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  • Quand faire le plein de carburant devient un luxe

    Quand faire le plein de carburant devient un luxe

    Le gouvernement français planche sur une baisse de la marge des distributeurs, stations-service indépendantes et supermarchés, pour un prix de vente coûtant. Quand l’Euro n’existait pas, le franc était courant, les consommateurs descendaient dans la rue dès que le prix augmentait de quelques centimes. Le mouvement des « Gilets Jaunes » eut sa genèse sur le prix des carburants. Depuis le conflit armé entre la Russie et l’Ukraine semble être le mal et origine de l’inflation selon les bruits de « radio moquette ».

    Remontons à l’après-Seconde Guerre mondiale, dans les années 1947-1948. La France est un pays ruiné par les années de guerre et d’occupation. Entre le plan Marshall et le plan Monnet, la France tente de se sortir d’une situation de ruine physique et morale. « Ce Plan représente un espoir… Il est en effet la garantie d’indépendance économique de la France », exprimait Jean Monnet en 1947.

    Des aides en dollars américains pour la reconstruction de la France. Mais qu’en est-il de cette manne financière que la France a dû régler ? D’autant que depuis ce temps la monnaie d’échange boursière est le dollar grace à l’Arabie Saoudite. Le cours de la bourse fluctue, notre monnaie varie, noter pouvoir d’achat également. (Crédits : INA/YouTube)

    « Les bas salaires et la misère, la crise du logement, la pénurie alimentaire […] faisaient le lot quotidien de la majeure partie du peuple français, et les slogans inscrits sur les pancartes des ouvriers en grèves en 1947 et 1948 réclamaient à juste titre du pain », écrit Gérard Bossuat1. De facto, cette image renvoie à l’époque où les Parisiens demandaient du pain au roi. En effet, l’année 1788, les conditions climatiques créent une crise alimentaire importante en France. Les mauvaises récoltes de 1789 accroissent le mal-être. C’est pourquoi le prix du pain augmente de manière drastique, tandis qu’à la cour de Louis XVI, les garnitures, les plats riches et raffinés étaient de mises.

    Le dollar, l’or et Nixon

    Depuis 1945, le dollar était la monnaie spéculative par excellence. Les États-Unis possédant le stock d’or le plus important au monde, à Fort Knox. Il représente trois quarts des réserves du monde entier (24,5 milliards de dollars). Fort de sa position, le pays de l’Oncle Sam s’était engagé à échanger des dollars contre de l’or jusqu’au 15 août 1971. Dans les années 1960, le stock en or ne suffit plus face aux dettes, la valeur boursière du dollar chute. Richard Nixon n’a d’autre choix que la dévaluation du dollar arrive, fin 1971 et taxe à 10 % les produits étrangers.

    Les premiers accords sont signés en 1973. L’Arabie Saoudite vend son pétrole en dollars américains. Depuis la bourse mondiale fixe à chaque instant le prix des échanges des monnaies et produits. La valeur de l’euro face au dollar joue sur le prix du litre de carburant à la pompe. (Crédits : climato-realistes)

    Le 17 octobre 1973, l’Organisation des pays arabes exportateurs de pétrole (OPAEP) annonçait la réduction de 5 % par mois son débit de pétrole, tant que les États-Unis ne souhaitaient pas changer leur politique au Moyen-Orient (Guerre du Kippour). La veille, l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole) annonçait une hausse de 17 % du prix du brut et un surplus de 70 % des taxes à l’ensemble des compagnies pétrolières.

    Dollar, Brent et conflit russo-géorgien

    Mardi 26 septembre 2023, la valeur du dollar a atteint de nouveaux sommets. La monnaie est soutenue par la Réserve fédérale américaine face à l’inflation. Face au Yen, à la Livre sterling ou à l’Euro, il s’échange à 149,19 yens pour une unité, 1,2168 pour une livre et 1,0570 pour un euro.

    2022Août100,60,99
    2022Septembre89,71,01
    2022Octobre93,31,02
    2022Novembre91,40,98
    2022Décembre81,00,94
    2023Janvier82,50,93
    2023Février82,80,93
    2023Mars78,40,93
    2023Avril84,70,91
    2023Mai75,60,92
    2023Juin74,80,92
    2023Juillet80,10,90
    2023Août86,10,92
    AnnéeMoisValeurDollar en Euro
    Cours des matières premières importées – Pétrole brut Brent (Londres) – Prix en dollars US par baril. Le prix des carburants ne sont pas égaux en Europe. (Crédits : INSEE, INSEE)

    Le record absolu du prix de baril de Brent s’effectuait en 2008, lors d’un conflit armé russo-géorgien. « La Crimée n’est pas un territoire contesté. Il n’y avait pas de conflit ethnique là-bas, contrairement à l’Ossétie du Sud et à la Géorgie. Et la Russie a depuis longtemps reconnu les frontières de l’Ukraine d’aujourd’hui. Nous avons essentiellement mis fin à nos discussions sur les frontières. Il s’agit de questions de démarcation, mais ce sont des choses techniques. Pour moi, la question d’objectifs similaires de la Russie envers l’Ukraine ressemble à une provocation », répondait Poutine au journaliste Thomas Roth.

    Monnaie, cours et taxes

    Le 11 juillet 2008, le prix du baril de Brent (159 litres de brut) atteignait le record historique de 147,50 dollars. À cet instant un euro s’échangeait contre 1,57 dollar. La correspondance en euro est de 93,95 pour un baril. Le litre de sans plomb 95 s’échangeait à 1,51 euro en juillet 2008, et 1,45 euro pour le litre de gazole, il y a 15 ans. Mercredi 27 septembre le baril clôturait à la bourse à 94,07 dollars, soit 88,80 euros.

    Tout produit manufacturé est assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée (TVA). Selon les calculs, prenons l’exemple du SP95 à 1,97 euro le litre, soit 12,92 francs pour les plus anciens. La TVA sur la TICPE est de 0,138 €, soit 7 %, 0,691 € pour la TICPE (35,07 %), la TVA sur le produit est de 19 cents d’euros, soit 9,65 %. Le coût de la distribution est de 11,73 %, soit 0,231 €, sans oublier le coût des certificats d’économie d’énergie pour 7,56 cents par litre, mais TTC. La cotation Rotterdam est de 72 cents.

    Selon le site WEB du gouvernement, « la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) de 20 % : elle s’applique sur la somme globale, TICPE comprise ». En France, les taxes comptent approximativement pour 60 % des prix de l’essence et du gazole à la pompe continue le site. (Crédits : UFIP)

    L’indication du coût des CEE, 7,56 cents d’Euros par litre TTC souligne une taxe, comme logiquement le prix de la distribution effectué par les chauffeurs. L’augmentation de la TICPE avait déclenché le mouvement des gilets jaunes, depuis elle n’a pas été augmentée. L’État explique que le prix des carburants est soumis à la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) de 20 % : elle s’applique sur la somme globale, TICPE comprise. Mais également que le coût du pétrole brut (soumis à la loi de l’offre et la demande, le prix est donc variable), les coûts de production, d’acheminement, le coût de fonctionnement et marges réalisées par le distributeur, les taxes spécifiques auxquelles sont soumis les carburants… Bref le prix réel est donc de 72 et 78 cts.

    1. L’aide américaine à la France après la seconde guerre mondiale. Gérard Bossuat
      Vingtième Siècle. Revue d’histoire Année 1986 9 pp. 17-36
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  • Il y a cent ans… la fièvre de l’huile

    Il y a cent ans… la fièvre de l’huile

    Certaines frénésies apparaissent lorsque l’être humain découvre une source de bénéfice, comme nous entendons parler de la fièvre de l’or. Le pétrole trouvé en Pennsylvanie le 19 juin 1922, rend selon les journaux, les populations atteintes par une fièvre étrange. L’or noir était déjà au centre des préoccupations, il y a un siècle. Une question sur ce sujet posée aux délégués durant de la conférence de Gènes, perturbaient tant ces derniers qu’ils en oublièrent l’interrogation principale : la « reconstruction de l’Europe ».

    Nous sommes dans une conjoncture ubuesque, les carburants les plus usités dépassent allégrement à la pompe le prix de deux euros le litre, sans que les Français disent mot. Ils semblent s’accommoder de pareille situation, comme s’ils ne pouvaient rien y faire. Les conversations entendues de couples aux caisses des supermarchés sont effrayantes, hésitant à se nourrir en délaissant des produits, ou calculer à dix euros près la marge pour pouvoir faire le plein « d’essence ». Heureusement qu’à compter du 1er avril 2022 « vous bénéficiez d’une remise de 15 ct d’Euro par litre » prise en charge par l’État, sauvé…

    Le 2 juin 2008, le prix du baril dépassait les 140 dollars, sauf que le taux de change métamorphosait la donne : le 11 juillet 2008, un euro s’échangeait ainsi contre 1,57 dollar. Soit le prix de l’unité à 93,63 €. Ce dimanche 19 juin 2022, un euro s’échange à 1,0495 dollars, le baril à 113,61 $, soit 108,25 € (à 9 h 14), quatorze euros de plus qu’en 2008. (Crédits : prixdubaril)

    Les comparaisons s’effectuent sur les réseaux sociaux, sur le coût de 2008 et celui de 2022. Les prix, à la pompe des stations-service, des produits pétroliers reflètent les évolutions de leurs différentes composantes (cours du pétrole brut, marge de raffinage, marge de transport-distribution, fiscalité). Le premier est issu de trois cours :

    • le Brent (brut de la mer du Nord), traité à l’ICE (InterContinental Exchange) de la bourse de Londres
    • le pétrole brut de type WTI (West Texas Intermediate), traité au Nymex de la bourse de New-York
    • le Dubaï au Moyen-Orient, traité à la bourse de Dubaï.
    Année20082010201220142016201820202022
    Pris le plus bas40,2573,6495,1662,5130,6957,3618,3886,51
    Prix le plus haut133,1991,47125,45111,8063,3181,0363,65117,25
    Moyenne annuelle96,9979,44111,6699,0243,5471,0541,75103,71
    Valeur d’échange d’un Euro0,63320,75530,77810,75390,90390,84770,87690,9130
    Pris du baril de Brent en dollar américain, et taux moyen de l’euro face au dollar américain (Crédits : Reuters/DGEC)

    La valeur fluctue d’année en année, tant par la demande que par la production. Mais également par la marge brute de raffinage, qui selon les chiffres du ministère de l’Écologie sont passés de 30 euros la tonne, en janvier 2022 à 140 au mois de mai. Tandis qu’elle ne dépassait jamais les 50 € depuis 2017 comment expliquer le prix ?

    Comment expliquer le prix ?

    Tout et son contraire sont entendus. Un commerçant, comme tout un chacun, a besoin de papier-monnaie pour vivre en ce bas monde, l’État en est un. L’écart entre le prix du produit au départ et celui que vous payez en caisse s’appelle en définitive taxe. Mais il faut différencier le produit revendu sans transformation de l’autre. Le premier connaît un prix fournisseur, qui est le prix d’achat hors taxe (HT). Le deuxième est le coût d’achat, qui est le prix d’achat plus les frais (exemple le transport). Puis le prix de vente HT, représente le coût d’achat auquel s’ajoute la marge. Enfin le prix toutes taxes comprises (TTC) qui reprend le prix de vente plus la taxe sur la valeur ajoutée (TVA).

    Le prix du carburant, qui est actuellement de 2,07 euros pour un litre de Gazole, ne dépend pas uniquement du prix du baril de Brent, mais de trois autres composantes : les marges de raffinage, de transport-distribution et la fiscalité. (Crédits : Ufip Énergies et mobilités)

    La différence entre celui qui est transformé, voire entièrement fabriqué est le prix de revient : somme des coûts d’achat HT des matières et produits entrant dans la composition du produit à vendre + main-d’œuvre + cotisation sociale + amortissements de l’outil industriel + frais de commercialisation. L’État français propose à tous de consulter des données sur les prix des carburants HT et TTC. Elles sont disponibles, sur le site commun du ministère de la transition écologique et de la cohésion des territoires, et du ministère de la transition énergétique.

    CarburantGazoleSuper SP85Super SP95-E10Super 98Superéthanol E85GPLc
    Prix HT1,11541,08451,07501,14110,59240,5821
    Prix TTC2,06942,13092,09602,19890,85280,8370
    Différence0,9541,04641,0211,05780,26040,2549
    Moyenne des prix pétroliers vendue à la pompe en France, pour les données du 10 juin 2022. (Crédits : Gouv)

    Deux taxes s’ajoutent au prix des carburants : la TICPE (qui inclut la « taxe carbone ») et la TVA (Taxe sur la valeur ajoutée). Elles représentent entre 50 et 60 % du prix des carburants, selon l’Union française des Industries pétrolières (Ufip). La taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE), anciennement TIPP est la plus importante. Elle représente à elle seule environ 40 % du coût du carburant à la pompe. De manière générale, la TICPE est redevable par les professionnels gérant la production, l’importation, le stockage ou les deux. La valeur de la taxe concernant le carburant est ensuite répercutée sur le prix du carburant. Depuis 2014, elle intègre la « composante carbone », qui doit financer la transition énergétique et aurait dû augmenter progressivement chaque année jusqu’en 2022.

    Face au mouvement dit des « gilets jaunes », le gouvernement l’a momentanément stoppé en la gelant en décembre 2018, comme ci-dessus. (Crédits : Capture d’écran du guide 2021 sur la fiscalité des énergies du ministère de la Transition écologique)

    Sur un litre de Super SP95-E10 à 2.13 €, la taxe de TICPE et la TVA totale représentent 1, 046 €. Sans la ristourne de 15 c €, le prix serait de 2.145 €. Dans cet exemple, la TICPE et sa TVA sont de 38,92 %. Le 10 juin 2022, Le Parlement européen a voté en faveur de l’interdiction, à partir de 2035, de la vente de véhicules neufs à moteur thermique, soit à essence ou au diesel. Les eurodéputés ont statué par 339 voix pour, 249 contre et 24 abstentions.

    « Sur le plan écologique, on peut difficilement dire que cela est une mauvaise chose. Cela va permettre d’éliminer la pollution en ville et réduire fortement les émissions de gaz à effet de serre. Aujourd’hui, 30 % des gaz à effet de serre proviennent de l’automobile. En revanche, cela est moins évident sur le plan économique et social. Basculer d’une technologie à une autre en si peu de temps ne sera pas évident », explique Luis Le Moyne, expert automobile et professeur à l’Institut Supérieur de L’Automobile et des Transports à Capital.

    Comment les déplacements s’effectueront-ils, au vu de la capacité des véhicules électriques ? La fabrication ? La pollution engendrée en amont ? Des sujets sur la transition dite écologique qui ne sont discutés, semble-t-il, nulle part. Seul (Crédits : Gerd Altmann/Pixabay)

    Imaginons que toute la planète passe à la voiture électrique, y aura-t-il assez d’énergie produite pour tous, alors que nous sommes incapables de la stocker ? Quel sera le prix du kilowattheure, quand nous roulerons tous à l’électrique ? Quand on voit le vote suisse du 16 juin 2022 indiquant que « le Conseil des États a balayé par 24 voix contre 8 la motion de Hansjörg Knecht (UDC/AG) qui aurait voulu modifier la loi sur l’énergie nucléaire afin de rendre à nouveau possible un jour la création de nouvelles centrales ». Qui la produira ? D’autant que les batteries au Lithium dont l’extraction pose des problèmes graves écologiquement. Des questions, auxquelles des réponses sont me semble-t-il, intéressantes et nécessaires.