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  • Suis-je complotiste ? (dernière partie)

    Suis-je complotiste ? (dernière partie)

    La xénophobie, ou la crainte de ce qui est étranger, voici ce qui a permis à de nombreuses personnes d’envahir, d’exterminer, d’accomplir des crimes contre l’humanité… En fait, tout ce que la bassesse humaine est capable de faire, la peur le permet. Le complot à travers la peur donne le pouvoir recherché, ainsi il ne saurait tarder de voir celle sur l’astéroïde Apophis. Une théorie du complot en plus ? Quelles sont-elles ? Intéressons-nous au SARS-CoV-2 et à tout ce qui l’entoure.

    Considérant qu’elle risquerait d’émerger d’ici quelques années, la NASA (National Aeronautics and Space Administration) confirme dès à présent qu’Apophis ne percutera pas notre planète. Concentrons-nous ! Les théories les plus répandues concernent John F. Kennedy, Lady Di, le SIDA et sa création secrète en laboratoire, la mission Apollo, la Terre est plate, Mark Zuckerberg serait un illuminati, les traînées d’avions dans le ciel ou chemtrails, des reptiles extraterrestres aux commandes, le 11 septembre 2001, les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hypercacher, Pizzagate ou encore le Deep State, Ebola. Michael Jackson, Elvis Presley et Adolf Hitler ne seraient pas morts… Le complot ne connaît pas d’origine, si ce n’est celle de l’être humain. Ainsi l’assassinat de Jules César par Brutus son fils, la conjuration des Pazzi, celui des Poudres, Ravaillac ou le fou du roi, la conjuration des Égaux avec Gracchus Babeuf, le Reichstag qui brûle, la Cagoule ou encore l’extermination des Templiers… sont des complots, non des philosophies.

    Philippe IV le Bel et les Templiers

    « Si toutes les théories du complot ne sont pas aussi dangereuses que dans le cas d’une pandémie (certaines sont même inoffensives), l’adhésion à ce type de raisonnement peut conduire à la violence », écrit Caroline Weill. Le roi français, Philippe IV le Bel, avait contracté de nombreux emprunts auprès de l’ordre des Templiers. Ruiné, avec les caisses de l’État vides, une seule solution s’imposait, celle d’éliminer les problèmes, donc les créanciers.

    Croyance, templier, armure

    Ainsi le dernier des Capétiens n’aurait plus de dettes et récupérerait le trésor des hommes à la Croix rouge, en charge de l’argent des croisés.

    Accusés de tous les maux, notamment de pratiquer des obscénités, de cracher sur le crucifix en reniant le Christ, ils sont sur ordre du souverain arrêtés le 13 octobre 1307, un fameux vendredi.

    Jacques de Molay, qui occupait la fonction prestigieuse de grand maître de l’ordre du Temple, assistait la veille, au côté du roi, aux obsèques de Catherine de Courtenay, épouse de Charles de Valois. (Crédits : DangrafArt/Pixabay)

    La commune de Poitiers joue un rôle important dans le déroulement de l’affaire des Templiers, car c’est là que réside le pape Clément V, en 1308, avant l’installation de la papauté en Avignon. C’est donc à Poitiers que des commissions d’enquête ecclésiastiques ont été envoyées. C’est également là que les discussions entre le pape et les émissaires royaux ont contribué à légitimer partiellement les procès contre l’ordre.

    Il sera arrêté dans la maison cheftaine de l’Ordre, à Paris. Au soir du 11 mars 1314, Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay sont livrés aux flammes, sur l’« île aux Juifs », et de ce bûcher, Jacques de Molay lancera sa malédiction.

    « Pape Clément ! Roi Philippe ! Avant un an, je vous cite à comparaître au tribunal de Dieu pour y recevoir votre juste châtiment ! Maudits ! Maudits ! Soyez tous maudits jusqu’à la treizième génération de vos races ! »

    (Crédits : Marie-Christine Potteau/Pixabay)

    La malédiction du grand-maître allait s’avérer : Clément V meurt le 20 avril 1314 d’étouffement. Philippe IV le Bel décède dans la nuit du 26 au 27 novembre 1314 d’un ictus cérébral et ses trois fils mourront dans les douze années suivantes sans laisser de descendance mâle, mettant ainsi fin à la lignée directe des Capétiens. Inspirée de ces faits, l’œuvre de Maurice Druon, Les Rois Maudits, parait en 1977.

    La thèse de l’accident ressurgit

    Le Wall Street Journal relance celle d’un accident de laboratoire à Wuhan, en Chine. Ce dernier a affirmé avoir eu accès à des données inédites du renseignement américain. Selon ces indiscrétions, trois chercheurs de l’Institut de virologie de Wuhan avaient été atteints dès novembre 2019 de « symptômes compatibles à la fois avec ceux de la COVID-19 et une infection saisonnière ». Pékin a démenti les informations du Wall Street Journal, les qualifiant de « totalement fausses ». Aux États-Unis, l’hypothèse d’une fuite du virus d’un laboratoire chinois avait jusqu’ici surtout été alimentée par l’administration précédente.

    Trump, USA, covid

    Ainsi, selon les instances sanitaires, le nombre de décès du SARS-CoV-2 serait de 3 489 658 à travers le monde. Sur 168 105 518 cas, 149 494 595 sont en rémission, soit 15 121 265 actuellement infectés, avec 96 325 patients en situation grave ou critique (NDLR Au 25 mai 2021, 15 h GMT). « Je ne suis pas un complotiste, je ne pense pas que l’on organise la peur, je pense que le ministre de la Santé a peur, il a peur pour de bon », répondait le professeur Didier Raoult, directeur de l’IHU, au journaliste Bruce Toussaint, vendredi 16 avril 2021.

    Cette sensation réserve bien des surprises, amène à des gestes et postures que nous n’aurions jamais envisagés ni soupçonnés. « Il y a une contamination émotionnelle […] tous paranoïaques, tous peur les uns des autres, une obsessionnalité, toutes les autres pathologies n’existaient plus », explique la psychologue clinicienne et psychothérapeute, Marie-Estelle Dupont. (Crédits : Capture d’écran/independent)

    Dans une dépêche, il affirme « qu’il avait “très peu de doutes” que le COVID-19 provenait d’un laboratoire de Wuhan ! » Puis, dans un communiqué du 24 mai 2021, l’ex-président américain adopte un ton triomphant « maintenant, tout le monde reconnaît que j’avais raison quand j’ai très tôt déclaré Wuhan comme la source de la COVID-19 ». La vérité pourrait être révélée si et seulement si la République populaire de Chine donnait accès à toutes ses données et infrastructures. Autant croire au père Noël, à moins qu’un nouveau lanceur d’alerte apparaisse tels Julian Assange, ou Edward Snowden.

    Test PCR positif au Coca-Cola

    Les tests PCR positifs suite à l’ajout de Coca-Cola, comme en appui d’un article du New York Times du 29 août 2020, mis à jour le 29 avril 2021, une théorie d’un site rapporte que 90 % des gens auraient dû être négatifs lors de vérification d’infection. « En juillet 2020, le laboratoire a identifié 872 tests positifs, sur la base d’un seuil de 40 cycles. […] Dans le Massachusetts, de 85 à 90 pour cent des personnes qui ont été testées positives en juillet avec un seuil de 40 cycles auraient été jugées négatives si le seuil était de 30 cycles », a déclaré le Dr Mina.

    Tout est une question de chiffre et de perspective. En Inde, au 24 mai 2021, 303 720 décès sont à déplorer, soit 0,022 % de la population. À la même date, 108 658 Français ont succombé, soit 0,16 %.

    « Je pense effectivement que dans la panique il y a eu une espèce de surenchère et de focalisation sur le COVID qui n’a fait qu’apporter de l’eau au moulin aux gens, aux complotistes […] », Marie-Estelle Dupont sur la chaîne YouTube (fermée depuis par le géant du WEB) du conseil Me Di Vizio. « En temps de guerre, la vérité est si précieuse qu’elle devrait toujours être protégée par un rempart de mensonges », martèle Winston Léonard Spencer-Churchill.

    (Crédits : Kaboompics.com/pexels)

    Elle déclarait sur Sud Radio : « Je crois que les décisions qui sont prises au nom du bien sont quand même très souvent déconnectées de la réalité humaine et que malheureusement la vie ce n’est pas évité la mort et la santé, c’est contrôler une courbe statistique de circulation virale […] Depuis un an nous ne vivons plus pour une maladie qui n’est pas la peste noire […] L’être humain étant un mammifère, sa survie dépend des interactions et des contacts affectifs. »

    La surmortalité

    Dans un article du Monde, publié le 15 janvier 2021, les auteurs indiquent en titre : « la France a connu en 2020 la plus importante mortalité de son histoire récente », et écrivent que sur la totalité de l’année (2020), près de 667 400 décès ont été enregistrés, soit 9 % de plus qu’en 2018 ou 2019. Mais que représente l’histoire récente ? Estimons que l’examen de l’histoire récente réfère à l’anthropologie (la science de l’Homme) et à la sociologie (la science de la société).

    Considérons la mortalité, très récente, de 2017 à aujourd’hui.

    DateJanvier 2017Janvier 2018Janvier 2019Janvier 2020Avril 2020Janvier 2021
    Décès66 90058 61159 19156 10065 50065 500
    Évolution-12,39 %-11,52 %-16,14 %-2,09 %-2,09 %
    La comparaison des chiffres dépend toujours de l’abscisse et de l’ordonnée que vous préconisez pour votre étude et du message à faire passer. Mais également du point de référence. Comme les prévisions météorologiques depuis 1880 ou 1947, tout peut alors changer en terme de canicule. (Sources : INSEE)

    Néanmoins, si l’on admet que la femme et l’homme vivent et n’existent qu’à travers ses semblables — autrement dit à l’intérieur d’un système de relations sociales, économiques et culturelles qui lient entre eux les membres d’un même groupe —, on peut considérer que l’anthropologie et la sociologie poursuivent la même finalité : précisément l’étude de l’ensemble des productions sociales et culturelles dont ils sont à l’origine. Donc à la fin du XIXᵉ et début XXᵉ siècle.

    Existe-t-il des pics de mortalité de plus de 60 000 personnes avant 2020 ?

    Mois-Année01-4601-4701-4901-5102-5302-5601-6003-6303-6512-6901-7301-2017
    Décès70 90060 45387 86163 04873 02361 55660 41463 03864 17474 72564 76266 990
    Néanmoins, des surmortalités existent en janvier 1947, mars 1955, janvier 1957, mars 1962, mars 1968, décembre 1974, janvier 1997, janvier 2000, janvier 2009… Tout dépend de la comparaison que vous souhaitez et du message à transmettre. (Sources : INSEE)

    Comme suite à l’action de l’octogénaire, qui, à travers ses avocats, demandait au Conseil d’État de recouvrer ses libertés de mouvement, du fait de sa double vaccination, l’entité répondait négativement. « Le Conseil d’État considère que les restrictions de liberté sont justifiées quoi qu’il en soit pour l’instant », explique Me Clarisse Sand sur Sud Radio. Normalement, un principe en droit veut que le doute profite à l’accusé : « ici le doute doit profiter à la liberté ». Ce qui est très compliqué, c’est que nous sommes dans une situation où la loi impose un principe d’interdiction avec des exceptions. Le paradigme est inversé. Là où le bât blesse, il n’y a pas eu de débat scientifique. « Pas guidés par un désir de vivre, on est guidés par une peur de la mort. Quand vous êtes guidés par la peur, vous prenez des décisions irrationnelles, quand vous êtes guidés par le désir de vivre, vous construisez un chemin », justifie Marie-Estelle Dupont.

    Gouverner par la peur

    « Enfermer de force des gens bien portants ne peut et ne pourra jamais, à mon sens, être défini comme un remède », relate Marie-Estelle Dupont. Pourtant le chef de service de réanimation à l’hôpital Avicenne, Yves Cohen, exhortait le 26 mars 2021 sur LCI au contraire. « Sur le plan sanitaire, nous, nous partons pour des semaines devant nous parce qu’on n’a vraiment pas compris […] Donc, nous, on appelle fortement à un confinement réel, comme ce qui est passé en avril et mars 2020. »

    Peur, masque, combinaison

    Ce à quoi elle répondait : « On ne peut pas argumenter pour un confinement, surtout que si c’était vraiment efficace, on n’en serait pas au troisième. Cela rend les gens fous ! En psychiatrie, c’est terrible ce que l’on voit, monsieur. On a eu trois défenestrations en dix jours à Robert-Debré, en pédopsychiatrie, chez une population de 7-11 ans. À 7-11 ans, on ne se suicide pas, monsieur, on joue aux Pokémon. »

    La peur engendre un sentiment de sécurité en ne sortant pas de chez soi, en restant en télétravail, en distanciel. N’avez-vous pas croisé des personnes qui, surprises de votre apparition à un croisement de rues, reculent pour être à bonne distance, ou cette personne qui s’écarte de peur de n’être à moins de deux mètres de vous, alors que vous portez ce magnifique masque ? (Crédits : Elliot Alderson/Pixabay)

    Ou bien encore, celle qui, habituée aux remarques du monde du travail, vous indique que si elle ne s’approche pas de vous, c’est qu’elle a… une angine, voici le visage de la peur, le syndrome de la cabane. Identifiés au début des années 1950 grâce aux chercheurs d’or aux États-Unis qui restaient des mois entiers dans des cabanes et, lors de leurs retours à la vie « normale » avec femme et enfants, n’arrivaient plus à s’adapter. Il perdure au-delà du déconfinement décidé par le président de la République, Emmanuel Macron.

    Le complot rend intelligent

    Autre peur : le passage de l’hygiénisme à l’hyperhygiénisme. Le premier a permis de sauver des vies, notamment la mortalité infantile, mais le second devient une dérive psychopathologique, d’autant que plus nous sommes protégés et stériles, plus nous sommes faibles immunitairement. Mais jamais la peur n’a soigné, au contraire elle peut provoquer l’alexithymie.

    Yeux, bleu, film

    Elle est une incapacité à identifier, ou exprimer ses émotions. Ce trait de personnalité est communément observé parmi les patients présentant des troubles du spectre autistique et des symptômes psychosomatiques.

    Les neuromédiateurs qui participent à l’équilibre cérébral, la dopamine, la sérotonine, etc. se synthétisent dans l’intestin, et nos défenses immunitaires sont à 80 % sous la responsabilité de nos tubes digestifs (attention, la pensée est créatrice : se faire un sang d’encre, se mettre la rate au court-bouillon…).

    (Crédits : Lucy de Luc Besson)

    Alexandre Astier, interviewé sur les conspirations, est persuadé que nous sommes allés sur la lune, mais ne se sent pas crédule pour autant. « Le complot donne à des gens l’occasion de résister, d’être intelligents parce qu’on ne la leur fait pas, ils ne veulent pas gober ce qu’on leur dit, c’est hyper sain. » Autrement dit, avoir la faculté de comprendre, mais aussi l’ensemble des fonctions mentales ayant pour objet la connaissance conceptuelle et rationnelle. Il faut croire, mais pas trop facilement et trop naïvement, des choses même invraisemblables, ne pas être crédule en fait. Quand tout parait flou, louche, incompréhensible, cherchez toujours d’où vient l’argent, et l’endroit où le papier-monnaie se dirige, ou bien de qui nous ne pouvons parler.

  • La vie face aux mensonges des puissants

    La vie face aux mensonges des puissants

    Le scandale du Mediator connaît son épilogue ce lundi 29 mars 2021, après 10 ans de procédures judiciaires. Une décennie pour que le tribunal correctionnel de Paris inflige une amende de 2,7 millions d’euros au laboratoire Servier. Ce dernier est reconnu coupable de « tromperie aggravée » et d’« homicides et blessures involontaires ». Les tribunaux ont-ils rencontré ce genre d’affaires auparavant ? Comment accorder à nouveau sa confiance lorsque le mensonge est avéré ?

    « Malgré la connaissance qu’ils avaient des risques encourus depuis de très nombreuses années […] ils n’ont jamais pris les mesures qui s’imposaient et ainsi trompé les consommateurs du Mediator », a déclaré la présidente de la 31e chambre correctionnelle, Sylvie Daunis, au début de la lecture du délibéré.

    Mensonges, condamnations et amendes

    Condamné à payer 2,7 millions d’euros d’amende, le groupe pharmaceutique a été relaxé du délit d’« escroquerie ». Jean-Philippe Seta, l’ex-numéro 2 du groupe pharmaceutique et ancien bras droit du tout-puissant Jacques Servier, décédé en 2014, a quant à lui été condamné à quatre ans d’emprisonnement avec sursis et 90 000 euros d’amende. Cet ancien salarié du cabinet incriminé est pneumologue, tout comme la lanceuse d’alerte, Irène Frachon. Le groupe pharmaceutique, relaxé des faits d’escroquerie, a « fragilisé la confiance dans le système de santé », appuie la présidente du tribunal.

    Mediator, justice, jugement

    Dans ses réquisitions, la procureure Aude Le Guilcher a appelé à « restaurer la confiance trahie » en sanctionnant le « choix cynique » et le « sinistre pari » d’une firme ayant privilégié « ses intérêts financiers » à la santé des consommateurs du médicament, malgré « les risques qu’elle ne pouvait ignorer ».

    Le parquet avait requis à son encontre cinq ans, dont trois ferme et 200 000 euros d’amende. Plus dramatique et grave, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM, ex-Afssaps), qui a « gravement failli dans sa mission de police sanitaire », a été condamnée à 300 000 euros d’amende. Le parquet avait requis une amende de 200 000 euros.

    (Crédits : Thomas Coex/AFP)

    Comme suite aux réquisitoires de la procureure Aude le Guilcher, nous sommes amenés à nous questionner sur comment « restaurer la confiance trahie ». Car, quel que soit l’être, lorsque ce dernier reçoit un coup de bâton d’une personne en qui elle avait toute confiance, ayant entendu au préalable « Jamais je ne donnerai de coup de bâton ! » Comment réagiriez-vous ?

    Le scandale du tabac aux États-Unis

    De plus en plus de citoyens accusent l’Industrie de cacher la vérité, et l’Industrie s’en défend, alors comment la connaître ? Simplement, par le biais scientifique. « La science devenue arbitre, voici ce qui fait d’elle une cible, une activité à influencer, à corrompre ou à miner », pose le documentaire « La fabrique de l’ignorance » réalisé en 2020 par Franck Cuveillier et Pascal Vasselin, et, disponible sur ARTE. Le scandale du tabac n’explose outre-Atlantique qu’en 1994. L’un des personnages à l’initiative de la plainte collective est Howard Engle (1919-2009).

    Ce pédiatre spécialisé en neurologie se sert de ses expériences pour alerter sa patientèle. Il commence à fumer, plusieurs paquets par jour, à l’université. Malgré la survenue d’un emphysème pulmonaire, il ne peut s’arrêter de fumer, et meurt, sans connaître le jugement final. L’ordonnance initiale découlait d’un jugement civil de 1600 pages sur le racket rendu par la juge Gladys Kessler, qui reprochait à l’industrie du tabac d’avoir menti sur ses produits et de les avoir présentés sous un faux jour dès les années 1950.

    Dans le New York Times, Spana Maheswari explique « pourquoi les fabricants de tabac paient pour vous dire que fumer tue ». Le dimanche 26 novembre 2017, les grandes sociétés de tabac des États-Unis avaient commencé à diffuser des messages publicitaires aux heures de grande écoute et des pleines pages dans les journaux nationaux. (Crédits : Basil MK/Pexels)

    Cigarette, tabac, produits chimiques

    « Plus de gens meurent chaque année à cause du tabac que de meurtres, de sida, de suicides, de drogues, d’accidents de voiture et d’alcool, réunis », explique une publicité. En effet, selon l’OMS, le tabac fait plus de 8 millions de morts chaque année, équivalent à la population de la ville de Busan, en Corée du Sud. Plus de 7 millions d’entre eux sont des consommateurs ou d’anciens consommateurs ; environ 1,2 million des non-fumeurs involontairement exposés à la fumée, relate l’Organisation mondiale de la Santé. Ainsi, le jury a également déclaré les défendeurs responsables à l’égard du groupe pour des dommages-intérêts punitifs forfaitaires d’un montant de 145 milliards de dollars, en plus du libre accès à l’ensemble des documents secrets des fabricants de tabac.

    Le scandale du glyphosate de Monsanto

    Paul François, agriculteur du pays charentais, inhale accidentellement des vapeurs d’un herbicide de la firme Monsanto commercialisé sous le nom de Lasso, le 27 avril 2004. L’accident est survenu en vérifiant une cuve restée au soleil, alors qu’il pratique un épandage classique avec son tracteur sur ses cultures. L’herbicide n’est interdit en France que depuis novembre 2007, alors qu’il avait été banni du Canada dès 1985, puis en Belgique et au Royaume-Uni en 1992.

    Monsanto, agriculteur, Charente

    Il faudra attendre le 21 octobre 2020, pour que la firme Monsanto, rachetée par l’Allemand Bayer en juin 2018 pour 63 milliards d’euros, soit définitivement reconnue coupable.

    Un autre homme, outre-Atlantique, fait vaciller le colosse de l’industrie agrochimique Bayer-Monsanto, Edwin Hardeman. L’homme avait utilisé à des fins personnelles le « Roundup » dans son jardin pendant près de trois décennies. Le 27 mars 2019, un tribunal fédéral américain de San Francisco condamnait la firme à verserr 80,8 millions de dollars, soit 71,8 millions d’euros à Edwin Hardeman atteint par un lymphome non hodgkidien. Comme le scandale du tabac, après celui du Watergate dans les années 1970, c’est le « Monsanto Papers » qui rend compte de la manipulation de l’Industrie. (Crédits : Philippe Juste/MaxPPP)

    Cela montre comment la puissante firme faisait paraître des articles montés et écrits par ses employés et signés par des scientifiques de renom, contre rémunération.

    « Considérée comme une forme grave de fraude scientifique, cette pratique consiste, pour une entreprise, à agir en “auteur fantôme” : alors que ses propres employés rédigent textes et études, ce sont des scientifiques sans lien de subordination avec elle qui les endossent en les signant, apportant ainsi le prestige de leur réputation à la publication. Ces derniers sont bien entendu rémunérés pour ce précieux service de ‘blanchiment’ des messages de l’industrie. Dans le plus grand secret, Monsanto a eu recours à ces stratégies », souligne Le Monde.

    Edwin Hardeman est l’un des hommes reconnu victime des agissements et mensonges de la firme Monsanto. (Crédits : capture d’image CGA)

    Edwin Hardeman, monsanto, condamnation

    L’agnotologie

    L’instrumentalisation de la science à des fins pécuniaires et sans remords aucun de la part des grandes firmes donne naissance à une nouvelle discipline, l’agnotologie. Littéralement, science de la production d’ignorance, du doute ou de la désinformation. Elle met au jour les pratiques et les mécanismes cachés qui contribuent à retarder, parfois de plusieurs décennies (les poursuites judiciaires s’arrêtent au décès du plaignant en France) des décisions vitales, mais aussi le trucage des protocoles, voire la fabrication ad hoc de rats transgéniques pour garantir les résultats souhaités.

    Science, complot, poursuite

    Elle explique enfin, au plus près de la recherche, pourquoi nos sociétés dites « de l’information » s’accommodent si bien de l’inertie collective qui, dans le doute, favorise le business « as usual » et la consommation sans frein. Quelques-uns de ses représentants sont reconnus, dont l’historienne américaine des sciences Naomi Oreskes.

    Cette science donne la parole à des acteurs de premier plan pour un combat déterminant entre « bonne » et « mauvaise » science. Un exemple, avec les « découvreurs » des méfaits du bisphénol A, menant à son interdiction, sur l’hexagone depuis le 24 décembre 2012, mais discutée en Europe. Le produit ayant des effets observés sur la fertilité est toxique pour la reproduction humaine.

    (Crédits : Princeton University Press)

    Quand on voit également que le président brésilien, Jair Bolsonaro, ancien capitaine de l’armée, catholique converti à l’évangélisme, a des prises de positions radicales, racistes, homophobes, misogynes et emplies d’une nostalgie de la dictature. D’ailleurs pour Bolsonaro, il n’y a pas eu de coup d’État en 1964, c’était une « révolution démocratique ».

    Il s’est servi du « guide du zizi sexuel », pour discréditer le ministère de l’Éducation, Fernando Haddad, à des fins présidentielles. D’autant que ce dernier affirmait, dans une interview d’août 2018, qu’il s’agissait d’un « kit gay » distribué dans les écoles au Brésil.

    En réalité, il est un ensemble de documents devant être distribué en 2011 dans le cadre du projet « École sans homophobie », pour lutter contre l’intolérance envers la communauté LGBT. Alors que le best-seller de 2001 de ZEP et d’Hélène Bruller, ne l’a jamais été.

    Sans être complotiste, le cumul des scandales de toutes sortes, « Tabac », « l’ARC », « Sang contaminé », « Diamants de sang »… comme les mensonges de l’ancien ministre Cahuzac devant ses pairs, ou celui du président américain Bill Clinton en 1998, le président Georges W Bush affirmait selon un rapport le 7 octobre 2002 que l’Irak de Saddam Hussein « possède et produit des armes biologiques » tout en « poursuivant un programme d’armes nucléaires ».… entache la confiance envers les femmes et les hommes politiques.

    (Crédits : ZEP)

    Zep, Titof, bd

    Ajoutez à la défiance des politiques, une proposition de loi renforçant le pouvoir des forces de l’ordre et de la répression, un soupçon de complotiste, des caméras intelligentes, la reconnaissance faciale, un transfert de compétences régaliennes vers le domaine privé et saupoudrez le tout d’une pandémie d’un virus tel le Covid-19, et vous obtenez des idées de scénario pour des séries à succès.