Étiquette : Militaire

  • Des agents (encore) identifiés à cause d’une appli

    Des agents (encore) identifiés à cause d’une appli

    Alors que TikTok est une menace pour la sécurité nationale des USA explique le sénateur John Tune, il n’est plus accessible le 19 janvier 2025, et rétablit le quelques heures après par le président Trump, pas encore investi. Sauf que ce réseau social est utilisé principalement sur smartphone. Récemment, des militaires français dévoilent, malgré eux des informations sensibles, à cause d’une application. Si l’ensemble des médias jettent l’opprobre sur les militaires français, ils ne sont pas les premiers ni les derniers. Néerlandais, Allemands, Américains, Russes, Israéliens… avant eux.

    L’affaire semble détonante, voire explosive, cela dit elle est fâcheuse. Fournir des renseignements militaires à travers l’utilisation d’IoT ne devrait pas arriver… et pourtant. Comme l’explique Le Monde, « StravaLeaks : des dates de patrouilles des sous-marins nucléaires français dévoilées par l’imprudence de membres d’équipage ». L’application précise alors que « la Heatmap ne contient que des activités publiques et respecte tous les paramètres de confidentialité ». Des titres révélant cette affaire malheureuse sont nombreux. Mais est-ce la première fois sur le globe terrestre ?

    Informations confidentielles divulguées

    Les bases militaires et autres lieux stratégiques sont soumis à des protocoles stricts de sécurité. Il sera probablement renforcé très prochainement. Mais ce n’est pas la première et dernière fois que ce genre d’affaires existent. Si les révélations de 2024 font grand bruit, en 2018 se déroulent des fuites également à travers des applications, et une enquête approfondie. En 2022, l’exploitation de l’application Strava révèle l’emplacement de sites sensibles en Israël, tels l’emplacement précis des bases de l’armée de l’air, le quartier général du Mossad et les bases de renseignements militaires.

    Tout personnel militaire se doit d’être en forme physique pour être prêt à chaque instant, car « les armées sont un acteur essentiel de la stratégie de défense et de sécurité nationale. […] prêtes en permanence à faire face à un conflit majeur, agissant dans tous les milieux et champs de confrontation pour “gagner la guerre avant la guerre” dès le stade de la compétition, état normal du monde fondé sur un ordre international régi par le droit. Dans le respect des valeurs et de l’éthique qui les animent, elles sont engagées au service des Français et performantes dans leurs opérations », pose le Chef d’état-major des armées, le général d’armée Thierry Burkhard.

    Dans chaque lieu stratégique, les employés montrent patte blanche. À travers scanners, système de reconnaissance faciale et équipes cynophiles, fouilles des voitures… Les téléphones portables et autres appareils électroniques y sont interdits.

    L’enquête publiée fin octobre 2024 par le journal Le Monde affole les services de sécurité partout sur terre. « Les déplacements hautement confidentiels du président américain Joe Biden, de ses rivaux Donald Trump et Kamala Harris et d’autres dirigeants mondiaux peuvent être facilement suivis en ligne grâce à une application de fitness utilisée par leurs gardes du corps, a révélé une enquête du journal français Le Monde », indique Irish Independent.

    Un triptyque du Monde dans lesquels Sébastien Bourdon, Antoine Schirer et Cellule Enquête vidéo dévoilent les dessous de l’affaire. Dans ce dernier volet, les traces numériques concernent des militaires de la base opérationnelle de L’île Longue, comme en 2018. Ce lieu hautement stratégique abrite la composante océanique stratégique de la dissuasion française, à savoir quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE).
    (Crédits : Jakub Zerdzicki/Pexels)

    La base opérationnelle de l’île Longue protège en son sein les quatre SNLE : le Triomphant, le Téméraire, le Vigilant et le Terrible. Ils sont « admis au service actif respectivement en 1997, 1999 et 2004 et 2010 bénéficient des matériels les plus modernes ainsi que d’une discrétion acoustique accrue ». Ils emportent l’arme nucléaire, le M51.

    Les indiscrétions malheureuses

    En septembre 2017, Strava lance sa « Global Heatmap ». Elle cartographie l’ensemble des trajets empruntés par ses utilisateurs. Cerise sur le gâteau, plus un itinéraire est emprunté, plus son tracé est épais et lumineux. En 2018, le site De Correspondent à travers les quatre auteurs révèle une enquête minutieuse dont le titre est « voici comment nous avons trouvé les noms et les adresses des soldats et des agents secrets à l’aide d’une application de fitness simple ».

    L’article met en lumière une problématique cruciale concernant la sécurité des données personnelles et les dangers liés à la géolocalisation. Les auteurs expliquent comment l’appli fitness Polar a permis de révéler les identités et les localisations de militaires, d’agents de renseignement… travaillant sur des sites hautement sécurisés.

    Tout comme d’autres applis (de fitness), elle collecte et affiche publiquement les données de ses utilisateurs (parcours GPS, noms, photos, jusqu’à parfois les coordonnées).

    En les croisant, ils identifient des personnes travaillant dans des bases militaires, des agences de renseignement, des centres de stockage d’armes nucléaires, comme 208 lieux d’intérêts. Ainsi « nous trouvons l’adresse de Frank en quelques minutes. Nous apprenons aussi qu’il a au moins deux filles. Nous savons où travaille sa femme et quels sont leurs passe-temps. Nous avons accès à des photos de chaque membre de la famille. Frank n’est pas la seule personne qui enregistre ses séances d’entraînement à la base de Volkel. »

    Ils ont également repéré des membres de la NSA aux États-Unis et d’autres agents en poste dans des zones sensibles (Gao au Mali, Guantanamo Bay à Cuba, possible GRU à Moscou, le MI5, le GCHQ). Cette révélation montre que des informations critiques, qui devraient être protégées, sont accessibles à quiconque sait où chercher.

    Les applications de fitness, comme d’autres outils IoT, capturent des volumes considérables de données sensibles, mais leur sécurité est souvent reléguée au second plan au profit de la facilité d’utilisation et de l’engagement utilisateur. Cet exemple démontre comment des données a priori anodines peuvent être exploitées pour des activités malveillantes ou de l’espionnage. (Crédits : Plann/Pexels)

    Ils expliquent que « les coordonnées GPS pour ces sites sont incroyablement faciles à trouver — souvent en utilisant Google Maps, et sinon via Wikipédia ». Leurs recherches en fonction des données publiques laissent sans voix. Ils identifient « un inspecteur général de l’armée américaine qui fait des tours autour de Guantanamo Bay ; plusieurs soldats américains à l’aéroport international d’Erbil, dans le nord de l’Irak ; plusieurs soldats français à une base militaire à Gao (Mali) ; et un analyste américain qui s’occupe de Fort Meade dans le Maryland, où se trouve également la NSA. » Puis via Endomondo « trois sergents et un administrateur de système à Guantanamo Bay ; Conseiller auprès des chefs d’état-major interarmées au fort Meade ; et deux soldats à l’aéroport international d’Erbil ».

  • Ukraine : du Cyberespace à l’offensive terrestre

    Ukraine : du Cyberespace à l’offensive terrestre

    Les opérations militaires entreprises le 24 février 2022 par la Russie envers l’Ukraine, sont d’abord effectuées sur l’outil que tout un chacun utilise, les terminaux des systèmes d’information. Autrement dit nos smartphones, tablettes, ordinateurs, objets connectés, etc. Les activités et opérations cybernétiques sont utilisées dans le cadre de conflits géopolitiques et d’interventions stratégiques sur le globe terrestre à tout moment et en toute occasion. Qu’en est-il de l’Ukraine ? Dans quelle finalité ? A-t-elle été visée par des attaques dites informatiques ?

    En 2016, une semaine avant Noël, des perturbations très importantes, plonge le pays dans un black-out, l’Ukraine est victime de cyberattaques sur ses réseaux électriques. La finalité de tels attentats est d’affaiblir, désorienter, jeter l’opprobre, le discrédit, ou annihiler une organisation étatique. Il s’agit de déstabiliser les services essentiels tels que l’approvisionnement en eau, les soins de santé, les institutions financières, les transports… Cibler les infrastructures critiques et gouvernementales suscite immédiatement des inquiétudes. Le but rechercher en premier lieu, restreindre ou anéantir la capacité des entités visées à prendre des mesures défensives ou offensives. Ce qui amène et créer un sentiment de peur, provoquant un possible déplacement de personnes paniquées. D’où la méfiance, voire le discrédit total des institutions chargées de protéger et de servir la population. Enfin, l’impact de la communication est primordial, en limitant l’accès à des renseignements et en diffusant en masse des erronées, la désinformation nuit aux individus. Les conséquences sur la société pourraient être catastrophiques. Les exemples sont multiples, régulièrement usés à mauvais escient par les dictateurs par exemple.

    Un groupe de pirates informatiques a été arrêté à Kiev avec du matériel spécialisé destiné à truquer les résultats de l’élection présidentielle ukrainienne, selon Victor Yagun, chef adjoint du Service de sécurité de l’Ukraine (SBU). Le groupe CyberBerkut possède de nombreux faits comme l’attaque de l’OTAN en 2014. (Crédits : DR)

    Chronologie d’un désastre annoncé

    Remontons en 2014, lors de la dernière élection présidentielle ukrainienne. Une vague d’infections visant à les perturber et les manipuler a été décrite comme « parmi les cyberattaques les plus dangereuses jamais déployées pour saboter une élection nationale. » Elle s’est effectuée en trois étapes. L’infiltration des réseaux électoraux et la suppression de fichiers pour rendre le système inopérant. CyberBerkut a par la suite divulgué des courriels et des fichiers comme preuve. « Nous, les CyberBerkut, affirmons avoir accès au système de communication de la CEC à tout moment », revendiquaient-ils. Cet avant avoir publié les courriels des fonctionnaires régionaux et bloqué les téléphones portables de certains membres de la commission électorale, le jour de l’élection. Alors que l’attaque a échoué, Channel 1 Russia affichait ces résultats. Enfin, des attaques par déni de service distribué (DDoS) ont bloqué les résultats des élections et retardé le décompte final, qui fut attribué à CyberBerkut.

    « L’attaque est venue d’Internet, mais quelqu’un a partiellement désactivé le système de défense de l’intérieur », déclarait une source sous couvert d’anonymat. Volodymyr Zverev, chef de la sécurité de l’information, confirmait que le virus avait été introduit par une personne qui connaissait les mots de passe du système. (Crédits : KP)

    La dernière en date est celle du 23 février. L’agression a impliqué un logiciel malveillant d’effacement de données baptisé HermeticWiper. Le wiper a été détecté en Ukraine, en Lettonie et en Lituanie et les cibles comprennent, étonnamment des organisations financières et des entrepreneurs gouvernementaux. « L’analyse technique indique que le mécanisme d’attaque a été construit au moins six semaines avant l’attaque. »

    Du code à la matriochka

    Puis, le 23 décembre 2015, une cyberattaque a compromis les systèmes de trois sociétés de distribution d’énergie dans la région d’Ivano-Frankivsk, en Ukraine occidentale. C’est la première attaque réussie contre un réseau électrique. Pour faire les choses biens, les centres d’appels des fournisseurs sont mis hors service auparavant, par une opération DDoS. Elles furent attribuées à l’État Russe et à Sandworm Team. Un après, quasiment jour pour jour, le 17 décembre 2016, une interruption d’environ une heure imputée au malware Electrum à par Dragos. À minuit, une station de transmission électrique au nord de la ville de Kiev, mettant hors service, une partie de la capitale ukrainienne. Des chercheurs en cybersécurité ont trouvé des preuves troublantes que la panne n’était peut-être qu’une répétition générale.

    Une attaque le 27 juillet 2017 avec NotPetya, touchait 80 % des entités des secteurs public et privé en Ukraine. À travers un logiciel de déclaration d’impôts, l’infection se propageait. Les auteurs le concevaient pour ne pas être décryptés, de ce fait il n’y avait aucun moyen de récupérer les données une fois chiffrées. (Crédits : Schwoaze/Pixabay)

    L’attaque s’est répandue dans le monde entier et a contaminé, entre autres, le système de surveillance des radiations de Tchernobyl et des organismes de santé américains. Elle a été qualifiée de « cyberattaque la plus dévastatrice de l’histoire ». L’Europe prenait des sanctions en juillet 2020. Du 13 au 15 janvier 2022, des organisations attaquées et paralysées. Ce malware, surnommé WhisperGate est apparu pour la première fois sur des systèmes victimes en Ukraine le 13 janvier 2022 déclarait Microsoft. « On estime que le malware est conçu pour ressembler à un ransomware mais qu’il ne dispose pas d’un mécanisme de récupération de la rançon et qu’il est destiné à être destructeur, rendant les appareils ciblés inopérants, plutôt qu’à obtenir une rançon. Les victimes sont de multiples organisations gouvernementales, à but non lucratif et informatiques », explique Cyber Peace Institution. Majoritaire en Ukraine la religion orthodoxe célèbre son premier jour de l’année le 14 janvier 2022. Jour où plus de soixante-dix 70 sites Web du gouvernement sont modifiés, une déclaration en russe, en ukrainien et en polonais apparaissait, avant d’être temporairement fermés.

    We believe preliminarily that the group UNC1151 may be involved in this attack

    Serhiy Demedyuk, deputy secretary of the national security and defence council. Reuters

    Le 15 février 2022, une attaque par déni de service distribué (DDoS) utilise le malware Katana. La désinformation fait son apparition via des messages sur les téléphones mobiles. Des dysfonctionnements techniques de distributeur automatiques de billets, rapidement démenti par la Police. Le 23 février, une attaque DDoS cible et rend les sites Web de plusieurs banques, ainsi que ceux du ministère des Affaires étrangères, de la Défense, de l’Intérieur, le Service de sécurité (SBU) et le Cabinet des ministres, inaccessibles. Si la majorité d’entre eux sont à nouveau opérationnels deux heures après, des latences et pannes se poursuivent le lendemain sur d’autres, 24 février 2022, début de l’offensive militaire russe sur le sol ukrainien.