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  • Le professeur Luc Montagnier divise (dernière partie)

    Le professeur Luc Montagnier divise (dernière partie)

    Après avoir été encensé, la communauté scientifique à depuis dévoilé, voire pâlie son étoile et sa renommée internationale. Libération résume parfaitement les faits, car plusieurs désaveux lui ont été signifiés. L’affaire de la papaye fermentée comme traitement de la maladie de Parkinson. En 2009, un bon système immunitaire permet de se débarrasser du VIH « en quelques semaines »… Mais en avançant toutes ces théories, le professeur Luc Montagnier avait-il tort ou raison ?

    Pléthores de reproches lui sont faites, à partir de l’année 2000. De nombreux journaux qualifient de « dérive » les propos de cet éminent scientifique. En 2009, il soutenait l’idée selon laquelle l’ADN pourrait imprimer une empreinte électromagnétique aux molécules d’eau, propriété qu’il prétendra pouvoir être mis à profit pour des tests diagnostiques du sida, ou encore de la maladie de Lyme. Puis, il défendait que les troubles du spectre autistique soient d’origine bactérienne et puissent se traiter par antibiotiques. Durant d’une conférence à Paris en 2017 racontée par Libération. « Je voudrais alerter sur la mort subite du nourrisson. C’est quelque chose d’épouvantable, la cause est inconnue, mais il existe des faits scientifiques, montrant qu’un grand nombre de ces morts intervient après une vaccination », affirmait alors M. Montagnier.

    L’ultracrépidarianisme est en chaque être humain

    Un collectif de 106 académiciens de médecine et sciences lui avait alors reproché de « diffuser, hors du champ de ses compétences, des messages dangereux pour la santé, au mépris de l’éthique qui doit présider à la science et à la médecine ». Enfin, le dernier et pas des moindres, le SARS-CoV-2. Quiconque émet une pensée, une idée ou une théorie à contre-courant de la doxa politique d’un gouvernement, ici français est étiqueté « complotiste ». C’est ainsi qu’opposé à l’injection de solution, délivré par les laboratoires Pfizer-BioNtech, Jonhson-Jonhson, Moderna ou Jansen, qu’il jugeait dommageable, il fut à de nombreuses reprises invité par le site France Soir. L’ultracrépidarianisme est le fait de s’exprimer en dehors de son domaine de compétences, en donnant son avis sur un thème pour lequel on n’a pas ou trop peu d’expertises légitimes ou avérées. C’est aussi les points de vue qui font l’interaction sociale sur les zincs ou ailleurs. C’est souvent en approfondissant notre connaissance d’un sujet que nous prenons conscience de notre propre ignorance.

    Approche scientifique

    Les deux dernières années ont permis la mise en scène de la science sans parler de la Science. « On va être sur une courbe exponentielle », exprimait le mardi 5 janvier 2021, le ministre des Solidarités et de la Santé, Olivier Véran. Si le fond importe peu, pas la forme. Avez-vous vu, entendu, lu une personne durant ce laps de temps vous expliquer ce qu’est une courbe exponentielle ? Il ne faut pas confondre la fonction mathématique exponentielle de la croissance exponentielle. La première est utile aux calculs en série de Fourier, équation différentielle…La croissance exponentielle est un processus qui augmente une quantité au fil du temps, votre âge, et surtout le poids des années, en est un exemple. Décrite comme une fonction, une quantité subissant une croissance exponentielle est une fonction exponentielle du temps, c’est-à-dire que la variable représentant le temps est l’exposant.

    Voici la comparaison entre une croissance linéaire (en rouge), cubique (en bleu) et exponentielle (en vert). La croissance exponentielle est simple à comprendre. Soit la fonction F(x)=2x alors pour 2 le résultat est 4, 8 donne 256… donc pour 20, cela est 1 048 576, plus l’hypothèse x augmente, plus la valeur sera énorme, sans avoir à se mouiller. (Crédits : DR)

    Recherche Versus Science

    Il existe une confusion relayée par certain, quel qu’il soient, célèbre inconnu des réseaux sociaux, politiques, journalistes… La Science (du latin scientia, de scire, savoir) est l’ensemble cohérent de connaissances relatives à certaines catégories de faits, d’objets ou de phénomènes obéissant à des lois et/ou vérifiés par les méthodes expérimentales. « La terre est ronde, je ne suis pas dogmatique, cela peut être démontré, pas besoin de remettre en cause cette vérité scientifique », appuie Étienne Klein. La recherche possède un rapport étroit avec l’incertitude. L’amalgame journalistique admet la confusion entre Science et Recherche, alors l’idée même du doute est inhérente à la recherche, et vient coloniser sur les plateaux télévisuels la science. « On ne demande pas au chercheur d’avoir individuellement l’objectivité de la science, c’est-à-dire de se débarrasser de leurs préjugés, de leurs croyances, aucune personne n’est objective, on peut être soumis à des pressions […] On lui demande d’être honnête », souligne le philosophe des sciences. Un chercheur se pose des questions. Il cherche alors des réponses, qui ne sont pas forcément les « bonnes ».

    Existe-t-il une vie extraterrestre, on en sait rien, donc on fait des recherches !

    Étienne klein. France culture

    Vient le temps de la confrontation, où les résultats obtenus sont présentés à d’autres confrères dont les interrogations sont analogues, voire proches. Il ne reste plus qu’à en discuter, et de la manière dont ils sont recueillis (méthodologie scientifique, protocoles, essai randomisé…). Un propos primordial, ne pas confondre causalité et corrélation. La première est le lien qui unit la cause à l’effet, tandis que l’autre est la relation existant entre deux notions dont l’une ne peut être pensée sans l’autre, entre deux faits liés par une dépendance nécessaire. Tout comme le mensonge est lié à la perte définitive de la confiance, par exemple le fameux nuage de Tchernobyl qui ne serait jamais passé au dessus de la France…

    Publication d’Études

    Ne dit-on pas lorsque plusieurs réitérations d’un même processus, dans divers lieux, ambiances… donnent un identique résultat, il serait fort à propos de croire qu’une once de vérité se soit glissée dans les conclusions. Il faut raison garder, et douter, telle est la recherche. « Quand il y a une dizaine d’études qui disent quelque chose, c’est que c’est vrai », interroge Idrisse Aberkane, qualifié par différents individus de complotiste, car il se pose des questions. Martin Blachier, docteur en santé publique, répond : « c’est signifiant, c’est significatif en tout cas ». Puis Idrisse Aberkane rétorque « d’accord il y a 242 des études qui disent que l’hydroxyde chloroquine a un effet, c’est vrai aussi du coup ? » Nulle question de verser dans une théorie complotiste, ou son antonyme qui en langue française n’existe pas. Le professeur Luc Montagnier évoquait une possible création du SARS-CoV-2 par l’être humain, puis une hypothèse quant à la manipulation génétique, vivement décrié par ses pairs. « Cet article met en évidence une transformation de l’ARN du vaccin Pfizer en ADN dans des cultures de cellules hépatiques, posant la question de leur intégration dans le génome », twittait le professeur Raoult. Le sujet de l’article est « Intracellular Reverse Transcription of Pfizer BioNTech COVID-19 mRNA Vaccine BNT162b2 In Vitro in Human Liver Cell Line », un document de douze pages dont seules les personnes ayant compétence peuvent en saisir l’entièreté de la moelle.

    « Voici notre première photographie en microscopie électronique du SARS-COV-2 recombinant Delta-Omicron », annonçait Didier Raoult sur Twitter. (Crédits : DR)

    D’autres sont septiques « Aujourd’hui est sortie cette étude. Montrant la transcription inverse du vaccin Pfizer dans les cellules hépatiques humaines. J’ai plusieurs réserves sur leurs résultats », explique Nans Florens néphrologue et postdoctorant en biologie moléculaire au Cincinnati Children’s Hospital Medical Center. Cela quelque temps avant de répondre à des journalistes pour la revue Sciences et Avenir. Avec la Dr Nathalie Grandvaux, directrice du laboratoire de recherche sur les interactions hôte/virus au centre de Recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal et Mathieu Rebeaud, doctorant en biochimie des protéines à l’Université de Lausanne. Le titre de l’article est sans appel : « Covid-19 : non, le vaccin Pfizer ne peut pas s’intégrer dans notre génome ». Les chercheurs posent des questions, émettent des hypothèses, parfois abracadabrantes, auxquelles ils travaillent à apporter une réponse, eussent-ils raisons ou torts. Sujets de thèses étranges pour tout un chacun, Obélix pouvait-il s’intoxiquer ? La reconnaissance coloniale du couvain et du champignon chez la fourmi champignonniste, ou, la Spectroscopie tunnel à très basse température de graphène sur rhénium supraconducteur. L’idée de cette dernière est de comprendre ce qui se passe quand le rhénium rencontre le graphène, ce qui d’après l’auteur donne « des couples d’électrons schizophrènes ».

    Le procès de Galilée ou l’affaire Galilée est l’enquête, et condamnation du savant astronome Galilée par l’Inquisition pour avoir dénigré le géocentrisme et soutenu l’héliocentrisme. L’œuvre s’intitule Galilée devant le Saint-Office, une peinture de Joseph-Nicolas Robert-Fleury. (Crédits : DR)

    Galilée dans sa publication du « Dialogue sur les deux grands systèmes du monde » en 1632 entraîne son procès. Le savant est condamné en 1633 à un emprisonnement indéfini et demeure en résidence surveillée jusqu’à sa mort en 1642. Un certain « J’accuse » devenu célèbre porté par Émile Zola concernant l’affaire Dreyfus. « […] il faut apprendre à distinguer la science de la recherche. La science, c’est des connaissances établies, prouvées jusqu’à preuve du contraire, et il n’y a pas lieu de le remettre en cause tous les quatre matins temps. Vous n’avez pas besoin quand vous êtes un chercheur de reposer la question de la forme de la terre, c’est acquis, et sauf surprise incroyable c’est bon quoi, on a tranché la question. Alors que la recherche, c’est des questions dont nous connaissons pas les réponses. […] Dans les mêmes canaux circulent et se contaminent des connaissances, des croyances, des commentaires, des fake news, des bobards…», souligne Étienne Klein dans MatriochK.

    « Si je doute, ce doute ne vise pas tant les faits eux-mêmes que l’extrême degré de croyance qu’on a en eux. » Théodor Fontane / Le Stehlin (Crédits : John Hain/Pixabay)

    Le laps de temps de deux années a permis de voir beaucoup de chose et de comprendre en partie l’Humanité, comme l’avais écrit Gustave Le Bon dans « Psychologie des foules ». Car pendant la crise du covid-19, il a été demandé à la science de se ranger sous la coupe de l’opinion. Étienne Klein invité de David Pujadas sur LCI expliquait l’origine de « Le goût du vrai ». Le philosophe des sciences explique que « c’est un sondage paru le 5 avril (2020) dans Le Parisien, on demande aux français est-ce que tel médicament (hydroxychloroquine) est efficace ou non ? À un moment où aucune enquête épidémiologique n’avait conclu, autrement dit personne ne connaissait la réponse à cette question : 59 % des Français ont répondu oui, 20 % ont répondu non, et, seulement 21 % ont répondu je ne sais pas. Autrement dit, 79 % des Français connaissaient la réponse à une question dont personne ne connaissait la réponse. » Souvent les paroles dépassent la pensée, car la croyance en un Dieu ne veut en aucun cas dire que nous savons si ce Dieu existe ou non. Le professeur Luc Montagnier était un scientifique, mais avant tout un chercheur qui émettait sans cesse des hypothèses, qui chaque instant de sa vie s’est interrogé, questionné, remis en question, trompé, car c’est le propre de tout être humain, ou presque. Bertrand Russel se penchait philosophiquement sur le sujet et disait que « L’ennui dans ce monde, c’est que les idiots sont sûrs d’eux et les gens sensés pleins de doutes. »



  • Le professeur Luc Montagnier multiplie (2de partie)

    Le professeur Luc Montagnier multiplie (2de partie)

    Le nombre des publications, des citations ou des ouvrages de l’homme impressionne. La bibliothèque nationale de médecine et le centre national d’information sur les biotechnologies en recensent par moins de 319. De la transduction de l’information de l’ADN par l’eau et les ondes électromagnétiques aux Mycoplasmes associés au SIDA en passant par le stress oxydatif dans la médecine des soins intensifs, le professeur Montagnier à couvert une partie non négligeable de domaines qui piquait sa curiosité scientifique.

    Tous se remémorent l’année 2008, lorsqu’il recevait le prestigieux prix Nobel de Médecine. Son parcours, hors mis l’Institut Pasteur à Paris, débutait à la faculté de Poitiers sous la houlette de son mentor Pierre Gavaudan. Ce, avant de s’envoler pour l’Angleterre puis à Glasgow en Écosse entouré de Michael Stoker et Renato Dulbecco dans les années soixante. Au sein du laboratoire de Kingsley Sanders à Carshalton, près de Londres, il identifiait pour la première fois un ARN infectieux à double brin provenant de cellules infectées par le virus de l’encéphalomyocardite murine (EMCV), un petit virus à ARN monocaténaire. Des anticorps contre l’EMCV ont été détectés chez l’homme, sans qu’aucun lien ne soit établi entre le virus et une maladie cardiaque pour l’être humain.

    Spécialiste des rétrovirus et oncovirus

    Le scientifique revient en France à l’Institut Curie, après de différents voyages dans la seconde partie des années soixante. Il ouït la découverte à un certain nombre de cellules cancéreuses, modifiées ou non, par des virus oncogènes à ARN ou à ADN. Dans ses travaux, il essayait de trouver un ARN double brin spécifique du virus du sarcome de Rous (RSV), capable d’infecter et de transformer des cellules d’embryon de poulet. Il réussit à isoler des séquences d’ARN double brin, mais « elles étaient d’origine cellulaire et existaient au même niveau dans les cellules non infectées ». En relation étroite avec Louise Harel, la démonstration que cet ARN provenait en partie de séquences répétitives d’ADN est faite.

    En 1969, l’isolement d’une ARN-polymérase, associée aux particules virales du virus de la stomatite vésiculaire a conduit à l’idée qu’une enzyme clé était pouvait être associée aux virus à ARN oncogènes. Temin avec Mizutani, et Baltimore découvrent en 1970 une enzyme spécifique associée au RSV, la transcriptase inverse, capable de transcrire de manière inverse l’ARN viral en ADN. (Crédits : DR)

    De nombreux travaux se sont soldés par des échecs, pour autant il persiste. Sur une décennie, à partir de l’année 1972 il s’entoure des meilleurs dans leurs domaines, Edward et Jacqueline De Maeyer, Jean-Claude Chermann et Françoise Barré-Sinoussi. Ainsi, il multiplie les recherches, comme les chances de percer les mystères de l’expression des rétrovirus. En 1980, une séquence d’ADN proche de celle du virus de la tumeur mammaire de la souris (mouse mammary tumor virus, MMTV) est détectée chez l’être humain, à travers deux patientes. Non seulement dans les cellules d’un cancer du sein inflammatoire, mais aussi dans ses lymphocytes T en culture.

    La découverte du VIH

    Son implication dans la course contre le virus du SIDA commençait en 1982. Un agent transmissible pourrait être à l’origine de cette nouvelle maladie mystérieuse. Il n’existait que quelques cas en France, mais suscitaient l’intérêt d’un groupe de jeunes cliniciens et immunologistes. Françoise Brun-Vézinet, contacta le professeur pour organiser la recherche du rétrovirus putatif à partir d’un patient présentant un signe précoce de la maladie, une lymphodénopathie. Avec Françoise Barré-Sinoussi et Jean-Claude Chermann, il met au jour un autre rétrovirus, qu’il baptise provisoirement LAV (Lymphadenopathy Associated Virus), depuis un prélèvement effectué par le Dr Willy Rozenbaum sur un jeune malade, ayant séjourné à New York.

    Ci-dessus, le VIH en microscopie électronique à transmission, en 1985. Alors que le 3 février 2022, une équipe composée de 25 auteurs publie dans la revue Science qu’une variante hautement virulente du VIH-1 circule aux Pays-Bas. (Crédit : DR)

    La biopsie ganglionnaire est arrivée le 3 janvier 1983, il dissociait les lymphocytes, puis débutait leur stimulation en culture. Ce n’est quand septembre, qu’une présentation synthétique des données affichait un lien de causalité entre le virus et la maladie. Une deuxième famille de rétrovirus, les lentirétrovirus, venait de naître aux yeux des participants. Chez l’homme, il provoque une déficience immunitaire, n’ayant pas son équivalent parmi les animaux.

    Histoire de royalties

    Le 23 avril 1984, Margaret Heckler, secrétaire d’État américaine à la Santé, annonçait que Robert Gallo avait découvert la cause « probable » du sida, un rétrovirus baptisé HTLV-III. Il s’avérait être rigoureusement identique au LAV trouvé plus tôt par l’équipe de Montagnier. La polémique enfle à savoir qui est celui l’ayant identifié véritablement en premier. La réponse est primordiale, car elle règle la question des royalties liées aux tests de dépistage. Trois années de différend aboutissent à un consensus diplomatique en 1987. États-Unis et France officialisent la qualité de « codécouvreurs » pour Gallo et Montagnier.

    Luc Montagnier et Françoise Barré-Sinoussi posant dans leur laboratoire à l’institut Pasteur à Paris, le 25 avril 1984. Ils partagent le prix Nobel de médecine le 6 octobre 2008 pour leur découverte du virus VIH, avec un scientifique allemand pour ses recherches révolutionnaires sur le cancer du col de l’utérus. (Crédits : Michel Clément/AFP)

    Sans épilogue, une œuvre ne se termine pas. Ainsi, 20 ans après, avec l’attribution du Nobel pour la découverte du VIH, non pas à Gallo, mais à Luc Montagnier et à son associée Françoise Barré-Sinoussi. « On n’a pas réussi à éradiquer l’épidémie ou même l’infection puisqu’on ne sait pas guérir quelqu’un qui est infecté », expliquait à l’Agence France-Presse lors du 30e anniversaire de la découverte. Depuis, les médicaments antirétroviraux permettent en effet de museler efficacement le VIH, mais pas de l’éliminer totalement du corps des personnes infectées. Plus de 36, 3 millions de femmes, enfants et hommes sont morts des conséquences du SIDA…

  • Le professeur Luc Montagnier additionne (1re partie)

    Le professeur Luc Montagnier additionne (1re partie)

    Le prix Nobel de médecine 2008 est décédé, mardi 8 février 2022, à l’hôpital américain de Neuilly. Le fait d’armes que chaque personne retient de lui est la codécouverte du VIH. De 1972 à l’an 2000, il est une figure incontournable de l’institut Pasteur, fleuron de la recherche en France. Depuis l’arrivée du SARS-CoV-2, des scientifiques décriaient les théories du professeur, pour terminer discrédité, par ceux qui le portaient au panthéon de ses pairs. Qui était-il ? Quelles furent ses publications ? Avait-il tort ou raison ?

    Luc Montagnier né le 18 août 1932 à Chabris, dans le Berry, d’où était originaire sa mère. Son nom, l’homme qui vit dans les montagnes, fait référence à la région paternelle, l’Auvergne, qui est faite de riches plaines et de vieux volcans. Son père attrape, dans sa jeunesse, une arthrite streptococcique, qui procure des lésions irréversibles des valves aortiques. Ce qui l’exempte de service militaire et l’oblige à un travail sédentaire. Ainsi, il exerça et excella dans la profession de comptable. Il a commencé à travailler dans la région de Poitiers, puis s’est installé à Châtellerault. Âgé de cinq ans, il est victime d’un accident renversé par une voiture, après avoir traversé une nationale. Le résultat donne deux jours de coma, avec de multiples blessures dont quelques cicatrices restent visible.

    La seconde Guerre mondiale

    Deux années passent lorsque survient l’invasion nazi en 1940. « Mes parents et moi quittant leur maison (proche d’une gare risquée), fuyant sur les routes dans une petite voiture, et finalement plus exposés aux bombardements allemands pendant cet “exode” que si nous étions restés à la maison. » La première année d’occupation allemande a été terrible, raconte-t-il, les « ersatz » ne stimulaient pas mon appétit, alors que je rêvais de chocolat et d’oranges. Son père souffrait d’entérocolite chronique, tandis que son grand-père atteint d’un cancer du rectum, est mort en 1947 après de terribles souffrances.

    Luc Montagnier, avant d’être le professeur et prix Nobel de médecine en 2008 pour la codécouverte du virus VIH, fut un enfant, un adolescent puis un adulte additionnant de multiples et terribles expériences de vie. Toutes celles-ci ont orienter puis déterminer son avenir que nous connaissons. (Crédits : DR)

    « Cela m’a tellement affecté que c’est probablement l’une des raisons pour lesquelles j’ai décidé plus tard d’étudier la médecine et d’entreprendre des recherches sur le cancer. » Soulagé comme la plupart des personnes sur Terre de la fin de la seconde Guerre mondiale, il restera cependant marqué à vie. « Je ne pouvais pas oublier non plus la vision de tant de morts, civils et soldats, et les images de déportés maigres libérés des camps de concentration. Je détesterai les guerres et leurs atrocités pour le reste de ma vie. »

    Faculté de Poitiers

    Bon en physique, en chimie, et moindre en mathématiques, le jeune Luc s’inscrit à la fois à l’école de médecine et à la faculté des sciences de Poitiers. Le but révélé, commencer une carrière de chercheur en biologie humaine, la spécialité n’existait pas, que ce soit en médecine ou en sciences à Poitiers. Au commencement, les écoles et facultés étaient situés dans le centre ville, comme souligne la « Rue des grandes écoles ». Cette dernière relie la place du Maréchal Leclerc (place d’armes pour les poitevins), à la rue Gambetta, non loin du palais des Ducs d’Aquitaine. Accessibles à pied, il passait la matinée à l’hôpital et l’après-midi à suivre des cours de botanique, de zoologie et de géologie.

    Son mentor et professeur de botanique, Pierre Gavaudan en Janvier 1931 au sein du laboratoire de Botanique de la Sorbonne. (Crédits : DR)

    Son professeur de botanique, Pierre Gavaudan, était atypique, il lui doit, explique-t-il d’avoir ouvert son œil à ce qui était le début d’une nouvelle Biologie, la double hélice de l’ADN, la synthèse in vitro des protéines par les ribosomes et la structure des virus. Un présent de la part de son père déclenche ses premières recherches. Il positionnait chez lui, un appareil combinant une caméra de cinéma en accéléré et un microscope. Le futur prix Nobel de médecine étudiais un phénomène connu depuis 1908 sous le nom de phototaxie des chloroplastes. Elle est la propriété de certaines algues vivant à la surface des étangs d’orienter leur grand chloroplaste unique en fonction de l’intensité de la lumière.

    Poitiers pour Paris

    Soutenant ses travaux en petite thèse, au sein de la faculté de Poitiers, à tout juste 21 ans, Pierre Gavaudan, lui demandait d”effectuer des recherches sur les formes L des bactéries. Ce fut la première incursion dans le monde des bactéries filtrantes, soulignait-il. Dans ces années, les références sur ce sujet controversé n’existaient qu’à la bibliothèque de l’Institut Pasteur à Paris. Il quitte sa province et complète ses études de médecine en se rapprochant inexorablement de la neurophysiologie, la virologie et l’oncologie. Engagé à 23 ans comme assistant à la Sorbonne, il se passe deux années avant la première description de l’ARN viral infectieux du virus de la mosaïque du tabac par Fraenkel-Conrat et Gierer, et Schramm détermine sa vocation : devenir virologue en utilisant l’approche moderne de la biologie moléculaire… (suite)