Étiquette : Révolution

  • Du pain, un tampon, un silence…

    Du pain, un tampon, un silence…

    Une femme attend un cachet. Une autre retire son voile, au milieu des caméras. Ailleurs, des mères comptent les jours derrière des barbelés. Dans plusieurs pays, tels que l’Afghanistan, l’Iran, la Syrie ou l’Irak, le sort des femmes se négocie désormais à hauteur de corps : corps contrôlés, corps punis, corps rançonnés. Il est primordial de se pencher sur les facteurs déclenchants : l’aide humanitaire, la loi, la guerre, la « morale ». Et pose une question simple, brutale, froide : quand l’État devient l’arbitre du quotidien, que reste-t-il d’une liberté ?

    En Afghanistan, des témoignages font état d’exploitations sexuelles en échange d’accès à l’aide alimentaire, dans un contexte de pauvreté et de restrictions imposées aux femmes. En Iran, la répression d’un régime islamique à bout de souffle — et en soins palliatifs — fait plus de 30 000 morts, 100 000 blessés et plus de 41 000 prisonniers. Une question demeure : quelle est la destinée des femmes ?

    L’effacement organisé (de la présence publique) des femmes afghanes

    Ici, le récit ne débute pas par un discours, mais par une file d’attente. Pour obtenir une carte d’aide, il faut un document, puis une validation par des « autorités » locales. Dans ce goulot, la dépendance crée une zone grise. Elle devient celle où l’on monnaye une signature, un cachet, une place sur une liste. « Avant de pouvoir accéder à l’aide, Laila (prénom d’emprunt) avait besoin de remplir un formulaire et de le faire estampiller par l’imam de sa mosquée locale ou son Wakil Guzar, un leader communautaire qui agit comme médiateur entre le gouvernement et le public », relate Rukhshana Media.

    Femme, hijab, talibans

    Rukhshana Media rapporte des allégations de femmes à qui des responsables auraient proposé des faveurs en échange d’actes sexuels. Ce qui décrit une prédation enracinée dans l’asymétrie totale entre la partie qui demande et celle qui détient l’autorité.
    Laila a perdu son mari en 2020. Veuve avec trois enfants, elle a trouvé du travail de cuisine et de ménage. Mais, tout lui est retiré quand les talibans arrivent au pouvoir. Désespérée, elle visite son Wakil Guzar pour solliciter leur aide.

    « Le jour où je suis allé le voir, il était seul. Il s’est approché de moi et a essayé de me toucher. J’étais tellement terrifié que je ne me souviens même pas comment je suis sorti de son bureau. » (Crédits : Stringer/Reuters)

    Elle s’est juré de ne plus s’approcher de cet homme, quitte à mourir de faim. « Je lui ai raconté que je venais de perdre mon mari, que mes enfants mouraient de faim, et je l’ai supplié de m’aider pour l’amour de Dieu », raconte-t-elle. « Il a dit que si je l’invitais chez moi pour la nuit, il ne m’obtiendrait pas une, mais deux cartes. » Ce qui change depuis 2021 n’est pas seulement une liste d’interdictions ; c’est une architecture. Les rapports onusiens décrivent la persistance de restrictions majeures sur l’éducation, le travail, la circulation et l’accès à l’espace public pour la gent féminine, peu importe son âge.

    Dans ce système, le risque va au-delà de la violence physique : c’est l’effacement progressif. Quand une femme ne peut ni travailler, ni étudier, ni se déplacer librement, la survie devient une négociation permanente — et cette négociation, dans une économie informelle, expose aux abus, aux violences, aux crimes.

    Depuis la prise de pouvoir des talibans en août 2021, les Afghanes sont progressivement reléguées aux sphères privées. Selon les rapports des Nations unies, elles sont désormais interdites d’enseignement secondaire et universitaire, exclues de nombreux emplois, notamment dans les ONG nationales et internationales, et soumises à des restrictions strictes de déplacement sans accompagnateur masculin. Cette exclusion ne constitue pas une mesure isolée, mais un système cohérent de gouvernance visant à limiter leur autonomie sociale, économique et politique.

    Un effacement systémique

    15 août 2021 — Le monde du silence, pour les femmes, la rupture se joue dans des gestes minuscules et irréversibles. Les talibans demandent aux femmes de rester chez elles, « provisoirement ». Le provisoire devient une condition. Des enseignantes ne retournent pas dans leurs écoles. Des employées attendent des appels qui ne viendront jamais. Le travail disparaît, simplement par absence.

    En septembre 2021, les portes des écoles se referment pour les filles. À partir de 12 ans, l’éducation cesse. La rupture est clairement définie, administrative, froide. Une génération entière bascule dans l’attente. Les cartables restent posés contre les murs, comme des objets qui ne servent plus à rien. Dès décembre, les déplacements deviennent conditionnels. Une femme ne peut plus voyager seule, sans accompagnateur. Le mouvement subroge l’autorisation. La liberté évolue en exception. (Crédits : Faruk Tokluoğlu/Pexels)

    Femmes, Hijab, Afghanistan

    En mai 2022, le visage disparaît, le voile intégral s’impose dans l’espace public. Le corps féminin doit se dissoudre dans le tissu. Le décret ne parle pas d’effacement, mais il le produit. L’individu devient silhouette, la silhouette une ombre, l’ombre une poussière. En décembre de la même année, les universités ferment leurs portes aux femmes. Des milliers d’étudiantes quittent les campus. Certaines pleurent devant les grilles closes. D’autres brûlent leurs notes.

    Femme, neige, nature

    Au mois d’avril 2023, les organisations internationales ne sont plus un refuge. Elles ne peuvent plus travailler pour les Nations unies. Le dernier espace institutionnel s’efface. L’aide continue d’exister, mais elles ne peuvent plus y participer.
    En juillet 2023, les salons de beauté ferment, sur une simple injonction orale. Ces lieux, à la fois des zones de travail et de sociabilité, disparaissent. Plus de 12 000 femmes perdent leur revenu. L’économie informelle s’effondre comme leurs futurs.

    En 2024, leurs timbres de voix deviennent même une infraction. Il est interdit aux femmes de chanter, de parler en public. Le silence se métamorphose en une norme, mais les Afghanes expriment leur détermination en chantant. Il se semble plus rester de libertés aux femmes, et pourtant. Les talibans offrent aux femmes une invisibilité comme horizon. (Crédits : Ankiyay/Pexels)

    Les restrictions forment un système. Absente des écoles, des universités, des institutions, de nombreux lieux de travail, la seule présence d’une femme dans le paysage du « cimetière des Empires » devient une anomalie. Les Afghanes n’ont pas disparu. Elles vivent, respirent, survivent, pensent, espèrent. Mais leur existence est contenue dans des espaces invisibles.

    Des articles absurdes fleurissent. L’une des dispositions les plus frappantes est l’article 34. Il dispose qu’une femme peut être incarcérée pendant trois mois simplement pour être restée chez sa famille sans l’autorisation de son conjoint ou sans ce que l’on appelle une « raison justifiée par la charia ». L’article 32 stipule que si un mari bat son épouse avec une force disproportionnée — définie comme causant des fractures, des blessures ou des ecchymoses visibles — il peut être condamné à 15 jours d’emprisonnement, à condition que la femme puisse prouver les abus devant le tribunal.

    Peine capitale pour un apostat

    L’article 37 prévoit une peine de prison d’un an à un homme pour avoir tenu par la main, enlacer ou embrasser une femme. L’article 58 prévoit qu’une femme apostate — quelqu’un qui quitte l’islam — peut être condamnée à la réclusion à perpétuité. De plus, elle doit recevoir dix coups de fouet tous les trois jours jusqu’à ce qu’elle revienne à la foi. La punition pour les apostats n’est pas explicite, mais, selon la tradition jurisprudentielle hanafite que les talibans suivent, les hommes ont jusqu’à trois jours pour se repentir et revenir à l’islam avant de faire face à la peine capitale s’ils refusent de se rétracter.

    Ainsi, l’effacement des femmes n’est pas physique. Il est administratif, juridique, social. Il est organisé méthodiquement. Cette marginalisation a des conséquences directes sur la survie matérielle. Dans un pays où, selon les Nations Unies, 22,9 millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire, son accès devient un levier de vulnérabilité. Rukhshana Media rapporte des témoignages de femmes affirmant avoir subi des pressions. Tout comme le sort réservé à la journaliste Nazira Rashidi. Elle a été arrêtée le mardi 6 janvier à 8 h du matin dans la province nord-est de Kunduz. Puis plus de nouvelles… (Crédits : Faruk Tokluoğlu/Pexels)

    Fille, Islam, voile

    La disparition des femmes de l’espace public ne signifie pas qu’une perte de droit, mais une transformation structurelle de leur existence. Privées d’éducation, d’emploi et de liberté de circulation, elles sont soumises à l’autorité politique et religieuse, plus simplement aux hommes, à leurs bourreaux : les talibans. Cette dernière augmente l’exposition aux abus, tout en réduisant leur capacité à les signaler ou à s’en protéger. Leur existence se mue en résistance, une question de vie… de survie.

    Depuis Mahsa Amini, le corps des femmes est une ligne de front, en Iran

    Le 16 septembre 2022, Mahsa Jina Amini, 22 ans, meurt à Téhéran après son arrestation par la police « des mœurs » pour un port du voile jugé « inapproprié ». Sa disparition déclenche une onde de choc immédiate. En quelques jours, un tsunami déferle sur plus de 160 villes, portées par un slogan qui devient un manifeste : « Femme, Vie, Liberté». Ce mouvement ne se limite pas à la contestation d’une loi vestimentaire. Il remet en cause le principe même d’un ordre politique fondé sur le contrôle des corps féminins, du corps des filles et des femmes.

    Révolte, Iran, femme

    Plusieurs chercheurs affirment que ce moment est une rupture. La question des femmes cesse d’être un enjeu social périphérique pour devenir un point de fracture central entre le peuple et le pouvoir. Selon l’anthropologue Chowra Makaremi, cette situation relève d’une incompatibilité structurelle entre une communauté en mutation et une autorité théocratique basées sur la régulation du féminin.

    Le gouvernement iranien l’use comme un marqueur politique. Le contrôle vestimentaire, les sanctions pour non-conformité, et les condamnations de femmes. Des cas documentés incluent des peines corporelles pour des infractions en relation aux normes sociales, ainsi que des exécutions dans des contextes de violence conjugale ou de mariage dit précoce.

    Malgré ces contraintes, les Iraniennes demeurent visibles et actives dans la société, ce qui les place dans une position paradoxale : présentes sous surveillance constante.

    La réponse de l’État est immédiate et brutale. La répression s’organise à plusieurs niveaux : arrestations massives, usage de la force contre les manifestants, condamnations judiciaires accélérées… (Crédits : Capture d’écran/X (anciennement Twitter)

    Puis l’estimation tombe comme un couperet, femmes et hommes confondus, filles et fils : plus de 30 000 morts et 100 000 blessés. Des milliers de personnes sont arrêtées, parmi lesquelles de nombreuses femmes, étudiantes, journalistes, avocates ou simples citoyennes. Certaines sont détenues sans procès, d’autres condamnées à de lourdes peines de prison. Des organisations de défense des droits humains documentent également le recours à des violences physiques et psychologiques, visant à dissuader toute forme de dissidence. Mais la stratégie du pouvoir ne se limite pas à la répression directe, à la persécution. Elle s’inscrit dans une tentative plus large de réaffirmation de son autorité symbolique. Des familles sont obligées de débourser des sommes astronomiques pour récupérer le corps d’un enfant, d’un mari, d’une sœur.

    Le féminin devient un espace de contrôle politique. Le voile, au-delà de sa dimension, fonctionne comme un marqueur de loyauté envers le régime. Les Iraniennes tombent le voile. Marcher dans les rues en portant un simple t-shirt constitue une forme de protestation. C’est un symbol non seulement de leur droit fondamental à la liberté d’expression, mais aussi leur combat pour la liberté vestimentaire.

    Selon les analyses publiées dans The Conversation, le pouvoir iranien perçoit cette désobéissance comme une menace existentielle. En effet, elle remet en cause le fondement idéologique de la République islamique, construite en partie sur la régulation des comportements féminins, ainsi qu’une interprétation des vers et sourates du Coran issue de son écriture au septième siècle de notre ère. (Crédits : La Presse canadienne/Darryl Dyck)

    Liberté, femmes, Iran

    Face à cette contestation, le régime développe une stratégie d’effacement. Il s’agit non seulement de punir, mais aussi de faire disparaître le mouvement, au même niveau des répressions ensanglantées — comme celle de 1988 — lors des différentes oppositions au régime. Le Guide suprême, l’ayatollah Khomeini, prend, en 1980, le contrôle total de la République islamique d’Iran servi par les gardiens de la révolution islamique. Face à l’acharnement du pouvoir en place, le peuple iranien se soulève.

    Amini, femmes, manifestation, révolte

    Malgré les efforts fournis, le mouvement « Femme, Vie, Liberté » n’a pas disparu. Il s’est transformé. La protestation ouverte dans les rues fait place à une résistance plus diffuse, inscrite dans les gestes quotidiens : le refus du voile, la présence dans l’espace public, la visibilité assumée.

    Selon plusieurs analyses, cette transformation marque une évolution profonde. La contestation ne repose plus uniquement sur des manifestations, mais sur une modification progressive des comportements sociaux. C’est une confrontation entre deux visions du pouvoir, entre deux temps dont l’un est révolu. D’un côté, un régime qui considère le contrôle des femmes comme de sa légitimité. De l’autre, une partie croissante du peuple iranien refuse cette assignation. Elles ne sont plus seulement des symboles dans ce conflit : elles en sont devenues les actrices principales. (Crédits : AFP)

    Depuis la mort de Mahsa Amini, la République islamique d’Iran se trouve confrontée à une contestation qui dépasse amplement la question du voile. Elle touche à la nature même du pouvoir, à la légitimité de Ali Hossaini Khamenei et ses 86 ans. Mais aussi à l’imposition de la vision du corps, de la liberté et de l’ordre social. Le mouvement « Femme, Vie, Liberté » incarne cette fracture. Et malgré la répression sanglante, il continue d’exister — non plus seulement comme un slogan, mais comme une transformation durable du rapport entre les femmes et l’autorité, le renouveau d’un peuple.

  • La Révolution des Œillets

    La Révolution des Œillets

    Il y a tout juste 50 ans que le Portugal s’est révolté. Le pays s’embrase le 25 avril 1974 à 5 h : « les chars ont pris position à Lisbonne ». Le coup d’État militaire renverse la dictature salazariste. Il est l’œuvre de jeunes capitaines comme Otelo Saraiva de Carvalho ou Ramalho Eanes. La télévision française annonce au journal de 13 h le renversement du pouvoir autoritaire. António de Oliveira Salazar abandonne le pouvoir en 1968. Marcelo Caetano désigné successeur ne sortira pas de ce bourbier.

    Dans un contexte européen tendu des années 1970, le Portugal se distingue par le régime de l’Estado Novo. La répression de la liberté d’expression, l’engagement militaire dans des guerres coloniales impopulaires sont un terreau fertile. L’ensemble nourrit un mécontentement croissant au sein de la population et des forces armées. Menée par le général Spínola, la junte militaire prend le pouvoir. La dictature est renversée par la Révolution des Œillets. Après près d’un demi-siècle d’un régime autoritaire, le pays aspire à l’ouverture.

    Un tournant démocratique

    Avant la révolution, le Portugal, sous l’Estado Novo de Salazar, subit une dictature rigide. Les libertés sont restreintes, le pays est dans un isolement économique. Les politiques de Salazar, marquées par une forte censure et un contrôle autoritaire, sont de plus en plus contestées face aux défis économiques et aux guerres coloniales coûteuses. À la fin des années 1950, le Portugal se voit contester sa souveraineté sur les derniers vestiges de son empire colonial, en Afrique et en Asie. « L’analyse du cas de Goa, première colonie réclamée au Portugal en février 1950 par l’Inde, demeure ainsi révélatrice des tensions du nouveau système international et du soutien dont a pu bénéficier jusqu’à la fin des années 1950 un petit pays colonialiste aux dépens d’une nation décolonisée. » 1

    bouquet-oeillet-rouge

    La perte de Goa entraîne celle des autres colonies portugaises d’Afrique (Mozambique, Angola, Cap Vert, Guinée-Bissau, Saint Tomé et Prince) et d’Asie (Macao et Timor) en encourageant leurs mouvements nationalistes.2

    En 1961, les indigènes en Angola entament leur combat pour l’indépendance. D’autres soulèvements apparaissent en Guinée et au Mozambique. De plus en plus de soldats sont envoyés pour réprimer la révolte.

    Pour le Portugal, peuplé de neuf millions d’habitants, le « maintien de l’ordre » en Afrique est une charge de plus en plus pesante. Elle représente plus d’un tiers du budget national, jusqu’à 35 %.

    (Crédits : Monika/Pixabay)


    Le service militaire dure quatre années. Beaucoup de jeunes hommes émigrent clandestinement en vue d’échapper au service militaire et d’obtenir à l’étranger, en France surtout, de meilleures conditions de vie. « L’opinion portugaise réclame une solution politique à la guerre. 280 000 pères, maris ou fils sont engagés dans le conflit. Les étudiants contestataires sont envoyés en Guinée, là où les combats sont les plus durs. »

    Une prise de pouvoir dans le calme

    Le 25 avril 1974, le Mouvement des Forces Armées (MFA) orchestre un coup d’État militaire. Il renverse le gouvernement de Marcelo Caetano. Préparé dans le plus grand secret, il bénéficie du soutien quasi immédiat de la population. Son nom la « Révolution des Œillets » est issu des fleurs arborées aux fusils de militaires. Elle met fin à la plus longue dictature en Europe,

    « Grândola, vila morena, Terra da Fraternidade, O povo é quem mais ordena Dentro de ti, ó cidade… »

    C’est un extrait de la chanson de José « Zeca » Afonso diffusée à minuit par la station catholique Rádio Renascença. Cette dernière est le signal choisi par les militaires du MFA pour lancer le putsch contre l’Estado Novo de Caetano.

    Il est environ 4 h 30 quand le poste de commandement du MFA demande à la population de rester chez elle. Le général Spínola reçoit la reddition de Marcelo Caetano. Il ne faut que quelques heures pour que la dictature soit enfin renversée. Après s’être réfugié à la caserne du Carmo, Caetano est escorté par des militaires du MFA vers l’aéroport, d’où il s’envole pour Madère. (Crédits : Philipp Weber/Pixabay)


    À Lisbonne, la foule est en liesse. Le putsch militaire devient révolution populaire. Les prisonniers politiques sont libérés. Le Portugal se couvre de rouge. Œillets à la main, les Lisboètes fêtent la liberté recouvrée.

    Une transition vers une démocratie

    Comme après toute bataille et libération, l’euphorie laisse la place à la reconstruction. Le général Spínola, « l’homme au monocle » est choisi pour exercer la charge de président de la République. Le 30 septembre 1974, le général Spínola démissionne. Il laisse la place à Francisco da Costa Gomes. Après une léthargie de 48 ans vient le temps de la reconstruction. Une année se passe quand se déroulent les premières élections libres de l’histoire portugaise, celle des députés. Ils sont chargés de rédiger la constitution. La participation flirte avec les 92 %. Le parti socialiste sort grand vainqueur avec près de 38 % des voix.

    Sauf que le MFA se considère comme le garant de la révolution. Il prend le pouvoir. Leur tour prend fin le 25 novembre 1975.

    Des unités parachutistes passent à l’action. Ce coup de force improvisé se brise aussitôt. Sous la direction du colonel Ramalho Eanes, l’état d’urgence, puis l’état de siège sont décrétés.

    Ce pétard mouillé clôt une révolution de dix-huit mois. Le MFA disparaît. Les politiques prennent les choses en main. Le 25 avril 1976, le PS est confirmé lors des élections législatives. Ils sont la première force politique.

    C’est au terme de deux élections législatives et une élection présidentielle que le pays s’apaise.

    (Crédits : Guilherme Ferreira/Pixabay)


    La dernière et première élection se déroule le 27 juin 1976. Elle est la première marche d’une toute jeune démocratie. Ramalho Eanes, le général modéré est élu président de la République dès le premier tour avec environ 62 % des voix. Depuis le 25 avril est jour férié, il est célébré comme « O dia da libertade ». L’avenue des Champs-Élysées qu’est l’avenue de la Liberté à Lisbonne se remplit de Portugais arborant un œillet rouge à la boutonnière.

    1. (Bègue, Sandrine. « “Orgueilleusement seuls” ? : la résistance coloniale portugaise à Goa (1955-1961) ») ↩︎
    2. (Bègue, Sandrine. « “Orgueilleusement seuls” ? : la résistance coloniale portugaise à Goa (1955-1961) ») ↩︎
  • Il court, il court, le furet (1re partie)

    Il court, il court, le furet (1re partie)

    Les comptines cachent souvent des histoires et légendes. Ces chers chérubins ne comprendront que bien plus tard, comme leurs parents, les messages sous-entendus ou dissimulés. Leurs faits se déroulent antérieurement au XXe. Il était un petit navire, dansons la capucine, le Bon Roi Dagobert, au clair de la lune, une souris verte, ne pleure pas Jeannette, ou encore c’est la Mère Michel… évoquent souvenirs pour différentes générations. Écrites au XVIIIe et XIXe siècle, connaissez-vous leurs significations ?

    Il s’agit de résister sans plier, il permet avec l’esprit du vaudeville de moquer le clergé, la cour du Roi, ou de témoigner d’une tranche de vie. « Dansons la capucine » s’inspire de la mélodie de la Carmagnole, qui n’est autre que le chant révolutionnaire fut composé en 1792 à la suite de la chute de Louis XVI. Cette ronde pour enfants vit le jour en 1868, puis revint en 1885. Elle raconte la différence entre les riches et pauvres. Ces derniers n’ont rien à perdre, car ils ne possèdent pas plus.

    Dansons la capucine
    Y'a du plaisir chez nous
    On pleur' chez la voisine
    On rit toujours chez nous
    Youh!

    Le dernier couplet, ci-dessus, évoquerait la maison de la voisine qui brûle. Le doute persiste sur la signification de la Capucine, et donc plusieurs hypothèses existent. Le gilet des ouvriers du Piémont, l’allusion à l’image des robes qui forment une capuche lorsqu’on s’accroupit à la fin de la ronde, ou encore l’anneau de métal qui relie le canon et le bois d’une arme à feu (Terme d’arquebusier), faisant référence aux canons de la Carmagnole.

    Le bon Roi Dagobert

    La chanson date de 1750. Elle évoque deux personnages historiques, Dagobert Ier, roi mérovingien, et Saint Éloi, son principal conseiller. Certaines paroles ridiculisent la royauté. « Le bon roi Dagobert a mis sa culotte à l’envers », est la plus connue.

    vitrail, scène, compte
    Comme dans « Les sucettes à l’anis », écris par Gainsbourg pour France Gall, ou « Moi… Lolita » interprétée par Alyzée, il n’est aucunement question de confiserie dans la première, mais de l’objet de convoitise de la même manière que dans la chanson écrite par Mylène Farmer. (Crédits : Dorothée Quennesson/Pixabay)

    Certaines paroles, datant de la période révolutionnaire, laissent à penser qu’ils cherchaient à moquer Louis XVI et Marie-Antoinette d’Autriche. La recette semble être parfaite que les royalistes reprirent la quinzième strophe au départ de Napoléon Ier à l’île d’Elbe.

    Au clair de la lune

    Tous connaissent l’ami Pierrot, et la légèreté de la plume. C’est bien là qu’il faut chercher, dans le double sens. Elle date du XVIIIe siècle. Un homme demande à Pierrot s’il a de la lumière, mais déjà au lit, il lui conseille d’aller voir la voisine. L’allégorie de la plume évoque la flamme, mais la plume et la chandelle sont deux symboles du sexe masculin. Quant à la métaphore du feu, elle évoque la passion et l’ardeur sexuelle.

    Lune, brouillard, image
    Le moyen de laisser entrevoir d’autre message au sein d’un texte est depuis tout temps légion. Dans le tube planétaire « One » du groupe U2, il ne s’agit pas à proprement parlé d’une ballade romantique. « C’est une chanson de rupture », expliquait Bono. (Crédits : DR)

    Ajouter « On bat le briquet » signifiant tirer un coup, et le « Lubin » qui n’est qu’un moine perverti, vous comprendrez aisément que la morale se devait de clore les débats avec « Mais je sais qu’la porte Sur eux se ferma… ». Dorénavant, le dernier couplet laisse votre imagination s’envoler.

    Il court, il court, le furet

    Au premier sens, il s’agit d’une contrepèterie. Inversez le « c » et le « f »… Vous y êtes ? À voir votre sourire et vos mimiques, oui ! Cela remonte aux années 1710-1720, durant l’épisode de la Régence. L’auteur marquait Dubois en deux mots, mais la chanson relie les syllabes.

    Il court, il court, le furet
    Le furet du bois, mesdames,
    Il court, il court, le furet
    Le furet du bois joli.

    Le pouvoir était exercé par Philippe d’Orléans, neveu de Louis XIV. Son principal conseiller était le cardinal Dubois, réputé pour son amour des Dames. Il s’agit d’une attaque contre la politique du régent et les méthodes de l’abbé Dubois auprès des dames de la cour pour se maintenir au pouvoir. D’autres comptines vous attendent.