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  • Devenez un espion !

    Devenez un espion !

    Qui n’a jamais espéré être celui ou celle qui casse un code inviolable, de trouver la combinaison d’un coffre rempli de pièces d’or, ou d’intercepter un message entre deux personnes, sans avoir été repéré. Ce rêve est accessible à tous, ou presque. Le CryptoChallenge 2022 commencera le 14 mars pour se clôturer le 14 juin 2022. Cette discipline est présente et utilisée chaque jour, l’affaire la plus célèbre du grand public est Enigma. Alan Turing fracassa le code qui permit de gagner un temps précieux, et de sauver de nombreuses vies en écourtant la 2e Guerre mondiale.

    Si vous êtes une personne intéressée, ou plus simplement curieuse, avec une véritable envie de vous creuser la tête, le CryptoChallenge est fait pour vous. Il se déroule du 14 mars au 14 mai 2022. Le site est à l’adresse suivante. Il est ouvert à tout public, cependant une fonctionnalité spécifique dédiée aux enseignants pour l’usage en classe (collège, lycée) existe. L’utilisation peut être faite en présentiel ou à distance. Cette année, il faut découvrir la personne « qui a volé les plans d’Ada Lovelace ». L’histoire fait évoluer les mœurs, passant de la sténographie à la cryptographie. Vers 600 avant notre ère, Nabuchodonosor II employait des crânes rasés, pas de panique, je vous explique. Il pensa à raser ses esclaves, tatouer le communiqué sur leur tête, et quand les cheveux avaient repoussé, il envoyait le « messager » pour être à nouveau rasé par le destinataire. Les spartiates utilisaient des scytales, qui n’étaient que des bâtons sur lesquels on enroulait en spirale une lanière de parchemin. Le texte, écrit préalablement ne pouvait être lu que par une personne possédant un bâton de même diamètre, en enroulant la bandelette de cuir.

    Ada Lovelace, de son nom complet Augusta Ada King, comtesse de Lovelace, est une pionnière de la science informatique. Elle est principalement connue pour avoir réalisé le premier véritable programme, lors de son travail sur la machine analytique de Charles Babbage. (Crédits : joliesmaths.fr)

    En 1586 apparaît le chiffre de Vigenère, qui est un système de cryptage par substitution polyalphabétique. Ce procédé a été percé par le major prussien Friedrich Kasiski qui a publié sa méthode en 1863. Depuis, il n’offre plus aucune sécurité. La cryptographie est l’étude des algorithmes et protocoles utilisés pour préserver la confidentialité de l’information et garantir son intégrité. L’ouvre-boite moderne est la cryptanalyse, mais qu’est-ce c’est ?

    La cryptanalyse est la technique qui consiste à déduire un texte en clair d’un texte chiffré sans en posséder la clé. Ce serait trop simple, si l’affaire s’arrêtait là, forcément. Le processus par lequel on tente de comprendre un message en particulier est appelé une attaque. Comme partout, il existe plusieurs familles :

    • L’analyse fréquentielle
    • L’indice de coïncidence
    • L’attaque par mot probable
    • L’attaque par dictionnaire
    • L’attaque par force brute
    • Attaque par paradoxe des anniversaires

    Depuis que le monde est monde diraient les anciens, découvrir les secrets des autres est de rigueur. L’analyse fréquentielle est utilisée à de nombreux endroits, sans que vous puissiez le penser. L’une des toutes premières est un jeu se trouvant chez vos grands-parents, le Scrabble. En fonction de votre langue, les lettres rapportant plus ou moins de points en fonction de leur fréquence d’utilisation (A1, E1, J8, X10…). Elle a été découverte au IXe siècle par Abū Yūsuf Yaʿqūb ibn Isḥāq al-Kindī, connu sous Al-Kindi, surnommé « le philosophe des Arabes ». Un concours de cryptographie porte d’ailleurs son nom latinisé.

    La valeur n’attends pas le nombres des années, surtout quand le monde ou la société ne sont que chiffrement (banque, téléphone, ransomware…). (Crédits : Leeanne Burnworth/Pixabay)

    L’attaque par mot probable consiste à supposer l’existence d’un mot dans le message chiffré. Ce type d’attaque a été mené contre la machine Enigma durant la Seconde Guerre mondiale. Saviez-vous que Marian Rejewski est à l’origine de la première attaque cryptanalytique sur la machine de chiffrement Enigma au début des années 1930 ? Aujourd’hui, l’attaque par brute-force est entendue dans les médias. Cette attaque consiste à tester toutes les solutions possibles de mots de passe ou de clés, souvent couplés par l’attaque de dictionnaire. Les différentes méthodes sont utilisées par des flibustiers ou des pirates pour connaître votre mot de passe, ne mettez plus le nom de votre animal de compagnie, ou votre date de naissance…

    Maintenant, le domaine de la cryptanalyse est passé dans un autre monde depuis les années 1970. Elles portent des noms souvent abracadabrantesques. Jugez par vous-même :

    • Cryptanalyse linéaire
    • Cryptanalyse différentielle
    • Cryptanalyse différentielle-linéaire
    • Cryptanalyse χ²
    • Cryptanalyse quadratique
    • Cryptanalyse modulo n
    • Attaques par canal auxiliaire

    Bref, qui au passage ne veut strictement pas dire « Bon, revenons-en au fait », vous l’aurez compris, la cryptanalyse est partout. Vous l’utilisez à chaque instant sans le savoir. Dans des périodes comme nous vivons, il est intéressant de regarder autrement, de voir autre chose et de s’amuser, seul ou en famille. Le CryptoChallenge s’engage le 14 mars au 14 mai 2022. Celui de l’année passée est disponible pour vous entraîner…

    « Bonjour, votre mission, si toutefois vous l’acceptez, consiste à retrouver, qui a volé les plans d’Ada Lovelace, cela commence ici. »

  • Êtes-vous ultracrépidarianiste ou ipsédixitiste ?

    Êtes-vous ultracrépidarianiste ou ipsédixitiste ?

    Ces mots qui pourraient vous rapporter énormément de points lorsque vous jouez au Scrabble, avec votre grand-mère le jour de Noël. Sauf que le premier dépasse de cinq lettres le côté du tableau de jeu. Je suis sûr que vous avez autour de vous, des personnes, peu ou prou proche, qui sont adepte de ultracrépidarianisme. Il est un virus plus contagieux que tous, avec un taux de reproduction astronomique. L’ipsedixitisme n’est pas en reste, souvent partisan d’une loquacité longiuscule, quoiqu’il en coûte.

    Les repas de famille sont toujours scindés en plusieurs étapes, surtout en période festive. Les discussions se ponctuent de l’engloutissement de petits fours, accompagné de délicieux et suaves breuvages. Le clan berd’huisien ne déroge à la règle. Les palabres autour de sujets dont les convives s’octroient, affiche sans détour, l’omniscience dont les membres de notre société se vantent de posséder.

    « Les enfants, avez-vous la dernière allocution de notre cher ministre ? N’importe quoi comme d’habitude », s’époumone M. Sépa Phot.

    « C’est-à-dire », interroge Jean Éthaissure, le gendre.

    « Encore des mesures pour nous contraindre, relayer comme des toutous par les médias traditionnels. Il faut voir la vérité sur Internet, là je trouve de vraies informations, par la soupe relayée par les communicants », rétorque le père de famille. Un silence de plomb s’impose en moins d’une seconde, comme si le patriarche venait de recevoir le contenu d’une cuillère à soupe de fromage blanc en pleine figure.

    « L’ultracrépidarianisme ne désigne pas ceux qui ont une opinion sur tout, mais plutôt ceux qui s’expriment avec assertivité en dehors de leur domaine de compétence. » Comme l’adage pour la confiture, c’est souvent en approfondissant notre connaissance d’un sujet que nous prenons conscience de notre propre ignorance. (Crédits : Esther Merbt/Pixabay)

    « Je ne peux pas vous laisser dire ça », s’offusque le gendre.

    « Chéri, papa, taisez-vous ! C’est avec des discours comme celui-ci, et les réponses brutales que commencent les guerres. À ne pas vouloir écouter les autres, nous oublions que le doute est nécessaire, et que seul le con ose tout pour paraphraser Michel Audiard. Je crois que nous avons deux beaux spécimens à table, n’est-ce pas maman », exclama Ozalee Phot.

    « Tu as raison Vulynd, tu es bien ma fille », pouffa-t-elle de rire au vu des mines estomaquées du père et du gendre.

    « Maman, pas mon surnom s’te plaît, j’étais minote, et là j’ai l’impression d’être vieille maintenant », rit Ozalee de tout son cœur. Le sujet clôt, le festin repris son droit dans une ambiance chaleureuse et apaisée. Les deux femmes y veillèrent comme le lait sur le feu.

    De plus en plus de plateaux télé, à la radio, les médecins épidémiologiste, journalistes, femmes et hommes politique, infectiologues, professeurs… donnent conseils et avis, semble-t-il, en toute « bonne foi », sachant que tous viennent avec leur recolleuse à copeaux. (Crédits : Michael Gaida/Pixabay)

    La bonne foi, étrangement, cette particularité de celui pour qui la croyance est toujours sacrée, et, plus généralement, la sincérité la franchise n’est pas l’apanage de tout un chacun. « […] le prévenu, qui n’est pas un professionnel de l’information, n’était pas tenu aux mêmes exigences déontologiques qu’un journaliste, qu’il disposait d’une base factuelle suffisante pour s’interroger publiquement sur des informations faisant état de pratiques journalistiques contestables, et qu’il l’a fait avec prudence, sans excéder les limites admissibles de la liberté d’expression », écrit Sabrina Lavric sur Dalloz. La bonne foi est définie par l’absence d’animosité personnelle, la légitimité du but poursuivi, la prudence comme la mesure dans l’expression, et la vérification des sources.

    Or, des instants mélangeant ultracrépidarianisme et ipsedixitisme sont désormais légion sur les médias, quels qu’ils soient. Le débat sur le port du masque engendre de nombreux remous. L’émission « L’Heure des pros », présentée par Pascal Praud, dont Marie-Estelle Dupont était l’invitée est un parfait exemple. Avant situons cette femme, elle est psychologue clinicienne (depuis 2006), spécialisée en psychopathologie, neuropsychologie, psychosomatique et formée en psychologie transgénérationnelle. En face, Jérôme Béglé, journaliste et rédacteur en chef adjoint de Le Point. Elle était diffusée le jeudi 16 décembre 2021 sur CNews, voici, une partie de la retranscription :

    Marie-Estelle Dupont: « L’état des troubles mentaux des enfants est extrêmement préoccupant. J’ai une petite fille qui est venue avant hier dans mon bureau, sept ans, la maman me l’amène en me disant : elle est tombée dans les pommes parce que la maîtresse a exigé qu’elle garde son masque pendant le cours de yoga en classe. On est où ? Donc là, c’est plus du tout de la santé publique, c’est du harcèlement moral. Ils sont en train de devenir obsessionnels, anxieux et nous, on ne va pas les récupérer après la crise. Ce sont des adultes qui vont se construire comme ça, dans l’idée que l’autre est un danger et qu’ils sont un danger pour l’autre. On ne peut pas faire société quand on pense que l’autre est un danger. »

    Le ton était ferme lors de l’échange entre le journaliste Jérôme Béglé et la psychologue Marie-Estelle Dupont. « Aimer la vérité, oui, mais pas déclarer vraies les idées que nous aimons », expliquait le physicien et docteur en philosophie des sciences, Étienne Klein à l’Echo. (Crédits : capture d’écran/dailymotion/Cnews)

    Jérôme Béglé: « Philippe, je te laisse parler, puis je prendrai… Après le prêchi prêcha de madame et je crois qu’il faut dire deux, trois trucs. »

    Pascal Praud: « Franchement Jérôme, ça ce n’est pas convenable. Ça c’est un sujet qui me touche. C’est une honte de mettre des masques à des gosses de 5 ans. »

    Marie-Estelle Dupont: « Je reste à ma place de psychologue, restez à votre place de journaliste. Vous n’êtes pas orthophoniste, vous n’êtes pas médecin de santé publique. Vous ne savez pas ce que c’est qu’un retard de langage chez un enfant qui arrive en maternelle, avec des adultes masqués à la crèche, qui font qu’on ne peut pas parler correctement. D’accord ? On touche à la dignité et à la santé et aux besoins vitaux de nos enfants. »

    Avez-vous compris la différence entre ultracrépidarianisme et ipsedixitisme ? L’ultracrépidarianisme est un mot peu usité exprimant une conduite mise en exergue depuis l’apparition du SARS-CoV-2 et pratiqué à outrance. C’est adopter un comportement consistant à donner son avis sur des sujets dont on n’a pas de compétences légitimes ou avérées. Ce qu’un homme politique n’a pas besoin de justifier, car il le fait en toute « bonne foi ». Quant à l’ipsedixitisme, c’est le fait de croire vraie une assertion non fondée, parce qu’on l’a entendue dire par quelqu’un en qui on a, ou qui de par sa stature, sa position ou sa fonction inspire confiance (journaliste, politique, médecin…). C’est chronophage, mais nécessaire et vital, sur les sujets qui vous sont importants, de contre-vérifier l’information, ne soyez par le mouton de Panurge, qui croit sans chercher à contredire, ni celui qui croit une personne qui a vu l’homme, qui a vu l’homme, qui a vu l’homme qui a vu l’ours, soyez curieux et avide de vérités.