Amérique du Sud : crise politique majeure au Pérou

Pedro Castillo, l’ancien président du Pérou est destitué pour incapacité morale par le parlement et arrêté par l’armée. Il est mis en détention provisoire pour 18 mois jusqu’à son procès de juin 2024 afin d’être inculpé de rébellion. Celui qui a été président du 28 juillet 2021 au 7 décembre 2022 était confronté à l’hostilité des élites économiques, du parlement et de la presse, avant son geste de désespoir. L’armée l’a arrêté en « flagrant délit » tandis qu’il tentait de rejoindre l’ambassade du Mexique pour y demander l’asile.

À ce jour, le 19 décembre 2022 les autorités dénombrent de nouveaux défunts. Le Bureau du défenseur du peuple (Ombudsman) a signalé 25 morts lors d’affrontements à Apurímac, Arequipa, La Libertad, Junín et Ayacucho entre des civils et des membres de la Police nationale et des Forces armées. Les mobilisations, les fermetures de routes et les piquets de grève se poursuivent dans différentes régions en raison de la grève nationale. À tel point qu’il faut se munir d’un laissez-passer délivré par le gouvernement pour aller travailler.

Selon le dernier rapport du 18 décembre 2022, six personnes seraient mortes dans des accidents de la route, suite au blocage effectué un peu partout dans le pays. Pour face à cette situation, l’exécutif péruvien a déclaré l’état d’urgence dans tout le pays et a instauré un couvre-feu dans huit départements (15 provinces). (Crédits : gov.pe)

Le parquet a réclamé le maintien en détention jusqu’en juin 2024, (date présumée de son procès) en invoquant un risque de fuite, ce que dément l’avocat du prévenu. La justice péruvienne a rappelé que l’ancien président avait tenté de se réfugier à l’ambassade du Mexique après sa destitution. Poursuivi pour « rébellion » et « conspiration », l’ex-président encourt dix ans de prison maximum.

Le juge suprême d’instruction préparatoire Juan Carlos Checkley Soria a ordonné 18 mois de détention provisoire à l’encontre de l’ex-président Pedro Castillo, mis en examen pour le délit présumé de rébellion et de conspiration sous forme d’abus d’autorité et contre la tranquillité publique au détriment de l’État. (Crédits : DR)

Une chute après 18 mois de présidence

En moins d’un an et demi, Pedro Castillo a nommé cinq gouvernements, avec des dizaines de démissions et de licenciements. La rupture avec celui qui l’avait porté au poste de président, Vladimir Cerrón, a accéléré sa chute. La corruption qui semble être dans les us et coutumes du pays andin ajoute de l’huile au feu déjà ardent. Comme l’explique El País, tous les anciens présidents en vie depuis 1990 n’y échappent pas. « Ils font l’objet d’une enquête pour corruption, sont en prison, en procès, en résidence surveillée ou en cours d’extradition. Alan García, s’est ôté la vie en 2019 avant son arrestation dans l’affaire Odebrecht. »

“El Juzgado de Investigación Preparatoria de la Corte Suprema de Justicia resuelve declarar fundado en parte el requerimiento de prisión preventiva formulado por la Segunda Fiscalía Suprema Transitoria Especializada en Delitos Cometidos por Funcionarios Públicos contra el imputado José Pedro Castillo Terrones en su condición de presidente de la República como presunto coautor de los poderes del Estado y el orden constitucional en modalidad rebelión (…) y conspiración”, leyó el magistrado .

Nouvelle présidence et début d’émeute

Dina Boluarte a prêté serment en tant que cheffe d’État mercredi 7 décembre 2022 après la vacance forcée de Pedro Castillo. Elle est sans étiquette suite à son éviction du parti « Péru Libre » par le même Vladimir Cerrón qui avait aidé l’ex-président. La nouvelle dirigeante du pays a déclaré que son administration s’attaquerait à la corruption « dans toutes ses dimensions ». La lutte contre la corruption est une promesse politique que les Péruviens entendent depuis plus de 30 ans.

Le Comité national de coordination des droits de l’homme (CNDDHH) a exigé que l’exécutif et le Congrès de la République trouvent une solution urgente à la crise et mettent fin à la militarisation et à la violence contre les manifestants. L’Amérique du Sud semble être en bouillonnement. (Crédits : La República/YouTube)

Si la volonté de combattre la corruption, elle doit être encore en vigueur par déduction. Ainsi « nous avons enregistré jusqu’à présent 89 personnes blessées, 147 personnes détenues arbitrairement et illégalement par du personnel qui n’a pas été correctement identifié », relate l’avocate Me Jennie Dador. Le peuple réclame des élections anticipées, le Parlement s’est prononcé vendredi 16 décembre 2022 contre l’avancement des élections générales de 2026 à 2023. Elle a exclu de démissionner de la présidence de la République dans le contexte de la crise politique que traverse le pays : « Ma démission donnera raison aux violents » conclut-elle.

Romuald Pena

Journaliste et curieux de nature, j’aime les mots et ce qu’ils chantent aux oreilles qui les entendent. « La vérité, c’est qu’il n’y a pas de vérité », assurait Pablo Neruda. Ainsi j’apporte des faits, des faits, encore et toujours des faits, car : « Nous ne pouvons être condamnés à pire, à juger les autres, à être des juges. » (Le Testament d’Orphée, de Jean Cocteau)

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