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  • Il y a cent ans… la récolte du blé inquiétait

    Il y a cent ans… la récolte du blé inquiétait

    Le blé préoccupait tant au niveau agricole que politique le 24 juin 1922. Les évaluations parues au journal officiel indiquaient un déficit de 500 000 hectares pour l’ensemble des céréales sur l’entièreté du territoire, par rapport à l’année 1921. En cause la diminution de 271 000 hectares de blé d’hiver et malgré l’augmentation de 75 000 Ha de celui de printemps, le compte n’y était pas. La surface de culture baissait, et n’augurait rien de bon quant au rendement. Comme solution, le politicien instaurait une commission…

    Le ministre de l’Agriculture, M. Chéron, suite à la victoire remportée à l’Assemblée nationale sur la politique agricole du gouvernement, s’empressa de déposer un projet de loi. Ce dernier lui accorderait le droit de déterminer, par décret rendu aux conseils de ministres, sous la IIIe République, les taux minima d’extractions des farines, tout comme le fait de ne pas incorporer l’avoine et le froment dans l’alimentation du bétail. Voyant la porte se refermer, il décida de nommer une commission. Elle devait examiner les mesures pouvant être prises pour protéger les cultivateurs et consommateurs des spéculations sur les blés et farines.

    La presse n’était pas tendre avec les politiques lorsqu’ils déterminaient de Paris, la conduite à tenir des travailleurs de la terre, surtout sans aucune consultation de ces derniers. L’inflation concernait tous les produits de la vie courante, viande, lait, beurre, pain… (Crédits : DR)

    La fluctuation des prix de ces matières premières, celle du taux de blutage (représente le pourcentage de la farine extraite) les succédanés lors des périodes de disette, mais aussi les leviers servant à l’établissement des taxes sur le pain dans les communes de France. La question de la rémunération minimale et permettant aux agriculteurs se posait déjà en 1922 : « Il est une mesure indispensable à prendre, c’est de donner au cultivateur l’assurance que son travail sera toujours rémunérateur, et ne descendra pas au-dessous du taux nécessaire pour couvrir ses frais de production », expliquait le journaliste J. Grindorge.

  • Il y a cent ans… les députés régissaient les grandes vacances

    Il y a cent ans… les députés régissaient les grandes vacances

    Les nouveaux députés élus lors de la fête des Pères ont fait leur rentrée à la chambre basse. M Tapponier déposait une proposition ce 21 juin 1922, modifier l’époque des congés. Il faut dire la période d’après-guerre, les personnes à la tête de l’État, cherchait à reconstruire le pays. C’est ainsi que ce que nous appelions « Grandes Vacances » s’allongeait de deux semaines, car elle permettait aux enfants de travailler dans les champs, plutôt que de déambuler oisivement ici et là.

    Le personnel enseignant, est unanime indiquait le directeur d’un établissement d’enseignement à cette question. Non pour lui, mais des vacances suffisantes pour le repos des écoliers. « Il y a une quarantaine d’années, on se contentait de six semaines ». On avait pris l’habitude de considérer le 14 juillet comme date de départ. « Les vacances commençaient bien plus tôt depuis la fin de la Première Guerre mondiale », expliquait un proviseur de Lycée. Les dates d’examens furent fixées à la mi-juin. « On peut dire que virtuellement les études sont terminées à cette date. Dans l’enseignement secondaire, il n’est plus possible de travail sérieux après le mois de juin ». Sous l’Ancien Régime, les jours de congés correspondent essentiellement aux fêtes chrétiennes et au calendrier liturgique :

    • Épiphanie, 6 janvier
    • Saint-Charlemagne, 28 janvier
    • Sainte Geneviève, 26 novembre
    • Pentecôte, 5 juin
    • Carnaval
    • Assomption, 15 août
    • Toussaint, 1er novembre
    • Sainte-Catherine, 25 novembre
    • Ascension, 26 mai
    • Fête-Dieu, 16 juin

    Le plus gros des congés étant condensés sur août/septembre, cela correspond à l’aide que les enfants devaient apporter lors des vendanges et de la moisson.

    Historiquement, au mois d’août et septembre

    À partir de l’an 1888, la durée des congés d’été passait de quatre à neuf semaines. En 1912, le début des « grandes vacances » est avancé au 14 juillet, mais elles ne durent que jusqu’au 1er octobre. L’arrêté du 24 juillet 1905 s’attaque aux congés extraordinaires et les réduit à une semaine pour les fêtes de Pâques, au Premier de l’an, au lundi de Pentecôte et au lendemain de la Toussaint ; s’y ajoutent la célébration du 14 juillet et les jours de fête patronale. « ARTICLE PREMIER. — Les grandes vacances ont une durée de six semaines dans les établissements publics d’enseignement primaire. Toutefois, sur l’avis du Conseil départemental, la durée des vacances peut être portée à huit semaines dans les écoles primaires supérieures, ainsi que dans les écoles primaires élémentaires où sont organisées des classes de vacances »

    Sous le ministre Jean Zay, l’arrêté du 11 juillet 1938 fixait les dates et durée desdits congés : deux jours pour la Toussaint, dix pour Noël et le jour de l’an, un pour mardi-gras, quinze jours pour Pâques, le lundi de Pentecôte et des vacances d’été du 15 juillet au 30 septembre. (Crédits : Pexels/Pixabay)

    Les conséquences de la Grande Guerre sont partout. C’est le manque de main-d’œuvre qui octroie aux écoliers deux semaines de vacances supplémentaires, afin qu’ils puissent aider au travail agricole expliquait le ministre de l’Instruction publique. Le découpage de la France en trois zones (A, B et C) date de 1959. En 1960, les vacances d’été débutent le 28 juin et se terminent le 16 septembre. Mais la France qui est encore majoritairement paysanne a besoin de bras dans les champs. L’article 5, loi du 28 mars 1882 permet « des autorisations d’absence n’excédant pas huit semaines par an peuvent être accordées par l’inspecteur d’académie, sur la demande des personnes responsables, aux enfants ayant au moins douze ans qui sont occupés à des travaux agricoles ou embarqués pour la pêche maritime. »

    En ce qui concerne les congés payés dans le monde, le Koweït est le plus généreux avec 43 jours dans l’année. Viennent ensuite le Cambodge et la Géorgie avec respectivement 42 et 39 jours. La France est seulement 14ème avec 5 semaines de congés payés. (Crédits : StarFlames/Pixabay)

    Un tournant dans le monde des vacances et du tourisme en 1972. Après les trois médailles d’or olympiques et grenobloises de Jean-Claude Killy de 1968 dans les épreuves de Slalom géant, de descente et du slalom, les vacances d’hiver naissent réellement, avec le « loisir » comme fer de lance. Puis, les « grandes vacances » deviennent les « vacances d’été », car amputée de deux semaines, pour être réparties au profit des vacances de Toussaint et d’hiver, loisir oblige.

  • Il y a cent ans… mourait le député Paul Meunier

    Il y a cent ans… mourait le député Paul Meunier

    Paul Meunier est décédé le 17 mai 1922 à deux heures du matin, au 18 rue de Marignan dans le VIIIe arrondissement de Paris chez Mme Bernain de Ravisi. Mais ce n’est pas sa mort suite à une péritonite qui marqua la presse. L’ancien avocat à la cour d’appel, député de l’aube en 1902, 1904, 1910, 1914, maire de sa commune natale était accusé d’intelligence avec l’ennemi. Le 21 février 1922, un non-lieu était prononcé pour Paul Meunier et Mme Bernain de Ravisi alors que cette dernière était écrouée à la prison de Saint-Lazare.

    L’affaire remonte à 1917, lorsque l’homme fonda le journal La Vérité. Une instruction ouverte contre Ernest Judet, réfugié en Suisse en mars 1918, chercha à connaître les relations de l’accusé. Il s’avérait que le prévenu s’était lié d’amitié pour le peintre suisse Hans Bossard. Concours de circonstances, le député Meunier avait séjourné chez l’artiste, en compagnie de Mme Marie Fortunée Clara Bernain de Ravisi. Les deux avaient alors rencontré le ministre allemand Von Romberg et l’attaché militaire Von Bismarck.

    En 1926, Mme Bernain de Ravisi règlera ses comptes avec la justice en publiant un ouvrage intitulé « Sous la dictature de Clemenceau – Un Forfait Judiciaire — Le procès Paul Meunier ». Mais son compagnon était décédé, le 17 mai 1922, des suites de son traitement pendant sa captivité. (Crédits : BnF/Gallica)

    Le 13 novembre 1919, au cours d’une tournée électorale à Aix-en-Othe, le député et directeur de presse fut mis en état d’arrestation sous l’inculpation d’intelligence avec l’ennemi, par ricochet. Il fut emmené chez lui à Saint-Parres-lès-Vaudes, et lors la perquisition, il tenta de s’évader. Repris il fut conduit à Paris, où il fut écroué à la prison de la Santé. L’instruction perdura deux années et vingt-huit mois de détention, sous le ministère Clemenceau, avant de conclure à la libération des deux prévenus par un non-lieu pour faute de preuves. « La chambre des mises en accusation, devant laquelle j’ai pu m’expliquer, n’a point voulu se prêter à la hideuse machination. Mais ce que je lui ai dit ce qu’elle est seule à savoir, demain il faut que le grand public le sache. Il faudra que l’on sache quel intérêt pouvaient avoir à perdre un innocent et une femme — douloureuse victime des hommes qui pour en arriver à leurs fins, n’hésitèrent point, par deux fois à fabriquer des faux. Le non-lieu qui me libère rend plus ardente encore ma volonté de faire toute la lumière. »

    « Un des chefs de l’espionnage allemand, que M. Clemenceau, pour sauver son frère et le client allemand de son frère, a fait arrêter, emprisonner un député français », martelait Meunier. (Crédits : DR)

    Sur commission rogatoire du juge CLuzet, MM Cucrocq, directeur de la police judiciaire et Pineau secrétaire de la même institution se rendirent au domicile de Mme Bernain pour se faire remettre le corps du défunt Meunier, pour subir une autopsie. Car peu de temps après la clôture de la première affaire, la chambre des mises en accusation, à huis clos, estima que l’affaire dite « Pantin de Guerre » constituait des charges nouvelles contre Paul Meunier et sa collaboratrice, Mme Bernain. Ils étaient accusés d’avoir reçu quatre chèques pour un montant total de 125 000 francs et de les avoir touchés alors en détention. Les sommes étaient envoyés de Suisse.

  • Il y a cent ans… divergence entre organisateur et police

    Il y a cent ans… divergence entre organisateur et police

    Le traditionnel mouvement effectué lors du 1er mai faisait déjà les gros titres le 2 mai 1922. L’Humanité titrait « Les incidents du premier mai et les mensonges de la presse bourgeoise ». À cette époque mouvementée de l’histoire de France, n’existaient pas les réseaux sociaux ni les outillages informatiques, pourtant le contrôle de l’information semblait être la clé de voûte d’un système qui entonnait le chant du cygne de la IIIe république sous Alexandre Millerand.

    Qui croire quand le politique s’oppose au 4e pouvoir qu’est la presse ? Retour sur la journée du 1er mai 1922. L’Ouest-Éclair indiquait qu’« à 17 h 30 les manifestants, biens qu’encadrés par des gardiens de la paix, se sont emparés des grilles d’arbres et après les avoir brisées, se sont servis des morceaux de fonte comme projectile qu’ils ont lancé sur les agents. Ces derniers ont alors chargé les manifestants. Rue des Écluses-Saint-Martin, Marcel Cachin, député communiste a été vivement pris à parti par un rédacteur du journal du matin et frappé au visage. » En Angleterre et en Espagne aucun incident. L’Action Française relate que « vers 5 heures 30, au même endroit, un groupe de manifestants a voulu arracher les grilles des arbres pour les briser et en jeter les morceaux sur les agents. Ceux-ci se sont précipités pour disperser les anarchistes. Marcel Cachin et André Berthon, les deux députés communistes se sont alors interposés pour accuser les agents de provocation. » Le parlementaire Cachin prenait un vigoureux coup de poing dans l’œil de la part d’un civil.

    Les manifestations du 1er mai ne datent pas d’hier. Les heurts entre force de l’ordre et participants sont déjà relatés en 1922. (Crédits : Jean-Philippe Fourier/Pixabay)

    Dans le quotidien Le Journal, un autre son de cloche. « Une de ces bagarres éclata rue des Écluses-Saint-Martin. Des agents furent blessés à coup de pierre et de morceaux de grilles d’arbres. Dans un groupe MM. Marcel Cachin et André Berthon, députés communistes, Daniel Renoult et quelques révolutionnaires accusaient les agents d’avoir commencé. Un de nos confrères, M. de Bœver, mutilé de la guerre, médaille militaire et croix de guerre, déclara que c’étaient les manifestants qui avaient attaqué les gardiens de la paix »

    Toute déclaration de manifestation, selon les lois en vigueur, doit être déposée en préfecture. En cas de non-dépôt ou de refus d’autorisation, la loi indique que ce rassemblement est interdit, et qu’une réponse appropriée à la discrétion des autorités est mise en place. (Crédits : fsHH/Pixabay)

    Le député s’exclamait que « ce sont des agents provocateurs en désignant un groupe de journalistes »

    « Voici mon coupe-file, répliqua M De Boever, et je ne vous permets pas de parle de provocateurs. Voulez-vous rétracter vos paroles ? »

    Le silence fut la seule réponse.

    « Eh bien ! Je vous méprise, reprit le confrère, et tout député que vous êtes … »

    L’élu esquissa un geste selon le rédacteur du quotidien Le Journal, mais de Bœver le gifla à deux reprises, en ajoutant : « Maintenant, voici ma carte, je suis à votre disposition… »

    Le mobilier urbain peut être employé à diverses choses, au même degré que le couteau peut vous aider à découper votre repas, comme d’agresser ou de tuer. Vous ne pouvez pas empêcher, ni tout prévoir, ni tout protéger. (Crédits : 30bis Studio/E.Belondrade)

    Pourtant, un autre quotidien proposait une version différente. L’Écho de Paris racontait que le député Cachin traita M de Boever « d’agent provocateur ». L’homme élu de la IIIe République leva le poing sur son adversaire, mais le coup porta sur un gardien de la paix. L’agent le lui rendit largement. Ce fut le signal pour débuter la bagarre. « Vous êtes un être méprisable », jeta de Bœver. La phrase juste close deux gifles retentissantes volèrent sur les joues du député. « Si demain, je n’ai pas de nouvelles, ajouta de Bœver, j’irai vous gifler à la chambre. » C’est durant cette altercation que la foule excitée commença par arracher les grilles des arbres et à lancer des morceaux de fontes à la tête des agents et des gardes municipaux.

    Attention à vos gestes. Si la gifle légère peut être poursuivie comme une voie de fait, la gifle appuyée relève des coups et blessures volontaires (Article R 624-1 du Code pénal). Vous pouvez être relaxé comme condamné à amende et dommages et intérêts, mais aussi peine de prison avec sursis ou ferme. (Crédits : Nika Suchá/Pixabay)

    L’Humanité n’était pas de cet avis. « Les agents excités, ivres de colère, ont frappé à coups de matraque les manifestants et les passants inoffensifs aux alentours de la Grande-aux-Belles. C’est une constatation que nul homme honnête ne peut nier. Mais comme le préfet Leullier a le front de déclarer que ses agents n’ont jamais employé de matraque, tous les journaux, grands et petits, répètent le mensonge. » Quant à l’incident de la rue des Écluses-Saint-Martin, « les élus ont constaté les brutalités des agents, ont protesté comme c’était leur devoir devant les chefs des assommeurs ». Le journal L’Humanité n’était pas tendre avec la presse. « On n’en finirait pas si on voulait relever toutes les canailleries et les ordures dont la presse prostituée est remplie à l’occasion de la manifestation. Si, du moins, les travailleurs savaient tirer la leçon de ces faits qui se répètent lors de chaque mouvement ouvrier ».

    À travers ces passages d’articles issus de la Bibliothèque nationale de France, il est compréhensible que l’information soit issue du point de vue, de l’endroit où vous situez, et surtout qu’il faut croiser vos sources au minimum trois fois. Existe-t-il un changement, une continuité, une amélioration entre l’année 1922 et 2022, c’est à vous de seul de juger.