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  • Qu’est-ce que l’antisémitisme ?

    Qu’est-ce que l’antisémitisme ?

    Il est le terme entendu dans n’importe quelle émission télévisuelle ou radiophonique. Utilisé à tort et à travers par des personnes publiques et galvaudé, une mise à jour s’impose. Du fait du conflit armé qui oppose les belligérants que sont Israël et la Palestine, les envolées lyriques sont nombreuses. Ce qui est dramatique est la mort d’un être humain, quelle qu’en soit la cause. Il est nécessaire de poser les bases sur les principales religions à travers le monde. Pour ensuite différencier, les personnes qui se revendiquent de cette confession, les habitants d’un pays et les divers courants de religions.

    Aujourd’hui, il existe huit religions les plus répandues : le bouddhisme, le christianisme, l’hindouisme, l’islam, le jaïnisme, le judaïsme, le shintoïsme, puis le taoïsme et confucianisme. Puis en fonction des États et contrées, la spiritualité autochtone. Remontons d’un millénaire, le 27 novembre 1095. Odon de Lagery, plus connu en tant que Urbain II lance aux chevaliers de faire le voyage jusqu’à Jérusalem pour repousser les infidèles. Car les Turcs et les Arabes étendraient leurs conquêtes sur les « Terres des chrétiens ». Urbain II, d’après Foulcher de Chartres demandait aux riches et moins riches de faire la « guerre sainte ».

    En 1078, les Turcs Seldjoukides, venant des steppes asiatiques s’emparent de la ville de Jérusalem aux mains des Arabes abbassides. Ils interdisent l’accès aux chrétiens, provoquant l’ire du pape. « C’est pourquoi, je vous avertis et vous conjure, non en mon nom, mais au nom du Seigneur, vous les hérauts du Christ [les évêques et abbés du concile], d’engager par de fréquentes proclamations les Francs de tout rang, gens de pieds et chevaliers, pauvres et riches, à s’empresser de secourir les adorateurs du Christ, pendant qu’il en est encore temps, et de chasser loin des régions soumises à notre foi la race impie des dévastateurs. Cela, je le dis à ceux de vous qui sont présens (sic) ici, je vais le mander aux absents ; mais c’est le Christ qui l’ordonne. » 1

    « Quelle honte ne serait-ce pas pour nous si cette race infidèle si justement méprisée, dégénérée de la dignité de l’homme, et vile esclave du démon, l’emportait sur le peuple élu du Dieu tout-puissant » exhortait Urbain II dans son appel à Clermont en 1095. (Crédits : Annette Jones/Pixabay)

    L’origine et fondement des croisades

    Les pèlerinages existent depuis bien longtemps. Les premiers d’envergure vers la Palestine se déroulent du IIIe au IVe siècle. Car l’édit de Constantin de 313 promulgue le christianisme comme religion de l’Empire romain. Des pèlerinages ont lieu jusqu’en 1078, date où les Turcs Seldjoukides interdisent l’accès aux chrétiens. Les croisades seront au nombre de huit de 1095 à 1921. En parlant de « race infidèle » Urbain II met en place une hiérarchisation des peuples. Comme l’explique le dictionnaire de l’Académie française, c’est l’ensemble de doctrines selon lesquelles « les variétés de l’espèce humaine appelées races, principalement distinguées les unes des autres par leur apparence physique, seraient dotées de facultés intellectuelles et morales inégales, directement liées à leur patrimoine génétique. » Mais le racisme entendu au XXe et XXIe siècle n’est pas celui des croisades. De chaque côté, le but fut de sauver la terre sainte.

    Le bilan est l’agrandissement du fossé entre musulmans et chrétiens, sans oublier un ressentiment en Orient à l’égard des Occidentaux. Ce qui aurait selon Jacques Le Goff « […] l’échec des croisades fut une condition très favorable à l’unité de l’Europe ».

    Elles divisent les trois religions monothéistes dont leur origine est la même et unique Jérusalem. En deux siècles, les croisades modifient durablement les rapports géopolitiques et économiques.

    Il existe cependant la création des États latins d’Orient, avec un enrichissement des places commerciales européennes. « Mais elles échouent finalement à conserver la Terre sainte, accentuent la rupture entre chrétiens et musulmans et creusent un fossé entre catholiques et orthodoxes. On leur doit aussi l’apparition de la violence antisémite de masse en Europe, qui ne cessera guère au cours des siècles suivants » relate Geo.

    L’évolution du Royaume d’Israël au VIIIe siècle avant notre ère. Cartes du Moyen-Orient, vers 733 avant notre ère : Israël et Juda. (Crédits : Frank E. Smitha/Jewishvirtuallibrary)

    La naissance de la différence dans la religion

    Dès l’instant où les religions expliquent qu’une personne, parce qu’elle n’a pas votre religion est une « race infidèle si justement méprisée, dégénérée de la dignité de l’homme, et vile esclave du démon […] » alors c’est un dénigrement nommé racisme. Les personnes de confession juive subissaient dès le premier siècle de notre ère une mise en exergue. Elle semble ne pas avoir de fin en soi. Sous l’Empire romain, le christianisme est assimilé à une « secte juive » précise André Larané sur Hérodote. Pour se détacher, les chrétiens vont alors montrer leurs différences.

    Ce que de nombreuses personnes nomment antisémitisme se base sur deux périodes distinctes : de 610 jusqu’à 1492, puis de 1492 à nos jours. Mais il fait référence au judaïsme. Ce dernier remonte au deuxième millénaire avant notre ère. Le sentiment d’antijudaïsme s’exprime par le terme « déicide ». Pour faire abattre son chien, ne dit-on pas qu’il a la rage ?

    L’Académie française explique qu’il était « appliqué naguère au peuple juif, tenu pour responsable de la mort de Jésus-Christ. Au deuxième concile du Vatican, l’Église catholique a rejeté l’appellation “Peuple déicide». Ce IIe concile œcuménique du Vatican se déroulait du 11 octobre 1962 au 8 décembre 1965.

    L’évolution des groupes religieux au XXIe siècle et sa projection en 2060 (*) en pourcentage. Le christianisme et l’Islam devraient représenter près des deux tiers d’individus en 2060, avec la baisse des autres courants. (Crédits : Pew Research Centre/Statista)

    Ce qui est d’autant impressionnant est que les pratiquants de la religion juive représentent 0,2 % des personnes sur Terre en 2015 selon Pew Search Centre, alors pourquoi autant d’actes d’antisémitisme contre les personnes de confession juive ?

    Confession, peuple et courant

    Le constat est sans appel. Les personnes de confession juive ont été malmenées à travers l’histoire, mais de nombreuses autres également. Pour ne prendre que le XXe siècle, les crimes de guerre et génocides sont légion. Le génocide est selon l’Académie française une « entreprise d’extermination systématique d’un groupe humain. » Ainsi le massacre des Hereros (1904), les Arméniens (1915), les Ukrainiens (1932), les Juifs d’Europe (1941-1945), les Tutsis (1994) ou encore le massacre de Srebenica (1995). Mais seul sera reconnu par l’ONU le terme de génocide pour les Arméniens, les Tutsis et les Juifs d’Europe.

    Sauf qu’il est nécessaire d’effectuer la différence entre la religion, les habitants et les courants. Ainsi vous pouvez être Français, résider en Espagne et être de confession catholique, mais de courant orthodoxe, anglican, évangélique… Vous pouvez être Irlandais, être de confession musulmane, mais être sunnite ou chiite. Donc, vous pouvez être de confession juive, résider aux USA et être ashkénazes ou séfarades, donc soit orthodoxes et traditionalistes ou libéraux et conservateurs.

    Régulièrement, et par facilité, nombreux usent de raccourci en disant « je suis juif », « je suis musulman », « je suis chrétien ». Il ne faut pas confondre sa confession et sa nationalité. Il ne faut pas confondre être israélien et être de confession juive. (Crédits : NoName_13/Pixabay)

    Deux conceptions s’affrontent : être pour ou contre le sionisme. « Le sionisme constitue une rupture dans la continuité historique du judaïsme. Les intellectuels sionistes et les rabbins orthodoxes qui s’y opposent s’entendent sur le fait que le sionisme représente une négation de la tradition juive », martèle Yako M. Rabkin2. L’appel à se rassembler, à la fin du XIXe siècle en Palestine pour y former « une nation nouvelle » a rebuté la grande majorité, tant laïcs que pratiquants écrit l’auteur de « L’opposition juive au sionisme ». Pour le rabbin Isaac Breuer (1883-1946), l’un des penseurs éminents de l’orthodoxie moderne, rappelle Yakov Rabkin ce nouveau mouvement politique « est l’ennemi le plus terrible qui ait jamais existé pour le peuple juif. […] Le sionisme tue le peuple et élève ensuite son corps au trône ».

    Êtes-vous antisémite ?

    Réponse aisée : « Bien sûr que non ! ». Mais savez-vous ce que cela veut dire ? En décomposant le nom, celui-ci est composé de anti et de sémite. Le préfixe anti est emprunté grec anti‑, « qui est en face », et, par extension, « qui est opposé, contraire ». Donc une défense antiaérienne est celle qui s’oppose aux attaques aériennes. Selon l’Académie française, l’adjectif sémite est « dérivé de Sem, nom du fils aîné de Noé dans la Genèse, lui-même emprunté, par l’intermédiaire du latin Sem et du grec Sêm, de l’hébreu Shem. » Il représente les populations originaires du Proche et du Moyen-Orient, dont le principal caractère commun est l’usage d’une langue appartenant à la famille des langues sémitiques.

    Les peuples sémites, qui regroupaient notamment dans l’Antiquité les Assyriens, les Araméens, les Cananéens, les Hébreux, les Moabites, les Phéniciens, désignent aujourd’hui les « Juifs et les Arabes ». Mais il est abusivement utilisé pour dire qu’une personne est contre un Juif, un israélite. Le terme antisémite vient renforcer les crimes et morts comme celle d’Ilan Halimi (2006), crimes de Mohamed Merah (mars 2012), morts de l’hypercasher de Vincennes (janvier 2015), meurtre de Sarah Halimi (2017), meurtre de Mireille Knoll (2018). Mais jamais utilisé lors de la mort d’une personne qui est dite « Arabe ». Alors si vous êtes antisémite, vous êtes contre les « Juifs et les Arabes », donc contre la barbarie des hommes.

    Dans son rapport annuel, le « Service de sécurité de la communauté juive » (SPCJ) relève ce qu’il qualifie de phénomène « nouveau et inquiétant » : un quart des incidents se sont produits à l’intérieur ou à proximité du domicile des victimes, un tiers des actes auraient été motivés par le conflit israélo-palestinien. Tout comme durant l’opération « Les gardiens de la Muraille » du 13 avril au 21 mai 2021. (Crédits : 696 188/Pixabay)

    Que penser des émeutes qui ont eu lieu en Algérie, à la libération de la France en 1945. Des slogans se mélangeaient, d’un côté « Vive la Victoire alliée », de l’autre « Vive l’Algérie indépendante ». Un ordre du sous-préfet ordonne de retirer pancartes et banderoles, mais un homme, scout de confession musulmane âgé de 22 ans, Bouzid Saâl, refuse de baisser le drapeau algérien. Des heurts éclatent, un policier tire et le jeune homme est mortellement touché. La foule est saisie de panique. C’est le début des émeutes, qui selon l’histoire officielle algérienne feront 45 000 morts. Les Occidentaux avancent un bilan de 15 à 20 000 morts, dont une centaine d’Européens. Ou bien le massacre du 17 octobre 1961 à Paris de 100 à 200 algériens. Leurs crimes avoir manifesté suite à l’appel du Front national de Libération, contre le couvre-feu discriminatoire qui leur était imposé. Tous ces morts avant les accords d’Évian le 19 mars 1962. Était-ce des crimes antisémites, au sens littéral du terme ?

    Conflits et crimes de guerre

    Le mal qui ronge cette partie de la Terre est aussi vieux que l’écriture. Mais les crimes perpétrés par le Hamas ne sont pas ceux des Palestiniens, les crimes de guerre sont régis par la loi et les conventions de Genève. Cela concerne les belligérants de tous conflits. Sont considérés comme crimes de Guerre : L’homicide intentionnel, la torture ou les traitements inhumains, y compris les expériences biologiques […] la déportation ou le transfert illégal ou la détention illégale, la prise d’otages. Mais également le fait de diriger intentionnellement des attaques contre le personnel, les installations, le matériel, les unités ou les véhicules employés dans le cadre d’une mission d’aide humanitaire ou de maintien de la paix conformément à la Charte des Nations Unies.

    Il n’y a aucune excuse à la barbarie de l’action du Hamas, qui est une organisation terroriste. De l’autre le peuple palestinien est coincé entre quatre murs depuis 1958 par la volonté des dirigeants d’Israël. « Le problème c’est l’après » exhorte Alain Bauer. (Crédits : Europe1/CNews/YouTube)

    Mais également le fait de diriger intentionnellement une attaque en sachant qu’elle causera incidemment des pertes en vies humaines dans la population civile, des blessures aux personnes civiles, des dommages aux biens de caractère civil ou des dommages étendus, durables et graves à l’environnement naturel qui seraient manifestement excessifs par rapport à l’ensemble de l’avantage militaire concret et direct attendu. La guerre comme les conflits armés sont décidés par les dirigeants, et à la fin ce sont les civils qui trinquent. Ce qui est certain est que la mort d’autant plus le meurtre ou l’assassinat d’une personne, quelle qu’elle soit, peu importe sa religion, ses croyances, ses origines, ses pensées est une tragédie.

    1. Foulcher de Chartres, Histoire des Croisades, édité par François Guizot, Collection des mémoires relatifs à l’histoire de France, Paris, J-L-J Brière, 1825, p. 7-9. ↩︎
    2. L’opposition juive au sionisme. Yakov M. Rabkin. Dans Revue internationale et stratégique 2004/4 (N°56), pages 17 à 23 ↩︎
  • L’Iran est-il le siège de tous les maux au Moyen-Orient ?

    L’Iran est-il le siège de tous les maux au Moyen-Orient ?

    Tous les regards sont braqués sur le conflit armé et sanglant entre Israël et le Hamas depuis samedi 7 octobre 2023. Rien ne peux justifier les crimes et violences envers les civils ni d’un côté ni de l’autre. Le conflit entre la Palestine et Israël date de 1948 au moment de la création de cet État. Souvent l’Iran est accusé de bien des maux, entre l’affaire Stuxnet pour lutter contre l’enrichissement d’uranium et le coup d’État de 1953 fomenter par les services secrets britanniques et américains.

    Il y a un peu plus d’un an, Jina Mahsa Amini, jeune femme de 22 ans mourrait pour ne pas avoir porté « correctement » le voile en Iran. Armita Garavand est le nom de la jeune fille de 16 ans qui aurait été passée à tabac par la « police des mœurs », parce qu’elle ne portait pas non. Cette dernière est dans le coma depuis le 1er octobre 2023 dans un hôpital à Téhéran, sous haute surveillance. De l’autre côté la journaliste et militante iranienne Narges Mohammadi, 51 ans a remporté le vendredi 6 octobre 2023 le prix Nobel de la paix « pour sa lutte contre l’oppression des femmes en Iran et pour son combat pour la promotion des droits humains et de la liberté pour tous ».

    L’histoire est celle du pot de terre contre le pot de fer. Le pouvoir à travers la presse officielle réfute toute violence. Dans le journal Hamshahri, en citant le directeur du métro le quotidien dément les « affirmations des médias étrangers » selon lesquelles « une altercation » entre la jeune femme et le « personnel du métro avait causé l’incident ».

    La répression des femmes est montée d’un cran avec une loi adoptée par les autorités. Les contrevenantes au port du couvre-chef pourraient être fouettées, se voir infliger une amende allant à 360 millions de rials iraniens (8061 euros), des restrictions de voyage, privation de l’accès à l’Internet et des peines de prison jusqu’à 10 ans maximum.

    La vidéo montre un groupe de jeunes femmes montant dans le premier wagon du métro, puis ressortir pour allonger celle qui est Armita Garavand. Dans les images diffusées aucune n’est issue de l’intérieur du métro, malgré que caméras de surveillance sont partout. Peu de temps après la télévision d’État diffuse une interview des parents évoquant l’évènement comme un « accident ». De son côté, l’État retransmet une vidéo de six minutes où la personne mise en lumière serait présentée comme Armita Garavand. Sauf qu’en septembre 2022, les autorités avaient déjà diffusé des images de caméras de surveillance et démenti toute implication dans le décès de Masha Amini. Des hommes et des femmes sont morts pour avoir manifesté contre l’obligation du hijab.

    Tandis qu’on voit en France des jeunes femmes et femmes se targuant de vouloir porter le hijab, il est normal de se poser des questions pour comprendre, quand d’autres risquent leurs vies pour être libres. Comme pour le port de l’abaya. Cette dernière est une longue robe, portée par quelques femmes du Moyen-Orient et des pays du Maghreb. Le 2 novembre 2022, le vice-président du Conseil français du culte musulman confirme qu’elle n’est pas une tenue religieuse, mais plutôt une forme de mode vestimentaire. Pour autant, elle semble avoir une consonance religieuse. Comme l’affaire retentissante de 1989 quand trois élèves du collège Gabriel-Havez de Creil refusaient d’enlever leurs voiles en cours.

    Une corruption enracinée

    La corruption est de longue date en Iran. Tant est si bien, qu’elle pourrait hypothétiquement se déverser, bon gré mal gré, sur les pays voisins comme l’Irak. Dès le XIXe siècle, les velléités russes et britanniques s’affrontaient pour obtenir les faveurs de la cour royale dans la période Qajar en Iran. Ensuite jusqu’à la révolution islamique de 1979 les coupables désignés sont les États-Unis et le capitalisme.

    L’ensemble du dossier a été déclassifié en 2000, sur le coup d’État contre le pouvoir en Iran en 1953 mis en place par différents servies secrets.. (Crédits : NSArchives)

    La cour royale a été décrite comme un « centre de licence et de dépravation, de corruption et de trafic d’influence » dans un rapport de la CIA datant du milieu des années 1970. Sauf qu’un article du monde diplomatique d’octobre 2000 révélait que la secrétaire d’État américaine Madeleine Albright reconnaissait l’implication des États-Unis dans le coup d’État qui renversait le Premier ministre iranien Mohammad Mossadegh, en 1953. Le rapport de la CIA divulgué en avril 2000 par le New York Times montrait le rôle des services secrets britanniques et américains dans un évènement qui renversa le rapport de forces au Moyen-Orient, l’opération Ajax.

    Malgré que l’Iran est signé et ratifié, la convention des Nations Unies contre la corruption, elle est présente dans des affaires retentissantes : le complexe sidérurgique Mobarakeh, la banque Sarmayeh, la banque Melli ou le cas de l’homme Akbar Tabari, libéré en juin 2023 des prisons iraniennes malgré une peine de 31 ans de prison. (Crédits : Transparency)

    La corruption est visée par un indice de 0 à 100. Avec un score de 25, la République islamique d’Iran se classe à la 147e place sur 180. La corruption est enracinée, mais à qui la faute. Que ce soit en Iran comme en Irak, le bakchich est monnaie courante. Pour refaire ses papiers en Irak, la moindre excuse est valable pour que les autorités vous envoient dans un autre bureau : mauvaise orthographe, une virgule manquante… De ce fait chaque intermédiaire touche une certaine somme d’argent. Mais les yeux se tournent vers l’Iran depuis plusieurs années. Accusé de corruption, le géant iranien de l’acier Mobarakeh Steel Company est dans la tourmente. Le mastodonte est accusé de corruption pour un montant faramineux de 3 milliards de dollars après la publication d’un rapport parlementaire.

    Opération du Hamas

    Le journal Javan proche des « Gardiens de la révolution » se réjouit de l’ampleur de l’offensive lancée le samedi 7 octobre 2023 rapporte Courrier international. Le Wall Street Journal n’y va pas par quatre chemins en titrant : « Iran Helped Plot Attack on Israel Over Several Weeks ». Le quotidien américain annonce que l’Iran a participé à la préparation d’un attentat contre Israël pendant plusieurs semaines. « L’Iran a joué un rôle dans cette attaque. L’Iran finance le Hamas et le Jihad islamique, fait entrer clandestinement des armes à Gaza et fournit une aide technique pour la construction de roquettes et de drones », martèle Gregg Carlstrom.

    Le journaliste indique que le saccage du Hamas « portait des marques de soutien iranien » (armes, formation, aide financière), mais « aucune preuve ferme à ce jour que l’Iran a autorisé ou directement coordonné l’attaque. » Il faut garder raison face aux conclusions hâtives, et surtout sans preuves. La communication est une arme massive qui intéresse n’importe quel camp du moment que la parole va dans le sens de leurs idées ou actions. Elle devient alors propagande. L’histoire de l’invasion de l’Irak en rapport aux armes de destructions massives est un mensonge d’État, surtout venant de la part d’un ancien président des États-Unis, Georges W. Bush.

    Cela dit, il faut comprendre que l’opération du Hamas change la réalité au Moyen-Orient. Ce qui pourrait obliger l’Iran à se découvrir. La question du nucléaire tient sa place également. « Le Hamas a-t-il utilisé l’aide iranienne ? Certainement oui. L’Iran avait-il un intérêt dans cette action ? Oui. Le Hamas a-t-il besoin de l’autorisation de l’Iran pour opérer ? Non. Y a-t-il eu une coordination précoce entre le Hamas, l’Iran et le Hezbollah ? C’est possible », relate sur X (ex-Twitter) Raz Zimmt, spécialiste de l’Iran à l’Institut pour les études sur la sécurité nationale (INSS) de l’université de Tel-Aviv.

    Le président Bush mettra en place une commission pour enquêter sur les erreurs commises concernant les armes de destruction massive. L’administration américaine finira par reconnaître l’année suivante qu’elles n’existaient pas. (Crédits : Marc Pascual/Pixabay)

    Plus de dix ans après la guerre, une enquête du New York Times révélait que des armes chimiques avaient pourtant été découvertes. Mais elles n’avaient pas été fabriquées par Saddam Hussein. « Les munitions avaient été conçues aux États-Unis, fabriquées en Europe et remplies de produits chimiques sur les lignes de productions irakiennes, par des sociétés occidentales », précise le New York Times. Le but était tout simplement économique : la quête de l’Or noir irakien. À savoir si l’Iran est l’origine des maux du Moyen-Orient, il faut des preuves pour affirmer de telles choses, les présomptions ne suffisent pas. Ce qui est sûr est que son pouvoir est grand, son influence au Moyen-Orient et sa corruption également.

  • La guerre du Kippour débutait il y a tout juste 50 ans

    La guerre du Kippour débutait il y a tout juste 50 ans

    La guerre du Kippour se déroulait du 6 au 24 octobre 1973. Les États arabes lancent contre Israël une offensive militaire. L’armée égyptienne franchit le canal de Suez durant la fête juive du Yom Kippour. Cette armée compte pas moins de 300 000 hommes. Les alliés syriens de l’Égypte lancent, au même instant 1000 chars et 100 000 hommes. L’une et l’autre prennent à revers les troupes. C’est la quatrième fois que les armées arabes et israéliennes s’affrontent depuis 1948.

    S’il est bien un conflit qui occupe sans cesse les médias, c’est celui entre Israël et la Palestine. Il existe depuis le milieu du XIXe siècle. Pour tenter de saisir les tenants et aboutissants, remontons un peu avant la fin du XIXe. le 15 février 1896, un ouvrage apparaît dans une librairie de Vienne. Intitulé L’État des Juifs, recherche d’une réponse moderne à la question juive de Theodor Herzl, journaliste hongrois. Le roman sera traduit, explique Hérodote sous le titre Tel-Aviv (lieu de renouveau) qui deviendra le premier nom de la capitale de l’État d’Israël.

    La Première Guerre mondiale éclate après l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand d’Autriche. Durant cette période, la déclaration Balfour en 1917, qui se veut, être juste une lettre pose ici les bases de l’État en devenir. La guerre est finie, la Palestine attire de nombreuses personnes. La population passe le million d’individus entre les deux guerres mondiales. La province en question est placée par la Société des Nations (SDN) sous mandat britannique. Les heurts s’enchaînent, l’animosité des extrémistes croît. Après l’épisode « Exodus 47 », le vendredi 14 mai 1948 David Ben Gourion proclame la naissance de l’État, il sera créé officiellement le lendemain.

    La réponse à la guerre des Six Jours

    Au sein de l’ONU, il était prévu de scinder l’ancienne province ottomane en deux. Mais les tensions entre chaque belligérant ne cessent de croître. Une guerre éclair de six jours, du 5 au 10 juin 1967. Le premier jour les troupes de l’État pénètrent en Égypte par le désert du Sinaï, en plein jour à 14 h. « Le commandement israélien, complètement pris au dépourvu et dont les premières réactions offensives locales sont toutes vouées à l’échec, au prix de pertes sensibles ». Plus de la moitié de la flotte égyptienne est détruite. Le 9 juin, elle envahit le plateau syrien du Golan.

    « Voulue planifiée et conduite par Sadate, la guerre du Kippour, déclenchée le 6 octobre 1973, jour du Grand Pardon des israélites et en plein Ramadan, trouve son origine dans le sentiment de revanche provoqué par l’humiliante défaite des États arabes, subie lors de la guerre des Six Jours, en 1967. » 1 (Crédits : The detroit jewish digital archives).

    Cinq mois plus tard, le 22 novembre, l’ONU par la résolution 242 enjoint le « retrait des forces armées israéliennes des territoires occupés lors du récent conflit ». Sauf que la première colonie juive, Kfar Etzion, était déjà érigée en Cisjordanie. Golda Meir dirige le gouvernement. Partisane d’une ligne dure elle refuse le retrait des territoires occupés et soutient la colonisation de la Cisjordanie. En juin 1969, elle déclare « qu’il n’y a pas de peuple palestinien » au journal anglais The Times. Le Sinaï est récupéré par Israël jusqu’aux accords de Camp David en 1978.

    Négociations de paix à Camp David

    Une rencontre se déroule à Camp David dans le Maryland aux États-Unis. Le président égyptien Anouar el Sadate rencontre le Premier ministre israélien Benahem Begin, résidence d’été du président américain Jimmy Carter.

    Les deux belligérants signent le 17 septembre 1978 un accord qui débouchera le 26 mars 1979 sur un traité de paix en bonne et due forme. La reconnaissance par l’Égypte de l’État d’Israël

    Le prix Nobel de la Paix leur sera décerné. Ce succès coûtera la vie au président égyptien Anouar el-Sadate, assassiné par un islamiste le 6 octobre 1981.

    En 1973, Alfred (Freddie) Eini était l’assistant du chef du Mossad, Zvi Zamir. C’est lui qui, dans la nuit du 4 au 5 octobre, a reçu de Londres un télégramme de l’agent égyptien Ashraf Marwan, connu sous le nom de « l’Ange », l’avertissant clairement de l’imminence d’une guerre. (Crédits : YNET/DR)

    Dernière guerre « conventionnelle »

    Lors de cette guerre, le chantage au pétrole est une première, en effet le 17 octobre 1973, onze pays arabes exportateurs d’or noir imposent un embargo sur les livraisons. Tout comme les armes utilisés, elle sera la dernière guerre dite conventionnelle. Dorénavant, elle passe par le cyberespace avant les offensives terrestres.

    C’est aussi l’avènement d’armes nouvelles, tels les missiles. Il ne faut pas oublier l’électronique et l’électromagnétique (brouillage des missiles, identifications des engins ennemis. Les drones font leur apparition dans les années 70, mais les Israéliens usaient déjà du type Teledyne Ryan-124 Firebee. Les avions de reconnaissance puis les satellites participent aux victoires. Ci-contre, Israël et la Palestine aujourd’hui. (Crédits : Le Monde de la Bible)

    En 2012, un document déclassifié démontrait l’incapacité des services secrets israéliens à anticiper l’attaque imminente. Cela avait suscité un séisme politique majeur, et notamment la démission de la Première ministre Golda Meir. Le document montre qu’un agent, Ashraf Marwan, avait prévenu le directeur du Mossad, Zvi Zamir, le 5 octobre 1973, de l’imminence « d’un avertissement au sujet de la déclaration de guerre », mais que l’information n’était pas immédiatement remontée au vice-premier ministre Yigal Allon. Le nom de code était « Chimie ». Heureusement, les Femmes israéliennes et palestiniennes œuvrent en faveur de la paix.

    1. Histoire militaire – Une surprise stratégique : la guerre du Kippour de Claude Franc dans Revue Défense Nationale 2015/10 (N° 785), pages 122 à 124 ↩︎
  • Suis-je complotiste ? (2ᵉ partie)

    Suis-je complotiste ? (2ᵉ partie)

    La crise mondiale due au SARS-CoV-2 pose question sur l’information et son rayonnement. Deux termes sont apparus, le premier « fake news », dont la publicité fut faite par l’ancien président des États-Unis, Donald Trump. Puis les « deepfakes », extrêmement plus dangereuses, car on peut faire dire n’importe quoi à n’importe qui. Qui sont ceux qui diffusent les fausses données, les fake news ou les infox ? Qu’en est-il de la vérité lorsque l’intelligence artificielle deviendra plus que performante ?

    Les complotistes mettent en doute chaque média, chaque renseignement et chaque journaliste. Sun Tzu dans « L’Art de la guerre » décompose ses savoirs en treize chapitres. Le dernier, et pas des moindres, s’intitule « De la concorde à la discorde ». Il y dresse cinq types de discordes. Elles sont dans les villes et villages, extérieures, entre les inférieurs et les supérieurs, de la vie et de la mort. Ainsi l’utilisation des dissensions à travers l’usage intensif de l’espionnage est le plus sûr moyen d’user et d’abuser de ces dernières.

    La discorde : union des complotistes ?

    Qu’est-ce que la discorde ? Selon Le Larousse, elle se définit par le « désaccord, dissentiment violent qui oppose des personnes entre elles et les dresse les unes contre les autres ». Plusieurs synonymes aident à saisir la portée du nom féminin : « conflit – désunion – division – querelle – zizanie ». Ainsi vous comprendrez aisément que la guerre est celle du contrôle de l’information, et de ses systèmes.

    Personnages, sensations, vérités

    « Les grands généraux en viennent à bout en découvrant tous les artifices de l’ennemi, en faisant avorter tous ses projets, en semant la discorde parmi ses partisans, en les tenant toujours en haleine, en empêchant les secours étrangers qu’il pourrait recevoir, et en lui ôtant toutes les facilités qu’il pourrait avoir de se déterminer à quelque chose d’avantageux pour lui. » (Sun Tzu, L’Art de la guerre)

    En 2020, le rapport Reuters propose un éclairage extrêmement intéressant et de nombreuses données. Ainsi, il montre la proportion de personnes ayant utilisé différentes sources pour s’informer. Elles sont la télévision, la presse écrite, l’Internet et les réseaux sociaux.

    Le graphique démontre le changement des habitudes. L’information traditionnelle est la grande perdante. Elle représentait, en 2013, 64,16 % des auditeurs, pour chuter d’un quart pour atteindre 47,57 %.

    Ce qui permet logiquement aux autres de croître, l’Internet en général. Ce dernier progresse de 20 %, passant de 27,88 % à 33,49 % des sources, pour occuper 52,42 % (35,84 % en 2013). Dans ce laps de temps, la proportion de terminaux téléphoniques, couramment nommés smartphones, arrive, en une décennie, à 9,038 milliards d’unités contre 5,275 en 2010 (Sources : Statista).


    (Crédits : John Hain/Pixabay)

    Dans ce nouveau paysage numérique, les réseaux sociaux sont devenus le principal théâtre d’opérations de la guerre de l’information. Leur force : la viralité. Leur faiblesse : l’absence de filtre. Propices à l’émotion, aux raccourcis et aux jugements hâtifs, ils transforment l’utilisateur en relais, souvent malgré lui. Des algorithmes, invisibles, mais puissants, favorisent les contenus polarisants, car ils génèrent plus d’engagements — donc plus de profit. C’est dans ce terreau que prospèrent les manipulations, les deepfakes et les campagnes de désinformation organisées, qu’elles émanent de groupes idéologiques, d’États ou d’intérêts privés.

    Voici la résultante à la question posée en avril 2020 : « Au cours de la semaine dernière, quelles sont les sources d’information suivantes que vous avez utilisées ? » La prédominance des réseaux égale la télévision.

    L’échantillon total est Royaume-Uni = 2191, États-Unis = 1221, Allemagne = 2003, Espagne = 1018, Corée du Sud = 1009, Argentine = 1003. (Crédits : Reuters)

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    En quelques clics, une rumeur devient vérité pour des millions d’yeux. La discorde n’est plus seulement semée par des discours, elle est entretenue, démultipliée, orchestrée à grande échelle. Et lorsque les réseaux sociaux deviennent la première source d’information, la frontière entre réalité et fiction s’amenuise dangereusement.

    La culture de la désinformation

    Premièrement, la désinformation est l’utilisation des médias pour faire passer un message susceptible de tromper ou d’influencer l’opinion publique. Dans son acception générale, elle peut être définie comme la manipulation d’une cible déterminée à des fins politiques, militaires ou économiques, à l’aide d’une donnée traitée par des moyens détournés.

    Fake news, explosif, mensonge

    La désinformation est un art à part entière. Elle se décompose en plusieurs volets : la désinformation ; la mésinformation ; la réinformation ; la manipulation ; la déstabilisation ; les opérations de « false Flag » ou « deepfake » ; la propagande ; la guerre psychologique ; les morts suspectes.

    Elle désigne, selon Vladimir Volkoff, une technique qui consiste à fournir à des tiers des renseignements erronés, qui les conduisent à commettre des actes collectifs ou à diffuser des jugements souhaités par les instigateurs. Vient ensuite la mésinformation, ou mauvaise qualité du produit. Elle est due en partie à la course aux scoops, ou au besoin de rentabilité exacerbé des organes de presse. L’exemple du regain de violence au Proche-Orient fait à nouveau les gros titres de l’actualité, le conflit israélo-palestinien est « de retour ». (Crédits : Hartono Creative Studio/Pixabay)

    « Tout est parti, à mon avis, de l’action de la police israélienne la nuit de la prière durant le ramadan, des images de grenades lancées dans les mosquées. Avant, lors de périodes de fortes tensions, la police israélienne interdisait aux moins de 40 ans de venir à la mosquée », indique Charles Enderlin, ancien grand reporter et correspondant de presse, lors de l’émission « C Politique » dimanche 16 mai 2021. Le fond du conflit se résume en six dates :

    Remontons le temps… Le 4 novembre 1995, le Premier ministre israélien Yitzhak Rabin, cheville ouvrière des accords d’Oslo entre Palestiniens et Israéliens, était assassiné par Yigal Amir, jeune Israélien. Dans la continuité, le sioniste religieux Baruch Goldstein est l’auteur le 25 février 1994 du massacre de 29 Palestiniens, dont sept enfants, et de 125 blessés dans la mosquée Ibrahim, à Hébron.

    Baruch Goldstein avait un autre admirateur : Itamar Ben Gvir. Actuel chef de l’organisation Otzma Yehudit (Puissance juive N.D.L.R.), radicalisé lors de la première Intifada, il a 19 ans à l’époque des faits, et est hostile au processus de paix. Il rejoint le parti Moledet, favorable à la déportation des Palestiniens, avant de rallier la mouvance kahaniste exclue de la Knesset en 1984 en raison de la discrimination raciale de son parti.

    « C’est un mouvement nationaliste et raciste israélien », assure Charles Enderlin, habitant à Jérusalem depuis 53 ans. L’homme ci-dessus est entré dans le « saint des saints », la Knesset, il est l’incarnation même de l’extrême droite israélienne.

    Itamar Ben Gvir, président d’Otzma Yehudit, au centre, à Jérusalem, le 22 mars 2021. (Crédits : Menahem Kahana/AFP)

    Foule, Israël, Knesset


    Le président d’Otzma Yehudit, Itamar Ben Gvir, a profité de son tout premier discours en plénière en tant que membre de la Knesset, lundi 26 avril 2021, pour insister sur le fait que les médias avaient procédé à un « assassinat » de son mentor, le rabbin radical Meir Kahane, écrit Jacob Magid. En omettant de manière fortuite ou volontaire d’indiquer que le militant d’extrême droite avait été condamné pour incitation à la violence et soutien à une organisation terroriste dans ses jeunes années. Est-ce de la mésinformation ou de la manipulation ?

    La réinformation, ou la vérité détenue

    Ce néologisme est usé par les personnes détenant « la vérité ». Elle part souvent d’un bon sentiment. Les médias sont le pouvoir ultime, galvanisant les foules, déstabilisant d’autres. Au sein d’une mondialisation du mensonge, ou de l’approximation politique, et de la manipulation de l’information, une minorité aurait en charge le rétablissement de la vérité.

    Krusi, réseaux, sociaux

    Ema Krusi, à propos du référé au Conseil d’État en France, et de son ordonnance, exhorte : « C’est incroyable, et c’est écrit noir sur blanc […] Les personnes vaccinées sont celles qui sont le plus exposées aux formes graves et aux décès ».

    Elle dit à juste titre dans cette vidéo postée sur Facebook que les textes juridiques sont rédigés pour se couvrir, chaque mot et ponctuation compte. Elle omet cependant et volontairement, à deux reprises (car elle lit le texte), le terme « aussi ». Consécutivement, elle affiche en encadré le texte tiré de l’article du Figaro. Aussi est un adverbe signifiant une relation d’égalité, également…

    (Crédits : capture d’écran)

    En remplaçant aussi par également, la phrase de l’article indique que les personnes vaccinées sont les mêmes qui sont également exposées aux formes graves et au décès. Oui, toutes les personnes qui dépassent l’espérance de vie à la naissance sont plus susceptibles de décéder. Sur le rôle des médias, Luc Bronner répond : « Les mots ne sont pas neutres ». En effet, chaque mot possède sa propre définition.

    Comme la machination, lorsque pris par le temps d’antenne, la durée d’un reportage, ou la longueur d’un article, on ne peut tout dire, des choix sont alors obligatoires pour que le reportage soit instructif et intéressant. Les adeptes des théories du complot s’introduisent dans cette brèche involontaire.

    Le Larousse définit la manipulation comme le fait d’amener quelqu’un insidieusement à tel ou tel comportement, le manœuvrer. L’incendie du Reichstag en février 1933, où les communistes furent accusés d’avoir mis le feu, est un parfait exemple. Les nazis profitent de cet acte pour invoquer un complot, interdire le Parti communiste et instaurer la dictature.

    (Crédits : Flickr/Pexels)

    Rouages, machine, mouvement

    Outre-Atlantique, Liz Cheney (fille du vice-président Dick Cheney), députée républicaine, et ancien numéro trois du parti dénonce et déclare : « Des millions d’Américains ont été manipulés par l’ancien président. Ils n’ont entendu que ses mots, pas la vérité, et il continue de fragiliser la démocratie américaine. » En cause, hormis les critiques envers Donald Trump, c’est son refus de soutenir sa rhétorique complotiste sur une fraude électorale lors de la présidentielle de 2020, qui lui vaut les foudres des républicains.


    Déstabiliser, propagande, deepfake, et morts suspectes

    Les opérations de déstabilisation sont monnaie courante. Elles peuvent être politiques, géopolitiques, économiques, culturelles… Les deepfakes le permettent, grâce aux technologies de l’intelligence artificielle et au deep learning. Elles peuvent superposer des fichiers audio ou vidéo existants sur d’autres fichiers déjà existants.

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    Cette technique peut être utilisée pour créer des infox et des canulars malveillants. Prendre le visage d’un individu sur une vidéo, pour le remplacer dans des vidéos politiques ou pornographiques (revenge porn), mais également reproduire la voix d’une personne pour lui faire dire ce que l’instigateur souhaite. Cela peut se faire à des fins politiques, pour ruiner une vie, que la personnalité soit connue ou non, ou encore de propagande.

    Elle est un concept désignant des techniques de persuasion, mis en œuvre pour propager une idée, une opinion, une idéologie et stimuler l’adoption de comportements au sein d’un public cible. Ces techniques sont exercées sur une population, afin de l’influencer, voire de l’endoctriner, bon gré mal gré (Corée du Nord, Chine, Allemagne nazie…).

    Jouer sur l’affectif

    La propagande utilise la publicité, car cette dernière vise à modifier des choix, des modèles de société, des opinions et des comportements, et la publicité est de la propagande. Elle provoque des conflits, des guerres psychologiques, qui parfois deviennent armés. Ainsi sont déclenchés les drames perpétrés en Irak ou en ex-Yougoslavie.

    La propagande sert à vous faire des choses dont vous n’auriez peut-être pas envie. L’affiche d’enrôlement américain, avec « I Want You for U.S. Army », de James Montgomery Flagg (1877-1960) lors de la Première Guerre mondiale. (Crédits : Library of Congress Prints and Photographs Division Washington, D.C.)

    Colin Powell fut un exemple et l’instrument de l’administration sous Georges W. Bush. « Il ne peut faire aucun doute que Saddam Hussein a des armes biologiques en nombre suffisant pour tuer des centaines de milliers de personnes. Grâce à des laboratoires mobiles clandestins qui fabriquent des agents atroces tels que la peste, la gangrène gazeuse, le bacille du charbon ou le virus de la variole. Nous avons une description de première main de ces installations de la mort », s’exprime-t-il le 5 février 2003, au siège des Nations unies.

    Dans une interview à L’ObsColin Powell : comment la CIA m’a trompé », 3 mars 2013), il avouait avoir seulement trois jours pour préparer son discours, et « à partir d’un texte rédigé par un conseiller du vice-président Cheney » et bien « évidemment, je pensais que la CIA avait vérifié ses informations. »

    Et il ajoutait : « Dix ans plus tard, Tenet n’a toujours pas reconnu que celles-ci étaient fausses ! Pas une fois, il n’a expliqué pourquoi ses services avaient écrit, par exemple, que Saddam Hussein avait des centaines de tonnes d’armes chimiques, alors qu’il n’en possédait pas un gramme ! ».

    Colin Powell à l’ONU montrant un tube indiquant que ceci est de l’anthrax comme preuve des centaines de tonnes d’armes chimiques détenues par Saddam Hussein. (Crédits : capture d’écran INA)

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    Mais la guerre de l’image et de l’influence ne se joue plus seulement sur les plateaux de télévision ou à la tribune de l’ONU. Elle se livre désormais sur les réseaux sociaux, devenus les premiers vecteurs de diffusion de l’information — ou de perversion. Ces plateformes sont le théâtre d’une bataille cognitive continue où se mêlent vraies alertes, infox virales et narratifs toxiques. Les algorithmes de recommandations, les bulles de filtres, les bots automatisés et les campagnes de désinformation ciblée (Cambridge Analytica) permettent de manipuler les perceptions, d’orienter les émotions et de polariser les débats. Une vidéo trafiquée, un tweet mensonger, une image sortie de son contexte suffisent à faire basculer l’opinion publique, à allumer des incendies sociaux ou à renforcer les discours radicaux. Ce n’est plus seulement la propagande qui s’adresse à la foule, c’est la foule elle-même qui devient relais, caisse de résonance, et parfois même bourreau volontaire. Il ne reste que les morts suspectes : « Qui a tué Lady Di ? » C’est la théorie du complot qui a le plus d’adeptes, juste après la dangerosité des vaccins. À suivre…