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  • Damoclès, Murphy et Ménière entrent dans un bar…

    Damoclès, Murphy et Ménière entrent dans un bar…

    Alors que les vacances de Pâques profitent aux écoliers en France, le futur des lycéens se rapproche. Les épreuves du baccalauréat, cru 2025, accroissent la pression et santé mentale des prochains étudiants, une épée de Damoclès flotte au-dessus d’eux. L’expression est connue des plus anciens, comme Sépa Phot. Mais la célébration du percent le 21 mars dernier, annonce que les examens du bac sont ligne de mire. Pour autant avant d’être pris de vertiges à la proclamation des résultats, l’attente est tel le temps, relatif.

    Les vacances de Pâques, dont le fameux lundi est l’occasion de parcourir jardin, ou tous lieux sur lesquels les cloches sont passées déposer les friandises. Si à Berd’huis les enfants sont grands, les œufs en chocolat se trouvent désormais sur la table. Puis machinalement, le téléviseur s’allume. « Un sentiment de vertige atteint la communauté catholique », pose Sépa Phot. Le cœur du Pape François s’est arrêté, l’annonce de son décès est sur toutes les chaînes, tandis que la place Saint-Pierre, au Vatican, se remplit.

    Trois patronymes, un destin ou presque

    Si vous vous êtes déjà senti comme un funambule en tongs, poursuivi par une enclume au-dessus d’un précipice, un plantage de PC au moment de sauvegarder votre mémoire à rendre demain matin, ou subir un vertige sorti de nulle part… alors vous connaissez Damoclès, Murphy et Ménière. Peut-être pas personnellement, mais leurs œuvres, sûrement.

    Damoclès est dans la mythologie grecque, un courtisan trop zélé. Il vit sous le règne du tyran de Syracuse, Denys l’Ancien (430-367 av. J.-C.). Il vante, tel un chargé de communication, les bienfaits de la richesse du tyran. Avec un soupçon de jalousie, il martèle que ces richesses peuvent offrir à Denys, tout le bonheur du monde.

    Denys, affichant un rictus à faire frémir Machiavel, propose à Damoclès de siéger à sa place, un instant. Or, tapis orné d’or, parfums, mets fins, douce musique, personnel… sont à la disposition de Damoclès.

    Il se réjouit, lorsqu’un glaive est suspendu au-dessus de sa tête, maintenu par un simple crin de cheval. La puissance parait séduisante, mais elle s’accompagne régulièrement d’une menace permanente. (Crédits : Gratisography/Pexels)

    Souvent le stress est associé à une échéance, un danger qui impacte votre emploi, votre futur, votre situation financière… vous avez une épée de Damoclès. Comme explique Vincent Cassel dans l’émission Hot Ones présentée par Kyan Khojandi : « […] J’ai dépensé beaucoup trop d’énergie à stresser. […] Tant que les problèmes ne sont pas là, je ne m’en inquiète pas. On stresse beaucoup trop pour des choses qui n’en valent pas la peine. »

    Quand le pessimiste avait raison

    Votre ordinateur plante pile au moment où vous devez envoyer le rapport crucial. Votre tartine beurrée tombe… côté beurre, bien sûr. Votre train part deux minutes avant votre arrivée. La file à la caisse de supermarché n’avance que lorsque vous décidez d’en changer. Est-ce de la malchance ? Ou bien le fameux Murphy, planqué quelque part, qui rigole dans sa moustache ? Tout ce qui peut foirer… foirera. Et forcément c’est le vendredi à dix-sept heures, tout juste passées d’une minute, avant de partir en vacances que cela vous arrive.

    Née dans les années 40, la loi dite de Murphy se définit par ce qui suit : « S’il y a plus d’une façon de faire quelque chose, et que l’une d’elles conduit à un désastre, alors il y aura quelqu’un pour le faire de cette façon. »

    L’inventeur de cette loi est Edward A. Murphy, Jr., un ingénieur de l’U.S. Air Force. En 1947, il participe à une expérience dont le but est de tester la tolérance de l’être humain à la décélération (Projet MX981). Un jour, son assistant installe 16 capteurs à l’envers, ce qui rend nul le test.

    Sur un malentendu…

    Il s’en suit deux interprétations :

    • « Si ça peut mal tourner, ça tournera mal. »
    • « S’il y a plus d’une façon de faire, et que l’une d’elles mène au désastre, il y aura toujours quelqu’un pour la concrétiser. »

    Ainsi la « loi de Finagle des effets négatifs de la dynamique » est popularisée par l’auteur de science-fiction Larry Niven. Elle est connue parfois telle que : « tout ce qui est susceptible de mal tourner, tournera mal, et au pire moment ».

    Ce qui donne des exemples croustillants. Il pleut le jour tu oublies le parapluie que tu as trimballé tous les autres nycthémères de la semaine. Loi de la compatibilité matérielle indique que la probabilité qu’un périphérique donné soit compatible avec un PC est inversement proportionnelle au besoin urgent de se servir de ce périphérique. Cocasse, tu croises ton ex, à chaque fois que tu es en jogging du dimanche, pas lavé, fatigué, et cette personne rayonne sur tous les domaines. (Crédits : Alex P/Pexels)

    La cerise sur le gâteau est quand tu es en retard. Tout s’aligne… L’ensemble des feux sont rouges, un tracteur vous devance, des travaux commencent, et un troupeau de moutons vient de s’échapper de son champ… La tendance d’un objet à tomber est directement proportionnelle à sa valeur (Deuxième loi de la gravité sélective). Un bug ne se manifeste jamais quand le développeur est présent, disponible. Mais dans les cas contraires, c’est un festival. Car le logiciel qui réputé sans bogue… ne l’est pas vraiment (Loi du Titanic). Si tout ce qui peut foirer… foirera, alors tout ce qui peut réussir… réussira.

    Le syndrome de Ménière

    Quand votre oreille interne n’en fait qu’à sa tête. Vous venez de terminer le repas de Pâques e famille. Cous êtes tranquille, tout va bien… puis le sol tangue, votre estomac se retourne et se retourne, vous ne supportez pas la lumière, tout se met à tourner… mais pas de manière poétique ni romantique. Bienvenue dans le monde, un peu fou, de Ménière.

    Cette maladie se caractérise par des crises de vertiges soudains, des acouphènes, une sensation de pression dans l’oreille, et parfois une perte auditive. Rien de très glamour, car elle est accompagnée par des nausées et vomissements. La cause, qui pour des raisons, reste inconnue, est un déséquilibre des liquides contenus dans l’oreille interne.

    Les « vertiges de Ménière » deviennent alors une image contemporaine et métaphorique de la société : fatigue mentale, saturation sensorielle et émotionnelle, journée de 48 heures…

    Voici la version 2.0 du « mal de vivre » : un déséquilibre diffus entre ce que l’on perçoit et ce que l’on ressent. Tout semble normal autour, mais dedans, c’est un manège infernal. (Crédits : Loe Moshkovska/Pexels)

    La perte de repères n’est pas qu’une affaire médicale : c’est aussi une question existentielle. Si l’oisiveté est la mère de tous les vices, le lâcher-prise peut être salutaire. Et si nous reprenions le contrôle du scénario ? L’épée, vous pouvez la raccrocher. Murphy ? Invitez-le au café, mais surtout pas à la réunion ni au lancement. Ménière ? Offrez-lui une pause. Mais surtout… continuez à lire, rire, chanter, courir, respirer… donc vivre.

  • Se retrouver dans de beaux draps

    Se retrouver dans de beaux draps

    Dans le Paris des années 20, un homme déambulait après avoir dormi plusieurs années à l’ombre du soleil. Tentant de subvenir à ses besoins, il réalisait de menus larcins. Alors qu’il tentait de vider l’ensemble des troncs comme Bourvil dans le film « Un drôle de paroissien », il fut surpris. Il décida de prendre la poudre d’escampette et dévala quatre à quatre les marches de la Basilique du Sacré-Cœur. Pendant ce temps, sa complice détroussait les spectateurs de l’Opéra Garnier.

    C’est un samedi ordinaire à Berd’huis. La pluie s’est enfin arrêtée, ce qui permettait à la préfecture d’Eure-et-Loir de lever la vigilance jaune pour risque de crue. L’Huisne pouvait enfin dégonfler. Pendant que le marché battait son plein à Nogent, M Sépa Phot retrouvait ses complices et compères au café. Il décidait de raconter sa dernière lubie. Il attendait surtout des encouragements. Après avoir exposé son projet d’écriture, ses complices répondirent collégialement : « après tout si tu en as envie, fais-le ». Ravi, il plongea ses amis dans le Paris des années 1920, tout en mélangeant anecdotes et expressions.

    Les poches pleines, Léon décidait de se faire un dernier tronc, mais sa délicatesse légendaire attirait le curé. Ni une, ni deux, il s’enfuît et ne demanda pas son reste. Prenant le bois, il dévala les marches. La Basilique du Sacré-Cœur s’éloignait peu à peu à mesure qu’il arrivait à Montmartre. Léon Marceau dit « le Mécano » pressait le pas pour rejoindre sa complice. Il continuait de battre le pavé parisien jusqu’à l’Opéra Garnier, un périple de près de 5 kilomètres. Guidé par la lueur des lampes à incandescence, il aperçut une quadrilette Type 172. Pressé par le temps et flambeur dans l’âme, il montait dans l’un des 13 000 taxis parisiens. Une folie, car peu de personnes pouvaient s’offrir ce luxe.

    Arrivant après quelques minutes, la séance de cinéma venait à peine de pendre fin, une nuée de personnes sortait, les uns plus chics que les autres. (Crédits : Michelle_Raponi/Pixabay)

    Le tout Paris s’était pressé pour cette première à l’Opéra : la projection du film d’aventure historique « Le Miracle des loups » de Raymond Bernard. Léon lorgnait sur la foule, tenant d’apercevoir sa chère complice Carmen. Endimanchée, elle avait pu assister à cette représentation et ainsi détrousser de nombreux bourgeois et bourgeoises.

    Se faire un bœuf

    Fort de leurs poches pleines de francs et de sous, les deux tourtereaux commencèrent à marcher parmi les badauds. De la rue Auber, ils se dirigeaient vers le théâtre des Mathurins et renoncèrent à détrousser plus, le bruit des pièces attirait déjà les regards inquisiteurs. Ils se détournaient par la rue de l’Arcade pour se rendre à l’église de la Madeleine. Attirés par une musique entraînante, ils se détournent vers le 28 de la rue Boissy d’Anglas, dans le 8e arrondissement : à La Gaya.

    Ce bar fut fondé le 10 janvier 1922 par l’Américain Louis Moyses, le cabaret était connu pour ses envolées et musiques. Il fut aussi le repère de Jean Cocteau et l’intelligentsia parisienne. De nombreux déménagements et la popularité du cercle de Jean Cocteau rendirent célèbre ce lieu. Il partit du 17 rue Duphot au 28 rue Boissy-d’Anglas.

    Les curieux viennent découvrir le jazz, comme Léon et Carmen s’enchantaient. Les musiciens se regroupaient pour des jam-sessions nocturnes. Ces concerts improvisés, la fréquentation d’artistes, l’effervescence parisienne

    Et c’est ainsi que naquit l’expression « faire un bœuf », un héritage de ces nuits étoilées et de l’âge d’or du jazz amené par un Américain à Paris. (Crédits : SeppH/Pixabay)

    Désormais lorsque vous ferez un bœuf entre amis, entre inconnus, dans un piano-bar, sur une place au détour d’une rue, ou sur une plage l’été… vous pourrez aisément vous imaginer au « Bœuf sur le toit » entouré de tous ses artistes et talents des années 20.

    Se retrouver dans de beaux draps

    Pour jouer aux gendarmes et aux voleurs, il faut des voleurs et des… gendarmes. De passage dans la capitale, le gendarme Zacharie Stéphen se trouvait dépourvu face au jeune couple qui dépensait sans compter. Le Dijonnais sentait la moutarde lui monter au nez. Il faut dire qu’il avait assisté au film à l’Opéra Garnier quelques minutes auparavant. L’accoutrement que chacun portait ressemblait plus à un déguisement, ou comment détourner l’attention tel un magicien.

    Prétextant commander un verre il se plaça entre les deux compères. L’odeur de l’argent facile titillait les narines de Carmen. Elle glissa délicatement sa main dans le veston d’Arsène… et tomba non pas sur sa bourse, mais sur une carte identité accompagnée d’une photo en tenue d’officier de gendarmerie.

    Prise la main dans le sac, le Bourguignon répliqua fièrement « vous êtes dans de beaux draps ! ». Carmen tentait de se sortir de ce mauvais pas avant que n’intervienne Léon.

    Une tentative de détournement du Mécano laissa sans voix le gendarme. Habitué à entendre des excuses les plus farfelues les unes que les autres, il tomba sous le charme.

    (Crédits : 12019/Pixabay)

    N’ayant que des soupçons, n’étant pas de service, et la finesse du langage le laissa circonspect ou presque. « Je vous remercie, c’est très intéressant. Mais cette photo de moi se trouve en possession de votre amie, me semble-t-il ». Prit la main dans la photo, il ne put qu’assumer, ce qui plut immédiatement à l’officier. Les draps au moyen-âge devenait plus tard des tailleur d’habits, alors les vêtements étaient des draps.

    L’opprobre était jeté sur lesdites personnes. Mettre donc une personne dans de beaux draps blancs signifiait le critiquer. Au début du XVIIIe siècle, le qualificatif blanc disparaît, mais le sens est resté le même. « Revenons à nos moutons, si vous le voulez bien », martèle Zacharie.

    L’expression « revenir à nos moutons » vous amène au mouton de Panurge au sein de l’œuvre de Rabelais, Pantagruel ? La moquerie du marchand à Panurge, si bien que ce dernier achète le plus beau, le plus fort et le plus cher. Puis il le jette dans la mer. Tous suivent, le marchand qui s’accrochant à une toison est lui aussi emporté, et se noie. L’expression « les moutons de Panurge » désigne les gens qui suivent les autres sans réfléchir.

    (Crédits : congerdesign/Pixabay)

    Vous y êtes presque ! Un peu plus tôt dans le temps. Une comédie du milieu du XVe siècle, entre 1456-1460. L’intitulé de la pièce de théâtre est « La farce de maître Pathelin ». Bien sûr, Pathelin n’a rien à voir avec le patelin, comme lieu perdue dans la pampa. L’histoire de cette pièce évoque les frasques d’un avocat douteux Me pierre Pathelin. Celui-ci a acheté du drap à crédit au marchand Guillaume Joceaulme.

    Revenons à nos moutons

    Le marchand tente en vain de récupérer son drap, dû aux comédies successives de l’avocat qui feint tour à tour la maladie, la folie et la mort prochaine. Une seule intrigue ne suffirait. Alors le berger Thibault l’Agnelet demande à Maître Pathelin de le défendre, car il a tué des brebis, prétextant la maladie. Or, le propriétaire des brebis n’est autre que… le marchand Joceaulme. L’origine de l’expression est issue de la scène du jugement.

    Le marchand mêle les deux affaires, embrouillant tout. Il passe tour à tour du drap aux moutons, et des moutons au drap. Le magistrat, qui ne comprend plus rien, répète sans cesse : « mais revenons à nos moutons ».

    « De par le diable, vous bavez !
    Eh ! Ne savez-vous revenir
    Au sujet, sans entretenir
    La cour de telle baveries ?
    Sus, revenons à ces moutons !
    Qu’en fut-il ?
    »

    « D’ailleurs, nos tourtereaux ont profité de ces explications pour s’évaporer », ajoute Zacharie. (Crédits : Kai Reschke/Pixabay)

  • Dans l’Œil du merlan frit !

    Dans l’Œil du merlan frit !

    Lorsque vous êtes l’habituée d’un endroit, vous avez la chance de pouvoir observer les allées et venues des protagonistes de l’histoire. Ipso facto, imaginez-vous une seconde travailler dans un bar dit de nuit. Étudiante le jour, et serveuse la nuit, entre le jour et la nuit, les visages se transforment. Vous êtes le témoin malgré vous des histoires lorsque vous suspendez le temps, juste un instant. Plongeons dans une comédie romantique rythmée par des expressions éloquentes.

    L’hiver annonce son arrivée, les marchés de Noël fleurissent à Nogent-le-Rotrou comme à Poitiers, sans oublier le mythique marché de Strasbourg. Quel plaisir de marcher, regarder les vitrines des commerçants, les produits de fête, le pain d’épice, le vin chaud… et pourquoi ne pas faire un tour dans une grande roue pour admirer votre ville.

    L’effervescence qui règne embaume le cœur des enfants, mais pas qu’eux. Chemin faisant, notre héros du jour décide de « mettre les bouts » vers un café éphémère de la place du marché de Poitiers. Descendant les escaliers des dunes, il remonte Grand Rue. Dans les souvenirs du service militaire de Sépa, son grand-père, elle foisonnait de boutiques et de magasins. Pas moins de quatre boulangeries, et un pâtissier de renom tout en haut, proche de la place du marché, un certain Gremillon.

    Les décorations de Noël sont en place, les artistes déambulent pour le plaisir des petits, les effluves de beignets, churros, pain d’épices, vin chaud… une quiétude et paix que les enfants, femmes et hommes pris au sein des conflits armés sur terre, aspirent à savourer.

    (Crédits : Skitterphoto/Pixabay)

    Mettre les bouts est une expression qui est tombée en désuétude. Elle date du début du XXe siècle, vers 1910. Les bouts pouvaient être remplacés par baguettes, bambous ou encore cannes. La métaphore évoque la forme des jambes en argot, alors l’expression « mettre les bouts » signifiait simplement partir en courant, comme mettre ses jambes à son cou. En Espagne, ils préfèrent « poner los pies en polvorosa ». Mais elle fait référence à la poussière soulevée par celui qui s’enfuit, comme l’histoire raconte la victoire du roi des Asturies, Alphonse III contre les sarrasins envoyés par l’émir de Cordoue au IXe siècle.

    Le regard de merlan frit

    Arrivant à la place du marché, où se tenaient les magnifiques halles – avant leur destruction en 1975 – il retrouve toute la bande. Arrivé le dernier, il se prêta au gage de passer commande au bar. Alors qu’il énuméra une à une les boissons choisies, il releva la tête et ne dit plus un mot lorsque la serveuse se retourna. Ce qui provoqua le fou rire de celle-ci. Le jeune homme tomba directement sous son charme, il avait trouvé son crush. Subjugué il retourna voir ses amis. Ils avaient choisi de venir dans ce troquet, connaissant les accointances de ce dernier en termes de beauté féminine.

    Complètement pris au dépourvu, il retourna prétextant une précision pour lui faire la cour. Épris de maladresse et transit d’amour pour la jeune femme aux cheveux de blé, il tenta une approche avec non pas le regard de biche, mais en lui faisant les « yeux de merlan frit ». Issue du cinéma muet, les mimiques des acteurs étaient exagérées. Les yeux chavirés d’une ridicule extase supposée symboliser une transe amoureuse, cette personne était comparée à un merlan frit.

    La scène ne manquait pas de dramaturgie. « Les yeux chavirés d’une ridicule extase supposée symboliser une transe amoureuse, cette personne était comparée à un merlan frit. » Il révélait à son crush un mélange de séduction et de maladresse.

    (Crédits : Région Poitou-Charentes, inventaire du patrimoine culturel/Fonds Henrard)

    Faire les yeux de merlan frit remonte au XIXe siècle. Elle aurait été utilisée pour la première fois par Loredan Larchey en 1865. Fils d’un général de division sous Napoléon III, il étudie le droit, avant d’être canonnier au 7e régiment d’artillerie. Il est lexicographe archiviste et conservateur de la bibliothèque de l’Arsenal. Il est surtout connu pour son dictionnaire de l’argot. Rédacteur en chef et fondateur de La Petite Revue en 1863. L’expression tient des mimiques du visage : la bouche ouverte et, surtout, les yeux sortis des orbites et ressemblants à des billes blanches. Comme le devient un poisson grillé à la poêle.

    Amoureux déçu, mais joyeux drille

    Notre héros s’en allait affronter, fleur au fusil, en premier sa timidité. Puis en quête de conquête, il se dirigea vers le bar, légèrement désinhibé par son verre. Après deux trois secondes, la belle voyait clair le jeu du prétendant. Elle prit le temps de discuter et de rire.

    Comme le soldat, le jeune homme s’en allait conquérir, ou tenter de le faire, le cœur de son crush. La maladresse dont il faisait preuve attendrit la belle demoiselle. Ils échangèrent, rirent, et burent quelques verres avant que le jeune retrouve ses amis avides de réponses. Il fit une moue de désolation avec un large sourire, le tout avec une mine guillerette, sous l’effet de l’alcool.

    Le jeune homme devenu un « joyeux drille » avait le sourire jusqu’aux deux oreilles. Défait de sa tentative de conquête, la belle était déjà prise. Mais, elle appréciait son esprit chevaleresque et respectueux. Tant et si bien qu’ils finirent par boire des verres ensemble. Le denier fut un cocktail qui fait rêver les hommes et qu’adore les femmes pour différentes raisons : un orgasme.

    (Crédits : aliceabc0/Pixabay)

    Le drille était au XVIIe siècle un soldat. En argot le drille est le costume du militaire qui serait en lambeaux. Tantôt déserteur, tantôt militaire défait d’une bataille. Démunis, les drilles commettaient parfois des vols, des agressions pour subvenir à leurs besoins. Une fois qu’ils avaient les moyens de leurs ambitions, ils se retrouvaient dans les tavernes, mais joyeusement. D’où l’expression un joyeux drille, est désormais synonyme de personne joviale.

  • Un vrai fait divers de faux chèques

    Un vrai fait divers de faux chèques

    Entre réalité et roman policier, entrez dans le monde captivant des expressions françaises. Imaginez-vous des faits-divers racontés par un journaliste amoureux des expressions et tournures de phrases alambiquées. Entrez là où les mots relatent des histoires fascinantes de notre passé. Aujourd’hui, explorons trois formules pittoresques, chacune avec une origine intrigante. Une équipe de malfrats réalisaient de faux chèques le 21 novembre 1923, et se faisaient pincer.

    L’affaire remonte au 20 novembre 1923, lorsque la sûreté de Dijon arrêtait un homme soupçonné de faux. Comme le personnage d’Arsène Lupin, il possédait un sobriquet : Francesco Bagneto. De son vrai nom Victor Cerro, il avouait avoir touché 23 000 francs à Tours, 68 000 au Mans, pendant que ses complices présumés récupéraient 200 000 à Troyes, Sens et Nogent. La brigade mobile de Montpellier recherchait un dénommé Bottechi, dit Bocchi.

    « Oh, c’est intéressant comme fait divers », souffla d’admiration Sépa Phot

    « Quoi ? », répondit Séki

    Des faux chèques du montant de 68 723 francs chacun

    Elle comprit que les frasques de son très cher mari et les brides de cours de théâtre de sa jeunesse lointaine allaient ressurgir. Se plaçant au milieu du salon, il posait le journal sur la table, tout près d’une vase emplie de rose du jardin. Il s’affubla d’un ton sérieux, fronça les sourcils, prit un œil espiègle pour conter son histoire devant une assemblée conquise et désabusée.

    Dans une charmante ville au cœur de la France vivait un homme au charme singulier et particulier. Pour arriver à ses fins — voler des chèques et en falsifier — il faisait belle jambe. Se grimant à la manière d’Arsène Lupin ce personnage énigmatique se trouvait aujourd’hui au centre d’une affaire des plus intrigantes.

    Une affaire de faux chèques en bande organisée pour un montant régulier de 68 723 francs.

    (Crédits : Bruno/Pixabay)

    « Savais-tu que l’expression, ça me fait une belle jambe vient de la Renaissance ? À l’époque la mode masculine mettait en valeur les jambes moulées dans des chausses. Ainsi un homme qui voulait être regardé se faisait belle jambe »

    Menteur comme un arracheur de dents

    L’étau se resserrait sur la petite bande. Bagneto engaillardit de sa réussite au Mans, se déplaça le samedi matin à la succursale de la Banque Nationale de crédit (BNC) de Blois. Il présenta un faux chèque de 68 723 francs. Le caissier déclarait qu’il ne pouvait pas lui payer en intégralité. Il lui remit 10 000 francs, et demanda que le reste lui soit envoyé à Dijon.

    Peu après son départ, les employés se rendaient compte que le chèque était faux. Ils prévenaient la succursale de Dijon. Bagneto se dirigeait sans se méfier à la BNC et tombait dans une souricière. Ses explications ne tenaient pas longtemps face à l’enquête du juge Gorse.

    Bien qu’il mentait comme un arracheur de dents, il fut rapidement écroué. Mais le mystère restait entier. Comment un chèque portant les signatures nécessaires, pouvait-il être payé sans qu’une lettre soit émise au guichet payeur par la succursale ou le siège émetteur ?

    Le directeur, M. Pajot indiquait au quotidien Le Journal d’une possible complicité. N’y aurait il pas pu avoir de fâcheuses négligences, ou d’imprudences somme toute regrettables ?

    (Crédits : Peter H/Pixabay)

    L’expression « mentir comme un arracheur de dents » remonte au XVIIe siècle. Elle évoque les barbiers de l’époque qui, en plus de leur métier, faisaient office de dentistes et de chirurgiens. Puis les dentistes qui officiant sur les places publiques, proposer d’arracher les dents des badauds. L’astuce consistait à persuader les clients que l’arrachage de dents à l’aide d’une tenaille était… indolore.

    Être mis sur la sellette

    Le vendredi 16 novembre 1923, Dursapt, dit Luigi Mazulla se faisait payer un chèque de 68 723 francs. L’homme présentait un passeport puis touchait la somme requise. Il prenait le temps de recompter avec assurance les billets avant de sortir sereinement. Le caissier reconnut l’indésirable dans la photo parue dans les journaux.

    Deux chèques de 68 723 francs présentés à Roubaix et Tourcoing étaient payés sans aucune difficulté, les avis de paiement étaient envoyés par l’agence de Carcassonne. Les lieux choisis l’étaient, car les mouvements de fonds sont considérables.

    À Sens, même modus operandi. Le chèque fut cette fois présenté au directeur de la succursale de la BNC. M Regnard examinait la signature, la confrontant avec l’avis de paiement. Les signatures étaient conformes.

    Le paiement s’effectuait, l’escroc Nigronni Giovanni prenait le soin de préciser les billets qu’il souhaitait pour le règlement. Mais rapidement les hommes furent mis sur la sellette face au juge. La bande comprenait Sacha Lonpam, Victor Cerro, Victor Dusarpt, Jeanne Kohler, et Julot le Bordelais. Ils furent écroués avant la condamnation.

    (Crédits : Le Journal/BnF/Gallica)

    La scène du tribunal est digne d’un récit médiéval, avec notre homme placé « sur la sellette ». Saviez-vous qu’autrefois, ce siège de bois était utilisé dans les tribunaux ? Il était un siège inconfortable, bas et sans dossier. Son but placer l’accusé en position d’infériorité lors des interrogatoires. Nos malfaiteurs se retrouvaient assis sur cette sellette, confrontés à ses accusateurs. « Il ne te reste qu’à prendre le chéquier pour aller faire les courses » conclut Séki en souriant.

  • Tomber dans les pommes

    Tomber dans les pommes

    Les mots sont bien plus que de simples éléments linguistiques. Ils portent en eux des histoires, des évolutions, et même un peu de l’âme d’une culture. Si certaines expressions appartiennent à un autre âge, dont les utilisateurs pourraient être nommés boomers par la génération Z, elles font partie de la culture. Comme le fait d’avoir des informations sur les pharaons, sens pour autant être vieux de plusieurs dizaines de siècles. Découvrons ensemble les origines étonnantes de trois expressions françaises populaires : « il y a belle lurette », « tomber dans les pommes », et « crever la dalle ».

    L’actualité française montrait que les « restos du cœur » souffraient de 35 millions d’euros de déficit pour nourrir tous les bénéficiaires, jusqu’à la fin d’année. Afin de ne pas laisser des personnes « crever la dalle ». Cette expression est très imagée. Elle est couramment utilisée pour exprimer une faim intense. Son origine remonterait au métier de couvreur au XIVe siècle. Il désignait une sorte de gouttière. En argot, « dalle » s’est transformée en « gosier », faisant référence à la gorge. Le gosier serait même appelé « la dalle du cou » explique « Ça m’intéresse ».

    Avoir la chance de se nourrir, d’avoir chaud l’hiver, de vivre sous un toit, de pouvoir se soigner est un droit, comme celui de vivre libre sur Terre. Ce sans prendre en compte la nationalité, les croyances, la couleur du sourire… (Crédits : PremierCompanies/Pixabay)

    Lorsque vous avez extrêmement faim, les bruits de votre estomac réveillent l’amphi, la gène vous fait rougir, vous avez l’impression que tous vous regarde, c’est le cas, mais rien de grave. Vous ressentez une sensation de vide dans l’estomac et le gosier, d’où l’expression « crever la dalle ». Elle évoque l’idée que lorsque vous êtes affamé, votre estomac et votre gosier sont vides.

    Tomber dans les Pommes, ou l’évanouissement poétique

    Deux origines s’affrontent sur la genèse de cette expression. La première est selon laquelle elle serait tirée de « Lettres à M. Dupin » de George Sand. L’auteure use de cette expression pour désigner une grosse fatigue en utilisant « être dans les pommes cuites ». La seconde, plus romanesque. Elle serait une déformation, donc un usage de la langue française à travers les siècles de son histoire. Elle serait issue du verbe « se pâmer ». Avec comme définition de perdre connaissance (défaillir, s’évanouir), mais également être sous le coup d’une sensation, d’une émotion très agréable, comme ce fut le cas de Peggy Zlotkowski lors de l’élection de miss France 1989, alors âgée de 17 ans.

    Le mot « pâmoison » était utilisé pour décrire un état d’extase ou de ravissement intense. Ainsi, quand quelqu’un était tellement bouleversé qu’il en perdait connaissance, on disait qu’il était tombé en pâmoison. Puis de pâmes au tas de pommes est la métaphore imaginative d’un état de faiblesse. (Crédits : Ralf Kunze/Pixabay)

    Vous pouvez vous replonger dans les vieux films, où d’émotion la belle tombait, ou feignait l’évanouissement. Tomber dans les pommes est une expression qui évoque un évanouissement soudain. L’expression a évolué à partir de « tomber en pâmoison » pour finalement devenir « tomber dans les pommes ».

    C’est arrivé, il y a belle lurette

    L’expression « il y a belle lurette » est entendue de moins en moins. Pourtant, les anciens s’en souviennent. Utilisée pour indiquer une action qui se passait il y a un temps lointain, elle est un peu faussée. À l’origine, « heurette » était une petite heure. Au fil du temps, la langue a évolué, et « heurette » s’est transformée en « lurette » pour des raisons phonétiques. Cette transition a donné naissance à l’expression « il y a belle lurette ».

    Chaque être bénéficie de 86 400 secondes par jour. Tout au long de sa vie, il ne peut les épargner, ou les donner. Elles doivent être consommées. Tout un chacun apprécie les secondes au moment où la vie semble accélérer la vitesse de la trotteuse, alors que rien ne bouge. (Crédits : Annette/Pixabay)

    L’expression capture le passage des années et l’oubli progressif de l’histoire, car plus le temps passe, moins nous nous souvenons précisément de certains événements, qui se sont passés, il y a belle lurette.

  • Raconter des salades. Jeu politique, ou expression française ?

    Raconter des salades. Jeu politique, ou expression française ?

    Direction les abîmes de la langue française, où chaque expression est une perle précieuse, une pierre d’exception, polie par des siècles d’usage. C’est un voyage littéraire qui s’offre à vous. Des mots qu’utilisent les plus âgés, pour embrouiller la génération Z, ou pas. Au travers de trois expressions françaises qui captivent l’esprit : « raconter des salades », « promettre monts et merveilles » et « une vie de Patachon ». Attachez vos ceintures pour un périple où la signification profonde s’entrelace avec une subtile touche d’humour.

    Par une nuit de pleine lune, certains éprouvent de la difficulté à dormir, quand d’autres sont de toute façon dans les bras de Morphée. Avez-vous vécu la situation où la personne qui est à côté de vous ronfle comme un sonneur ? Pardon, elle respire très fort. Il est impossible de s’endormir. C’est alors que l’heure du thé sonne à la comtoise que Marco Tografe et Sophia Grafeuze tirent la chevillette, et la bobinette cherra. Ils surprennent une conversation des plus passionnantes.

    « Je ne ronfle pas, je fais peur aux voleurs », affirme Sépa. Le ronflement est un bruit rauque et désagréable qui est produit pendant le sommeil. Il est assez fréquent et devient de plus en plus présent en vieillissant. Environ 60 % des hommes et 40 % des femmes ronflent. Chaque personne est unique, il est conseillé aux femmes de s’endormir avant leurs conjoints.

    « Oui, bien sûr », rétorque Séki d’une moue amusée. « C’est pourtant le cas mon cher époux, glisse Séki. Depuis notre rencontre, il y a plusieurs années, il m’avait soutenu qu’il ne ronflait jamais… des paroles, toujours des paroles… ».

    Marco Tografe, qui n’est autre qu’un voisin du couple et écrivain public de profession, explique qu’« il est comme de nombreuses femmes et hommes politiques qui sont prompts à promettre monts et merveilles à nous qui, naïvement, les écoutons ».

    (Crédits : Myléne/Pixabay)

    « Ah, promettre monts et merveilles », se réveille Sépa. Cette expression provient d’un temps, où les politiques déjà promettaient de grandes quantités de choses merveilleuses ou étonnantes. « C’est à la fin du XIIIe siècle qu’elle prend naissance ». En ce temps, les « monts » symbolisaient une grande quantité de choses. Puis les troubadours en vieux « François », elle se muait en l’expression maux et merveilles, signifiant raconter et conter des histoires fabuleuses. Au fil des siècles, elle se transmute en un sens plus figuré, qui est de promettre des avantages non négligeables à une personne.

    L’art de la promesse épique

    Toutefois, il convient de discerner entre le conteur magistral et le fabulateur, voire l’affabulateur. La morale de la fable de Jean de la Fontaine, Le Corbeau et le Renard : « Mon bon monsieur, apprenez que tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute. Cette leçon vaut bien un fromage sans doute. »

    Plongeons dans l’univers coloré de la cuisine avec un soupçon de narration. Bien que du fromage, avec un verre de vin et une bonne salade, rien de tel, mais « raconter des salades » est autre chose.

    Les récits chevaleresques, comme les récits des témoins sont parfois grossis. Certains en profitent pour raconter des salades, ainsi interviennent sur les choix des personnes qui les écoutent.

    Prendre du recul est très souvent nécessaire, car le mensonge prend l’ascenseur quand la vérité prend l’escalier. (Crédits : Stefan Schweihofer/Pixabay)

    Une salade est un assemblage d’ingrédients qui se marient bien entre eux. Ils donnent un mélange facile et agréable à avaler. Cette expression du XIXe siècle, signifie qu’il suffit de mélanger un peu d’humour, des excuses imaginées, une pincée de vrai et de faux, une langue convaincante en assaisonnement pour que la chose ait de grandes chances de passer.

    Une Vie de Patachon

    « Ils doivent mener une vie de patachon nos politiques », s’émeut Sophia Grafeuze. « J’espère que non, enfin surtout pour les conjoints et conjointes », appuie Sépa. Un silence interrogatif s’installe. « J’explique ». Il existe « une vie de patachon », et « mener une vie de patachon ». D’un côté, Patachon, célèbre personnage de la Comédie-Française, était connu pour ses maladresses. Alors, vivre une vie de Patachon, c’est marcher sur un fil au-dessus d’un précipice, avec un bandeau sur les yeux, tout en essayant de maintenir son équilibre pour éviter chutes et surprises.

    Mais c’est aussi issu de la patache. Cette voiture conduite par le patachon était la très inconfortable diligence des pauvres au XIXe siècle. Son chauffeur était réputé pour être toujours par monts et par vaux. Il buvait sans modération à chacune des tavernes où il s’arrêtait. Mais il profitait, sans vergogne, des activités que son compagnon ou compagne n’aurait pas aimé le voir faire. Le patachon menait une vie à la fois dissolue et agitée.

    Avant de désigner une voiture publique lente et mal suspendue, dans laquelle on voyageait à peu de frais, c’était le nom d’une embarcation légère utilisée par la douane, et d’un petit bateau servant au transport des marchandises et des passagers dans les estuaires et sur certaines rivières, explique l’Académie française.

    (Crédits : Finoskov/Wikipedia)

    « Donc la classe politique, les femmes et hommes qui la compose sont des patachons, ou nous racontent-ils des salades en nous promettant monts et merveilles ? » s’interroge Sophia Grafeuze. « Chacun son avis, en attendant votre thé avec du citron ou du lait ? » Les expressions françaises sont comme des joyaux rares, cachés dans la mine infinie de notre langue. Elles nous rappellent que les mots ne sont pas simplement de simples moyens de communication, mais des portails vers des mondes d’imagination, d’émotion et d’ingéniosité.

  • Utilisez-vous les passoires de Socrate ?

    Utilisez-vous les passoires de Socrate ?

    Durant l’ensemble de votre vie, que vous soyez adolescent, adulescent ou adulte, des personnes vont tenter de vous conter des anecdotes. Tous pensent que les informations sont vraies. Si, comme les journalistes, vous avez croisé trois différents sources pour en vérifier les faits, la véracité est hautement probable. Pour autant, certaines informations, sont elles véritablement pertinentes. Trois questions ont à se poser sur la véracité, le bénéfice et l’utilité du fait ou de l’histoire.

    Comme chaque samedi, Sépa et Séki s’en vont au marché de Nogent-le-Rotrou. Après avoir déambulé, flâné, acquit des victuailles qui ferait pâlir Gargantua, rien de tel qu’un bon chocolat au fameux troquet nogentais. Comme à l’habitude, Jules, Marcel, Albert et Paquito sont au rendez-vous. Il existe toujours une personne, pensant bien faire, raconte tout ce qu’il a vu, c’est le fameux Élie Courvetut. Ce personnage est une brave personne, qui n’a pas inventé la machine à cintrer les bananes. Mais il est agréable, il est comme une enfant, sans méchanceté et sans filtre.

    Les ragots comme les rumeurs partent d’un détail, d’une jalousie. Ils produisent de tels dégâts que s’en sortir n’est pas aisé. (Crédits : Julia/Pixabay)

    Les quatre joyeux drilles, comme chaque samedi dégustent un verre, palabre et parade comme de délicieux paons. Si ce n’est que les souvenirs ont pris une place considérable dans leurs conversations, comme le furent les bouchons à Nogent. C’est à ce moment qu’Élie arriva à la table des quatre.

    « Salut, salut, vous connaissez la dernière ? », questionna-t-il, sans vraiment attendre de réponse. Un non collégial s’entendit.

    « C’est sur un certain Sépa ». Les regards de la table se tournaient vers Sépa. « Phot, vient voir », cria Paquito

    « J’arrive » répondit-il en avalant une gorgé de ce fameux chocolat. « Élie à quelque chose à dire sur ton voisin ». A peine arrivé, Elie s’empressa de commence son histoire, mais la tournure ennuyait Sépa Phot. « Connais-tu Socrate », interrompit Sépa. Le pauvre Élie le regardait circonspect et affable. Puis il répondait naïvement : « c’est un joueur de l’équipe de France de rugby ? » Sépa comprit qu’il valait mieux se taire. Élie raconta avec plaisir et délectation son histoire. Les quatre compères surpris questionnèrent Sépa à propose de Socrate une fois le bon Élie partit.

    Plus les intermédiaires sont nombreux, plus l’information est déformée. Moins l’info est croustillante, plus elle tombe dans l’oubli. (Crédits : MetsikGarden/Pixabay)

    « Je vous explique » lance-t-il, avant que Séki chuchote « bon courage » en souriant. Il faut se plonger en Grèce, plusieurs siècles avant notre ère. C’est l’histoire du philosophe Socrate et de l”un de ses disciples. Imaginez Alexios venir en courant auprès de son maître, avec une rumeur nauséabonde sur un de ses amis. Sauf que… trois questions, ou passoires se posent.

    « Alexios, es-tu absolument certain que ce que tu vas me dire est vrai ? », posa Socrate. Il réfléchit un moment. « Je ne le suis pas totalement. »

    « Ce que tu vas me dire, est-ce quelque chose de bien sur mon ami ? ». Alexios répond que « non au contraire »

    Pour finir : « Ce que tu vas me dire à propos va-t-il m’être utile ? » Le hochement de tête de droite à gauche d’Alexios suffit.

    « Donc, ce que tu souhaites me dire n’est ni vrai, ni bon, ni nécessaire pour moi, pose Socrate. Alors pourquoi me le dire ? »,

    Tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler est le principe même des passoires de Socrate. Avant de raconter une rumeur, un ragot sur quelque chose ou quelqu’un, il faut savoir qu’un boomerang revient toujours à celui qui l’a lancé. Alors suis-je certain que ce que je vais dire est vrai ? Est-ce que je vais dire est bon ? Est-ce nécessaire de le dire ? Être positif, bienveillant et utile envers autrui est un travail de chaque instant.

  • Voyage au cœur de la langue Française

    Voyage au cœur de la langue Française

    Préparez-vous au voyage. Nous allons dans lieu où les mots peignent des images et des émotions. La langue française est une mosaïque colorée d’expressions, comme une julienne de légumes qui évoquent des idées et des sentiments profonds. Aujourd’hui, nous plongeons dans un tourbillon de mots et de sens en explorant trois expressions pittoresques : « soupe au lait », « amuser la galerie » et « répondre du tac au tac ». Attachez vos ceintures linguistiques et préparez-vous à un voyage au cœur de l’humour, de l’histoire et du langage.

    « Fais attention au lait, qu’il ne déborde pas de la casserole », s’inquiète Séki.

    « Ça ne risque pas, j’ai placé l’antimonte lait. Ce serait génial si nous pouvions l’utiliser quand notre voisin est soupe au lait », rétorque Sépa.

    « Mais bien sûr », s’amuse Séki.

    De nombreuses expressions sont issues de la vie courante et de la cuisine. (Crédits : Moondance/Pixabay)

    Plongeons-nous dans l’atmosphère chaleureuse d’une cuisine familiale. Vous avez la chance d’avoir, avec votre bidon ramené deux litres de lait entier. Vous devez le faire bouillir. Imaginez alors une casserole de lait, d’eau ou de soupe en ébullition. Si vous ne la surveillez pas attentivement, elle peut déborder en une fraction de seconde. De la même manière, la colère peut s’emparer de certaines personnes en un clin d’œil. Cette expression subtile nous rappelle que nos émotions peuvent nous déborder tout comme un chaudron bouillant. Cette situation arrive lorsqu’une susceptibilité est exacerbée quand nous répondons du tac au tac.

    Répondre du tac au tac ou l’art des échanges instantanés

    Vous avez oublié de surveiller la casserole. La table de cuisson est désormais pleine de la soupe, vous risquez l’engueulade. Imaginez alors un échange verbal où les mots sont des épées affûtées. Oui, vous me voyez venir. L’expression « répondre du tac au tac » puise son origine dans l’escrime. Quand un combattant subit une attaque, sa réponse cinglante est immédiate. Le son des fers qui se croisent, procurait un son typique le « tac ». Cette expression rappelle que les mots sont des armes de destructions, blessantes. La violence n’est pas que physique.

    Amuser la Galerie

    Bien avant l’ère des smartphones, des influenceurs, de l’électricité, un jeu réunissait les gens. Il est célèbre à plus d’un titre. Il s’agit de l’ancêtre du tennis : le jeu de paume. L’expression « amuser la galerie » trouve son origine dans ce lieu. Les galeries étaient une sorte d’allée couverte ou les badauds s’installaient pour voir les adversaires d’un jour. Les joueurs rivalisaient d’adresse et de virtuosité, pour captiver le public. Tout comme des artistes sur scène, ils « amusaient la galerie ».

    Les galeries permettaient au public de voir et d’apprécier la technique des joueurs comme les gradins aujourd’hui. Si votre ado amuse la galerie en cours, il fait peut-être référence au jeu de paume, en plein cours d’histoire… mais s’il fait ça dans l’ensemble des cours, il fait juste le pitre, l’amuseur. (Crédits : Oakenchips/Wikipédia)

    Les expressions françaises sont des joyaux et des exemples de la richesse de notre langue. Chaque mot est une fenêtre ouverte sur une émotion, une situation. Alors, la prochaine fois que vous utilisez ces expressions, souvenez-vous qu’elles sont des morceaux d’histoire et d’émotion qui rendent la langue si vivante : Bon voyage, et à bientôt !

  • Être une grenouille de bénitier,  vous connaissez ?

    Être une grenouille de bénitier, vous connaissez ?

    Si la langue française était une salade, les expressions seraient les croûtons croustillants et savoureux. Aujourd’hui, nous plongeons dans un bol de formules alambiquées. Avec bon jeu de mots, les expressions « une grenouille de bénitier », « tailler une bavette » et « être fleur bleue » possèdent des points communs, ou du moins un lien légèrement capillotracté. Avec-vous la moindre idée de ce lien ? Alors si vous êtes prêtes et prêts à vous régaler avec des mots sur un air de La Rue Kétanou, allons-y !

    Le marché hebdomadaire bat son plein samedi matin sur la place St Pol à Nogent-le-Rotrou, non loin de l’Hôtel de Ville. Malgré la touffeur naissante, M Phot et Mme Karéson sont venus. Ils ne manqueraient cette matinée pour rien au monde. D’autant qu’il n’est pas rare de croiser des personnes quelque peu célèbres, mais au combien simple à aborder et débordant de gentillesse. C’est ainsi qu’un voisin de Nogent, habitant à Thiron-Gardais déambule de temps à autre entre les étals des marchands. Mais, c’est aussi pour le plaisir de déguster le fameux chocolat chaud à l’ancienne.

    « Tu as vu Jules, Marcel, Albert et Paquito, de vraies grenouilles de bénitier », souffle Sépa Phot.

    « Oui, sur la terrasse entrain de siroter leur apéritif, et de conter fleurette à la serveuse », s’amuse Séki Kharéson

    « Ils sont presque fleur bleue, s’ils n’étaient pas de mon âge », rit Sépa tout en continuant de lorgner les bettes.

    « Pendant que tu y es, prends aussi aubergine, poivrons et des jolies tomates pour une ratatouille. Tu vas bien ? », ajoute-t-elle.

    « Oui pourquoi ? Ah, oui ! Comme tu me le dis souvent, je me concentre sur une seule tâche à la fois », répond-il avec un large sourire.

    « Vu que nos courses sont faites, prenons un bon chocolat chaud, je pourrais te conter ces fameuses expressions »

    Le couple de Berd’huisiens se place à l’abri d’un parasol, car le soleil perce et réchauffe déjà l’atmosphère, non loin du quatuor. Il est vrai que tout part de ces quatre personnes, et qu’ils sont un sujet pour ces trois expressions. Autrefois, au XVIIIe siècle, « tailler » signifiait « parler ». Ainsi, « tailler une bavette » c’est engager une discussion animée. Ce qui nécessite une production d’une quantité certaine de salive ou de bave. C’est pour ça que nos chers mousquetaires ont repris « la p’tite sœur » à l’apéro. Ils se racontent monts et merveilles de leur été quasiment fini, avec cette canicule tardive, rien de tel que de se désaltérer.

    Les expressions sont utilisées même sans le savoir, chaque jour. Des pléonasmes en naissent car la langue française est vivante. (Crédits : hoahoa111/Pixabay)

    Imaginez qu’en place de la table du troquet, l’action se déroule dans une église, à côté du bénitier. En des temps anciens disaient mes aïeux, les personnes qui fréquentaient assidûment les églises et se rassemblaient à l’entrée avant de se signer autour du bénitier, se nommaient des dévots ou les dévotes. Prenez une largeur d’esprit pour vous déplacer autour d’une mare, un soir d’été. Les grenouilles y coassent joyeusement. D’ailleurs, si vous passez la tondeuse juste à côté de la mare, vous les endenteraient augmenter le volume. Elles ne s’entendent plus échanger des potins. D’ailleurs connaissez-vous l’histoire du « signe de croix » accompli autour du bénitier ? Non ? Alors regardez la vidéo !

    Une explication en bonne et due forme d’un geste effectué par les catholiques et orthodoxes. Tout comme le fait de se servir de la main droite, car la gauche est associée à une tache délicate et nécessaire. Oui, lorsque être sur votre cabinet d’aisances avec le fameux papier hygiénique, ou pas selon vos us et coutumes. (Crédits : Frère Paul Adrien/YouTube)

    Quant à l’expression « fleur bleue », il faut traverser le Rhin pour rendre visite au XVIIIe à Novalis, de son vrai nom Georg Philipp Friedrich von Hardenberg. C’est à Weißenfels, juste avant Leipzig que l’auteur laisse transparaître cette expression, Die blaue Blume dans la langue de Goethe. « Être fleur bleue » signifie être sentimental, sensible et un tantinet naïf, à l’âge de l’adolescence, mais au tout départ. Ajouté une touche de bleu, qui dans le langage des fleurs ajoute tendresse, romantisme et poésie. Retour au roman inachevé de Novalis intitulé Heni d’Ofterdingen parle d’un poète à la recherche d’un idéal, comme dans un film « Le Dernier Samouraï » de la fleur de cerisier parfaite. « De là à dire que Jules, Marcel, Albert et Paquito sont “fleur bleue”, il ne faut pas pousser », affirme Séki en posant sa tasse de chocolat délicieusement vide.

  • Être sous la coupe de quelqu’un sème la zizanie

    Être sous la coupe de quelqu’un sème la zizanie

    Ce n’est pas au vieux signe que l’on apprend à faire la grimace ! La langue française comprend et entend de nombreuses expressions françaises. « Semer la zizanie », « à la saint-glinglin », « être sous la coupe de quelqu’un » ou encore « faire faux bond ». Mais connaissez-vous réellement leurs origines ou significations ? Vous avez sûrement entendu quelqu’un ou quelqu’une dire d’une personne qu’elle est chafouin. La véritable définition est une personne qui a une physionomie basse et sournoise, le saviez-vous ?

    Tandis que les artichauts poussent, que les poireaux montent à graines, M Phot observe la montagne de travail à effectuer dans son jardin. L’ampleur est de taille, les herbes non désirables squattent les espaces réservés. « C’est la zizanie », s’exclame-t-il à juste titre. L’étymologie vient du latin « zizania » qui signifie ivraie. Oui, mais encore ? Il faut remonter au XVIIIe siècle pour comprendre.

    Comment ne pas semer la zizanie, demande Sépa ? En respectant les accords toltèques du livre de Don Miguel Ruiz répond Mme Kharéson : Que votre parole soit impeccable. Quoi qu’il arrive, n’en faites pas une affaire personnelle. Ne faites aucune supposition. Faites toujours de votre mieux.

    Pendant un temps certain, la croyance sur l’ivraie enivrante, Lolium temulentum, était tenace. Tous étaient certains qu’elle fut la seule espèce d’ivraie dont les graines étaient toxiques à hautes doses. Elle conduisait des effets comparables à l’ivresse, à faible dose. Issu du latin populaire ebriaca (herba, planta), proprement « (herbe, plante) ivre », parce que l’ivraie passait pour procurer une sorte d’ivresse affirme l’Académie française. Mais c’est surtout parce qu’elle se propageait dans les champs de céréales en se mélangeant au « bon grain » qu’elle semait la zizanie.

    À la Saint-glinglin

    Souvenez-vous de votre grand-père qui vous disait « je l’aurai à la saint glinglin » lorsqu’il demandait une augmentation de salaire. Fortuitement, ce jour existe que dans les songes. Il faut décomposer l’expression. Elle vient de « seing » ! Au temps des règnes de Philippe Auguste et Louis VI dit le Gros, remontons. L’étymologie est issue du latin signum qui est la marque, le signe, et ainsi le signal. Quant au « glinglin », il est à l’origine de l’est de la France. Une forme dialectale de la région de Metz pour résonner, sonner. Un bruit qui imite le son des cloches. Au temps, dire que le temps de l’augmentation ne viendra jamais.

    Jouons à la belote

    Quand une personne vous pose un lapin pour un date vous êtes véner, logique. Cette personne vous a fait faux bond. Comme quand Novak Djokovic remporte le tournoi de Roland-Garros pour son 23e titre de grand chelem, il n’a pas fait faux bond, il a tenu ses engagements. Pas comme une balle jaune qui lors du rebond par dans une direction non attendue.

    Ne pas dépendre de quelqu’un pour ses choix, ne pas être sous la coupe, sans pour autant oublier d’écouter les conseils ou son intuition. (Crédits : gepharts3d/Pixabay)

    Au tennis comme à la belote, vous pouvez vous retrouver sous la coupe de quelqu’un. Lorsqu’une personne coupe le jeu, il est dit que régulièrement le joueur suivant est sous la coupe de quelqu’un. Il est de façon exagéré sous le joug de cette personne. C’est exagéré, car vous avez toujours le choix d’accepter ou non, plus ou moins facilement, avec votre libre arbitre.