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  • Le retour des voleurs de l’ombre en Uruguay

    Le retour des voleurs de l’ombre en Uruguay

    À Montevideo, l’histoire n’a pas commencé par une sirène ni par une prise d’otages. Elle a d’abord gardé le silence. Un local commercial vide, des allées et venues sans éclat, des voisins curieux. Sous Ciudad Vieja, un tunnel avançait centimètre après centimètre. Trois cents mètres de patience, de calcul et de terre déplacée à la main. Une œuvre discrète, presque obstinée, destinée à ne jamais être vue. Si l’affaire uruguayenne n’est pas entrée dans la légende, ce n’est pas par manque d’ambition. C’est parce qu’elle a été stoppée à temps. Il y a dans l’histoire criminelle une fascination presque littéraire pour les « casses du siècle ». Elles sont des opérations qui conjuguent planification rigoureuse, ingéniosité mécanique et une pointe d’audace presque romanesque.

    De Glasgow au film Le Cerveau jusqu’aux tunnels creusés sous les villes, l’idée de pénétrer une forteresse hante l’imaginaire collectif. Récemment, sous les pavés historiques de la Ciudad Vieja à Montevideo, une opération conjointe des forces de Police met à jour un nouveau souterrain — prémisse d’un méfait qui aurait pu marquer le récit criminel de l’Uruguay.

    Un tunnel trop bien préparé pour être improvisé

    En 1976, à Nice, un tunnel creusé depuis les égouts ouvrait la voie à l’un des clichés les plus emblématiques du « casse parfait ». La salle des coffres de la Société Générale est vidée de 46 millions de francs (34 millions d’euros aujourd’hui), sans un seul coup de feu, mais avec beaucoup de patience. Cinq décennies plus tard, à près de 11 000 km, un nouvel épisode se déroule. Là où l’un fut accompli et légendé, l’autre fut stoppé avant même qu’il n’atteigne sa cible.

    Police, casse, banque

    La découverte du tunnel est le fruit d’une enquête longue, amorcée bien loin d’un coffre-fort. L’enquête débute le 11 septembre 2025, lorsque la police a été alertée au sujet de l’existence possible d’un point de vente de stupéfiants dans la région de Neptune. À partir de cette information, l’enquête a débuté. Puis, au fil des surveillances et des recoupements, un local attire l’attention. Loué depuis, mais 2025, situé à l’angle de Colón et 25 de Mayo, il dissimule un accès vers les entrailles de la ville.

    Le tunnel descend à près de huit mètres de profondeur, rejoint le réseau d’égouts et serpente jusqu’à proximité immédiate de plusieurs établissements bancaires. (Crédits : Ministerio del Interior)

    Rien n’a été laissé au hasard. La onzaine de prévenus avait des outils d’excavation, vêtements de chantier, sacs de gravats, dispositifs de surveillance, drones. La logistique est celle d’un projet de construction conçu pour durer. Le Commissaire général, Julio Sena, rapporte lors d’une conférence de presse l’arrestation de onze personnes : huit hommes et trois femmes, dont cinq Brésiliens, deux Paraguayens et quatre Uruguayens. Tous sont placés en détention préventive.

    Creuser n’est pas anodin, car il n’est pas qu’un moyen d’accès, c’est une signature. Il dit le refus de la confrontation directe, la préférence pour la ruse, le temps long, l’effacement. Dans l’histoire criminelle, il marque une frontière nette entre l’impulsivité et l’ingénierie.

    Le tunnel comme signature

    Mais, travailler sous terre impose une discipline collective. Tout comme le film La Grande Évasion, il faut une ventilation, de l’éclairage, l’évacuation des déblais, une orientation… Rien n’est possible seul. Le tunnel est un acte de groupe, une œuvre coordonnée. (Crédits : Ministerio del Interior)

    Tunnel, banque, casse

    Au cours de la procédure, la police (DGRTID) a saisi deux véhicules, des outils de travail, tels que des pelles et des pointes, des vêtements utilisés pour les rénovations, un drone, des caméras de vidéosurveillance et de l’argent comptant : 30 000 pesos uruguayens, 800 dollars américains et 37 000 reais, entre autres objets utilisés pour la planification du vol. « Il reste aux pompiers de descendre jusqu’aux égouts et de déterminer où se trouvait la sortie finale du tunnel proposé », a déclaré le ministre de l’Intérieur, Carlos Negro.

    Le modèle fondateur d’Albert Spaggiari

    Tout débute à Nice, au mois de juillet 1976. Une bande pénètre dans la salle des coffres de la Société Générale, avenue Jean Médecin en passant silencieusement par les égouts. Trois cent soixante et onze coffres fracturés. Et cette phrase, écrite à la craie, devenue légende : « Ni armes, ni violence, ni haine ». Ce casse fonde une mythologie. Celle d’un crime presque élégant, où la technique supplante la brutalité, à l’instar du gentleman cambrioleur interprété par Georges Descrières « Arsène Lupin ». Il installe l’idée que le sous-sol est un raccourci vers l’impossible — et aussi que la peine maximale encourue varie du simple au triple.

    Tour, banque, casse

    Trente ans plus tard, le modèle s’exporte. En 2006, à Acassuso, en Argentine, le Banco Río est vidé par une équipe qui combine tunnel, faux explosifs, mise en scène médiatique et sortie théâtrale. Le public découvre que le casse peut aussi être un spectacle.

    Le « vol du siècle » signifie une perte d’un million de dollars — au départ estimée à 19 millions de dollars — et 80 kilos de bijoux, mais cela a surtout démontré la vulnérabilité des systèmes de sécurité, conduisant à une réévaluation généralisée des mesures de protection bancaire.

    Les sentences initiales, prononcées en 2010, sont de 15 ans pour De la Torre, 14 pour Araujo, 10 pour Zalloecheverría et 9 pour García Bolster. Fin 2014, toutes les personnes impliquées étaient en liberté, certaines en liberté conditionnelle et d’autres après avoir purgé leurs condamnations. Mario Vitette Sellanes, qui avait une peine de 25 ans, a été expulsé du pays vers l’Uruguay.

    Quand l’ingénierie flirte avec le spectacle

    Un an plus tôt, c’est au Brésil que le vol du Banco Central de Fortaleza franchit le cap industriel. Soixante-dix mètres de tunnel renforcé, ventilé, éclairé. Trois mois de travaux. Des dizaines de millions emportés.

    Mais la criminologie est formelle : ces casses échouent presque toujours à long terme. Parce que le facteur humain résiste mal à la durée. Parce qu’un chantier clandestin laisse des traces. Parce qu’une confidence, une erreur, une dénonciation finit par fissurer le silence.

    (Crédits : DR)

    À Montevideo comme ailleurs, ce ne sont pas les murs qui parlent les premiers, mais les comportements, les langues qui se délient face à la jalousie. La coordination policière, l’analyse des images, le renseignement de terrain réduisent l’espace du mythe. « Cela aurait pu être le vol du siècle », a déclaré le ministre de l’Intérieur, Carlos Negro. Ils estiment que les travaux auraient commencé lorsque le commerce situé à Colón a été loué, le 25 mai.

    Du fait divers à la légende

    Un casse du siècle ne naît jamais au moment du vol, mais après. Dans les récits, les livres, les films. Dans cette zone floue où le crime se transforme en histoire. De Nice à Acassuso, jusqu’aux séries contemporaines comme La Casa de Papel, le public aime croire au génie collectif, à l’intelligence contre le système, à la victoire de l’ombre sur la forteresse. La réalité est moins romanesque. Mais dans le cas d’Albert Spaggiari, c’est autre chose.

    La légende se construit pas à pas. D’ailleurs, en janvier 1982, à Rio, il rencontre Ronald Biggs, le cerveau de l’attaque du train postal Glasgow-Londres, en 1963. Sa vie rocambolesque se clôture par l’attaque foudroyante d’un cancer de la gorge.
    À cette période, les banques ne possèdent pas autant de protection que maintenant, permettant ces frasques. Au final, le facteur humain finit par tout faire capoter. Aujourd’hui, une dénonciation anonyme, une surveillance accrue, une analyse de caméras ou la coordination interservices. Les traces matérielles, même enterrées, se trahissent tôt ou tard. Le progrès des techniques d’investigation réduit l’espace d’impunité. Et même les tunnels les plus discrets finissent par être repérés, documentés et exploités par les enquêteurs. (Crédits : AFP)

    Albert Spaggiari, Nice, casse


    Le casse du siècle n’existe qu’à condition d’être raconté. Celui de Montevideo restera une tentative remarquable, mais inachevée. Une ligne de plus dans une histoire longue, où l’ingéniosité humaine se heurte inlassablement à ses propres limites. Sous les villes, les tunnels continuent d’apparaître. Mais ce qu’ils révèlent surtout, ce n’est pas la perfection du crime. C’est notre fascination intacte pour ceux qui pensent, encore, pouvoir disparaître sous terre… et ressortir inscrits dans la légende.

  • Cinéma. C’est l’anniversaire de l’inauguration du Festival de Cannes

    Cinéma. C’est l’anniversaire de l’inauguration du Festival de Cannes

    Si le Festival de Cannes est le rassemblement le plus médiatique et le plus prestigieux, ses débuts sont étouffés par la Seconde Guerre mondiale. Il devait se lancer du 1er au 20 septembre 1939, mais sera inauguré que le 20 septembre 1946. L’Allemagne nazie envahit la Pologne, le 3 septembre 1939 la guerre est déclarée, la mobilisation générale décrétée. La première Palme d’Or ne sera remise qu’en 2002, lors d’un hommage. À l’unanimité, Pacific Express (Union Pacific) de Cecil B. DeMille remportait la plus haute distinction.

    « Je revois avec netteté ce wagon-lit où revenant du festival de Venise, je n’arrivais pas à trouver le sommeil et où cette idée m’a visité pour la première fois, expliquait Philippe Erlanger au journaliste. Je me remémorais ce qui venait de se passer au festival de Venise qui s’était terminé dans le tumulte parce que la politique avait complètement changé les décisions du jury ».

    Il faut se remettre dans le contexte de l’après Première Guerre mondiale. Bénito Mussolini est à la tête du gouvernement italien de 1922 à 1945. Malgré sa chute le 25 juillet 1943, Mussolini sera remis au pouvoir par l’Allemagne nazie le 22 septembre 1943, en qualité de Duce de la République sociale italienne. Les documentaires Luce sont rendus obligatoires dans toutes les salles d’Italie par un décret-loi du 30 avril 1926. D’après Eiteil Monaco, directeur général de la Fédération nationale fasciste des Industriels du spectacle de 1935 à 1941, « techniquement c’était une propagande très bien faite. Avec ces films, ils étaient tranquilles : le journal d’actualité Luce devait être obligatoirement projeté à chaque spectacle et il était souvent accompagné de documentaires également produits par l’Institut Luce ».1

    Le film Vecchia Guardia, sorti en 1934 est le film d’inspiration fasciste le plus célèbre de la cinématographie italienne. Son metteur en scène, Alessandro Blasetti, rapporte « quand on a projeté le film Vecchia Guardia, la Jeunesse hitlérienne était déployée dans les rues et tout le corps diplomatique s’était déplacé. Hitler me serra violemment la main et tout cela advint par la volonté de Mussolini ».1 En 1938, se crée une nouvelle société para-gouvernementale de production financée et dirigée par Cinecittà. Les pays qui sont des adversaires sur la scène politique internationale y sont dénigrés (États-Unis, Union soviétique, Grande-Bretagne, France).

    « La politisation de la dernière Biennale de Venise en 1938 par les autorités fascistes avait amené les participants à s’en détourner. La France, grâce à Philippe Erlanger, “inventeur” du Festival, en profitera. Ce que la note ne dit pas, c’est que la ville de Cannes s’était déjà mise sur les rangs dès octobre 1938 pour accueillir la manifestation. » (Crédits : Cinemathèque)

    Le fait d’avoir un festival international et indépendant en France fait son chemin. Les tensions sont ressenties jusque dans le 7e art. Le boycott de la Mostra de Venise résulte du palmarès de l’année 1938. La période du cinéma italien dite des « Téléphones Blancs » commence en 1937, elle s’achèvera en 1941. Le jour « J » l’unanimité se fait sur un film américain. Sous la pression d’Hitler, c’est le documentaire de propagande nazie, Les Dieux du stade (Olympia film) de Leni Riefenstahl ainsi que le film italien Luciano Serra, pilote (Luciano Serra, pilota) de Goffredo Alessandrini qui reçoivent la plus haute distinction, nommée « Coupe Mussolini ». La délégation française sur le retour réfléchi à créer un festival, sans pression, ni contrainte. Le Festival de Cannes est .

    « […] nous n’avons pas voulu importer à Cannes le système en vigueur à Venise », expliquait le directeur général des Beaux-Arts, Georges Huisman. Ce n’est qu’en huitième page que cette annonce est faite dans le quotidien Paris Soir. (Crédits : Paris Soir/BnF/Gallica)

    Plusieurs villes se proposent à recevoir ce festival en devenir : Biarritz, Cannes, Nice. Le 9 mai 1939, c’est Biarritz qui est choisie. Déçus, les partisans de la candidature cannoise repartent en campagne. « Les directeurs de palaces cannois prennent contact avec le comité et les ministères qui décident d’étudier de nouveau le dossier. La Ville propose d’augmenter sa participation financière et met à la disposition du comité ses salles de réception et ses équipements touristiques. » Le festival est officiellement attribué à Cannes avec la signature le 31 mai 1939 d’un contrat entre cette ville et l’État, à coup de centaines de milliers de francs.

    La palme d’or fera son apparition en 1955. Elle sera remplacée entre 1964 et 1974 par le grand prix du festival. (Crédits : Iminéo/YouTube)

    Le palais du festival ne sera construit qu’en 1947. Depuis, le cinéma coule des jours heureux, en peignant des vérités dérangeantes, bouleversantes, imaginaires et réelles, mais cinématographiques. Sur 76 ans de festival, dis films français ont été récompensés de la Palme d’Or. À savoir Le Monde du silence (Jacques-Yves Cousteau et Louis Malle, 1956), Les Parapluies de Cherbourg (Jacques Demy, 1964), Un homme et une femme (Claude Lelouch, 1966), Sous le soleil de Satan (Maurice Pialat, 1987), Entre les murs (Laurent Cantet, 2008), La Vie d’Adèle – Chapitres 1 et 2 (Abdellatif Kechiche, 2013), Dheepan (Jacques Audiard, 2015), Titane (Julia Ducournau, 2021), Anatomie d’une chute (Justine Triet, 2023). La 77e édition du festival international du film se tiendra du 14 au 25 mai 2024, à Cannes bien entendu.

    1. Le cinéma italien pendant le régime fasciste ou l’image au service de la propagande de Jean-Pierre Favero dans Sens-Dessous 2014/2 (N° 14), pages 89 à 100 Cairn.info ↩︎
    2. Le cinéma italien pendant le régime fasciste ou l’image au service de la propagande de Jean-Pierre Favero dans Sens-Dessous 2014/2 (N° 14), pages 89 à 100 Cairn.info ↩︎
  • Il y a cent ans… la communication sans fil existait

    Il y a cent ans… la communication sans fil existait

    Nous avons toutes et tous des smartphones, qui ne sont reliés à un fil que pour les recharger, et encore… Imaginiez-vous que le 23 juin 1922, le conseil des ministres par un communiqué assurait que trois fois par jour, nous aurions les prévisions météorologiques ? L’Écho de Paris se faisait le relais de cette information. La conséquence somme toute logique que si la population souhaitait entendre le bulletin météo, il fallait se munir d’un récepteur, pour capter les ondes en partance de la tour Eiffel.

    La communication ministérielle évoquait que les communes ambitionnant de se procurer le précieux appareil, le poste de réception de téléphonie sans fil, le pourrait pour un prix maximum de 200 francs. Elles allaient tomber des nues, avec les engagements des politiques. En fonction de l’endroit où vous situez, la somme demandée varie énormément, en fait de 600 à 3 000 francs. Il parait évident que si vous êtes sur la promenade des Anglais à Nice ou sur le parvis de la cathédrale Saint-Pierre de Beauvais, vous ne paierez pas le même prix. Tout ceci est dû aux composants et à la longueur d’onde, en effet, le signal partait du sommet de la tour Eiffel.

    Qu’il vente, qu’il pleuve, qu’il fasse un « cagnard » ou bien qu’il gèle à pierre fendre, les agriculteurs travaillent dans les champs, et sont régulièrement plus à même de pronostiquer la météo qu’il va faire, car ils sont en contact permanent avec la nature. (Crédits : Sandra M H/Pixabay)

    Par ailleurs, il état proposé un kit pour construire soi-même un excellent appareil de réception, sur la capitale, « il faut dans les communes des appareils non amateurs, mais bien et solidement construits » insinuait le journaliste. Le progrès était pour les agriculteurs, qui si les nouvelles dispositions que le gouvernement venait de décider, pour prédire les intempéries dont ils sont s’y souvent les victimes impuissantes, cela n’empêche pas qu’elles se produisent, l’être humain étant incapable, à priori, d’influer sur Dame nature.

  • Il y a cent ans… un vol de 220 000 francs

    Il y a cent ans… un vol de 220 000 francs

    Les gangsters feraient des scénaristes hors pair. Le 20 avril 1922, un audacieux vol était commis à bord du train omnibus 221. Il reliait la capitale phocéenne à Nice dès 8 h 10. Il faut dire que les malfaiteurs avaient tout prévu, le lieu, le montant du butin, même comment s’échapper sans encombre. L’attaque se produisait alors que le convoi venait à peine de s’engager sous le tunnel de Saint-Barthélemy que le mot action fut prononcé. Il est l’un des vols les plus spectaculaires.

    Le lendemain de Pâques, vous vous dirigez vers votre cadre de villégiature pour profiter de la promenade des Anglais, quand peu après 8 h, un braquage se déroulait dans votre train. Dans le fourgon de tête avait été placée une caisse avec à son bord la somme de 220 000 francs d’époque (soit 25 501 453,82 € selon l’INSEE). À hauteur du tunnel Saint-Barthélemy, comme le quartier du 14e arrondissement de Marseille et la gare (fermée en 2007), les deux complices armés de revolvers et le visage noirci font irruption dans le fourgon. À l’intérieur le conducteur-chef Sandigliano et le wagonnier Claudier-Peneron. Surpris les deux hommes, ne purent que céder à l’invective des deux bandits, sous le joug d’une arme à feu.

    « Leur taille moyenne, habillés proprement même avec une certaine élégance paraissaient parfaitement au courant de la marche du train 221 », insistait le journaliste. (Crédits : DR)

    En possession du magot, les voleurs sautèrent à contre-voie qui ralentit en approchant de la Blancarde (quartier du 4e arrondissement de Marseille). Les deux individus disparurent presque instantanément. Un lampiste de la PLM qui avait aperçu la scène se jeta à leur poursuite en vain. La police et la sûreté de Marseille sont à leur recherche, dans un quartier connu en 1922 comme « assez désert comprenant un remblai, qui permettait aux audacieux filous de dissimuler avec aisance », concluait l’article de L’Action Française.

  • Le jackpotting sévit en France

    Le jackpotting sévit en France

    Il existe dans la mémoire collective des Français des réminiscences de braquages spectaculaires. Celui des 16 et 17 juillet 1976, qui après avoir creusé un tunnel de huit mètres de long, accédait à plus de 300 coffres de la Société Générale de Nice. Le gang des égoutiers dévalisait pour un montant de 46 millions de francs. En 1992, c’est la banque de France à Toulon qui se fait délester de 146 millions de francs (22 millions d’euros). La police ne parviendra qu’à arrêter la moitié des voleurs, ainsi qu’une toute petite partie du butin. Maintenant, ils font du « jackpotting ».

    Le braquage avec armes est celui le plus fantasmé au cinéma. Plusieurs noms d’œuvres du septième art surviennent, « Reservoir Dogs », « Inside Man », « Le Clan des Siciliens », « Point Break », « … et pour quelques dollars de plus », « Le Cerveau », sans oublier « La Casa de Papel ». Mais, selon le ministère de l’Intérieur les vols avec armes, c’est-à-dire armes à feu, armes blanches ou par destination, ont diminué sur le territoire, en 2018 et 2019 7 500 sont constatés, pour 6 900 en 2020. Mais l’image d’une personne portant un collant sur le visage, n’est plus. Désormais, celui qui arrache un distributeur de billets (DAB) à l’aide d’une voiture bélier est de l’histoire ancienne.

    Une photo du tunnel creusé pour accéder à la salle des coffres de la Société Générale à Nice par le gang des égoutiers, qui cambriola la banque, en juillet 1976, avec à leur tête Albert Spaggiari. Avant d’être un criminel, il s’engagea à 17 ans chez les parachutistes, et part pour l’Indochine française. Il y est blessé deux fois et décoré. (Crédits : STF/AFP)

    L’attaque par boîte noire d’un DAB, en anglais « ATM black box attack », est également appelée jackpotting. Cette opération consiste à percer un trou pour accéder à son infrastructure intérieure. Les malfaiteurs déconnectent ensuite le DAB et le relient à un équipement électronique externe, nommé boîte noire. Celle-ci utilise les commandes natives du DAB pour que la machine délivre des billets sans qu’une carte ou une autorisation de transaction soit nécessaire. C’est ce que le distributeur la Banque postale de Simorre, dans le Gers à subit. « Le 2 novembre dernier à 3 heures du matin, deux hommes filmés par la caméra qui surplombe le DAB ont découpé au chalumeau la façade de l’appareil avant d’en prendre le contrôle à distance. La gendarmerie la plus proche étant à une quinzaine de kilomètres et la route départementale traversant Simorre très peu fréquentée la nuit, les hommes cagoulés ont pris tout leur temps pour dévaliser le distributeur », relate Vincent Gautronneau dans Le Parisien. La commune gersoise n’est pas un cas isolé. Les Policiers et gendarmes en ont relevé pas moins de 34 au cours des six derniers mois. « Depuis le début de l’année, 21 enquêtes concernant des attaques par jackpotting ont été ouvertes », spécifie le parquet de Paris.

    Le 16 novembre 2021, une tentative de jackpotting a eu lieu dans une succursale d’Argenta à Dessel (province d’Anvers). « Lors d’un jackpotting, des criminels tentent de manipuler l’ordinateur du distributeur automatique de billets pour qu’il libère tout l’argent », a précisé Christine Vermylen, porte-parole d’Argenta. (Crédits : Liese Demeulenaere/HLN)

    Déjà en juin 2014, les attaques de type « cash out » ou « jackpotting » survenaient. Europol expliquait que les premiers incidents reliés aux logiciels malveillants de guichet automatique bancaire (GAB) se signalaient en Europe occidentale. Selon les statistiques de l’EAST (Association européenne pour les transactions sécurisées), 51 évènements de ce type avaient été notifiés en 2014. D’après le rapport de European ATM Security, les attaques de boites noires augmentaient en 2016. Europol arrêtait en 2017, 27 individus liés à des attaques dites de boites noires de guichet automatique à travers toute l’Europe. Elles ont eu lieu en République tchèque, en Estonie, en France, aux Pays-Bas, en Roumanie, en Espagne et en Norvège. Les auteurs impliqués proviennent principalement de pays tels que la Roumanie, la Moldavie, la Russie et l’Ukraine.

    La mallette du parfait cambrioleur. L’opération conjointe des services de Police de Pologne, d’Allemagne, d’Autriche, de Suisse, de République Tchèque, et Slovaquie ont permis l’arrestation de deux criminels en juillet 2021. (Crédits : Europol)

    En France, durant l’année 2020, après un mois de traque, la police judiciaire et la gendarmerie interpellaient simultanément à Colombes, Laval et Nice, plusieurs cybercambrioleurs originaires d’Europe de l’Est. Deux d’entre eux étaient mis en examen et placés en détention provisoire, attendant le procès. Conformément à l’enquête, une filière internationale procédant sur l’ensemble de l’Europe « ciblait des DAB qu’elle dégradait de nuit pour y connecter un dispositif numérique. Elle laissait à un hacker agissant depuis l’étranger la prise de contrôle du logiciel de distribution de billets », précisait le procureur de Paris, Rémy Heitz. Les attaques qui ont eu lieu en Allemagne ainsi que dans d’autres pays à travers l’Europe semblent être produites « par le biais d’un logiciel russe appelé Cutlet Maker », qui, selon Motherboard, peut être acheté pour 1000 dollars (USD). Aux États-Unis, un programme dénommé Ploutus. D serait plus populaire, explique Trust My Science. Une vidéo, réalisée par l’entreprise de sécurité informatique Kaspersky, montre comment s’effectue un jackpotting sur un DAB standard. La chaine You Tube « Tomorrow Unlockeb », by Kasperky propose un documentaire sur ce fléau, avec en vedette Barnaby Jack.

    À distance, grâce à des lignes de code, les criminels prennent le contrôle du DAB. Le reste de l’équipe attend devant que ce dernier s’ouvre, et déverse son contenu, sans se vider entièrement, pour ne pas déclencher l’alarme. Une capture d’écran du panneau de commande du logiciel Cutlet Maker. (Crédits : Cryptoinsane/Twitter)

    En plein été 2021, les autorités polonaises interpelaient deux individus qui commettaient des attaques de type « boîte noire » contre des DAB. Les malfaiteurs connectaient des appareils électroniques à un distributeur et le forçaient à distance à cracher tout son argent. Les deux suspects, tous deux de nationalité biélorusse, ont été arrêtés à Varsovie le 17 juillet. Les criminels ciblaient en général l’identique marque et le même modèle de DAB. Leurs méthodes étaient toujours la même. Ils accédaient aux fils du DAB en perçant des trous, ou en faisant fondre des parties de celui-ci. Cela leur permettait de connecter la machine à un ordinateur portable qui était ensuite utilisé pour envoyer des commandes de relais qui faisaient que la machine distribuait tout son argent. L’enquête a révélé des dizaines d’attaques dans au moins sept pays européens, pour un montant estimé à 230 000 euros en espèces.