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  • Comment un quartier… devient-il sensible ?

    Comment un quartier… devient-il sensible ?

    La ville de Poitiers se retrouve sous les feux des projecteurs depuis quelque temps. La dégradation des magasins sur le quartier des Couronneries, par deux fois ; puis la fusillade sous fond de trafic de drogue occasionne la mort d’un adolescent de quinze ans. Comment cette partie de la citée picte, qui accueille un marché dominical multiculturel, est transformée en un lieu mal fréquenté ? Comment passe-t-on d’un espace où des fermiers vivaient, où les jardins ouvriers fleurissaient, au meurtre d’un gamin de quinze ans ?

    « L’actualité est décidément morose », s’émeut Séki Karéson.

    « Oui, j’ai l’impression que dans les villes moyennes de France, c’est la même chose », rétorque Sépa Phot.

    « Je parle de l’adolescent de quinze ans qui est mort après les coups de feu aux Couronneries, à Poitiers », appuie-t-elle.

    « Tu te rappelles notre visite lors du festival de la BD à Angoulême ? »

    « Oui et quel est le rapport ? »

    « Le quartier de Basseau ressemble à s’y méprendre à celui-là, comme au quartier dit Le Val à Nogent. Je t’explique ! »

    Pour permettre un éclairage, il faut prendre du recul, sans jugement, juste avec des faits. Je vous propose de revenir au début de l’année 1939, de construire un parallèle entre le quartier des Couronneries de Poitiers, et celui de Basseau à Angoulême. Deux départements différents, deux villes moyennes, deux chefs-lieux appartenant à l’ancienne région Poitou-Charentes, avec semble-t-il la même problématique de communautarisme.

    Il était une fois…

    Concernant Poitiers, pour le fameux quartier des Couronneries, imaginez qu’en lieu et place des immeubles, des maisons, des écoles, collèges et lycées, se trouvaient des champs, des vignes et huit exploitations agricoles avec deux communautés religieuses. L’eau courante arrive sur le plateau vers 1938-1939 au niveau du chemin de la Dauvergne et de la rue Jules Vergne. Les tranchées sont creusées par des militaires tunisiens qui cantonnaient sur le quartier des Dunes.

    Le 11 décembre 1961, un arrêté du ministère de la Construction fixe les limites actuelles de la zone à urbaniser en priorité (Z.U.P.) des Couronneries. Deux architectes parisiens Raymondet et Malizard établissent un plan de masse prévoyant la réalisation de 4700 logements. L’ensemble néo-urbain reste cohérent, et abrite une population multiculturelle.

    Le quartier est attractif par la proximité des commerces, des services, mais également par l’importance du milieu associatif, la proximité des transports, tout en admirant la vue panoramique du vieux Poitiers.

    Trois églises, une coulée verte le long des falaises, plusieurs centres commerciaux, une bibliothèque, une mairie de quartier, un groupe scolaire dans chaque secteur…

    La vision futuriste où la nouvelle identité se construit peu à peu, notamment grâce au plus considérable marché de la Vienne situé sur les places de Provence et de Coimbra. La ZUP est atypique en France, car les habitants de l’hypercentre s’y meuvent chaque dimanche.

    La naissance d’un nouveau quartier est la résultante de l’insalubrité de nombreux de logements dans le Poitiers des années 1960, tandis que la population s’accroît. « En 1967, alors que seuls 40 % des logements français ont l’eau courante et le chauffage central, on atteint les 100 % aux Couronneries », écrit le journaliste Jean-Michel Gouin. Désormais, plus de 10 000 personnes y vivent, et cela engendre de différents usages avec un renouvellement urbain.

    (Crédits : DR)

    Depuis le secteur des Couronneries a fait les gros titres de la presse. Trois soirées, fin juin 2023 durant lesquelles des émeutes touchent les quartiers et habitants des Couronneries, de Bel-Air et des Trois-Cités, tous trois quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPPV). Les émeutiers embrasent la ville, comme beaucoup d’autre suite au décès tragique du jeune Nahel en région parisienne. Un incendie volontaire détruit de nouvelles cellules commerciales, une année après le premier incendie dévastateur, puis dernièrement la fusillade provoquant le décès d’un jeune de quinze ans.

    L’histoire de Basseau, quartier d’Angoulême

    Situé à environ 5 km du centre-ville d’Angoulême, dans les méandres de la Charente, il est le faubourg le plus ancien, au moins autant que le chef-lieu. De la plaine de Basseau occupé par les Romains, sous le nom de la ville d’Olipe, aux guerres successives, il disparaît au XVe siècle. Le comte d’Angoulême, Hugues de Lusignan décide de paver le chemin des anglais. Oeuvre que poursuit le maire Gilibert jusqu’à l’ouverture en 1750 du chemin de la poste (Rue de Bordeaux). La poudrerie nationale s’implante au XIXe siècle sur ce qui va devenir le quartier Basseau.

    Un camp militaire s’établit, pour loger la main-d’œuvre indochinoise. La Seconde Guerre mondiale éclate le 1er septembre 1939. Une année plus tard, le 24 juin 1940, la 2e division Verfugunstruppe Das Reich s’installe, à son entrée dans Angoulême, dans ce camp. Elle aménage plus de 20 ha entourés de barbelés, de miradors et de tour de guet le camp, spoliant les multiples propriétaires. Il se compose de 125 bâtiments.

    En 1947, l’Armée projette la remise à la commune l’ensemble des terrains. De nombreux baraquements édifiés sur les lignes séparatives des propriétés empêchent la vente. Angoulême, en crise de logements, répond favorablement. La municipalité envisage la création d’habitations après avoir transformé les installations existantes. Le conseil général

    Les mal-logés et sans-logis devancent l’intervention, et s’installent dans les baraquements dès 1951. « Comme il est impossible de trouver une chambre meublée à Angoulême, si tu veux emménager dans le camp de Basseau, c’est le moment », expliquent deux Charentaises.1

    La vie propose parfois des solutions étranges. « On n’a pas hésité. On a dû passer par le bois de Saint-Michel : c’est par là qu’on a fait notre entrée, par un passage dans les ronces, en plein jour et on a déchargé les meubles ; ça a été vite fait, et la vie a commencé… Pour nous c’était le Paradis. »

    (Crédits : DR)

    La ville d’Angoulême et le Conseil général de la Charente créent le quartier de Basseau. Un comité de gestion est fondé. Il est composé du Préfet, de quatre conseillers généraux et de l’inspecteur d’urbanisme. Vingt réunions en dix-huit mois, pour proroger la situation jusqu’à janvier 1952. Des travaux urgents à la construction des premiers HLM nous voici en 1957, la population est de 1550 habitants dont 900 de moins de 20 ans.

    Un quartier en pleine mutation

    Un plan de masse est envisagé en 1965 pour une grande partie du secteur « La Grande Garenne-Basseau ». La cité de la Charité voit 116 logements poussés au sol, les bordures de trottoirs sont posées en 1969. De 1970 à 1973, la Petite Garenne est construite. Les souvenirs d’adolescents de Basseau, ayant déménagé à la Petite Garenne, s’envolent avec la destruction des maisons et jardins en 1970.

    Il y a moins de cinquante ans, en 1977 le quartier est à l’abandon. Au menu des situations sociétales problématiques, mauvaise desserte des transports en commun, absence quasi complète d’équipements collectifs… « Une impasse sociale et culturelle. Le quartier souffre de sa longue et difficile histoire […] un quartier qui n’intéresse plus personne excepté ses habitants. »

    Une nouvelle municipalité souffle un vent d’espoir, mais son maire est rattrapé par la justice, plusieurs fois. Mais le quartier n’a pas bonne presse. « […] la presse est quelquefois injuste et les images ont la vie dure […] »

    Les travaux s’éternisent, en 1979, l’école primaire Saint-Exupéry est démolie puis reconstruite en version scolaire. En septembre tombent les derniers baraquements, ultimes témoins de l’ancien camp.

    De l’autre côté de la France se déclenchent, au mois de septembre 1979, les premières émeutes urbaines, dans le quartier de la Grappinière, à Vaulx-en-Velin, banlieue de Lyon. La politique de la ville naît aux débuts des années 1980. Elle a pour but de réduire les écarts de développement au sein des villes. Elle vise à restaurer l’égalité républicaine dans les quartiers les plus pauvres et à améliorer les conditions de vie de leurs habitants, qui subissent un chômage et un décrochage scolaire plus élevés qu’ailleurs, et des difficultés d’accès aux services et aux soins, notamment.

    (Crédits : DR)

    La question des quartiers dits « sensibles »

    La question des quartiers dits « sensibles » se constitue depuis plus de quarante ans comme un problème social. Ces territoires se définissent tel le réceptacle de la plupart des maux de la société française. Exclusions, peurs, insécurité, émeutes urbaines, violences diverses… sont autant de qualificatifs. « Les quartiers sont objectivement le révélateur de l’inscription spatiale des inégalités sociales dans la société française », écrit Cyprien Avenel. Logiquement, les indicateurs montrent l’écart existant avec les autres quartiers en termes d’emploi, de revenus ou de mixité sociale.

    Il existe donc le centre-ville, place forte, et les banlieues qui est l’ensemble des agglomérations entourant un centre urbain et participant à sa vie et à ses fonctions. Les banlieues se développent dès la fin du XIXe siècle. Elles émergent en réponse à l’exode rural et l’essor industriel. Durant l’hiver 1954, l’appel de l’Abbé Pierre accélère la politique de construction massive de logements. L’État, de 1959 à 1975 créée 197 ZUP avec 2,2 millions d’habitations à loyer modéré (HLM). Le nombre de HLM passe de moins de 500 000 à près de 3 millions.

    Le salarié, aux Couronneries ou à Basseau, doit bénéficier des bienfaits de l’hygiène et de la modernité, en séparant l’habitat du lieu de travail, l’usine. La dureté de la vie laisse le débat de la mixité sociale, des formes urbaines à la porte. La réflexion politique change, dès 1977. La loi Barre dispose l’allocation personnalisée au logement (APL) et oriente vers l’accession à la propriété individuelle. Cela incite les classes moyennes à quitter les habitats sociaux collectifs pour des lotissements pavillonnaires, accélérant la dévalorisation des quartiers, prisés quelques années auparavant.

    Pour autant, la crise et paupérisation des banlieues enfante de la politique de la ville en 1980, avec le quartier prioritaire de la politique de la ville (QPPV), quartier de la politique de la ville (QPV) ou quartier prioritaire (QP), communément nommé QPV. Désormais un territoire devient quartier prioritaire lorsqu’il remplit un unique critère, le revenu par habitant. Il compare les revenus moyens de l’agglomération, ainsi que ceux de la France.

    (Crédits : DR)

    Aux Couronneries 79,7 % de logements sociaux parmi les résidences principales, 57,1 % de taux de pauvreté, 40,5 % des 16-25 ans non scolarisés et sans emploi, 40,4 % de familles monoparentales. À Basseau, 3560 habitants, 55,0 % de taux de pauvreté, 40,3 % des 16-25 ans non scolarisés et sans-emploi, 38,0 % de familles monoparentales. Le calcul, selon l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), détermine 1 514 quartiers prioritaires, dont 1 296 en Métropole. Ils accueillent dans 859 communes un douzième de la population française (5,4 millions) : 70,8 % d’ouvriers et employés, 39 % de moins de 25 ans, 29,4 % d’immigrés, 23,6 % d’étrangers. Cet ensemble inédit concentre la pauvreté, la délinquance, la violence sociale, l’inégalité et l’insécurité.

    1. « Mémoire collective d’un quartier d’Angoulême » édité par l’ACAIQ 1985 ↩︎
  • Utilisez-vous les passoires de Socrate ?

    Utilisez-vous les passoires de Socrate ?

    Durant l’ensemble de votre vie, que vous soyez adolescent, adulescent ou adulte, des personnes vont tenter de vous conter des anecdotes. Tous pensent que les informations sont vraies. Si, comme les journalistes, vous avez croisé trois différents sources pour en vérifier les faits, la véracité est hautement probable. Pour autant, certaines informations, sont elles véritablement pertinentes. Trois questions ont à se poser sur la véracité, le bénéfice et l’utilité du fait ou de l’histoire.

    Comme chaque samedi, Sépa et Séki s’en vont au marché de Nogent-le-Rotrou. Après avoir déambulé, flâné, acquit des victuailles qui ferait pâlir Gargantua, rien de tel qu’un bon chocolat au fameux troquet nogentais. Comme à l’habitude, Jules, Marcel, Albert et Paquito sont au rendez-vous. Il existe toujours une personne, pensant bien faire, raconte tout ce qu’il a vu, c’est le fameux Élie Courvetut. Ce personnage est une brave personne, qui n’a pas inventé la machine à cintrer les bananes. Mais il est agréable, il est comme une enfant, sans méchanceté et sans filtre.

    Les ragots comme les rumeurs partent d’un détail, d’une jalousie. Ils produisent de tels dégâts que s’en sortir n’est pas aisé. (Crédits : Julia/Pixabay)

    Les quatre joyeux drilles, comme chaque samedi dégustent un verre, palabre et parade comme de délicieux paons. Si ce n’est que les souvenirs ont pris une place considérable dans leurs conversations, comme le furent les bouchons à Nogent. C’est à ce moment qu’Élie arriva à la table des quatre.

    « Salut, salut, vous connaissez la dernière ? », questionna-t-il, sans vraiment attendre de réponse. Un non collégial s’entendit.

    « C’est sur un certain Sépa ». Les regards de la table se tournaient vers Sépa. « Phot, vient voir », cria Paquito

    « J’arrive » répondit-il en avalant une gorgé de ce fameux chocolat. « Élie à quelque chose à dire sur ton voisin ». A peine arrivé, Elie s’empressa de commence son histoire, mais la tournure ennuyait Sépa Phot. « Connais-tu Socrate », interrompit Sépa. Le pauvre Élie le regardait circonspect et affable. Puis il répondait naïvement : « c’est un joueur de l’équipe de France de rugby ? » Sépa comprit qu’il valait mieux se taire. Élie raconta avec plaisir et délectation son histoire. Les quatre compères surpris questionnèrent Sépa à propose de Socrate une fois le bon Élie partit.

    Plus les intermédiaires sont nombreux, plus l’information est déformée. Moins l’info est croustillante, plus elle tombe dans l’oubli. (Crédits : MetsikGarden/Pixabay)

    « Je vous explique » lance-t-il, avant que Séki chuchote « bon courage » en souriant. Il faut se plonger en Grèce, plusieurs siècles avant notre ère. C’est l’histoire du philosophe Socrate et de l”un de ses disciples. Imaginez Alexios venir en courant auprès de son maître, avec une rumeur nauséabonde sur un de ses amis. Sauf que… trois questions, ou passoires se posent.

    « Alexios, es-tu absolument certain que ce que tu vas me dire est vrai ? », posa Socrate. Il réfléchit un moment. « Je ne le suis pas totalement. »

    « Ce que tu vas me dire, est-ce quelque chose de bien sur mon ami ? ». Alexios répond que « non au contraire »

    Pour finir : « Ce que tu vas me dire à propos va-t-il m’être utile ? » Le hochement de tête de droite à gauche d’Alexios suffit.

    « Donc, ce que tu souhaites me dire n’est ni vrai, ni bon, ni nécessaire pour moi, pose Socrate. Alors pourquoi me le dire ? »,

    Tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler est le principe même des passoires de Socrate. Avant de raconter une rumeur, un ragot sur quelque chose ou quelqu’un, il faut savoir qu’un boomerang revient toujours à celui qui l’a lancé. Alors suis-je certain que ce que je vais dire est vrai ? Est-ce que je vais dire est bon ? Est-ce nécessaire de le dire ? Être positif, bienveillant et utile envers autrui est un travail de chaque instant.

  • Être une grenouille de bénitier,  vous connaissez ?

    Être une grenouille de bénitier, vous connaissez ?

    Si la langue française était une salade, les expressions seraient les croûtons croustillants et savoureux. Aujourd’hui, nous plongeons dans un bol de formules alambiquées. Avec bon jeu de mots, les expressions « une grenouille de bénitier », « tailler une bavette » et « être fleur bleue » possèdent des points communs, ou du moins un lien légèrement capillotracté. Avec-vous la moindre idée de ce lien ? Alors si vous êtes prêtes et prêts à vous régaler avec des mots sur un air de La Rue Kétanou, allons-y !

    Le marché hebdomadaire bat son plein samedi matin sur la place St Pol à Nogent-le-Rotrou, non loin de l’Hôtel de Ville. Malgré la touffeur naissante, M Phot et Mme Karéson sont venus. Ils ne manqueraient cette matinée pour rien au monde. D’autant qu’il n’est pas rare de croiser des personnes quelque peu célèbres, mais au combien simple à aborder et débordant de gentillesse. C’est ainsi qu’un voisin de Nogent, habitant à Thiron-Gardais déambule de temps à autre entre les étals des marchands. Mais, c’est aussi pour le plaisir de déguster le fameux chocolat chaud à l’ancienne.

    « Tu as vu Jules, Marcel, Albert et Paquito, de vraies grenouilles de bénitier », souffle Sépa Phot.

    « Oui, sur la terrasse entrain de siroter leur apéritif, et de conter fleurette à la serveuse », s’amuse Séki Kharéson

    « Ils sont presque fleur bleue, s’ils n’étaient pas de mon âge », rit Sépa tout en continuant de lorgner les bettes.

    « Pendant que tu y es, prends aussi aubergine, poivrons et des jolies tomates pour une ratatouille. Tu vas bien ? », ajoute-t-elle.

    « Oui pourquoi ? Ah, oui ! Comme tu me le dis souvent, je me concentre sur une seule tâche à la fois », répond-il avec un large sourire.

    « Vu que nos courses sont faites, prenons un bon chocolat chaud, je pourrais te conter ces fameuses expressions »

    Le couple de Berd’huisiens se place à l’abri d’un parasol, car le soleil perce et réchauffe déjà l’atmosphère, non loin du quatuor. Il est vrai que tout part de ces quatre personnes, et qu’ils sont un sujet pour ces trois expressions. Autrefois, au XVIIIe siècle, « tailler » signifiait « parler ». Ainsi, « tailler une bavette » c’est engager une discussion animée. Ce qui nécessite une production d’une quantité certaine de salive ou de bave. C’est pour ça que nos chers mousquetaires ont repris « la p’tite sœur » à l’apéro. Ils se racontent monts et merveilles de leur été quasiment fini, avec cette canicule tardive, rien de tel que de se désaltérer.

    Les expressions sont utilisées même sans le savoir, chaque jour. Des pléonasmes en naissent car la langue française est vivante. (Crédits : hoahoa111/Pixabay)

    Imaginez qu’en place de la table du troquet, l’action se déroule dans une église, à côté du bénitier. En des temps anciens disaient mes aïeux, les personnes qui fréquentaient assidûment les églises et se rassemblaient à l’entrée avant de se signer autour du bénitier, se nommaient des dévots ou les dévotes. Prenez une largeur d’esprit pour vous déplacer autour d’une mare, un soir d’été. Les grenouilles y coassent joyeusement. D’ailleurs, si vous passez la tondeuse juste à côté de la mare, vous les endenteraient augmenter le volume. Elles ne s’entendent plus échanger des potins. D’ailleurs connaissez-vous l’histoire du « signe de croix » accompli autour du bénitier ? Non ? Alors regardez la vidéo !

    Une explication en bonne et due forme d’un geste effectué par les catholiques et orthodoxes. Tout comme le fait de se servir de la main droite, car la gauche est associée à une tache délicate et nécessaire. Oui, lorsque être sur votre cabinet d’aisances avec le fameux papier hygiénique, ou pas selon vos us et coutumes. (Crédits : Frère Paul Adrien/YouTube)

    Quant à l’expression « fleur bleue », il faut traverser le Rhin pour rendre visite au XVIIIe à Novalis, de son vrai nom Georg Philipp Friedrich von Hardenberg. C’est à Weißenfels, juste avant Leipzig que l’auteur laisse transparaître cette expression, Die blaue Blume dans la langue de Goethe. « Être fleur bleue » signifie être sentimental, sensible et un tantinet naïf, à l’âge de l’adolescence, mais au tout départ. Ajouté une touche de bleu, qui dans le langage des fleurs ajoute tendresse, romantisme et poésie. Retour au roman inachevé de Novalis intitulé Heni d’Ofterdingen parle d’un poète à la recherche d’un idéal, comme dans un film « Le Dernier Samouraï » de la fleur de cerisier parfaite. « De là à dire que Jules, Marcel, Albert et Paquito sont “fleur bleue”, il ne faut pas pousser », affirme Séki en posant sa tasse de chocolat délicieusement vide.

  • L’avenue des Champs Élysées ou le boulevard Haussman ?

    L’avenue des Champs Élysées ou le boulevard Haussman ?

    Choix difficile pour se promener, flâner, déambuler nonchalamment au gré des échoppes, boutiques, vendeurs ambulants, senteurs, effluves pâtissières ou celle du pain sortant du four, qui craquelle sa croûte blonde. Du boulevard Haussman, la rue Sainte-Catherine, l’avenue de Grammont, la rue des caillons, jusqu’à la célèbre des Champs-Élysées… chacune des ces voies de circulation vous rappellent des souvenirs, des faits plus ou moins historiques. Mais connaissez-vous la différence entre un boulevard, une avenue, une rue, une ruelle, un faubourg ?

    Mme Séki Kharéson et M. Sépa Phot profitent de la rentrée des classes toute proche pour quitter, le temps d’une journée, leur endroit de quiétude qu’est le village de Berd’huis. La fraîcheur du matin obligea Séki à se couvrir d’une écharpe, il faut dire que le thermomètre montrait péniblement 14 degrés Celsius, ce jeudi 26 août 2021. L’occasion était trop belle pour monsieur Phot, il sortit sa Renault dauphine Gordini de 1957, toute rouge, du garage.

    Le bolide de 630 kg était construit dans les usines de Flins. Au menu, une nouvelle culasse, l’augmentation du taux de compression, ainsi que l’utilisation d’un carburateur de 32 mm, donne à ce petit bijou la possibilité d’afficher 126 km/h au compteur, après le passage du « Sorcier », Amédée Gordini. (Crédits : Arnaud Clerget)

    Puis tous deux partirent en direction de la gare de Nogent-le-Rotrou pour prendre le TER. Le bolide avalait les six petits kilomètres en ronronnant de plaisir à travers ses 845 cm3 et ses 36 chevaux. Il faut dire qu’Amédée Gordini, portait à merveille son surnom de « Sorcier ». Il avait fait alors de petites préparations avec des modifications techniques, ainsi naissait la Dauphine Gordini (type R1091).

    La joie du TER

    L’église Saint-Hilaire sonnait 8 h 30, quand le moteur de la gordini se tut. Le train express régional n° 862466 de Nogent-le-Rotrou via Condé-sur-Huisne, La Loupe, Maintenon avant son terminus à Chartres, partait à 8 h 37 pile. Rapidement, ils entrèrent dans la gare, prirent place au sein de leur wagon, et s’assirent. Moins d’une heure après (53 minutes), les deux amoureux descendirent pour monter dans le TER n° 862418 en direction de Paris, fort heureusement sur le même quai. Ils eurent à loisir de contempler les paysages hauts en couleur et divers du parc naturel régional du Perche, de la forêt de Rambouillet et du parc naturel régional de la Haute Vallée de Chevreuse.

    La rue principale de Berd’huis (Route de Nogent, puis de Bellême) est emprunté par de nombreux véhicules, nuit et jour. Lorsque vous êtes juste à côté de l’église, le coucher de soleil vous procure une lumière et des couleurs sensationnelles. (Crédits : Mumu’s Pictures)

    Les personnels de la SNCF invitèrent les passagers à se préparer, quelques instants avant l’arrivée au terminus la gare de Montmartre, entre le boulevard Pasteur et l’avenue du Maine. C’est à ce moment qu’une interrogation tombait. Dans la file des voyageurs, juste devant eux, un jeune homme d’une vingtaine d’années posait une question à son oncle : « C’est quoi la différence entre avenue et boulevard ? »

    De la charmille au cours

    Interloqué, l’oncle se creusa la tête et lui répondit : « Je ne sais pas Mischa. » Le couple qui entendit se posait également la question. « Il me semble que c’est une histoire d’arbre, de rempart, mais je n’en suis pas sûr » claque le neveu. Toute la journée, les Berd’huisiens ne pouvaient enlever cette interrogation de leurs pensées. S’ils avaient attendu quelques instants, ils auraient su. Après des recherches fructueuses au tournant des pages d’un dictionnaire, le suspens prit fin. « Une avenue est une allée large, généralement rectiligne et plantée d’arbres, conduisant à une habitation, un bâtiment officiel, un lieu public. Le boulevard (du moyen néerlandais bolwerc, bastion) est une voie spacieuse établie dans les villes sur l’emplacement des anciens remparts, cette large voie de communication urbaine plantée d’arbres », définit Le Larousse.

    « Donc c’est pareil », interrogea Mischa

    « Tatillon, il faut-être. C’est pratiquement la même chose, c’est une question de linguistique »

    Nous sommes contraints prendre de plus vieux livres pour comprendre. Le nom boulevard est un vieux terme du Génie militaire qui se définit par le : « terre-plein d’un rempart, tout le terrain d’un bastion ou d’une courtine. Il se dit, par extension, d’une promenade plantée d’arbres qui fait le tour d’une ville et qui occupe ordinairement l’espace où étaient d’anciens remparts. Aujourd’hui, par généralisation, il se dit de toute rue large, plantée d’arbres, qui traverse une ville. » Tandis que l’avenue est le « chemin par lequel on arrive en quelque lieu, ou encore d’une allée plantée d’arbres qui conduit à une habitation, un château. » Après un bref silence, l’explication se ponctua d’un « Ah, d’accord ».

    Sur les restes de fortification de la ville de Poitiers, au lieu-dit de la « tour à l’oiseau », la vue est imprenable. Vous avez le loisir d’observer le boulevard sous Blossac, et d’entrapercevoir la promenade des cours (côté droit de la photo), au-delà de la rivière Le Clain. (Crédits : DR)

    Tout en continuant leur discussion, ils s’entichèrent de connaître les définitions des différentes voies d’une ville ou d’un village. Ainsi la ruelle est une rue étroite (ça semble logique). L’allée est une ruelle généralement encadrée par deux rangées d’arbres. tandis que la rue est caractérisée par une largeur relativement faible et par son absence de contre-allées. « D’ailleurs, sais-tu que la rue des caillons est la plus petite rue de Poitiers », questionna l’oncle. Quant au chemin, il est normalement une voie de terre aménagée, parfois goudronnée. Enfin, la route est une voie qui porte le nom du lieu où elle aboutit.

    Le retour aux pénates

    La journée se termine à Paris, tant pour les uns que pour les autres. Ainsi, par le plus grand des hasards, le couple retrouve le neveu et son oncle à la gare Montparnasse. La discussion s’engage immédiatement sur la question qui taraudent, depuis le matin, l’esprit des voyageurs ornais. Le neveu prit un malin plaisir à leur expliquer. À l’annonce du train à destination de Nogent-le-Rotrou, tous se séparèrent. Les Pictes-charentais quant à eux attendaient, à peine un petit quart d’heure, leur TGV de 18 h 19. Après une balade sans encombre, jusqu’à la capitale de la Vienne, ils rejoignent le parvis de la gare.

    Venant d’Angoulême, le passage par l’avenue de la Libération, la porte de la Tranchée (disparue depuis), était et reste l’un des axes privilégiés d’accès à la ville.

    En sortant, ils empruntent le boulevard Pont-Achard, où se trouvait l’ancienne caserne de Sapeurs-Pompiers du même nom, pour utiliser les escaliers du diable en direction du parc de Blossac. Les deux marcheurs déambulent au sein de ce poumon vert pour atteindre la Tour à l’Oiseau, puis observent le boulevard sous Blossac et la promenade des cours avec ses rangées d’arbres. Ces derniers, las de la journée, via l’avenue de la Libération, se rendaient au faubourg de Chilvert, qui n’est autre qu’un quartier d’une ville située en dehors de son enceinte.