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  • Flame, le virus fantôme

    Flame, le virus fantôme

    En mai 2012, les experts de Kaspersky, le laboratoire de cybersécurité basé à Moscou, annoncent une découverte qui fait date : un programme-espion d’une complexité inédite rôde sur les réseaux du Proche-Orient. Son nom : « Flame ». Les recherches indiquent que plus de 1 000 machines sont identifiées comme infectées. Les systèmes d’information appartiennent à des pays savamment ciblés. L’Iran, en fer de lance, mais aussi le Liban, la Syrie, le Soudan ou encore les Territoires palestiniens.

    Rapidement, la presse spécialisée évoque une campagne d’espionnage à grande échelle — un projet hautement stratégique, silencieux et méticuleusement ciblé. Il n’est pas comme Stormous qui revendique une cyberattaque contre les systèmes de l’Éducation nationale. Flame n’est pas un ransomware ni un ver destructeur. Il n’efface rien, ne bloque rien, mais il observe, collecte, intercepte. Une opération de renseignement cybernétique, probablement conçue pour durer dans le temps, à l’insu de ses victimes.

    Aux origines du cyberespionnage d’État

    Ce qui frappe immédiatement les analystes, c’est la richesse fonctionnelle du programme malveillant. Il est tout sauf un simple, déjà par son poids de 20 Mo. Il s’apparente plus à une plateforme d’espionnage modulaire. Ses opérateurs peuvent l’adapter en fonction des cibles et des besoins. « Il est beaucoup plus difficile de pénétrer un réseau, d’en apprendre plus à son sujet, d’y résider pour toujours et d’en extraire des informations sans être détecté que d’entrer et de se piquer à l’intérieur du réseau, causant des dommages », déclare en 2012 Michael V. Hayden, un ancien directeur de la NSA et directeur de la CIA ayant quitté ses fonctions trois ans plus tôt.

    Flamme, feu, chaleur

    Parmi ses fonctionnalités : l’interception des e-mails et des documents de type Word, Excel, PDF ; l’enregistrement des conversations audio, via l’activation du micro ; des captures d’écran régulières, lors de l’usage de logiciels spécifiques ; l’analyse du trafic réseau et des connexions Bluetooth ; et l’extraction furtive des données vers des serveurs distants.

    Le tout dans un code d’une taille peu ordinaire. Il représente près de 20 mégaoctets, soit dix à vingt fois plus qu’un malware classique en 2012. Cerise sur le gâteau, il est capable de se mettre à jour à distance, de s’auto-effacer, sans oublier le principal : échapper à la détection des antivirus traditionnels. Il dépeint, en 2012, le summum de l’ingénierie logicielle appliquée à l’espionnage. (Crédits : Miriam Espacio/Pexels)

    Comme Stuxnet, pas besoin de test de paternité pour émettre des soupçons précis et vraisemblables. Tout laisse à penser qu’il s’agit d’un outil conçu par un État ou un groupement interétatique. Pour étayer ces propos, les experts en rétro-ingénierie, entre autres, s’appuient sur la sophistication du code, la durée de développement supposée, la précision géopolitique du ciblage. Devant autant d’indices convergents, aucun doute. Un magistrat construit un faisceau d’indices. Ce dernier est un ensemble d’indices qui, par leur convergence, permettent de prouver un fait juridique ou un acte juridique.

    Une signature discrète mais révélatrice

    Une proximité avérée avec Stuxnet, le ver informatique qui a frappé les centrifugeuses nucléaires iraniennes en 2010. Certaines parties de code semblent partagées ou s’inspirent des mêmes bibliothèques. Un autre membre de la famille apparaît également : Duqu. Ce dernier est considéré pour avoir été créé par l’unité israélienne 8200. « L’unité 8200 est probablement la meilleure agence de renseignement technique au monde et se situe au même niveau que la NSA à tout point de vue, sauf l’échelle », explique Peter Roberts, chercheur principal au Royal United Services Institute de Grande-Bretagne.

    Bien entendu, aucune preuve formelle ne confirme ces allégations. Des enquêtes journalistiques, comme les « Pandora papers », les « Panama papers » et des rapports de cybersécurité, affirment que Flame s’inscrit dans l’identique lignée que Stuxnet, connu sous le nom d’« Olympic Games ».

    C’est un tournant, au moins pour le grand public. Il s’agit alors d’un outil digne de la guerre froide numérique. Très utile à des fins de collecte à grande échelle, sur le long terme, dans des zones de tension diplomatique.

    Le niveau est monté d’un cran. La logique n’est plus de punir ou d’extorquer, mais de savoir avant tout le monde. Pour anticiper les mouvements, cartographier les réseaux décisionnels, scientifiques ou militaires. (Crédits : Kevin Ku/Pexels)

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    Les militaires habitués aux codes de la Guerre voient une évolution drastique. Plus un bruit, pas de fumée, aucun champ de bataille visible. Flame déclare un changement de paradigme. Dans le cyberespace, la guerre n’est plus annoncée. Elle est diffuse et permanente, méthodique et chirurgicale. Les règles classiques de souveraineté et du droit international peinent à s’y appliquer. Le cyberespace devient un terrain de manœuvre parallèle, peuplé d’outils invisibles et de fronts mouvants.

    Héritage et enseignements


    Plus de dix années après sa découverte, il continue d’occuper une place particulière dans la mémoire. Il contribue à dévoiler au grand public l’existence d’une cyberactivité étatique soutenue, financée et technologiquement avancée. Il montre ou démontre que les États, eux aussi, pouvaient être acteurs — voire pionniers — d’un certain niveau de « piratage ».

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    Depuis, d’autres campagnes ont été révélées : Equation Group, Shadow Brokers, Pegasus… D’ailleurs, dans le cadre de l’enquête qui concerne les données recueillies, via Pegasus, par le consortium de journalistes, onze États sont pointés du doigt. Le Maroc, le Mexique, l’Arabie saoudite, l’Inde, l’Indonésie, les Émirats arabes unis, le Kazakhstan, l’Azerbaïdjan, le Togo et le Rwanda. En Europe, seule la Hongrie est visée par l’enquête.

    Depuis, une accélération de la militarisation du cyberespace et une prise de conscience mondiale des vulnérabilités systémiques qui nous entourent. Quoique sur la prise de conscience de vulnérabilité, il subsiste des doutes. (Crédits : Pixabay/Pexels)

    Flame n’est pas une simple concaténation de lignes de code. C’est un prélude à une ère nouvelle, une ébauche d’une société différente, où la cyberguerre n’est plus une hypothèse, mais une composante bien réelle des relations internationales. Les fuites successives et massives de data, la propagande, les communications tronquées, les diversions font partie d’un tout. Le programme malveillant Flame permet d’effectuer un retour vers le passé pour envisager un futur, qui se vit au présent.

  • Mamie, c’est quoi l’attachement ?

    Mamie, c’est quoi l’attachement ?

    Les définitions des mots ont toujours une importance. Que vous soyez simplement un être humain, quelle que soit votre dignité, votre fardeau. Elle est d’autant plus essentielle lorsque votre charge est publique, comme les femmes et hommes politiques, les femmes et hommes journalistes, etc. En plus de la théorie de l’attachement, l’amalgame est usuel entre chérir et être attaché. La distinction tient sur le fil d’une lame de rasoir, telle la différence entre l’amour et la haine, avec les genres et les identités de genres qui viennent complexifier la chose.

    Les actualités ne sont pas réjouissantes lorsque l’on allume le téléviseur, inondations, tremblements de terre, éruptions volcaniques, incestes, viols, meurtres, assassinats, guerres, conflits… entre le capharnaüm de l’Assemblée nationale en France, les tentatives d’assassinat sur la personne de l’ancien président américain et candidat Donald Trump, les cyberattaques, l’affaire dite de Mazan, le meurtre de l’étudiante de 19 ans, Philippine. « Pour une bonne santé mentale, il est préférable de laisser la télé éteinte », me dit toujours mon grand-père. Vous le connaissez sûrement à Berd’huis et tout autour avec sa Renault Gordini, Sépa Phot.

    Préoccupations d’une ado dans un monde d’adultes

    Sauf qu’à 15 ans, j’avoue ne pas tout comprendre de ce monde qui est censé m’attendre. J’ai la chance d’avoir quatre prénoms d’origines complètement explosées, je suis au lycée, j’aime le skate, le surf, et je me pose un tas de questions. J’oubliais, mes prénoms sont Capucine, Teresa, Ouriella et Sanaa, mais toutes mes copines m’appellent « Capu ». Elles me comprennent, je les comprends, mais les adultes ne vivent pas du tout la même vie que nous.

    C’est l’anniversaire de ma grand-mère. Comme je me sens plus à l’aise pour parler avec mes grands-parents que mes parents sur certains sujets, j’en profite. C’est à la dernière bouchée du framboisier que je me lance : « Papy ! » « Oui, Capucine ? »

    « Je comprends pas pourquoi il y a la guerre entre Israël et Gaza ». À peine j’ai prononcé le denier mot, plus personne ne bouge. « Sérieux la tête de mes parents !! J’ai l’impression de leur apprendre que je suis enceinte. »

    « Vaste sujet ! Je vais t’expliquer, te donner des informations, mais il faudra te forger une opinion et vérifier ce que je vais te dire, et surtout ce que tu peux lire, voir et entendre. »

    « Ok ! » Une demi-heure plus tard, tout est fini, même les tasses de café. Je saisis que ma grand-mère commence à faire la vaisselle. Je file dans la cuisine pour essuyer, comme ça on peut discuter tranquillement, entre filles.

    « Mamie, c’est quoi être attaché ? La différence entre l’amour et l’attachement ? » « Tito ne t’a pas expliqué ? » Oui, un diminutif affectueux en espagnol pour le grand-père. (Crédits : Tasty Lens/Pixabay)

    « Mamie, c’est un garçon, il comprend rien. Et puis, quand il explique, ça dure trop longtemps. Tu as vu avec Gaza, Israël, le Liban… »

    « Ah, ah, tu as raison. Les mecs sont compliqués. Je ne connais pas autant de choses que ton grand-père, mais là, comme tu dis “je gère”. »

    Une légère brise souffle à travers la fenêtre entrouverte. Elle soulève les cheveux, de la couleur des blés, de l’adolescente.

    « Tu me diras comment il ou elle s’appelle après, enfin si tu veux », sourit-elle espièglement. Capucine se met à rougir telle une tomate un peu trop mure.

    Amitié Vs Amour

    Comme te dirait ton cher grand-père : « Regarde dans le dictionnaire ! » Capucine d’une moue significative acquiesce et rétorque. « Euh, sérieux », lâche-t-elle. « Non, je te taquine. Je vais t’expliquer avec mes mots. Mais pour une fois, tu seras d’accord avec moi, souffle Séki, c’était plus simple avant ! » Il faut alors définir l’attachement, l’amour, l’interaction dans la société et se plonger dans notre histoire et dans l’Histoire.

    Comme tu vois, je suis attaché à ma maison. J’ai d’excellents souvenirs, de moins bons. Je suis attaché à ma liberté, à pouvoir marcher, à penser ce que je veux, m’habiller comme je veux, aimer qui je veux… je ne suis pas obligé d’aimer les gens pour les côtoyer, mais juste un respect qui doit être réciproque. C’est comme les goûts et les couleurs, tu n’es pas obligé d’aimer le fromage, le chou-fleur… bref chaque individu est différent.

    Être attaché à quelqu’un vient au début d’une relation, amicale ou amoureuse. La seule variation entre l’amitié et l’amour, c’est le rôle qui est donné à la sexualité, sans compter les identités de genre. Parce que l’amitié, affirme Sigmund Freud, repose sur une inhibition de la libido, l’énergie psychique de nos pulsions de vie. Mais il faut faire une différence entre l’amour d’un couple et l’amour de parents vers des enfants et vice-versa. (Crédits : Mabel Amber/Pixabay)

    « Là où ils aiment, ils ne désirent pas, et là où ils désirent, ils ne peuvent aimer. » Celle-là je l’ai piqué dans un livre de ton grand-père me souffle ma mamie. « Mais Mamie, j’ai des copines qui sont “pan” comme Angèle. » Simple ! Pour citer ta chanteuse préférée, elle explique dans Le Point que « le sentiment amoureux, avoir des palpitations dans le ventre, fille ou garçon, pour moi, c’est la même chose. » Mais une chose est sûre : « […] Quels que soient nos échafaudages éthiques et technologiques il faudra toujours, sub specie aeternitatis, de l’homme et de la femme pour engendrer de l’humain. La nature est têtue, rempart à notre fantasme de toute-puissance qui ne peut nous mener qu’à la mort, symbolique, sociale, réelle et imaginaire. »

    Attachement, le véritable concept

    L’attachement est un concept fondamental en psychologie du développement. Cette idée façonne la manière dont nous interagissons tout au long de notre vie. La théorie, initialement développée par John Bowlby, aide à comprendre ces dynamiques relationnelles. Les individus questionnant ou affirmant leur identité de genre affrontent des défis supplémentaires et enrichissant ainsi leur complexité.

    « Accroche-toi Capucine ! » Que l’on soit concerné ou pas… Que l’on trouve ça normal ou non… Que l’on trouve ça grotesque ou pas… certaines personnes sur Terre trouvent nécessaire d’appartenir à un groupe (associations sportives, groupes politiques, amateurs d’andouillettes, religions, famille de cœur comme de sang…).

    Ton doudou Fimble est très spécial pour toi ? Tu te ressens de la protection avec, n’est-ce pas ? C’est un peu comme ça que John Bowlby explique l’attachement, mais version très simplifiée. Les enfants, quand ils sont près de leurs parents, ils se sentent bien, comme avec leur doudou.

    C’est comme ça qu’ils s’épanouissent, en sécurité et aimés. « C’est ainsi que tous les enfants devraient grandir. Sans subir les maltraitances de quelque façon que ce soit », s’émeut Sépa Phot qui passe comme la brise d’automne, avant de s’éclipser, discussion de filles oblige.

    John Bowlby, le pionnier de la théorie de l’attachement, a identifié l’importance des premières relations pour le développement psychologique. Les styles d’attachement — sécurisé, anxieux, évitant et désorganisé — influencent nos comportements dans les relations adultes.

    Ces styles évoluent en réponse aux premières interactions avec les figures parentales et continuent de colorer la manière dont les individus interagissent dans leurs relations amoureuses. Sauf que l’identité de genre peut complexifier les relations d’attachement.

    (Crédits : Fia50/Pixabay)

    Ce qui est déstabilisant est de voir que la société s’attache à différencier les personnes en fonction de leur sexualité. Or, semble-t-il, comme pour le vote lors d’élections, le fait de glisser un bulletin dans l’enveloppe s’effectue en secret. En quoi est-il nécessaire de connaître la sexualité de telle personne ou autre ? Surtout que la construction de l’adulte est un passage de l’enfance par l’adolescence. Moment critique de notre évolution, l’âge de la puberté est.

    Sauf que l’identité de genre peut complexifier les relations d’attachement. Ce qui est déstabilisant est de voir que la société s’attache à différencier les personnes en fonction de leur sexualité. Or, semble-t-il, comme pour le vote lors d’élections, le fait de glisser un bulletin dans l’enveloppe s’effectue en secret. En quoi est-il nécessaire de connaître la sexualité de telle personne ou autre ? Quoi qu’il en soit, d’être né garçon ou fille, l’âge ménarchique nous enseigne l’évolution de notre corps, à nous les femmes avec l’apparition des menstruations.

    Identité de Genre

    Sauf que « l’identité de genre » peut complexifier les relations d’attachement, surtout à l’âge de l’adolescence. Ce qui est déstabilisant est de voir que la société s’attache à différencier les personnes en fonction de leur sexualité. Or, semble-t-il, comme pour le vote lors d’élections, le fait de glisser un bulletin dans l’enveloppe s’effectue en secret. En quoi est-il nécessaire de connaître la sexualité de telle personne ou autre ?

    Marie-Estelle Dupont explique que « le père étant le premier homme de la vie d’une fille, son regard est-il assez chaleureux, sain, protecteur, encourageant et porteur pour lui renvoyer sans intrusion les contours et l’avenir de sa féminité […] »

    Dans les relations amoureuses, les styles d’attachement influencent la communication, la confiance et la proximité. Pour les personnes explorant leur identité de genre, c’est souvent exacerbé en rapport à la norme, à une norme. « Un seul mot ne pourra jamais te définir entièrement. Ton voisin de classe est un garçon hétéro ? Ça ne te dit pas qu’il adore aussi les petits chiens roux et fait une super mousse au chocolat ! », relate le site gouvernemental.

    La société nous indique que le jugement serait la norme, mais la diversité fait la richesse d’un peuple, alors pour quoi juger une personne sans même savoir si elle fait une super mousse au chocolat, ou un sublime gâteau à la patate douce ?

    La société évolue. Les médias, les politiques publiques, et les normes culturelles impactent la manière façon dont les questions d’attachement et de genre sont perçues et traitées. Comprendre l’interaction entre l’attachement et l’identité de genre est crucial. Alors que les mouvements comme #MeToo et #BalanceTonPorc ont catalysé des discussions sur le respect et le consentement, il est impératif d’aborder les nuances de l’attachement dans chaque relation.

    Au final, l’attachement se produit entre deux êtres, animal ou végétal tout simplement. « Alors pourquoi c’est compliqué », lance Capucine. « Ah, c’est une excellente question ! Tout semble nous conduire sur l’individualisme, tandis que l’altruisme devrait être la norme », souffle Séki. « Ce qui n’est pas entrepris pour le bien d’autrui ne mérite pas d’être accompli », souligne un texte bouddhiste. (Crédits : IA générative/Vilkasss/Pixabay)

    « Alors l’attachement, c’est plus simple maintenant ? » Un léger flottement entour Capucine, tandis qu’à la radio passe un des tubes de Vianney « Dumbo ». Le poste à galène fredonne le refrain : « Un éléphant roi se trompe parfois, et danse aussi mal que vous et moi. En éléphant moi, je ne me trompe pas quand je me dis qu’il faut qu’on s’aime, soi. » C’est alors que l’ado lâche un « jusqu’à la prochaine, sourit Capucine. Merci, Mamie… au fait, il s’appelle Leandro. »

  • Qu’est-ce que l’antisémitisme ?

    Qu’est-ce que l’antisémitisme ?

    Il est le terme entendu dans n’importe quelle émission télévisuelle ou radiophonique. Utilisé à tort et à travers par des personnes publiques et galvaudé, une mise à jour s’impose. Du fait du conflit armé qui oppose les belligérants que sont Israël et la Palestine, les envolées lyriques sont nombreuses. Ce qui est dramatique est la mort d’un être humain, quelle qu’en soit la cause. Il est nécessaire de poser les bases sur les principales religions à travers le monde. Pour ensuite différencier, les personnes qui se revendiquent de cette confession, les habitants d’un pays et les divers courants de religions.

    Aujourd’hui, il existe huit religions les plus répandues : le bouddhisme, le christianisme, l’hindouisme, l’islam, le jaïnisme, le judaïsme, le shintoïsme, puis le taoïsme et confucianisme. Puis en fonction des États et contrées, la spiritualité autochtone. Remontons d’un millénaire, le 27 novembre 1095. Odon de Lagery, plus connu en tant que Urbain II lance aux chevaliers de faire le voyage jusqu’à Jérusalem pour repousser les infidèles. Car les Turcs et les Arabes étendraient leurs conquêtes sur les « Terres des chrétiens ». Urbain II, d’après Foulcher de Chartres demandait aux riches et moins riches de faire la « guerre sainte ».

    En 1078, les Turcs Seldjoukides, venant des steppes asiatiques s’emparent de la ville de Jérusalem aux mains des Arabes abbassides. Ils interdisent l’accès aux chrétiens, provoquant l’ire du pape. « C’est pourquoi, je vous avertis et vous conjure, non en mon nom, mais au nom du Seigneur, vous les hérauts du Christ [les évêques et abbés du concile], d’engager par de fréquentes proclamations les Francs de tout rang, gens de pieds et chevaliers, pauvres et riches, à s’empresser de secourir les adorateurs du Christ, pendant qu’il en est encore temps, et de chasser loin des régions soumises à notre foi la race impie des dévastateurs. Cela, je le dis à ceux de vous qui sont présens (sic) ici, je vais le mander aux absents ; mais c’est le Christ qui l’ordonne. » 1

    « Quelle honte ne serait-ce pas pour nous si cette race infidèle si justement méprisée, dégénérée de la dignité de l’homme, et vile esclave du démon, l’emportait sur le peuple élu du Dieu tout-puissant » exhortait Urbain II dans son appel à Clermont en 1095. (Crédits : Annette Jones/Pixabay)

    L’origine et fondement des croisades

    Les pèlerinages existent depuis bien longtemps. Les premiers d’envergure vers la Palestine se déroulent du IIIe au IVe siècle. Car l’édit de Constantin de 313 promulgue le christianisme comme religion de l’Empire romain. Des pèlerinages ont lieu jusqu’en 1078, date où les Turcs Seldjoukides interdisent l’accès aux chrétiens. Les croisades seront au nombre de huit de 1095 à 1921. En parlant de « race infidèle » Urbain II met en place une hiérarchisation des peuples. Comme l’explique le dictionnaire de l’Académie française, c’est l’ensemble de doctrines selon lesquelles « les variétés de l’espèce humaine appelées races, principalement distinguées les unes des autres par leur apparence physique, seraient dotées de facultés intellectuelles et morales inégales, directement liées à leur patrimoine génétique. » Mais le racisme entendu au XXe et XXIe siècle n’est pas celui des croisades. De chaque côté, le but fut de sauver la terre sainte.

    Le bilan est l’agrandissement du fossé entre musulmans et chrétiens, sans oublier un ressentiment en Orient à l’égard des Occidentaux. Ce qui aurait selon Jacques Le Goff « […] l’échec des croisades fut une condition très favorable à l’unité de l’Europe ».

    Elles divisent les trois religions monothéistes dont leur origine est la même et unique Jérusalem. En deux siècles, les croisades modifient durablement les rapports géopolitiques et économiques.

    Il existe cependant la création des États latins d’Orient, avec un enrichissement des places commerciales européennes. « Mais elles échouent finalement à conserver la Terre sainte, accentuent la rupture entre chrétiens et musulmans et creusent un fossé entre catholiques et orthodoxes. On leur doit aussi l’apparition de la violence antisémite de masse en Europe, qui ne cessera guère au cours des siècles suivants » relate Geo.

    L’évolution du Royaume d’Israël au VIIIe siècle avant notre ère. Cartes du Moyen-Orient, vers 733 avant notre ère : Israël et Juda. (Crédits : Frank E. Smitha/Jewishvirtuallibrary)

    La naissance de la différence dans la religion

    Dès l’instant où les religions expliquent qu’une personne, parce qu’elle n’a pas votre religion est une « race infidèle si justement méprisée, dégénérée de la dignité de l’homme, et vile esclave du démon […] » alors c’est un dénigrement nommé racisme. Les personnes de confession juive subissaient dès le premier siècle de notre ère une mise en exergue. Elle semble ne pas avoir de fin en soi. Sous l’Empire romain, le christianisme est assimilé à une « secte juive » précise André Larané sur Hérodote. Pour se détacher, les chrétiens vont alors montrer leurs différences.

    Ce que de nombreuses personnes nomment antisémitisme se base sur deux périodes distinctes : de 610 jusqu’à 1492, puis de 1492 à nos jours. Mais il fait référence au judaïsme. Ce dernier remonte au deuxième millénaire avant notre ère. Le sentiment d’antijudaïsme s’exprime par le terme « déicide ». Pour faire abattre son chien, ne dit-on pas qu’il a la rage ?

    L’Académie française explique qu’il était « appliqué naguère au peuple juif, tenu pour responsable de la mort de Jésus-Christ. Au deuxième concile du Vatican, l’Église catholique a rejeté l’appellation “Peuple déicide». Ce IIe concile œcuménique du Vatican se déroulait du 11 octobre 1962 au 8 décembre 1965.

    L’évolution des groupes religieux au XXIe siècle et sa projection en 2060 (*) en pourcentage. Le christianisme et l’Islam devraient représenter près des deux tiers d’individus en 2060, avec la baisse des autres courants. (Crédits : Pew Research Centre/Statista)

    Ce qui est d’autant impressionnant est que les pratiquants de la religion juive représentent 0,2 % des personnes sur Terre en 2015 selon Pew Search Centre, alors pourquoi autant d’actes d’antisémitisme contre les personnes de confession juive ?

    Confession, peuple et courant

    Le constat est sans appel. Les personnes de confession juive ont été malmenées à travers l’histoire, mais de nombreuses autres également. Pour ne prendre que le XXe siècle, les crimes de guerre et génocides sont légion. Le génocide est selon l’Académie française une « entreprise d’extermination systématique d’un groupe humain. » Ainsi le massacre des Hereros (1904), les Arméniens (1915), les Ukrainiens (1932), les Juifs d’Europe (1941-1945), les Tutsis (1994) ou encore le massacre de Srebenica (1995). Mais seul sera reconnu par l’ONU le terme de génocide pour les Arméniens, les Tutsis et les Juifs d’Europe.

    Sauf qu’il est nécessaire d’effectuer la différence entre la religion, les habitants et les courants. Ainsi vous pouvez être Français, résider en Espagne et être de confession catholique, mais de courant orthodoxe, anglican, évangélique… Vous pouvez être Irlandais, être de confession musulmane, mais être sunnite ou chiite. Donc, vous pouvez être de confession juive, résider aux USA et être ashkénazes ou séfarades, donc soit orthodoxes et traditionalistes ou libéraux et conservateurs.

    Régulièrement, et par facilité, nombreux usent de raccourci en disant « je suis juif », « je suis musulman », « je suis chrétien ». Il ne faut pas confondre sa confession et sa nationalité. Il ne faut pas confondre être israélien et être de confession juive. (Crédits : NoName_13/Pixabay)

    Deux conceptions s’affrontent : être pour ou contre le sionisme. « Le sionisme constitue une rupture dans la continuité historique du judaïsme. Les intellectuels sionistes et les rabbins orthodoxes qui s’y opposent s’entendent sur le fait que le sionisme représente une négation de la tradition juive », martèle Yako M. Rabkin2. L’appel à se rassembler, à la fin du XIXe siècle en Palestine pour y former « une nation nouvelle » a rebuté la grande majorité, tant laïcs que pratiquants écrit l’auteur de « L’opposition juive au sionisme ». Pour le rabbin Isaac Breuer (1883-1946), l’un des penseurs éminents de l’orthodoxie moderne, rappelle Yakov Rabkin ce nouveau mouvement politique « est l’ennemi le plus terrible qui ait jamais existé pour le peuple juif. […] Le sionisme tue le peuple et élève ensuite son corps au trône ».

    Êtes-vous antisémite ?

    Réponse aisée : « Bien sûr que non ! ». Mais savez-vous ce que cela veut dire ? En décomposant le nom, celui-ci est composé de anti et de sémite. Le préfixe anti est emprunté grec anti‑, « qui est en face », et, par extension, « qui est opposé, contraire ». Donc une défense antiaérienne est celle qui s’oppose aux attaques aériennes. Selon l’Académie française, l’adjectif sémite est « dérivé de Sem, nom du fils aîné de Noé dans la Genèse, lui-même emprunté, par l’intermédiaire du latin Sem et du grec Sêm, de l’hébreu Shem. » Il représente les populations originaires du Proche et du Moyen-Orient, dont le principal caractère commun est l’usage d’une langue appartenant à la famille des langues sémitiques.

    Les peuples sémites, qui regroupaient notamment dans l’Antiquité les Assyriens, les Araméens, les Cananéens, les Hébreux, les Moabites, les Phéniciens, désignent aujourd’hui les « Juifs et les Arabes ». Mais il est abusivement utilisé pour dire qu’une personne est contre un Juif, un israélite. Le terme antisémite vient renforcer les crimes et morts comme celle d’Ilan Halimi (2006), crimes de Mohamed Merah (mars 2012), morts de l’hypercasher de Vincennes (janvier 2015), meurtre de Sarah Halimi (2017), meurtre de Mireille Knoll (2018). Mais jamais utilisé lors de la mort d’une personne qui est dite « Arabe ». Alors si vous êtes antisémite, vous êtes contre les « Juifs et les Arabes », donc contre la barbarie des hommes.

    Dans son rapport annuel, le « Service de sécurité de la communauté juive » (SPCJ) relève ce qu’il qualifie de phénomène « nouveau et inquiétant » : un quart des incidents se sont produits à l’intérieur ou à proximité du domicile des victimes, un tiers des actes auraient été motivés par le conflit israélo-palestinien. Tout comme durant l’opération « Les gardiens de la Muraille » du 13 avril au 21 mai 2021. (Crédits : 696 188/Pixabay)

    Que penser des émeutes qui ont eu lieu en Algérie, à la libération de la France en 1945. Des slogans se mélangeaient, d’un côté « Vive la Victoire alliée », de l’autre « Vive l’Algérie indépendante ». Un ordre du sous-préfet ordonne de retirer pancartes et banderoles, mais un homme, scout de confession musulmane âgé de 22 ans, Bouzid Saâl, refuse de baisser le drapeau algérien. Des heurts éclatent, un policier tire et le jeune homme est mortellement touché. La foule est saisie de panique. C’est le début des émeutes, qui selon l’histoire officielle algérienne feront 45 000 morts. Les Occidentaux avancent un bilan de 15 à 20 000 morts, dont une centaine d’Européens. Ou bien le massacre du 17 octobre 1961 à Paris de 100 à 200 algériens. Leurs crimes avoir manifesté suite à l’appel du Front national de Libération, contre le couvre-feu discriminatoire qui leur était imposé. Tous ces morts avant les accords d’Évian le 19 mars 1962. Était-ce des crimes antisémites, au sens littéral du terme ?

    Conflits et crimes de guerre

    Le mal qui ronge cette partie de la Terre est aussi vieux que l’écriture. Mais les crimes perpétrés par le Hamas ne sont pas ceux des Palestiniens, les crimes de guerre sont régis par la loi et les conventions de Genève. Cela concerne les belligérants de tous conflits. Sont considérés comme crimes de Guerre : L’homicide intentionnel, la torture ou les traitements inhumains, y compris les expériences biologiques […] la déportation ou le transfert illégal ou la détention illégale, la prise d’otages. Mais également le fait de diriger intentionnellement des attaques contre le personnel, les installations, le matériel, les unités ou les véhicules employés dans le cadre d’une mission d’aide humanitaire ou de maintien de la paix conformément à la Charte des Nations Unies.

    Il n’y a aucune excuse à la barbarie de l’action du Hamas, qui est une organisation terroriste. De l’autre le peuple palestinien est coincé entre quatre murs depuis 1958 par la volonté des dirigeants d’Israël. « Le problème c’est l’après » exhorte Alain Bauer. (Crédits : Europe1/CNews/YouTube)

    Mais également le fait de diriger intentionnellement une attaque en sachant qu’elle causera incidemment des pertes en vies humaines dans la population civile, des blessures aux personnes civiles, des dommages aux biens de caractère civil ou des dommages étendus, durables et graves à l’environnement naturel qui seraient manifestement excessifs par rapport à l’ensemble de l’avantage militaire concret et direct attendu. La guerre comme les conflits armés sont décidés par les dirigeants, et à la fin ce sont les civils qui trinquent. Ce qui est certain est que la mort d’autant plus le meurtre ou l’assassinat d’une personne, quelle qu’elle soit, peu importe sa religion, ses croyances, ses origines, ses pensées est une tragédie.

    1. Foulcher de Chartres, Histoire des Croisades, édité par François Guizot, Collection des mémoires relatifs à l’histoire de France, Paris, J-L-J Brière, 1825, p. 7-9. ↩︎
    2. L’opposition juive au sionisme. Yakov M. Rabkin. Dans Revue internationale et stratégique 2004/4 (N°56), pages 17 à 23 ↩︎
  • Cyberattaque du site israélien du ministère de la Santé

    Cyberattaque du site israélien du ministère de la Santé

    Le site du ministère israélien de la Santé a fait l’objet d’une attaque informatique ce dimanche 17 juillet 2022, revendiquée par le groupe pro-Iraniens, Altahrea Team. Elle est la dernière d’une série d’attaques contre des infrastructures cruciales dans le pays. Un mois après celles perpétrées contre Israel Electric Corporation, plus grand fournisseur d’électricité dans les territoires occupés, Dorad Energy Ltd, qui distribue l’énergie, et le fournisseur de solutions techniques Reali Technologies ltd. Ces trois derniers par les opérateurs derrière Moses.

    Après plusieurs heures de perturbation, « le site web a retrouvé sa pleine activité », indiquait le ministère lundi 18 juillet. L’attaque revendiquée par Altahrea Team découlerait des frappes de Tsahal dans la bande de Gaza ce week-end et du soutien israélien aux sanctions contre l’Iran, explique Times of Israël. La cyberattaque serait du type DDoS selon les informations de J-Wire.

    La semaine dernière, Altahrea Team affirmait avoir attaqué jeudi 14 juillet 2022, le site Web de la municipalité de Jérusalem ainsi que celui de l’entreprise de défense Rafael Advanced Defense Systems Ltd. Altahrea Team a revendiqué une attaque lundi contre le site Web de la commune de Tel-Aviv. (Crédits : capture d’écran)

    Les suppositions de l’origine de l’attaque restent des supputations. Les griefs du groupe pro-iraniens seraient d’une part les sanctions contre l’Iran qui selon les opérateurs « tuent des milliers de personnes en bloquant l’arrivée de médicaments et de vaccins COVID-19 », et d’autre part le soutien à l’Ukraine dans le conflit armé russo-ukrainien. « Vous êtes désormais dans notre ligne de mire », écrivait l’organisation. Le ransomware Moses lors de l’attaque informatique contre Israeli Power Companies laissait le même genre de message : « Nous vous surveillons depuis de nombreuses années, à chaque instant et à chaque étape. Ceci n’est qu’une partie de notre surveillance de vos activités grâce à l’accès aux caméras de vidéosurveillance du pays. Nous l’avions dit, nous allons vous frapper alors que vous n’auriez jamais imaginé… »