Il y a cent ans… la chute du Mark et la politique française

Les versements des réparations économiques de l’Allemagne sont stoppés au printemps 1922, et ne reprennent qu’en 1925. En cause l’inflation galopante. « La forte inflation est un défi majeur pour chacun d’entre nous », déclare la banque centrale européenne dans son bulletin du mois de juin 2022. Le 23 juillet 1922, cette chute était voulue raconte la presse française. « La déprécation de la monnaie permette de continuer la politique du dumping grâce à laquelle l’industrie allemande peut exporte, vendre, réaliser des bénéfices… »

Un double effet pesait sur l’Allemagne d’après guerre. D’une part, elle devait des sommes conséquentes en réparation des préjudices subis par les « vainqueurs » de la Première Guerre mondiale. Ce qui plombait son économie. De l’autre, une guerre civile qui scindait le peuple en deux. La peur se lisait entre les lignes des journaux. « La catastrophe approche », annonçait la presse en parlant de la chute du Mark. Outre-Rhin, les gouvernants employaient le dumping, ou vente à perte. Cette stratégie consiste à commercialiser à l’étranger à un prix moindre que celui appliqué sur le marché national. L’Allemagne le pratiquait en 1922. L’Ouest-Éclair expliquait que « les industriels anglais et français sont parvenus malgré le dumping allemand à vendre leurs produits à des prix égaux ou même inférieurs à ceux des prix allemands ».

Le 11 janvier 1923, au titre des réparations de guerre prévues par le traité de Versailles, l’armée française envahit la Ruhr. À défaut de les recevoir, les alliés se servent à la source, notamment en ce qui concerne le charbon. (Crédits : Arte/YouTube)

Entre le créancier et son débiteur, le premier n’a aucun intérêt à voir le second faire faillite. Ici, la France et l’Allemagne. C’est dans cette optique que la France avait diligenté un contrôle des finances. Un courrier du chancelier vers le président de comité des garanties soulevait la protestation de la presse allemande. Georg Bernhardt, directeur du quotidien Vossische Zeintung déclarait que « les experts alliés n’en savent malheureusement pas davantage que les politiciens et financiers allemands à qui ils reprochent leurs ignorances. » Il faut comprendre que lesdites réparations imposées s’élevaient à 15 % de son revenu sur une durée de trente années. L’Allemagne devait payer 132 milliards de marks or, dont 52 % pour la France, soit deux ans et demi du produit national brut allemand de 1913.

« Une monnaie ne tient pas quand elle est isolée à l’échelle du monde », Olivier Feiertag. (Crédits : Cité de l’économie/YouTube)

Une pente vertigineuse que l’Allemagne ne remontera pas. L’hyperinflation se manifeste de façon incontrôlée et entretenue, à la fin de l’année 1922 : la pente devient exponentielle, plus une seule pièce de monnaie n’est fabriquée, la planche à billets se met en route de façon frénétique et aura même du mal à suivre. En octobre 1923, le gouvernement allemand annonce formellement sa faillite et la cessation de tout paiement.

Fidel Plume

Équilibriste des mots, j'aime à penser qu'il existe un trésor au pied de chaque arc-en-ciel. Un sourire éclaire la journée de la personne qui le reçoit. Elizabeth Goudge disait : « La gratitude va de pair avec l'humilité comme la santé avec l'équilibre. »

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