Étiquette : froid

  • Une nuit glaciale au sommet du Taranaki (38/55)

    Une nuit glaciale au sommet du Taranaki (38/55)

    Une nuit sans nuage, mais éclairée par les cités aux alentours. Ce passage nocturne est accompagné de vents aux alentours de 20 km/h, et de rafales cinq fois plus rapides. Le tout à 2518 mètres d‘altitude. Comme attendu, la nuit fut fraîche. La température moyenne au sommet du Tarakani Maunga est de -1 °C. Alors, qu’a dû ressentir Flavien à l’aube au moment où le soleil affiche timidement ses premiers rayons ? Car, dans les premières heures de la journée, le froid peut encore s’amplifier. Un véritable bonheur à cette altitude.

    Le Tarakani Maunga est plus qu‘un symbole, que ce soit pour les touristes ou les Néo-Zélandais. Flavien voulait absolument tenter cette expérience. Y passer une nuit, coûte que coûte.

    Une grosse dose de motivation

    Cette nuit, une dose conséquente de motivation est plus que nécessaire pour sortir à quatre heures. L’air colle la poussière sur chaque obstacle rencontré, c’est à dire partout sauf dans le sac de couchage. « Je m’encourage, m’habille véritablement chaudement, et essaie de me protéger du vent, moi et mon appareil photo » ajuste Flavien. Pas un seul nuage à l’horizon, mais une pollution visuelle malgré les 2518 mètres d’altitude.

    Froid, vent, stalagmite

    En contraste avec la Patagonie, où la pollution visuelle est inexistante, « ce n’est pas la plus belle observation de la Voie lactée que j’ai faite. Mais le spectacle vaut quand même le coup de se geler », admet Flavien.

    À peine le temps de se tomber dans les bras de Morphée et surtout de se réchauffer qu‘il faut à nouveau sortir de la tente, enfin seulement Flavien. Dix minutes après six heures, le réveil sonne de nouveau. Les premières lueurs éclairent déjà l’Univers endormi.

    Le vent présent a forci durant la nuit. L’aventurier du bout du monde pose un œil sur le paysage, l’autre sur l’évolution des rafales. Pour ne pas se faire dépasser et qu’il puisse réussir à ranger la tente.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Au sol, l’effet conjugué du froid et du vent forme, ce qui s’apparente à de très fines et très détaillées stalagmites faites de poussières et de glace. « Je n’ai jamais vu ça ! C’est beau ! Ça craque sous le poids des pas », s’émerveille le naturaliste. Quelques nuages effleurent la ligne d’horizon. Les couleurs de l’aube projetées par le soleil réchauffent et éclairent le visage frigorifié de Flavien. Au loin, seul le mont Ruapehu dépasse majestueusement des nuages. « Le moment est encore magique, j’essaie d’en profiter un maximum, mais à 6 h 45, je dois plier la tente. »

    En aparté, le Ruapehu est un des strato-volcans actifs, parmi les 1500, sur plus de 10 000. Il est couronné par un lac de cratère au sommet.

    Ce lac de cratère est un tapu. Il revêt une importance culturelle et spirituelle pour les communautés autochtones, ce qui ajoute à la signification profonde de la montagne. Comme l’est le célèbre rocher australien d’Uluru.

    En Nouvelle-Zélande, c‘est un site vénéré par l’iwi local dans la région. Un tapu est une interdiction à caractère religieux pesant sur une personne, un objet, un lieu ou une situation particulière. Il s’agit d’un concept de tapu qui existe dans plusieurs sociétés polynésiennes — par exemple aux Tonga, aux Samoa, à Wallis-et-Futuna et chez les Maoris de Nouvelle-Zélande. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Il réside toujours des menaces d‘éruptions et de coulées de lahar. Un lahar, mot d’origine indonésienne, est une coulée boueuse d’origine volcanique. Elle est principalement constituée d’eau, de cendres volcaniques et de téphras. L’endroit où il se rencontre donc le plus régulièrement sur les pentes des volcans gris émettant des laves andésitiques. Le risque zéro n’existant pas, des mesures de précaution, tels des systèmes d’alerte précoce sophistiqués, sont en place. L’ultime éruption majeure remonte à 1996 et le dernier lahar en mars 2007.

    Tarakani, volcan, POV

    De son côté Flavien lutte contre le froid qui le saisit aux doigts. Car, avec le vent omniprésent, il faut réfléchir. L‘aventurier commence par retirer les sardines du côté abrité.

    « Pour ça, j’enlève les mitaines… mais mes doigts gelés me font souffrir. Le ressenti est autour de -15 °C. Je n’arrive pas à accomplir grand-chose avec. Ils sont tout blancs. C’est la première fois que j’ai aussi froid aux doigts », s’effraie Flavien. Pour être tatillon, Flavien, sans instrument de mesure, est très proche.

    La formule dite du « wind chill » est Température (ressentie) = 13,12 + 0.6215 x T − 11,37 x V 0.16 + 0.3965 x T x V 0.16 (Température de l’air en °C, V la vitesse du vent en km/h). Ce qui, selon les données météorologiques, une température ressentie de -12 °C. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Flavien souffle sur ses doigts, autant que possible. « Je réussis à plier la tente à l’arrache, sans fermer la housse. Je dois faire vite, toutes mes affaires exposées au vent sont pleines de poussières, car la tente va au fond du sac… » Enfin, le sac sur le dos, l‘aventurier laisse la croupe sommitale derrière lui, relâchant la pression de l’instant. « Là-haut, le climat est souvent comparé à celui de l’Antarctique. Il affiche une moyenne annuelle de -1 °C… Je répète : -1 °C ! Pas étonnant que je ne trouve aucune plante vasculaire. »

    La légende de Taranaki Mounga

    La terre de Nouvelle-Zélande est un lieu haut en couleur et légende. Le volcan Taranaki Mounga ne déroge pas à la règle. Parmi Tane Mahuta, le dieu des forêts, et Tangaroa, le dieu de la mer, et Maui, le héros qui a pêché les îles de la Nouvelle-Zélande du fond de l’océan, celle de Taranaki tient une bonne place.

    Il est dit que Taranaki Mounga était nommé Pukeonaki. Il se tenait près de Tūrangi, avec Ruapehu, Tongariro et Pihanga. Pukeonaki et Tongariro ont tous deux chéri Pihanga. Comme souvent, la discussion monte en tension, devient houleuse, pour se finir en bagarre.

    À ce jeu, Tongariro est plus fort. Des suites de la férocité des coups échangés, Pukeonaki (Taranaki), qui porte les cicatrices de la bataille, se retire sous terre.

    C‘est ainsi que le lit du fleuve Whanganui se dessine, lors de son voyage vers la mer. Quand il a fait surface, il a vu la belle chaîne de Pouākai se tenir à l’intérieur des terres et est attiré vers elle. La progéniture de Pouākai et de Taranaki est devenue les arbres, les plantes, les oiseaux, les rochers et les rivières qui coulaient de leurs pentes. (Crédits : Gaurav Kumar/Pexels)

    Le 10 janvier 1770, le capitaine James Cook rebaptise Taranaki Mounga, mont Egmont. Le double nom du mont Egmont/Mount Taranaki en usage officiel depuis 1986, disparait. Désormais, la montagne ne conserve que son nom maori Taranaki Maunga.

    Sommet de la francophonie en terre étrangère

    « À la redescente, la glace du cratère est dure telle de la pierre. Sur les falaises les plus exposées, de longues stalactites côtoient les premières plantes vasculaires, comme un Colobanthus», commente Flavien. La descente est extrêmement poussiéreuse, accentuée par les rafales érodant les flancs du volcan. Le début est rocailleux, la suite, l’est beaucoup moins. « Je lace mes chaussures au plus haut, mais cela n’empêche pas quelques scories de rentrer dans cette descente rapide, mais harassante ».

    Flavien affiche une forme à toute épreuve. Ainsi, il croise une petite dizaine de personnes, dont un français de Châteauroux les Alpes près de Briançon. « C’est là que David, avec qui j’ai partagé une partie de la Patagonie, habite, improbable… »

    Flavien continue son cheminement, sans grands rebondissements. « La piste se transforme en sentier pour 4×4. J’ai connu plus agréable comme descente, mais au moins ça roule. » Un parcours qui met à l‘épreuve pieds et genoux.

    Un anticyclone l’accompagne. La vue sur le volcan depuis les forêts à Libocedrus bidwilii et Cordyline indivisa est incroyable, souffle-t-il. « Je presse le pas dans le dernier kilomètre, car je ne suis pas loin de perdre la bataille face à mon envie d’aller aux toilettes… » (Crédits : Flavien Saboureau)

    La flamme rouge passée, Flavien engage une course contre la montre. « Mon envie assouvie, j’achète une glace et un soda au Feijoa à la demeure du parc pour me réconforter des 1600 m de dénivelé négatif avalés ce matin. » Avant de visiter le mini musée de la maison du parc, Flavien discute avec deux compatriotes, dont un mignalien. « Incroyable, c’est le premier Poitevin que je croise dans mes voyages. » Il est temps de rentrer en ville, pour profiter d‘une délicieuse douche à l’auberge. Un couple à bord d’un SUV prend Flavien au passage.

    Un duo atypique. « Navigateurs, ils se sont rencontrés en 1972, en Australie. Elle est Néo-Zélandaise, il est Québécois. Le couple vit un semestre par pays. »

    Durant le trajet, les échanges en anglais paraissent naturels et compris de part et d‘autre, ce qui ravit Flavien. « Ils me déposent là où j’avais commencé mon périple vers le Ttaranaki, il y a deux jours. Que demander de plus ! »

    Avant de foncer dans la salle de bain, le baroudeur effectue un crochet au supermarché pour acheter un savon et sa boîte en plastique.

    « À l’auberge, je cuis mes pâtes pour terminer mon pesto Rosso et file sous douche, bien méritée ! » Après s’être lavé, c’est au tour du linge.

    Un restaurant en récompense

    L’après-midi est consacré à la distribution de nouvelles, jusqu’à l’achat des son billet de train de Paris à Poitiers. « Ce qui m’évite de payer une fortune au dernier moment. Le linge sec, je peux enfin enfiler un pantalon et aller me faire un resto. »

    Depuis trente jours, Flavien n’a pas mis les pieds sous la table.

    « Après les efforts de ces derniers jours, c’est mérité. »

    Une certitude, avec l’ensemble des périples et aventures connus de Flavien, le retour à la vie civile sera comme la retraite sera à préparer en amont. Car, depuis sa première péripétie sur l’île d’Amsterdam, à l’Amérique du Sud en passant par le pays au long nuage blanc, la routine pourrait apparaître quelconque. À moins que le hasard ne fasse bien les choses…

    (Crédits : Arnaud Malan/Pexels)

    Il est temps de faire le plein de protéines. « Je trouve une brasserie attenante à l’auberge. Je commande une pièce de bœuf de 300 g, avec un mille-feuille de pommes de terre et des onions rings, le tout en tee-shirt », se réjouit-il. C’est le grand écart de températures. Avant de rentrer profiter d’un vrai lit, une promenade digestive sur le front de mer, avec le sommet du Taranaki en point de mire. « Je n’en reviens pas d’avoir passé la nuit là-haut… » À suivre…

  • Flavien, premier randonneur de l’année à Hill Cove (épis. 7/46)

    Flavien, premier randonneur de l’année à Hill Cove (épis. 7/46)

    C’est le dix-septième jour d’aventure pour Flavien. Ce jeudi 7 décembre, le vent est censé avoir baissé d’intensité. J’espère rejoindre Hill Cove en avion pense-t-il. Depuis ce minuscule village, je vais essayer de rallier Mount Adam le sommet de West Falklands culminant à 700 mètres. Un premier vol a eu lieu à 10 h, les Américains qu’il avait croisés il y a quelques jours, ont quitté l’île. C’est le nycthémère que je redoute, car c’est la plus engagée de mes randonnées aux Malouines, explique l’aventurier.

    Voici pourquoi il passe beaucoup de temps à regarder les prévisions météorologiques. Après avoir attendu toute la matinée des nouvelles des pilotes, la délivrance sonne à 12 h 25. L’avion arrive, je partirai avec les Anglais. Je laisse à David la liste des 97 espèces de plantes que j’ai pu observer sur l’île de Saunders, « je dis au revoir à tout le monde et je monte dans le coucou ». C’est le même pilote que la fois précédente. Le vol dure tout au plus 10 min, « Hill Cove est juste de l’autre du chenal. Cela fait plusieurs jours que je contemple le Mount Adam depuis l’île », s’impatiente Flavien.

    Une population de… neuf personnes

    Le jeune homme retrouve une connaissance dans l’avion, Marie Lou. « C’est la pilote française qui m’avait emmenée à New Island est passagère cette fois-ci. Elle s’en va voir ses parents à Dunbar. » Le vent est encore important et malgré les cinq toutes petites minutes de vol « nous traversons pas mal de turbulence ». La piste est courte. Il souffle fort et de face, ce qui permet à l’avion de ralentir énormément. « C’est le plus calme des atterrissages que j’ai eus jusque là ».

    Si dans trois jours, il repart avec cet appareil le sud de l’archipel, direction Port Stephens, il profite pour l’instant de Hill Cove et de ses neuf habitants.

    « Dès l’arrivée je rencontre Shirley et Peter. C’est avec eux que j’avais pu échanger par e-mail, ils ont accepté de m’accueillir à l’atterrissage. » C’est un phénomène, car l’avion ne se pose pas souvent par ici. D’ailleurs la soute est remplie de courrier.

    Je monte dans leur 4×4, direction la minuscule poste. « Enfin c’est une cabane en bois avec un toit en tôle… ». Comme un anniversaire ou la période de Noël, c’est un jour de distribution, chacun des neuf résidants reçoit un carton.

    Une vue aérienne de Hill Cove au sein des îles Falklands montre l’ensemble des habitations.

    (Crédits : Jebediah springfield/Wikipedia)

    Shirley et Peter distribuent le courrier. C’est une image qui stupéfie Flavien. « Comme une impression de revenir des décennies en arrière, un moment incroyable. » Précautionneux, il repère cet abri. Selon les prévisions météorologiques la nuit de samedi à dimanche (jour du départ) va être très pluvieuse et venteuse… Peter et sa femme Shirley me proposent de venir déguster un thé chez eux. La discussion tourne autour de ma randonnée.

    Premier de cordée

    Ces montagnes font l’objet de randonnée, que très rarement : c’est le « royaume de l’isolement ». Ils me disent que je suis le premier de l’année à y aller, « je devrais y être pénard », se réjouit-il. Sauf que cela renforce son appréhension. Sur une île composée de neuf personnes « s’il m’arrive quelque chose, même le numéro d’urgence ne passe pas, il me faudra utiliser ma balise de détresse ».

    Ce couple, ô combien sympathique vérifie avec minutie que « je ne suis pas un bleu en randonnée. Au vu de mon équipement, ils semblent rassurés. »

    En prévision, ils téléphonent à chaque voisin pour savoir si quelqu’un veut bien garantir la sécurité lors du décollage de dimanche. Une fois trouvé, ils m’autorisent à dormir dans la minuscule poste s’il ne fait pas beau samedi soir, « me voilà tranquillisé ».

    Flavien et Peter scrutent la carte des montagnes. Je lui demande s’il connaît un endroit plat, protégé du vent et avec un point d’eau à côté pour que je puisse boire et cuisiner pendant ces 2 ou 3 jours. « Bien entendu, il me répond que non, car cela fait des années qu’il ne s’est pas rendu là-haut. » Il déposera Flavien entre deux vallées qui mènent au sommet de l’île, mais également aux lacs glaciaires que ces sommets surplombent. (Crédits : Stephen Davies/flickr)

    Lors de son périple, il est interdit à Flavien, comme tout passager d’emporter une bouteille de gaz. « J’en avais demandé une, il y a quelques semaines de ça, à Peter pour que je puisse chauffer ma nourriture. » Durant de son ultime visite à la capitale, Stanley, il m’en avait acheté une. « Sympathiques jusqu’au bout, ces malouins ! », claque Flavien, tout heureux de manger chaud durant trois jours. « Pour le remercier d’être venu me chercher, pour l’essence que Peter va consommer pour m’emmener dans la montagne et pour la bouteille de gaz, je leur donne 20 £ ».

    Une marche de plus de trois heures

    Sac chargé, « nous sommes partis pour une demi-heure de route, enfin… plutôt du hors-piste ». Il faut savoir que le cœur des montagnes est le domaine du gouvernement. Il est interdit de s’y rendre en véhicule motorisé. Entre deux, l’autorisation de traverser les terres était acquise quelques minutes plus tôt. Peter souhaitait amener Flavien jusqu’à la clôture délimitant la propriété du gouvernement, mais… « le terrain est trop accidenté, le 4×4 n’avance plus et j’ai l’impression que l’on va reste coincé sur 2 roues… » Une fois à terre, et après avoir remercié Peter. Flavien est seul face à la nature.

    Livré à lui-même, il lui reste à parcourir environ 6 km, avec un dénivelé positif de 600 m. Son but arrivé au sommet et tenté d’y voir plus clair pour dénicher un spot abrité. Chemin faisant, « je trouve cinq espèces que je n’avais pas encore vues durant ces quelques heures de marche, les communautés végétales sont magnifiques et plus ça va plus les paysages dénudés ressemblent au sommet d’Amsterdam. »

    Après 3 h 30 de marche à travers la montagne, il est 17 h 30 lorsqu’il rallie le sommet. « Le vent est fort, mais pas autant qu’hier. Il en faut plus pour entamer mon enthousiasme. » Une chose rassurante est la dalle de béton qui peut permettre à un hélicoptère d’atterrir, en cas de problème. Depuis la crête, les berges des lacs glaciaires semblent favorables à la pose d’une tente. Flavien descend 100 m de dénivelé pour atteindre le premier. En faisant le tour, il trouve un endroit plat et humide. « Dans ces montagnes, c’est soit de la caillasse soit des végétations détrempées », explique-t-il. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Il a avec lui un footprint. Ce tapis de sol se glisse sous la tente. Il recouvre tout ou partie de la tente. Ce qui améliore l’étanchéité, protège le sol de la tente contre l’humidité, les salissures, l’abrasion et les perforations. C’est pour ça que « je choisis le milieu quelque peu humide mais abrité des vents dominants. »

    Toujours se faire confiance

    Attentif au sens et force du vent, il décide de l’orientation et du lieu où poser sa tente. « Demain il devrait être d’Ouest avant de tourner Nord la nuit suivante », assure-t-il. C’est en un temps record qu’il monte sa tente. « Je suis fier de moi, mais dix minutes plus tard le vent change de sens, il est d’Est, c’est à n’y rien comprendre. »

    Je me fais confiance et la laisse comme telle bien qu’elle semble frêle fasse aux incroyables rafales qui m’emporte. Une heure passe quand le vent se calme enfin : « je peux manger sereinement ».

    La bouteille de gaz que Peter m’a trouvé est très haute, et ne tient pas sur elle-même. Comme il y a trop de vent, et qu’il fait trop froid à cette altitude pour cuisiner dehors « je joue aux équilibristes à l’intérieur de ma tente pour ne rien cramer. »

    Un lyophilisé à la tartiflette sera le bienvenu. Ce soir je me permets même quelque chose de luxueux. « Comme j’ai du gaz à en revendre, j’ai chauffé un litre d’eau que j’ai placé dans ma gourde en aluminium pour que ça me serve de bouillotte, c’était la meilleure idée que j’ai eue aujourd’hui. »

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Voilà que cette magnifique journée se termine dans ce qui est « je pense le plus isolé et le plus technique des bivouacs que j’ai pu faire dans ma vie. Cependant j’ai réussi, je peux m’endormir sur mes deux oreilles. » Demain, une mission presque impossible « je vais tout faire pour trouver des plantes endémiques très rares, à savoir Hamadryas argentea et Nassauvia falklandica ». À suivre…

  • L’appel de l’abbé Pierre du 1er février 1954

    L’appel de l’abbé Pierre du 1er février 1954

    Il y a désormais 70 ans jour pour jour que l’abbé Pierre lançait « Mes amis, au secours ! Une femme vient de mourir gelée cette nuit à 3 heures, sur le trottoir du boulevard Sébastopol, serrant sur elle le papier par lequel avant-hier on l’avait expulsée ». Marie Joseph Henry Grouès venait sans le savoir de répandre la solidarité à travers l’hexagone. Il érigeait cinq années auparavant la fondation non confessionnelle « Emmaüs ». Comme « Les restaurants du Cœur » créé par Coluche en 1985, la générosité perdure malgré la disparition des deux hommes.

    L’hiver 1954 voit en février débarquer une seconde vague de froid. Elle concerne l’ensemble de la France. Les principaux cours d’eau gèlent. Des températures de -25 °C à Luxeuil-les-Bains et jusqu’à -13 °C à Paris. Dans le sud de la France, le Languedoc-Roussillon se couvre de son manteau blanc. Il tombe 85 cm de neige à Perpignan, et 30 cm à Montpellier.

    Mes amis, au secours

    « Chaque nuit ils sont plus de 2000 recroquevillés sous le gel, sans toit, sans pain, plus d’un presque nu », continuait l’abbé Pierre. C’est par cet appel vibrant que Marie Joseph Henry Grouès, dit l’abbé Pierre sensibilise la population française et les pouvoirs publics au sort des plus démunis. « Il faut que ce soir même dans toutes les villes de France […] dans la nuit à la porte de lieux où il y ait une couverture, paille, soupe […] toi qui souffres qui que tu sois, entre, dort, mange, reprend espoir, ici on t’aime »

    Un cri pour la dignité des sans-abris

    C’est avec la voix emplie d’émotion et de conviction qu’il expose la réalité des personnes vivant dans la rue. Entre le froid mordant qui engourdit leurs membres et les nuits passées sous les ponts ou dans des abris de fortune insalubres, personne n’est épargné. Il met en lumière ceux qui en manquent, et souligne que cette détresse touche toutes les catégories sociales, hommes, femmes et enfants.

    L’appel radiophonique au Journal parlé de la RTF que l’abbé Pierre lira lui-même sur Radio-Luxembourg. Le 1er février 1954, résonne encore 70 ans après. Il n’existe aucune version sonore authentique dudit appel de 1954, l’abbé Pierre l’enregistrera donc celui-ci le 4 octobre 1993. (Crédits : Emmaüs international/YouTube)

    Cet appel suscite une solidarité nationale à travers une mobilisation générale, pour venir en aide aux sans-abris ainsi qu’aux mal-logés. Des milliers de personnes répondent en proposant des hébergements temporaires ou en faisant des dons pour soutenir les actions d’Emmaüs.

    Plaidoyer pour la dignité humaine

    Il n’existe pas de limite dans l’exposition du problème : il propose une solution concrète. L’abbé Pierre appelait tous ceux qui possèdent un logement vacant à ouvrir leurs portes aux sans-abris, aux expulsés. L’impact est immédiat et immense. Des milliers de personnes proposent des hébergements temporaires, d’autres font des dons pour soutenir les actions d’Emmaüs. La solidarité nationale dépasse les clivages sociaux et politiques.

    De nombreux décès dus au froid ont lieu cet hiver 54, dont des nourrissons. (Crédits : Fondation Abbé Pierre)

    Les paroles suivent les écrits de l’abbé Pierre. Comme Zola pour l’affaire Dreyfus, l’abbé Pierre écrit à Maurice Lemaire, ministre de la Reconstruction et du Logement. Une lettre que Le Figaro publie le matin du 5 janvier 1954. « Monsieur le Ministre, le petit bébé de la cité des Coquelicots, à Neuilly-Plaisance, mort de froid dans la nuit du 3 au 4 janvier, pendant le discours où vous refusiez les “cités d’urgence”, c’est à 14 heures, jeudi 7 janvier, qu’on va l’enterrer. Pensez à lui. Ce serait bien si vous veniez parmi nous à cette heure-là. On n’est pas des gens méchants… »

    Une misère toujours d’actualité

    Suite à cette mobilisation sans précédent, des mesures sont prises, bon gré mal gré par les politiques pour améliorer la situation des sans-abris. Des centres d’hébergement d’urgence sont ouverts, des programmes de rénovation urbaine voient le jour et une législation plus protectrice est mise en place. Mais le temps politique semble comme celui de la théorie de la relativité restreinte d’Albert Einstein : relatif.

    Comme dans le village charentais de Mazerolles, les panneaux d’entrée et de sortie des communes de France transmettent un message : « Nous marchons sur la tête ».
    L’individualisme a pris place en remplacement de la solidarité, de l’entraide, comme le mouvement des agriculteurs le démontre, rien ne va plus. (Crédits : Romuald Pena)

    L’appel déchirant de l’abbé Pierre du 1er février 1954 a marqué un tournant dans la conscience collective sur la situation des sans-abris et mal logés en France. Il a suscité une mobilisation nationale et a permis d’obtenir des avancées significatives dans la lutte contre le mal-logement. En 2023, le nombre de personnes sans domicile était estimé à 330 000 et de plus de 4, 15 millions de mal-logés en France. C’est « l’inaction du gouvernement » qui est dénoncée explique le journal Ouest-France en 2023. Côté « Restaurants du cœur », 171 millions de repas ont été distribués en 2023. Les constats sur le pétrole comme la sécheresse se retrouvaient déjà en Une des journaux en 1922, la misère de même. Les Hommes politiques varient comme le printemps, l’été, l’automne et l’hiver, mais rien ne semble changer quant aux difficultés rencontrées par la population française, que cela soit en 1954 comme en 2024.

  • Prenez garde aux Saints de glace

    Prenez garde aux Saints de glace

    Souvent, cette expression est prononcée par les aïeux, inconnue de la génération Z. La connaître peut éviter aux plantations de souffrir, ou de limiter la souffrance. Trois sont connus de tous, Saint-Mamert, Saint-Pancrace et Saint-Servais, le plus redouté, car le tout dernier. Les jardiniers, les agriculteurs et tous les travailleurs de la terre les redoutent. Mais d’où viennent-ils ? Est-ce réel ? Quelle peut être l’origine de ces Saints de glace qui chaque année sont un marronnier journalistique ? Partons à la découverte des fameux cavaliers.

    Les cinq cavaliers du froid que sont Saint-Georges (23 avril), Saint-Marc (25 avril), Saint-Eutrope (30 avril), Saint-Croix (3 mai) et le Saint qui ferme la porte du froid, quoique, Saint-Jean Porte Latine (6 mai). Ce quintuor précède les fameux Saints de glace, ils sont Saint-Mamert (11 mai), Saint-Pancrace (12 mai) et Saint-Servais (13 mai). La période correspond au mois Floréal du calendrier révolutionnaire français.

    À quel Saint se vouer ?

    Ils font parler d’eux, car c’est à cette période que jardiniers amateurs et confirmés sèment les graines de plantes gélives. Elles sont celles qui s’épanouissent durant la saison chaude, mais craignent le froid. Ainsi ce sont des légumes-fruits tels les agrumes, les tomates, les poivrons, les piments, les aubergines… mais aussi les cucurbitacées (concombres, melons, cornichons, courges, courgettes, pastèques, potimarrons…).

    Chaque semi doit être protégé du froid, surtout les gélives. La période de gel du mois d’avril 2021 produit des dégâts considérables auprès des maraîchers.

    La ville de Beauvais (60) enregistre son treizième jour de gel du mois le 27 avril 2021, un record.

    L’image des saints de glace est associée aux dictons. Ils se suffisent à eux-mêmes pour comprendre l’importance de ces jours pour les récoltes futures : quand il pleut le jour de Saint-Georges, sur cent cerises, on en a quatorze.

    (Crédits : Dirk (Beeki®) Schumacher/Pixabay)

    Mais c’est également : entre Georges et Marquet, un jour de l’hiver se met ; qui n’a pas semé à la Sainte-Croix au lieu d’un grain en mettra trois ; s’il fait beau à la petite Saint-Jean, année fructueuse en froment ; attention, le premier des saints de glace, souvent tu en gardes la trace ; les trois saints au sang de navet, Pancrace, Mamert et Servais, sont bien nommés les saints de glace, Mamert, Servais et Pancrace ; avant Saint-Servais, point d’été, après Saint-Servais, plus de gelée.

    Une coutume du Vᵉ siècle

    Ils sont issus des us et coutumes aux alentours des 500 ans après Jésus-Christ. Le 11 mai, à la sainte Mamert, soit 37 jours après Pâques, introduisait les trois jours des Rogations. Elles consistent à l’origine en des rituels apotropaïques et propitiatoires que sont des chants religieux, prières d’intercession, ou encore processions pour favoriser la prospérité des moissons, des cultures et plantations. Des processions, la mémoire est restée intacte, d’autant que la Lune rose et rousse, est présente.

    En effet, si le phénomène de Lune rousse est évoqué, c’est surtout que si le ciel est dégagé, la lune va roussir, indirectement, les jeunes pousses. Le phénomène de gelée associé à la rosée du matin donne aux végétaux un aspect brûlé, de couleur rousse. Cette année, elle prend effet du 12 avril 2021 au 11 mai 2021. Elle se calcule en prenant la lunaison suivant le jour de Pâques, soit du 16 avril 2022 au 16 mai 2022.

    La Lune a une influence sur le jardin, comme sur les marées, un satellite d’une aide précieuse lorsqu’on y prête attention. Concernant la période des saints de glace, des scientifiques, plus terre à terre, auraient observé que les poussières stellaires seraient plus abondantes durant ce laps de temps… (Crédits : Romuald Pena)

    Cette explication est infirmée par le fait que les astronomes ne détectent aucun nuage de poussière de ce type sur la trajectoire de la Terre, même avec des instruments très sensibles comme les miroirs de télescopes spatiaux et les instruments de la Station spatiale internationale où le Français, Thomas Pesquet survole la Terre. Quoi qu’il en soit, dans le cas où vous avez effectué des plantations et que vous souhaitez les protéger du froid, vous pouvez placer un voile d’hivernage, mettre un paillis ou encore retourner un pot en terre, comme une bouteille en plastique coupée sur les jeunes pousses.