Il y a cent ans… se déroulait une évasion en avion

Ce n’est que le 8 avril 1922 que l’information est révélée. Dans la nuit du 6 au 7 avril, à un avion allemand atterrissait en Belgique, sur la commune de Welkepraett. Une patrouille militaire arriva expressément sur les lieux, se saisissant de l’appareil et des deux passagers. Les détenus furent amenés devant le commissaire de police de Verviers. L’un des aviateurs n’était autre que Heinrich Wandt rédacteur en chef du journal berlinois Die Freie Press et auteur du livre Etappenleven Gent.

Le célèbre ouvrage, traduit en français, raconte la vie menée par des officiers prussiens d’état-major pendant la guerre. Elle vient de jeter « un jour terrible sur l’immoralité » de la vie de ces militaires, soulevait Le Petit Parisien. Il tint un quotidien sur les délits commis au sein de l’étape pendant la guerre, dont des extraits furent publiés chaque semaine par le journal de gauche Berliner Freie Presse à partir de janvier 1920. La mention des noms des officiers impliqués a incité le ministère de la Reichswehr à ouvrir une enquête en juillet 1920. Wandt fut condamné le 21 décembre 1920 à 6 mois de prison par la chambre pénale de Berlin-Moabit dans un procès pour confusion d’appellations. Lors d’un autre procès, un mandat d’arrêt fut émis contre lui le 6 septembre 1921. D’octobre 1921 à fin janvier 1922, il fut en détention préventive à Potsdam.

Les procès du Reichsgericht à Leipzig font partie de l’histoire menant plus de deux décennies plus tard à ceux de Nuremberg. (Crédits : BnF Gallica)

Puis, l’auteur Wandt s’était vu appréhender par la police à cause de la publication dudit livre. Personnellement menacé, dépouillé de ses biens, et victime de nouvelles plaintes pour injures. Le bureau de liquidation du corps de la Garde à Spandau lui transmit des dossiers pour sa défense. Cette circonstance lui fut imputée comme « incitation au vol qualifié et tentative de trahison de secrets militaires », et incarcéré sous l’inculpation du crime de haute trahison. Il réussissait à échapper à la surveillance des gardiens, et rejoignait Leipzig en voiture. Aussitôt évadé, et la police prévenue, elle promettait une récompense pour sa capture. Il se résigna à quitter l’Allemagne en avion. Peu après avoir survolé Cologne, le pilote recevait l’ordre d’atterrir à Aix-la-Chapelle. Le rédacteur en chef en fuite avait l’intention de gagner la Hollande, mais du se poser en Belgique.

C’est alors que la douane belge saisissait l’avion à Welkenraedt, arrêtaient Wandt et son pilote, ex-officier aviateur lieutenant Meebius, et les envoyèrent à Bruxelles. (Crédits : DR)

« Le procès ultra-secret du Reichsgericht, au cours duquel, bien que mon innocence ait été clairement établie, j’ai été condamné à six ans de réclusion, que je devais passer derrière les murs de la Bastille allemande. C’est de Potsdam que j’ai été accusé de trahison, c’est à Potsdam que j’ai été placé en détention préventive, et c’est “l’esprit de Potsdam”, si tristement célèbre dans tout le monde civilisé et toujours si omnipotent dans notre “république”, qui est à l’origine du sextuple crime judiciaire que notre cour suprême a commis contre moi le 13 décembre 1923 », écrivait-il dans la préface du « Prisonnier de Postdam »

Fidel Plume

Équilibriste des mots, j'aime à penser qu'il existe un trésor au pied de chaque arc-en-ciel. Un sourire éclaire la journée de la personne qui le reçoit. Elizabeth Goudge disait : « La gratitude va de pair avec l'humilité comme la santé avec l'équilibre. »

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