Passer une nuit blanche

Cette expression est utilisée par ceux qui rentrent de soirée au petit matin, allant en cours ou au boulot, comme ceux qui ont un bébé ne faisant pas encore ses nuits. Mais quelle est son origine ? Peu usité, la formule « Il me snobe » dorénavant « il me ghoste » lorsque qu’une personne nous ignore, ne nous considérant pas assez bien pour lui, d’où vient-elle ? Ne pas déclarer tout ou partie de son activité est du travail dissimulé ou « travail au noir ». Puni par la loi, en connaissez-vous l’origine ?

Replongeons-nous au moyen-âge. Afin de comprendre la société d’époque, il faut savoir qu’elle est divisée, comme aujourd’hui. « En s’ouvrant sur l’étude des profils des moines, des guerriers et des paysans, elle reprend la théorie médiévale des trois composantes de la société chrétienne : oratores, bellatores, laboratores », écrit Houari Touati (Approche des élites. Quelques réflexions de méthode. Hypothèses, vol. 4, no. 1, 2001, pp. 119-121). Elle comprend trois catégories. La première est celle des bellatores. Ils sont ceux qui combattent, soit les « nobles » (princes, seigneurs, chevaliers). Puis les oratores, ou ceux qui prient (les hommes d’Église). Puis, celle qui représente 80 à 90 % de la population, les laboratores, ou ceux qui travaillent.

L’adoubement est une cérémonie octroyant le rang et les devoirs de chevalier, aux jeunes écuyers, après quatre années d’apprentissage. (Crédits : WikiImages/Pixabay)

Donc se croisent paysans, cerfs, gueux, seigneurs, chevaliers, abbés, moines, évêques, ménestrels, reines, souverains et autres personnages de l’histoire, comme les écuyers. Ces derniers sont à l’origine, des gentilshommes accompagnant un chevalier et porte son écu. De là, écuyer (du bas latin scutarius : soldat de la garde impériale qui portait un bouclier) a été employé comme titre pour un jeune homme qui se prépare à devenir chevalier par adoubement. La cérémonie est codifiée. Ils devaient se soumettre à un rituel : vêtus de blanc, les prétendants devaient prier toute la nuit. Au petit matin, une messe est organisée et l’épée de l’écuyer était bénie. Après avoir prêté serment sur l’évangile, avoir obtenu des armes, il reçoit l’accolade ou collée. Frappé aux épaules, à l’endroit de la nuque par la lame de son seigneur, il devient chevalier. À travers ce rituel, ils faisaient ainsi « nuit blanche », et prolongeaient, la fête battait son plein en l’honneur du nouveau chevalier.

Du noble au snob

Snob est la contraction latine de « sine nobilitate ». Elle s’écrivait sous l’égide romaine à l’origine « S.nob ». Car cette locution se libellait en face du nom des élèves plébéiens inscrits aux écoles, jusqu’alors réservé aux patriciens. Puis, au XIXe siècle, de grandes universités, telle Cambridge en Angleterre, usaient de ceci pour indiquer les individus dits « sans noblesse ». Selon Le Larousse, être noble se définit par une personne « qui appartient à une catégorie sociale par naissance ou décision des souverains et jouit de certains privilèges ». L’anoblissement par les rois de France est connu depuis le XIIe siècle. pour autant, elle est régie par des règles :

  • Par la possession
  • Par des Lettres d’anoblissement
  • Par l’exercice des emplois et charges militaires
  • Par l’investiture des fiefs de dignité

Avec les premiers anoblissements spécifiés par un acte écrit, les rois de France se sont réservé le droit de créer la noblesse et d’ériger des fiefs en titre. Les derniers anoblissements en France datent du règne de Napoléon III. Ils sont consultables sur le Dictionnaire des anoblissements d’après les auteurs Henri Gourdon de Genouillac et Léonce Hallez-Claparède. Souvent, la personne qui vous snobe, et fait preuve de snobisme tend à imiter le comportement d’une classe sociale ou intellectuelle, sans y appartenir.

Travailler au noir

C’est un travail rémunéré exécuté en violation des dispositions législatives et réglementaires, sociales ou fiscales, régissant l’exercice d’une activité professionnelle, explique Le Larousse. La loi punit les personnes usant de femmes et d’hommes œuvrant au noir, d’ailleurs les délations sont encouragées, car rétribuées en France comme en Espagne. « À de maintes reprises dans l’histoire, les autorités ont poussé les citoyens à dénoncer leurs compatriotes pour, prétendument, défendre l’intérêt général. Une attitude largement alimentée par les crises, les guerres ou les attentats ». Quand on imagine que les puissants emploient des travailleurs « au noir », cela pourrait-être révoltant. Comme celui d’engager quelqu’un pour payer moins cher, et que cet artisan engrange de la menue monnaie, là n’est pas le sujet, ni le jugement. Tel un palindrome, nous remontons à nouveau au moyen-âge. Car l’origine de cette expression relève du douzième siècle. La tâche devait être réalisée seulement de jour, pour éviter de trop longues journées aux laboratores.

La nuit tous les chats sont gris, car toutes les choses se ressemblent, il est alors difficile de les distinguer. (Crédits : Mumu’s Pictures)

Mais au temps d’Aliénor d’Aquitaine, Reine des Francs (couronnée duchesse d’Aquitaine en la cathédrale Saint-Pierre de Poitiers, le 8 août 1137) ou de Blanche de Castille, Reine de France, certains seigneurs outrepassaient leurs droits. Pour fournir une œuvre bonne et loyale, le travail de nuit état interdit, les artisans devaient confectionner à la vue du public, afin de ne pas les tromper, et ainsi d’augmenter leur bourse de monnaie sonnante et trébuchante. Pour autant, quelques souverains exigeaient, à la nuit tombée, notamment en hiver que l’activité continue. Les pauvres bougres devaient alors se cacher et travailler dans le noir pour ne pas se faire repérer.

Romuald Pena

Journaliste et curieux de nature, j’aime les mots et ce qu’ils chantent aux oreilles qui les entendent. « La vérité, c’est qu’il n’y a pas de vérité », assurait Pablo Neruda. Ainsi j’apporte des faits, des faits, encore et toujours des faits, car : « Nous ne pouvons être condamnés à pire, à juger les autres, à être des juges. » (Le Testament d’Orphée, de Jean Cocteau)

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