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  • De retour à la maison (Épis. final)

    De retour à la maison (Épis. final)

    La journée la moins agréable de son séjour est arrivée. Ce lundi quatre mars deux mille vingt-quatre, il se réveille aux aurores. Levé à 7 h 30 ce matin, il me reste à réussir à tout caser dans mon sac, songe-t-il. Bien que cette fois je n’ai plus les lyophilisés, j’ai quelques souvenirs plus volumineux à faire rentrer. Sa tocante affiche 8 h 45 quand il dit au revoir à Clémentine et Gonzalo, qu’il remercie une nouvelle fois chaleureusement. Puis, il s’en va chargé comme une mule.

    Après avoir déniché une boulangerie, où je mange les moins bonnes viennoiseries de mon voyage, je passe une dernière fois à Scotia Bank pour retirer 5000 pesos. En effet le billet de 2000 est très bien dessiné. Le seul moyen de repartir avec est de faire de la monnaie sur 5000… Désormais habitué, il prend le métro, comme si de rien n’était, mais dans le sens inverse de la veille. À l’endroit même où le bus m’a déposé hier je suis censé y trouver une navette qui va à l’aéroport pour la modique somme de 2000 pesos. Et à peine suis-je sorti du sous-terrain que je grimpe dans l’autobus qui part aussitôt.

    Perturbé il se trompe d’arrêt et doit faire une nouvelle fois marcher. 1,5 km pour rejoindre le terminal international de l’aéroport de Santiago. Là-bas tout s’enchaîne très bien et après seulement une demi-heure d’attente en salle d’embarquement je monte dans l’avion de la compagnie LATAM direction São Paulo vers 12 h 15.

    Durant les quatre heures de vol, je passe la majeure partie du temps à tenter de rattraper les journées non écrites de ce récit. Arrivé à São Paulo il fait plus de 32 °C, mais je n’ai pas le temps d’y penser. Sauf peut-être à l’arrivée à Paris et ses cinq petits degrés. Je n’ai qu’une heure pour ma correspondance avec le vol de Paris. Le temps, une nouvelle fois, de passer la sécurité aéroportuaire et d’aller aux toilettes, je monte dans un aéronef pour cette fois onze heures de vol. (Crédits : Dendroseris littoralis — Asteraceae, endémique de l’île Santa Clara/Flavien Saboureau)

    Alors qu’il est 19 h quand j’écris ces lignes, il fait déjà nuit noire sur le Brésil, étonnant comme fuseau horaire… Pendant ce temps-là, Flavien espère que son sac à dos a bien été chargé dans la soute de l’avion, lors de l’escale. Ce mardi 5 mars 2024, j’arrive à l’aéroport Charles de Gaulle. Le soleil se cache derrière des nuages parisien. Comme prévu, la température avoisine les 5 °C, mais un vent rafraîchit et abaisse la température ressentie. En attendant le train pour Poitiers, c’est la reprise de lecture des nombreux e-mails. « Ça y est, 106 jours plus tard l’aventure se termine. Après 38 000 km, dont près de 1 500 à pied, il est tant de rentrer dans le Poitou, à Lavausseau et de retrouver famille et amis. Il va falloir renflouer les caisses aussi… »

  • Il a cent ans… l’orgueil du gentleman cambrioleur

    Il a cent ans… l’orgueil du gentleman cambrioleur

    L’orgueil est une opinion plus qu’avantageuse qu’on a de sa propre personne. Du latin superbia, il détermine non l’égocentrisme, mais la considération de notre valeur, souvent aux dépens de celle due aux autres. Au XVIIe siècle la fierté était définie par quelqu’un de hautain et altier. L’Académie française lui octroie actuellement le « vif sentiment qu’on a de son mérite ». C’est toute l’histoire de Serge de Lenz.

    Le 26 mars 2022, l’Écho d’Alger relatait une affaire rocambolesque, Serge de Lenz cambrioleur mondain, n’entends pas laisser ses exploits être diminué par la cour. Interrogé le jeune homme qui n’en est pas à son coup d’essai interpelle le président de la chambre d’instruction. « J’ai même volé, en même temps une tabatière en argent ». La réaction du présumé malfaiteur répondait au doute émis par le juge. Ce dernier formulait une sérieuse incertitude au sujet d’un collier dérobé chez le bijoutier M. Servan dont le magasin se situe à Bordeaux. Le représentant du commerçant, qui assistait à l’interrogatoire déclarait « c’est bien vrai, nous avions négligé de signaler cette tabatière à la police ». Il n’en faut pas plus pour que triomphant, Serge de Lenz s’écriât « Vous voyez ! ». Son procès en Assises, en février 1923 pour vols qualifiés et recel le condamnera à 10 ans de prison ferme. En liberté conditionnelle en 1931, il s’installe à Dieppe, car interdit de séjour en Île-de-France.

    Qui est celui que la postérité a surnommé le « Gentleman Cambrioleur », allusion au célèbre personnage d’Arsène Lupin, créé par Maurice Leblanc à la même époque. Série à succès alors interprété par Georges Descrières, dont nos grands-parents ne perdaient pas une miette devant l’écran cathodique. (Crédits : AFP)

    Serge de Lenz est né le 7 novembre 1892 à Neuilly-sur-Seine, et meurt le 11 septembre 1945 à Issy-les-Moulineaux des suites de graves blessures. Fils d’Eugène de Lenz, banquier d’origine russo-balte, et de Marie Pontez, il fait des études au lycée Condorcet. Le 1er avril 1912, Serge de Lenz signe un contrat de cinq ans comme engagé volontaire dans la cavalerie, au 13e régiment de chasseurs. Moins d’un an après, il est réformé médical pour « hystéries et crises nerveuses constatées », le 7 février 1913 Livré à lui-même, Serge de Lenz multiplie ensuite les délits. Dès l’âge de 21 ans, Serge de Lenz est condamné à 10 mois de prison pour vol de voiture. Son parcours est impressionnant pour le commun des mortels. Pendant les années de guerre, il passera plusieurs fois en justice pour vols, faux et usages de faux totalisant plus de 5 ans de réclusion dont il n’accomplira que la moitié, purgeant le reste dans les « Bat’d’Af’ » sur décision du tribunal militaire.

    Tous les moyens sont bons pour arriver à ses fins, à l’occasion gigolo bisexuel, il escroque et fait chanter ses victimes. (Crédits : DR)

    Le comte de Guise-Hitte, peintre américain séduit, révélera naïvement, l’emplacement de son coffre et de sa fortune. Le cambriolage est effectué fin octobre 1931, avant de fuir en Belgique. Extradé, De Lenz sera condamné aux Assises à dix années d’incarcérations pour vol qualifié en mai 1934, mais un vice de procédure fait casser le verdict. Rejugé en janvier 1935 devant la cour d’Assises de l’Eure à Évreux, l’homme sera libéré en décembre 1936 pour folie. De menus larcins rythmeront sa vie jusqu’à son enfermement au camp de Rouillé, dans la Vienne (86) avant son évasion en décembre 1941, le lieu n’avait que quatre mois d’existence. L’occupation nazie décrète la ligne de démarcation le 22 juin 1940, longue d’environ 1 200 km.

    Des communes comme celle de Jardres dans la Vienne, propose un parcours le long de la ligne de démarcation. Le réseau de résistance Renard à travers le journal clandestin Le Libre Poitou s’opposa au régime nazi. Louis Renard fut arrêté en 1942, puis guillotiné à Wolfenbüttel. (Crédits : Centre châtelleraudais d’Histoire et d’Archives)

    Il retourne à Paris devenu sous l’Occupation nazie, paradis des malfrats et des collabos. La capitale grouille de trafiquants au marché noir et de faux policiers, que relate le film « La Traversée de Paris » avec Jean Gabin et Bourvil, réalisé par Claude Autant-Lara. Cet environnement propice aux larcins convient parfaitement à Serge de Lenz. Il rejoint la bande de Rudy de Mérode, espion français à la solde des Allemands, et se préoccupe plus particulièrement d’organiser le racket des cabarets et autres lieux de nuit.

    Dans ce camp furent internés des politiques, ceux qui émettaient des opinions opposées aux nazis et aux vichystes qui pourraient actuellement être qualifiés de complotistes. Ceux qui tentèrent de rejoindre l’Angleterre, des républicains espagnols, marchés noirs, droits communs, et les indésirables espagnols, russes, arméniens, italiens… (Crédits : Vrid Memorial)

    En février 1943, un particulier vient se plaindre d’un vol de 300 Louis d’or. Mais également d’avoir été molesté par des hommes affirmant être de la Carlingue, qui est le surnom de la Gestapo française. Après enquête interne, il s’avère que les coupables étaient des hommes de la bande de Mérode dont Serge de Lenz faisait partie. Explication orageuse entre les deux chefs de bande. Suite à de nouveaux incidents, Henri Chamberlin, dit Henri Lafont, chef de la Gestapo française fit arrêter toute l’équipe de Neuilly par la police allemande et exigea leur déportation. Rien de mieux que d’éliminer la concurrence pour régner en maître des lieux. L’homme fut incarcéré à Fresnes avant d’être déporté à Oranienburg puis à Buchenwald. Libéré par les Américains, Lenz revint à Paris en 1945 et récupéra son magot caché avant sa déportation. Mais, il tenta de voler un de ses nouveaux compagnons du milieu qui le battit à mort, il décédera à la clinique d’Issy-les-Moulineaux le 11 septembre 1945 des suites de ses blessures.


  • À quand les devoirs des Hommes ?

    À quand les devoirs des Hommes ?

    Toutes et tous savent que demain, le 8 mars 2022, est la journée internationale des Droits des Femmes. Sur cette planète, nous avons, si les différents gouvernements à l’endroit où vous résidez vous donnent cette possibilité, des droits et des devoirs. Bien sûr, les lois régissent nos vies. Certaines sont là pour tenter de réparer les injustices, désagréments, délits ou crimes subis. Nous montrons toujours de l’index ce qui ne va pas, ce qui est dérangeant, ce qui entache nos libertés, mais rarement un geste du pouce, à défaut d’un sourire.

    Un devoir est une obligation particulière imposée par la morale, la loi, un règlement, les conventions sociales, etc. L’article 29 de la Déclaration universelle des droits de l’homme indique dans le premier alinéa que « l’individu a des devoirs envers la communauté dans laquelle seul le libre et plein développement de sa personnalité est possible. » C’est l’unique emploi du mot. L’article premier affirme que « tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. » Le respect de la loi est l’assurance que la liberté, les droits et la sécurité sont garantis pour tous. La violation des lois constitue toujours une faute qui peut vous valoir de lourdes sanctions pénales. D’ailleurs sur le territoire national français existent les conseils départementaux de l’accès au droit (CDAD), qui sont d’accès gratuits et confidentiels. Car la loi reconnaît à chacun le droit d’être informé sur ses droits et devoirs, afin d’être en mesure de les mettre en œuvre.

    Faits divers et Justice

    Durant six mois, au début de l’année 2020, un homme de 54 ans a planqué des caméras-espionnes dans différentes toilettes publiques, Suisse. Selon l’ordonnance pénale du ministère public du Haut-Valais, révélée par le « Walliser Bote », l’homme consommait pendant de nombreuses années des films pornographiques à caractères zoophile et pédophile, avant de commettre ses délits dans les toilettes publiques. Le prévenu a été reconnu coupable, au mois de février 2022 de violations multiples dans les domaines privés et secrets, avec des appareils d’enregistrement, de vol, de violation multiple de domicile et de pornographie.

    Tout outil, comme le smartphone, possède deux sens, selon l’utilisation de son propriétaire qu’elle soit saine ou délictuelle. (Crédits : Erik_Lucatero/Pixabay)

    En juillet 2021, un homme de quasiment 30 ans a été condamné à 4 mois de prison avec sursis. Il capturait en vidéo l’intimité des femmes dans les toilettes du Zoo de Beauval. Pris en flagrant délit par le mari, le 5 août 2019, à Saint-Aignan-sur-Cher, le conjoint l’a attrapé et remis à la sécurité du parc. Le presque trentenaire avait confié aux enquêteurs être stimulé sexuellement par le fait de les regarder à leur insu, dans la plus stricte intimité.

    3 500 victimes recensées

    Un homme, père de trois enfants avait dissimulé son smartphone téléphone dans des toilettes de centres commerciaux, et une maternité. Au moins 400 victimes sur 200 Go auraient été filmées. Le tribunal de Saint-Brieuc l’a condamné ce mardi 26 juin 2018 à 9 mois de réclusion avec sursis et l’oblige à se soigner. Plus récemment à Nice, un trentenaire a écopé de quatre ans de prison dont trois avec sursis, d’une obligation de soins et d’indemniser ses victimes. Outre-Manche, un voyeur était incarcéré en 2015 pour avoir secrètement filmé des milliers d’inconnues dans les toilettes de cafés londoniens. Les enregistrements ont été réalisés pendant six ans à partir de 2009, avant qu’il ne soit arrêté après qu’une collègue découvre un appareil d’enregistrement, sur lequel figuraient des images du visage de l’auteur en train de cacher l’appareil.

    Des dossiers classés faute de preuves existent. Mais la science évolue sans cesse, réduisant au maximum l’impunité, et la tranquillité. (Crédits : herbinisaac/Pixabay)

    Chaque action engendre une réaction, un acte répréhensible sera toujours sanctionné, tôt ou tard. La cour d’assises de la Vienne a condamné un homme, accusé du viol sur une jeune femme, en octobre 1998 à Saint-Gervais-les-Trois-Clochers, à 11 ans de réclusion criminelle, mercredi 2 mars 2022. Il a été rattrapé grâce à un papier de bonbon. « Ma cliente est victime doublement : elle a senti le souffle de la mort sur son cou et puis il y a eu ce viol : c’est-à-dire la profanation de l’intimité d’une fille de 21 ans, le vol de son innocence, de sa féminité. Il a volé son insouciance et la vie qu’elle devait avoir », rappelait Me Patricia Coutand.

    La journée des Droits

    Une journée internationale des Droits des Femmes ne va pas sans celle des devoirs. Celui de parler, de dénoncer un préjudice, une atteinte, quoique ce soit, sans aller jusqu’à la délation. Saviez-vous que toute personne requise pour aller témoigner devant la justice est obligée de le faire ? En cas de refus, le juge d’instruction peut l’y contraindre par l’usage de la force publique, et peut être poursuivi pour obstruction à la justice. Chaque individu décidant de se taire commet un délit. L’obligation de témoigner s’accompagne aussi de l’obligation de dire la vérité.

    L’éducation est un apprentissage, mais pas seulement scolaire. Il est le développement des facultés intellectuelles, morales et physiques, pour que les résultats de cette activité de développement permettent, dans le meilleur des cas de vivre ensemble en sécurité, harmonie. (Crédits : Sasin Tipchai/Pixabay)

    Sauf peut-être dans une assemblée où le mensonge et le parjure ne se conjuguent pas au temps de la politique. Le faux témoignage, lui, fait sous serment devant une juridiction est sanctionné au maximum par cinq ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende. Avant de jouir de nos Droits que sont le respect, la tolérance, l’équité des traitements notamment dans le salaire… il est de notre devoir d’éduquer les Hommes, car sans éducation comment savoir ce qui est juste, de ce qui le l’est pas.

  • De Lavausseau aux terres australes

    De Lavausseau aux terres australes

    C’est un long périple que Flavien Saboureau (23 ans depuis le 25 février) entreprend le 18 juillet 2021. Cet enfant de la cité des tanneurs (86) a parcouru un chemin empli d’expériences. L’aventure le mène cette année à Amsterdam, pas la capitale néerlandaise, mais l’île des terres australes et antarctiques françaises (TAAF). De son bout d’hortillonnage aménagé au domicile familial au Jardin botanique de Nantes où il est employé, je vous emmène en voyage le découvrir à travers la flore qu’il affectionne.

    Très jeune, il est passionné par des travaux de minutie. Il ne le sait pas encore, mais cette caractéristique sera déterminante dans son futur. Après Émeric et Ophélie, il est le petit dernier, forcément chouchouté, comme dans tous les clans. Son cursus scolaire demeure classique, jusqu’au voyage en terre saintaise où il obtient son bac, avec mention très bien. « Je voulais être paysagiste », chantonne-t-il. Ainsi, il migre à Angers pour suivre les cours du BTS aménagement paysager, encore mention très bien. Poursuivi par ses études, il décrochera une spécialisation en botanique dans la ville de Besançon, à Chateaufarine. Pointilleux sur les termes, il effectue auprès des siens des ajustements, pour les non-initiés : « La plante ne fait pas forcément moins d’un mètre, elle peut-être une mousse comme un arbre. La fleur est la partie de la plante. Les gens font souvent l’amalgame, comme ma maman, mais ce n’est pas grave », sourit-il.

    Il faut parfois être au ras du sol pour voir la grandeur d’une plante, la contempler avant de pouvoir la photographier. (Crédits : DR)

    Il n’est pas latiniste, mais appréhende petit à petit sa gymnastique. « Il est la nomenclature commune qui range les plantes dans des cases. Nous parlons le même langage, ce qui est bien. Le Latin permet la compréhension de bien des choses, comme, par exemple, le séquoia sempervirens qui signifie toujours vert ». L’évolution suit son chemin quand il participe au concours national de reconnaissances des végétaux. La consécration arrive en 2017, avec le titre de champion de France dans la catégorie « Aménagements paysagers ». « Felix qui potuit rerum cognoscere causas » est une locution latine qui lui sied (N.D.L.R. Heureux celui qui a pu pénétrer le fond des choses). De fil en aiguille, il travaille au Jardin botanique de Nantes, depuis novembre 2019. « Je m’occupe des arbres et arbustes de climats tempérés et la nomenclature, l’étiquetage de 9000 espèces. » Puis survient, comme une graine semée, un sentiment d’éclosion. Le besoin d’effectuer un service civique, mais pas n’importe quoi, ni n’importe où…

    À 2880 km de l’île de la Réunion

    Après de multiple rendez-vous, tests, entretiens et une attente interminable… le couperet tombe enfin : « Pour ceux qui n’étaient pas au courant, et ceux qui y étaient, c’est officiel ! À partir de juillet, je pars avec la mission 73 sur ce rocher perdu au milieu de l’océan Indien, l’île d’Amsterdam, une des îles les plus reculées du globe, annonce-t-il fièrement sur Facebook. J’aurais en charge la réintroduction du Phylica arborea, un arbre en danger d’extinction qui, dans le monde, ne subsiste plus que sur 2 îles. » Il ne sera pas esseulé sur le caillou volcanique, la population sera au nombre de vingt l’hiver, et doublera l’été. Des scientifiques, ornithologues, botanistes, météorologues, sismologues, militaires, cuisiniers, électriciens, mécanos, et un médecin, sur une île de 54 km2.

    Phylica arborea est la seule plante ligneuse arborescente indigène des TAAF sur l’île Amsterdam dans l’océan Indien. Elle est l’une des deux seules espèces arborescentes indigènes présentes sur les îles de l’archipel Tristan da Cunha dans l’Océan Atlantique. (Crédits : B. Navez — Nov 1999 — île Amsterdam)

    Amsterdam se trouve dans l’océan Indien méridional par 37°50′ S et 77°35′ E est une des îles les plus isolées au monde. Située à plus de 3 000 km de tout continent, sans être le point Nemo, elle est éloignée de toute civilisation. Avec l’île Saint-Paul (8 km2 de superficie) localisée à 91 km plus au sud, Amsterdam se trouve au sud-ouest de la ride médio-océanique est-Indienne. Les îles sont très proches des 40e rugissants, et non loin des 50e hurlants et 60e déferlants. Les deux îles reposent sur un socle très étroit, qui sombre de manière abrupte à plus de 3 000 mètres. De formation très récente, Amsterdam est un volcan relativement simple constitué d’épanchements de lave et de projections de scories basaltiques.

    Un périple digne d’un aventurier

    Durant les dix-huit mois de son aventure, dont quatorze sur place, toute sa vie tiendra dans deux cantines métalliques d’un poids maximum de 110 kg. « Elles sont blindées de trucs comme des tablettes de chocolat, des gâteaux secs… avec un protocole de biosécurité strict », assure-t-il. L’exemple des chaussures est criant de vérité : « Passez l’aspirateur à l’intérieur de vos chaussures en enlevant les semelles. Puis, brossez à l’eau et au savon le dessus et la semelle de toutes vos chaussures afin d’éliminer toute présence de terre, de graines, d’insectes ou d’œufs. Enfin, rincez-les à l’eau claire, faites-les sécher, puis placez-les directement dans vos bagages. » La raison est toute simple, les espèces introduites sont la plus grande menace pesant sur la biodiversité des Terres australes françaises. C’est pour cela que sont interdits les produits frais (fruits et légumes), végétaux séchés et déshydratés, animaux vivants, végétaux viables et organismes vivants, et les fruits à coques non décortiqués. Quoiqu’il en soit, dans un peu plus d’un mois, le jeune botaniste s’envolera direction La Réunion. « Sur place, je commence par une semaine de formation et deux de quarantaine. Le 11 août nous embarquons sur le Marion Dufresne. »

    Le « Marion Dufresne » à quai. Il est long de 120,5 et large de 20, 6 mètres, son tirant d’eau est de 6, 95 m. (Crédits : Antoine Dervaux)

    La traversée s’effectuera en trois étapes. De la Réunion au Crozet sur cinq jours (3 à 4 d’escale), puis direction Kerguelen en deux jours (5 à 6 d’escale) et enfin quarante-huit heures pour atteindre Amsterdam (3 à 4 jours d’escale). Dans ces endroits, pas de ports, le débarquement des matériaux, matériels et passagers s’exécute par hélicoptère. Après le voyage, rien ne sera ordinaire. Coupé du monde durant d’une année et demie, cette aventure humaine et scientifique grandit et permet une connaissance intrinsèque de chacun. Les documents fournis, comme le guide de mission mentionne cette particularité des districts austraux. « Sur le plan psychologique, l’isolement géographique et une vie communautaire permanente constituent des contraintes qui peuvent s’avérer difficiles à supporter. N’oubliez pas que vous êtes volontaire. » En effet, la vie à long terme en petits groupes isolés de la civilisation et somme toute la relative promiscuité nécessite des efforts importants. Il est primordial d’essayer de comprendre ses compagnons dans leur divers comportement, et de « préférer le dialogue au conflit et d’éventuellement leur apporter un soutien ».

    À la recherche de la fleur inconnue

    « Mon travail existe depuis 2010, je serais le douzième à l’effectuer. C’est-à-dire récolter des graines, tenir une pépinière pour réintroduire des espèces », simplifie Flavien. Car rats et souris ont immigré en nombre dû à l’activité humaine précédente. « Ils mangent les graines, et les digèrent totalement. Leurs actions sans les missions feraient disparaître des espèces de la terre. » Leurs quotidiens seront intenses. « Ma journée type… pas le temps de s’embêter, principalement des relevés de la flore, de leur habitat, la phytosociologie. Pour les sorties, c’est comparable à celles de l’ISS, juste pour le travail. Nous serons chaussés de raquette pour déambuler hors des sentiers balisés, tout en évitant la végétation sensible comme la sphaigne. » Des missions diverses et variées, avec des enseignements supplémentaires. Pour autant, il existe des taches obligatoires nécessaires et vitales :

    • Une participation aux exercices de formation de lutte contre les incendies, qui sont organisés sur le district.
    • Une intégration au sein de l’équipe de sécurité, qui peut conduire à jouer un rôle, soit dans la préparation du matériel nécessaire pour lutter contre le feu, soit directement dans la lutte contre un éventuel incendie.
    • Une participation au service d’astreinte organisé par la base. Le personnel d’astreinte est ainsi tenu, environ une semaine sur trois ou sur deux (en cas de manque de personnel), de rester sur base afin d’être prêt à intervenir en cas d’incendie.
    Les images, rencontres et souvenirs qui hanteront longtemps les rêves du jeune botaniste feront peut-être naître des vocations. (Crédits : Antoine Dervaux)

    Sans moyen ordinaire de communication, et deux heures d’appels via satellite mensuelle, ils vivront aux rythmes de la météo. De plus, dans un espace ultra-protégé, ils devront garder une distance minimale de 10 m des colonies de manchots, Albatros, Pétrels géants, Otaries et Éléphants de mer, de 20 m des oiseaux sur nid, de la mise bas des mammifères marins, et des colonies de manchots papous, avec l’interdiction de s’approcher des colonies d’oiseaux fouisseurs. Flavien aura l’occasion de rapporter des clichés pris au téléobjectif pour compléter sa page photographique, comme de réaliser peut-être son souhait, découvrir une espèce inconnue.. « Le stress, j’évite de trop y penser, j’ai pas mal de papier à produire, avant le départ le 18 juillet. » Bon vent !