Réelle saturation des lits de réanimation ?

L’occupation des lits de réanimation est de 114, 8 % selon les données que recueille le site CovidTracker auprès de Santé publique France, et de l’INSEE pour la France. La situation semble « Critique » et « partout très préoccupante », selon les interventions du Premier ministre, Jean Castex, et du ministre de la Santé, Olivier Véran. Qu’est-ce qu’un lit de réanimation ? De combien de lits dispose la France ? Depuis quand ?

Avant de parler de réanimation, quel est le nombre de lits au sein des établissements de santé en France ? Il est nécessaire de les différencier, nommer et dénombrer, afin d’effectuer un constat, un daguerréotype du soin en France. Ainsi, entre 2003 et 2018, le nombre de lits d’hospitalisation à temps complet installés, tous établissements, toutes disciplines et tous secteurs confondus, est passé de 468 000 à 396 000 (service de santé des armées et établissements de Mayotte compris). « Ce mouvement général résulte de la volonté de supprimer des lits excédentaires et de réorganiser l’offre », explique la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES). Ce mouvement supprime volontairement et réorganise l’offre de soin.

L’évolution du nombre de lits d’hospitalisation complète en France, depuis 2003, se dispense de commentaires. (Crédits : DREES)

En quinze années, c’est 33 000 lits de médecine, chirurgie obstétrique et odontologie (MCO) supprimés. Le plus préoccupant, si vous avez été hospitalisé dernièrement, c’est la durée du séjour qui est drastiquement réduite. La capacité d’accueil en long séjour, a perdu 49 000 lits sur 15 ans, pour atteindre en 31 000 en 2018, au total, ce sont 69 000 lits en moins sur l’ensemble des établissements, et plus de 100 000 par rapport à 1997 (507 996). La raison, la transformation en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes de certaines unités. Cette décision est relative à la circulaire DHOS/02/F2/DGAS/2C/CNSA n° 2008/340 relative à la mise en œuvre de l’article 46 de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2006, modifiée concernant les unités de soins longue durée (USLD). Circulaire décidée sous Jacques Chirac, appliquée sous Nicolas Sarkozy. En début de mandat, les personnes élues appliquent, semble-t-il, les décisions de leurs prédécesseurs.

La santé est devenue lucrative

Il ne faut pas être dupe, si la baisse est constatée en psychiatrie de 7 000 lits entre 2003 et 2018 dans les établissements publics, elle augmente de 3 800 dans ceux (privés) à but lucratif, où « elle représente 26 % de la capacité d’accueil ». Cette croissance se rencontre dans les accueils de moyen séjour, où la progression est positive, passant de 92 000 à 106 000 places. Dans les établissements à but lucratif, la capacité croit de 12 000 lits et représente un tiers de la capacité totale d’accueil en 2018. C’est de notoriété publique que des fonds de pension américains rachètent des cliniques françaises, depuis plus d’une décennie, comme l’expliquait déjà Le Télégramme en 2007.

La polyclinique de Poitiers (86) fait désormais partie des établissements privés du groupe Elsan. (Crédits : DR)

Le groupe Vitalia, branche immobilière de Blackstone créé en avril 2006, avait en un an et demi, racheté 45 cliniques ou maisons de convalescence en France. « Le groupe est associé au fonds de pension américain Blackstone qui a investi près de 32 milliards de dollars au cours des vingt dernières années aux États-Unis, en Europe, en Chine ou en Inde », ce que confirmait Le Monde. Les fondateurs du fonds d’investissement, Pete George Peterson et Stephen Allen Schwarzman, sont issus de l’ancienne banque d’affaires new-yorkaise Lehman Brothers à l’origine de la crise financière mondiale de 2008. Dans l’hexagone, une mise en examen sème le trouble dans le groupe Elsan, numéro 2 de l’hospitalisation privée en France. « Il aurait soigneusement organisé sa banqueroute » titrait Marianne, de plus L’indépendant ajoute « Or Elsan avait repris le projet de construire une nouvelle clinique à Montredon-Corbières, conçu par Marcel Hermann, PDG de Médipôle Sud Santé, lui même contraint de céder son poste en avril 2016 après le scandale international des Panama papers. » Néanmoins le conseil, Me Christophe Dejean insiste sur le fait qu’Elsan conteste toute irrégularité dans cette procédure mise en œuvre sous l’égide du tribunal de commerce. « Elsan a payé l’intégralité des dettes de l’établissement et accompagné le reclassement des salariés. Jérôme Nouzarède entend coopérer pour que justice lui soit faite », ajoute l’avocat, Me Dejean.

Saturation des lits de réanimation en France

Parmi les mesures annoncées, mercredi 31 mars, veille du premier avril, par le gouvernement pour enrayer la progression du virus est l’augmentation des lits de soins intensifs à 10 000. La direction générale de la santé (DGS), au 19 mars, recensait 7503 lit de réanimation, dont 6456 occupés, soit 86 %. Existe-t-il une différence entre lit de réanimation, de soins intensifs et de surveillance continue ? Vous vous doutez qu’à la lecture de la question, la réponse est positive. Une unité de surveillance continue (USC) est destinée à accueillir et prendre en charge des malades nécessitant une surveillance rapprochée, puis la dégradation de l’été de santé place le patient en surveillance continue, puis en réanimation.

Les services de l’hôpital mettent tout en œuvre, particulièrement en réanimation pour protéger le métabolisme des organes essentiels. (Engin Akyurt/Pixabay)

Au sens strict, selon l’académie de Médecine, la réanimation désigne au sein de l’hôpital « un ensemble de moyens diagnostics et de traitements permettant de maintenir les fonctions vitales lorsque le patient ne maîtrise plus “un équilibre aussi proche que possible de la normale dans le milieu intérieur” (J. Hamburger, 1950) pour protéger le métabolisme des organes essentiels, en particulier celui du cerveau. » Celui-ci prend en charge les patients présentant ou susceptibles de présenter des défaillances viscérales aiguës mettant en jeu le pronostic vital. Cela nécessite à la fois l’utilisation de techniques spécifiques, de matériels coûteux et la permanence de nuit comme de jour d’un personnel médical et d’auxiliaires spécifiques, compétents et entraînés. Elle nécessite aussi des structures appropriées pour mettre en œuvre les diagnostics et les traitements.

6733 lits de réanimation

Début janvier 2021, la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) propose à qui veut bien les lire, les données du nombre de lits de réanimation, de soins intensifs et de soins continus en France, fin 2013 et 2019. « Le nombre total de lits de soins critiques est désormais estimé à 19 604 lits, contre 19 580 en septembre dernier », ajuste la DREES. Ces données établissent le nombre de lits (adultes et enfants) au sein de la France entière, ainsi que par département, soit 5433 lits de réanimation, 5954 de soins intensifs et 8217 de surveillance continue pour commencer l’année 2020. La Montagne a joint les agences régionales de santé (ARS) qui auraient communiqué le chiffre de 6733 lits « armés » pour les réanimations en janvier 2021, très bien, mais le personnel soignant existe-t-il en nombre suffisant ? La réglementation des articles D. 712-108 et D. 712-109 impose au minimum, deux infirmiers pour cinq patients et un aide-soignant pour quatre patients, sous la responsabilité d’un cadre infirmier, avec selon le texte, un ou plusieurs médecins compétents en réanimation.

RégionsNombre de lits au 31/12/2019Nombre de lits au 15/01/2021Évolution
Auvergne – Rhône-Alpes614790+ 28, 66 %
Bourgogne – Franche-Comté203262+ 29, 06 %
Bretagne171226+ 32, 16 %
Centre – Val-de-Loire198229+ 20, 53 %
Corse1838+ 111, 11 %
Grand-Est505620+ 22, 77 %
Guadeloupe3335+ 6, 06 %
Guyane1329+ 123, 08 %
Hauts-de-France474595+ 25, 53 %
Île-de-France 12251425+ 16, 33 %
La Réunion7580+ 6, 67 %
Martinique2930+ 3, 45 %
Mayotte1216+ 33, 33 %
Normandie258294+ 13, 95 %
Nouvelle-Aquitaine443509+ 14, 90 %
Occitanie482628+ 30, 29 %
Pays de la Loire198249+ 25, 76 %
Provence-Alpes-Côte d’Azur490678+ 38, 37 %
France54336733+ 23, 93 %
Le nombre de lits de réanimation au 31 décembre 2019 provient d’une enquête de la DREES (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques) publiée le 12 janvier dernier. Le nombre de lits de réanimation au 15 janvier 2021 a été communiqué par la Direction générale de l’offre de soins à la Montagne.

Prenons l’exemple de la Marne qui affiche, selon l’article paru en janvier et mis à jour le 3 février 2021 sur le site de la DREES, 60 lits de réanimation adultes et enfants. Ils sont 42 en centre hospitalier régional et 18 dans d’autres établissements. Imaginons que l’occupation des lits est totale. La journée est découpée en trois tranches de huit heures, ce qui nécessite 24 personnels infirmiers, 15 aides-soignants, 12 cadres de santé et autant de médecins. Cela représente soixante-trois pour un service, et donc 189 sur une journée de 24 heures. Comptant seuls les lits de réanimation, soit 6733, il faut à minima 21 209 médecins, cadres de santé, infirmiers et aides-soignants quand il n’y a pas de décompensation (insuffisances cardiaque, pulmonaire, hépatique et rénale), car dans ce cas les équipes peuvent alors doubler, atteignant 42 418 personnes.

Les dernières statistiques de l’OCDE démontrent que la France possède 5, 9 lits d’hôpitaux pour 1 000 habitants. (Crédits : OCDE)

La France 10e au classement de l’OCDE

En France, nous avons au 1er janvier 2019, avec les données accessibles de l’INSEE, 11 524 médecins anesthésistes-réanimateurs, dont plus d’un tiers sont des femmes. 722 572 infirmières, car les femmes représentent près de 90 % du contingent, et 245 200 aides-soignants. Il existe, selon le document du syndicat national (SNIA), que 10843 infirmiers-anesthésistes diplômés d’État (IADE) en France. Encore une fois, selon les données du SNIA, près de 72 % des IADE sont des femmes, comme les cadres de santé. La raison première de la « saturation » des lits de réanimation ne date pas d’hier. En 2017, un article dans l’Obs titrait « Grippe : les hôpitaux en souffrance à cause des lits supprimés par Touraine ? » Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière de France et maire (Agir) de Fontainebleau, expliquait déjà que « l’hôpital se paie les dysfonctionnements de notre système. […] La crise actuelle montre surtout la désorganisation du système de santé où une grande partie des malades vont aux urgences alors qu’ils pourraient être traités par la médecine de proximité. Le véritable problème se situe dans le développement des déserts médicaux ! »

Déserts médicaux et « Communication »

Marisol Touraine, ministre de la Santé et des Affaires sociales mettait en place un plan d’économie de 10 milliards d’euros, en 2017, sous François Hollande. La santé est comme une piscine municipale, la balance est rarement positive, pour autant, est-il possible de quantifier le prix d’une vie ? La raréfaction des docteurs en Médecine, associé à une population dont l’espérance de vie à la naissance est de 85, 6 ans pour les femmes et de 79, 7 ans pour les hommes, ajouté à une diminution drastique, car économique, du nombre de lits, pose de nombreux problèmes. La parole du président de l’association des médecins urgentistes de France, Patrick Pelloux, est claire : « Notre activité est constante avec une petite augmentation, mais, en gros, on y arrive », assure-t-il. Selon un récent décompte de la DGOS auprès de l’AFP, il y avait ainsi 7655 lits « armés » affirme LCI. Car selon ses estimations, sur les quelque 5090 patients malades Covid-19 comptabilisés dans ces services de soins critiques, 3827 sont en services de réanimation selon Santé publique France au 1er avril. L’urgentiste avait indiqué au préalable 25 % avant de se raviser et de corriger en indiquant que seuls 50 % « sont en réanimation, avec intubation et respirateur ». Donc, la moitié d’entre eux ne serait donc pas sous oxygénation, mais « dans des unités de soins continus qui dépendent des réanimateurs. »

Fidel Plume

Équilibriste des mots, j'aime à penser qu'il existe un trésor au pied de chaque arc-en-ciel. Un sourire éclaire la journée de la personne qui le reçoit. Elizabeth Goudge disait : « La gratitude va de pair avec l'humilité comme la santé avec l'équilibre. »

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