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  • Est-ce que les arbres sont de grands bavards ?

    Est-ce que les arbres sont de grands bavards ?

    Entrez dans une forêt ! Écoutez… Rien, vous n’entendez rien. Seul le calme, parfois ponctué par le souffle du vent dans les arbres et le bruissement de vos pas sur le sol. Pourtant, sous vos pieds, c’est une vraie salle de rédaction, remplie de bavards. Les arbres, immobiles et silencieux à nos yeux et à nos oreilles, sont en réalité de véritables commères. Est-ce un mythe poétique ou vérité scientifique ? Depuis plusieurs décennies, les chercheurs découvrent que ce qu’on croyait un « tas de troncs plantés là » ressemble plutôt à un réseau social… mais avec de la chlorophylle.

    Juste sous la surface du sol se cache une autoroute souterraine sans limitation de vitesse : le Wood Wide Web. Pas un simple WiFi, plus un réseau Ethernet, fait de filaments de champignons mycorhiziens reliant les racines des différents arbres. Imaginez un câblage en forme de pieuvre. Tel un clavardage, les arbres échangent des nutriments, du carbone, de l’eau et… des informations chimiques.

    Le langage des racines et des champignons

    Ces réseaux, jalousement cachés à nos yeux, sont étudiés depuis des décennies. Elles montrent comment des arbres transfèrent du carbone via leurs connexions fongiques. L’entraide n’est plus l’apanage de l’être humain, bien au contraire. Un arbre malade ou attaqué peut redistribuer ses ressources vers ses plus proches voisins. C’est comme envoyer un « SMS ». Le biologiste allemand Peter Wohlleben, dans son best-seller « La vie secrète des arbres », décrit ce système comme l’équivalent de veines qui relieraient les arbres entre eux.

    Arbre, femme, racines

    Derrière ces métaphores se joue une réalité complexe. Il ne s’agit pas de mots échangés sur une terrasse. Nous parlons de signaux biochimiques et physiologiques déclenchés par différents facteurs de stress (environnement, lumière, attaques d’insectes). Les mycorhizes facilitent les échanges. Quant à leur exact rôle dans la communication ? C’est un sujet encore débattu au sein de la communauté scientifique.

    Car, ces échanges ne se limitent pas au sous-sol. Dans les savanes d’Afrique, les acacias possèdent en eux une arme redoutable. Quand une girafe commence à grignoter leurs feuilles de manière gargantuesque, ils réagissent.
    Ils libèrent du tanin pour rendre le repas désagréable… Puis, ajoute autour d’eux une barrière, par l’émission de gaz volatil.
    (Crédits : The local bus/Pexels)

    Ces signaux chimiques préviennent également les voisins : « Attention ! Goinfre en approche ! » C’est ainsi que les autres acacias montent leur taux de tanins, au cas où la girafe aurait encore un petit creux. De quoi nous donner des complexes quant à notre propre « efficacité » en communication et en sécurité. Les arbres possèdent un système d’alerte anti-intrusion inné, automatique, opérationnel et inviolable… en théorie, du moins.

    À quoi sert cette communication ?

    Nous pourrions nous émerveiller de cette « solidarité »… mais restons factuels. Il ne s’agit pas de gentillesse en mode princesse de conte de fées, mais d’un mécanisme de survie collective. En coopérant, chaque arbre augmente ses chances. Les vieux arbres… Pardon… les plus expérimentés, surnommés « arbres-mères », redistribuent du carbone stocké à de jeunes pousses qui peine à se faire une place au soleil. Ce n’est pas de la philanthropie, mais la survie de la forêt dépend de l’équilibre global.

    De nouvelles études nous plongent encore plus dans l’invisible, voire le sensationnel. Des chercheurs observent dans les forêts des Dolomites (Italie) que des épinettes (Picea abies) synchronisent leurs signaux bioélectriques avant une éclipse solaire partielle de deux heures.

    C’est comme si elles anticipaient l’événement et se coordonnaient collectivement. Les plus expérimentés anticiperaient. Ils agiraient comme banques de mémoire, influençant la réaction des plus jeunes. Ce phénomène, baptisé synchronisation bioélectrique, remet en perspective la forêt comme un superorganisme vivant, où chaque arbre n’est pas isolé, mais fait partie d’un tout.

    Avis et vents contraires

    Mais tous ne sont pas d’accord à propos de cette publication. « C’est décevant que ce papier reçoive tellement de presse parce que c’est juste une idée et qu’il n’y a pas grand-chose ici à part l’affirmation », a déclaré James Cahill, professeur à la faculté d’Alberta. Ce à quoi « The Royal Society Open Science » répond que « toutes les recherches publiées par la Royal Society Open Science passent par un examen approfondi par les pairs avant d’être acceptées ».

    Chacun y trouvera sa croyance et sa certitude, d’un côté comme de l’autre.

    Mais, cette idée fascine, autant qu’elle dérange, parce qu’elle humanise la forêt. Est-ce que nous projetons nos codes sociaux sur eux, ou est-ce eux qui nous ont influencés ? Les voir parler ou s’entraider flatte notre imaginaire. Depuis Tolkien et ses Ents, jusqu’aux contes populaires de forêts magiques, l’arbre parlant est une vieille antienne humaine. Mais attention un arbre ne rédige pas de haïkus sous ses racines. (Crédits : Luis Quintero/Pexels)

    Laissons libre cours à notre imagination. Pour le reste des légendes existent. En France, il y a la forêt de Mercoir et la bête de Gévaudan (Languedoc-Roussillon), Merlin l’enchanteur et la forêt de Brocéliande (Bretagne), celle de Mervent-Voucant le domaine de la fée Mélusine (Pays de la Loire), les mystères entourant celle des Andaines (Basse-Normandie) ou encore les légendes en pays Tronçais (Auvergne).

    Les arbres, une société bruyamment silencieuse

    Malgré tout, cette découverte modifie en profondeur notre regard. La forêt n’est pas une juxtaposition d’individus, mais une communauté interconnectée. Bien plus importante que la société humaine avec ses portables et ses réseaux dits sociaux. Chaque arbre adopte un rôle primordial dans un gigantesque écosystème solidaire.

    silence, arbre, banc

    Ce que nous prenons pour une conversation est en fait de la biochimie collective, mais le résultat est là : ils communiquent. La forêt est un superorganisme à part entière. En comparaison, nos sociétés « hyperconnectées » font pâle figure.
    L’être humain parle beaucoup, mais ne démontre que peu. La forêt, silencieuse en surface, agit en permanence.

    Alors, les arbres communiquent-ils vraiment entre eux ? Oui.
    Ces mots nous sont encore inconnus. Peut-être est-ce un bien pour la survie de la nature. La forêt ne s’encombre pas de paroles inutiles, pas de tirades ou d’envolées lyriques, juste des gestes. Par signaux chimiques, par réseaux souterrains, par molécules volatiles. C’est une communication discrète, pragmatique, au service de la survie commune. (Crédits : Jeswin Thomas/Pexels)

    La morale ? Là où nous avons inventé le bruit permanent, eux ont mis au point le murmure efficace. Alors, la prochaine fois que vous traversez une forêt, souvenez-vous : même si vous ne les entendez pas, les arbres, eux, sont peut-être déjà en train de commenter votre présence. Autour de vous, ça « parle vert ». Et sans jamais se couper la parole.

  • Le papier hygiénique fête ses 11 siècles d’existence

    Le papier hygiénique fête ses 11 siècles d’existence

    Ce petit rien, qui pendant le premier confinement provoqua des batailles rangées, est né au Xe siècle… en Chine, lors de la dynastie Song. Il était fabriqué pour l’usage exclusif des empereurs. Depuis, ce bout de papier a fait couler bien de l’encre ici et là. Les Américains, champions toutes catégories, sont suivis de près par les Allemands, avec 141 rouleaux par an et par personne. Comment sommes-nous passés de solutions naturelles à celles d’utiliser du papier dans un usage intime ?

    Avant l’invention chinoise, les techniques utilisées divergeaient selon les civilisations. Au Ve siècle avant notre ère, les Grecs utilisaient leurs doigts, des cailloux ou encore leurs vêtements, explique ça m’intéresse. Le besoin de confort amène son évolution. Au fil du temps, il passe par le tissu, la laine parfumée, le lin, le chanvre, le papier journal…

    Un bout de papier salvateur

    Longtemps taboue, l’histoire du papier hygiénique traverse les civilisations avec discrétion. Bien avant son invention moderne, les pratiques d’hygiène variaient selon les époques et les régions : eau, feuilles, coquillages, tissus ou encore bâtons d’hygiène dans la Chine ancienne.

    Le premier papier toilette tel que nous le connaissons est né dans les années 1850 en Angleterre. Mais c’est aux États-Unis qu’il sera fabriqué à la chaîne en 1857. Joseph Gayetty déposa le brevet du « Gayetty’s Médicated Paper ».

    Son prix de 50 cents octroyait à l’acheteur un paquet de 500 feuilles. Un dollar de 1850 en vaut 33,54 aujourd’hui, selon le calculateur. Il avait eu la riche idée de marquer chaque feuille d’un filigrane à son nom. Son papier contenait une quantité certaine d’Aloe pour des questions d’hygiène, mais pas seulement. Il était recommandé pour la prévention des hémorroïdes.

    Il faudra attendre quatre décennies pour que le papier toilette devienne le best-seller que nous arrachons feuille après feuille. C’est en juin 1891 que l’Américain Seth Wheeler dépose le brevet du « papier toilette » en rouleau.

    Trois mois plus tard, le 15 septembre 1891, il améliore son système en imaginant des lignes de perforations afin de pouvoir détacher plus facilement les feuillets si précieux.

    Mais c’est le XXe siècle, avec la généralisation des toilettes modernes et l’évolution des normes sanitaires, qui donne au papier toilette ses lettres de noblesse. Il devient un bien de consommation très courant en Occident.

    Aujourd’hui, cet objet du quotidien, tombé dans la banalité, incarne à lui seul les inégalités d’accès à l’hygiène dans le monde… et un poids environnemental non négligeable.

    L’affiche ventait les mérites et bienfaits pour la santé du papier hygiénique. (Crédits : DR)

    Meilleure disposition du rouleau

    Il existe des débats à haute envolée lyrique et indispensables à l’évolution de l’espèce humaine. Le premier est celui de nommer une viennoiserie contenant du chocolat. « Vous l’avez ? » Alors certains expliquent que c’est une chocolatine, d’autres un pain au chocolat. Du reste, le principal est que cette gourmandise soit délicieuse, le reste… Mais une question demeure quel est le bon positionnement du rouleau. Entre nous, chacun sa préférence, il n’existe pas de meilleure disposition, quoique…

    En dessous (DR)
    Au-dessus (DR)

    Fort du débat que vous venez d’entamer avec les personnes qui vous entourent, ou vos collègues devant la machine à café, l’inventeur Seth Wheeler propose sa vision des choses. Oprah Winfrey, dans le talk-show AM Chicago sur WLS-TV dans les années 1980, qui deviendra The Oprah Winfrey Show aurait affiché sa préférence

    « Laissez-moi vous dire que moi, Oprah Winfrey, je suis moi-même une fille qui opte par-dessus », a-t-elle révélé. « Je préfère par-dessus », poursuit-elle, face à des applaudissements déchaînés, « parce que ça se déchire si facilement ! »

    Bien que cet autre débat soit vital, faites bon usage, c’est là tout l’enjeu. Pour le reste, il faut adapter son positionnement au dérouleur installé.

    Selon son inventeur, voici la disposition adéquate pour en tirer le meilleur usage (Crédits : S. Wheeler)

    Quoi qu’il en soit, le chiffre d’affaires du fameux papier en Europe représente 8,5 milliards d’euros, et certains prétendent que l’argent n’a pas d’odeur. Cela dit, il y eut en mars 2020 une augmentation significative de la vente de papier toilette. Italie (+140 %), Australie (+98 %), Espagne (+82 %), Royaume-Uni (+80 %), États-Unis (+60 %), Inde (+51 %), Allemagne (+35 %), France (+30 %). Ainsi, comparé au tableau de consommation, avec un produit en croix, les chiffres paraissent lunaires.

      À l’échelle mondiale, les estimations indiquent que plus de 42 millions de tonnes de papier toilette seraient produites chaque année.

      Or, cette production ne serait pas sans conséquence. Selon des ONG, environ 270 000 arbres sont abattus chaque jour pour répondre à la demande mondiale en papier toilette, soit près de 10 millions par an. Une grande partie de cette production provient encore de fibres vierges, parfois issues de forêts primaires, malgré les efforts de recyclage dans certains pays.

      Il faudra attendre la fin des années 1960 pour que le papier hygiénique se démocratise en France, bien que le papier journal eût toujours sa place dans les années 70, croyez-moi. Dorénavant, une solution alternative existe, le lavage avec de l’eau. Certains appareils comme la toilette japonaise sont équipés de jet d’eau réglable. Mais, il existe aussi le fameux bidet, utile à cet effet, que vous pouvez observer chez vos grands-parents ou parents. Désormais, vous ne le verrez plus jamais du même œil.

      À l’heure où les questions d’écologie et de sobriété s’imposent, le papier toilette cristallise un débat : entre confort, culture et nécessité de repenser notre rapport à l’hygiène… et à la nature et à l’eau.

      Crédits : La consommation annuelle en rouleau et en kilogramme au cours de l’année 2018 /Statista Consumer Market Outlook)