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  • L’ascension du mont Rookery Hill au petit-déjeuner (épis. 6/46)

    L’ascension du mont Rookery Hill au petit-déjeuner (épis. 6/46)

    Un réveil aux aurores, mais retardée plusieurs fois due à la pluie intermittente. C’est à sept heures tapantes que Flavien décide de se lever et de partir. Un rangement hâtif, pour profiter de l’ascension du mont Rookery Hill. Mais la force de la nature est incroyable. L’humilité est alors la moindre des choses que doit se permettre l’être humain. C’est une des leçons qu’apprend Flavien dès le début de son périple. Au sommet du sud de l’île, le vent est tellement présent qu’il ne reste que cinq petites minutes à quatre pattes…

    La pluie intermittente est d’une régularité déconcertante, obligeant Flavien à décaler son réveil à plusieurs reprises. Dès la première heure de la journée, il faut y aller cette fois se convainc-t-il. « Je ne déjeune pas ce matin, je n’ai pas assez d’eau pour faire la vaisselle ». Rassurez-vous, il ne part pas le ventre vide, il engloutit une barre chocolatée.

    À l’attaque du Rookery Hill

    La tente est vite pliée, si bien qu’il attaque aussitôt le col situé à plus de 300 m. « Je dis au revoir à cet emplacement de bivouac, l’un des plus paumés que j’ai fait. » La montée est raide, mais rapide. « Je traverse d’incroyables communautés à Bolax gummifera, il y en a tellement que je suis obligé de marcher dessus, je ne peux pas les éviter… »

    Arrivé au col, le vent est d’une force extraordinaire, « j’ai du mal à tenir debout », avoue Flavien. Au préalable, il pose son sac derrière une butte de terre formée par les érosions. Les conditions climatiques le contraignent à enfiler ses vêtements plus chauds. Une fois équipé, il se saisit de son appareil photo et gravit les derniers mètres.

    Il se trouve au sommet du sud de l’île, le fameux « Rookery Hill » à 421 m. Le même cortège de plantes se retrouve au sud comme au nord de l’île constate l’aventurier.

    « Le vent est vraiment trop fort. Je reste cinq minutes à quatre pattes et je redescends par peur que ce soit de pire en pire. » Une fois revenu à la hauteur de son sac, il l’endosse. Puis continu son chemin à flanc de coteau sur les contreforts sud du sommet. « C’est un véritable exercice pour mes chevilles, car les Empetrum rubrum, Blechnum magellanicum et Chiliotrichum diffusum rendent le terrain difficile ». (Crédits : Bolax Gummifera/Stan Shebs)

    Il chemine, direction Nord-Est vers une plage et deux étangs « qui me font de l’œil depuis le sommet » s’amuse Flavien. Arrivé dans la zone escomptée une pluie fine apparaît. Rapidement, elle s’intensifie si bien que « je ne reste pas longtemps, mais j’ai le temps d’observer quelques Manchots de Magellan, quelques Papous et plusieurs espèces de canard. »

    Un hachis parmentier chaud, à l’abri du vent

    Pour aller loin, il faut ménager sa monture. C’est pourquoi une fois le surpantalon et le sursac enfilés il prend la direction du sud pour tenter de rallier le settlement, avant le milieu de l’après-midi. Le but est de profiter d’un luxe que tout citadin use sans conscience. « Pouvoir manger à l’abri de l’eau et du zef… » se réjouit-il à l’avance. Toujours un œil en direction de la flore « je traverse des communautés floristiques très similaires au reste de l’île, mais j’observe de nombreux Leucheria suaveolens ».

    Après le passage du col à l’Est du Mount Edgmont, Flavien aperçoit enfin la ferme. Il lui faudra une petite heure pour la rallier et se restaurer dans la chaleur d’un foyer, un bonheur simple. « L’après-midi, comme promit David me montre de nombreuses plantes rares autour de la ferme. » Le périple se poursuit en 4×4, qui au contraire du Taxi de Vanessa Paradis, les deux hommes passent partout.

    « Il me montre quelques orchidées qui ne sont pas encore fleuries puis me dépose dans un enclos électrifié mis en défens depuis 15 ans », explique-t-il. C’est à cet endroit que les deux espèces sont censées prospérer. « J’aurai mis près d’une heure pour trouver Erigeron incertus dans cet enclos de 3 ha… l’autre reste introuvable. »

    Après des nuits à la belle étoile, il profite du logement réservé aux visiteurs pour lui seul. Un tour dans le store de la ferme en fin d’après-midi, puis il se transforme en Ratatouille. « Je cuisine le hachis parmentier trouvé dans leur congélateur. »

    (Crédits : Gorfous sauteurs sur l’île de Saunders/Flavien Saboureau)

    Un bonheur n’arrivant jamais seul, le temps de la douche est annoncé. Il faut dire qu’après quatre jours sans « quel plaisir ! ». Sans oublier la nuit à l’abri et au chaud de quoi requinquer un homme après les épreuves des dernières heures.

    Trop de vent pour l’avion

    Flavien devait prendre l’avion ce mercredi 6 décembre peu avant midi. Il y a trop de vent, « la piste de Hill Cove où je me rends est mal orientée, ça ne sera pas pour aujourd’hui ». Profitant de ce temps ainsi alloué, il passera la matinée avec un couple de jeunes Anglais qui devait aussi s’envoler. Son estomac l’invite à se diriger vers la cuisine. Après avoir préparé quelques côtes d’agneau que David lui a donné hier soir, le propriétaire vient le chercher.

    « Il m’avait dit que si mon vol était annulé aujourd’hui il m’emmènerait voir une plante très rare à l’autre bout de l’île ». Quarante minutes de route plus tard, les deux hommes sont au pied du « stone run » une particularité géologique des Malouines.

    « David n’est plus dans la force de l’âge et ne peut pas m’accompagner en haut du pierrier pour observer la Snake Plant comme ils l’appellent ici ». Rendez-vous est pris 2 h plus tard pour qu’il vienne de rechercher. « Me voilà parti à galoper dans la montagne ». David lui indique que des botanistes y ont laissé un piquet il y a de nombreuses années. « Il m’aura fallu une heure pour atteindre le haut de la crête et trouver cette espèce endémique tant espérée ».

    (Crédits : Google Map)

    Sur le retour, Flavien tombe nez à nez avec trois espèces qu’il n’avait pas encore revues, et comme par magie David apparaît. « Quel timing ! » Durant le trajet vers le domicile, ils discutent de la mission de Flavien sur l’île d’Amsterdam. « Je n’ai jamais autant parlé en anglais qu’aujourd’hui… ça demande une telle concentration que ce n’est pas reposant une journée à parler anglais », acquiesce-t-il. Il le laissera sur l’enclos de la veille pour trouver la plante manquante. « Une demi-heure plus tard, c’est chose faite, mais elle est ridicule la pauvre antarctic cudweed. » Le soir venu, Flavien retrouve le couple anglais. « Nous passons la soirée à parler de nos expériences, de nos pays… Lui est militaire sur l’île, et sa compagne est venue le rejoindre. La semaine prochaine ils partent en croisière en Antarctique. » À suivre…

  • De l’Île de l’Ascension aux Malouines (épis. 3/46)

    De l’Île de l’Ascension aux Malouines (épis. 3/46)

    Une nuit bercée, non par la Mer de la tranquillité, mais par la quiétude d’un vol non commercial. Un petit déjeuner au lit, ou presque, car c’est sur un siège de l’A330 que Flavien déjeune. Un réveil avec vue sur l’océan atlantique sud et l’île de l’Ascension en prime. À quelques secondes de l’arrivée, « c’est agréable de se requinquer ». Dans quelques minutes nous atterrissons sur l’île de l’Ascension (en photo), une île volcanique, sous juridiction anglaise, à mi-distance entre le Brésil et l’Afrique.

    À peine ils foulent le sol, qu’ils sont conduits dans un sas d’attente à ciel ouvert, mais la température de 24 degrés pallie l’ennui. Passionné, Flavien tente de saisir quelques plantes, sauf que « c’est à nouveau une base militaire, partagée entre le Royaume-Uni et les États-Unis. Nous sommes étroitement surveillés. Je me suis fait reprendre quand l’idée m’est venue de photographier la flore. » Quelques clichés admettent un constat sans appel, « cette île d’aspect très désertique semble à avoir forcé l’Homme à planter plus de 400 espèces invasives ! De plus son utilisation militaire a fini d’anéantir la diversité de cette île dont les espèces endémiques se comptent désormais sur les doigts d’une main… » Unique once d’espérance sera l’observation d’une frégate de l’île de l’Ascension, le seul oiseau endémique de l’île, se rassure-t-il.

    Embarquement immédiat

    Du lieu d’attente, Flavien et ses co-voyageurs sont escortés militairement jusqu’à la porte de l’avion. Une fois assis, il ne reste plus que huit heures de vol avant de fouler le sol des Malouines. Comme dans les films d’action et d’aventure le fameux « synchronisation des montres » est de mise. « Nous reculons les aiguilles de trois heures, par rapport au fuseau horaire de l’Angleterre ». Peu avant 16 h (heure locale), l’avion atterrit en ce jeudi 23 novembre 2023. Pas de steward ou d’hôtesse pour annoncer la météo sur place. « À notre arrivée, il faut penser à enfiler la veste coupe-vent et le bonnet, le climat qui règne sur le tarmac vous met direct dans le bain. » Sans mauvais jeu de mots, l’eau est vraiment froide à cet endroit du globe.

    Après avoir patienté de nombreuses minutes que l’on inspecte une nouvelle fois mon passeport et un questionnaire que l’on avait pu nous distribuer dans l’avion, je rejoins la sortie du complexe après être passé au contrôle biosécurité. Là, Penguin Travel, un transporteur que Flavien avait commandé pour 22 £ il y a quelques semaines, l’attend avec mon prénom. Après cette arrivée de star de cinéma, direction le minibus avec d’autres membres du vol. La direction prise est Stanley, la capitale des Malouines. « Il nous faudra plus de 45 min de “route” pour rallier la ville. »

    Non loin de la base militaire, la route juste refaite surprend de son confort… mais rapidement le revêtement gravillonné devient majoritaire. « Aux Malouines, en dehors de la capitale et de la base militaire, il n’y a pas d’enrobé… »

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Comme prévu, le transporteur le déposera au 14, Drury Street. C’est à cette adresse, trouvée sur un blog, que « Mamie Kay » propose son jardin aux backpacker (randonneur en français) qui souhaitent installer une tente, moyennant un tarif de 5 £ la nuit. « Malheureusement elle a du mal à comprendre mon anglais, mais nous finirons par nous entendre. Je pourrais même prendre une douche pour un total de 8 £ ». Déjà 18 h, lorsque la tente est mise en place. Bien à l’abri « j’y laisse mon sac à dos, prends mon appareil photo et descends sur le front de mer. »

    Premier contact en terre du sud

    J’ai rendez-vous avec Amandine, une chercheuse française (écoépidémiologiste) qui m’a beaucoup conseillé pour ce voyage. On doit se retrouver au Waterfront bar pour 20 h. « À peine ai-je eu le temps de photographier quelques oiseaux et quelques plantes que je devine Amandine et son collègue, Léo, qui sortent de leur labo. » Flavien, Amandine et Léo font plus ample connaissance sur le chemin jusqu’au Waterfront. Là-bas, Amandine rencontre une de ses connaissances, une contrôleuse de pêche.

    Elle nous invite à venir manger ce soir dans une maison de Stanley où les contrôleurs de pêche se retrouvent. Nous nous y rendrons, c’est le gueuleton ! « Je devais aller sur l’île de New Island demain, mais Amandine ne trouve pas mon nom sur le plan de vol, tant pis je verrai ça demain. »

    Nous finirons là-bas est à minuit. Il me faut rentrer de nuit et tenter de rejoindre le jardin de Mamie Kay. Par chance, la capitale ne compte que 1 500 habitants alors je n’aurai pas de mal à retrouver ma tente.

    Le lendemain, direction le west store pour y acheter une carte sim, et donner des nouvelles à la famille. Le prix est comme tout ici, isolé donc un peu plus cher, 30 £. « Je n’arrive pas à l’activer… J’attendrai de revoir les deux Français avec qui j’ai rendez-vous ce soir. »

    (Crédits : Stanley/Port Stanley, from the air, 2005/02, by Tom L-C)

    En attendant, le temps est idéal, la journée superbe « alors j’en profite pour aller au Cap Pembroke, à quelques kilomètres de Stanley. Tout particulièrement à Gypsy cove, une magnifique baie où les manchots de Magellan me sont promis. »

    Malade au bout du monde

    Le week-end s’annonce radieux et enchanteur. Samedi 25 novembre, c’est le départ vers New Island, une île appartenant au Royaume-Uni, mais revendiquée par l’Argentine. Elle est située à plus de 230 km de la capitale Stanley. Une fois sur le sol, plusieurs destinations au programme. Field station, le mont Cliff Peak et Rookery pour son lieu d’observation idyllique. Durant cette semaine, des découvertes de faune et flore qui enchantent Flavien. Mais il déchante, car malade, avec des symptômes qui s’apparentent, semble-t-il, au fameux SARS-CoV-2.

    Le naturaliste spécialisé en botanique se réjouit de capturer en photographie quelques spécimens : Nassauvia gaudichaudii et Calceolaria fothergilii, côté faune c’est le Fur Seal qui se dévoile. Mais Flavien se sent patraque, il semble couver quelque chose.

    Le lendemain c’est au tour de Senecio vaginatus. Le séneçon lisse, est une espèce de plante à fleurs de la famille des asters, endémique des îles Falkland. Lundi 27 novembre au nord de New Island, il rencontre Ranunculus acaulis. La renoncule des dunes est une petite herbe charnue à fleurs jaunes qui pousse en tapis principalement près de la mer. Puis c’est au tour de Abrotanella emarginata dans le sud. Et Leucheria suaveolens (marguerite vanille) à Bold Point, comme Calandrinia sp. et le papillon Queen of the Falklands le 1er décembre.

    (Crédits : Ranunculus acaulis/Peter de Lange)

    Le lendemain, samedi Flavien range le gîte qui lui a été prêté durant sa convalescence, il est temps de partir vers une nouvelle destination. Mais avant tout payer l’hébergement et acheter de la nourriture pour les prochains jours sur l’Île de Saunders. À suivre…