1), le Mexique (11,1), la Colombie (9,0), la Turquie (6,9), les États-Unis (6,4), l’Italie (5,0) et le Guatemala (4,4). (Crédits : Restore-Privacy.com)

    Ainsi les informations exposées sont :

    • Les noms et prénoms
    • Les dates de naissance
    • Les adresses électroniques
    • Sexe
    • Données de localisation (ville et pays)
    • Date d’adhésion
    • ID de l’utilisateur
    Capture d'une alerte sur have i been pwned
    Ce qui est intéressant est de voir les différentes failles. Ainsi des données personnelles se retrouvent dans une fuite de 593 millions d’e-mails en 2016, en janvier 2019, elles font partie des 2,7 milliards avec 773 millions d’adresses courriel uniques, et en 2020 une exposition pour 70 millions d’individus. (Crédits : Haveibennpwned)

    200 millions d’adresses e-mails

    Un autre réseau, qui fait parler de lui depuis son rachat est twitter. Cette fois, une fuite, suite à un acte malveillant, de deux cents millions d’e-mails d’utilisateurs du réseau était publiée. Au commencement, l’exploit d’une vulnérabilité de l’API Twitter : elle permettait aux utilisateurs de saisir des courriels et des numéros de téléphone pour confirmer s’ils étaient associés à un identifiant Twitter. Par la suite, ils ont récupéré par une autre API les données publiques de Twitter relatives à l’identifiant. Ce qui a permis de créer des profils d’utilisateurs de Twitter. À quelles fins ? Usurper d’autre identité ? Propagande ? Phishing ? Ransomware ?

    Au final, en épurant, supprimant les espaces, combinant les fichiers, 209 595 668 enregistrements apparaissent. « L’analyse des dates des fichiers originaux et des dates de création des comptes suggère fortement que ces données ont été collectées entre début novembre 2021 et le 14 décembre 2021 », relate une personne après étude des sources.

    « Bien que Twitter ait corrigé cette faille en janvier 2022, plusieurs acteurs de la menace ont récemment commencé à divulguer gratuitement les ensembles de données collectées il y a plus d’un an », explique Lawrence Abrams pour BleepingComputer.

  • La débâcle grecque lors de la Guerre d’indépendance turque

    La débâcle grecque lors de la Guerre d’indépendance turque

    Le conflit qui opposa la Grèce et la Turquie de 1919 à 1922 fit de très nombreux morts. Connue sous le nom de Guerre d’indépendance turque, elle prend fin le 11 octobre 1922 après la signature de l’armistice de Moudanya. Les accords seront mis en application un jour après la signature par les Grecs, soit le 15 octobre 1922. Au total, côté grecque 24 240 morts 48 880 blessés et 18 085 disparus, quant aux Turcs 20 540 morts et 10 000 blessés sont à déplorer.

    Selon le traité de Sèvres, signé le 10 août 1920, la Grèce obtient la ville de Smyrne et sa région dans l’ouest de l’Anatolie, la Thrace orientale, ainsi que les îles d’Imbros et Ténédos. Quelques mois avant cette signature, l’armée grecque débarquait le 15 mai 1919 à Izmir, traditionnellement nommée Smyrne. Par moins de 20 000 soldats grecs, de la 1re division y débarquaient. Ils prennent le contrôle de la ville et de ses environs grâce au soutien des marines britannique, française et hellène. Les forces en présence légitiment le débarquement selon le traité d’armistice de Moudros, en particulier l’article 7. « Les Alliés auront le droit d’occuper tous points stratégiques dans le cas où un état de choses menaçant pour la sécurité des Alliés viendrait à se produire. »

    Mustafa Kemal passe en revue les officiers de l’école militaire de Constantinople, le 9 novembre 1926. Le Premier ministre, Ismet Pacha, et le ministre de la Guerre, Redjeb Bey, l’accompagnent. Il obtient une révision complète du précédent traité par celui de Lausanne, le 24 juillet 1923. [Crédits : Bettmann/Getty)

    Les troupes de Mustafa Kemal ne l’entendaient pas de cette façon, et reprenaient l’offensive jusqu’à l’assaut final. Le général grec Tricoupis qui avait les pouvoirs conférés par le gouvernement d’Athènes est fait prisonnier le 2 septembre 1922 par les Turcs et Mustafa Kemal Pacha, il n’exerce plus aucun pouvoir. La bataille du 7 septembre 1922 sonne les prémices de la fin de la guerre, à partir de ce jour le Roi Constantin n’avait à ce jour plus d’armées. Dans cette bataille, il a perdu 50 000 hommes sur les 180 000 en présence durant les trois années du conflit. Située à 40 km de la ville de Smyrne, l’armée ottomane fera tomber le pont de l’Ionie dans les heures qui suivent. Les Grecs acculés, harassés, découragés « devront capituler pour éviter d’être jetés à l’eau », écrit le journaliste dans L’Ouest-Éclair.

    Un incendie se déclare dans le quartier Arménien et se propage dans l’ensemble de la ville. « La puanteur de la chair humaine brûlée était épouvantable et dans les rues s’empilaient les cadavres d’hommes, de femmes, d’enfants et de chiens ». (Crédits : DR)

    L’affrontement décisif qui eu lieu le 26 août 1922 scella le devenir de cette Guerre d’indépendance turque. Mustafa Kemal transperçait les lignes grecques et gagne à marche forcée Ymyrne (Izmir) où il entrait en vainqueur le 9 septembre 1922, les Britanniques ayant finalement renoncé à soutenir leurs alliés. Quatre jours plus tard, plusieurs foyers d’incendie se déclarent dans le quartier arménien. En quelques heures, plus des deux tiers de la ville est ravagé par le feu. Les troupes turques qui l’encerclent bloquent toute possibilité de sortie. Les ruines continuent à se consumer pendant plusieurs jours. On dénombre plus de 100 000 morts, en majorité grecs et arméniens. L’armistice est signé le 11 octobre.

  • Il y a cent ans… l’horizon du 25 mai

    Il y a cent ans… l’horizon du 25 mai

    Que se passait-il sur Terre le jour de votre naissance ? Seuls les adultes présents et les coupures de journaux pourront vous l’apprendre. La période de l’entre-deux-guerres, en Europe, est source de tensions. La géopolitique saisit le pas sur les décisions. Que cela se déroule en Angleterre, en Autriche, en Italie, et même jusqu’en Russie, rien ne semble être paisible. Les attentions se cristallisaient, en cette date du 25 mai 1922 des six jours qui nous séparaient de l’ultimatum du 31.

    L’Angleterre contestait le droit de la France à prendre des sanctions militaires. En cause l’article 18 de l’annexe II de la partie VIII du traité de Versailles… car, c’est Lloyd George, Wilson, Orlando et Clemenceau qui menaient les débats. La tournure montrait que les vainqueurs de la Grande Guerre possèdent des visées différentes, voire opposées. Les termes du traité, signé le 28 juin 1919 sont si durs que le gouvernement allemand envisage un temps un soulèvement militaire.

    Ce « Diktat » ne fera qu’exacerber le sentiment nationaliste en Allemagne, qui sera largement exploité par les nazis. (Crédits : BnF/Gallica/La Liberté)

    Des échauffourées entre fascistes et communistes italiens se déroulaient à Rome. En cause les rassemblements qui tentaient à célébrer l’entrée en guerre de l’Italie. Une trentaine de manifestants étaient blessés, et les chiffres, bien qu’officieux, recensaient de nombreux morts. Les incidents qui se produisaient dans le quartier Saint-Laurent engendraient d’une grève générale.

    L’original du traité de Versailles à disparu. « Dans la nuit du 11 au 12 août 1940, le commando Künsberg, qui avait déjà opéré des vols d’archives diplomatiques en Belgique et aux Pays-Bas, vole le traité », raconte l’historien Vincent Laniol.

    L’insouciance, voire la méconnaissance des adultes n’était pas à démonter du côté de Saint-Étienne. En cette belle et chaude après-midi du 25 mai 1922, le garde Vigier, M Gaudiaux et les époux Chavalet prirent le chemin dune mine abandonnée, dans le but simple de la visiter. Elle était restée dans son jus depuis l’armistice. Les gaz délétères incommodèrent les visiteurs d’un jour. Mme Chavalet put remonter et prévenir les secours, son mari fut sauvé par des passants. Les sauveteurs arrivèrent, mais dans la précipitation M Rhône ne pris pas le temps de s’équiper d’un appareil respiratoire. Il fut ramené avec Vigier et Gaudiaux, tous trois morts.

    Un prêche à la mosquée Sainte-Sophie déclarait que le gouvernement d’Angora était en rébellion contre le sultan et la foi musulmane. L’accusé à travers son porte-parole informait les alliés que s’ils refusaient de rencontrer les représentants Kémalistes, il cesserait toute relation avec l’Europe. (Crédits : Hangela/Pixabay)

    Un incident faisant cinq morts et de nombreux blessés se produisait à la frontière italo-yougoslave. Des fascistes italiens, aux alentours de la ville de Kastav, pénétraient et attaquaient le poste-frontière. Ils furent repoussés. Deux heures passaient quand deux compagnies d’infanterie ouvraient le feu sur ledit poste. Les Yougoslaves reculaient sur trois cents mètres pour s’abriter et furent attaqués à la baïonnette. Une patrouille aidait le personnel du poste-frontière, tant et si bien que les Italiens rebroussaient chemin, laissant cinq défunts et plusieurs blessés.

    À Belfast, des ouvriers orangistes étaient attaqués par des membres du Sinn Féin. Les tramways les transportant se retrouvaient sous un feu nourri. La police usait de mitrailleuses, créant deux morts et vingt blessés, augmentant la triste liste des Irlandais décédés dans ce conflit. (Crédits : David Mark/Pixabay)

    Le 31 mai 1922 était la date butoir imposée à l’Allemagne pour respecter ses engagements. S’il était constaté qu’elle manquait volontairement à ses directives, la France appliquerait le fameux article 18 du traité de Versailles pour faire valoir ses droits. « La France loin de diminuer les garanties des créanciers de l’Allemagne, comme l’avait fait M Chamberlain par son action séparée, renforcerait ces garanties et prendrait des mesures conservatoires dans l’intérêt de toux ceux des alliés qui ont part aux réparations… », écrivait Jacques Bainville dans le quotidien La Liberté.

  • Crise de l’Orange

    Crise de l’Orange

    Alors qu’en France, les débats se focalisent sur le prix d’une baguette de pain à 29 cents d’Euros dans un supermarché, ou encore le tarif au kilo de la viande de Porc, de l’autre côté des Pyrénées ce n’est pas plus réjouissant. Actuellement, un agriculteur valencien demande 1,17 euro pour 13 kilos de Naveline, soit le prix d’un café sur place. Dans les grandes surfaces françaises, le kilogramme se vend aux alentours des soixante-dix cents. Ce qui pousse les producteurs ibériques à ne plus récolter les fruits de leurs labeurs.

    C’est un fruit de saison, qui ravissait les enfants à la période de Noël. Elle était le trésor accompagnant le chocolat chaud, mets délicats, rares et onéreux, il y a un plus d’un demi-siècle. Dorénavant, les consommateurs ne se soucient guère de leur provenance, du moment qu’elle ne soit pas chère. Des milliers de personnes ont partagé la vidéo de Sara Soler, une enseignante qui possède également une petite parcelle d’oranges biologiques. Pas moins de 26 860 vues (au 26 janvier 2022) de la vidéo désormais virale, dans laquelle elle explique que le client, qui avait promis en septembre d’acheter toute sa récolte, a déclaré qu’il n’était plus intéressé.

    Nous préférons les donner que les jeter

    Sara Soler, Benifaió, Valence, espagne

    Confrontées à l’impossibilité de payer la récolte d’une orange qu’elles ne vendront pas, Sara Soler et sa mère décidèrent de la donner à tout individu qui viendrait les cueillir elles-mêmes sur l’arbre. « La réponse a été impressionnante, nous avons du mal à gérer l’avalanche de personnes qui nous ont demandé de venir ou qui veulent que nous leur envoyions des boîtes. Nous avons dû organiser des quarts de travail pendant le week-end pour éviter les foules en raison du problème de Covid. Tout le monde a proposé de collaborer d’une manière ou d’une autre », explique-t-elle à Público. Malheureusement, ce n’est pas un cas isolé.

    Le grenier européen

    Dans certains cas extrêmes, le producteur se voit offrir « un centime par kilo, alors qu’il est vendu à un euro et demi dans les supermarchés », relate Público. Les professionnels en liquidation reçoivent les miettes restantes, environ 10 cents par kilo. En France, les prix sont disparates en fonction des superficies et surfaces de ventes, lieux et quantités. Dans ces conditions Carrefour, le prix est de 0.70 euros au kilo, 0.75 € chez Intermarché, 1.25 chez Leclerc et 1 euros le kilo en promotion chez Casino (selon les prospectus et promotions). L’Espagne est depuis une centaine d’années le fournisseur majeur de l’Europe sur de très nombreux produits de consommation, au même degré que la Communauté valencienne est la plus grande source européenne d’oranges. Ce qui a généré d’immenses fortunes, comme une marque prestigieuse au niveau international, La Valencia. Ainsi surfant sur le nom, l’Afrique du Sud appelle son territoire de culture de l’orange Valencia. Cela ressemble à s’y méprendre à l’histoire du Champagne.

    Dans le domaine de la pêche en Europe, le classement des États membres capturant le plus de poissons (milliers de tonnes du poids vif, par zone principale de pêche, données 2019) donne en première position le Danemark (904, 5), puis l’Espagne (837, 2) et la France troisième avec 525, 1 milliers de tonnes. (Crédits : Eurostat)

    Au cours de l’été 2021, le pouvoir russe décidait de retirer au Champagne son appellation en cyrillique, au profit de producteurs locaux. Le sursis obtenu par le gouvernement français prenait fin à minuit lors de la nuit de la Saint-Sylvestre. Depuis le 1er janvier 2022, le Champagne a perdu ses lettres de noblesse en Russie, dans le pays de Vladimir Poutine. La situation préoccupante du secteur dans la Communauté de Valence est si délicate que l’abandon des champs de culture se poursuit année après année.

    Le travail essentiel à la société n’est pas rémunéré à une juste valeur. Les prix ne cessent de croître, les aliments, le carburant, l’électricité, le gaz… Est-ce les signes avant-coureurs d’une crise économique ? Est-ce la fin des grandes surfaces commerciales telle que nous les connaissons, au profit d’un monde à taille plus humaine ? Seul l’avenir le dira… (Crédits : DR)

    En 2021, 2 000 hectares supplémentaires ont été perdus, ce qui porte le total des terres abandonnées à 165 000 hectares dans toute la région. « Nous sommes la seule communauté dans laquelle la surface cultivée diminue », a averti Cristóbal Aguado, président de l’Association des agriculteurs de Valence. La circulation et le commerce international affichent-ils ses limites ? Les oranges sud-africaines « beaucoup moins chères et pratiquement dépourvues de contrôles phytosanitaires », inondent les marchés européens en tirant les prix vers le bas, dénonce Público. Outre l’Afrique du Sud, les oranges bon marché venues du Maroc, d’Égypte ou de Turquie s’ajoutent à la concurrence. Le prix à payer pour le consommateur est la seule variable qui ne change guère.

  • Ransomware: la défense belge attaquée

    Ransomware: la défense belge attaquée

    Lors du passage à la nouvelle lune, dimanche 19 décembre 2021, plusieurs offensives par codes malveillants se sont produites, comme chaque jour sur Terre. Au cours de ce week-end, c’est une attaque majeure qui ciblait le ministère de la défense belge. Les pirates ont exploité une vulnérabilité dans un logiciel appelé Log4j, qui a été découverte plus tôt en décembre, a déclaré un porte-parole aux médias locaux. Le ministère l’a repéré il y une semaine, jeudi 16 décembre 2021.

    Les responsables de la cybersécurité du monde entier se sont empressés de corriger la vulnérabilité de Log4j au cours de la huitaine écoulée. C’est sur l’ensemble de la planète que le problème sévit. Il touche une longue liste de sociétés de logiciels, dont Amazon et Microsoft pour ne citer qu’elles. La compagnie de gestion des ressources humaines Ultimate Kronos Group a été la cible d’une infection par ransomware. Tous n’ont pas eu le temps nécessaire, semble-t-il. Des allégations de chercheurs avertissaient que des groupes de pirates soutenus par des États, notamment ceux liés à la Chine, à l’Iran, à la Corée du Nord et à la Turquie, auraient commencé à utiliser cette vulnérabilité pour pirater les réseaux de leurs adversaires. Le ministère de la Défense « a détecté ce jeudi une attaque sur son réseau informatique avec accès internet. Rapidement, des mesures de quarantaine ont été mises en place afin de circonscrire les éléments infectés. La priorité est donnée à l’opérationnalité du réseau de la Défense », indiquait un porte-parole.

    Depuis la découverte de l’agression, « nos équipes ont été mobilisées […] Un monitoring continuera à être assuré », ajoutait dimanche soir le porte-parole, le commandant Olivier Séverin. (Crédits : capture d’écran/CERT.be)

    Depuis la publicité faite de la vulnérabilité dans la bibliothèque de journalisation Log4j d’Apache, il ne se passe pas une journée sans que les médias en parlent. Les opérateurs malveillants se sont très vite emparés du sujet en multipliant les exploits (botnet, ransomware …) et en arrosant à tout va. Mardi 21 décembre 2021, le ministère annonçait officiellement avoir été victime d’une attaque reposant sur la vulnérabilité Log4Shell, sans révéler le ou les auteurs de cette attaque.

    Face au feu nourri, les autorités décuplent les alertes (ANSSI, CISA, CERT, DGSSI…) pour corriger au plus vite les systèmes sensibles. Plusieurs patchs ont été nécessaires. (Crédits : capture d’écran/DGSSI)

    Dans certaines versions de Log4j, un logiciel repris dans de très nombreux utilisateurs, notamment par Amazon, Apple, Cloudflare, Tesla, Minecraft et Twitter, permet de s’emparer du contrôle de la machine qui l’héberge, et d’élever ainsi ses privilèges. Le pirate peut alors commencer à circuler dans le réseau informatique de la victime pour y déployer rançongiciels, comme outils d’espionnage. L’ANSSI détermine dans son alerte les systèmes affectés :

    • Apache Log4j versions 2.16.0 et 2.12.2 (java 7)
    • Apache Log4j version 2.15.0
    • Apache Log4j versions 2.0 à 2.14.1
    • Apache Log4j versions 1.x (versions obsolètes) sous réserve d’une configuration particulière
    • Les produits utilisant une version vulnérable de Apache Log4j : les CERT nationaux européens tiennent à jour une liste complète des produits et de leur statut vis-à-vis de la vulnérabilité (ici)

    Il est fort à parier que d’autres organisations useront criminellement de la faille contre différentes sociétés, comme le stipule l’agence nationale de sécurité des systèmes d’information : « Cette vulnérabilité permet à un attaquant de provoquer une exécution de code arbitraire à distance s’il a la capacité de soumettre une donnée à une application qui utilise la bibliothèque log4j pour journaliser l’évènement. Cette attaque peut être réalisée sans être authentifiée, par exemple en tirant parti d’une page d’authentification qui journalise les erreurs d’authentification. Des preuves de concept ont déjà été publiées. Cette vulnérabilité fait désormais l’objet d’une exploitation active. » À vos mises à jour…