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  • Cinéma. C’est l’anniversaire de l’inauguration du Festival de Cannes

    Cinéma. C’est l’anniversaire de l’inauguration du Festival de Cannes

    Si le Festival de Cannes est le rassemblement le plus médiatique et le plus prestigieux, ses débuts sont étouffés par la Seconde Guerre mondiale. Il devait se lancer du 1er au 20 septembre 1939, mais sera inauguré que le 20 septembre 1946. L’Allemagne nazie envahit la Pologne, le 3 septembre 1939 la guerre est déclarée, la mobilisation générale décrétée. La première Palme d’Or ne sera remise qu’en 2002, lors d’un hommage. À l’unanimité, Pacific Express (Union Pacific) de Cecil B. DeMille remportait la plus haute distinction.

    « Je revois avec netteté ce wagon-lit où revenant du festival de Venise, je n’arrivais pas à trouver le sommeil et où cette idée m’a visité pour la première fois, expliquait Philippe Erlanger au journaliste. Je me remémorais ce qui venait de se passer au festival de Venise qui s’était terminé dans le tumulte parce que la politique avait complètement changé les décisions du jury ».

    Il faut se remettre dans le contexte de l’après Première Guerre mondiale. Bénito Mussolini est à la tête du gouvernement italien de 1922 à 1945. Malgré sa chute le 25 juillet 1943, Mussolini sera remis au pouvoir par l’Allemagne nazie le 22 septembre 1943, en qualité de Duce de la République sociale italienne. Les documentaires Luce sont rendus obligatoires dans toutes les salles d’Italie par un décret-loi du 30 avril 1926. D’après Eiteil Monaco, directeur général de la Fédération nationale fasciste des Industriels du spectacle de 1935 à 1941, « techniquement c’était une propagande très bien faite. Avec ces films, ils étaient tranquilles : le journal d’actualité Luce devait être obligatoirement projeté à chaque spectacle et il était souvent accompagné de documentaires également produits par l’Institut Luce ».1

    Le film Vecchia Guardia, sorti en 1934 est le film d’inspiration fasciste le plus célèbre de la cinématographie italienne. Son metteur en scène, Alessandro Blasetti, rapporte « quand on a projeté le film Vecchia Guardia, la Jeunesse hitlérienne était déployée dans les rues et tout le corps diplomatique s’était déplacé. Hitler me serra violemment la main et tout cela advint par la volonté de Mussolini ».1 En 1938, se crée une nouvelle société para-gouvernementale de production financée et dirigée par Cinecittà. Les pays qui sont des adversaires sur la scène politique internationale y sont dénigrés (États-Unis, Union soviétique, Grande-Bretagne, France).

    « La politisation de la dernière Biennale de Venise en 1938 par les autorités fascistes avait amené les participants à s’en détourner. La France, grâce à Philippe Erlanger, “inventeur” du Festival, en profitera. Ce que la note ne dit pas, c’est que la ville de Cannes s’était déjà mise sur les rangs dès octobre 1938 pour accueillir la manifestation. » (Crédits : Cinemathèque)

    Le fait d’avoir un festival international et indépendant en France fait son chemin. Les tensions sont ressenties jusque dans le 7e art. Le boycott de la Mostra de Venise résulte du palmarès de l’année 1938. La période du cinéma italien dite des « Téléphones Blancs » commence en 1937, elle s’achèvera en 1941. Le jour « J » l’unanimité se fait sur un film américain. Sous la pression d’Hitler, c’est le documentaire de propagande nazie, Les Dieux du stade (Olympia film) de Leni Riefenstahl ainsi que le film italien Luciano Serra, pilote (Luciano Serra, pilota) de Goffredo Alessandrini qui reçoivent la plus haute distinction, nommée « Coupe Mussolini ». La délégation française sur le retour réfléchi à créer un festival, sans pression, ni contrainte. Le Festival de Cannes est .

    « […] nous n’avons pas voulu importer à Cannes le système en vigueur à Venise », expliquait le directeur général des Beaux-Arts, Georges Huisman. Ce n’est qu’en huitième page que cette annonce est faite dans le quotidien Paris Soir. (Crédits : Paris Soir/BnF/Gallica)

    Plusieurs villes se proposent à recevoir ce festival en devenir : Biarritz, Cannes, Nice. Le 9 mai 1939, c’est Biarritz qui est choisie. Déçus, les partisans de la candidature cannoise repartent en campagne. « Les directeurs de palaces cannois prennent contact avec le comité et les ministères qui décident d’étudier de nouveau le dossier. La Ville propose d’augmenter sa participation financière et met à la disposition du comité ses salles de réception et ses équipements touristiques. » Le festival est officiellement attribué à Cannes avec la signature le 31 mai 1939 d’un contrat entre cette ville et l’État, à coup de centaines de milliers de francs.

    La palme d’or fera son apparition en 1955. Elle sera remplacée entre 1964 et 1974 par le grand prix du festival. (Crédits : Iminéo/YouTube)

    Le palais du festival ne sera construit qu’en 1947. Depuis, le cinéma coule des jours heureux, en peignant des vérités dérangeantes, bouleversantes, imaginaires et réelles, mais cinématographiques. Sur 76 ans de festival, dis films français ont été récompensés de la Palme d’Or. À savoir Le Monde du silence (Jacques-Yves Cousteau et Louis Malle, 1956), Les Parapluies de Cherbourg (Jacques Demy, 1964), Un homme et une femme (Claude Lelouch, 1966), Sous le soleil de Satan (Maurice Pialat, 1987), Entre les murs (Laurent Cantet, 2008), La Vie d’Adèle – Chapitres 1 et 2 (Abdellatif Kechiche, 2013), Dheepan (Jacques Audiard, 2015), Titane (Julia Ducournau, 2021), Anatomie d’une chute (Justine Triet, 2023). La 77e édition du festival international du film se tiendra du 14 au 25 mai 2024, à Cannes bien entendu.

    1. Le cinéma italien pendant le régime fasciste ou l’image au service de la propagande de Jean-Pierre Favero dans Sens-Dessous 2014/2 (N° 14), pages 89 à 100 Cairn.info ↩︎
    2. Le cinéma italien pendant le régime fasciste ou l’image au service de la propagande de Jean-Pierre Favero dans Sens-Dessous 2014/2 (N° 14), pages 89 à 100 Cairn.info ↩︎
  • Il y a cent ans… se terminait la conférence de Gênes

    Il y a cent ans… se terminait la conférence de Gênes

    Du 9 avril au 19 mai 1922, les anciens belligérants, trente-quatre nations, se retrouvaient pour rétablir l’ordre monétaire planétaire, qui fut désorganisé par la Première Guerre mondiale. Cette réunion s’est clôturée sous une avalanche de fleurs en rhétorique, par soixante-quinze discours de neuf heures à une heure de l’après-midi. Lloyd Georges la comparait à une bouée de sauvetage lancée du rivage, ajoutant qu’aucun naufragé ne s’y était accroché.

    Cette conférence se déroulait alors que les brûlots de la Première Guerre mondiale fumaient encore. Les rancœurs, dettes, désillusions seront un terreau fertile au nationalisme exacerbé, qu’il soit Russe, Italien, Espagnol ou Allemand. D’autant que la Grande Guerre sonna le glas des empires allemand, austro-hongrois, russe et ottoman et créa une multitude de nouveaux États aux frontières « arbitraires ». Le traité de paix de Saint-Germain-en-Laye disloque la République d’Autriche Allemande, et interdit à l’Autriche tout rattachement à l’Allemagne. La disparition de l’Empire austro-hongrois entraîne une restructuration du monde danubo-balkanique. Des Autrichiens manifestèrent alors leur mécontentement en brûlant l’ambassade de France à Vienne, le 23 mai 1919.

    Les accords prévoient un découpage du Proche-Orient, ci-dessus. L’Empire russe participe aux délibérations et octroie son accord, comme l’Italie, aux termes du traité secret. (Crédits : Les accords de Sykes-Picot, 1916 de Flavien Bardet/Outre-Terre)

    Les accords Sykes-Picot furent le travail de deux hommes qui donnèrent leurs noms à ce traité, Sir Mark Sykes et François Georges-Picot. Ils furent signés secrètement en 1916 par la France et la Grande-Bretagne. Les changements géopolitiques, ainsi que le choix de la Turquie de se ranger aux côtés de l’Allemagne à la fin de l’année 1914, sont à l’origine de ceux-ci. La fin des possessions ottomanes de Syrie, Palestine et Arabie prévue au traité de Sèvres (1920) est confirmée, et les frontières de la Turquie sont revues (Armistice de Moudros, 1918, le traité de Lausanne, 1923). De nouveaux États apparaissent, tandis que la France et la Grande-Bretagne obtiennent des mandats en Syrie, au Liban et en Palestine. Les vainqueurs proposaient même la création d’États nationaux pour les Arméniens et les Kurdes.

    La conférence économique internationale de Gênes

    Les individus en haut de forme se congratulaient des six semaines écoulées où la montagne accouchait encore d’une souris. D’ailleurs, les puissances en présence acceptaient la prorogation de la conférence de Gênes, à La Haye le 15 juin 1922. Puis vint les discours où chaque convive se félicitait de l’avance historique, ne convainquant qu’eux-mêmes. Ainsi durant cinq heures, soixante-quinze allocutions s’enchaînaient « L’Europe n’est pas pour nous une simple expression géographique, une vague et mystique surpatrie, c’est une grande tradition du passé et une grande espérance d’avenir. L’Europe est traditionnellement fondée sur les traités. Attenter aux traités, c’est attenter à la vie de l’Europe », annonçait Maurice Colrat pour la France.

    L’histoire n’est qu’un éternel recommencement. Car après l’acceptation du pacte de non-agression, chaque pays à travers le chef de délégation prit la parole. La Nouvelle-Zélande déclara qu’elle n’avait pas l’intention d’attaquer la Russie, le Canada, l’Afrique du Sud, les Indes, l’Australie emboîtèrent le pas sans difficulté, tout comme l’Islande, l’Albanie, le Portugal, l’Espagne… des traités étaient signés en coulisse. Ce découpage mit en couveuse les conflits de la mer Baltique au golfe Persique. Les vainqueurs européens — la France, l’Italie et la Grande-Bretagne — étaient financièrement et politiquement épuisés, le krach boursier de 1929, américain puis international terminait de tuer dans l’œuf les espoirs de paix pérenne.

    Le continent européen avant la Première Guerre mondiale qui durera du 28 juillet 1914 au 11 novembre 1918. Le Casus Belli est l’assassinat le dimanche 28 juin 1914, de l’archiduc François-Ferdinand, et de son épouse, Sophie Chotek, duchesse de Hohenberg. Son successeur renonça au trône. (Crédits : Musée Canadien de la Guerre)

    La France ne put pas empêcher le pacte qui se nouait le 16 avril 1922 à Rapallo, un faubourg de Gênes. Il était signé par l’Allemagne et la République soviétique fédérative socialiste de Russie (RSFSR), qui donnera naissance à l’URSS le 30 décembre 1922. Il entérine deux accords principaux. Le premier est l’abandon des réparations de guerre. « L’Empire allemand et la R. S. F. S. R. renoncent réciproquement aux indemnités pour leurs dépenses de guerre ainsi qu’aux indemnités pour les dommages de guerre, c’est-à-dire pour les dommages résultant pour eux ou leurs ressortissants dans les zones de guerre de mesures militaires, y compris toutes réquisitions effectuées en territoire ennemi. Les deux Parties renoncent également aux indemnités pour dommages civils ayant été causés aux ressortissants d’une des Parties par les lois dites lois exceptionnelles de guerre ou par des mesures d’autorité prises par les organismes d’État de l’autre Partie », cite l’article 1er.

    Le second stipule que « les relations économiques entre les deux nations devaient être normalisées et les citoyens de l’un ou l’autre des États résidant sur le territoire de l’autre devaient se voir accorder la reconnaissance et certains droits ». Mais celui qui n’apparaît pas, car non enregistré est sans aucun doute le plus important historiquement. Une clause secrète, qui n’a pas été publiée, a établi une coopération militaire entre les deux États, jusqu’en 1933.

    Les pertes humaines de la Première Guerre mondiale s’élèvent à environ 18,6 millions de morts. Sans oublier les 20 à 100 millions de décès par la grippe dite espagnole. Mais le découpage du continent engendrera de nombreux conflits, comme celui qui oppose actuellement la Russie et l’Ukraine. (Crédits : Musée Canadien de la Guerre)

    Dettes et démocratie ne font pas bon ménage

    Au printemps 1922, la conférence internationale de Gênes rétablit la convertibilité des devises, en prenant le dollar ou la livre sterling comme monnaie de référence. Les années d’après-guerre extrêmement difficiles, surtout pour les belligérants d’Europe qui sortent du conflit affaibli et endettés, vis-à-vis des États-Unis. Le versement des réparations allemandes est fixé en 1920 à 132 milliards de marks-or, dont 52 % pour la France. Le ministre français des Finances, Louis-Lucien Klotz, avait déclaré le 3 septembre 1918 : « Il faut que l’Allemagne paie le coût de la guerre ».

    Le démantèlement et découpage des empires allemand, austro-hongrois, russe et ottoman refondent le continent européen, pour le meilleur et le pire. L’histoire dépeint le futur, car la démocratie est rapidement menacée en Italie ou en Allemagne, dans les années 1920. Les régimes autoritaires se multipliaient. Le totalitarisme apparaît comme des contestations violentes du système démocratique.

    L’Europe est un continent regroupant 46 pays répartis sur cinq régions géographiques, dont 27 appartiennent à l’Union européenne. L’histoire du continent découle des conflits précédents et apporte un éclairage aux actuels conflits armés. (Crédits : Atlas-monde)

    Le 1er décembre 1936, l’URSS se dote d’une nouvelle constitution à première vue démocratique, mais en réalité, Staline grâce au parti unique, le parti communiste, concentre les pouvoirs. Comme en République populaire de Chine. Mussolini, après sa marche sur Rome, obtient, lui aussi les pleins pouvoirs, le 25 novembre 1922. L’Italie plonge irrémédiablement dans un système totalitaire avec l’adoption des lois fascistissimes. Fortement affaiblie, l’économie allemande est touchée de plein fouet par la crise économique des années 1930. Usant de propagande et de la violence de rue qui tétanise ses adversaires politiques tout en brouillant le jeu démocratique, Hitler connaît une irrésistible ascension à partir de 1932. Le président Hindenburg le nommera à la chancellerie, le 29 janvier 1933.