Le site de la RNLI hors ligne après une cyberattaque présumée

Ceux qui œuvre au sein de la Royal National Lifeboat Institution (RNLI) naviguent désormais comme dans le fog londonien sur le web, à vue. Depuis le 4 décembre 2021, le site a été mis hors service par précaution. Selon le Mail Online, cette infection par codes malveillants serait attribuée à des groupes dits anti-migrants après que des bateaux ont sorti 100 migrants, dont des bébés, d’une mer agitée au petit matin. Les sauveteurs avaient signalé à la police britannique avoir reçu des courriels menaçants.

« Le site Web de la RNLI a fait l’objet d’une activité suspecte aujourd’hui, vendredi 3 décembre 2021 », déclarait un porte-parole de la RNLI. La vitrine de l’organisation caritative est depuis hors ligne, après que l’incident fut découvert et que son personnel ait reçu environ 3 000 courriels d’intimidation. « D’éminents activistes soupçonnent des groupes d’extrême droite d’être à l’origine de l’incident après que Britain First a exhorté ses partisans à envoyer des courriels de plainte à l’organisation caritative », relate le Mail Online. Le mouvement politique Britain First, à travers son leader Paul Golding a « nié toute implication », déclarant au Mail Online qu’il « n’a pas la capacité de pirater des sites web et quiconque suggère que nous pourrions le faire répand de fausses nouvelles ».

Toute personne se rendant sur le site de l’association est dirigée vers une page d’accueil indiquant que « la requête est bloquée ». (Crédits : capture d’écran)

La Royal National Lifeboat Institution, colle dans la volonté de sauver des vies à notre Société Nationale de Sauvetage en Mer (SNSM). Elle est la plus grande organisation caritative qui sauve des vies en mer autour des côtes du Royaume-Uni, de la République d’Irlande, des îles Anglo-Normandes et de l’île de Man, ainsi que sur certaines voies navigables intérieures. « Nous nous concentrons sur notre objectif principal, qui est de sauver des vies en mer, et notre service de sauvetage 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 reste pleinement opérationnel », ajuste le porte-parole en rappelant à son personnel et ses bénévoles de rester vigilants afin d’assurer leur propre sécurité et celle de leurs collègues.

La RNLI qui est une organisation caritative au Royaume-Uni et en République d’Irlande, est visée par une infection malveillante. (Crédits : UKNewsPictures)

Le groupe a déclaré sur son compte Telegram, car banni de tous les réseaux sociaux : « Britain First a lancé une campagne de plaintes à l’encontre de la RNLI pour faire pression sur elle afin qu’elle abandonne son soutien à l’immigration illégale et au trafic d’êtres humains et qu’elle se concentre plutôt sur le sauvetage des vies britanniques le long de nos zones côtières ». La semaine dernière, alors que la tempête Arwen s’abattait sur la Grande-Bretagne avec des vents de force coups de vent dépassant les 50 kilomètres par heure, la RNLI a mis quatre marins en sécurité au large des côtes du Pays de Galles. La semaine précédente, l’équipe de sauvetage dans le nord de l’Angleterre a affronté des vagues de six mètres pour sauver six pêcheurs, sur leur bateau de 14 mètres après que son moteur soit tombé en panne. Des interventions comme celles-ci, l’organisme de bienfaisance entièrement bénévole qui existe depuis 200 ans en effectue régulièrement, sans jugement ni préférence, à toute personne en difficulté en mer. Samedi 4 décembre 2021, les mauvaises conditions météorologiques entravaient opérations de secours, notamment en raison du brouillard.

Tandis que la tension provoquée par les déclarations du groupe politique Britain First envers la RNLI battait son plein, c’est cet actuel drame qui occulte cette campagne de dénigrement. Vingt-sept personnes, dont sept femmes, dont l’une était enceinte, et trois enfants, ont péri lorsque leur bateau a chaviré mercredi 24 novembre 2021, dans le détroit du Pas-de-Calais. « La Manche, nouveau cimetière à ciel ouvert […] C’est l’événement le plus meurtrier depuis 2018 […] », s’indignait France Bleu.

Une migrante et sa progéniture après avoir été aidés à débarquer d’un bateau de sauvetage de la RNLI sur une plage de Dungeness, sur la côte sud-est de l’Angleterre, le mois dernier. « Nous ne pouvons pas oublier que l’interminable débat sur l’immigration […] est un débat sur le droit des gens à vivre », a déclaré Rosie Carter, de HOPEnotHate. (Crédits : AFP)

Consécutif aux 27 décès et aux opérations des forces de l’ordre, cinq personnes ont été arrêtées en France, dont un homme interpellé pendant la nuit au volant d’un véhicule immatriculé en Allemagne, rempli de bateau gonflable, type « zodiac ». Bien qu’il n’y ait « aucun lien prouvé » avec le naufrage, selon les procureurs, bien que le ministre français de l’Intérieur Gérald Darmanin insistait sur le fait que tous étaient « directement liés » aux noyades. L’enquête est en cours. « La RNLI est fière du travail humanitaire de ses équipages bénévoles de bateaux de sauvetage dans la Manche et nous sommes reconnaissants de l’élan de soutien que nous avons récemment reçu », ajoutait le porte-parole. Les événements tragiques « nous rappellent tristement à quel point il est dangereux de prendre la mer dans l’une des voies de navigation les plus fréquentées du monde à bord d’embarcations non adaptées » à la traversée, surtout à l’approche de l’hiver ou la mer forcit.

Romuald Pena

Journaliste et curieux de nature, j’aime les mots et ce qu’ils chantent aux oreilles qui les entendent. « La vérité, c’est qu’il n’y a pas de vérité », assurait Pablo Neruda. Ainsi j’apporte des faits, des faits, encore et toujours des faits, car : « Nous ne pouvons être condamnés à pire, à juger les autres, à être des juges. » (Le Testament d’Orphée, de Jean Cocteau)

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