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  • Le vent souffle fort sur les îles du bout du monde (épis. 5/46)

    Le vent souffle fort sur les îles du bout du monde (épis. 5/46)

    Ce n’est pas que Flavien aime les grasses matinées… bien que de temps à autre tout un chacun aime se prélasser comme un chat. Mais encore une fois la levée aura été tardive explique l’aventurier. Sur l’île de Saunders en ce 4 décembre 2023, le vent a soufflé jusqu’à plus de minuit. Le jeune homme a mis un certain moment, trop long à son goût, avant de tomber dans les bras de Morphée. Sous les aléas et caprices de la météorologie, il s’accommode, bon gré mal gré. Car, il n’a pas le luxe dans sa tente de pouvoir ouvrir un robinet pour remplir son verre d’eau afin d’étancher sa soif.

    En allant chercher de l’eau, « j’ai rencontré le propriétaire de l’île, David, qui, avec son 4×4, revenait de guider les touristes d’un bateau de croisière », raconte Flavien. Avec gentillesse il m’a pointé sur la carte, qui doit être au 1/100000 ème, une petite vallée près d’une clôture où je devrai pouvoir poser la tente. Le lieu est situé sur un terrain à peu près plat et surtout abrité des vents dominants d’Ouest.

    Un défi quotidien face à la nature

    Le défi du jour si Flavien accepte cette mission impossible est de trouver ce spot. Les surprises ne s’arrêtent pas en si bon chemin. « Il m’a aussi dit qu’il connaît les deux raretés que je recherche sur Saunders : Hairy Daysi et Antarctic Cudweed ». Rendez-vous est pris pour mardi après-midi, si je n’arrive pas trop tard, murmure-t-il. « Sous aucun prétexte je ne le raterai… »

    En plus d’une levée tardive, il lui a fallu près de 2 h pour se préparer. Après le petit déjeuner, flocons d’avoines et chocolat fondu, il range tout car « je plie les gaules aujourd’hui ». Comme à chaque déplacement, il faut du temps pour tout ranger dans ce sac. « À chaque fois je me demande comment ça rentre », sourit-il.

    Il est vrai que de voir sur la photo tout ce qu’il transporte dans son sac, et qu’il doit caser le tout, c’est un véritable jeu de construction. Il faut qu’en plus lors de la marche, aucune contrainte ne soit ressentie.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Sauf qu’aujourd’hui ça ne rentre pas. « Il faut que je me trimbale un paquet de biscuits si je ne veux pas qu’ils finissent écrasés. » 10 h 30 sonne à sa tocante lorsqu’il part de son rocher, le fameux Swiss Hôtel. Si sur le papier, tout semble idyllique, « la pluie de cette nuit a quand même réussi à humidifier le fond de ma tente. » Une demi-heure s’est écoulée lorsqu’il effectue une pause tout près de la « cabane » où il y a le WiFi, car c’est aussi le point d’eau. « Où je vais camper ce soir il n’y aura sûrement pas d’eau, alors je remplis mes deux gourdes », explique-t-il. Il dispose donc de deux litres d’eau pour les deux jours à venir, vaisselle comprise… le rationnement est de rigueur.

    La dureté de Dame nature

    Tous près de la « cabane au WiFi » deux randonneurs de nationalité américaine ont dormi. Ils patientent avant l’arrivée du 4×4, qui doit les amener à une autre cabane au Nord Est de l’île. La sympathie règne entre les randonneurs. « L’un d’eux me propose de boire un coup, manger et même prendre une douche. Pourquoi je refuse je n’en sais rien, mais je ne suis plus à une douche près après trois jours sans en avoir pris. » Ce qui peut surprendre le commun des mortels est que Flavien se sens propre, « la température fait que je ne transpire pas. »

    De toute façon le peu de points d’eau est déjà accaparé par les oies, manchots et autres moutons, « Je ne serai pas plus propre à la sortie », s’amuse-t-il.

    La discussion s’éternise avec les Américains. Ils exercent les professions de photographes et vidéastes, « ils me donnent leur carte de visite ». L’arrivée du 4×4 clos alors la discussion, et nos chemins se séparent. « Avec tout ça il est bientôt midi, je n’ai pas avancé d’un centimètre ».

    Le site du bivouac ne serait qu’à 6 km à vol d’oiseau. Mais cette distance sur une campagne poitevine n’est pas ressentie de la même manière à l’endroit où il se trouve. « Il ne faudrait pas que je me repose sur mes lauriers non plus » s’encourage Flavien en prenant la direction plein Est.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Il s’octroie une pause au-dessus d’une colonie de gorfous sauteurs et de cormorans impériaux. La contemplation des premières naissances s’extirpant de leurs coquilles est magique. « Malheureusement, un quart d’heure après mon arrivée, trois petits se sont déjà fait attraper par les Caracaras et les Skuas, la nature est cruelle… » Croyant jeter un dernier regard sur cette magnifique plage, la Neck son émerveillement est à son comble. « Qu’est-ce que je vois ? Cinq ou six dauphins de Commerson qui s’amuse dans les vagues ! C’est l’une des espèces qui ont valu ma venue ici, je suis refait. » Il a le luxe d’observer la sous-espèce nominale présente exclusivement entre le détroit de Magellan et les Malouines. Peut-être les reverrais-je dans ce fameux détroit que je devrais traverser d’ici 15 jours.

    Trois heures pénibles de marche dans les landes

    Pendant les trois heures qui suivent « j’avance péniblement dans les landes à Empetrum rubrum et Baccharis tricuneata ». Parfois, à la faveur d’une vallée encaissée, se développe d’énormes Blechnum magellanicum qui ne facilitent pas le passage. « Au loin je commence deviner différentes vallées plus ou moins érodées qui pourraient correspondre à la destination décrite par David. » Les milieux sont dégradés par les moutons, mais la marche facilitée grâce aux sentiers crée. Il est 16 h lorsqu’il trouve deux vallées encaissées composées de zones ouvertes et rases. Elles conviennent à la pose d’une tente.

    « Je trouve deux pieds de Codonorchis lessonii qui sont mes premières orchidées. » Des deux sites, il choisit le plus à l’Est en prévision du lendemain.

    Il se retrouve avec des colocataires surprenantes. « Il y a des vaches, j’espère qu’elles ne vont pas faire les curieuses. » Il se passe une heure lorsque sa tente est montée, avant une sieste improvisée pour le marcheur invétéré. Puis au réveil une jolie surprise. « Sans le vouloir j’ai posé ma tente à côté d’une petite ombellifère, Oreomyrhis hookeri, que je n’avais pas encore vu. »

    Personne ne vient dans ce coin de l’île, et les premières personnes doivent être à plus de 10 km d’ici, « Quel pied ! » Pour autant « je me suis rarement senti aussi isolé. » Une partie de la soirée sur le rivage, une centaine de mètres plus bas, où il croise des moutons qui n’ont pas été tondus. « C’est pour dire, même les éleveurs ne viennent pas jusqu’ici. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Demain il me faut que je lève tôt, pense-t-il à voix haute. Au menu un col à plus de 300 m avant de voir le sud de l’île. « J’en profiterai peut-être pour gravir le pic qui surplombe, à 431 m je crois ». L’installation de sa tente est à découvert, le jeune homme l’harnache sérieusement en prévision de la nuit. « J’espère que le vent ne soufflera pas trop fort ce soir », réfléchit-il avant de sombrer de fatigue. À suivre…

  • Les nouvelles vont très vite sur un archipel (épis. 4/46)

    Les nouvelles vont très vite sur un archipel (épis. 4/46)

    Après avoir payé ses nuitées, salué Léo et les Portugais dans la field Station, c’est ce samedi 2 décembre 2023 que Flavien doit s’envoler, enfin en théorie. Une personne d’un âge certain, Anita doit voyager en compagnie de Flavien. Sauf qu’elle a une aversion envers le SARS-CoV-2. Bien sûr, Flavien possède tous les symptômes, comme celui de la grippe et autre maladie hivernale. Mieux vaut prévenir que guérir dit l’adage, ainsi il sera affublé d’un masque durant le périple.

    Anita complètement effrayée obligera Flavien à porter un masque FFP2 sur l’ensemble du trajet, vol compris. Mais avant d’accéder à la piste, il faut parcourir quarante minutes en 4X4 sur un chemin « défoncé », fenêtres ouvertes, pour arriver à la piste d’envol. Le ciel est balayé par les vents. Tous restent tous à l’abri dans la voiture en attente des nouvelles du FIGAS (NDLR Service aérien du gouvernement des îles Falkland), hormis Flavien. « Je brave les éléments pour pouvoir ôter mon masque. Je m’allonge sur deux, trois bouts de géotextile qui traînent derrière la barricade de fortune qui protège la remorque anti-incendie », se confie-t-il.

    Pire qu’une traînée de poudre

    Les oies ont envahi la piste, Flavien est chargé par Tim de la libérer. « À peine ai-je effarouché les oiseaux, que j’entends le vrombissement du moteur. Ça y est je vais pouvoir continuer mon voyage, enfin… il n’est pas encore atterrit. » La direction du vent est à la limite de l’acceptable pour décoller, car l’atterrissage comme le décollage se font face au vent. Le départ est précipité, « j’ai juste eu le temps de dire au revoir que je suis positionné à l’arrière de l’avion. La pilote qui porte un masque placera Anita au milieu, avec une rangée de sièges d’écart. Je commence à comprendre que mon Covid est connu de tous désormais, j’espère ne pas être fiché et qu’ils vont vouloir m’accueillir sur toutes les îles… »

    Dix secondes suffisent pour notre décollage. Après l’avoir découverte sous un soleil radieux « je lui fais mes adieux sous un beau temps ou presque. » Ces quelques minutes remémorent les heures passées à chercher la perle rare ou à observer le débarquement des papous, la parade des albatros ou bien encore le jeu des dauphins, raconte Flavien.

    Après 25 min de vol, et presque aucune turbulence « me voilà sur l’île de Saunders ». Elle est à 85 km au nord-est de NewIsland. Ici, plusieurs pistes permettent aux pilotes d’atterrir, peu importe la direction du vent. À peine le temps de souffler que Louise me récupère avec son 4X4. « Amandine m’avait dit que c’était elle qui faisait régulièrement le tour des colonies pour guetter la potentielle arrivée de la grippe aviaire. D’ailleurs, il y a 1 semaine de ça, elle a découvert un cas chez un albatros à sourcil noir, mais depuis rien, on croise les doigts… » (Crédits : 165106/Pixabay)

    L’île de Saunders a été achetée par la famille Pole-Evans en 1987, mais elle est exploitée depuis 1948. L’île fonctionne principalement comme une ferme d’élevage de moutons et en possède 6 000. L’île est ouverte aux touristes du 15 septembre au 30 avril. Ces dates coïncident avec les périodes où la faune et la flore visitent Saunders. Un bateau arrive, « il passe toutes les six semaines, et vient récupérer la laine récoltée. »

    L’Île de Saunders : une terre d’élevage

    Louise me laisse quelques instants. « Je m’imprègne de cette ambiance complètement différente. Ici le ton n’est pas à la conservation, mais à l’agriculture, bien que les propriétaires y soient sensibles. » Louise revient chargée d’une bouteille de gaz et d’une carte d’accès à la WIFI. Ce qui permettra à Flavien de se connecter au bâtiment de la Neck, à 1 km de son futur bivouac. Le tarif est de 10 £ les 100 min, un prix qui effraierait la génération Z en France.

    Dans la bâtisse près duquel je patiente Louise, une personne guettait le « taxi », un anglophone d’une cinquantaine d’années. « Je ne comprends pas tout ce qu’il me raconte, il parle vite, mais une chose est sûre, il connaît Poitiers. Alleluia ! Le Poitou est connu jusqu’à l’autre bout du monde. »

    Durant les quarante minutes de trajet qui nous attendent, nous devrons, ouvrir et fermer la multitude de barrières qui clôturent les différents troupeaux de moutons.

    Après 16 km de montagnes russes « nous arrivons entiers, mais secoués » au Neck, les chambres d’hôtes. Louise montre où se servir en eau potable et où capter l’Internet. Le trio reprend le 4X4, pour que Louise pointe le Swiss Hôtel. « C’est ce fameux rocher qui va me protéger du vent durant mes prochaines nuits de bivouac », explique Flavien C’est d’ailleurs à partir de cet endroit que le gentleman anglais continuera seul son chemin vers Elephant Point.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Louise s’en va. Flavien la remercie et la salue. Puis les priorités s’affichent. Il est 12 h 30 quand il commence à monter sa tente. Puis s’empresse de manger pour descendre observer la ribambelle de manchots dispersés sur la plage. Une après-midi entière avec son appareil photo en main. « Manchots royaux, papous, de Magellan, sauteurs, impériaux». Le soir venu, il est temps de donner des nouvelles à tout le monde via le WiFi.

    Bercé par les vocalises des manchots

    Cela fait plus d’une semaine qu’il n’a pas établi de connexion avec le monde digital. « Voilà neuf jours que je n’ai pas activé Internet ! C’est la dégringolade de mails… je n’ai répondu qu’aux plus urgents. J’avais préparé une réponse automatique pour prévenir de mon absence. » Le SAS de retour à la société, Flavien profite de cette cabane pour faire le plein d’eau et entamer le kilomètre qui le sépare du Swiss Hôtel en quelques minutes, le ventre criant famine. « Il fait faim », s’écrit-il. La soirée, entrecoupée d’averses et d’éclaircies laisse place aux arcs-en-ciel.

    « Ma tente est entourée de terriers de manchots de Magellan. Quel émerveillement ! J’ai le temps de les observer pendant que je cuisine la tente ouverte. Petit détail, c’est le soir qu’ils poussent le plus de vocalises, mais ce n’est pas aujourd’hui que ça m’empêchera de dormir », confie l’aventurier.

    Les manchots de Magellan n’ont à priori pas été dérangés par les potentiels ronflements de Flavien, ni Flavien par leurs vocalises. Car la nuit s’est prolongée un plus plus qu’à l’habitude. « Je profite du soleil matinal pour me réchauffer et me concocter des flocons d’avoine avec du chocolat fondu… »

    Il part plein Nord-Ouest en direction d’Elephant Point. « Je suis censé y découvrir plein d’éléphants de mer, que je n’ai pas vus depuis Amsterdam. » Au rendez-vous sont présents une centaine à vue de nez, remarque-t-il, mais que des femelles et des immatures, pas un seul mâle reproducteur. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Sur la lancée, Flavien s’attaque au sommet de l’Île, le Mount Harston avec ses 430 m (434 pour être précis). Au début de l’ascension, la marche s’effectue au sein de prairies défoncées par les moutons, puis chemin faisant, dans des milieux mieux préservés. Plus il grimpe, plus le vent souffle. « Là-haut, le vent est assourdissant et il fait pas chaud », grelotte-t-il. Pour le motiver, rien de tel que de découvrir des plantes qui lui sont inconnues : Viola tridentata, Lycopodium albofii, Cardamine glacialis, Lobelia pratiana, Chevreulia lycopodioides, Hydrocotyle chamaemorus. Satisfait, il redescend vers la cabane pour récupérer de l’eau avant de rallier sa tente « qui heureusement, n’a pas bougé. Je n’étais pas serein avec le vent qui règne sur cette île. Ce soir la pluie se fera entendre sur la toile de ma tente, quel plaisir d’être dessous ! » À suivre…