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  • Rien ne se passe comme prévu… (épis. 9/46)

    Rien ne se passe comme prévu… (épis. 9/46)

    Dimanche 10 décembre : « aujourd’hui n’aura pas été la plus exceptionnelle des journées du voyage », le ton est donné. La levée du corps est à 7 h 15, l’aventurier connaît l’heure d’arrivée de l’avion, dans exactement quarante-cinq minutes, sauf que… il patiente 30 min pour que Jen, le voisin de Shelley et Peter, vienne le chercher dans sa cabane, faite de briques et de brocs. Il lui annonce que l’aéronef ne peut pas atterrir à Port Stephens, sans la sécurisation de la piste. Les habitants s’affairent auprès des moutons.

    Jen a un fort accent et parle très vite, j’ai du mal à le comprendre sourit Flavien. Ce qui est sûr est que mon avion ne peut pas se poser à Port Stephens. « Il semble froid », remarque Flavien. Mais lui propose de discuter autour d’un bon café. Il grimpe dans la JEEP, et les voilà partis en direction de Hill Cove Point, « ma cabane était à Hill Cove Top ». Le settlement est divisé en deux « bourgs ». Durant le trajet, il apprend que personne ne vit dans le Top, « j’étais le seul à dormir sans ce patelin ».

    Seul au monde

    Arrivée à bon port, « je rencontre sa femme dont j’ignore toujours le prénom… » Nous contactons à de nombreuses reprises la FIGAS et Ann, la vieille dame qui doit m’accueillir a Port Stephens. Aucune solution aéroportée n’est trouvée. Jen suggère de m’amener en 4×4. Il faut traverser West Falklands du Nord au Sud, ce qui représente trois heures de trajet. « Il ne peut pas aujourd’hui, mais me propose demain ».

    Lui qui paraissait si froid semble sourire désormais. Je ne suis pas contre, mais ça lui fait 6 h de route aller et retour pense tout haut Flavien. Ça a l’air lui faire plaisir, il dit qu’il verra la nouvelle piste qui a été créée. « Après avoir calculé avec sa femme, il ne semble pas avoir été à Port Stephens depuis 14 ans ! »

    « Ça va me coûter cher de lui payer le gasoil ». Après tout c’est l’occasion de visiter l’archipel d’une autre manière, qui dans les deux cas n’est pas décarbonée. Et puis ce n’est qu’à Port Stephens que l’on peut observer Plantago moorei et Nastanthus falklandicus dans le monde !

    Pour le retour, je semble avoir compris qu’un médecin repart de Port Stephens en direction de Stanley, la capitale, mardi ou mercredi, ça me va. Je ne crois plus que ces dates soient respectées, « rien de ne se passe comme prévu ». Mon avion pour la Patagonie est annoncé samedi. Le timing est assez large. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Pendant ce temps il déguste son thé. Avant que Jen le ramène à son palace, pardon sa cabane, Flavien demande à utiliser leurs toilettes. « Je n’ai plus d’eau et mon PQ est trempé avec l’humidité de ces derniers jours », martèle-t-il. L’oubli de renfermer le papier hygiénique dans un sac étanche se paye cash. Le plein de la gourde effectué, les deux hommes prennent le chemin du retour. Jen lui montre comment accéder à la forêt plantée dans le bourg du haut, c’est une des seules attractions « touristiques » du secteur. « J’irai y faire un tour quelques heures plus tard. »

    Des arbres plantés il y a près de 80 ans

    « Je suis impressionné par la grandeur des arbres ». Selon les dires de son épouse, ces centaines, voire peut-être des milliers d’individus ont été plantés durant les années 40 et 50. Ce sont principalement des épicéas, des peupliers et des pins. Les premiers étant décimés par les scolytes. « Bien entendu, je ne comprends pas qu’on puisse faire d’une espèce exotique une attraction », souffle l’aventurier. Pour éviter une frustration, il se tait.

    Rentré dans sa cabane, et après s’être restauré, il s’offre une sieste. Le temps, jusque là brumeux semble s’éclaircir sur le littoral. « C’est le moment d’aller voir la petite colonie de cormorans impériaux sur l’ancien ponton du village. » Faire d’une pierre deux coups !

    « Cela fait bientôt quatre jours que je ne me suis pas douché et avec l’humidité ambiante ce n’est pas agréable de se sentir moite », observe Flavien. Il positionne son sac sur son dos et le voilà parti pour Hill Cove Point, à seulement 2 km de marche. Après une heure passée à observer la colonie sur le ponton, direction la maison de Jen. L’objectif de pouvoir, s’ils le permettent, prendre une douche.

    « Des agneaux élevés dans leur jardin sont plus vifs que moi. Les voilà qui rentrent avec moi dans la maison. Une scène marrante pour les remettre à l’extérieur… »

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    La délivrance lorsqu’ils acceptent volontiers que je prenne une douche. Ils semblent gênés par le fait que leur douche ne soit pas propre. « S’ils savaient à quel point je m’en fiche. De l’eau chaude c’est tout ce qui m’importe ! »

    Flageolets, pâtes et cartes postales

    Une discussion d’une quinzaine de minutes, Jen propose de me ramener : « quelle bonne idée ! » À peine de retour à la cabane, il se met à pleuvoir des cordes. « J’en profite pour commencer à écrire quelques cartes postales que j’ai achetées sur New Island. Je ferai cuire quelques flageolets avec des pâtes ». La nourriture commence à manquer, j’espère que l’on croisera une supérette demain soupire-t-il.

    Rien n’est sûr ! Jen indique qu’on trouvera une station essence sur la route, alors pourquoi pas. Le repas terminé « je profite d’une éclaircie pour aller traîner sur la plage de galets à quelques centaines de mètres de là ». Bientôt trois semaines qu’il est parti, c’est l’occasion de faire un point sur son voyage.

    Demain, lundi 11 décembre et 21e jours d’aventure, Jen récupère Flavien dès 7 h. Ce soir, il ne tarde pas à rejoindre Morphée. Levé dès potron-minet, soit à 6 h, « j’ai une heure pour me préparer. Je suis large », se réjouit-il.

    C’était sans compter sur les 15 minutes d’avance de Jen… Me voilà à devoir quitter ma cabane à la va-vite. Je monte dans le pick-up et nous voilà partis pour 2 h 15 de route finalement.

    Le temps est pluvieux. Quand la brume se dissipe, l’observation de paysages dénudés et d’interminables lignes droites s’offrent à Flavien. Chose intéressante, l’essence ne coûte que 80 centimes ici… (Crédits : Flavien Saboureau)

    « Nous arrivons à Port Stephens vers 9 h 15 après 84 miles de piste. Je commençais à avoir mal à l’arrière-train, il était tant d’arriver », s’amuse Flavien. Après avoir donné 60 £ à Jen, c’est l’heure de rencontrer Ann, 83 ans, qui avec son mari sont propriétaires de la ferme depuis de nombreuses années.

    Le luxe de dormir dans une vraie chambre

    L’avion du retour est prévu demain, alors direction le terrain. « Avant de parcourir les 5 km qui séparent le settlement de la côte, où je suis censé trouver les plantes, je prendrais un thé. » Il patiente quelques dizaines de minutes, que la pluie cesse. Flavien s’équipe : coupe-vent, ciré, sursac, pantalon de pluie, guêtres et chaussures goretex… « Je ne peux être plus waterproof… » Parti sous la bruine, la pluie se remet à tomber 30 minutes plus tard. « Je me fais une raison. Je ne resterais pas sec toute la journée. Il m’a fallu plus d’une heure pour trouver la première plante, heure fatale à l’étanchéité de mon équipement. »

    Au bord d’une falaise, un rocher en porte à faux lui sert d’abri pour faire chauffer son déjeuner : le dernier sachet de fondue savoyarde déshydraté. « Je prends la direction du Nord, par les pertes escarpées du Stephens Peak et tomberai sur quelques coussins du plantain de Moore, l’une des plantes les plus rares de notre planète. »

    Une centaine de clichés plus tard, il continue son chemin. « Dans la baie que je surplombe, j’observe une grande colonie de Papous. » Sans le téléobjectif par peur de le détériorer avec ce temps, il fait quelques photos de la colonie avec le macro. « Les poussins sont particulièrement bien portants ici, ils grandissent incroyablement vite… » Quelques manchots royaux sur œufs se mélangent dans la colonie. Il reste quelques dizaines de minutes, mais à bientôt 16 h, il se résigne à rentrer. Le temps ne s’est pas arrangé. Trempé depuis quelques heures « il commence à sérieusement cailler ». (Crédits : Nastanthus falklandicus/Flavien Saboureau)

    Vu le temps, Ann m’offre une chambre et de quoi prendre une douche. Plus tard nous prendrons le repas et « je suis surpris de voir que nous sommes dix à manger ! » Des jeunes venus du Chili, d’Afrique du Sud et d’Angleterre sont là pour tondre les moutons et sont affamés. « Ann nous sert un repas comme je n’en ai pas vu depuis longtemps, avec une incroyable quantité de nourriture (il ne faut pas être végétarien par contre). La peau du ventre bien tendue j’irai me coucher après avoir aidé Ann à faire la vaisselle, tous s’étant évaporés. » À suivre…

  • Se retrouver dans de beaux draps

    Se retrouver dans de beaux draps

    Dans le Paris des années 20, un homme déambulait après avoir dormi plusieurs années à l’ombre du soleil. Tentant de subvenir à ses besoins, il réalisait de menus larcins. Alors qu’il tentait de vider l’ensemble des troncs comme Bourvil dans le film « Un drôle de paroissien », il fut surpris. Il décida de prendre la poudre d’escampette et dévala quatre à quatre les marches de la Basilique du Sacré-Cœur. Pendant ce temps, sa complice détroussait les spectateurs de l’Opéra Garnier.

    C’est un samedi ordinaire à Berd’huis. La pluie s’est enfin arrêtée, ce qui permettait à la préfecture d’Eure-et-Loir de lever la vigilance jaune pour risque de crue. L’Huisne pouvait enfin dégonfler. Pendant que le marché battait son plein à Nogent, M Sépa Phot retrouvait ses complices et compères au café. Il décidait de raconter sa dernière lubie. Il attendait surtout des encouragements. Après avoir exposé son projet d’écriture, ses complices répondirent collégialement : « après tout si tu en as envie, fais-le ». Ravi, il plongea ses amis dans le Paris des années 1920, tout en mélangeant anecdotes et expressions.

    Les poches pleines, Léon décidait de se faire un dernier tronc, mais sa délicatesse légendaire attirait le curé. Ni une, ni deux, il s’enfuît et ne demanda pas son reste. Prenant le bois, il dévala les marches. La Basilique du Sacré-Cœur s’éloignait peu à peu à mesure qu’il arrivait à Montmartre. Léon Marceau dit « le Mécano » pressait le pas pour rejoindre sa complice. Il continuait de battre le pavé parisien jusqu’à l’Opéra Garnier, un périple de près de 5 kilomètres. Guidé par la lueur des lampes à incandescence, il aperçut une quadrilette Type 172. Pressé par le temps et flambeur dans l’âme, il montait dans l’un des 13 000 taxis parisiens. Une folie, car peu de personnes pouvaient s’offrir ce luxe.

    Arrivant après quelques minutes, la séance de cinéma venait à peine de pendre fin, une nuée de personnes sortait, les uns plus chics que les autres. (Crédits : Michelle_Raponi/Pixabay)

    Le tout Paris s’était pressé pour cette première à l’Opéra : la projection du film d’aventure historique « Le Miracle des loups » de Raymond Bernard. Léon lorgnait sur la foule, tenant d’apercevoir sa chère complice Carmen. Endimanchée, elle avait pu assister à cette représentation et ainsi détrousser de nombreux bourgeois et bourgeoises.

    Se faire un bœuf

    Fort de leurs poches pleines de francs et de sous, les deux tourtereaux commencèrent à marcher parmi les badauds. De la rue Auber, ils se dirigeaient vers le théâtre des Mathurins et renoncèrent à détrousser plus, le bruit des pièces attirait déjà les regards inquisiteurs. Ils se détournaient par la rue de l’Arcade pour se rendre à l’église de la Madeleine. Attirés par une musique entraînante, ils se détournent vers le 28 de la rue Boissy d’Anglas, dans le 8e arrondissement : à La Gaya.

    Ce bar fut fondé le 10 janvier 1922 par l’Américain Louis Moyses, le cabaret était connu pour ses envolées et musiques. Il fut aussi le repère de Jean Cocteau et l’intelligentsia parisienne. De nombreux déménagements et la popularité du cercle de Jean Cocteau rendirent célèbre ce lieu. Il partit du 17 rue Duphot au 28 rue Boissy-d’Anglas.

    Les curieux viennent découvrir le jazz, comme Léon et Carmen s’enchantaient. Les musiciens se regroupaient pour des jam-sessions nocturnes. Ces concerts improvisés, la fréquentation d’artistes, l’effervescence parisienne

    Et c’est ainsi que naquit l’expression « faire un bœuf », un héritage de ces nuits étoilées et de l’âge d’or du jazz amené par un Américain à Paris. (Crédits : SeppH/Pixabay)

    Désormais lorsque vous ferez un bœuf entre amis, entre inconnus, dans un piano-bar, sur une place au détour d’une rue, ou sur une plage l’été… vous pourrez aisément vous imaginer au « Bœuf sur le toit » entouré de tous ses artistes et talents des années 20.

    Se retrouver dans de beaux draps

    Pour jouer aux gendarmes et aux voleurs, il faut des voleurs et des… gendarmes. De passage dans la capitale, le gendarme Zacharie Stéphen se trouvait dépourvu face au jeune couple qui dépensait sans compter. Le Dijonnais sentait la moutarde lui monter au nez. Il faut dire qu’il avait assisté au film à l’Opéra Garnier quelques minutes auparavant. L’accoutrement que chacun portait ressemblait plus à un déguisement, ou comment détourner l’attention tel un magicien.

    Prétextant commander un verre il se plaça entre les deux compères. L’odeur de l’argent facile titillait les narines de Carmen. Elle glissa délicatement sa main dans le veston d’Arsène… et tomba non pas sur sa bourse, mais sur une carte identité accompagnée d’une photo en tenue d’officier de gendarmerie.

    Prise la main dans le sac, le Bourguignon répliqua fièrement « vous êtes dans de beaux draps ! ». Carmen tentait de se sortir de ce mauvais pas avant que n’intervienne Léon.

    Une tentative de détournement du Mécano laissa sans voix le gendarme. Habitué à entendre des excuses les plus farfelues les unes que les autres, il tomba sous le charme.

    (Crédits : 12019/Pixabay)

    N’ayant que des soupçons, n’étant pas de service, et la finesse du langage le laissa circonspect ou presque. « Je vous remercie, c’est très intéressant. Mais cette photo de moi se trouve en possession de votre amie, me semble-t-il ». Prit la main dans la photo, il ne put qu’assumer, ce qui plut immédiatement à l’officier. Les draps au moyen-âge devenait plus tard des tailleur d’habits, alors les vêtements étaient des draps.

    L’opprobre était jeté sur lesdites personnes. Mettre donc une personne dans de beaux draps blancs signifiait le critiquer. Au début du XVIIIe siècle, le qualificatif blanc disparaît, mais le sens est resté le même. « Revenons à nos moutons, si vous le voulez bien », martèle Zacharie.

    L’expression « revenir à nos moutons » vous amène au mouton de Panurge au sein de l’œuvre de Rabelais, Pantagruel ? La moquerie du marchand à Panurge, si bien que ce dernier achète le plus beau, le plus fort et le plus cher. Puis il le jette dans la mer. Tous suivent, le marchand qui s’accrochant à une toison est lui aussi emporté, et se noie. L’expression « les moutons de Panurge » désigne les gens qui suivent les autres sans réfléchir.

    (Crédits : congerdesign/Pixabay)

    Vous y êtes presque ! Un peu plus tôt dans le temps. Une comédie du milieu du XVe siècle, entre 1456-1460. L’intitulé de la pièce de théâtre est « La farce de maître Pathelin ». Bien sûr, Pathelin n’a rien à voir avec le patelin, comme lieu perdue dans la pampa. L’histoire de cette pièce évoque les frasques d’un avocat douteux Me pierre Pathelin. Celui-ci a acheté du drap à crédit au marchand Guillaume Joceaulme.

    Revenons à nos moutons

    Le marchand tente en vain de récupérer son drap, dû aux comédies successives de l’avocat qui feint tour à tour la maladie, la folie et la mort prochaine. Une seule intrigue ne suffirait. Alors le berger Thibault l’Agnelet demande à Maître Pathelin de le défendre, car il a tué des brebis, prétextant la maladie. Or, le propriétaire des brebis n’est autre que… le marchand Joceaulme. L’origine de l’expression est issue de la scène du jugement.

    Le marchand mêle les deux affaires, embrouillant tout. Il passe tour à tour du drap aux moutons, et des moutons au drap. Le magistrat, qui ne comprend plus rien, répète sans cesse : « mais revenons à nos moutons ».

    « De par le diable, vous bavez !
    Eh ! Ne savez-vous revenir
    Au sujet, sans entretenir
    La cour de telle baveries ?
    Sus, revenons à ces moutons !
    Qu’en fut-il ?
    »

    « D’ailleurs, nos tourtereaux ont profité de ces explications pour s’évaporer », ajoute Zacharie. (Crédits : Kai Reschke/Pixabay)