Il y a cent ans… quand la bêtise régnait

Le 28 avril 1922, il est impressionnant de lire que « le soldat indigène peut devenir un instrument merveilleux » alors que la Première Guerre mondiale vient de finir et que la conférence de Gênes essaie de rétablir l’ordre économique planétaire. Le quotidien L’Homme Libre dépeint une étude dite « réaliste » sur l’organisation de ces troupes indigènes. Et en préambule le journal posait la question à savoir si amené des colonies, il serait utilisable dans la métropole, « abstraction faite des discours affirmatifs d’un tas d’incompétences » ?

Ainsi, nous apprenons qu’il doit être remis à des éducateurs connaissant sa mentalité et son tempérament, car ils étaient, de pauvres êtres humains confiés à des officiers et sus-officiers ne n’intéressant pas assez à eux. Pas un seul gradé ne prenait en compte les mœurs et habitudes des tirailleurs sénégalais. Les mots s’enchaînaient pour décrire qu’une personne ne vivant pas dans le même pays pouvait avoir des us et coutumes si distincts des Français, de par leur religiosité, leur habitation, leurs vêtements… Il semblerait que selon le journal, ils arrivent illettrés. Or, au XXe siècle lorsque le service militaire était encore obligatoire, au même titre que Journée défense et citoyenneté (JDC) des tests de recopie du programme TV permettait de connaître le degré d’écriture et de lecture de chaque appelé. Depuis 1997, les tests d’évaluation à propos de la langue française (établis par l’éducation nationale), consistent surtout à repérer les personnes en décrochage scolaire ou ayant des troubles d’apprentissage. Sauf qu’en 1922, les pratiques étaient sûrement différentes.

Le soldat indigène à la une de l’Homme Libre, un paradoxe. Le film raconte la découverte de la guerre et de l’Europe, de l’Italie jusqu’aux portes de l’Alsace, par trois tirailleurs algériens et un goumier marocain, avec comme acteurs principaux Jamel Debbouze, Samy Naceri, Roschdy Zem, Bernard Blancan et Sami Bouajila. (Crédits : L’Homme Libre/Gallica/BnF)

« S’il est bien dressé et bien encadré » son attachement à de vrais « chefs » devient extraordinaire pouvait-on lire. Comme de lui laisser se plier au Coran, ne pas leur imposer de manger de la viande de porc, leur faciliter l’observance du ramadan… Mais il peut être « l’outil de défense nationale que produite le recrutement indigène […], mais encore faut-il apprendre à s’en servir et, pour commencer à ne pas froisser le tirailleur en le traitant de “Bico”, “sidi” ou “nase” ». À croire que la bêtise humaine est un pléonasme, car l’Homme semble démontrer qu’il est le seul mammifère doué d’une certaine intelligence, mais surtout qu’il est caractérisé par une grande bêtise.

Romuald Pena

Journaliste et curieux de nature, j’aime les mots et ce qu’ils chantent aux oreilles qui les entendent. « La vérité, c’est qu’il n’y a pas de vérité », assurait Pablo Neruda. Ainsi j’apporte des faits, des faits, encore et toujours des faits, car : « Nous ne pouvons être condamnés à pire, à juger les autres, à être des juges. » (Le Testament d’Orphée, de Jean Cocteau)

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