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  • Pourquoi les fourmis ne se perdent jamais ?

    Pourquoi les fourmis ne se perdent jamais ?

    Une file indienne, parfaitement ordonnée. Pas de klaxons, pas de feux rouges, pas même de panneaux indicateurs. Pourtant, dans la poussière d’un sentier, ou au creux d’un mur, les fourmis tracent des itinéraires d’une rigueur digne des plus grands pilotes. La scène intrigue. Comment ces insectes au cerveau minuscule parviennent-ils à s’orienter avec une précision redoutable ? Alors que nous-mêmes, être humain intelligents, armés de smartphones et de GPS dernier cri, finissons parfois par tourner en rond ?

    Pour résoudre cette énigme, il faut voyager au croisement de la biologie, de la chimie et de l’intelligence collective. Le premier secret des fourmis se cache dans leurs glandes. Lorsqu’une éclaireuse découvre une source de nourriture, elle dépose sur le sol une trace chimique. C’est une sorte de « fil d’Ariane » biologique composé de phéromones. Rapidement, d’autres ouvrières suivent ce chemin invisible, renforçant la piste en l’imbibant à leur tour de molécules odorantes.

    L’une des reines de l’orientation

    C’est ainsi qu’une simple découverte individuelle devient une autoroute chimique, empruntée par toute la colonie. Mais cette boussole n’est pas infaillible. Sous la pluie, ou si le vent disperse les phéromones, la trace disparaît, obligeant les fourmis à activer un plan B. Elles activent d’autres sens, d’autres GPS.

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    Certaines espèces, notamment les fameuses fourmis du désert Cataglyphis velox, ont développé une seconde technologie digne d’un Magellan. Elles lisent le ciel. Dotées d’yeux composés et ultra-performants, elles sont capables de percevoir la polarisation de la lumière solaire. Même quand le soleil disparaît derrière l’horizon, ce code lumineux invisible à nos yeux leur sert de repère, un peu comme une boussole intégrée.

    Les scientifiques ont observé ces fourmis dans des environnements extrêmes : malgré des trajets apparemment chaotiques, elles retrouvent leur nid avec une précision chirurgicale, calculant mentalement la distance parcourue et les angles changés. Une prouesse mathématique dans un cerveau grand comme une poussière. (Crédits: Monstera Production/Pexels)

    Ce qui est véritablement impressionnant et démontré par l’étude de « L’odométrie par flux optique fonctionne indépendamment de l’intégration de la foulée chez les fourmis transportées ». Elles possèdent des capacités d’orientation hors norme. Dans le désert, les Cataglyphis velox s’orientent avec le soleil. Elles usent de podomètre, possèdent un compteur d’images. Cela leur permet de se repérer même à reculons, et de mémoriser l’emplacement d’une proie. Il ne manquerai plus que le géomagnétisme. Les plus jeunes effectuent des tours sur elle-même pour adopter les repères du nid et utilisent le champ magnétique terrestre.

    Un cerveau miniature, mais efficace

    Le cerveau d’une fourmi offre 250 000 neurones, quand l’être humain affiche 86 milliards qui se pressent dans nos têtes, et pourtant… Ce « nano-ordinateur » stocke une représentation spatiale du monde environnant. Les fourmis combinent signaux chimiques et données visuelles pour construire une carte mentale. Ce que les neurosciences nomment « mémoire spatiale » devient, chez elles, l’équivalent d’un mini-GPS neuronal.

    Isolée, une fourmi est vulnérable, mais réunies, elles forment ce que les biologistes appellent un super-organisme. Chaque décision individuelle fait sens dans le collectif.
    De manière psychologique, l’observation fascine. Il n’existe aucune angoisse existentielle, ni hésitation.

    L’individu se fond dans l’élan commun. Chaque fourmi est donc portée par la confiance instinctive dans la colonie. Le manque de confiance fait naître l’angoisse. L’angoisse (humaine) naît souvent de la séparation et de l’excès de conscience individuelle. Car le caractère affectivement et physiquement pénible de l’angoisse détourne la conscience du monde et la ramène sur la personne. La fourmi, au contraire, trouve sa sécurité dans l’effacement de soi au profit du groupe. (Crédits: SHVETS production/Pexels)

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    Ici, le parallèle avec nos propres vies devient piquant. Hyperconnectés, dépendants de nos téléphones, beaucoup d’entre nous sont incapables de retrouver leur domicile sans la douce voix artificielle d’une GPS, pas plus que de lire sur une montre à aiguilles, l’heure. Dès que la batterie tombe en rade, l’angoisse surgit.

    Une grande leçon en miniature

    Les fourmis, elles, ne doutent jamais. Leur mémoire, leur simplicité et leur coopération suffisent là où la technologie nous dessert parfois. Le paradoxe est cinglant : notre cerveau gigantesque trébuche souvent là où le leur, minuscule, excelle sans effort. Pourquoi les fourmis ne se perdent jamais ?

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    Parce qu’elles ont mis au point, bien avant nous, un système hybride mêlant signaux chimiques, lecture du ciel, mémoire neuronale et confiance absolue dans le collectif. Tout cela, sans un seul satellite, sans cartes numériques et sans besoin de sécuriser cent mots de passe. Et si la vraie question n’était pas « pourquoi elles ne se perdent jamais », mais « pourquoi nous, humains, nous égarons si facilement, malgré nos prodigieuses machines et nos cerveaux gigantesques ? »

    Les neurosciences le montrent : l’orientation humaine mobilise l’hippocampe, la mémoire spatiale, les repères visuels, mais aussi l’attention et la charge cognitive. Or nous déléguons de plus en plus ces fonctions à des dispositifs externes. À force de suivre une voix synthétique, nous sollicitons moins nos cartes mentales internes. Là où la fourmi renforce ses circuits par l’usage, nous externalisons les nôtres. (Crédits : cottonbro studio/Pexels)

    La différence n’est donc pas une question de taille du cerveau, mais de stratégie. La fourmi est spécialisée. L’humain est polyvalent. Elle optimise. Nous complexifions. Elle répète. Nous interprétons. Ce que les fourmis nous enseignent n’est pas la supériorité de l’instinct sur l’intelligence, mais la puissance de la cohérence. Elles alignent perception, mémoire et action sans friction interne. Nous, au contraire, devons arbitrer en permanence entre désir, prudence, distraction et abstraction.

    Peut-être parce que les fourmis nous rappellent une vérité simple : l’orientation, ce n’est pas qu’une affaire de technologie, mais d’attention, de mémoire… et d’un peu d’humilité.

  • Qui a la meilleure mémoire : l’éléphant ou la pieuvre ?

    Qui a la meilleure mémoire : l’éléphant ou la pieuvre ?

    La mémoire est un outil essentiel pour la survie dans un monde naturel. Aujourd’hui, peu utilisent leur mémoire, remplacée par ce bon vieux smartphone, et pourtant. Elle est indispensable. Le sujet de la mémoire peut provoquer un duel absurde sur la question. Cela dit, il éclaire notre manière de penser le monde. Car, qui de l’éléphant ou de la pieuvre détient la meilleure mémoire ? Souvent, l’être humain place l’Homme au-dessus de la liste. Mais est-ce, en proportion gardée, une place de tout premier, ou est-ce une affabulation ?

    L’un parcourt les plaines de la savane comme les forêts tropicales et subtropicales, conduit par la mémoire de ses ancêtres. L’autre est tapi dans l’ombre des profondeurs, dans son royaume marin. Deux animaux au sein de deux mondes nous offrent deux formes d’intelligence. Et qui sait, une leçon sur nous-mêmes, sans avoir à interroger l’IA.

    La mémoire ancestrale au service du troupeau

    Nous avons toutes et tous entendu la fameuse expression : « avoir une mémoire d’éléphant ». Et pour cause. L’éléphant est capable de retenir les visages, les chemins, les dangers, les points d’eau, des décennies durant. Une matriarche peut conduire son groupe vers une mare oubliée en période de sécheresse, sur la base d’un souvenir vieux de plusieurs années. Cette mémoire remarquable est essentielle à sa survie et à celle du troupeau.

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    Elles détiennent un savoir transmis au fil des générations. Cela permet une guidance du groupe vers des ressources vitales, même dans les environnements les plus arides.

    Cette mémoire s’étend au-delà des simples faits. Elle englobe des connaissances sociales, sociétales, acquises au cours de décennies d’expérience. Les éléphants sont tout aussi capables de reconnaître des individus grâce à des vocalisations uniques, un peu à la manière des prénoms. Ce qui facilite la cohésion et la communication au sein du groupe.

    Cette mémoire collective se nourrit de l’expérience et de la transmission. Ce qui constitue le socle de la structure sociale des éléphants, où chaque membre joue un rôle essentiel dans la préservation de la communauté. (Crédits : Pixabay/Pexels)

    Selon une étude menée au Kenya par le biologiste Richard Byrne, les éléphants peuvent reconnaître plus de cent individus à leur simple barrissement. Ils différencient les amis des ennemis. Leur mémoire sociale est aussi étendue que la spatiale. Elle se transmet par apprentissage cognitif au sein du troupeau. Leur cerveau ? L’un des plus imposants du règne animal, environ 5 kg (1,4 kg pour l’Homme), avec un hippocampe très développé. L’hippocampe est une structure du télencéphale des mammifères, qui appartient au système limbique et joue un rôle central dans la mémoire et la navigation spatiale.

    Le poulpe, maître des énigmes

    Face à ce colosse terrestre, la pieuvre semble presque fragile. Et pourtant, grâce à ses huit bras, ses ventouses, son cerveau éclaté en plusieurs centres nerveux : tout chez lui respire l’étrangeté et l’ingéniosité. « Elles ont trois cœurs et plusieurs cerveaux, possèdent une intelligence qui peut rivaliser avec celle d’animaux comme les corbeaux (connus pour leur intelligence) et les singes, et leurs capacités de communication visuelle sont mystérieuses et séduisantes », explique Stéphanie Schmidt dans Trust My Science.

    Des chercheurs du SISSA à Trieste, de la SZN à Naples et de l’IIT à Gênes ont séquencé le génome de trois individus de deux espèces différentes. À savoir, la pieuvre commune (Octopus vulgaris) et la pieuvre à deux points de Californie (Octopus bimaculoides). Ils y ont décelé des éléments génétiques mobiles, les transposons.

    Le transposon, appelé gène sauteur, est une séquence d’ADN capable de se déplacer de manière autonome dans un génome, par un mécanisme appelé transposition.

    Une étude de l’Institut de neurosciences de Naples a montré que, malgré une évolution séparée de celle de l’être humain, elle partage avec nous des bases biologiques de mémoire. (Crédits : Pia B/Pexels)

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    Pour autant, « nous ne savons pas si leurs comportements apparemment complexes sont même étayés par une intelligence complexe ou s’ils utilisent des raccourcis cognitifs pour régir de tels comportements », explique Alex Schnell de l’université de Cambridge.

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    Néanmoins, au niveau des cellules nerveuses des pieuvres, « les transposons de la famille LINE (Long INterspersed Element) semblent conserver leur activité de copier-coller, à l’instar de ce qui se produit dans certaines zones du cerveau humain impliquées dans l’apprentissage et la mémoire », concluent les auteurs.

    Pour eux, cette similitude entre l’homme et la pieuvre serait le résultat d’une « convergence évolutive ». Simplement acquise de façon indépendante au sein de lignées distinctes, par la sélection naturelle, sous la pression de l’environnement.

    Différentes manières d’apprendre, en mémorisant ou en copiant. Certaines apprennent en observant leurs congénères. La pieuvre mimétique (Thaumoctopus mimicus) est passée maître dans l’art de la dissimulation. (Crédits : Ann Antonova/Pexels)

    Sa mémoire est rapide et adaptative. Si pendant longtemps la pieuvre est considérée comme solitaire, des doutes sont apparus depuis qu’en « 2012, Peter Godfrey-Smith […] et […] Matthew Lawrence ont pourtant observé des pieuvres sombres (Octopus tetricus) vivant en groupe sur une formation rocheuse de la baie de Jervis, au sud de Sydney, en Australie. »

    L’homme fait face aux miroirs

    Et nous, humains, où nous situons-nous entre la matriarche des plaines et le maître des énigmes abyssales ? Notre mémoire est polymorphe, éclatée en plusieurs facettes : mémoire à long terme, mémoire de travail, mémoire émotionnelle, mémoire procédurale. Comme l’éléphant, nous sommes des créatures de la transmission : nous racontons, nous enseignons, nous écrivons pour que le savoir survive au temps.

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    Mais, à l’instar de la pieuvre, nous savons aussi improviser, résoudre un problème inédit, bricoler une solution dans l’urgence. Notre mémoire est donc un mélange des deux : héritière des ancêtres, mais aussi stratège de l’instant.

    L’éléphant nous rappelle l’importance des racines et des liens sociaux, quant à la pieuvre, elle nous invite à cultiver l’agilité de l’esprit. Entre la lenteur majestueuse et la fulgurance tentaculaire, l’homme oscille, capable du meilleur comme du pire.

    Peut-être que la véritable mémoire humaine, au fond, ne se résume pas à retenir ou à comprendre, mais à donner du sens — à transformer un souvenir en histoire, et une histoire en civilisation.

    (Crédits : Josh Sorenson/Pexels)

    Alors, comparer l’éléphant et la pieuvre, c’est opposer deux philosophies. L’éléphant incarne la durée. La pieuvre, elle, brille dans l’instant présent. L’un se souvient pour transmettre, l’autre pour survivre. Tous deux nous obligent à élargir nos définitions : la mémoire n’est pas seulement l’art de conserver, elle est aussi l’art de réagir, d’interpréter, d’inventer. Alors, qui a la meilleure mémoire ? L’éléphant ou la pieuvre ? La question est peut-être mal posée. Car il n’y a pas de hiérarchie entre ces deux formes de génie, uniquement des adaptations différentes à deux mondes irréconciliables : la terre et l’océan. La véritable mémoire n’est pas celle qui se mesure, mais celle qui permet d’habiter son milieu avec justesse. Et dans ce jeu silencieux, éléphants et pieuvres nous rappellent qu’il existe mille manières de penser… et autant de façons de se souvenir.

  • « Quand je dirai ça à ma femme »

    « Quand je dirai ça à ma femme »

    Parfois, la durée d’une situation aussi courte soit elle vous marque à jamais. Elle crée en peu de temps un souvenir mémorable qui restera gravé, bien des années plus tard. Les séries « Columbo », « Amicalement vôtre », « Chapeau melon et bottes de cuir » sont emblématiques d’une époque. J’imagine facilement que vous vous rappelez votre premier jour de collège, votre premier baiser, le cadeau merveilleux que vous eussiez espéré un soir de Noël ou d’anniversaire, le premier chagrin, la première chute… Mais comment se forment ses souvenirs ?

    Ah ! La mémoire ! Quel outil magnifique, malléable et façonnable ! Utile à l’écolier, au physionomiste d’une entrée de discothèque, d’un musée… Puis, avec les années, ils s’envolent, se raréfient. Mais que sont-ils ? Des moments de bonheur s’ils sont partagés.

    Parler pour ne rien dire et s’en souvenir

    Le lieutenant Columbo, policier de la brigade criminelle de Los Angeles, est un personnage de fiction mythique. Avec son air nonchalant, son aspect négligé, un fouillis capillaire ordonné, et cette phrase désormais culte « Quand je vais dire ça à ma femme », pour les plus de 30 ans. Par ailleurs, l’épouse de l’acteur apparaîtra à l’écran à différentes reprises, mais aucune fois vous ne verrez l’épouse du lieutenant. Elle fait partie de votre mémoire, sans n’avoir jamais existé.

    Cette expression est issue du soap-opéra aux 13 saisons et 129 épisodes. Le premier date du 20 février 1968 sur la chaîne NBC, et se clôture le 30 janvier 2003 sur ABC. Le personnage joué par Peter Michael Falk a tenu en haleine de nombreux téléspectateurs à travers le monde. Le concept était original, car la série commence toujours par le meurtre et chacun suit, pas à pas, son enquête. Tout autant le sobriquet du Basset Hound paresseux comme pas deux, « le chien ». Avez-vous d’autres souvenirs de cette série ?

    Ce n’est pas un hasard si elles ressurgissent intactes, parfois au détour d’une phrase ou d’un générique. Elles activent ce que les neurosciences appellent la mémoire émotionnelle et la mémoire procédurale : celle qui ne passe pas par l’effort conscient, mais par l’automatisme. Une musique, une silhouette, une réplique suffisent à réveiller tout un faisceau de réminiscences.

    (Crédits : NBC Televisions)

    Le cerveau associe alors images, émotions, contexte et sensations, les reliant dans des réseaux neuronaux durables. Ainsi, Columbo ou Amicalement vôtre ne sont pas seulement des objets culturels ; ils deviennent des déclencheurs mnésiques, des raccourcis vers un passé partagé. La fiction, bien écrite, ne s’efface pas : elle s’imprime. Selon la génération, certains évoquent Le Prisonnier, d’autres Game of Thrones, Breaking Bad, The Boys, Entrevias ou L’Agence tous risques… Aussitôt, des images surgissent : un générique fredonné sans y penser, un canapé un peu usé, un rendez-vous tacite à heure fixe.

    Ces soap-opéras ne se regardent pas distraitement. Ils rythment les semaines, accompagnent l’enfance ou l’adolescence, et laissent derrière elles des traces tenaces, presque tendres. Ils appartiennent à ces souvenirs qui reviennent sans prévenir, chargés d’odeurs, de silences et d’émotions intactes.

    Amicalement vôtre, ou en anglais « The persuaders », est une série britannique de 24 épisodes de 50 minutes diffusées entre le 17 septembre 1971 et le 25 février 1972. Elle le sera en France, sur la deuxième chaîne, qui deviendra Antenne 2 le 6 janvier 1975. Elle met en scène deux individus riches et quelque peu désœuvrés. L’aristocrate britannique Lord Brett Sinclair, quinzième du nom, incarné par Roger Moore, puis Daniel Wilde dit « Danny », personnage interprété par Tony Curtis. (Crédits : DR)

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    Lorsque vous écoutez le générique de la série, elle évoque des souvenirs de votre enfance, non ? Une dernière, où les héros et antihéros se côtoient, « Chapeau melon et bottes de cuir ». La bande-son doit ouvrir vos écoutilles. Vous plongez un dimanche après-midi, chez vos grands-parents. Notre mémoire peut enregistrer un événement, une phrase, une action, un automatisme… en seulement quelques secondes. Toutes nos réminiscences sont liées aux neurones. Précisément la mémoire se compose de cinq systèmes interconnectés, avec des réseaux neuronaux distincts. Je vous sens largués, pas de panique, j’explique !

    La création de souvenirs

    La mémoire est semblable à une recette de gâteau, elle contient plusieurs constituants. Ainsi, les ingrédients sont rangés à divers endroits du cerveau. Comme le sont le sucre, les œufs, le yaourt, la farine et la levure sont rangés dans un placard, chacun à sa place. Une situation enregistrée sera décomposée en odeur, son, goût, image, et toucher. Ainsi, sentir le parfum de l’aimée sur vos vêtements, et son visage vous apparait. L’hippocampe, pas le poisson, fixe ces informations et peut le relier entre elles, afin de créer le souvenir.

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    L’Hippocampe est le siège de bien des rêves. Concernant celui se trouvant dans nos océans, il possède la particularité de la gestation. A contrario des êtres humains, c’est la femelle qui pond et dépose les œufs dans la poche ventrale du mâle.

    Revenons à nos moutons. L’influx nerveux sert à restituer l’anecdote passant de neurone en neurone grâce à des molécules, fondant les traces mnésiques. La répétition crée des liaisons entre neurones ; elle est plus efficace lorsque le sujet à mémoriser suscite de l’attention, de l’intérêt ou des émotions. Dans un système d’information, l’indexation permet de trier ses données. Relier les souvenirs et apprentissages disparates au cours de son existence s’avère nécessaire, pour que les nouvelles infos se greffent aux autres savoirs. Ainsi, vous vous remémorer des mots de passe compliqués, ou des phrases de codes pour entrer dans un club privé ou clandestin à l’époque d’Al Capone.

    À cette alchimie s’ajoute la distinction entre les différentes formes de mémoire. La mémoire épisodique conserve les scènes vécues, situées dans un temps et un lieu précis : un parfum, un rire, un soir d’été. La mémoire sémantique, elle, emmagasine les connaissances, les mots, les concepts, indépendamment de leur contexte d’acquisition. Quant à la mémoire procédurale, elle agit en silence : elle permet de marcher, de conduire, de taper un code sans y penser, comme un courant marin discret, mais constant. Enfin, la mémoire perceptive s’ancre dans les sens ; elle reconnaît une voix, une silhouette, une musique, parfois avant même que la conscience ne s’en mêle.

    Ainsi, le souvenir n’est jamais une entité figée. Il ressemble davantage à une mer intérieure, traversée de courants, de strates et de reflux. Chaque rappel modifie légèrement la trace initiale, comme une vague redessine le rivage. En médecine, on sait que l’émotion joue ici un rôle clé : elle agit comme un catalyseur biologique, facilitant la consolidation mnésique par des mécanismes neurochimiques précis. Ce que l’on ressent intensément s’imprime plus profondément. Le cerveau juge l’information digne d’être conservée. (Crédits : Redforest_Nate/Pixabay)

    C’est pourquoi certaines réminiscences ressurgissent sans effort, tandis que d’autres s’étiolent. La mémoire ne se contente pas de stocker : elle sélectionne, hiérarchise, oublie. Et cet oubli n’est pas une défaillance, mais une fonction vitale. Comme l’océan ne conserve pas chaque vague, le cerveau ne peut tout retenir. Il ne garde que ce qui fait sens, ce qui relie, ce qui touche.

    Les poupées russes de la mémoire

    Le premier jour d’école, le premier baiser, ou encore le tout nouveau vélo, toutes ces informations sont issus de cinq systèmes interconnectés, impliquant des réseaux neuronaux distincts, et composant la mémoire.

    1. La mémoire de travail est au cœur du système.
    2. La mémoire sémantique et la mémoire épisodique sont deux systèmes de représentation consciente à long terme.
    3. La mémoire procédurale permet des automatismes inconscients.
    4. La mémoire perceptive est liée aux différentes modalités sensorielles.

    On entend parfois le terme « mémoire à long terme », qui dépeint toutes les mémoires sauf celle du travail, également appelé « opérationnelle ». Cette dernière est celle du présent (ou à court terme), octroie de manipuler et s’approprier des informations pendant la réalisation d’une tâche ou d’une activité, ce qui est nécessaire lors d’un apprentissage. On la sollicite en permanence.

    Quand vous rencontrez votre crush et que votre batterie de smartphone est vide, tout est fini ! Que nenni ! C’est grâce à elle que vous retenez son numéro de téléphone le temps de le noter. Vous répétez intellectuellement les nombres en recourant à une boucle phonologique, ou bien par la méthode d’image mentale, simple, non ?!? Les informations qu’elles véhiculent peuvent être rapidement effacées, ou stockées dans la mémoire à long terme, c’est la mémoire tampon. Comme l’explique le film Vice-Versa avec les différentes boules de couleurs.

    Le processus suivant use deux types de mémoires étroitement imbriquées l’une dans l’autre, la sémantique et l’épisodique. La première est celle du langage, des connaissances sur le monde et de soi. Elle s’érige et se réorganise tout au long de notre vie. Les rencontres, l’apprentissage et la mémorisation de concepts génériques (sens des mots, savoir sur les objets), et individuels (savoir sur les lieux, les personnes…) sont essentiels à sa construction. L’épisodique est celle des moments vécus. Quand l’oncle baroudeur raconte à table ses péripéties de voyage, il l’utilise.

    (Crédits : Disney/Pixar)

    Dessin animé, Disney, vice-versa

    Elle permet de nous situer dans le temps et l’espace et, ainsi, de se projeter dans le futur. « Dans sa forme typique, la maladie d’Alzheimer débute généralement par une atteinte précoce de la mémoire épisodique (ou souvenir des événements personnellement vécus dans un contexte spatio-temporel particulier), qui s’étend à d’autres domaines de la cognition, et dont la sévérité est telle que la réalisation des activités de la vie quotidienne s’en trouve perturbée », soulignent Jessica Simon et Christine Bastin. La mémoire épisodique se constitue entre les âges de trois et cinq ans. Les détails précis disparaissent progressivement, tandis que les traits communs à différents événements vécus deviennent petit à petit des connaissances générales.

    Les automatismes de la vie

    La mémoire procédurale est celle des automatismes. Elle nous offre de conduire, de marcher, de manger, de faire du skate-board ou de jouer de la musique sans avoir à réapprendre à chaque fois. Tous ces processus s’effectuent de manière inconsciente. Personne ne peut vraiment expliquer comment nous tenons en équilibre sur une bordure de trottoir sans tomber.

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    La dernière et pas la moindre, s’appuie sur nos sens et fonctionne la plupart du temps à l’insu de l’individu. Elle permet de retenir des images ou des bruits sans s’en rendre compte. C’est elle qui permet à une personne de rentrer chez elle par habitude. C’est elle qui, après un déménagement, nous amène à nous retrouver au pied de l’ancien immeuble fortuitement.

    Cette mémoire permet de se souvenir des visages, des voix, des lieux. Avec la mémoire procédurale, la mémoire perceptive offre à l’humain une capacité d’économie cognitive, qui lui autorise de se livrer à des pensées ou des activités spécifiques tout en réalisant des tâches devenues routinières. Ainsi, vous pouvez entendre l’impact sur la mémoire procédurale (visages, voix…), et l’épisodique avec la disparition des mouvements inconscients de la vie quotidienne, de la maladie d’Alzheimer. (Crédits : Pixabay/Pexels)

    Les vacances permettent de créer des toiles de fond, des premières fois, des expériences agréables. La seule vue d’une plage peut nous transporter à ces instants gravés dans notre cerveau, notre mémoire, une fois rentré chez nous.
    « N’attendez pas que vos souvenirs s’effacent, que les personnes auxquelles vous tenez obscurcissent les leurs, pour partager des moments heureux de la vie ! »