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  • Flame, le virus fantôme

    Flame, le virus fantôme

    En mai 2012, les experts de Kaspersky, le laboratoire de cybersécurité basé à Moscou, annoncent une découverte qui fait date : un programme-espion d’une complexité inédite rôde sur les réseaux du Proche-Orient. Son nom : « Flame ». Les recherches indiquent que plus de 1 000 machines sont identifiées comme infectées. Les systèmes d’information appartiennent à des pays savamment ciblés. L’Iran, en fer de lance, mais aussi le Liban, la Syrie, le Soudan ou encore les Territoires palestiniens.

    Rapidement, la presse spécialisée évoque une campagne d’espionnage à grande échelle — un projet hautement stratégique, silencieux et méticuleusement ciblé. Il n’est pas comme Stormous qui revendique une cyberattaque contre les systèmes de l’Éducation nationale. Flame n’est pas un ransomware ni un ver destructeur. Il n’efface rien, ne bloque rien, mais il observe, collecte, intercepte. Une opération de renseignement cybernétique, probablement conçue pour durer dans le temps, à l’insu de ses victimes.

    Aux origines du cyberespionnage d’État

    Ce qui frappe immédiatement les analystes, c’est la richesse fonctionnelle du programme malveillant. Il est tout sauf un simple, déjà par son poids de 20 Mo. Il s’apparente plus à une plateforme d’espionnage modulaire. Ses opérateurs peuvent l’adapter en fonction des cibles et des besoins. « Il est beaucoup plus difficile de pénétrer un réseau, d’en apprendre plus à son sujet, d’y résider pour toujours et d’en extraire des informations sans être détecté que d’entrer et de se piquer à l’intérieur du réseau, causant des dommages », déclare en 2012 Michael V. Hayden, un ancien directeur de la NSA et directeur de la CIA ayant quitté ses fonctions trois ans plus tôt.

    Flamme, feu, chaleur

    Parmi ses fonctionnalités : l’interception des e-mails et des documents de type Word, Excel, PDF ; l’enregistrement des conversations audio, via l’activation du micro ; des captures d’écran régulières, lors de l’usage de logiciels spécifiques ; l’analyse du trafic réseau et des connexions Bluetooth ; et l’extraction furtive des données vers des serveurs distants.

    Le tout dans un code d’une taille peu ordinaire. Il représente près de 20 mégaoctets, soit dix à vingt fois plus qu’un malware classique en 2012. Cerise sur le gâteau, il est capable de se mettre à jour à distance, de s’auto-effacer, sans oublier le principal : échapper à la détection des antivirus traditionnels. Il dépeint, en 2012, le summum de l’ingénierie logicielle appliquée à l’espionnage. (Crédits : Miriam Espacio/Pexels)

    Comme Stuxnet, pas besoin de test de paternité pour émettre des soupçons précis et vraisemblables. Tout laisse à penser qu’il s’agit d’un outil conçu par un État ou un groupement interétatique. Pour étayer ces propos, les experts en rétro-ingénierie, entre autres, s’appuient sur la sophistication du code, la durée de développement supposée, la précision géopolitique du ciblage. Devant autant d’indices convergents, aucun doute. Un magistrat construit un faisceau d’indices. Ce dernier est un ensemble d’indices qui, par leur convergence, permettent de prouver un fait juridique ou un acte juridique.

    Une signature discrète mais révélatrice

    Une proximité avérée avec Stuxnet, le ver informatique qui a frappé les centrifugeuses nucléaires iraniennes en 2010. Certaines parties de code semblent partagées ou s’inspirent des mêmes bibliothèques. Un autre membre de la famille apparaît également : Duqu. Ce dernier est considéré pour avoir été créé par l’unité israélienne 8200. « L’unité 8200 est probablement la meilleure agence de renseignement technique au monde et se situe au même niveau que la NSA à tout point de vue, sauf l’échelle », explique Peter Roberts, chercheur principal au Royal United Services Institute de Grande-Bretagne.

    Bien entendu, aucune preuve formelle ne confirme ces allégations. Des enquêtes journalistiques, comme les « Pandora papers », les « Panama papers » et des rapports de cybersécurité, affirment que Flame s’inscrit dans l’identique lignée que Stuxnet, connu sous le nom d’« Olympic Games ».

    C’est un tournant, au moins pour le grand public. Il s’agit alors d’un outil digne de la guerre froide numérique. Très utile à des fins de collecte à grande échelle, sur le long terme, dans des zones de tension diplomatique.

    Le niveau est monté d’un cran. La logique n’est plus de punir ou d’extorquer, mais de savoir avant tout le monde. Pour anticiper les mouvements, cartographier les réseaux décisionnels, scientifiques ou militaires. (Crédits : Kevin Ku/Pexels)

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    Les militaires habitués aux codes de la Guerre voient une évolution drastique. Plus un bruit, pas de fumée, aucun champ de bataille visible. Flame déclare un changement de paradigme. Dans le cyberespace, la guerre n’est plus annoncée. Elle est diffuse et permanente, méthodique et chirurgicale. Les règles classiques de souveraineté et du droit international peinent à s’y appliquer. Le cyberespace devient un terrain de manœuvre parallèle, peuplé d’outils invisibles et de fronts mouvants.

    Héritage et enseignements


    Plus de dix années après sa découverte, il continue d’occuper une place particulière dans la mémoire. Il contribue à dévoiler au grand public l’existence d’une cyberactivité étatique soutenue, financée et technologiquement avancée. Il montre ou démontre que les États, eux aussi, pouvaient être acteurs — voire pionniers — d’un certain niveau de « piratage ».

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    Depuis, d’autres campagnes ont été révélées : Equation Group, Shadow Brokers, Pegasus… D’ailleurs, dans le cadre de l’enquête qui concerne les données recueillies, via Pegasus, par le consortium de journalistes, onze États sont pointés du doigt. Le Maroc, le Mexique, l’Arabie saoudite, l’Inde, l’Indonésie, les Émirats arabes unis, le Kazakhstan, l’Azerbaïdjan, le Togo et le Rwanda. En Europe, seule la Hongrie est visée par l’enquête.

    Depuis, une accélération de la militarisation du cyberespace et une prise de conscience mondiale des vulnérabilités systémiques qui nous entourent. Quoique sur la prise de conscience de vulnérabilité, il subsiste des doutes. (Crédits : Pixabay/Pexels)

    Flame n’est pas une simple concaténation de lignes de code. C’est un prélude à une ère nouvelle, une ébauche d’une société différente, où la cyberguerre n’est plus une hypothèse, mais une composante bien réelle des relations internationales. Les fuites successives et massives de data, la propagande, les communications tronquées, les diversions font partie d’un tout. Le programme malveillant Flame permet d’effectuer un retour vers le passé pour envisager un futur, qui se vit au présent.

  • Cyberattaque: de Châteauroux à Lugo

    Cyberattaque: de Châteauroux à Lugo

    Rien à voir entre les deux villes, l’une dans le centre de la France, l’autre dans la Galice en Espagne. Toutes deux ont au minimum un point en commun, avoir subi dernièrement une cyberattaque. La première abrite le siège social de l’office public d’habitat d’Indre (OPAC 36), et la mairie de Lugo capitale de la province du même nom. En France, l’organisme gère les données de 17 000 locataires et leurs familles, et la cité espagnole plus de 97 000 habitant.

    Le conseil municipal de Lugo a été victime jeudi 5 mai 2022 d’une cyberattaque, relate La Voz de Galicia. Une enquête de la police nationale est en cours, un signalement a été effectué au Centre national de cryptologie. La commune souhaite aborder la question avec la plus grande prudence, néanmoins des sources proches des forces de l’ordre ont confirmé qu’il s’agit d’une arnaque téléphonique. L’escroquerie dite du phishing touche généralement de nombreuses entreprises, mais plus rarement une administration locale, comme dans ce cas.

    « Il semble qu’il s’agisse d’une attaque spécifiquement dirigée contre l’institution locale, car elle a été menée en utilisant des données spécifiques comme appât et très étroitement liées à l’activité de l’administration », souligne Lara Méndez. (Crédits : EP)

    L’Unité de lutte contre la criminalité spécialisée et violente (UDEV), la section de la police chargée des investigations, s’est déjà mise au travail, et elle fait des demandes pour obtenir plus d’informations afin de faire la lumière sur l’incident. Il ne s’agirait donc pas d’une intervention visant à recueillir des informations. Sauf, que cette cyberattaque intervient alors que, sur le plan national ibérique, l’affaire Pegasus d’espionnage des dirigeants indépendantistes catalans et le vol d’informations sur leurs téléphones portables par le président du gouvernement, Pedro Sánchez, et la ministre de la défense, Margarita Robles, font l’objet de discussions.

    Une cyberattaque paralysait le système informatique du bailleur social Deux-Sèvres Habitat depuis le mardi 15 juin 2021. (Crédits : OPAC36)

    À moins de 850 kilomètres à vol d’oiseau, la commune de Châteauroux. C’est par un message sur Facebook que l’OPAC36 informait, le vendredi 6 mai 2022 à 15 h 20, ses locataires que « le 4 mai 2022, nous avons été la cible d’une attaque informatique. Dès que nous en avons eu connaissance, nos équipes se sont immédiatement mobilisées pour gérer et répondre à cet incident. Nous avons par ailleurs engagé des experts en cybersécurité afin d’identifier et de sécuriser rapidement notre environnement de travail. » L’office indique la possibilité que certaines données personnelles aient été consultées. La politique de protection des données à caractère personnel donne un aperçu des informations que le bailleur social aurait potentiellement été amené à collecter :

    • Données d’identification : prénom, nom, numéro de carte d’identité et/ou passeport, nationalité, titre de séjour, lieu et date de naissance, signature, numéro unique d’enregistrement, etc.
    • Données de contact : adresse postale, adresse électronique, numéros de téléphone (domicile, portable, professionnel)
    • Situation familiale : état civil, situation maritale, situation parentale, lien de parenté, etc.
    • Données professionnelles : situation professionnelle, coordonnées de l’employeur, nature du contrat, etc.

    « À ce stade, rien ne nous indique que des informations personnelles, quelles qu’elles soient, aient été utilisées à mauvais escient. Restez tout de même vigilants, si vous recevez des communications non sollicitées […] Nous tenons à nous excuser pour la gêne occasionnée et nous vous tiendrons informés de l’évolution de la situation. Merci de votre compréhension », concluait le bailleur.

  • De l’Ukraine à l’Algérie

    De l’Ukraine à l’Algérie

    Le torchon brûle entre l’Algérie et le Maroc. En cause, une accusation de piratage d’un compte officiel #Twitter, celui du ministère algérien de la Justice. Tandis que le conflit armé perdure entre l’Ukraine et la Russie, la guerre de la communication fait rage. Le gouvernement algérien accable des pirates informatiques marocains d’avoir pris le contrôle de son compte officiel #Twitter « @Mjustice_gov_dz ». Le vendredi 11 mars 2022, ledit compte avait relayé des messages soutenant l’opération militaire russe en #Ukraine.

    Mais, plus encore, ces gazouillis accusaient le président ukrainien Volodymyr Zelensky de « nazisme et du meurtre de ses propres citoyens ». Le même jour, le parquet de la République enjoignait l’ouverture d’une enquête préliminaire. « Suite au piratage du compte Twitter du ministère de la Justice, vendredi 11 mars 2022 et en application des dispositions de l’article 11 du code de procédure pénale, le Parquet général de la cour d’Alger tient à informer l’opinion publique que le parquet de la République près le tribunal de Bir Mourad Rais a ordonné l’ouverture d’une enquête préliminaire pour investiguer sur cet incident. » Puis ajoutait, que ces « publications, attribuées à l’Algérie, portent atteinte à nos positions internationales »

    Il est fort à parier que l’enquête menée actuellement désignera un coupable. Il ressort des relents datant de moins d’une année, une autre enquête mondiale révélait l’affaire Pegasus. Le scandale du nom du logiciel édité par l’entreprise israélienne NSO Group, dépassait l’entendement. L’Express DZ, journal électronique algérien expliquait le 26 décembre 2020 que « le Maroc cherche à gagner sa guerre médiatique par tous les moyens. […] Mais depuis la normalisation avec Israël, il est passé à la vitesse supérieure. Désormais, il bénéficie des réseaux hyper dangereux des geeks de Tsahal. […] l’Unité 8200 a développé depuis deux décennies une expertise de très haut niveau en matière de cyberattaques. »

    Aura-t-on une révélation, sur l’affaire dite du piratage d’un compte Twitter, il faut en douter. Dans le dossier Olympics Games, tous possédaient de fortes présomptions sur l’instigateur qui seraient la NSA en collaboration avec la fameuse unité 8200 pour s’attaquer aux centrifugeuses iraniennes d’enrichissement d’uranium en 2010. (Crédits : DR)

    Dans le cadre de l’enquête, onze États ont été pointés du doigt, dont le Mexique, l’Arabie saoudite, l’Inde, l’Indonésie, les Émirats arabes unis, le Kazakhstan, l’Azerbaïdjan, le Togo, le Rwanda et le Maroc. L’Unité 8200, service d’élite du renseignement israélien et fournisseur officiel de hackers, aurait une succursale au pays du couchant lointain. Propager des fake news ou infox, désinformer, noyauter, écouter, infiltrer… sont devenues autant d’armes entre les mains des plus offrants, surtout en cas de conflits, que ce soit entre l’Ukraine et la Russie, en Syrie, au Yémen… Si l’affaire Pegasus incrimine onze États, il ne faut pas oublier que « tout le monde attaque et espionne tout le monde. » Alors le piratage du compte officiel du ministère de la Justice algérienne est-ce un nouveau ver, groupe d’opérateurs à la solde d’un gouvernement, réminiscence ou descendance de Pegasus ?